Coucou les poutoux !
Tout d'abord, permettez moi de m'excuser pour le délai interminaaaaaable entre ce chapitre et le dernier chapitre que j'ai eu l'occasion de publier. Je ne sais pas si ça va vous rassurer, mais sachez que ce retard est simplement dû à un manque de temps. Donc côté inspiration, c'est toujours en marche, c'est déjà ça ;)
Ensuite, autre revieweur anonyme (désolée, ça fait péjoratif comme appellation mais bon que dire ? XD), ne t'inquiète pas je n'avais pas mal pris ta remarque ;) J'en profite pour vous rappeler que toutes les remarques sont bienvenues ! Bien que les négatives fassent un peu mal (n'importe-quel auteur de fanfic vous le dira, soyons francs ;)), elles me permettent d'avancer, donc elles sont bienvenues elle aussi !
Et j'en profite pour conclure sur une note annexe : j'ai été interviewée à l'occasion du deuxième numéro de Fanfiction Le Mag. Interview plutôt très longue mais bon qui sait, ce que je dis de ma fic vous intéressera peut-être ;) En tout cas je ne me lasse pas de la lire ! (haha nan jrigole) Vous pouvez trouver le lien pour le mag sur le profil de White-cry, que je remercie encore une fois :) N'hésitez pas à feuilleter TOUT le mag d'ailleurs, c'est vraiment très intéressant pour se tenir au courant des autres fandoms :) (ça inclut Glee et d'autres^^)
Voilà voilà, bonne lecture et profitez bien de la fin du monde !
Playlist :
Autumn (Music 1) - Max Richter
Vajiante (ElRemolonRemix) - Tremor
Chinese Blues - George Gershwin
Lament - Luminal
Dare The Night - Quiet Arrows
Varúð - Sigur Rós
They Are Night Zombies - Sufjan Stevens
- NB : "Varúð" veut dire "Prudence" en islandais.
Plic, ploc.
Plic, ploc.
Sam n'arrivait pas à dormir. Il n'y arrivait vraiment pas, et peut-être que son inconscience des dernières heures y était pour quelque-chose. Il aurait bien aimé pouvoir faire comme les autres. Dormir était sans doute le moyen le plus facile de passer le temps. Rachel et Quinn s'étaient assoupies à leur tour, et il suffisait au blond d'entrouvrir les yeux pour les voir appuyées l'une contre l'autre. Il entendait aussi les inspirations apaisées de Blaine à sa gauche.
Mais il n'arrivait pas à dormir. Il n'y arrivait vraiment pas.
Depuis combien de temps étaient-ils coincés là ? Une éternité peut-être. Le blond avait du mal à rassembler ses pensées. Devant ses paupières frémissantes défilaient les visages de sa famille, du reste du Glee Club, de tous ceux qui n'avaient aucune idée de ce qu'ils enduraient en cet instant.
Une expédition spéléologique...
Quelle bonne idée.
S'il avait encore eu la force d'éprouver une quelconque frustration, il en aurait sans doute voulu à Finn de les avoir entraînés là-dedans. Cependant, il était épuisé, et même la mauvaise foi la plus pugnace n'aurait pu le tirer de son état végétatif.
Il ouvrit les yeux encore, concentra son attention sur Rachel et Quinn... encore. La blonde n'avait pas eu une expression aussi peu inquiète peinte sur le visage depuis bien longtemps. Sam en aurait été heureux si la situation n'avait pas été si dramatique. Elle était épuisée, bien sûr qu'elle n'avait d'autre choix que de s'abandonner au sommeil... Il aurait été mieux qu'elle fût si apaisée dans un coin du chalet, à profiter des derniers instants qu'il lui restait avec le reste du Glee Club. A présent, cette expression-même de « derniers instants » ne se teintait plus que d'une ironie sournoise, et Sam aurait aimé ne pas avoir à envisager ce qu'il se passerait si leur destin leur échappait.
Quinn remua doucement contre Rachel et une de ses mains vint s'enrouler autour du bras inerte de la brunette. Le visage pâle de Sam s'étira en un sourire fatigué. L'incompréhension qu'il avait ressentie face à la tendresse fugace de Quinn n'était plus qu'un vague souvenir. Il ne savait plus très bien quoi en penser, certes. Cependant, il s'en fichait. Tout ce dont il était certain, c'était que Quinn avait besoin d'un ami, de quelqu'un à qui se confier, et si cela ne pouvait être lui, très bien, ce serait Rachel.
Quand on y repensait, il n'y avait personne de mieux que Rachel pour assurer ce rôle-là. Peu importe tout ce qui s'était passé entre elles, elle n'avait jamais cédé à une haine brûlante. Sam aurait détesté Quinn s'il avait été à la place de la brunette, il le savait. Si la jeune fille avait vraiment été l'adolescente abjecte qu'il avait eu la chance de ne pas croiser, Sam était certain qu'aujourd'hui, il aurait été incapable de la regarder dans les yeux. Car qui pouvait tolérer un tel comportement ?
Rachel justement...
C'était peut-être fou. Sans doute, même. Mais c'était Quinn et Sam ne voyait pas comment on pouvait ne pas pardonner à Quinn. De là à devenir ami avec elle ensuite, il y avait cependant un pas qu'aucune personne normalement constituée n'aurait pu franchir... Mais Rachel était tout sauf normale et peut-être était-ce tant mieux. Rachel n'était pas moins rancunière qu'une autre, elle était aussi loin d'être stupide. Alors si elle parvenait à voir en Quinn une personne attachante, c'était qu'il y avait un truc. Quelque-chose au fond d'elle qui faisait qu'elle était faite pour Quinn. Sam s'était efforcé d'être comme cela, sans pour autant tout à fait réussir à limiter sa jalousie enfantine et malvenue... La différence entre Rachel et lui, c'était que Quinn répondait à Rachel. Là où elle avait repoussé Sam, elle ouvrait les bras à Rachel. Timidement, avec incertitude, presque de façon réticente quand on ne faisait pas attention... mais elle s'ouvrait quand même à elle.
Alors peut-être qu'il se situait là le quelque-chose qui perturbait tant Sam. Peut-être que ce n'était rien d'autre que cela. Les cartes étaient redistribuées et dans cette grotte particulière, le passé se diluait pour laisser place à un futur inattendu... et qui pourtant sonnait tellement juste.
Rachel Berry réussirait là où Sam Evans avait échoué.
C'était ça le quelque-chose. Sans doute.
Le garçon laissa échapper un rire et ce n'est que lorsqu'il s'entendit croasser qu'il comprit combien il était mal en point. Son corps ne suivait plus et bien qu'il ne parvînt pas à dormir, la fatigue était toujours là, insidieuse.
Un ricanement lointain le tira de sa contemplation méditative. Il ouvrit grand les yeux et se redressa avec empressement. Tournant son attention à droite, il chercha quelque-chose à quoi se raccrocher. Et c'est là, au milieu de l'empilement de roches, qu'il vit l'œil excité et laiteux. Le globe cherchait des silhouettes qu'il ne pouvait voir mais Sam eut l'intuition qu'il était inutile de faire semblant d'être ailleurs : la créature les avait repérés.
Un nouveau ricanement fit écho au premier, comme pour lui signaler qu'elle venait d'avoir la confirmation de sa présence. Il y eut du mouvement derrière l'effondrement, et Sam comprit qu'il s'agissait des monstres qu'ils avaient laissés derrière eux quelques heures plus tôt.
Il reporta son attention devant lui. Quinn et Rachel dormaient toujours, tranquilles. A ses pieds, Blaine n'avait pas bougé d'un poil. Ignorant ses courbatures, Sam se leva précautionneusement. Il s'approcha à pas prudent de l'éboulement. L'œil était toujours face au trou, attentif et pourtant incapable de voir. Sam repéra un interstice dans un coin et s'agenouilla devant, le plus discret possible. Cependant, il avait l'impression que les bruits sourds de ses baskets contre la roche sèche le trahissaient, de même que sa respiration erratique. Il leva lentement la main et avec un claquement sonore, le rai lumineux de sa lampe perça l'obscurité qui s'ouvrait devant lui.
Il n'entrevit qu'un corps maigre tout d'abord. Celui-ci se déplaça avec lenteur jusqu'à disparaître de son champ de vision. Un autre suivit. Puis un troisième. Et cela continua dans le même silence habile. Sam comprit que les monstres s'agglutinaient tout autour de l'effondrement. Bientôt, ils examineraient les faiblesses du tas de roches.
Il esquissa un sourire satisfait. Il n'y avait pas de faiblesses, c'était bien cela leur problème à tous. Les cousins de Gollum avaient beau être laids comme des poux et tout aussi effrayants, ils n'étaient pas dotés de super-pouvoirs. Ils avaient leurs griffes, ils avaient leurs crocs... mais ce n'était pas suffisant pour creuser un quelconque passage dans le mur qui avait séparé le Glee Club en deux.
Sam en oublia qu'il avait le nez à quelques centimètres du mur. Il vit la créature qui se baissait hâtivement pour renifler l'interstice à travers lequel il les espionnait. Il vit ses narines frémissantes, ses yeux papillonnants, sa bouche à peine discernable au milieu de la peau blanchâtre. Cependant, cela ne lui permit pas d'esquiver la patte gluante qui se tendit presque aussitôt dans sa direction.
Il eut un vain mouvement de recul. La bête agrippa son visage à pleine main et il la sentit qui enfonçait ses griffes dans sa peau. La douleur se réveilla dans son nez enflé. Il ouvrit la bouche pour crier mais ne parvint qu'à couiner avec impuissance en essayant de se dégager. Il avait conscience du rai lumineux qui tremblotait devant lui, empruntant les mouvements paniqués de son casque.
Les griffes acérées s'accrochèrent à lui, impitoyables. L'interstice était trop étroit pour laisser passer le bras maigrelet en entier et la créature ne faisait que l'agripper à l'aveuglette, ce qui était déjà bien suffisant. Ses compagnes hurlèrent, surexcitées, et Sam devina leur satisfaction animale.
Il hurla de douleur et sentit un liquide chaud dégouliner sur ses joues et dans sa bouche ouverte. Il essayait de battre retraite en usant de ses mains mais ses paumes ne faisaient que déraper sur le sol irrégulier. De plus, à chaque fois qu'il bougeait, la douleur se faisait plus pressante sur sa figure sanglante.
Il entendit quelqu'un crier derrière lui. Des silhouettes vinrent le recouvrir de leurs ombres changeantes. Il sentit une paire de bras qui l'agrippait par le pied et le tirait en arrière. Cela eut pour seul résultat de faire voler sa basket trois mètres plus loin.
Et lui était toujours là, coincé avec ces doigts griffus plaqués sur le visage.
Des mains le saisirent par les épaules et un pied vint s'écraser sur le poignet de la créature, le piétinant consciencieusement. Il y eut un craquement sonore, un hurlement strident et le monstre se rétracta aussitôt.
Sam plaqua des doigts tremblants sur sa figure. Relevant péniblement les yeux, il distingua le visage désemparé de Rachel au-dessus de lui.
« Sam ? SAM ? »
Une main le força à s'asseoir. Il s'essuya d'un revers de la manche. Le goût métallique du sang persistait dans sa bouche engourdie.
« Regarde-moi. Tourne-toi... Regarde-moi. »
Sam s'exécuta péniblement et il distingua Quinn. La jeune femme s'agenouilla et l'attrapa au niveau des joues pour pouvoir examiner son visage sous tous les angles. Le contact des mains fraîches sur sa peau bouillonnante fit frissonner Sam.
« Bon sang, qu'est-ce que tu as fait ? l'entendit-il murmurer d'une voix frémissante. Nous n'avons rien pour te soigner... »
Au-dessus d'elle flottait le visage profondément anxieux de Blaine. Le garçon leva les yeux en direction du mur de roche.
« Est-ce qu'on devrait fuir ? Est-ce qu'elles peuvent passer ? »
Ni Rachel ni Quinn ne lui répondirent. La brunette examinait l'empilement de roches avec un mélange de dégoût et de crainte. Sam fixait Quinn d'un œil étourdi.
La blonde fouilla dans sa sacoche d'une main fébrile et en sortit un mouchoir un peu froissé.
« Je n'ai rien d'autre... indiqua-t-elle avec précipitation. Est-ce que... Est-ce que vous avez quelque-chose ? »
Sam mit plusieurs secondes à comprendre qu'elle s'adressait aux autres.
« Il me reste un peu de désinfectant, dit Rachel d'une voix hésitante.
- Qu'est-ce qu'on fait ? » demanda Blaine, avec toujours cette même anxiété dans la voix.
L'incident avait excité les bêtes de l'autre côté du mur. Elles grattaient, ricanaient, tournaient en rond sans jamais s'arrêter. Quinn recula pour laisser Rachel s'occuper de Sam.
Se relevant, elle effleura sa joue d'une main machinale. Elle comprit qu'à présent, l'odeur de sang les suivrait jusqu'à la fin.
C'était même sans doute ce qui guidait les bêtes depuis le début. Ils se faisaient de petites égratignures et cela suffisait. Peu importe à quel point le Glee Club pouvait se dépêcher, cela ne changerait rien. Ils étaient toujours suivis. Et tant qu'ils ne sortiraient pas d'ici, cela continuerait.
Elle fixa l'empilement de roches d'un œil vide. Mercedes leur avait dit qu'il leur suffisait d'attendre les secours... Ce ne serait finalement pas aussi simple que cela...
« Aïe... Aïe ! AIE ! »
Rachel eut un mouvement de recul. Elle ne relâcha cependant pas la pression qu'elle exerçait sur le nez de Sam avec son mouchoir imbibé de désinfectant. Le garçon ne parvenait à cacher sa douleur et ses cris ne faisaient qu'enthousiasmer les bêtes davantage. Blaine ne put contenir un frisson.
« Ça n'a pas l'air très profond... murmura Rachel en observant les coupures avec attention. Mais fais plus attention si tu veux sortir de là avec ton nez entier, d'accord ? »
Sam marmonna quelque-chose et heureusement, elle ne comprit pas.
« Qu'est-ce qu'on fait ? » demanda encore Blaine.
Et pour la énième fois, personne ne lui répondit.
Quinn s'approcha de la paroi rocheuse, faisant de son mieux pour ignorer son anxiété. Des ricanements l'accueillirent et elle se figea à mi-chemin, observant les interstices en silence. Elle n'arrivait plus du tout à réfléchir. Ses discussions récentes avec Rachel étaient tout ce qui lui revenait en mémoire.
Ses discussions avec Rachel...
« Rachel ! » laissa-t-elle échapper en faisant volte-face.
La brunette leva la tête pour la fixer avec surprise.
« Euh... oui ?
- Qu'est-ce qu'on fait ? »
Elles se dévisagèrent longuement.
« Je... euh... Tu es bien sûre que tu veux me demander ça à moi ? »
Quinn acquiesça lentement, remettant une mèche de cheveux en place derrière son oreille d'une main nerveuse.
« Je ne sais plus quoi faire... murmura-t-elle. On est censés attendre les autres et...
- Elles ne passeront pas, » intervint Sam.
Quinn le regarda avec un mélange d'agacement et de désarroi.
« Tu viens de te faire lacérer le visage, idiot. » ne parvint-elle à retenir.
Le blond hocha la tête avec docilité.
« Je sais. Ça n'arrivera pl-... AIE !
- Désolée, » dit précipitamment Rachel, essuyant la dernière traînée de sang qui lui barrait la joue.
Sam grimaça et reporta son attention sur Quinn.
« Je sais qu'ils font peur et je sais qu'ils donnent l'impression d'être invincibles... reprit-il péniblement. Mais ce sont juste des machins tout visqueux... Ils ne passeront jamais à travers ça, il faudrait une grue ou... ou autre chose. Mais des griffes ne suffiront pas.
- Je n'ai pas besoin que tu me rassures, répliqua très calmement Quinn. Je suis parfaitement consciente que tu en sais aussi peu que moi là-dessus. »
Sam ne dit plus rien, pris au dépourvu par sa répartie glaçante d'indifférence. Se tournant vers Rachel, la blonde reprit d'une voix un peu moins rassurée :
« La question est de savoir s'il est sûr pour nous de rester ici.
- Et tu me demandes ça à moi ? répéta Rachel avec agitation.
- Je n'ai plus la force de réfléchir, je suis désolée...
- Aucun de nous ne l'a plus... » lui fit remarquer Rachel.
Elle soutint le regard de Quinn. La blonde ne parlait plus que pour dire le minimum vital et à la confusion que Rachel ressentait se mêlait la déstabilisante impression de comprendre Quinn malgré tout.
Quinn lui demandait de décider pour eux parce-que Rachel avait toujours été et restait l'image de l'optimisme-même. Elle était celle qui ne lâchait rien, peu importe les obstacles, et à qui le découragement ne venait alourdir les épaules qu'occasionnellement.
C'était un peu bizarre étant donné son inefficacité depuis leur entrée de la grotte, malgré tout Rachel avait l'impression que c'était pour cette raison-là que Quinn lui demandait de décider. Qu'aurait-ce pu être d'autre ?
Un sourire hésitant passa sur les lèvres de la blonde et Rachel la dévisagea longuement, pensive. Les bruits discordants émis par les créatures résonnaient avec clarté dans l'atmosphère lourde et pourtant ils ne l'effrayaient plus autant qu'avant. Peut-être était-ce parce-que Sam avait raison quand il disait qu'elles ne passeraient pas. Peut-être était-ce parce-que Quinn venait de lui demander explicitement de l'aide pour la toute première fois de sa vie.
Elle ne savait plus très bien. Elle aurait voulu dormir enfin, assez, définitivement... mais en attendant il fallait se dépatouiller.
« Je... » répondit Rachel d'une voix incertaine.
Ils n'avaient pas beaucoup d'options. Ils n'en avaient aucune à vrai dire. Ne restaient plus que des alternatives bien maigres.
« Le bruit qu'ils font est désagréable, vous ne trouvez pas ? » fit-elle remarquer avec un froncement de sourcils.
Elle se redressa lentement.
« Nous pourrions juste nous éloigner un peu... » conclut-elle.
Le visage de Blaine se décrispa, et à son expression soulagée, Rachel comprit qu'il était rassuré de voir qu'elle ne cédait pas à la panique. Sam, lui, était plus sceptique, et il parut vouloir émettre une protestation, avant que le regard peu amène et terriblement épuisé de Quinn ne l'en dissuade.
« Pas trop loin, continua Rachel. Juste quelques mètres. »
Quinn ne détourna pas un instant son attention d'elle et la brunette ne parvint pas à soutenir son regard bien longtemps.
« Jusqu'à où ? » demanda Sam avec mauvaise humeur, après un moment de flottement.
Il accepta à contre-cœur la main que Blaine lui offrait pour se relever.
« On pourrait... » murmura Rachel.
Elle referma sa sacoche d'une main tremblante et attendit que la série de ricanements émise de l'autre côté du mur ne s'estompe pour poursuivre sa phrase.
« On pourrait poursuivre jusqu'à ce que l'on rencontre un obstacle. Ça nous éviterait de nous perdre.
- Bon. Ça me va, » concéda Sam, se radoucissant un peu.
Il s'essuya machinalement le visage, mais les égratignures qui brillaient sur son teint terreux ne disparurent pas pour autant. Rachel prit une grande inspiration pour se donner du courage et elle déclara d'un air plus décidé :
« Très bien... allons-y ! »
Du coin de l'œil, elle entraperçut le sourire en coin de Quinn et quelque-chose remua au fond de son estomac.
« En avant... marche... » soupira Sam, et il leur emboîta le pas.
Blaine jeta un dernier coup d'œil peu rassuré en direction de la paroi rocheuse et voyant qu'aucun monstre ne semblait prêt de passer de leur côté, il décida de faire comme si de rien n'était.
...
...
...
« Fais ton possible pour ne pas réagir et écoute attentivement ce que je vais te dire... s'il-te-plaît. »
L'expression conquérante de Brittany se fana à l'écoute de la voix de Mercedes. Même à travers les grésillements, l'anxiété de la jeune femme était perceptible. Brittany s'exécuta malgré tout et sourit doucement dans la pénombre, faisant son possible pour ne pas se crisper. Santana la tenait par le bras et s'il y avait bien quelqu'un qui pouvait remarquer le trouble de Brittany, c'était elle.
« Les créatures sont arrivées à hauteur de l'effondrement, dit Mercedes d'une voix lente. Sam s'est un peu éraflé mais rien de grave. Ils ont décidé de s'éloigner un peu par précaution, ce qui veut dire que dès que les créatures comprendront qu'ils sont hors de portée, elles se tourneront vers vous. Vous avez parcouru une distance importante mais je pense que l'on se souvient l'une comme l'autre de leur rapidité. Ne cours pas et ne montre pas ton stress. Vous êtes tous beaucoup trop fatigués pour supporter un coup de pression de plus... alors tu vas devoir garder ça pour toi.
- C'est normal, murmura Brittany d'un ton creux. Je suis le chef d'expédition. »
Mercedes ne put s'empêcher de soupirer. La pétillante blonde répondit au regard interrogateur de Santana par un sourire malicieux qui lui souleva le cœur.
« Tu n'as pas le choix, je suis désolée...
- Je sais...
- Essaye simplement d'accélérer de façon la plus naturelle possible. Tu devras marcher à peine plus vite si tu ne veux pas que les autres se doutent de quelque-chose.
- D'accord...
- Je te préviendrai s'il y a vraiment un problème, ok ?
- Oui... »
Brittany ignora la pression que Santana exerçait sur son bras et s'efforça d'assimiler tout ce qui lui tombait sur le coin de la tête. Elle distinguait les pas du reste du Glee Club non loin de là. Finn suivait, juste derrière elle. Elle ne pouvait même pas le lui dire à lui...
« Et comment vont les autres ? demanda-t-elle à mi-voix.
- Bien. Sam est juste un peu amoché mais ça va. Ils sont très fatigués... comme vous. »
Brittany acquiesça machinalement et laissa son bras retomber le long de son flanc. L'absence soudaine des grésillements à son oreille ne fit que renforcer la solitude de plus en plus écrasante qu'elle ressentait. Santana pressa son bras pour la énième fois et elle comprit qu'elle ne pouvait plus l'ignorer.
« Qu'est-ce qu'elle t'a dit ? demanda la brune, curieuse.
- Rien de grave, ne t'inquiète pas... »
Santana fronça les sourcils.
« Tu me prends pour une imbécile, hein ?
- Non. Pourquoi ?
- Les yeux. Tout est dans les yeux.
- Quoi ?
- Tu souris, mais tes yeux non... »
Machinalement, Brittany détourna la tête. Cela ne fit qu'accroître l'agacement que Santana s'efforçait de retenir depuis quelques secondes.
« Qu'est-ce qui ne va pas, Britt ? Dis-le moi.
- Rien...
- Je pensais que tu le saurais depuis le temps.
- De quoi ?
- Que l'on ne peut pas se mentir l'une à l'autre. Je me trahirai toujours et tu te trahiras toujours.
- Tu es fatiguée, San, et tu te fatigues encore plus en t'énervant.
- Mais ce n'est pas pour rien. Parle-moi, Britt.
- S'il-te-plaît... » soupira la pétillante blonde.
Cependant, plus elle s'enfonçait dans la résignation, plus le regard de Santana flamboyait.
« Tu ne me parles plus, gronda-t-elle. Tu dis que ça va bien, que ça va tout le temps bien, alors que je sais que tu t'inquiètes. Tu as le droit, d'accord ? Tu n'as pas besoin de faire ta Quinn. Je sais que tu as mal à l'épaule, je sais que tu es épuisée comme moi, je sais que tu es impatiente de sortir de là. Arrête de faire semblant qu'il n'y a rien.
- S'il-te-plaît, » répéta simplement Brittany d'une toute petite voix.
Le regard de Santana ne se radoucit pas mais elle ne dit plus rien, se contentant de tenir sa copine par le bras.
Cependant, alarmé par le ton tendu de leur discussion, Finn ne tarda pas à demander :
« Qu'est-ce qui se passe ?
- Rien, » grommela aussitôt Santana.
Brittany se retourna doucement pour lui sourire d'un air rassurant. Le vide vertigineux dont se creusait ses grands yeux bleus heurtèrent Finn.
« Tout va bien. » dit-elle avec clarté.
Le garçon la regarda avec confusion. Derrière lui, Puck fronça les sourcils, sceptique. Baissant les yeux sur les pieds de Brittany, Finn demanda après un moment d'hésitation :
« Pourquoi est-ce que tu accélères ?
- Mercedes m'a dit que nous arrivions bientôt. » répondit aussitôt Brittany.
Tina et Mike s'entreregardèrent, ne sachant très bien s'ils devaient se réjouir.
« Les autres vont bien ? questionna Finn.
- Oui oui. » répondit Brittany d'un air absent.
Santana laissa échapper un soupir, angoissée par l'instabilité dans laquelle se trouvait Brittany. Pour les autres, son ton creux et son regard vide ne traduisaient rien d'autre qu'une extrême lassitude. Elle, cependant, avait bien conscience que Brittany était au bord de la rupture.
Elle n'avait pas souvent vu Brittany dans cet état et cela la perturbait d'autant plus que la pétillante blonde était l'archétype de la joie de vivre. Si sa vision simpliste et positive de la vie ne lui servait plus à rien dans cet environnement hostile, que lui restait-il ?
Santana aurait voulu l'embrasser car c'était le seul remède qu'elle trouvait à la tristesse de sa copine habituellement. Mais elles portaient leurs casques et ce n'était pas le moment de s'attarder...
Elle maudit intérieurement Quinn.
Derrière elle, Puck et Mike s'efforçaient de porter Tina avec le même acharnement. La conscience qu'elle avait d'être un fardeau n'était plus qu'un sentiment parmi d'autres pour la jeune fille et la douleur qui sourdait dans son pied blessé se noyait au milieu de la lassitude mentale et physique qui l'encombrait. Elle avait l'impression de se retrouver coincée dans le rêve de la porte qui ne se rapproche jamais, et le moins que l'on puisse dire, c'est que c'était un véritable cauchemar.
« Ça va ? » demanda Mike, la mâchoire serrée.
Puck laissa échapper un hoquet avant de répondre à mi-voix :
« Ça pourrait aller mieux. »
Tina se fit violence pour ajouter :
« On fait aller. »
Cela arracha un rire étranglé à Mike et il vacilla sur ses appuis, entraînant les deux autres à sa suite. Ils se rattrapèrent tant bien que mal, évitant la chute de peu. Mike et Tina échangèrent un regard bizarrement amusé. Et tout d'un coup, ils se rendirent compte qu'il y avait bien longtemps qu'ils ne s'étaient plus regardés de cette façon.
...
...
...
« Allez, allez, on ne se décourage pas ! » s'exclama Monsieur Schue avec le même enthousiasme indestructible.
Puck le dévisagea avec incrédulité.
« Eh, fais gaffe ! » s'exclama Sam en évitant son pied de justesse.
Le garçon à la crête se contenta de lui sourire avec désinvolture.
« Essayez de ralentir, pas de précipitation !
- Monsieur Schue, gémit Rachel, ne pourrions-nous pas annuler la séance d'aujourd'hui ? Vous voyez très bien que c'est inutile étant donné qu'il manque la moitié de la chorale ! »
Quinn lui jeta un regard de côté tout en continuant d'exécuter la chorégraphie avec une grâce impassible.
« Il ne manque que trois d'entre nous, rectifia Monsieur Schue avec optimisme. Allons, Rachel, je sais que le milieu de semaine est particulièrement épuisant mais il faut tenir, nous y sommes presque ! »
Sam et Mercedes tapèrent dans leurs mains avec un manque d'enthousiasme évident. L'absence de Santana, Brittany et Kurt se faisait cruellement sentir. Blaine était si distrait ce jour-là qu'il dépassait à peine l'habileté en danse de Finn. Le grand dadais se dandinait difficilement devant lui.
Rachel soupira avec lassitude mais fidèle à son acharnement légendaire, redoubla d'efforts pour suivre le rythme malgré sa fatigue.
« Tina, Mike, c'est à vous ! » s'exclama Monsieur Schue en leur faisant signe.
Attendant jusque-là dans un coin, les deux s'avancèrent d'un même mouvement. Mike se tourna vers Tina, lui offrit galamment sa main et la jeune fille l'accepta, lui rendant son sourire.
« Vous n'êtes pas obligés de suivre le placement, dit Monsieur Schue. Il nous reste encore toute la fin de la semaine pour arranger ça ! »
Mais ils ne l'écoutaient déjà plus. Ils évitèrent un Finn vacillant et tournoyèrent jusqu'au centre de la pièce, suivant les notes énergiques jouées par Brad en fond avec précision et aisance.
« Je crois que l'on aurait dû éviter de s'entraîner chez toi, dit Mike après quelques secondes.
- Pourquoi ? demanda Tina avec un sourire plein de curiosité.
- On s'ennuie tellement pendant les séances de répétition, il ne nous reste plus rien à perfectionner... » répondit malicieusement le garçon.
Tina retint un rire et lissa le col de sa chemise d'une main faussement sévère.
« Mon modeste danseur... » lâcha-t-elle à mi-voix.
Ils évitèrent lestement Sam et Mercedes alors que les deux s'efforçaient de réaliser les mouvements habituellement attribués à Santana et Brittany à cet instant de la chorégraphie.
« Est-ce que tu as essayé ta tenue de scène ? demanda Mike en se baissant pour éviter le bras que Finn balançait de façon tout à fait hasardeuse devant lui.
- Pas encore, je viens de la-... »
L'attrapant par la taille, Mike lui épargna la collision avec Puck. Il la déposa délicatement devant lui et avec un soupir soulagé, Tina reprit :
« Je viens de la recevoir. Je l'essayerai ce soir. »
Mike acquiesça machinalement et elle raffermit sa prise autour de ses épaules, s'efforçant de rester concentrée. Autour d'eux, c'était un véritable bazar. Monsieur Schue faisait son possible pour palier au manque des trois absents mais la chorégraphie était si millimétrée à ce stade-ci des répétitions qu'il lui était pratiquement impossible de donner forme à tout cela.
« Quinn ? lança-t-il. Et si on passait à ton solo ? »
Se tournant vers lui, la blonde la vrilla d'un regard perplexe.
« Vous voulez que je chante au milieu du numéro collectif ? » demanda-t-elle d'une voix égale.
Monsieur Schue se gratta l'arrière du crâne avec désespoir.
« Non, c'est vrai... concéda-t-il.
- Je me disais bien que cela n'avait pas beaucoup de sens. » conclut Quinn dans un murmure.
Et elle s'en retourna à ses mouvements avec flegme.
Mike et Tina continuaient de danser proprement tout autour d'eux, évitant les uns, passant devant les autres. Le duo de danse qu'ils devaient effectuer pour ces Régionales était depuis longtemps au point et ils le faisaient presque mécaniquement. D'une poussée de la main, Tina envoya Mike quelques mètres plus loin, et s'adressant un sourire, ils se rejoignirent presque aussitôt.
« Ce sera nos dernières Régionales ensemble, fit remarquer Mike.
- Je sais. » se contenta de répondre Tina, arborant de nouveau un air profondément concentré.
Mike la regarda attentivement et tandis qu'ils se tournaient autour, il lui demanda avec curiosité :
« Est-ce que tu y penses des fois ? »
Tina releva les yeux vers lui et il lui adressa un sourire.
« A quoi ? demanda-t-elle en fronçant légèrement les sourcils.
- A ce qu'il va se passer après. Il n'y aura plus qu'Artie et toi au Glee Club. »
Elle haussa les épaules, et Mike se dit que sa contrariété serait plus perceptible le dernier jour, lorsque viendrait le moment de faire ses adieux à tout le monde.
« Je pense... répondit-elle après un moment. Je pense que ce sera comme de tout reprendre à zéro. Et vu où on en est maintenant, on peut y arriver... je crois... »
Mike acquiesça. Blaine passa distraitement à côté d'eux et Tina attrapa Mike par le col pour lui éviter d'entrer en collision avec le garçon.
« Tu ne trouveras pas ça bizarre ? demanda Mike. D'être sans... nous ?
- Si. Bien sûr que si... Mais c'est comme cela que ça marche, non ? Si on devait se supporter éternellement, on deviendrait tous fous... »
Cela arracha un sourire à Mike. Il ne pouvait cependant s'empêcher de ressentir une certaine tristesse. Il y avait quelque-chose que Tina ne lui disait pas et il le sentait.
« Au fait, demanda brusquement la jeune fille, tes parents ont accepté pour Juilliard ? »
Mike la dévisagea un instant, surpris par la soudaineté de sa question.
« Non... Pas encore. »
Ils tournoyèrent une ultime fois, évitant Sam et Mercedes. Tina se contenta de froncer les sourcils et n'ajouta rien. Mike ne trouva pas le courage de l'inviter à s'exprimer davantage, de plus en plus déstabilisé par l'impassibilité de Tina.
C'était sans doute la première fois depuis longtemps qu'il était incapable de dire ce qu'elle pensait. Il essaya de ne pas trop s'en inquiéter et lui fit une révérence volontairement exagérée au moment où les dernières notes de piano résonnaient dans l'air.
Elle s'approcha pour déposer un baiser furtif sur ses lèvres et Mike garda son attention fixée sur elle juste assez longtemps pour voir son sourire se faner alors qu'elle lui tournait le dos.
Il se souvint de la fois où elle avait fondu en larmes en lui chantant My Funny Valentine. Est-ce que c'était cette même personne qui était si peu émotive aujourd'hui ?
...
...
...
« Et où est-ce qu'on va maintenant ? » demanda Puck d'une voix essoufflée.
Tina et Mike détournèrent les yeux l'un de l'autre et fixèrent leur attention devant eux. La route se divisait en deux à cet endroit-ci du parcours. Brittany ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil en arrière et l'air suspicieux de Santana revint s'inviter sur son visage cerné.
« Logiquement à gauche, non ? demanda Finn.
- Ne nous précipitons pas. » opposa Mike.
Leurs regards se tournèrent vers Brittany et elle les dévisagea un instant avec désarroi.
« Le récepteur. » lui glissa Santana.
Brittany cligna furieusement des yeux et s'exécuta aussitôt. Elle entendit à peine les grésillements et demanda d'une voix empressée :
« Mercedes ? »
Elle jeta un regard de biais à Santana et celle-ci hocha lentement la tête d'un air encourageant.
« Où est-ce qu'on va ? »
Brittany laissa le temps à la jeune femme de consulter la carte. Elle avait une vague idée de la responsabilité que Mercedes devait ressentir. Elle aurait aimé lui dire qu'elle n'avait pas à s'inquiéter mais ç'aurait été mentir. Brittany elle-même était morte de trouille. Et elle ne pouvait pas le montrer aux autres, pas même à Santana, pas même à Finn... C'était comme ça.
Puck se mit à taper du pied par-terre. Mike aida Tina à s'asseoir et avec un grognement, il s'étira de tout son long. Les crépitements se prolongeaient dans l'oreille de Brittany. La fatigue persistante sous laquelle elle ployait contribuait à la vague frustration qui montait progressivement dans son estomac.
Mercedes avait le droit d'être complètement paumée mais ce n'était pas une raison pour la faire attendre à ce point. Ils auraient bientôt les monstres aux trousses après tout...
« Mercedes ? » demanda Brittany avec une pointe d'impatience.
Elle éloigna le récepteur de son oreille et jeta un coup d'œil à l'écran.
Son cœur eut un raté. Le visage étiré de Mercedes était immobile. L'image s'était figée au moment où elle levait la tête pour regarder au-delà de l'écran, discutant vraisemblablement avec Artie.
« Mercedes ? souffla Brittany avec un abattement soudain.
- Pas maintenant, grommela Santana avec rage.
- Qu'est-ce qui se passe ? » s'inquiétèrent Puck et Finn.
Brittany lorgna l'écran pixelisé sans mot dire. N'y tenant plus, Santana le lui arracha des mains.
« Brittany ? s'inquiéta Tina, relevant la tête.
- Je suis en bonne voie pour devenir une serial killeuse psychotique... » siffla Santana.
Elle secoua le récepteur, tourna tous les boutons, l'éteignit, le ralluma. Mais à chaque fois revenait l'image figée de Mercedes, la bouche ouverte, les yeux dirigés ailleurs. Un brutal sentiment d'abandon écrasa Finn comme une vague. S'avançant, Mike s'informa à son tour du problème, et d'un ton imperturbable, constata :
« On dirait que la connexion est rompue.
- Tu crois ? » s'énerva Santana en le fusillant du regard.
Mike se contenta de reculer, haussant légèrement les épaules.
« Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » demanda Puck d'une voix tendue.
Il crispait la mâchoire, contenant laborieusement la fureur qui bouillonnait dans ses veines. La fatigue s'était effacée d'un coup et il ne ressentait plus que cette irritation douloureuse, cette indignation rampante.
« On ne peut plus continuer, dit Tina. C'est trop dangereux. On va se perdre et les secours auront deux fois plus de mal à nous retrouver.
- Et on fait quoi, on reste au milieu de ce couloir ? demanda Puck avec frustration.
- Tu as une autre solution ? » répliqua Tina, haussant le ton.
La jeune fille ne supportait plus l'état de nervosité constant dans lequel se trouvait le garçon. Heureusement pour elle, Puck se tut, se contentant de croiser les bras et de s'appuyer contre une des parois humides.
« Et qu'est-ce qu'on fait des autres ? fit remarquer Santana d'un ton vigilant.
- Tu as bien entendu Mercedes, dit Mike. Les secours seront bientôt là, ils les retrouveront sûrement. »
Brittany assistait à leur échange, mutique.
« On leur a promis qu'on allait les chercher, répliqua finalement Puck. Qu'est-ce qu'il va se passer quand ils verront qu'on ne vient pas ?
- Vu notre rapidité, les secours arriveront sans doute là avant nous, fit remarquer Tina avec abattement.
- On doit continuer, intervint soudain Brittany.
- Quoi ? bredouillèrent Santana et Tina en chœur.
- Il faut qu'on continue, insista Brittany d'une voix tremblante.
- Et comment ? demanda Mike. On ne sait pas quelle direction prendre.
- Tout plutôt que de rester ici, opposa Puck.
- C'est de la folie furieuse, murmura Tina. On a déjà perdu les autres, si on se perd nous-mêmes c'est la fin.
- On n'a pas le choix, répliqua la blonde. On doit y aller, on ne peut pas rester ici.
- Brittany, dit Mike d'un ton précautionneux. Réfléchis bien. »
La concernée lui jeta un regard qui le glaça de la tête aux pieds. L'éclat bleuâtre de ses iris s'était figé et ses pupilles n'étaient plus que deux trous noirs pleins de dureté. Santana resserra sa prise autour du bras de la jeune femme, consciente que le mélange de tension, d'inquiétude, de panique, de culpabilité, de peur et de fatigue qui la tourmentait était sur le point d'avoir raison d'elle.
Un silence de mort tomba sur le petit groupe et Mike soutint le regard farouche de Brittany sans broncher.
« C'est moi qui décide, murmura la blonde. Et je dis qu'on continue. »
Finn la contempla avec inquiétude. Il ne la reconnaissait plus. Aucun d'eux ne la reconnaissait plus.
Le grand dadais se résolut finalement à sortir de son silence et dit à mi-voix :
« Britt-Britt, moi aussi je veux retrouver Rachel et les autres, mais on ne sait pas où aller. Il vaudrait mieux que l'on attende, Tina et Mike ont raison.
- C'est trop dangereux, ajoutèrent ceux-ci.
- Vous ne comprenez pas, dit Brittany. On n'a pas le choix.
- Qu'est-ce que tu-... bredouilla Finn.
- Les monstres nous rattrapent, lâcha-t-elle. Si on attend ici, ils nous retrouveront. »
Ils se figèrent tous.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? murmura Finn en la fixant avec confusion.
- Ils sont arrivés à l'effondrement, répondit Brittany avec désespoir. Si on reste là, ils nous rattraperont. »
Sa façade inquiétante était repartie comme elle était venue et ses yeux renfermaient de nouveau toute cette vie en constant mouvement. Le groupe n'en était pas moins complètement stupéfait.
« Alors c'était ça... chuchota Santana.
- Pourquoi ne nous as-tu rien dit ? demanda Finn.
- Depuis combien de temps est-ce que tu le sais ? s'inquiéta Tina.
- Alors qu'est-ce qu'on attend pour se barrer de là ? s'énerva Puck.
- C'était à prévoir... » dit simplement Mike.
Leurs protestations se firent écho pendant encore quelques secondes, puis ils se turent de nouveau, incapables d'ajouter quoi-que-ce-soit.
« Qu'est-ce qu'on fait alors ? dit Puck d'un air sombre. Si on prend le mauvais chemin, on ne retrouvera jamais les autres.
- Et qui sait où on atterrira ? compléta Tina.
- On devrait se séparer.
- En voilà une bonne idée, Hudson, grinça Santana.
- On est déjà scindés en deux, fit remarquer Mike. On ne peut pas se permettre de se séparer encore plus... Et puis... on est sans doute moins vulnérables comme ça.
- Pourtant c'est ce qu'on doit faire, intervint Brittany. Finn a raison.
- Quoi ? laissa échapper Santana. C'est possible, ça ? »
Brittany se contenta de lui tapoter machinalement la main.
« Si on prend seulement un des chemins, on a une chance sur deux de se tromper, poursuivit Brittany d'un air décidé. On n'a pas d'autre choix.
- Ok, j'y vais, se proposa aussitôt Puck.
- Non, répliqua Brittany. C'est à moi d'y aller.
- Toute seule ? s'inquiéta Tina.
- Je viens avec toi, » décida Finn.
Brittany secoua lentement la tête.
« Tu es l'autre chef de l'expédition, tu dois rester avec eux pour les guider.
- Mais... bredouilla le grand dadais. On ne va pas te laisser comme ça...
- Ce n'est pas grave, murmura Brittany. Si je me rends compte que je me suis trompée, je rebrousserai chemin pour vous retrouver.
- Mais... et les monstres ? demanda Puck avec perplexité.
- Je me dépêcherai.
- C'est du suicide, répliqua Santana.
- Vous voyez autre chose à faire ? » dit Brittany avec un sourire.
Ils ne trouvèrent rien à répondre. Tina détourna les yeux, mal à l'aise.
« Bon. Alors c'est réglé ! s'exclama Brittany avec une énergie si soudaine qu'elle sonnait faux. Je pars à droite et vous à gauche, d'accord ?
- D'accord... » murmura Finn.
Puck et Santana échangèrent un regard. La situation prenait une tournure qu'aucun d'eux n'avait prévu. Finn jeta un dernier regard accablé à Brittany, puis il s'avança vers Tina pour lui proposer son aide.
« Bon, à tout à l'heure les gars ! claironna Santana en adressant un signe de la main désinvolte aux autres.
- A tout à l'heure... » répondirent-ils d'un ton inquiet.
Elle entraîna Brittany en direction du couloir. Celle-ci la dévisagea, les yeux écarquillés.
« Mais... qu'est-ce que tu fais ? » balbutia-t-elle avec étonnement.
Santana lui jeta un regard de biais moqueur.
« Dis-moi... Es-tu un clone ou la véritable Brittany ?
- Quoi ? »
Santana s'autorisa un soupir stressé avant de disparaître de nouveau sous sa façade narquoise.
« Tu croyais que j'allais te laisser y aller toute seule ? »
Brittany ralentit le pas.
« Tu as dit que c'était du suicide, murmura-t-elle.
- Je suis d'humeur pour les missions-suicide. » répondit aussitôt Santana.
Elles se fixèrent en silence. Derrière la blonde, Finn fut le dernier à disparaître, portant Tina sur son dos. Brittany baissa les yeux sur le récepteur, qu'elle tenait toujours dans les mains. Puis, relevant la tête, elle adressa un faible sourire à Santana.
« D'accord... »
Elle n'avait pas la force de convaincre Santana de partir avec les autres. Déjà parce-qu'elle savait que la brune n'en démordrait pas. Et surtout parce-qu'elle-même était terrifiée à l'idée de s'engager toute seule dans cette direction. Elle avait besoin de Santana.
Celle-ci lâcha son bras et fit quelques pas impatients en direction de l'obscurité.
« Alors ? »
Brittany acquiesça machinalement.
« D'accord...
- Allons-y donc. » dit Santana avec un haussement de sourcils.
Brittany restait toujours plantée à l'orée du tunnel. Santana força un sourire sur ses lèvres et lui offrant une main galante, murmura :
« Veux-tu ? »
Brittany fixa les doigts tendus vers elle d'un œil vide. Elle se résolut finalement à attraper cette main qui lui était offerte et une vague étincelle renaquit dans son regard fantomatique alors qu'elle déclarait à mi-voix :
« Avec plaisir, San. »
Le sourire de Santana s'élargit et elle l'attira à sa suite dans le couloir.
Les rumeurs des voix des autres achevèrent de s'estomper derrière elles.
...
...
...
« Et maintenant ? » murmura Blaine en fronçant les sourcils.
Ils entendaient toujours les créatures. Ils n'étaient pas assez loin pour pouvoir ignorer leurs ricanements répétitifs, ainsi que leurs grattements effrénés. Pourtant, cela faisait déjà depuis plusieurs dizaines de minutes qu'ils marchaient silencieusement. Il leur suffisait de se retourner pour se rendre compte qu'ils ne voyaient même plus l'éboulement.
Sam réajusta son casque sur ses oreilles brûlantes, et la lumière diffusée par sa lampe tremblota doucement au-dessus de lui. Quinn frissonna, consciente des courants d'air qui remuaient faiblement ses cheveux broussailleux, et Rachel se blottit contre elle, frigorifiée tant par la peur qui la chatouillait que par l'humidité qui régnait à cet endroit.
« On continue... non ? » répondit Sam après un long moment de silence.
Il baissa les yeux vers Rachel, mais son air décidé s'était depuis longtemps volatilisé et elle fixait la pénombre qui s'offrait à eux avec un mélange de méfiance et d'appréhension.
« Qu'est-ce qui pourrait nous arriver de pire ? demanda-t-elle d'une petite voix.
- On pourrait se faire manger... par exemple... » ne put s'empêcher de remarquer Quinn d'une voix lasse.
Ils se retournèrent d'un même mouvement. Les créatures semblaient toujours aussi éloignées.
« Depuis combien de temps les autres sont-ils partis ? » s'interrogea Blaine.
Sam leva la tête pour fixer la stalactite qui se déployait au-dessus d'eux d'un air absent. C'était de là que provenait le plic-ploc qui n'en finissait pas de les titiller depuis qu'ils attendaient près de l'empilement de roches. Quinn contempla la flaque tremblante à ses pieds d'un œil ennuyé.
« Aucune idée... » dit-elle d'une voix égale.
Rachel lui jeta un regard de biais.
« On les entend encore, ajouta Sam. On devrait peut-être continuer encore un peu.
- Jusqu'au prochain croisement ? dit Blaine.
- Jusqu'au prochain croisement... peut-être... » répondit Quinn.
Ils ne savaient plus très bien ce qui était une bonne idée et ce qui ne l'était pas.
« J'ai soif, ne put s'empêcher de déclarer Sam.
- J'ai froid, geignit Rachel.
- J'ai envie de dormir, » conclut Blaine avec inquiétude.
Quinn ne dit rien et emportée par le poids qu'elle sentait peser sur ses épaules, elle se remit en marche. Rachel resta bien accrochée à sa main et lui emboîta le pas. Les deux garçons firent de même, peu enthousiasmés.
« Depuis combien de temps est-ce qu'on est partis ? s'intéressa Blaine.
- Trois cents ans, peut-être... » marmonna Sam.
Le blond se frotta furieusement la nuque, contrariée par une frustration de plus en plus pesante. Il voulait juste revoir le soleil et ces imbéciles qui se prélassaient dans leur chalet.
Mais même leurs pas se répercutaient mollement sur les parois inhospitalières. Ils avaient la force de tenir debout mais pas l'énergie pour feindre l'obstination.
Tant pis. Ils continuaient tant bien que mal.
Quinn gardait les yeux rivés devant elle, essayant vainement de percer l'obscurité, de deviner ce qui les attendait sans doute encore. Rachel la suivait de près, clignant nerveusement des yeux. Quant à Blaine, il faisait de son mieux pour étouffer l'anxiété qui accélérait les battements de son cœur, jetant des coups d'œil nerveux tout autour de lui.
Sam avait raison. Ils étaient là depuis plusieurs siècles.
Brusquement, quelque-chose accrocha le côté gauche de la combinaison de Rachel. Elle poussa un hurlement strident et voulut se dégager avec brutalité, mais cela continua de la retenir avec la même malice, agrippant le tissu étanche de sa tenue.
« AU SECOURS ! beugla-t-elle. AU SECOURS ! »
Elle se jeta en avant et un bruit de déchirure, suivi d'un tintement sec, résonna derrière elle. Elle chuta lourdement au sol et se palpa aussitôt avec frénésie pour vérifier qu'elle était entière. Des tambourinements irréguliers se faisaient entendre dans son crâne. Se retournant à demi, elle tomba face aux expressions stupéfaites des trois autres. Ils s'étaient complètement figés au milieu du couloir, alarmés par son agitation soudaine. Les yeux ambrés de Quinn la fixaient avec un mélange d'angoisse et de désarroi.
Rachel bredouilla des paroles inintelligibles et la blonde s'agenouilla précautionneusement à côté d'elle. Est-ce que tu t'es faite mal en tombant ? Rachel, ça va ? Comment te sens-tu ? La voix suave résonnait confusément à son oreille.
« Rachel. » s'impatienta Quinn.
La brunette ne dit rien, fixant la stalagmite qui surgissait du sol juste sous son nez avec égarement. Un large morceau de tissu orange pendait piteusement à son sommet. Sam le retira de là, l'examinant d'un œil attentif, et Blaine s'accroupit à côté de Quinn.
« C'était... ça ? » murmura Rachel.
La jeune femme ne répondit pas. Baissant les yeux, elle entrouvrit l'importante déchirure qui béait au niveau du côté gauche de Rachel avec des doigts précautionneux.
« C'est juste la combinaison... Tu as arraché ta poche intérieure... » murmura-t-elle avec un soulagement perceptible.
Elle releva les yeux et croisa le regard encore flou de Rachel.
« C'était... c'était juste ça ? » demanda encore celle-ci.
Elle était trop rassurée pour ressentir une quelconque honte.
« Il y a de plus en plus de concrétions, dit Blaine. Il va falloir qu'on regarde bien autour de nous si on ne veut pas se faire des frayeurs inutiles... »
Rachel respirait encore péniblement, sa poitrine se soulevant au rythme de ses inspirations erratiques. Elle remarqua tout juste que Quinn réarrangeait les attaches de son casque d'une main attentive, tout occupée qu'elle était à assimiler le fait qu'un morceau de roche venait de lui faire la peur de sa vie.
« Fais attention, d'accord ? » murmura la blonde en la fixant avec intensité.
Et de nouveau un de ces regards qui persuadaient Rachel que ce que Quinn ressentait ne pouvait pas être de la haine...
« Je... Je vais essayer... » bredouilla-t-elle, mal à l'aise.
Quinn se força à sourire et palpa une dernière fois le débardeur de Rachel pour vérifier que le choc ne se situait qu'au niveau de la combinaison. Cela arracha un frisson à la brunette.
Sam revint vers eux, le morceau de tissu orange dans les mains.
« Tiens. » dit-il en le tendant placidement à Rachel.
Cette dernière l'accepta sans mot dire et ne sachant trop quoi en faire, le fourra dans sa sacoche. Du coup, elle ne remarqua pas le regard curieux que Sam lançait à Quinn.
« On peut repartir ? » demanda Blaine en se relevant d'un bond.
Il tendit une main à Rachel et l'aida à se remettre sur ses pieds.
« A... Attendez, dit brusquement Quinn. Tu as fait tomber quelque-chose, Rachel.
- Quoi ? murmura faiblement la brunette.
- J'ai entendu un... je ne sais pas. Tu n'avais rien dans ta poche ? »
Rachel la regarda avec incrédulité, mais Quinn n'attendit pas plus longtemps pour faire volte-face. Elle se mit à scanner le sol d'un œil circonspect et, du même coup, ne vit pas le voile de réalisation qui passa soudain sur le regard de la brune.
« Attends... » dit Rachel en se précipitant sur elle.
Quelque-chose de doré scintilla au pied de la stalagmite. Quinn se baissa légèrement, tendant une main curieuse.
« Non, Quinn, attends... »
Sa voix mourut dans sa gorge et elle resta derrière Quinn alors que celle-ci se figeait, laissant sa main suspendue à quelques centimètres du sol. Blaine et Sam échangèrent un regard perplexe.
« Qu'est-ce que... » murmura Quinn, l'air de ne pas y croire.
La croix gisait tranquillement au sol, brillant du même éclat doré que celui que Quinn lui avait connu. Le pendentif était en si bon état qu'elle aurait presque pu croire que sa perte remontait à la veille. Pourtant, ce n'était pas le cas.
Quinn mit plusieurs secondes à attraper la chaîne tant sa main tremblait. Elle fit de son mieux pour se redresser normalement mais elle dut s'aider de la surface visqueuse de la stalagmite à côté d'elle, ses jambes refusant de lui obéir.
Elle effleura machinalement son cou.
Elle ne comprenait... plus ? Pendant tout ce temps, son pendentif avait été en possession de Rachel ?
« Mais... pourquoi ? » murmura-t-elle en se retournant lentement.
Son cœur battait la chamade, elle le sentait qui se malmenait tout seul dans sa poitrine frémissante. Le froid glacial qui les transperçait jusqu'à la moelle n'était plus qu'un souvenir que la chaleur qui embrasait ses joues rendait flou. Elle essaya de parler mais seuls des balbutiements lui échappèrent.
Elle se trouva face au regard vulnérable de Rachel. La jeune femme n'avait jamais paru aussi petite, et Quinn se rendit compte à quel point la différence de taille entre elles était importante... et intimidante.
« S'il-te-plaît, s'empressa de bredouiller la brunette. Je peux tout t'expliquer, Quinn, je te le promets.
- Quoi ? lâcha-t-elle.
- Je ne voulais pas... Je... Écoute, ne t'énerve pas, d'accord ? »
Et Quinn comprit que Rachel était complètement terrorisée. Cela lui fit l'effet d'un coup de poing. L'instant d'étourderie qui avait suivi cette étrange découverte, ce mélange d'espoir et d'incrédulité, de surprise et de joie, de crainte et de satisfaction incompréhensible, tout cela disparut dans la seconde. Quinn sentit de nouveau le froid mordant sur ses joues, elle entendit de nouveau les hurlements surexcités des bêtes que la panique de Rachel n'avait fait qu'accroître, et elle s'avança d'une démarche mécanique vers la brunette, qui recula instinctivement, bafouillant des excuses, des explications, des promesses dont Quinn ne comprenait pas la signification première.
Dans le coin gauche de son champ de vision, elle devina Sam et Blaine qui s'avançaient instinctivement. Elle n'eut pas besoin de les voir de face pour comprendre que sa réaction les inquiétait autant que Rachel.
Alors c'était ça ? Quinn devait s'énerver, se refermer sur elle-même, effrayer encore et toujours ?
Mais alors pourquoi se sentait-elle si... si désespérée, si démunie ? Elle ne comprenait pas pourquoi Rachel avait gardé son pendentif... Quand l'avait-elle perdu ? En mai, en juin peut-être... Cela faisait trois mois. Trois mois. Trois mois pour quoi ?
Pourquoi Rachel avait-elle gardé cela ? Pour quoi faire ? Quel intérêt y avait-elle trouvé ?
Quinn était trop stupéfaite par l'effroi qu'elle inspirait à Rachel pour se laisser happer par toutes ces questions bizarrement enthousiastes. Ça n'avait pas d'importance, ce n'était rien. Rien, rien, rien. Plus tard, elle verrait plus tard. Non, jamais.
Écoute Brittany. Il faut le lui dire.
Rachel était sa tarte, une tarte, une belle tarte qui avait gardé la croix de Quinn pendant tout ce temps sans rien lui dire. Mais pourquoi ? Quel sens cela avait-il ? Aucun, cela n'avait aucun sens, aucune interprétation possible ou plausible...
Ce n'était pas de l'amour. Non. Quinn, réveille-toi. L'espoir se faisait plus ronflant dans sa poitrine. Peut-être pouvait-elle avoir le droit d'espérer pour une fois ? Rien qu'une fois, rien que cette fois-là, une fois dans sa vie et plus jamais ensuite... C'était possible, ça pouvait arriver, Puck n'était peut-être pas aussi naïf que cela...
L'espoir se heurta à la peur que Quinn inspirait à Rachel et elle baissa lentement les yeux sur le pendentif qu'elle tenait serré dans sa main. Elle le retourna d'un doigt frissonnant, distingua le ''Q'' et le ''F'' gravés au dos, parfaitement nets malgré la pénombre. Oui, c'était bien le sien. Ce n'était pas possible autrement. Mais... comment ?
La chaîne lui glissa des mains, elle la rattrapa avec nervosité. Elle releva les yeux vers Rachel, chercha quelque-chose au fond de son regard, n'importe-quoi qui puisse lui indiquer que peut-être, dans toute l'histoire, c'était elle qui avait tort, et pas les autres. Mais Rachel était simplement glacée de stupeur, reculant toujours alors que Quinn continuait d'avancer, et la brunette dut finalement se stopper lorsque son dos crispé heurta la paroi derrière elle.
Blaine et Sam observaient toujours la scène avec attention mais Quinn en oublia qu'elle était la Méchante. Les deux jeunes femmes se fixèrent longuement, silencieuses, toutes deux paralysées par des sentiments différents. Quinn leva la main, péniblement, et Rachel se fit encore plus petite face à elle, fermant à demi les yeux, attendant que quelque-chose vienne, que la rafale tombe. Voyant qu'elle gardait les bras figés le long du corps, Quinn attrapa sa main droite et la leva à hauteur de son ventre. Rachel se laissa faire, toujours aussi tendue, toujours aussi effrayée. Avec délicatesse, presque avec faiblesse, Quinn retourna la main de Rachel, paume en l'air, et déplia ses doigts un par un, prenant tout juste conscience des ricanements qui se superposaient au silence de mort qui les enveloppait toutes les deux. Le rai lumineux du casque de Rachel lui réchauffait doucement le front mais elle sentait de nouveau ce froid glacé qui rampait sous sa peau épuisée.
Elle déposa doucement le pendentif dans la paume ouverte de Rachel et la recouvrant de ses deux mains, referma les doigts de la brune dessus. Elle ressentit avec précision les tremblements dont était agitée la brunette et elle laissa un instant sa main-là, se faisant violence pour relever les yeux.
Il n'y avait plus de frayeur dans les yeux chocolat de la jeune femme, juste ce désarroi dans lequel le comportement changeant et énigmatique de la blonde la mettait souvent. Et Quinn voulut se dire que c'était juste dans l'instant que la peur avait dominé Rachel et que plus jamais, dans une situation quelconque, elle n'effrayerait la brunette. C'était faux, sans doute, mais elle préférait le croire.
Elle ouvrit la bouche pour dire quelque-chose et de nouveau, sa voix se bloqua dans sa gorge. Le regard perçant qu'elle posait sur Rachel ne traduisait en rien ce qu'elle ressentait à l'intérieur, et pourtant elle était incapable d'autre chose.
Elle se força à sourire, déglutit péniblement et chuchota :
« Garde-le. »
Pourquoi ? Comment ?
Elle ne savait pas. Elle...
« Quinn, murmura Rachel d'un ton incertain, je...
- Garde-le, s'il-te-plaît. »
Quinn voulait qu'elle le garde. Elle n'avait jamais su qu'il était là et maintenant elle le saurait. Cela ne changerait rien, elle se le promettait. C'était faux.
« On en parlera, lui promit Rachel avec précipitation. Je t'expliquerai... »
Quinn lui sourit doucement, et pour la première fois depuis longtemps, il n'y eut plus de faiblesse ou de fausseté dans ce sourire. C'était simplement un sourire tendre.
Sam crut que sa mâchoire allait s'écraser par-terre. La tendresse... Elle était là.
« Ce n'est pas nécessaire... » répondit Quinn à mi-voix.
Un hurlement plus fort que les précédents les fit légèrement sursauter et elles se tournèrent d'un même mouvement en direction de l'éboulement qu'elles ne pouvaient plus voir.
« Et... Et si on y allait ? » proposa Rachel.
Quinn acquiesça imperceptiblement et elle fit face aux garçons. Blaine hocha lui aussi la tête et Sam fut incapable de faire autre chose que de la fixer avec insistance, les sourcils froncés sous l'effet de la perplexité.
« C'est parti alors. » parvint-il cependant à dire.
Et Quinn emboîta le pas aux deux garçons. Elle voulut lâcher la main de Rachel mais celle-ci s'accrocha à elle, la retenant un instant en arrière. Quinn se retourna et la regarda avec curiosité.
« Tu viens ? » demanda-t-elle.
Rachel la dévisagea, silencieuse. Elle serrait toujours le pendentif dans sa main. Elle finit par acquiescer et, lui adressant un sourire intimidé, murmura :
« D'accord. »
...
...
...
« Et là ? » murmura Santana.
Brittany secoua la tête de droite à gauche, fixant l'écran de l'émetteur d'un air piteux. Elles avançaient d'un bon pas dans le couloir, se tenant fermement par la main.
« Ce serait bien que ça se remette en route maintenant... » grogna Santana.
Brittany ne réagit pas et éteignit le communicateur.
« Au fait, Britt... tu le pensais vraiment quand tu disais que tu allais rebrousser chemin si tu te rendais compte que c'était la mauvaise route ?
- Bah... oui.
- Et... tu n'as pas un peu l'impression que ce serait se jeter dans la gueule du loup, par hasard ?
- Qu'est-ce que tu veux faire d'autre, San ? »
Santana reporta son attention devant elle, pensive.
« 'Sais pas, déclara-t-elle platement.
- Tu vois... »
Elles retombèrent dans le silence. Santana se rendait compte que maintenant qu'elles ne se déplaçaient plus qu'avec deux rais lumineux pour les guider, l'obscurité se refermait avec plus de facilité autour d'elles.
« Au fait, t'as pensé à ce qu'on ferait si une de nos lampes grillait ? » demanda-t-elle encore.
Brittany lui jeta un regard de côté.
« Tu fais tout pour me déstabiliser ? » répliqua-t-elle d'un air contrarié.
Santana eut un mouvement de recul et s'empressa de balbutier :
« Non, bien sûr que non. »
Brittany continua de la fixer avec suspicion.
« Je fais tout pour nous déstabiliser ? » proposa Santana en plissant les yeux.
Cela arracha un sourire à Brittany et à la satisfaction qu'elle ressentit aussitôt, Santana se fit l'effet d'une gamine de dix ans.
« On a sûrement des ampoules de rechange dans un de nos sacs... répondit finalement la blonde.
- « Sûrement » ? Autrement dit « de toute évidence mais rien n'est moins sûr » ?
- San...
- Oui ?
- Arrête, s'il-te-plaît.
- Je vais essayer, » marmonna-t-elle.
Le couloir s'abaissait doucement à cet endroit-ci et elles ralentirent l'allure, veillant à ne pas déraper sur le sol humide. Santana leva une main pour s'aider de la roche mais la rétracta à l'instant où ses doigts effleurèrent la paroi visqueuse.
« Attention, murmura-t-elle, attention, attention, att-... »
La semelle de sa basket glissa brusquement et elle bascula en arrière. Étouffant un cri, Brittany la retint par la bretelle de son sac. Elles restèrent un instant figées, essayant de reprendre leur souffle.
« Ouf, c'était moins une... » lâcha Santana en se redressant péniblement.
Brittany s'efforça de lui lancer un regard sévère mais tout ce qui transparut à l'intérieur de ses yeux fut un indicible soulagement.
« Je crois qu'il vaut mieux qu'on range le récepteur dans un sac, dit-elle après un moment de flottement. J'ai failli le faire tomber en te rattrapant.
- Ou... je pourrais arrêter de me casser la figure, » proposa Santana.
Brittany la contempla sans mot dire, inquiétée par sa désinvolture. La brune se contenta de la gratifier d'un rictus narquois. Soupirant, Brittany se débarrassa de son sac et y rangea le communicateur avec hâte. Elles reprirent leur route, s'accrochant l'une à l'autre, et Santana ne fit plus de commentaire culotté, devinant bien que cela stressait Brittany plus que cela ne l'aidait.
Cependant, le relief était bien suffisant pour les inquiéter toutes les deux. Plus elles avançaient, moins la route était praticable, sans compter que le poids de leurs sacs les encombrait considérablement.
« Ne lâche pas ma main, murmura Brittany.
- Oh mais je n'en ai pas l'intention, rassure-toi...
- Ce n'est pas un jeu, San... S'il-te-plaît...
- Si tu crois que je n'avais pas compris... Comment va ton épaule d'ailleurs ?
- Pas maintenant...
- Alors... comment te sens-tu ?
- Attention, San.
- Mais je fais attention... C'est pour ça que je te pose ces questions.
- Ne t'inquiète pas, je vais très bien.
- C'est ce que tu ne cesses de me dire et pourtant tu sais ce que je vois dans tes yeux quand je te regarde ?
- Quoi ?
- Rien. »
Brittany se figea et tourna lentement la tête vers Santana.
« Pourquoi est-ce que tu dis ça ? murmura la pétillante blonde d'une voix fragile.
- Parce-que c'est vrai, chuchota Santana. Tu es comme ça depuis que tu es tombée dans la descente.
- Mais... pourquoi ?
- Je ne sais pas. A toi de me le dire. »
Brittany ne répondit pas. Le silence autour d'elles était un silence emprunt de solitude. Brittany était soulagée que Santana l'ait suivie.
« Britt... Parle-moi, s'il-te-plaît... lui souffla cette dernière. Tu es comme ça depuis tellement longtemps.
- Est-ce que tu parles seulement de la grotte ? » demanda Brittany en baissant les yeux.
Santana entrouvrit la bouche, déstabilisée.
Elles écoutèrent leurs respirations épuisées, immobiles.
« Tout va bien. Tout va toujours bien avec toi, Britt. Ce n'est pas possible.
- Tu ne parles pas que de la grotte, dit encore Brittany, et cette fois-ci ce n'était plus une question.
- Je ne sais pas de quoi je parle, grogna Santana, frustrée. Ça me fait juste mal de te voir comme ça.
- Mais je vais bien.
- Arrête, » siffla aussitôt Santana, haussant le ton.
Brittany releva les yeux et la détailla attentivement. Elles rapprochèrent machinalement leurs visages et leurs casques se heurtèrent avec un claquement sec.
Santana retint un soupir.
« Pourquoi est-ce que tu fais ça ? murmura-t-elle en baissant les yeux pour contempler leurs baskets poussiéreuses.
- Je ne fais rien... répliqua faiblement Brittany.
- A quoi est-ce que je peux bien servir si tu ne me le dis pas quand tu te sens mal ? continua Santana avec frustration. Comment est-ce que je suis censée me sentir quand je sais que tu fais tout pour m'aider mais que moi je ne peux rien faire pour te soulager ? »
Brittany déglutit avec difficulté. Elles restèrent ainsi, casque-contre-casque. Brittany continuait d'observer Santana, Santana de détailler leurs chaussures.
« Tu m'as aidée, répondit finalement Brittany. Tu te souviens quand Charity est morte ? Tu as-...
- Je ne parle pas d'avant, l'interrompit Santana d'un ton amer. Je parle de maintenant. »
Sa voix cassante vrilla les oreilles de Brittany. Le silence se fit plus bourdonnant autour d'elles. Elles ne pourraient pas continuer si elles ne se le disaient pas...
Brittany papillonna des yeux et avança une main pour balayer les mèches de cheveux qui tombaient sur le front de sa copine. Celle-ci releva lentement les yeux. Elles se regardèrent, mutiques.
« J'ai peur... » finit par marmotter Brittany.
Santana entrouvrit la bouche mais elle enchaîna aussitôt :
« J'ai peur pour moi... mais j'ai encore plus peur pour toi. J'ai tout le temps peur qu'il t'arrive quelque-chose. Même quand tout ce que tu fais c'est marcher, j'ai peur, San. J'ai peur pour tout le monde mais pour toi... c'est dix mille fois pire. J'ai peur que tu tombes en morceaux. J'ai peur que tu disparaisses. J'ai peur que tu aies mal, j'ai peur que tu te fasses mal, j'ai peur de te perdre. Je ne sais pas pourquoi je t'ai laissée venir ici avec moi parce-que j'ai si peur. J'ai peur que quelque-chose ne t'arrive à cause de moi. J'ai peur que tu tombes. J'ai peur que tu t'en ailles. J'ai... j'ai peur... Et je sens que tu as peur et ça me fait mal parce-que je sais que c'est de ma faute si tout est comme ça maintenant.
- Est-ce que tu parles juste de la grotte ? murmura Santana.
- J'ai peur, San. Je t'aime tellement que je ne sais pas ce que je ferais s'il t'arrivait quelque-chose. Peut-être que je deviendrais folle, ou peut-être que je ne serais plus jamais de bonne humeur, ou peut-être que j'arrêterais juste d'être moi. Mais j'ai envie de te protéger tout le temps et je n'y arrive pas. Je n'y arrivais déjà pas avant et j'ai l'impression que je n'y arriverais pas maintenant non plus. J'ai l'impression que je n'y arriverai jamais. Et ça me fait peur... »
Elle se tut, essayant de retenir les larmes qui perlaient au coin de ses paupières. Cependant, elle les sentit rouler sur ses joues, brûlantes et dures, et elle se rendit compte qu'elle n'avait plus pleurer depuis longtemps. Santana leva les mains pour caresser son visage frémissant et instinctivement, Brittany ferma les yeux. Elle sentit les doigts rafraîchissants de sa copine sur son front, ses gestes précautionneux alors qu'elle lui essuyait les joues et lorsqu'elle rouvrit les paupières, elle la vit qui pleurait aussi, doucement, silencieusement.
« C'est pour ça que je ne veux pas que tu le saches, murmura Brittany. Je ne veux pas que tu pleures à cause de moi. »
Santana s'essuya la figure d'un revers de la manche et grogna d'un ton dépité :
« Je ne pleure pas. »
Cela arracha un faible sourire à la pétillante blonde. Santana laissa échapper un soupir tendu.
« Si tu crois être la plus terrifiée des deux, tu te trompes, dit-elle. Tu me fiches la trouille, Britt... Quand tu es allée au-dessus du gouffre sans sécurité... quand tu t'es fait mordre par ce machin gluant... quand tu es tombée dans la descente... j'ai vraiment cru que j'allais mourir...
- Excuse-moi... ? souffla Brittany.
- Non, c'est moi qui suis désolée... » dit doucement Santana.
Elle la contempla un instant, les mains toujours posées sur ses joues, puis grommela :
« Maudits casques. »
Le sourire triste de Brittany s'élargit doucement.
« Je t'embrasserai mille fois pour me racheter, déclara-t-elle avec malice.
- Et moi je te ferai beaucoup plus... » murmura Santana.
Elles ne purent s'empêcher de rire, de ces rires un peu chevrotants qui les inquiétaient plus qu'autre chose, mais qui leur firent du bien malgré tout.
« Bon... conclut Santana. Arrêtons d'avoir peur l'une pour l'autre et reprenons notre chemin, ok ?
- D'accord, » murmura Brittany, quelque-peu ragaillardie.
Santana lui adressa un dernier sourire avant de faire face au couloir.
Il y eut un brusque couinement, un bruit sourd, un cri et l'instant d'après, sa main échappait à Brittany. Paralysée, la pétillante blonde la vit s'effondrer et glisser hors de sa portée.
« SAN ! » hurla-t-elle, horrifiée.
Mais la jeune femme avait déjà disparu de son champ de vision, emportée par le sol glissant et incliné.
« SAAAAAN ! » s'égosilla Brittany.
Elle s'élança à sa suite, les pieds alourdis par la panique. L'éclat de sa lampe para le couloir d'ombres grossières. Elle se fit violence pour avancer, courant à en perdre haleine, ignorant le poids de son sac et de la fatigue sur son dos. Elle sentit l'instabilité du sol sous ses pieds mais parvint à garder son équilibre, dévalant le reste du couloir avec précipitation.
Elle entendit les hurlements de Santana, stridents et tellement pénibles à écouter. Elle estima qu'ils venaient de loin, beaucoup trop loin. Elle ne savait pas où la brune était passée. Elle craint pendant un instant d'avoir raté un trou mais elle ne pouvait pas revenir en arrière, pressée par un étouffant sentiment d'urgence et emportée dans sa course.
« SAAAN ! » cria-t-elle, essoufflée.
Elle distingua des clapotis, un ricanement, de nouveaux hurlements.
Les monstres.
Son estomac se retourna.
« SANTANA ! »
Elle perdit l'équilibre et dégringola le reste du chemin sur le ventre. Un courant d'air glacé lui fouetta le visage et avant de comprendre ce qui lui arrivait, elle se retrouva le nez dans l'eau. Elle ne se laissa pas le temps de couler et se débarrassant de son sac, s'efforça de revenir à la surface, battant des jambes et des mains. A travers l'eau sale et boueuse, elle distingua les formes grossières d'une créature. Elle tendit la main pour l'attraper mais elle lui échappa. Lorsqu'elle émergea, les cris de Santana se firent plus nets. Elle la vit qui se débattait dans un coin, assaillie par deux monstres. Son cœur se souleva, cependant elle nagea précipitamment dans leur direction. Ignorant la douleur qui se réveillait dans son épaule, elle agrippa une des créatures à l'aveuglette et l'enfonça dans l'eau d'une main brutale.
« LAISSEZ-LA TRANQUILLE ! » s'égosilla-t-elle, ivre de rage.
L'autre créature tourna la tête vers elle et voyant ce qu'elle faisait à sa compagne, montra les crocs. Brittany tendit le bras pour la saisir mais elle l'esquiva et poussa un hurlement strident. Le premier monstre cessa de se débattre et Brittany le lâcha avec dégoût, se jetant en avant pour s'occuper du deuxième. Animée par une colère froide, elle ignora la tête difforme, les yeux aveugles, la viscosité du corps maigre et le saisit au niveau du coup pour le noyer avec application.
Lorsqu'il n'y eut plus de mouvement de la part de la bête, elle recula précipitamment, cherchant aussitôt Santana du regard. La jeune femme s'était repliée dans un coin et observait le spectacle des deux corps flottant à la surface, tétanisée. Courbaturée, essoufflée, Brittany s'empressa de nager jusqu'à elle.
« San... Ça... Ça va ? »
La brune ne répondit pas et se contenta de la fixer de ses yeux écarquillés. Brittany l'attrapa par le bras et l'entraîna en direction de la rive, supportant péniblement la douleur lancinante qui engourdissait son épaule. Elles rampèrent avec difficulté hors du lac, recrachant des filets d'eau. Brittany s'assit et s'efforça de reprendre son souffle, épuisée. De son côté, Santana se débarrassa précipitamment de son sac et de son casque. Celui-ci s'était complètement déréglé, tombant sur son front ruisselant et lui masquant la vue. Le rai lumineux éclaira le plafond humide avant d'être étouffé par la paroi contre laquelle Santana le balança.
Brittany jeta des coups d'œil en direction du lac, à la recherche d'autres créatures. Mais elle ne voyait que les deux cadavres blanchâtres qui dérivaient légèrement. Sentant son estomac se soulever à cette vue, elle détourna précipitamment les yeux.
« Bon sang... haleta Santana d'une voix cassée. Britt... »
La blonde releva la tête pour la fixer avec inquiétude.
« Tu n'as rien ? » demanda-t-elle.
Un filet d'eau dégoulinait dans sa nuque et elle retira péniblement son casque.
« Je crois qu'on devrait plutôt poser la question à Gollum et Voldemort... » murmura Santana, et elle laissa échapper un rire étranglé.
Une peur sans nom était encore visible dans son regard voilé mais elle reprenait déjà des couleurs.
« J'ai laissé mon sac au fond de l'eau, déclara Brittany. Il faut que j'aille le récupérer... »
Elles relevèrent la tête et se fixèrent longuement.
« Je comprends ce que tu veux dire quand tu as peur, dit Santana avec un sourire un peu faiblard.
- Et moi quand tu dis que tu es terrifiée...
- Je n'aurais pas dû me casser la figure. Excuse-moi.
- Je crois que ce serait plutôt à moi de m'excuser auprès de nos deux... copines. »
Elles rirent toutes les deux cette fois-ci. C'était bizarre comme situation... Brittany ne comprenait pas très bien pourquoi elle ne ressentait pas une terreur profonde. Elle aurait dû. Mais elle était juste immensément soulagée de revoir Santana... et c'était réciproque de toute évidence.
« Allons chercher les autres avant que d'autres saloperies ne nous tombent sur la figure... » décida Santana en se levant tant bien que mal.
Brittany acquiesça machinalement. Le goût âcre de l'eau sale persistait dans sa bouche, la rendant nauséeuse. Malheureusement, elle avait encore le sac à récupérer...
Tournant la tête vers le lac, elle resta un instant immobile, contemplant les cadavres blancs. Elle ne put retenir un frisson.
...
...
...
« Bon, eh bien je crois que la question ne se pose plus. » déclara platement Sam.
Tous quatre fixèrent le croisement qui s'ouvrait devant eux d'un œil vide. Rachel fronça les sourcils avec inquiétude.
« En espérant que les autres nous trouvent... » compléta Quinn d'une voix lasse.
Ils s'entreregardèrent et, d'un commun accord, se laissèrent tomber au sol.
« Combien de temps ça va prendre à votre avis ? demanda Blaine.
- Depuis combien de temps est-ce qu'ils sont partis ? » répliqua Sam avec mauvaise humeur.
L'autre ne dit plus rien. Quinn tendit l'oreille, à l'affût de quelconques bruits. Mais ils étaient si loin à présent que les créatures étaient inaudibles.
Machinalement, elle resserra sa prise autour de la main de Rachel. Elles ne se lâchaient plus, au grand dam de Sam, qui comprenait de moins en moins ce qui était en train de se passer depuis la scène du pendentif. Quant à Blaine, tout cela lui passait au-dessus. Il était beaucoup trop anxieux, ne pensant qu'aux secours et au moment béni où ils sortiraient tous enfin de là.
« J'ai soif... » ne put s'empêcher de grommeler Sam pour la énième fois.
Quinn se laissa aller contre la paroi derrière elle, essayant de prendre son mal en patience. Elle sentit Rachel qui appuyait précautionneusement la tête sur son épaule, poussant un léger soupir.
Elle se demanda quelle heure il était. Elle se demanda depuis combien de temps les secours étaient censés être là. Elle se demanda depuis quand ils étaient tous coincés au fond de cette grotte. Trois jours ? Elle n'arrivait plus à faire le compte...
Le silence bourdonnant se prolongea, les enveloppant dans son étau de fer. Blaine se rendit compte qu'il préférait encore quand ils entendaient les clapotis répétitifs. Sam se dit qu'il avait vraiment trèstrès soif.
Les paupières de Quinn étaient lourdes. Elle avait l'impression qu'elle ne parviendrait jamais à dormir assez. Elle lutta pendant quelques secondes, puis, impuissante, ferma lentement les yeux. Les visages fatigués de Sam et Blaine disparurent, la roche sombre qui les entourait se volatilisa et elle resta malgré tout parfaitement consciente de l'endroit où elle se trouvait et des rares bruits qui résonnaient autour d'elle. Elle entendait toujours la respiration apaisée de Rachel et celle plus précipitée, moins régulière de Sam, victime d'une soif de plus en plus dévorante.
Elle distinguait aussi parfaitement les battements de son cœur dans sa cage thoracique. Ils résonnaient avec la même normalité, la même fidélité et ce malgré toutes les fois où Quinn s'était demandée si son cœur ne venait pas de se briser en mille morceaux. C'était bizarre... Vraiment...
« Je ne voulais pas le garder... » entendit-elle soudain Rachel murmurer.
Quinn se figea, déstabilisée.
« Je ne voulais vraiment pas... » répéta la brunette.
Elle parlait de façon presque inaudible. Quinn n'ouvrit pas les yeux et fit de son mieux pour l'écouter avec attention. Elle entendait toujours les battements de son cœur dans sa poitrine. Ils tambourinaient plus vite et plus fort à présent.
« Tu l'avais laissé sur ta coiffeuse, chuchota Rachel. Je me souviens t'avoir vu l'enlever le temps d'enfiler ta tenue de scène. Ensuite, tu t'es maquillée, et il gisait toujours au même endroit, au milieu de tes produits cosmétiques. Et puis soudain, Puck est venu nous dire que nous passions cinq minutes plus tôt que prévu. Je me souviens que tout le monde a accéléré, c'était vraiment la folie... Tu t'es mis un dernier coup de mascara et tu es partie, tes chaussures à la main. Je me suis levée et machinalement, juste avant de m'en aller, j'ai vérifié que tu n'avais pas oublié de remettre ta croix. Mais elle était toujours là. Je l'ai regardée, un peu désemparée, et puis j'ai jeté un coup d'œil aux coulisses. Tu t'étais perdue au milieu du reste du Glee Club et j'ai hésité, je ne sais pas vraiment pourquoi. L'instant d'après, Finn est venue me chercher, complètement paniqué, parce-que notre tableau s'ouvrait sur un solo de moi et que je traînais toujours dans le fond. Alors j'ai fait une chose complètement idiote : j'ai pris le pendentif et je l'ai coincé sous la ceinture de ma robe. J'aurais pu le laisser là et tu l'aurais vu en revenant. Mais... je l'ai pris avec moi. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être que je l'ai su sur le moment mais je ne m'en rappelle plus...En tout cas, tu sais ce qu'il s'est passé ? On a gagné les Nationales. Ça a été un des plus beaux jours de ma vie, Quinn... et tout ce temps sur scène, j'avais conscience de ton pendentif sur ma hanche gauche. Je crois... Je crois qu'il nous a portés chance. C'est peut-être naïf ou idiot mais... après cela, j'ai décidé de le garder un tout petit peu plus longtemps... Et à chaque fois j'ai remis le moment de te le rendre au lendemain. Je te voyais tout le temps sans et je n'ai cessé de me sentir coupable... cependant j'ai continué de le garder avec moi, à tel point que c'est devenu quelque-chose d'habituel. Je ne voulais pas te le prendre comme ça, Quinn. Et j'ai toujours évité de penser que c'était du vol... même si au final c'était du vol... Mais j'ai juste toujours eu l'impression idiote que c'était mon porte-bonheur. »
Quinn rouvrit un œil et elle la vit qui examinait la croix, la faisant lentement tourner devant elle.
« Je suis désolée... conclut Rachel en fronçant le nez d'un air coupable. Je ne voulais vraiment pas le garder aussi longtemps... »
Elle tendit la chaîne à Quinn.
« Tiens, reprends-le. Et j'espère que tu ne m'en veux pas trop.
- J'ai dit que tu pouvais le garder, grommela aussitôt la blonde.
- Mais ce n'est pas à moi.
- Maintenant si.
- Mais... pourquoi ?
- Je ne sais pas. »
Rachel resta silencieuse pendant de longues secondes, vraisemblablement désemparée.
« Quinn ?
- Rachel ?
- Est-ce que tu es en train de te moquer de moi ?
- Pourquoi ?
- Tu tiens beaucoup à cette croix, non ? Ce n'est pas comme quand tu m'as dit de garder ton serre-tête après notre empoignade près du piano, si ? »
Quinn réfléchit longuement, puis lâcha d'une voix hésitante :
« Qui te dit que je me moquais de toi à ce moment-là ? »
Rachel se redressa brusquement et au rai lumineux qui se braquait soudain sur elle, Quinn devina qu'elle la dévisageait avec insistance. Elle n'osa cependant pas la regarder.
« Tu te moques vraiment de moi, Quinn Fabray... chuchota Rachel d'un ton outré.
- Quoi ? murmura Quinn.
- Je crois que je ne te comprendrai jamais...
- Je ne me comprends pas moi-même des fois, alors comme ça on est quittes...
- Quinn.
- Rachel.
- Je sais quand tu te moques de moi.
- Pourquoi est-ce que cela devrait forcément être ça ?
- Tu tiens énormément à ce pendentif. Tu ne te montrais jamais sans jusqu'à ce que tu le perdes aux Nationales...
-... et que tu le caches soigneusement sous ta ceinture, » compléta Quinn.
Rachel bredouilla quelques paroles incompréhensibles, mal à l'aise, puis se ressaisissant, lâcha avec sévérité :
« Tu peux le reprendre maintenant. Je n'en ai plus besoin. De toute manière, étant donné notre situation actuelle, il est évident qu'il ne me porte plus bonheur du tout... alors... »
Elle haussa les épaules avec désinvolture. Quinn ne put s'empêcher de sourire et d'un ton imperturbable, répéta :
« Garde-le.
- Mon Dieu, Quinn... Et tu penses que je vais te croire quand tu m'offres quelque-chose d'aussi important ? »
La blonde jeta un regard de biais à Rachel, prenant tout son temps pour constater l'incrédulité qui se lisait dans les yeux de la brune.
« Eh bien au moins vous vous assortirez bien... » se retint-elle de dire.
Elle se contenta de sourire avec impassibilité à la jeune femme.
« Je te trouve très bizarre depuis quelques heures... » conclut cette dernière en lui jetant un dernier regard suspicieux.
Mais Rachel garda le pendentif et ne s'en plaignit plus.
Elle n'eut d'ailleurs pas le temps de se vautrer dans sa confusion car des bruits rompirent le silence relatif qui les enveloppait. Blaine se releva d'un bond, aussitôt alarmé, et Sam fit de même, mais moins aisément. Rachel fut si empressée qu'elle tira violemment Quinn à sa suite. Elle s'excusa hâtivement et l'aida à se mettre sur ses pieds avec plus de délicatesse.
« Ça aurait été bien qu'on ait au moins de quoi nous défendre... grommela Sam en serrant et desserrant les poings.
- J'ai un briquet si tu veux, » déclara Quinn d'un ton ironique.
Mais elle n'en menait pas large et Rachel ne fut pas la seule à deviner l'anxiété dissimulée sous sa façade caractéristique. Ils restèrent tous figés, fixant l'obscurité avec nervosité. Quinn tendait l'oreille, aux aguets, craignant paradoxalement d'entendre un quelconque ricanement. Cependant, leurs respirations étaient si bruyantes qu'ils avaient du mal à distinguer quoi-que-ce-soit.
Soudain, des silhouettes surgirent du couloir de droite et Sam se retint de justesse de se jeter sur elles.
« Salut, les nuls... » claironna Santana d'une voix essoufflée.
