[Petit mot d'avant lecture: Bonjour, bonjour ! Nous nous retrouvons aujourd'hui pour lire ensemble l'avant dernier chapitre de la fanfic ! On y approche les amis, on y approche ! Un chapitre avec un brin de rancœur et de pardon, de doute et de révélation. Cela ne sera pas aussi, explosif émotionnellement que le chapitre précédent, mais cela le sera tout de même pour un personnage ! :) Il y aura, un petit moment "song fic" sur du SYML - "Where's my love", si vous ne connaissez pas, je vous conseille d'aller écouter, autant la version originale acoustique, toutes deux très jolies je trouve ! :D Et qui collait plutôt bien avec le moment...héhé.

Je vous laisse avec la lecture de ce nouveau chapitre en espérant qu'elle vous sera bonne ! :D]


Un semaine s'était écoulée depuis la rentrée de Mars. Rayan et Tallulah, n'eurent fait que se croiser sans échanger un mot dans les couloirs de la fac. Son mémoire, était désormais bouclé, mais la jeune femme travaillait sa soutenance seule ou avec l'aide de ses amis. Cependant, cela n'avait rien de bien concluant et plus d'une fois elle fut tentée d'envoyer un mail de "secours" à Rayan mais elle ne se sentait pas suffisamment professionnelle en ces jours qui suivaient son retour du Québec. Et de sa visite chez Léon et Dimitri... Ce n'est plus à moi de lui parler...Se disait-elle. La situation avait pris une nouvelle dimension mais le fond du problème restait le même. Les problèmes qui pourraient découler de sa relation avec Rayan...

Tallulah avait beau se répéter chaque matin, qu'elle devait passer à autre chose et l'oublier, le soir, isolée dans sa chambre, elle se retrouvait à travailler à son bureau avec un hoodie que son aîné eut laissé chez-elle, comme beaucoup d'autres affaires. II en fut de même avec les siennes chez Rayan, que ce dernier devait supporter la vue à chaque fois qu'il ouvrait sa penderie.

Ils étaient Samedi, et Tallulah observait par sa fenêtre la populace qui fourmillait sur la grande place de la ville, non loin de son immeuble. Il faisait beau, et très chaud pour un jour de fin d'Hiver. Sa soutenance n'avait pas beaucoup avancé et de toute façon elle n'était pas du tout concentrée...

Finalement, elle sortit un feuille blanche et se mit à gribouiller des monstruosités.

-J'aurais vraiment besoin d'une MANAA si je veux poursuivre dans le design d'espace...(elle se tourna sur sa chaise, et hurla à travers sa porte ouverte) Ni-ni ! T'es occupée ?

-Honnêtement ? Du tout...je voulais réviser mais je suis tomber sur un forum qui échange sur des expériences paranormales.

Tallulah réprima un frisson et se ratatina sur sa chaise.

-Pourquoi ?

-T-tu veux pas m'apprendre à dessiner ? (Elle leva sa feuille sous son nez) Même un pied dessinerait mieux que moi...

-Eh bien dessines avec tes pieds ! s'amusa son amie depuis sa chambre, toutes deux ayant ouvert leurs portes pour communiquer.

-J'ai dit, "un" pied...pas "mes" pieds... Chaque partie de mon corps est incapable de produire une création créative et artistiquement tolérable pour la rétine.

Un rire franc parvint à ses oreilles et elle gloussa malgré elle.

-T'en fais pas des caisses ? Bon, prends de quoi dessiner on va se poser dehors.

-Ouais ! s'enthousiasma la brune qui sauta de son siège pour enfiler une paire de tennis. Habillée d'un short et du hoodie de Rayan, Tallulah fourra tout son -très limité- matériel de dessin dans un sac à dos de ville en forme de hibou, y plongea son portable et une bouteille d'eau prise dans la cuisine.

Telle une enfant prête à partir en excursion scolaire, Tallulah se posta à l'entrée en attendant son amie qui se préparait. La brune courba ses sourcils avec inquiétudes en voyant Chani porter une grande pochette à dessin dans un sac en tissu fin, cousu à cet effet.

-Ah oui...ça c'est du cours de dessin.

-T'es l'une des rares personnes qui savent que je peins avec Charly et mon ancienne colocataire de la fac. (Elle haussa une épaule) Je peux prendre mes outils !

-T-tes outils ?

-Allez, ouvre la porte on y va, lui sourit-elle en se chaussant avec une paire de boots laissée à l'entrée.

Voulant un peu de tranquillité et de verdure, Tallulah les conduisit jusqu'à un sentier de randonnée qui traversait une forêt à la sortie de la ville. Un coin sembla avoir été aménagé par des squatteurs, avec des troncs d'arbres creux qui entouraient une souche craquelée.

La lumière qui traversaient les feuilles perçait leurs ombrages et créaient des formes sur le sol et leur corps. Tallulah joua avec les rayons, ses mains jointes en coupe devant elle comme si elles allaient se remplir de lumière.

-Tu parlais de pieds tout à l'heure, sourit Chani, on va commencer par ça.

-Des pieds ? Tu veux que je dessine des pieds ?

-Des membres, on va commencer par les membres avant de faire tout un corps ! Ce n'est pas le plus simple, mais c'est ce que je peux t'expliquer de mieux, précisa son amie.

-Ok, va pour des pieds ! rit Tallulah qui sortit son carnet et ses crayons.

D'un regard bienveillant Chani surveillait son avancée bien que Tallulah retirait parfois son carnet, de peur qu'elle ne se moque de son piètre talent. Elle avait surtout honte de ce qu'elle faisait... Levant les yeux au ciel, Chani sourit et se mit à faire l'aquarelle du paysage qui les entourait en ajoutant le souvenir d'un chien qui joggait avec ses maîtres.

Ça fait du bien de songer à autre chose qu'à la fin de l'année et à ma rupture... se dit Tallulah en souriant tendrement face à son ridicule dessin plein de doigts de pied qu'elle commençait à aimer. Finalement les deux amis firent pas mal de croquis, et Chani eut préparé quelques modèles pour aider Tallulah à guider sa technique.

-Après, je ne suis pas pour l'enseignement du dessin, je veux dire...tu risques de t'appuyer sur mon style et ça ne te plaira pas toujours.

-Oh...je ne cherche pas vraiment à avoir un style qui m'est propre, je cherche surtout à m'améliorer pour pouvoir faire des plans corrects...

-Tu songes encore à faire une MANAA ? sourit Chani: Et la proposition d'Aria, t'as fait le tri un peu ?

Aria... Pendant séjour chez Aria, l'autrice exilée qu'elle eut interviewée, Tallulah en fut venue à discuter plus légèrement avec cette dame, et ses projets d'avenir furent mis sur le tapis. Et de fil en aiguille, l'autrice lui confia qu'il lui serait possible de suivre une formation d'un an à Montréal si elle passait le concours en Avril. La rentrée se ferait en Janvier, et Aria lui assura qu'elle l'aiderait à trouver un logement et un travail pour payer son loyer, et, tout dépendrait les résultats à ses partiels et de la richesse de son dossier, une bourse pourrait lui être accordée. Dans tous les cas, étant étrangère, des aides lui seraient proposées selon besoin. Elles s'étaient renseignées et la formation était alléchante et l'établissement plutôt bien côté avec le taux de réussite qui suivait. Le souci... était qu'elle n'était pas plus emballée que cela à quitter une nouvelle fois ses amis, et cette fois-ci sa famille. Puis, cela ne se tiendrait plus uniquement à ses amis de cette ville mais aussi à Stephan, Mélanie et tous les autres de son ancienne fac... De plus, ce n'est pas comme si la France manquait de bonnes écoles de Design d'Espace. Néanmoins, elle reconnaissait que voyager lui donnerait un petit plus dans son CV... Mais se forcer à partir pour ses études ? Etait-ce vraiment motivant ? Tallulah, soupirant, secoua la tête.

-C'est alléchant mais je ne me sens pas vraiment d'attaque à partir si longtemps loin de mes proches. J'admire vraiment ceux qui peuvent étudier ou travailler dans un autre pays que le leur, si longtemps, pour ma part...autant voyager quelques semaines, oui, mais partir pour plus d'un an...je ne sais pas...

-Hé, il n'y a pas de mal à ne pas vouloir étudier à l'étranger ! rit Chani: Beaucoup en font des caisses et ont tendance à dénigrer ceux qui ne visent pas plus loin que leur pays, mais ce n'est pas donné à tout le monde de voyager, assura son amie: Déjà, c'est un coût important, surtout pour des étudiants, et puis il faut savoir surmonter la solitude. Déjà qu'en fac, on se sent rapidement happer par l'isolement mais alors dans un nouveau pays, au sein d'une nouvelle culture, je n'ose même pas imaginer ce que c'est...

-T'as jamais voyagé ?

-Non, alors, je te comprends un peu tu sais, termina Chani en faisant tourner son pinceau sur son pouce.

Soudain, des aboiements de chiens un peu trop excités se firent entendre alors qu'ils remarquèrent les deux jeunes femmes assises sur le tronc. De gros chiens...avec...

-AAAH ! IL ME BAVE PARTOUT DESSUS ! s'écria Tallulah qui se prenait une douche de salive de la part d'un des Bouviers Bernois qui étaient venus leur dire bonjour.

-Oh bon sang je suis vraiment désolé ! s'écria un homme qui courrait vers elles: Oh mais...

-Nathan ! Tu les as retrouvé !? s'écria un autre homme.

-Monsieur Aros ? R...M-Monsieur Zaidi !?

Retrouvée sur le sol, et écrasée par plus de 100kg de poils et de muscles (et de bave) Tallulah s'époumonait en appelant à l'aide.

-NI-NI !

Riant aux éclats, Chani tenta de repousser les chiens avec l'aide de ses deux professeurs, Nathan Aros et Rayan Zaidi qui venaient récupérer les chiens du premier.

-V-vraiment navré mesdemoiselles, ces chiens sont à moi ! O-on jouait à la balle et ils se sont mis à courir loin de nous d'un coup !

-Mais ils ont mangé quoi pour avoir une telle haleine !? beugla la brune qui était sur le dos, les bras en croix avec les jambes encore en l'air au dessus du tronc duquel elle fut poussée par les Bouviers.

-Haha, je reconnais qu'ils sentent du truffon ! rit le professeur d'Architecture.

-M-Monsieur Aros ? s'étonna Tallulah qui tenta tant bien que mal de se redresser. Éblouie par le soleil qui traversait les feuilles, elle ne vit pas qui lui tendait la main qu'elle attrapa pour se redresser. Ce ne fut qu'en entrant en contact avec, qu'elle reconnut la texture de la peau...Cette force...Et ces doigts calleux... Un peu sous le choc, la jeune femme se laissa littéralement soulever et une fois en face de Rayan, elle en resta muette.

Les mains encore jointes, ils se toisèrent un moment et l'aîné parut tout aussi troublé.

-Haha, vous parlez d'une coïncidence ! Nous qui voulions nous éloigner du Campus, nous voilà face à deux de nos étudiants ! rit l'autre professeur qui s'était accroupi pour donner à boire à ses chiens: Un petit cours de dessin en plein air ?

Tallulah réagit la première, se mit sur ses deux pieds et retira sa main de celle de Rayan et épousseta ses vêtements. Dont l'un deux... C'est à moi ça...non ? se dit le professeur d'art contemporain en examinant le hoodie plein de feuilles, de bave et d'herbes que secouait sa cadette.

-Oui, Tallulah voulait s'améliorer en dessin, reprit Chani.

-Ah oui ? (Il remarqua les dessins au sol et prit une feuille) Haha, c'est mignon ! s'exclama avec amusement Nathan.

-R-regardez-pas ! s'agaça Tallulah qui interrogea Rayan du regard tant il ne cessait de la fixer. Puis, sous son sourire en coin un peu railleur, elle comprit qu'il observait le hoodie.

Virant au rouge pivoine, la brune feint l'ignorance et retira le pull pour terminer en crop top bordeaux en velours à fines bretelles et à décolleté échancré.

-T'as un peu de terre là, sourit Chani qui passa sa main sur le ventre de son amie, où se trouvait une trace de sa bataille avec les Bouviers.

-Je suis encore désolé pour tout à l'heure, répéta leur professeur.

-Il n'y a rien de cassé, pas de souci, assura Tallulah: vous venez souvent les promener ici ?

-Non, d'habitude je vais du côté de la plage, mais il fait si beau que ç'a attiré toute la ville j'ai l'impression. Alors, avec Rayan on a décidé de venir ici mai- oh ! C'est vous qui avez peint ça, Chani ? s'extasia-t-il en se penchant pour admirer l'aquarelle posée sur l'herbe.

-Il y a si peu de chance que ce soit moi qui ai fait ça ? s'amusa Tallulah.

-Haha, vu les pieds que vous avez dessinés ! se moqua légèrement le professeur d'architecture.

Blessée dans son amour propre, la jeune femme porta une main à son cœur et fit semblant de verser une larme. Les trois autres ricanèrent de bon cœur et tous finirent par s'asseoir à nouveau sur les souches ou bien dans l'herbe avec les chiens qui s'étaient allongés à l'ombre. Mais les plus bavards des quatre furent Chani et Nathan avec de timides interventions de Rayan et Tallulah. Le premier écoutait en caressant les chiens et la seconde continuait de griffonner en discutant.

-Et dites moi, des projets pour cet été ? Vous devez préparer vos stages non ?

Chani commença à faire part de sa demande de formation auprès d'un restaurateur et d'une experte en œuvres d'art. Sa patronne ayant plus ou moins pris sa retraite, ne pouvait plus lui fournir les documents nécessaires pour la validation de sa formation, bien que son apprentissage eut tout de même commencé avec ce job.

-Et vous ? Je sais que vous n'étiez pas très sûre dans le courant de l'année, fit remarquer Nathan, un brin curieux.

Tallulah tressauta lorsqu'elle constata qu'il s'adressait à elle. D'instinct, son regard croisa celui de Rayan qui semblait tout aussi intrigué que les deux autres. Moi qui voulais penser à autre chose qu'à la fin de l'année et à Rayan...je suis bien loin du compte, soupira-t-elle en son for intérieur. Puis, reposant ses yeux sur son dessin, la jeune femme se remémora avec douleur les paroles de Dimitri, après avoir appris la vérité sur son passé...

«Abandonner ce qu'on aime pour avancer...»

Elle qui ne parvenait pas à passer au dessus de sa rupture, et qui n'était même pas sûre et certaine d'y parvenir le sachant dans cette ville qu'elle chérissait tant, tout comme les personnes qui y vivaient... se pourrait-il que son unique solution ne se trouve dans ces paroles ? Aria m'a assurée...qu'avec mon CV je trouverai rapidement du travail. Et tout dépendait les répercutions de son mémoire face au jury, cela solidifierait encore plus son dossier étudiant. Ma seule matière défaillante, c'est la géographie et encore, grâce à Camille j'ai pu récupérer des points au semestre dernier... Sans trop s'avancer, Tallulah savait que son dossier serait loin d'être mauvais. Après...ce n'est qu'une question d'adaptation... tenta-t-elle de se rassurer avant de répondre enfin:

-Je...on m'a faite une proposition pour intégrer une école de Design d'Espace à Montréal.

Les deux professeurs parurent surpris, mais à des échelles différentes. L'un parut tout bonnement enthousiaste et l'autre confus et s'était pétrifié, le regard fixe, droit sur sa cadette. De son côté, Chani qui avait déjà eut cette conversation plus tôt avec son amie, sembla sentir une pointe de tension dans la voix de Tallulah.

-Mais c'est génial ça ! C'est sur concours ?

-Concours et dossier...enfin, disons que selon les appréciations de mon...(elle lança une œillade à Rayan) ...prof principal dans la lettre qui appuiera ma demande d'inscription ainsi que ma lettre de motivation, le concours ne serait qu'une formalité. Il faudrait que je l'obtienne quand même ceci dit.

-Et le concours serait pour quand ? coupa Rayan qui fronçait les sourcils, l'air toujours décontenancé.

-En Avril.

D'une traite, Rayan se dressa et fulmina les poings serrés le long de son corps.

-En Avril !? Et tu co-, v-vous comptiez m'en parler quand !? Ce n'est pas comme si je n'étais pas votre Directeur de Mémoire, Tallulah ! Une lettre pour appuyer votre dossier !? Et vous pensez que je dois m'y pencher quand, la veille pour le lendemain !?

-Mais enfin, Rayan qu'est-ce qui te prend ? s'enquit avec inquiétude le professeur d'architecture qui sembla quelque peu scandalisé par la colère de son ami et collègue.

Les chiens, dont la tête reposait plus tôt sur les cuisses de Rayan, levèrent leurs truffes en direction du basané qui se sentit rougir d'embarras.

-Je te trouve injuste, elle est rentrée du Québec il n'y pas une semaine. Une telle décision ne se prend pas à la légère voyons, tu devrais le savoir, tu as étudié en Australie ! T'as eu combien de temps pour y réfléchir toi ?

-Q-Quatre mois, avoua-t-il en secouant la tête.

-Alors, comprends-la. Déjà qu'elle n'a pas beaucoup de temps avant le concours je pense que ça n'a pas dû être évident de prendre cette décision en si peu de temps.

-Attendez, Tallulah n'a pas encore pris de- voulut s'interposer Chani mais son amie reprit:

-Vous aurez mon dossier Lundi dans votre casier Monsieur Zaidi, assura Tallulah qui rangeait ses affaires: Chani, je vais devoir me rendre au café, mon service commence dans une heure, le temps de faire la route...

-O-oh, oui. Tu peux me déposer à la fac, je dois voir Charly, demanda aussitôt la jeune femme aux mèches roses pour interrompre définitivement la conversation.

-Ah~chéri sur le campus ? s'amusa Nathan.

-La curiosité est un vilain défaut ! sourit Tallulah en haussant un sourcil sceptique, à l'encontre de son professeur d'architecture qui rit aux éclats: Bon, eh bien on vous laisse finir votre promenade (elle lança un regard hésitant sur les chiens) Vous...vous restez loin de moi ! Mais z'êtes mignons quand même.

-Haha, allez bon week-end, salua Chani. Tallulah l'imita et leurs aînés les saluèrent également poliment.

Nathan gloussa en se laissant tomber sur le dos, ta tête reposant sur l'un de ses chiens.

-Je rêve où elles viennent de prendre la fuite ? s'enquit-il, peu crédule.

-Je ne sais pas, Tallulah a dit qu'elle travaillait, rétorqua simplement son ami qui se rassit dans l'herbe, peu fier de sa petite crise de plus tôt.

En coin, son ami le jaugea en silence. Puis, en prenant des pincettes aussi fragile que de la porcelaine, il demanda:

-J'peux savoir ce que tu as en ce moment ?

-Hein ? fit le brun.

-J'ai l'impression que vous me cachez quelque chose, Hélène et toi. Je n'suis pas parano pour un sou, mais si je suis trop curieux, tu peux me le dire. (il rit) Si mon élève a su me remettre en place tu peux largement te le permettre !

-Il n'y a rien, vraiment, sourit amèrement Rayan, les yeux perdu dans le tréfonds de ses pensées.

-Je me fais peut-être des films mais...(Nathan détourna son regard pour contempler le dessous des arbres) c'est moi où tu as failli la tutoyer ?

Cette fois, Rayan déglutit. Comme réponse Nathan eut un grognement sourd et un simple hochement de tête. Lorsqu'il reporta son attention sur Rayan, ce dernier cachait sa bouche crispée d'une main.

-C'est bon...m'en dis pas plus, soupira l'autre qui se redressa: Je comprends mieux l'agitation d'Hélène. Sache juste que je me contrefiche de ce genre d'histoire. Bah, ça fait du potin grisant, mais voilà, c'est pas moi qui irait te faire la morale ou je ne sais quoi, haha !

-Tu pourrais pourtant, après tout les derniers événements, bougonna l'autre.

-Ah bon ? En quoi je pourrais, je n'ai le droit en rien de venir poser une interdiction sur tes relations, c'est complètement con. (Il pouffa) Pas après avoir passé la nuit avec une étudiante du club de volley.

-H-ha... oui. Celle en L3 ?

-Ouep ! Bon, c'est sans lendemain, surtout qu'elle a un mec de base. Puis, tu me connais, j'suis pas fait pour les relations longues. (Il se gratta le bout du nez) c'était un coup d'un soir et ça a tourné autrement ? Hm ?

-N-non ! s'emporta Rayan avant de se faire plus hésitant: non... Tallulah... c'est plus qu'un coup d'un soir, c'est même tout l'opposé, dit-il sans entrer dans les détails.

Nathan comprit qu'il n'en dirait pas plus et que cela semblait suffisamment compliqué comme ça. En revanche, il soupira profondément.

-Qu'est-ce que tu as ? demanda Rayan, intrigué.

-Moi qui voulais lui proposer un rancard à la fin de l'année ! Je suppose que je peux m'asseoir dessus... C'est qu'elle est charmante, Loss !

-Tss...étouffe-toi bien avec les croquettes de tes chiens, Nathan... pesta Rayan, les dents serrées. Son ami partit dans des éclats de rires moqueurs.

Plus tard, ils terminèrent leur balade et Rayan, qui avait fait le plus long du trajet en voiture, raccompagna son ami chez lui et prit ensuite la direction de son immeuble. Compte-t-elle vraiment partir ? tout le long du trajet, Rayan sentit son esprit être retourné par la décision que venait de prendre Tallulah. «Vous aurez mon dossier Lundi dans votre casier Monsieur Zaidi»

«Cold bones
Yeah, that's my love
She hides away, like a ghost»

Bientôt trois semaines qu'ils étaient séparés, mais rien n'y faisait, ils ne parvenaient pas, l'un comme l'autre, chacun de leur côté, à réaliser ce qui était en train de se passer.

«Oooh, does she know that we bleed the same?»

Il n'y eut...que cet après midi, après s'être revus après des jours sans nouvelle, si ce n'était des échanges très insipides en cours...

«Oooh, don't wanna cry, but I break that way»

...après cette annonce d'un possible départ loin du pays, qu'ils réalisèrent qu'ils allaient finalement perdre ce en quoi ils avaient cru le plus. Ce qui les avait portés pendant un temps. Ce qui les avait faits vivre sur un même rythme. Ce qui leur avait redonné espoir en l'avenir.

Se laissant guider par ses pensées brouillées, Rayan se retrouva à longer la côte, une route bien éloignée de son immeuble, et finit par garer sa voiture sur le parking de la plage, du côté du promontoire qui laissait apercevoir en contre bas, le bungalow fermé. Quel était loin leur soirée où cœur et mains furent mêlés.

«Cold sheets
But where's my love
I am searching high
I'm searching low in the night»

Cette fois-là aussi, il eut craint qu'elle ne l'eut laissé après que Melody ait interrompu leur soirée. Cependant, il put la retrouver sur la terrasse et finit par la ramener chez elle après avoir passé un long...long moment dans les bras de Tallulah.

«Oooh, does she know that we bleed the same?»

Des bras...qui lui manquaient tellement. Il ferma les yeux...

«Oooh, don't wanna cry, but I break that way»

...et songea à cette colère... et ce baiser échangé dans la salle de classe Lundi. Dernier espoir qui eut fleuri en lui avant d'être arraché par les racines par de simples mots.

«Did she run away? Did she run away? I don't know»

«Je suis ton étudiante toi, mon professeur. Ça c'est la vérité.»

«If she ran away, If she ran away, come back home»

«Il faut parfois abandonner ce qu'on aime pour avancer...»

«Just come home»

Rayan rouvrit violemment les yeux, les sourcils froncés. Tallulah n'a jamais rien abandonné... se dit-ilnon sans redémarrer abruptement sa voiture. Rien du tout. Elle a toujours su se battre pour ce qu'elle veut.

«I got a fear
Oh, in my blood
She was carried up
Into the clouds, high above»

Cela ne vient pas d'elle...jamais elle n'aurait eu de telles directives. Le doute en lui, Rayan rentra enfin chez lui.

«Oooh, If you're bled, I bleed the same»

La première fois que j'ai entendu ça... tenta de se souvenir l'enseignant qui, après avoir retiré sa ceinture, descendait enfin de son véhicule.

«Oooh, If you're scared, I'm on my way»

...c'était avec lui. Son regard fut attiré par la silhouette d'un homme vêtu de noir, des chaussures à la veste qu'il tenait sur son avant bras plié contre lui. Incrédule, Rayan resta un moment à l'observer. Comment en est-elle venu à penser comme lui ?

«Did you run away? Did you run away? I don't need to know»

Lui que je n'ai jamais compris... D'une démarche presque automatisée, Rayan pivota souplement et fit un premier pas en la direction de l'homme qui se tenait contre l'arrière de sa voiture.

«If you ran away, if you ran away, come back home»

Dans sa main libre, il tenait une paire de chaussures qui n'étaient pas inconnues aux yeux de Rayan qui écarquilla les yeux avec stupeur. Pourquoi il a ça ? Tallulah les avait perdues...pendant le Gala. Soudain, les paroles de Léon lui revinrent en mémoire: «Il ne sera là que pour les enchères». Des enchères auxquelles Tallulah et Rayan n'avaient pas pris part. Alors pourquoi ? Pourquoi pense-t-elle comme lui... Pourquoi a-t-il ça avec lui ? Lorsqu'il arriva enfin à sa hauteur, Rayan leva son index en direction des chaussures et reposa son intention sur son frère qui lui adressait un regard à la fois sombre et amer.

-Bonjour Rayan...

«Just come home»

Après un long moment de latence, Dimitri soupira et présenta les chaussures de Tallulah à son petit frère qui eut un geste de recul avant de les prendre avec lui.

-Je ne sais pas où elle habite et elle les a oubliées chez moi.

-Au gymnase...rectifia dans un souffle Rayan, l'air incrédule et le cœur battant comme un fou dans sa poitrine serrée.

-Oui, la première fois elle les a oubliées au gymnase. Mais en venant chez moi l'autre jour, elle devait les récupérer mais elle est partie sans..., lui expliqua calmement Dimitri.

Chez lui ?

-Comment ça ? murmura presque Rayan tant il ne comprenait rien et qu'il manquait d'assurance dans son raisonnement: Pourquoi c'est toi qui a ses chaussures ?

-Je l'ai vue les retirer. Avant que les enchères ne commencent, je les ai récupérées et les ai mises dans ma voiture.

-Avant les enchères ? (le plus jeune secoua la tête) Non, non tu n'étais pas censé être là avant les enchères.

Prenant une profonde inspiration, Dimitri ferma les yeux avant de soupirer d'exaspération.

-Tu vas continuer encore longtemps à jouer les imbéciles naïf ? T'as vraiment cru au mensonge que j'ai fait dire à Léon ? Tu devais bien te douter que je surveillerais le déroulement des négociations. (Il haussa une épaule) Puis, les enchères, ça se voit que tu n'étais pas présent, mais c'est Léon qui a récupéré l'appareil photo que voulait papa. Il-

-POURQUOI !? hurla subitement Rayan: Pourquoi avoir menti !? Comment ça se fait que tu l'aies vue retirer ses chaussures là-bas !? Pourquoi est-elle venue chez vous !?

«Il faut parfois abandonner ce qu'on aime pour avancer...»

-Qu'est-ce que tu lui as dit, vociféra-t-il en fronçant du nez, les dents serrées et la mâchoire crispée.

Las, Dimitri creva l'abcès sans retenue. Ne laissant aucunement le temps à Rayan de l'interrompre une seule fois, il eut beau être plus petit, il le surplomba par son charisme sans que cela ne lui demande de faire des efforts. Et pourtant, intérieurement, c'était le cataclysme total en Dimitri qui avait dû laisser derrière lui une évidente fierté qu'il avait forgée d'année en année. Non...ce n'était rien de plus que de l'orgueil. S'était-il dit. Ma fierté, Tallulah m'a donné une chance de la récupérer...

Tous deux n'avaient pas bougé une seule fois du parking. Dimitri lui raconta alors toute la vérité...toute celle que Rayan n'eut de cesse cherché à apprendre auprès de Tallulah.

-Mais pourquoi tu lui as dit tout ça ? s'offusqua le plus jeune dont les mains se mirent à trembler: T-Tu n'imagines pas...dans quel état tes conneries l'ont mises pendant des semaines et des semaines ! Tout ça pour quoi ? Pour éviter que je m'engueule avec toi si jamais la réputation des donateurs venaient à être touchée par tout ça ! La réputation de papa ! (Il secoua la tête avec toujours plus de virulence, l'air toujours plus décontenancé) Mais t'as que ça à foutre dans ta vie de briser celle des autres !? Quand je repense à tout ce que t'as fait... pour faire plier des mecs qui ne t'avait rien fait ! Ce n'était pas pour protéger ta famille quand t'as fait couler cette entreprise américaine ! (Il fit tomber les chaussures qui rebondirent une fois avant de s'éparpiller à leurs pieds) Et ce directeur de banque ! Il t'avait fait quoi !? Et ce fournisseur agricole !? (Il agrippa le col de son frère qu'il plaqua contre sa voiture) ELLE T'A FAIT QUOI TALLULAH !?

-Elle..., commença Dimitri, les dent serrées: Elle, c'est vrai, ne m'a rien fait. C'est bien pour ça que je me suis excusé auprès d'elle lorsqu'elle est venue nous voir, Léon et moi. En revanche, tu ne sais rien de ces autres, alors, ferme-là, Rayan. (Il se dégagea d'une traite et repoussa son frère d'une main) Tu ne sais rien, et je sais que ce n'est pas uniquement de ta faute ni celle de papa. Mais c'est comme ça. Alors, ne dis rien sur ces hommes qui devraient s'estimer heureux de ne pas croupir au fond d'une cellule pour ce qu'ils m'ont fait.

-Ce qu'ils t'ont fait...? pouffa Rayan: Ils t'ont fait quoi, hein ? Qu'est-ce que le Ô grand Dimitri Zaidi a pu subir pour se croire légitime de briser ainsi la carrière de parfaits inconnus. (Il tiqua du bout de la langue) Pour briser les espoirs de son propre frère qui avait enfin retrouvé une raison d'aimer quelqu'un après quatorze ans de deuil.

-Ra-

-Mais en fait, j'dis n'importe quoi. Tu ne m'as jamais considéré comme ton frère, je ne suis que la moitié d'un intrus qui t'a volé ton père. (Il ricana avec amertume) Haha...oui voilà. Moi, mon tort...c'est d'être le frère qui n'a fait que te décevoir un peu plus chaque jour de sa vie.

Blessé, Dimitri parut pour la première fois aux yeux de son cadet, fébrile. Dans un souffle, il lui demanda si c'était vraiment ce qu'il pensait de lui.

-Tu ne m'as jamais poussé à penser autrement Dimitri, cracha l'enseignant chercheur.

Désabusé, le plus vieux secoua la tête et fit un signe avec ses mains pour montrer qu'il laisser tomber. Néanmoins, il ouvrit la portière arrière de sa voiture, sortit un sac en papier qu'il colla contre le torse de Rayan qui le rattrapa de justesse alors que Dimitri eut lâché les poignets sans prévenir.

-Qu-

Mais il n'eut guère le temps de lui demander quoi que ce soit que son aîné était de nouveau monté dans sa voiture qu'il démarra au quart de tour avant de quitter définitivement le parking de l'immeuble de Rayan. Hébété, ce dernier observa un moment la sortie du parking, par laquelle avait disparu son frère avant de soupirer, comme s'il ressentait un subit épuisement qui alourdissait son corps. Après avoir récupéré les chaussures de Tallulah, il rentra chez lui où il prit le temps de vider le contenu du sac en papier sur son sofa. Des DVD ? se dit-il en examinant les quatre boîtiers sans jacket.

-Qu'est-ce qu'il a été m'inventer ? s'agaça Rayan, qui, poussé par la curiosité, alla brancher son lecteur avant de revenir choisir un DVD. Lorsqu'il ouvrit l'un des boîtiers, il fut surpris en lisant le titre: «Compétition : 3ème année de Rayan»

Hésitant, il ouvrit les autres boîtiers... «Première journée au camp + premier record sur 100m», «Petite défaite d'un grand champion», «Dernière compétition: Fin de lycée». Confus, le brun ne perdit pas plus de temps et s'empara du disque aux souvenirs qui lui semblaient les plus anciens. Ma première...fois dans un camp d'athlétisme»

Un peu nerveux, il eut du mal à s'emparer de la télécommande, une fois assis en tailleur sur son canapé, un coussin sur ses cuisses qu'il serrait en tremblant, tout contre lui, peu certain de réellement vouloir regard tout ça...toute cette petite enfance qu'il peinait tellement à se remémorer, tant d'autres émotions et d'autres événements avaient pris place en lui.

Il y eut un petit moment d'attente, avant que les premières images n'apparaissent ainsi que les premières voix...Je pleure ?

«T'avais promis que je serais pas tout seul !»

-Bon sang...j'étais tout petit ! souligna à haute voix Rayan qui se sentit mourir de honte tout seul en revoyant le morveux qu'il était autrefois: Ce que je pouvais chialer pour un oui ou pour un non...

«Mais t'es pas tout seul ! Regarde, on est là avec Papy et Mamie!» La caméra se tourna en direction de Caleb qui se tenait à côté de la grand-mère de Rayan. Grand-mère Irène...

«Mais tu veux pas venir avec moi !»

«J'ai école moi...»

Comprenant qui tenait la caméra, Rayan commença à se souvenir peu à peu de ce moment de sa toute jeune enfance.

«T'as pas besoin d'aller à l'école !» hurla le jeune Rayan.

-Bien...pour un futur enseignant.

Mais Dimitri était tellement plus doué que ses camarades... songea-t-il en souriant en coin, maintenant qu'il se souvenait pourquoi il eut dit cela.

«Rano !»

Rayan haussa curieusement les sourcils. C'est pour ça que Sarah et Samuel m'appellent comme ça... Samuel était dans la même classe que Dimitri à l'époque.

«Rano, arrête de pleurer...» (La caméra s'abaissa à hauteur de l'enfant en larmes) « Je ne peux pas aller dans ton camps, j'ai mon cours de Théâtre tu te souviens, l'école prépare un spectacle.»

Du théâtre ? essaya de se souvenir Rayan. A l'écran, le petit Rayan tira sur la main de son aîné qui se mit à rire. Le cœur de l'enseignant se mit à bondir allègrement dans sa poitrine. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas entendu le rire de Dimitri, et il avait fallu que ce soit dans un souvenir.

«Je veux venir te voir !»

«Tu seras de retour à la maison avant la date du spectacle» lui assura Dimitri qui vint le coller contre lui. La caméra se mit à filmer le haut de la tête aux cheveux bouclés de Rayan qui déversa son gros chagrin contre le torse de son frère.

«Rano...Allez, calme-toi»

La gorge nouée, le jeune homme assis sur son sofa libéra un soupir comme si cela chasserait le sanglot que le souvenir de l'enfant qu'il fut, lui transmit.

«Rano...tout ira bien.»

Rayan sentit son menton trembler.

«Et si j'y arrive pas ...?»

Une larme roula le long de sa joue.

«L'essentiel, c'est que-»

-...que je m'amuse, pleura Rayan, la tête basse et le menton contre sa clavicule alors qu'il se fut souvenu des mots que son frère lui avait prononcés pour le rassurer.

«Me laisse pas tout seul, Dimitri...»

«Mais non, petit frère !» (L'aîné força son frère à le regarder) «Tu vas t'amuser et tu vas rendre papa et Sherine fiers du grand sportif que tu es !»

Tiraillé entre les larmes et les rires, le petit Rayan étira un large sourire devant la caméra, mais son regard lui, était posé sur le garçon juste derrière. Essuyant rageusement ses larmes avec son avant bras, Rayan se pencha sur la table basse pour se dépêcher de composer le numéro de son frère. Il était loin... Pourquoi je ne l'ai pas appelé plus souvent !? Dans son geste, il chuta du sofa et se cogna le front contre la table basse et fit tomber les autres disques avec maugréa un juron. Il était tout le temps là ! Il ne m'a jamais laissé tout seul ! Même quand papa et maman ne pouvaient pas venir, lui était toujours là ! Même si papa n'a pas pu venir au Gala, lui...il était là !

-Je suis désolé...je suis désolé ! pleura-t-il en entendant sonner.

Mon frère a toujours été là !

«Allô, Ra-»

-Je suis désolé ! répétait-il sans cesse, même lorsque son frère décrocha enfin: Je suis désolé, Dimitri, je suis désolé...!

«Mais enfin, qu-»

-Me laisse pas tout seul, Dimitri ! sanglota le jeune homme, dont les larmes faisaient échos à celles du petit garçon larmoyant derrière l'écran. Une voix plus grave... des traits plus vieux...mais un regard tout aussi embué de larmes et juvénile, toujours cette même grimace alors qu'il appelait son frère.

Cela coupa, et Rayan paniqua en plantant l'écran de son portable sous ses yeux. Il essaya de rappeler, mais Dimitri raccrochait toujours tandis que Rayan devenait inconsolable. Puis...à peine vingt-minutes plus tard, l'on sonna et frappa contre sa porte. Pas du tout prêt à se montrer dans cet état face à quelqu'un, le jeune homme jeta un coup d'œil par la lentille du judas et arracha presque la poignet lorsqu'il reconnut la silhouette de son frère.

Essoufflé, l'air nerveux et visiblement inquiet, Dimitri se tenait devant lui, ses clés de voiture serrées dans son poing. Soudain, un sourire tendre vint éclairer le visage de l'homme d'affaires. Le cœur de Rayan en rata un battement.

-T'as toujours cette horrible façon de pleurer, toi, rit-il: Comment veux-tu qu'on arrête de t'appeler Rano ?

Dans une bruyante et impudente jérémiade poussive, Rayan vint étreindre avec vigueur son aîné qui passa une main dans ses cheveux.

-Je t'ai déjà dit d'arrêter grandir... Et tu perds toute crédibilité en couinant comme tu le fais.

Mais Rayan s'en contreficha pour la simple et bonne raison qu'il n'eut jamais pleuré ainsi devant personne d'autre que Dimitri. Il avait, certes, la larme bien plus facile que son aîné, mais, il eut appris à prendre sur lui en vieillissant...comme tout le monde. Cependant...maintenant... dans les bras de son frère, c'était tellement différent. Pourquoi faire semblant de pouvoir se retenir alors que le premier et le seul à l'avoir toujours vu ainsi, se tenait là, face à lui. Dana m'a plus d'une fois reprocher ma sensibilité mais ne m'a jamais vu ainsi...et lui...lui...

Dimitri, eut beau lui répéter de se calmer, il ne s'éloignait jamais de lui, et ne fit que l'étreindre plus fort encore, encourageant son cadet à déverser le reste de son émoi. Comme il l'eut toujours fait.

De son côté, Tallulah, qui avait reçue la visite de Léon, jetait un coup d'œil à la sortie entre deux commandes, après avoir vu Dimitri rejoindre son époux avant de repartir en trombe après avoir reçu un appel.

-Ne t'inquiète pas, sourit Léon, installé au comptoir: Tout ira bien maintenant, lui assura-t-il, un regard et un sourire tendres peints sur son visage paisible.

Tout ira bien.

Plus tard, Dimitri et Rayan se retrouvèrent assis sur le canapé du dernier, qui s'était enfin calmé non sans difficulté tant la profonde contrariété accumulée sur plusieurs années fut rude à extérioriser.

-Tu parles d'un premier record, je me suis pris une gamelle au beau milieu de la course !

-Hé ! Personne n'a dit que la victoire était facile, souligna le plus vieux.

-Ouais...renifla Rayan qui frottait un mouchoir contre son nez: dis...

Dimitri grogna curieusement et lui adressa un regard en coin.

-Si tu étais au Cosy Bear tout à l'heure...pourquoi ne pas avoir rendue directement à Tallulah, ses chaussures ?

-Quand tu veux, tu peux avoir l'esprit vif.

Dimitri se reçut une petit tape sur le bras. Rayan s'était attendu à revoir un petit sourire mais non, il fallait croire que ce n'était clairement pas sur commande pour lui. Pourtant, après s'être reçu une rafale de souvenirs en plein esprit, il se demandait, comment ce grand-frère si doux avait pu devenir si amer, aux paroles parfois bien moroses. «Elle ne m'a rien fait...mais tu ne sais rien de ces autres !»

Le jeune homme se dit qu'à l'inverse de Dimitri, qui, même tapi dans l'ombre avait su rester bienveillant au possible, malgré son évidente maladresse, lui, avait certainement raté une bonne partie de la vie de son frère.

-Avec Léon, nous voulions vraiment les lui ramener. On savait qu'elle travaillait au Cosy Bear, ton beau-frère l'a appris pendant le Gala.

-Tu peux me dire ce pour quoi il n'est pas au courant celui-là...? maugréa Rayan en levant les yeux au ciel. Il arracha un ricanement un brin moqueur à son aîné.

-Il aurait fait un excellent détective, je te l'accorde. (Il reposa son regard sur le boîtier qu'il venait de saisir) Puis, je ne sais pas, je me suis dit qu'il valait mieux que je te les rapporte.

-Pour que je comprenne...que le Erik que je cherchais, c'était toi ?

-De quoi...? souffla Dimitri, confus, peu certain d'avoir bien entendu.

Rayan secoua aussitôt la tête avec énergie.

-R-rien, oublie ! baragouina-t-il non sans rougir.

Dimitri n'en fit pas plus de cas et reprit:

-C'était important pour moi que tu saches ce qu'il s'était passé ce soir là. Entièrement... (Il se tourna face à son frère) elle a...une empathie bien trop profonde pour ne pas être blessée par les sentiments des autres. Et cette histoire, l'a plus affectée que je n'aurais jamais pu l'imaginer. (Il baissa les yeux) J'ai beau m'être excusé, je regrette encore sincèrement mes paroles... Mais je craignais tellement te voir perdre ton poste. Devenir enseignant, même s'il a fallut que ce soit à la suite d'une tragédie, cela a toujours été ton rêve, et quand je vois tout ton parcours en étant encore si jeune... (il secoua la tête) je-

-J'ai compris, susurra Rayan qui jouait avec les plis de son pantalon. Il sourit, le cœur étreint d'un sentiment chaud et empreint de fierté.

Parce que c'est ce qu'il ressentait à travers l'inflexion de la voix de son frère. De la fierté. Mais alors pourquoi...?

-C'est bien toi... qui nous avais dit ça.

-Quoi donc ? questionna Dimitri.

-Je me souviens maintenant, quand tu es revenu d'Amérique...rah...quel âge déjà...rumina Rayan en se massant le front comme si ce geste lui ferait retrouver plus rapidement la mémoire. Une vive douleur le prit et il se souvint s'être cogné et n'avoir encore rien posé contre sa bosse.

-Je suis parti un an chez ma mère, et je suis revenu pour mes 18 ans en France, l'aida Dimitri. T'avais 10-11 ans...Première et dernière fois que tu as rencontré ma mère.

-Oui, souffla Rayan comme si la lumière l'éveillait: Voilà, et tu nous as...annoncé que tu arrêtais le Théâtre...que tu quitterais la maison et la ville pour étudier à Paris. (Il pouffa) On vivait encore là...

-Sacrés changements qu'a subis cette ville d'ailleurs, ne put s'empêcher de faire remarquer Dimitri avant de masser sa joue barbue.

Il y eut un bref silence que Rayan interrompit:

-Lorsqu'on t'a demandé pourquoi tu arrêtais le Théâtre, tu as dit... «Il faut parfois abandonner ce qu'on aime pour avancer».

Ce fut imperceptible aux yeux du jeune brun, mais l'homme d'affaires était tendu. Le tournant que prenait la conversation, il l'eut redouté en venant voir son petit frère. Si Tallulah eut appris la vérité, cela n'était dû qu'à un concours de circonstances... Au fond de lui, Dimitri s'était senti épié et démuni et c'était toujours la cas. Cela... n'était pas dans ses intentions de parler de tout cela à quelqu'un d'autre que Léon. Et même maintenant...même après avoir reçu et donné un semblant de pardon auprès de son frère, Dimitri n'était pas encore sûr d'être prêt à dévoiler ainsi sa cicatrice.

-Je sais que tu te poses encore des questions Rayan... mais je te demanderai de m'accorder un peu de temps.

-Mais pourquoi Tallulah m'a-t-elle sorti ça ? Elle m'a dit mot pour mot ce que tu nous avais déjà dit à l'époque...(Il se massa la nuque, l'air nerveux) Elle m'a dit s'être mêlé d'affaires qui ne la concernait pas...c'est vrai ?

-Contre son gré. Contre le mien... Tout ceci, n'est que le résultat d'un enchevêtrement de plusieurs imprévus tous aussi dramatiques les uns que les autres. (Il soupira longuement) Pourquoi t'a-t-elle dit ça ?

-Tu sais qu'on est séparés ?

-Oui...même si je savais que cela serait compliqué pour vous deux, je ne m'étais pas attendu à ce que cela se termine ainsi. Je te demande pardon.

Mais Rayan réfuta ses paroles.

-Je vois bien que c'est plus complexe que cela... je serais patient ne t'en fais pas. Mais je crois que Tallulah a pris à cœur ces mots et maintenant elle...

La gorge de Rayan se noua et il déglutit difficilement avant de finir.

-Elle veut partir.

A suivre...


[Alors alors, prêts pour le dernier chapitre ? Il sera possiblement très long ! En quel cas je le couperais en deux parties (publiées le même jour) pour faciliter la lecture mais ce n'est pas encore sûr, je dois corriger et réécrire une partie. Attendez vous à tout ! Autant de drame que de burlesque, de colère que de rire dans le dernier chapitre ! Je vais mobiliser beaucoup d'émotions haha ! Je ne veux pas en faire le meilleur chapitre, je veux juste que ce soit une fin qui reflète tout ce que notre Tayan a vécu et vous aussi, à travers votre lecture :) Maintenant que les plus gros pleurs, les plus profondes tristesses ont faits surfaces, tout est au rendez-vous pour une fin qui laissera apercevoir enfin, un horizon clément pour nos amoureux !

Je ne sais pas si le dernier chapitre sortira pile, la semaine prochaine ou s'il y aura un peu de temps en plus, mais je ne pense pas que ça mettra trois plombes non plus, juste ne l'attendez pas pour le début de semaine ^^ !

Je vous remercie tous et toutes ! Votre soutien fait chaud au cœur et j'ai hâte de vous faire lire le prochain (et dernier) chapitre ! Un gros bisou à vous et à bientôt~~ :)]