Nom : Le silencieux

Auteur : Rain

Disclaimer : Tchu tchuuuu, voilà passé le train de Shaman King, dont le magnifique propriétaire est Hiroyuki Takei… La gare que voici ne prend pas de taxes, seulement des reviews…

Thème : 60# Un silence

Personnages : John, Meene, Jeanne, Marco.

Soundtrack : My heaven – Ron Pope

Note : On va encore dire que je m'acharne sur John…


John n'était pas très observateur. Du moins, il ne l'avait pas été avant de rejoindre les X-Laws. Il avait une vingtaine d'années alors; il était jeune, farouche, tête brûlée et dynamique – mais pas observateur. Ça, c'était venu après. Et même maintenant, il restait trop impulsif pour vraiment voir, il se contenait d'observer.

Il observait Meene. Pas de façon très respectueuse sûrement, pas volontairement d'ailleurs – mais ses yeux trouvaient toujours moyen de glisser vers la jeune femme, comme une rivière revient toujours à l'océan. Et ce qu'il percevait en la regardant lui plaisait.

Il la découvrait bonne stratège, d'une efficacité mortelle, forte, profonde, intelligente, douce, généreuse, belle à tuer, fascinante à faire mal. Et mal il avait. Comme un monstre immense griffant et mordant ses entrailles, le jeune John souffrait de la voir tellement gracieuse, tellement charmante – tellement amoureuse.

D'un autre.

Si Marco avait été n'importe qui, John n'aurait pas hésité à l'obliger à descendre sur le quai, pour régler ça entre hommes, pour l'envoyer dans l'eau comme un boulet de canon. Mais Marco étant Marco, ce n'était pas possible. Il était leur chef, le premier lieutenant de Jeanne-sama, le premier des Anges.

John était resté silencieux.


Une fois, juste une fois, le jeune homme avait rompu son silence et posé la question à Meene.

La question un peu bête, vide de sens (ou peut-être bien trop pleine, au contraire), hargneuse, lancée dans la chaleur du moment – ils venaient de s'entraîner au close-combat – la question qu'il n'aurait sûrement pas dû poser.

Mais il l'avait posée. Sa voix haletante et coupante comme un rasoir avait filé vers sa compagne sans la moindre compassion, sans retour en arrière possible, stop, la prise n'est pas bonne, on y retourne.

« Pourquoi lui ? »

Le rire de la jeune femme avait cessé immédiatement, et ses beaux yeux olive s'étaient fixés sur les siens sans qu'il n'arrive à lire ce qui était inscrit à l'intérieur. Il n'avait qu'une envie, appuyer sur pause, retourner dans le temps, effacer la phrase d'un grand trait de gomme pour qu'elle ne le regarde pas comme ça. Pitié, tout mais pas comme ça.

Et le silence. Un soudain silence qu'elle imposait par sa surprise, et qui enveloppait les deux X-Laws comme un grand voile de plomb, le silence qui condamnait la question et celui qui l'avait posée.

John observait Meene. Dans ses grands yeux doux, John distinguait des vagues. Des vagues de choc – qu'il ait compris – de mélancolie – parce qu'elle ne savait comment répondre – d'impuissance et –pour John, ce qui faisait le plus mal – d'amour.


Il ne se souvient plus bien de sa réponse, ou si elle avait même répondu. Cela n'a plus d'importance maintenant. La seule chose qui fait qu'il y resonge, c'est qu'il assiste au même silence maintenant. La même incapacité de s'exprimer, de s'expliquer – même s'il ne s'agit ni de la même personne, ni du même lieu.

Lui, Larcky et Pof sont tout sauf silencieux. Les trois hommes attaquent verbalement celui qui, il y a encore quelques heures, était leur chef incontesté. Il se défend comme il peut, lui, mais il est visible qu'il est à bout, et certainement pas de taille face aux piques pleines de rancœur et d'incompréhension de ses subordonnés, mais il n'est pas muet.

Non, il n'y a qu'une personne silencieuse dans cette cabine du navire. Une personne assise dans un coin, sur un fauteuil blanc, les yeux baissés pour ne surtout pas croiser les leurs. Ses mains sont posées sur ses genoux, les doigts crispés sur le tissu. Elle tremble.

Le silence de Jeanne ne lui rappelle pas celui de Meene : c'est celui de Meene, le même exactement. C'est un silence blessé, comme un oiseau frappé en plein vol par une lourde pierre. C'est un silence de deuil, deuil des illusions, deuil de sa confiance. C'est un silence assourdissant, pour lui du moins.

C'est en partie à cause de ce silence que sa voix est si pleine de force et de rigueur alors qu'il accule Marco.


Quand Marco et les autres sont partis, il s'arrange pour la confronter. Les autres viennent de quitter la pièce, elle se lève pour les suivre, les yeux collés au sol, mais il est déjà debout et se tient devant la porte. Elle ne peut pas sortir.

C'est bien l'un des rares moments où il la trouve petite, dans sa robe de poupée proprette comme tout. Mais qu'est-ce qu'elle fait là ?

Sa voix est bourrue et c'est sans douceur qu'il la questionne, qu'il l'assaille d'injonctions, de demandes et d'ordres même. Il veut qu'elle s'éloigne, qu'elle quitte le tournoi, qu'elle se retire de cette guerre qui n'est pas la sienne. Il veut qu'elle survive, à n'importe quel prix, qu'elle redevienne la gamine qu'elle doit être. Il n'a pas pu sauver Meene, il veut sauver Jeanne. Il doit bien ça à la jeune femme qui est morte pour un mensonge.

Mais Jeanne lève ses yeux doux vers lui, sans rien dire, et surtout pas qu'elle compte partir. Leurs regards se croisent. John entend le bruit des vagues.

Quand il reprend ses esprits, Jeanne n'est plus dans la pièce.


John ne comprend pas. Il a vu, il a écouté, mais il ne comprend pas. Elles sont restées des X-Laws. Elles sont restées, elles se sont battues, elles sont – vont – mourir. Tout ça pour lui.

Pour Marco. Mais qu'est-ce qu'il a de spécial, Marco ? Il est borné, extrême, stupide, simplet, poussant ce qu'il croit être la justice jusqu'à la violence. A cause de lui Meene est morte; à cause de lui Jeanne est… Devenue ce qu'elle est. Comprend-il la portée de ses actes ? Comprend-il bien, dans sa tête de caillou Italien, qu'il a tout cassé dans les vies des deux femmes ?

Et toujours ce silence qu'elles lui opposent, ce silence qui tourne autour de lui comme pour le torturer, cette profession de foi envers l'idiot qui va les faire tuer. John déteste ce silence, il abhorre cette acceptation stupide.

Mais bon sang qu'a-t-il de plus ?


John : *pop*

Rain : Ah nan, barre-toi, j'attends quelqu'un!

Lydecker : Moi?

Rain : Exactement. Veux écrire sur Dark Angel. Veux écrire sur toi, ô vénéré méchant absolutely génial.

Lydecker : … Pas intéressé, merci.

Rain: … Boooooouh…

John : … Et moi je fais quoi ?