Chapitre 36 : Entre père et fille écrit le 19/08/2005 réécrit le 15/07/06

Comme à son habitude depuis plusieurs mois, Harry squattait le fond de la bibliothèque. Il était très concentré dans le livre qu'il lisait et n'entendit pas Lily arriver près de lui.
- Bonsoir Harry, murmura-t-elle tout en faisant sursauter son père.
- Ah… oui, bonsoir Lily.
- Harry, je sais que tu es occupé mais j'aimerais que tu m'accordes quelques minutes.
- Ok, je finis juste ce paragraphe et je t'écoute.
- Mais pas ici, je préfère aller à la volière, à cette heure ci il n'y aura personne, on y sera tranquilles. Je t'attends à la porte… termina-t-elle avant de le laisser finir tranquillement.

Intrigué par ce que sa fille voulait lui dire, Harry abrégea son exercice et alla la rejoindre assez rapidement. Ils traversèrent une demi douzaine de couloirs et sortirent enfin du château pour se rendre à la volière. Effectivement, il n'y avait pas âmes qui vivent et c'est donc tranquillement qu'ils s'installèrent près de la fenêtre. Harry vit la gêne sur le visage de Lily et comprit qu'elle allait lui parler d'une chose pas forcément agréable à entendre. Il décida de prendre les devants puisque de toute manière, il n'était plus à cela prêt maintenant.

- Je t'écoute Lily, lança-t-il froidement.
- Voilà, Harry, je n'ai rien dit jusqu'à présent parce que je pensais que le temps ferait son effet mais voilà, tu ne trompes personne sur ton état.
- Que veux-tu dire ? Rétorqua-t-il sur la défensive.
- Tu le sais très bien Harry.
- Je vais bien Lily, tu ne vas pas t'y mettre à ton tour, quand même ? J'ai déjà assez de Ginny qui décide soudainement de s'inquiéter pour moi alors là tu vois, je n'ai pas besoin de ça…
- Et si je te dis que moi, je m'inquiète, est-ce que j'en ai le droit ? Papa…

- Tu ressembles drôlement à ta mère quand tu veux toi… soupira Harry en fixant le regard malicieux que sa fille tenait irrémédiablement de Ginny.

- Merci, sourit-elle.

- De rien… ironisa-t-il.

- Ce n'est pas évident d'être l'unique personne à pouvoir faire quelquechose, hein ? Reprit directement Lily en mettant dans le mille à la grande surprise de son père. Moi, ça m'a torturé depuis que mes parents sont morts, que vous… Bref… On a toujours l'impression que tout ce qu'on touche s'effondre ou meurt autour de nous. La poisse nous suit comme notre ombre et devient notre deuxième peau. On a le droit à rien. Ni vie privée, ni vie de famille et encore moins des amis… Juste nous et notre reflet dans un miroir. Les seuls moments de bonheur qu'on peut avoir c'est ce qu'on a dans nos rêves ou nos souvenirs et uniquement quand nos cauchemars nous laissent tranquilles une nuit. Tu sais Harry, je n'avais personne, personne contrairement à toi pour m'aider mais aussi personne à perdre. Je sais que c'est dur pour toi de toujours avoir peur pour eux mais vivre sans avoir de but, ni personne pour t'attendre, c'est plus une vie, c'est une survie où on compte les jours avant sa propre mort. Je l'ai vécu et je ne le souhaite à personne… Surtout pas à toi…
Entendre ce qu'il n'arrivait pas lui-même à exprimer fut bouleversant pour Harry. Il l'écoutait sans rien dire, l'imaginant dans le contexte qu'elle lui décrivait et le remord le rongea. Il ne voulait pas que le destin se répète et laisser une orpheline derrière lui. Seulement, cette dernière phrase fit sauter les barrières qui l'emprisonnaient.
- Etre l'élu n'a rien d'enviable et je l'assume comme je peux Lily. Je peux vous perdre à tout instant parce que Voldemort sait sûrement que tu es ma fille et Ginny, ta mère. L'idée même qu'il puisse imaginer la tuer parce qu'elle serait éventuellement la mère de mon enfant et même ma future femme me rend malade. Je suis conscient que je peux tous vous perdre et je ne le supporterais pas. Lily, je suis à bout ! Cette attente me fatigue… J'aimerais en finir maintenant et vivre enfin ma vie… Mais en même temps, c'est appeler le danger et si tous les deux, nous avons de quoi nous défendre, je ne peux pas en dire autant de Ron, Hermione ou Ginny… Et je ne suis pas prêt à les voir souffrir par ma faute…
- Harry, écoute, j'avais dis aux filles de ne pas le dire mais sache que ça fait plusieurs semaines que je les forme à se défendre. Je peux te dire maintenant qu'elles savent riposter à de nombreuses attaques et peuvent parfaitement résister le cas échéant.
- Tu as fait quoi ?
- Je les ai entraînées à raison d'une heure par jour. Je suis sûre que tu comprends nos absences après le repas de midi maintenant… expliqua-t-elle alors qu'Harry balança sa tête pour dire oui.
- Lily, soupira-t-il impressionné et reconnaissant, merci…
- Je crois vraiment qu'elles peuvent maintenant largement résister à une attaque sévère de mangemorts. Ils seront bien surpris de voir que tes deux femmes ne sont plus si fragiles.
- Elles s'en sortent bien alors ?
- De toi à moi, je crois qu'elle vous mettrait à terre facilement, annonça-t-elle avant de rire. Enfin surtout Ron…
- Lily, pour être honnête avec toi, c'est vrai que je ne vais pas très bien. Je suis ravi d'avoir pu discuter avec toi et d'apprendre ça. Et puisqu'on est dans les révélations, si je passe tant de temps à la bibliothèque, c'est pour trouver une solution afin de ramener Sirius avec nous. Au début j'ai un peu fait du surplace mais récemment, j'ai obtenu de bons résultats.
- C'est vrai ? S'étonna Lily avant de sourire à la réponse positive de son père. C'est-à-dire ?
- Hé bien, pour qu'un esprit revienne sous forme astrale, il faut qu'il ait une mission. Vu ce que tu m'as raconté, je pense que sa mission sera de te protéger s'il m'arrivait malheur.
- Je ne pense pas Harry. Il était déjà là avant que j'arrive dans la maison. Je n'ai jamais su qu'il avait été autre chose qu'un esprit, parfois frappeur, errant dans une maison maudite. Je n'ai jamais eu l'impression qu'il était là pour m'élever. Il l'a fait malgré lui et parce qu'à force, il ne m'a plus fait peur.
- Seulement, je ne vois pas quelle autre raison aurait pu le faire réapparaître sous cette forme…

- Il doit y avoir d'autres raisons pourtant, si tu veux, je pourrais t'aider dans tes recherches, ça pourrait aller plus vite. Moi aussi j'aimerais bien le revoir, je crois qu'il me manque tout de même malgré son fichu sale caractère.
- Je n'ai eu que si peu de temps pour le connaître… Il a tant à m'apprendre sur moi, sur mes parents… Je t'envie parfois d'avoir vécu, enfin cohabité avec lui durant tout ce temps.

- Pourtant il me parlait très souvent de toi et me répétait tout le temps que j'étais bien la fille à mon père. Tu auras l'occasion de faire plus ample connaissance un jour… Je peux peut-être changer certaines choses en remontant le temps mais peut-être pas tout non plus…

- Merci Lily, soupira-t-il à nouveau. J'ai vraiment l'impression que tout est plus facile avec toi… Et c'est vrai que tu me ressembles, sourit-il avec une pointe de fierté. Je suis heureux que tu sois là… Je me demande ce qu'aurait été ma vie si tu n'étais pas apparue soudainement devant moi ce jour là… J'ai eu le sentiment de ne plus être seul depuis ton arrivée…

- Moi aussi, répondit Lily. Etre des gens « spéciaux » n'est pas toujours d'un goût agréable. La popularité a un double tranchant et être l'élu apporte plus de problèmes et de drame que de joie et d'avantages !
- Ca c'est sûr, je ne peux pas dire qu'être celui qui a survécu soit utile pour un étudiant. Ca n'aide pas à avoir une petite amie de manière durable, ça n'aide pas à faire tous les devoirs qui n'en finissent pas, ça n'aide pas à mener une équipe à la victoire !
- Pour la petite amie… c'est elle qui m'a demandé de venir te voir. Elle s'inquiète vraiment tu sais…
- C'est compliqué Lily… Pour le moment je n'ai pas vraiment la tête à ça…
- Je sais que rien n'est simple dans ta situation… mais ça devait l'être aussi pour mes parents et peut-être pire pour les tiens d'ailleurs. Pourtant toi et moi, on est là, Harry… Et elle t'aime vraiment…
- Tu sais, je crois que je vais surtout laisser cette année se terminer tranquillement. Je vais rester fixé sur mes exams parce qu'il est aussi important que je fasse mon maximum pour devenir un bon auror pour pouvoir débusquer Voldemort.
- Alors, on ira sûrement ensemble, sourit Lily. Je veux aussi suivre les cours pour en devenir un et être le second que Malefoy ne sera visiblement pas !
- Laisse moi l'idée que je vais être gagnant au change et je suis sûr que tu seras la meilleure !
- C'est dans les gènes… papa ! Si les nôtres ont peur du nom de Voldemort, eux, auront peur de celui des Potter… termina Lily avant de sourire à son père.

Harry embrassa alors Lily sur le front et avant de rentrer dans la salle commune de Gryffondor il lui fit la plus belle des déclarations paternelles.
- Tu es la plus merveilleuse fille qu'un père puisse rêver d'avoir Lily. Je suis vraiment fier de toi, fier d'être ton père.