AU dans lequel Killian est le chanteur d'un groupe désormais devenu célèbre et Emma, eh bien… à vous de voir ahah.

Comme bien souvent, c'est plus un « je ne sais trop quoi » sorti tout droit de mes écritures nocturnes qu'autre chose.

Au passage, si tu reviens par ici, merci beaucoup Yugia pour ta review sur mon dernier OS :)


Aussitôt qu'il ferme la porte de chez lui, il laisse les traits de son visage se détendre, et son sourire disparaître, ce même sourire qu'il s'est forcé de garder sur les lèvres toute la soirée. Maintenant qu'il est seul, il n'a plus besoin de faire semblant.

Il peut alors s'affaler sur son canapé, une bouteille de rhum à la main et le regard perdu dans le vide, sans prêter la moindre attention à la télévision qu'il vient d'allumer. Il peut alors soupirer de désespoir tout en portait cette boisson qui lui brûle la gorge à sa bouche.

Il peut laisser son mal-être le consumer une nuit de plus. Une nuit de trop.

N'est-il pas censé exulter de joie, pourtant ? Il vient de réaliser son rêve d'enfant. Avec son groupe, ils ont joué dans l'une des plus grandes salles de concert des États-Unis, pleine à craquer de fans qui connaissaient ses chansons par cœur, qui plus est.

Le début de la gloire, présage d'une belle et longue carrière.

Il n'a donc vraiment pas de quoi se plaindre. Encore moins d'être malheureux. Mais il l'est, c'est indéniable. Car ce rêve a comme un goût amer. Ce rêve n'est plus le sien – c'était celui d'un gamin de huit ans qui voulait aussi être un pirate, et retrouver son père, et…

Et elle était devenue son nouveau rêve. Sauf qu'elle n'est plus, et qu'il ne peut rien y changer.

Un rictus – un véritable rictus, en rien semblable à ceux qu'il a dû prétendre face aux personnes autour de lui – nostalgique apparaît sur ses lèvres à la simple pensée de la femme qu'il croyait être celle d'une vie. Elle serait si fière de lui.

Toujours elle avait été la plus grande fan de son travail, et de sa voix. En retour, elle avait été (et est toujours, d'ailleurs) sa plus grande source d'inspiration. Sa muse. Et il continue à la faire exister à travers les paroles de toutes ses musiques.

(C'est bien loin d'être assez.)

S'il est devenu l'homme qu'il est aujourd'hui, tant du point de vue artistique qu'humain, c'est grâce à elle. Parce que ce n'était pas gagné, tout ce succès et cet amour du public, avant que leurs chemins ne se rencontrent. Vraiment pas gagné du tout, même.

Il n'oubliera jamais la première fois qu'il l'a aperçue.

Avec Robin et David, ses deux acolytes du groupe, il tentait tant bien que mal d'attirer l'attention des quelques personnes qui se trouvaient dans le bar où ils avaient pris l'habitude de jouer – le Mist Haven. Et, comme bien souvent, on ne les écoutait pas.

Ou du moins, que d'une oreille distraite, chacun bien trop absorbé dans ses conversations… ou son verre d'alcool.

La gérante des lieux, une certaine Ruby – qui était d'ailleurs devenue leur amie au fil du temps – les avait pourtant prévenus. Cet endroit n'était pas vraiment fait pour accueillir ce genre d'animations.

Pas encore, en tout cas. Car les habitants du quartier dans lequel il était placé avaient déjà du mal à se faire à l'idée que leur si cher Granny's, l'auberge-restaurant de sa grand-mère, n'existait plus – ils n'étaient donc pas prêts à y voir d'autres changements.

Ils continuaient quand même à jouer là-bas, parce qu'ils n'avaient de toute façon nulle part d'autre où aller. Et qu'ils avaient droit à des bières gratuites en échange de leurs tentatives de rendre les lieux plus vivants.

(Même si l'inspiration du moment de Killian pour l'écriture de ses chansons n'était rien d'autre que le désespoir de sa morne existence. Autant dire donc que vivant n'était pas le mot le plus approprié pour décrire son style.)

Elle entra un soir dans le bar alors qu'ils en étaient au milieu de leur interprétation, des cheveux blonds en cascade sur ses épaules recouvertes d'une veste en cuir rouge sous laquelle elle portait une petite robe noire et deux émeraudes pour yeux, curieusement dirigés en direction de la scène sur laquelle ils jouaient, et plus particulièrement vers lui.

Pendant toute la durée de sa performance – sa musique préférée parmi tout son registre, un hommage à son grand frère parti trop tôt – ils gardèrent leur regard ancré dans celui de l'autre, à se dévisager en silence. Ils ne se connaissaient pourtant pas.

(Pas encore.)

Mais ils avaient senti, dès lors que leurs prunelles s'étaient croisées, une connexion qui ne put que se renforcer quand il reconnut à travers ses iris toutes sortes d'émotions qu'il ne connaissait que trop bien se bousculer dans son esprit torturé.

C'était la première fois que quelqu'un se montrait réceptif à sa chanson, réellement réceptif, à comprendre le message caché derrière celle-ci. Ce vide que laissait la perte d'un être cher… du seul être cher qui reste à notre vie.

Et que c'était un sentiment étrange qui s'emparait de son cœur face à cette réalisation, de pouvoir lire en cette inconnue comme si elle était un livre ouvert – et il était persuadé que, de son côté, il en était de même.

(Il peut l'affirmer, maintenant, que c'était bien le cas.)

Quand ils eurent terminé leur concert et rejoint le comptoir pour récupérer leurs boissons, il apprit qu'elle était une proche amie de Ruby, qu'elle arrivait tout droit de Boston après avoir été mutée pour son travail, et qu'elle s'appelait Emma.

Mais aussi que, tout comme lui, elle aimait le rhum, que son rire était la plus belle mélodie qu'il n'avait jamais entendue jusqu'alors – bien qu'un peu trop rare à son goût –, que son simple sourire arrivait à illuminer la pièce et réchauffer son âme, que la lueur de ses yeux semblait cacher de douloureux secret et surtout que, dès lors qu'ils durent se quitter, il mourrait déjà d'envie de la revoir.

Avoir une connaissance en commun aida beaucoup à faire se répéter leurs rencontres, pour son plus grand plaisir, il devait bien l'avouer. Car plus il en savait sur la demoiselle et ces hauts murs qu'elle semblait avoir érigé, plus il en tombait éperdument amoureux.

Plus son existence lui paraissait belle, moins monotone. Cela se ressentait d'ailleurs dans ses nouvelles chansons.

(Il ne lui avouerait que bien plus tard, mais ce changement de style, plus joyeux à présent, était dû au fait qu'il ne trouvait rien de plus magnifique qu'une Emma se déhanchant avec bonheur, un véritable rictus au bord des lèvres, au rythme de sa musique.)

(Et elle n'était d'ailleurs pas la seule, puisque l'on commença à prêter attention aux trois garçons à partir de ce même moment.)

Le chemin jusqu'à son cœur fut long et semé d'embûches, mais Killian était un homme de challenges. C'est pourquoi il finit par le gagner, comme il le lui avait prédit un jour, et dès cet instant tout changea pour le meilleur pour lui.

Enfin le groupe fut repéré par une maison de disque qui les aida à sortir un premier album qui eut son petit succès, un album inspiré en grande partie par le bonheur qu'il vivait aux côtés de cette femme et leur amour qui ne cessait de s'accroître au fil des semaines, des mois, et même des années. Des bars ils passèrent aux salles de concert toujours un peu plus grandes et un peu plus remplies.

(Mais à chaque fois, que ce soit au milieu de dix ou mille personnes, son regard n'était porté que sur une seule et même silhouette, omettant les autres autour, omettant le reste de l'univers : Emma, rien qu'Emma, toujours et à jamais Emma.)

Malheureusement Killian n'était pas fait pour être un homme heureux. Du moins, il commençait fortement à y croire, à cette malédiction qui le touchait depuis sa plus tendre enfance et lui enlevait tous ceux qu'il osait aimer.

Car après sa mère, après son père, après Liam, après Milah… c'est elle qui lui fut enlevé. Une foutue maladie, un putain de cancer, et il se retrouva à nouveau seul avec sa solitude, seul avec son mal-être, seul avec sa bouteille d'alcool.

(Pas tout à fait seul, non.)

Elle est partie depuis un mois, mais il revit leurs derniers adieux comme si c'était hier. Il n'arrive pas à s'en remettre, a l'impression qu'il ne s'en remettra jamais. Il le faut bien, pourtant.

Malgré tout l'alcool qu'il a ingurgité – en plus de son rhum terminé depuis longtemps, des cadavres de bouteilles de bière se trouvent à ses pieds, devant le canapé – il décide de se lever, difficilement. Il sait qu'il devrait se calmer sur la boisson, mais c'est plus fort que lui.

En dépit de se noyer dans ses yeux, il se noie dans ses verres. Et il se noierait littéralement dans la mer s'il le pouvait…

Il marche à travers les différentes pièces de cette maison beaucoup trop silencieuse. Beaucoup trop grande. Et dont chaque recoin lui rappelle des souvenirs en compagnie de sa belle.

Leurs duos improvisés dans la salle de bain de bon matin, leurs après-midis passées dans le salon à profiter simplement d'un peu de calme bienvenu, leurs nuits d'amour dans leur chambre, qui a donné…

« Papa ? »

Une petite blondinette le sort de son introspection alors qu'il s'apprête à redescendre les escaliers. Il se retourne et se retrouve alors face à deux émeraudes grandes ouvertes qui le scrutent avec attention.

C'est le portrait craché de sa mère au même âge.

« Sarah ?! s'étonne-t-il, la voix rouée par son excès d'alcool – il essaie pour autant de ne pas laisser paraître son état devant l'enfant. Qu'est-ce que tu fais ici, pourquoi ne dors-tu pas ? Et où est Mary-Margaret ?

– J'ai fait un cauchemar et je voulais te voir, sinon je n'arrive pas à me rendormir, donne-t-elle pour seule explication. »

Son cœur se serre à l'entente de ces mots, et il s'en veut tout à coup de s'être soûlé dans sa propre maison sans avoir pensé que sa fille pourrait le voir. Quelle mauvaise image d'un père peut-il renvoyer en cet instant. Ce n'est pas totalement de sa faute.

Emma le rendait meilleur. Sans elle… il n'est plus qu'une âme en peine. Il doit se reprendre, pourtant. Lui faire honneur. Pour Sarah, et son futur qui se doit d'être le plus beau possible, il l'a promis à sa femme avant qu'elle ne s'éteigne.

Il s'approche de sa fille, et tente de lui sourire comme il le peut. C'est plus facile de feindre qu'il va bien devant elle que devant les autres. Car elle a le don de l'apaiser et de lui faire prendre conscience qu'il a encore un peu de bonheur dans sa vie.

Tout en s'accroupissant devant elle et lui caressant ses bouclettes dorées, il lui propose de descendre avec lui dans le canapé, pour qu'elle puisse lui raconter son mauvais rêve. Elle accepte ; tous deux prennent donc place sur le sofa, blottis l'un contre l'autre.

Quand elle termine son récit – une histoire liée directement au décès de sa mère, et la peur de perdre son père – il fait tout pour la rassurer. Il arrive même à la faire rire, de ce même rire qui autrefois sorti de la gorge de sa bien-aimée l'avait fait chavirer.

Ils finissent par s'endormir ainsi dans la pénombre de la nuit, sans même prendre la peine de rejoindre leur lit, le cœur un peu plus léger.

Demain sera un nouveau jour. Un jour de plus loin de sa femme, mais aussi un jour de plus en compagnie du fruit de leur amour. Il doit s'y raccrocher, et ne pas sombrer, plus jamais, ne pas se laisser retomber dans ses anciens démons. Pour elle, sa fille. Leur fille.

Car elle a besoin de lui. Car elle n'a surtout plus que lui.

(Tout comme lui n'a plus qu'elle.)