J'ai un rythme de croisière en ce moment, lol. Il faut dire que revoir les trois Seigneurs des Anneaux pendant les vacances m'a bien motivée. J'écris avec la musique du Retour du Roi en ce moment donc si vous aimez lire avec une musique de fond...

Je blâme totalement la partie craquage de ce chap sur mes partiels. ^^


Chapitre 37 : Be not afraid of greatness

Harry s'étira, gigotant quelques secondes dans l'espoir de faire disparaître les courbatures douloureuses dans ses membres. On aurait pu croire qu'après avoir passé onze ans à dormir sur le sol dur et froid d'un placard, il serait habitué à camper. C'était une erreur. Soit le plancher aux lattes usées et inégales était plus confortable que la terre humide et recouverte de pommes de pin, de cailloux et d'une centaine d'autres choses, soit les cinq années passées dans un lit à baldaquin à Poudlard l'avait ramolli.

Son regard chercha immédiatement le Professeur de Potions et le trouva penché sur le petit feu de camp qu'ils avaient monté la veille au soir. Le sixième sens de l'homme dût l'avertir du réveil du garçon car il tourna la tête vers lui, le saluant d'un hochement de tête.

« Bien dormi, Harry ? » demanda Snape en lui tendant une timbale d'un liquide fumant.

Le Griffondor s'en empara sans hésiter, sachant que comme la veille et l'avant-veille, le thé serait exactement à ses convenances. Les facultés d'observation de l'espion étaient étonnantes. Il percevait les détails avec une clarté que lui-même n'accordait pas toujours à ce qui était évident. Ainsi, il savait par exemple qu'Harry prenait deux sucres dans son thé, et très peu de lait.

« Comme si j'étais couché sur un tas de cailloux. » grogna-t-il en réponse, et il choisit d'ignorer le bruit moqueur que fit l'homme.

Ca faisait deux jours qu'ils marchaient, c'était leur seconde nuit en pleine nature et Snape semblait aussi frais que d'habitude.

« Au moins tu as évité de dévaster l'habitat naturel des animaux de cette forêt. » répliqua le Maître des Potions, non sans humour.

Harry ne daigna pas répondre. Snape se moquait de lui depuis la veille avec cette histoire, et nul doute que ça allait le poursuivre longtemps. Mais comment était-il censé reconnaître l'entrée d'un terrier de blaireau ? Et franchement, il défiait quiconque se réveillant en pleine nuit, dans un environnement sauvage, de ne pas se mettre à hurler quand une bestiole –aussi inoffensive et effrayée soit-elle – vous marchait dessus. Ca avait certainement amusé le Professeur.

Il avala la boisson chaude à grandes gorgées, attrapa une des pommes que Mrs Weasley avait fourrées dans son sac, plus pour anticiper tout commentaire de la part de l'enseignant sur ses habitudes alimentaires alarmantes que par réelle faim, rinça la timbale et entreprit d'imiter Snape qui enroulait le sac de couchage qu'il avait utilisé et rangeait ses affaires. Quand il fut prêt, il se tourna vers l'homme qui en l'attendant avait éteint le feu et dispersé les cendres de sorte qu'il ne risque pas de reprendre et de créer un incendie.

« C'est bon, Monsieur. » signala Harry, plus aussi enthousiaste qu'au départ de leur petite aventure.

Il avait décidé au cours de ces deux derniers jours que la randonnée ne faisait pas partie de ses sports préférés. Du tout.

Snape tourna vers lui son regard sombre et sembla hésiter une seconde avant d'incliner légèrement la tête, comme s'il l'étudiait.

« Es-tu suffisamment reposé ? » demanda le Professeur.

Sachant que Snape n'était pas du genre à poser des questions pour le plaisir de la conversation, le garçon fronça les sourcils.

« Pourquoi, Monsieur ? »

Il voulait savoir dans quoi il s'embarquait avant de répondre qu'il était au mieux de sa forme. S'il était question de collines à gravir ou…

« Nous arriverons dans la soirée, je pense. » déclara l'homme. « Mais la dernière partie du voyage risque d'être plus compliquée que ce que nous avons dû affronter jusqu'à présent. »

Harry acquiesça pensivement. Effectivement, le seul problème qu'ils avaient eu jusqu'ici était l'attaque impromptue d'un Epouvantard. Si le garçon avait paniqué une seconde en voyant surgir un Détraqueur devant lui, son Patronus était apparu presque de lui-même, par réflexe, secondé immédiatement par une biche argentée que Snape avait lui aussi créée sur le champ. Les animaux immatériels n'avaient eu aucun effet et ce n'était que lorsque la… chose s'était désintéressé du Griffondor pour se tourner vers l'adulte qu'Harry avait compris. Il avait lancé un Ridiculus si vite que l'Epouvantard n'avait pas eu le temps de changer de forme. Ce pour quoi il était reconnaissant parce qu'il se doutait de quelle était la plus grande peur de Snape et qu'il n'était pas prêt à faire face à Voldemort.

Quoi qu'il en soit, mis à part cette petite montée d'adrénaline et l'attaque surprise du blaireau, il n'y avait rien eu de notable.

« J'attends de toi une obéissance sans faille, Harry. Tu as compris ? » insista Snape, l'air sombre. « Si je t'ordonne de courir, tu cours. Si je t'ordonne de fuir, tu fuis. Si je t'ordonne de me laisser, tu me… »

« Non. » l'interrompit fermement le garçon, et il n'allait pas discuter sur ce point.

L'ancien Mangemort plissa les yeux, menaçant. « Mr Potter… »

Harry secoua la tête. « Je ne veux bien courir, je veux bien fuir, mais vous pourrez dire ce que vous voudrez, je vérifierai quand même que vous me suivez. »

« Que je te suive te sera d'une utilité époustouflante quand tu seras mort. » grinça Snape, méchamment moqueur.

Ca faisait un moment qu'il n'avait plus utilisé ce ton de condescendance amère avec lui. Ca blessa Harry plus qu'il n'était prêt à l'admettre.

« Vous avez promis de ne pas me laisser. » contra calmement le garçon.

Et quand le regard de Snape s'adoucit légèrement, il sut qu'il avait gagné.

« Stupides Griffondors. » marmonna-t-il, en ramassant son sac et en se mettant à marcher.

Harry lui emboita le pas avec contentement, un sourire amusé sur les lèvres. Là, il tenait de quoi se venger de l'affaire du blaireau…

« En fait, j'ai failli atterrir à Serpentard… » lâcha-t-il, en se mettant à la hauteur de son Professeur.

L'air choqué –et peut-être légèrement terrifié- de Snape était précieux.

« Merlin nous préserve… » souffla le Maître des Potions dans un soupir surjoué. « Toi et Draco dans la même Maison ? Poudlard n'aurait pas tenu une année. »

Sans compter que ça ce serait avéré ardu avec un Directeur de Maison qui l'aurait détesté pour ressembler au cauchemar de son adolescence… Non, il n'y avait pas à dire, il ne regretterait jamais d'avoir demandé au Choipeaux de l'avoir envoyé à Griffondor.

« Vous m'auriez étranglé avant la fin du premier trimestre. » plaisanta le Survivant.

Snape garda le silence une seconde puis acquiesça lentement. « C'est, en effet, très probable. »

Un mois plus tôt, il se serait vexé sans même prendre le temps d'analyser les choses. Là, il vit clairement le mouvement bref et rapide qui agita les lèvres de l'homme, indiquant que, à sa façon particulière, il souriait et perçut autre chose sous l'humour tranchant. S'il n'avait pas aussi bien connu le caractère emporté et solitaire de Snape, il aurait pensé que c'était de l'affection…

Harry voulut répliquer mais la posture tendue et le regard sans cesse sur le qui-vive du Professeur l'arrêta. Il était clair qu'il ne plaisantait pas quand il disait que des dangers plus grands qu'un pauvre Epouvantard égaré les attendaient au détour du chemin, et le garçon ne tenait pas à faire regretter à l'ancien Mangemort de l'avoir emmené. Il vérifia donc que sa baguette était facilement accessible et que son sac soit suffisamment bien fixé sur son dos pour qu'il ne le gène pas le cas échéant.

Ils marchèrent en silence une bonne partie de la matinée sans voir l'ombre de quoi que ce soit, et bien qu'Harry ait d'abord conclu que ce soit une bonne chose, il finit par déduire qu'en réalité ça ne l'était pas. Jusque là, la forêt avait semblé pleine de vie. Animaux discrets, mais pas assez pour l'oreille affutée de l'espion qui l'accompagnait, végétaux épanouis mais figés par le froid de l'hiver…

Or il n'y avait plus rien. Les arbres étaient normaux, du moins d'après ses maigres compétences en botanique, mais il se dégageait d'eux… quelque chose. Une aura… pas réellement malfaisante mais… oppressante. Tout semblait plus sombre à présent et paradoxalement plus naturel. Une sensation d'épanouissement étrange qu'il ne ressentait d'ordinaire qu'à Poudlard. Sauf, qu'à Poudlard, ça lui procurait du bien être… Là… il se sentait… presque souillé par l'étrange chose que dégageait leur environnement.

« Professeur ? » appela-t-il brutalement, sans vraiment le vouloir mais brusquement étouffé par les forces sombres qui semblaient émerger, par vagues, du sol, des végétaux et même du petit vent glacial qui lui fouettait le visage.

Encore heureux que Snape connaisse des sorts plus efficaces pour les protéger de la basse température que Draco et Hermione où ils seraient déjà morts congelés.

L'homme se tourna vivement vers lui, cherchant déjà du regard ce qui avait pu alarmer son élève à ce point. Qu'il ne trouve pas de menace et repose sur lui ses yeux noirs ne fit rien pour calmer l'angoisse sourde qui était en train de naître dans l'abdomen de Harry sous la forme d'une lourde boule de plomb. Il ne savait pas comment l'expliquer mais il se passait quelque chose. Et il n'aimait pas ça.

« Qu'y a-t-il, Harry ? » demanda finalement Snape quand le garçon ne reprit pas la parole, trop occupé à combattre le malaise subit que toutes ces… ténèbres provoquaient.

« Qu'est ce c'est ? » réclama le Griffondor, tentant avec peine de ne pas paniquer. Paniquer aggravait souvent les choses.

Il s'attendait à ce que le Maître des Potions exige des explications car rien ne semblait avoir bougé sous le couvert des arbres. Le vent continuait de siffler, le sol était toujours gelé, et il n'y avait toujours pas le plus petit danger en vue. Mais Snape ne demanda rien. Il se contenta de le dévisager avec surprise et… s'il le lisait correctement, intérêt.

« Tu peux la sentir ? »

Trouvant la question curieuse et distrait par la sensation désagréable de picotement à l'intérieur même de son être, le garçon fit quelques pas en arrière, espérant échapper à l'attaque mystérieuse.

« Quoi donc ? Qu'est ce que c'est ? » répéta-t-il, à la limite de céder à la crise d'hystérie.

La chose n'essayait pas de simplement entrer dans son corps… c'était plus subtil que ça, elle semblait viser son âme même… Une part de lui qu'il n'avait pas eu, jusque là, conscience de posséder. La source de tout.

« Calme-toi. » ordonna Snape. « Respire. »

Harry secoua la tête. C'était très dur de se calmer quand une chose bizarre, étrangère à lui-même, essayait de s'insinuer dans son être.

« Harry. » insista le Professeur, plus fermement. « Tu ne risques rien, je le jure. Calme-toi. »

Plus que le ton autoritaire, ce fut sa promesse qui apaisa le Survivant. Snape ne mentait pas et aussi fou que ce soit, il avait confiance en lui.

« Bien. » déclara l'ancien Mangemort et une main réconfortante s'abattit sur son épaule.

Harry leva les yeux vers l'homme sans réellement comprendre ce qui se passait. Quand est-ce que Snape s'était rapproché ? Et pourquoi est-ce que sa tête tournait ainsi ? Le monde était-il aussi net et brillant d'habitude ? Les couleurs si vives ?

« Tu devrais t'asseoir une minute… » conseilla l'homme, avec une compassion dont il n'était pas coutumier. « Pour quelqu'un d'aussi jeune, ça doit être… désorientant. »

Désorientant ? S'asseoir ?

S'asseoir semblait une bonne idée…

Seulement son cerveau ne devait plus réellement savoir comment effectuer cette action parce qu'à peine avait-il décidé de se laisser aller au sol que ses genoux cédaient et qu'il s'effondrait sans réelle grâce. Il réalisa à peine que Snape l'avait rattrapé avant qu'il ne tombe totalement et l'aidait à s'installer dos à un arbre.

Ce n'était probablement pas une bonne idée de s'adosser à ces choses en forme de sapins qui n'en étaient pas. Le tronc derrière lui pulsait. Il ne savait pas vraiment ce que c'était, mais chaque… chaque… on aurait dit des battements de cœur… Et chacun de ces battements envoyait, non pas du sang, mais la chose dans toutes les directions. Et droit à l'intérieur d'Harry.

Groggy, le garçon chercha le regard de Snape. Il devait aussi le sentir, c'était… trop gros pour qu'un espion de sa trempe le rate.

Le Maître des Potions l'observait d'un air cruellement amusé.

Harry voulait juste vomir.

« Qu'est-ce qui m'arrive ? » parvint-il à marmonner malgré sa bouche pâteuse et les cloches qui semblaient tinter à ses oreilles.

Comment diable des cloches étaient arrivées là ?! Peut-être que maintenant il était assis sur le terrier des Cloches de Pâques… Pourquoi des cloches, même celles censées distribuer des œufs, vivraient dans un terrier et pile à l'endroit où il était installé était un mystère mais après tout, le blaireau l'avait bien fait…

Et sans qu'il ne comprenne pourquoi, l'idée de cloches géantes tourbillonnant autour d'eux le fit éclater de rire. Un vrai fou rire. Pire que celui qu'ils avaient tous pris dans la salle de bain du Square Grimmaurd. Pire que lorsque Neville avait changé l'Epouvantard en forme de Snape en Snape habillé de vieilles robes et avec une fourrure de renard. Pire que n'importe quel fou rire de sa vie.

Jamais il n'avait autant compris le mot : hilarité.

« Regarde-moi. »

La voix de Snape était lointaine, très lointaine, et quand il sentit des doigts fins et froids agripper son menton pour l'obliger à plonger son regard dans des yeux sombres et inquiets, Harry cessa de rire. Ca n'était plus drôle.

Il y avait tant de souffrance dissimulée dans ces orbes noires… Bien sûr personne ne pouvait le percevoir… C'était dissimulé bien soigneusement sous… une sorte de bouclier ? Intrigué, Harry poussa plus avant la connexion qu'il sentait s'établir. La sensation était similaire à la fois où Snape s'était introduit dans son esprit mais en sens inverse. Il vit le Professeur froncer les sourcils et tenter de détourner la tête mais Harry ne pouvait pas le laisser faire. C'était plus fort que lui. Il ne contrôlait rien.

Telle une flèche aiguisée, son esprit fonçait vers celui de Snape, apparemment pris au piège d'un sort qu'il n'avait pas eu conscience de jeter. C'était étrange. Il y avait un mur devant lui. Un mur dressé pour l'empêcher de passer, d'accéder à aux souvenirs et aux pensées du Maître des Potions. Et visiblement, il n'y avait aucune faille. Aucune brèche.

Pourtant, il repéra une éraflure. Et ce fut si facile une fois qu'il l'eut aperçue… Il suffisait de pousser un peu…

Ressaisis-toi. ordonna une voix vaguement familière, directement dans son esprit. Ou plutôt dans l'esprit de Snape puisque c'était là qu'il était. Harry, arrête-toi immédiatement.

Il y avait une légère panique dans la voix qui le fit hésiter mais déjà, il y avait un trou dans le mur… Une fenêtre sur l'être complexe qu'était Severus Snape… Un coup d'œil à l'intérieur, un seul, et il se glaça d'effroi. Tant de souffrances, de douleur…

Harry… plaida la voix. Je ne veux pas te blesser.

C'était une bonne chose, il ne voulait pas être blessé. Et quelque chose dans la voix lui fit désirer pouvoir revenir en arrière. Mais il était aspiré par les souvenirs et il ne savait pas comment sortir de là.

L'image d'un homme, grand, aux cheveux noirs et aux yeux sombres s'imposa à lui. Il se tenait dans une pièce mal éclairée, poussiéreuse… Il entendit vaguement un gémissement provenant d'un coin de la pièce et devina la présence d'une deuxième personne dissimulée dans l'ombre mais il ne pouvait en toute conscience détourner son attention de l'homme à l'air sévère.

Un frisson mauvais le traversa.

Son instinct lui disait qu'il était un danger…

Non !

La sensation d'être renversé par un bus. Quelque chose ou plutôt quelqu'un l'expulsa de l'esprit de Snape et ça dût être couplé avec une vague de magie défensive parce qu'il se retrouva projeté plus violemment contre le tronc derrière lui.

Ca eut le mérite de lui éclaircir les idées.

Il se laissa glisser au sol sans chercher à se retenir et resta couché sur le sol froid, goutant la terre humide par sa bouche entrouverte tout en écoutant la respiration courte et hachée de l'ancien Mangemort.

Etait-il réellement entré dans les souvenirs de Snape ? Sans parler du fait que c'était une chose affreuse à faire et qu'il n'avait pas du tout apprécié qu'on la lui inflige… C'était Snape. Il allait le tuer. Tout simplement le tuer.

Et que s'était-il passé ? La chose refluait de son être, retournait à la forêt environnante, proche mais plus aussi pressante… Il en sentait pourtant toujours la présence écrasante, puissante, ancienne… Si ancienne…

Une main sur posa sur son épaule et Harry tressaillit, presque certain que ça y était, Snape allait l'étrangler. Il ne prit pas la peine de bouger, acceptant la sentence de bonne grâce. Il avait violé sa vie privée après tout…

Oh Seigneur… Il avait violé la vie privée de Snape. Il n'allait pas seulement le tuer, il allait le massacrer.

Harry se demanda vaguement qui était l'homme du souvenir mais décida très vite que ça ne devait pas être quelqu'un dont le Professeur aimait à se rappeler vu la rapidité avec laquelle il avait été éjecté de son esprit.

Il sentit la main tirer sur son bras et il s'assit sans plus tenter de résister. Les doigts glissèrent à nouveau sous son menton pour l'obliger à rencontrer le regard sombre. Il détourna résolument la tête. Il n'avait pas vraiment envie de recommencer une folie comme cette de quelques minutes plus tôt.

« Bois. » ordonna brusquement Snape, la voix lasse mais tranchante.

Une fiole apparut dans son champ de vision et Harry en avala le contenu immédiatement. Il savait quel était le stock de potions de l'ancien Mangemort à l'instant et que ce soit un anti-nauséeux, un antidouleur ou de quoi faire baisser la fièvre qu'il sentait courir dans ses veines, il l'accueillerait avec joie. Bien entendu, ça pouvait également être du poison, conservé soigneusement à son insu…

Quand le flacon fut vide, il le rendit au Professeur avec appréhension, sans oser le regarder en face.

« Te sens-tu mieux ? » demanda Snape, assez sèchement.

Harry hocha simplement la tête mais ne put réfréner plus longtemps sa curiosité. Puisque l'homme n'avait apparemment pas l'intention de le trucider instantanément, autant profiter du répit.

« Qu'est ce que c'était ? »

Les lèvres de Snape s'étirèrent en un rictus ironique. « Parles-tu de ta petite rencontre avec la vieille magie ou de ton utilisation injustifiée et incontrôlée de la Légilimancie ? »

Harry grimaça. « De quoi ? Ou de… quoi ? »

Un instant, les traits du Professeur se décomposèrent en une expression de colère froide puis, cela disparut sous un masque d'indifférence soigneusement étudié. Etre le réceptacle de la haine de cet homme était quelque chose qui lui était devenu… insupportable. Il ne pouvait pas… ne voulait pas être rejeté. Pas encore. Pas maintenant. Il n'aurait pas la force de se relever une nouvelle fois si quelqu'un d'autre le laissait, à fortiori quelqu'un qui avait juré de ne pas l'abandonner avec une telle force, une telle ferveur qu'il l'avait immédiatement cru, soulagé et rassuré d'avoir enfin trouvé celui qui serait prêt à le guider comme il devait l'être. Dumbledore ne serait plus là pour ramasser les pots cassés, Sirius ne serait pas capable de dépasser sa rancune pour déclarer autre chose que je te l'avais dit, et… bien sûr il lui resterait Ron et Hermione, comme d'habitude.

Mais Ron et Hermione n'étaient pas tout ce dont il avait besoin.

« Je suis désolé… Je ne… Je suis désolé… » balbutia le garçon, paniqué à l'idée que Snape l'abandonne ici, et pas parce qu'il craignait d'être capturé ou de ne pas pouvoir retrouver le chemin vers le reste de l'Ordre. « Je ne sais pas ce qui… Je… »

Il s'interrompit lui-même, détournant la tête sous le regard scrutateur du Maître des Potions. La sensation, pas réellement nouvelle, que ses entrailles étaient froissées par un poing invisible s'empara de lui et il ferma les yeux. Voilà. Encore une fois, il avait gâché quelque chose. Il gâchait toujours tout.

« Stupide enfant. » gronda Snape et Harry riva ses yeux sur le sol, ne voulant, à aucun prix, voir l'air déçu ou plein de reproches de son Professeur. « Bien que je t'accorde que la plupart du temps tu es responsable de tes… débordements, pourquoi es-tu si prompt à prendre le blâme pour quelque chose sur lequel tu n'as aucun contrôle ? »

Le garçon leva brusquement la tête, incertain d'avoir bien compris. Il dévisagea l'homme avec hésitation mais celui-ci était tout aussi indéchiffrable qu'à l'ordinaire.

« Tu n'es pas responsable de ce qui vient de se passer, Harry. » reprit Snape avec plus de force. « J'aurai dû… anticiper. »

« Anticiper ? » répéta le Griffondor, plus qu'étonné d'être encore en vie.

« Je ne pensais pas que tu pourrais… la sentir. Encore moins qu'elle agirait sur toi. » répondit Snape.

« Mais… qu'est ce que c'était ? » insista le garçon. Hermione expliquait plus vite. Probablement parce qu'elle savait que lui et Ron ne comprenaient jamais les choses rapidement…

« Dis le moi. » rétorqua Snape, un sourcil levé. « Si tu la sens, tu peux deviner. »

Décidant qu'il n'était pas sage de contrarier plus avant l'homme, il soupira.

« Une force… très vieille. »

C'était hésitant et à voir l'air du Maître des Potions, plutôt insuffisant.

« Que sais-tu d'Avalon ? » demanda Snape, s'asseyant sur un grand rocher plat un peu plus loin.

Harry attrapa le sandwich que lui tendit l'ancien Mangemort, parfaitement conservé grâce à la magie, que Mrs Weasley avait confectionné quelques jours plus tôt. Il n'avait toujours pas faim, son estomac était noué. Néanmoins, vu le regard sévère que lui jeta Snape, il ne termina pas le geste qu'il avait fait pour le mettre à l'écart.

« C'était une île sacrée. » répondit Harry avec incertitude, se reprochant de ne pas avoir prêté attention à Hermione quand elle s'était mise à déblatérer, un soir de la semaine passée, sur à quel point le sujet de la mythologie sorcière était passionnant. Ron et lui avaient échangé un regard et étaient retournés rapidement à leur partie d'échecs, laissant à Draco le soin de faire la conversation. « Merlin venait de là et… elle a disparu au moment où le Christianisme s'est répandu en Angleterre. »

« C'est un résumé sommaire. » commenta le Professeur, en croquant sans plus d'enthousiasme que lui dans le pain. « Que nous devons à Miss Granger si je ne m'abuse ? »

Harry choisit de ne pas répondre. Il était clair que Snape préférait les habitudes scolaires d'Hermione aux siennes. Il avait déjà fait plusieurs… remarques sur le sujet. Plus ou moins subtiles d'ailleurs.

« Est-ce que ce qui vient de… m'arriver… » Il laissa soigneusement de côté sa petite incursion dans la tête de son professeur. « est en rapport avec Avalon ? »

Snape le jaugea du regard quelques secondes.

« La magie telle que nous la connaissons aujourd'hui est originelle d'Avalon. » expliqua-t-il calmement. « Elle a évolué, bien sûr, depuis le temps où les prêtresses de l'île s'en servait. Leur maîtrise sur elle était précaire. Merlin a grandement fait progresser cela mais les Moldus ont étendu leur religion au pays tout entier et tous ont cessé de croire en Avalon et en sa déesse, en sa magie. C'est à partir de cette époque que les sorciers ont commencé à se dissimuler aux yeux des personnes dépourvues de pouvoirs magiques. Quoi qu'il en soit, Avalon et Glastonbury par extension sont des lieux de magie naturelle. »

Glastonbury… L'île aux moines. Il se souvenait au moins de cette partie du monologue d'Hermione car c'était un point sur lequel Draco et elle s'étaient légèrement accrochés, l'un arguant que deux endroits ne pouvaient se trouver au même emplacement et l'autre qu'ils pouvaient parfaitement cohabiter sur un plan d'existence différent. Les concepts développés étaient un peu trop compliqués pour lui et c'était surtout à la façon dont Draco regardait Hermione et à la lueur brillante dans les yeux de la jeune fille qu'il avait fait attention.

« Magie naturelle ? »

Il était un peu perdu.

« La magie y est… sauvage, si tu préfères. » simplifia Snape, mais son regard se fit plus perçant. « Néanmoins, les sorciers capables de la percevoir sont très rares. Et ceux qui savent y puiser sont encore moins nombreux. »

Harry ne demanda pas si Snape pouvait la sentir, il était clair que c'était le cas. Mis à part Dumbledore et Voldemort en personne, il ne voyait pas d'autre sorcier aussi puissant dans son entourage.

« Je n'ai pas cherché à… puiser dedans. » se défendit le garçon. Il ne manquait plus que l'ancien Mangemort pense qu'il voulait augmenter ses pouvoirs.

« Evidemment que non. » répliqua sèchement l'homme, comme si Harry débitait des inepties. « Mais tu es trop jeune pour pouvoir maîtriser une telle magie. J'ai moi-même des difficultés à la contrôler. Je ne pensais pas que tu sentirais le changement et, en cela, réside mon erreur. »

Le garçon hésita une seconde puis se rappela ce qui l'avait perturbé en premier lieu.

« C'est de la magie sombre. » déclara-t-il, un mauvais frisson parcourant sa colonne.

Une ombre passa sur le visage de Snape. « C'est exactement ce qu'aurait dit ta mère. »

« Mais vous n'êtes pas d'accord. » déduisit Harry prudemment.

L'homme soupira, hésitant visiblement entre une rebuffade et une réponse franche. Jusque là, Snape avait parlé plutôt ouvertement avec le Griffondor. Quand il ne pouvait discuter du sujet qu'Harry abordait, il le lui disait simplement et le garçon passait à autre chose.

« Non. » lâcha finalement l'ancien Mangemort. « Je ne pense pas qu'une magie en soi soit bonne ou mauvaise. Même ce que nous qualifions de Magie Noire… Je pense que cela dépend de l'utilisation que chacun en fait. En l'occurrence, cette magie que tu qualifies de sombre est simplement brute. Ton inconscient l'a catalogué comme noire car elle t'est étrangère. »

C'était un point de vue discutable mais qui se défendait. Néanmoins, il ne se sentait pas vraiment d'humeur à discuter de ce qui était acceptable et ce qui ne l'était pas. La magie noire avait fait beaucoup de dégâts dans sa vie. Un peu trop pour qu'il décide à la légère.

« Poudlard… » commença Harry, parce que la présence magique –qu'il sentait distinctement à présent- était similaire.

« Poudlard est également un lieu de magie naturelle. » coupa Snape « Depuis quand t'en es-tu aperçu ? »

« Oh… euh… » Le garçon hésita, peu certain de la réponse. « J'ai toujours senti la magie, je crois, mais c'était plus diffue qu'ici… »

Snape approuva d'un hochement de tête mais garda le silence. Et Harry supposa que c'était censé mettre un terme à la discussion. Seulement, il y avait un point qui… l'intriguait.

Et de toute manière tout le monde devait bien mourir un jour, non ?

« L'autre… euh… chose… » tenta-t-il « La légi… »

« Légilimancie. » suppléa Snape, un peu plus brutalement qu'il avait livré les réponses précédentes.

« Oui, ça… » Harry déglutit péniblement, ignorant les signaux d'alertes dans sa tête lui conseillant de faire volte face immédiatement. « Qu'est ce que c'est ? »

« Je pensais que c'était plutôt évident vu votre expérience récente de la chose, Mr Potter. » grinça le Professeur.

Harry grimaça mais refusa de lâcher l'affaire. « Ca sert à… lire les pensées ? Fouiller dans les souvenirs ? »

Durant une seconde, le regard haineux que lui jeta Snape le pétrifia sur place mais quelque part, il sentit qu'il n'était pas réellement celui contre qui l'homme était en colère. Le Survivant repensa à l'étranger qu'il avait vu dans la tête de son Professeur, mais poser une question après l'autre semblait plus sage.

« La Légilimancie est l'art de se glisser dans l'esprit d'un autre, à son insu ou pas, de lui arracher ce que l'on souhaite savoir. Nul mensonge n'existe face à un Legilimens compétent. »

La perspective était… déroutante. Avait-il déjà été victime d'un tel procédé auparavant ? Mis à part l'expérience de la lettre…

« Et il y en a beaucoup ? » demanda-t-il avec hésitation.

« Les Legilimens ne sont pas comme des Animagus, Potter. » se moqua Snape. « Non seulement l'Art n'est pas obligé d'être déclaré, mais en plus c'est une arme puissante qui s'avérerait caduque si elle était publique. »

« Mais on ne peut pas les reconnaître ? » insista Harry. Il devait y avoir un moyen…

« En général, quelqu'un soumis à la Légilimancie par un sorcier compétent ne s'en rend pas compte. C'est pourquoi j'ai été surpris que tu ais perçu mon… intrusion la dernière fois. »

Ce n'était définitivement pas un bon souvenir. Impression d'impuissance…

« Peut-on se protéger contre ça ? »

Snape lui jeta un regard intéressé. « Un Legilimens compétant ferait bien d'être également un Maître Occlumens. »

« Occlumens ? » répéta le garçon. Pourquoi ne pouvaient-ils pas choisir des mots simples au lieu de ce charabia ?

« On appelle Occlumentie la faculté de protéger son esprit, de le fermer et de le rendre impénétrable aux attaques extérieures. »

« Vous être un Occlumens. » déduisit Harry immédiatement.

Le mur qu'il avait vu dans l'esprit de Snape prenait tout son sens à présent. Du moins d'un point de vue métaphorique.

« Une nécessité bien pratique avec deux Maîtres qui pratiquent la Légilimancie comme une seconde nature. » rétorqua l'ancien Mangemort, presque dans un murmure.

Dumbledore bien sûr… D'où cette impression que le vieux sorcier pouvait lire vos pensées… c'était véridique. Et Voldemort pouvait visiblement fouiller dans les esprits à volonté. Fantastique.

« Faut-il être un Legilimens pour être un Occlumens ? » demanda-t-il.

« Non, pas nécessairement. » Snape ramassa son sac et se releva, indiquant d'un geste à Harry qu'il était censé l'imiter. « Ce sujet est clos. »

Le garçon aurait aimé insister, énoncer son envie d'apprendre à barricader son esprit comme Snape le faisait mais il choisit de se taire. Il aurait tout le temps d'en rediscuter et le cas échéant de trouver des arguments convaincants…

Il rompit le silence au bout de cinq minutes de marche à peine, tourmenté par l'impression de terreur et d'impuissance qui s'était dégagée du souvenir de Snape.

« Monsieur ? »

Pendant une seconde, il crut que le Professeur allait simplement l'ignorer mais l'homme se contenta de soupirer.

« L'insatiable besoin de poser des questions qu'a Miss Granger serait-il contagieux ? » répliqua l'ancien Mangemort.

Harry ne prêta pas attention à la raillerie, sachant que s'il n'avait pas voulu l'encourager à parler, il lui aurait simplement ordonné de se taire.

« L'homme… Qui était-ce ? »

Il était réticent à ramener à la surface ce qui était clairement un mauvais souvenir, mais… Snape était si mystérieux ! Mis à part le fait qu'il se soit trompé de chemin en suivant Voldemort et son histoire avec Lily, il ne savait rien de l'homme. Et curieusement, il aimerait en apprendre plus.

Seul le silence lui répondit et Harry se reprocha d'avoir franchi une ligne invisible mais nette. Il avait envahi la vie privée de Snape deux fois en moins d'une heure.

Quand la réponse vint, sous la forme d'un murmure si bas qu'il manqua le rater, le mystère sembla s'agrandir un peu plus.

« La raison pour laquelle je n'éprouve que mépris pour le genre humain. »


Au prochain chapitre nous partons pour Camelot, les enfants... Attachez votre ceinture et gardez bien les bras à l'intérieur jusqu'à l'arrêt complet du manège...

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