- Depuis combien de temps marchons nous d'après toi ?
- Je n'en sais rien Emma. D'autant que dans ce genre de lieu le temps est tout relatif.
Emma grommela tout bas. Cette marche forcée dans la pénombre durait depuis une éternité lui semblait-il. Rien dans leur environnement ne laissait présager du temps écoulé depuis leur réveil. Et la seule chose qui venait rompre la monotonie étaient ces maudites intersections. Elles avaient beaucoup parlé pourtant au départ, elles avaient spéculé sur ce qui les attendaient précisément, mais aussi sur les évènements extérieurs. Comment Arya avait-elle géré leur absence ? Le combat avait-il reprit ? Oui probablement, les deux armées étaient allées trop loin pour renoncer. La jeune reine secoua la tête, refusant de s'attarder plus longtemps sur ce qu'elle ne pouvait changer. Elle devait se concentrer sur leur sort actuel… Qui n'était pas si fameux que cela.
Régina s'était trompée, ou alors elle avait été induite en erreur, car elles n'avaient pas eu affaire qu'à de simples choix. Parfois oui, bien que certains n'aient rien eu de simple, d'autres fois il lui avait fallu combattre des monstres plus ou moins terrifiants. Emma avait ainsi dû occire tour à tour un Tourmenteur, un minotaure, et même une Manticore telle que représentée sur le vitrail de sa chambre. La jeune femme était sortie de ces affrontements meurtrie et elle arborait désormais un certain nombre de pansements de fortune.
Mais cela n'était que physique, c'était presque appréciable en comparaison à certaines situations que le sortilège lui avait fait vivre. Elle se souvint du premier d'entre eux, un test autant qu'une leçon. Le tunnel qu'elles avaient emprunté à la sortie de la première grotte avait débouché sur une petite pièce. Au centre de celle-ci, attendait une Snow hiératique, le menton haut, l'air sévère. La Reine Blanche dans toute sa perfection écoeurante. Cette dernière l'avait accueillie plutôt vertement.
- Ma fille, tu n'es décidément qu'une éternelle déception, une aiguille dans mon flanc. Il semblerait que la Lumière t'offre une dernière chance de rédemption.
- Sans blague, ne pu s'empêcher de ricaner Emma.
Elle avait beau être débarrassée de la Source des Ténèbres, la jeune souveraine n'en demeurait pas moins une femme au fort caractère avec une tendance à l'insubordination, voir à la provocation dans ses bons jours. Sans compter que ce n'était même pas sa mère juste une projection de son esprit, alors autant en profiter non ?
- Écoute moi mon enfant, continua "la Reine" imperturbable, ignores la porte de droite. Seule la porte de gauche, celle du cœur, te mènera vers la Lumière.
Emma ne remarqua qu'alors les deux portes de chaque côté de sa génitrice. Comment avait-elle pu les manquer avant ? Elles étaient immenses pourtant, bien plus que nécessaire en tous cas, et richement ornées. Hormis leur couleur (blanche et noire évidemment) rien ne les différenciait. Toujours impétueuse, la solution avait paru évidente à la blonde qui s'était naturellement portée vers l'issue de droite. Elle avait déjà la main sur la poignée, prête à continuer quand Régina l'avait retenu.
- Décidément Emma tu es trop facilement manipulable, et bien trop prompte à agir sans réfléchir.
- Qu'y a-t-il à réfléchir ? rétorqua la plus jeune. Elle dit gauche, je prends à droite, logique.
- Et c'est comme ça que tu prends tes décisions ? Tu imagines ce que ferait ta mère et tu fais le contraire ?
- C'est plutôt une bonne méthode jusqu'à présent.
Emma était ravie de sa répartie, jusqu'à ce que l'air dépité de sa compagne insinue le doute en elle. Où était le problème ? La méchante Reine, même si elle s'était drôlement assagie, ne pouvait pas aller contre cet argument imparable.
- Peut-être que Morgane et les siens ont raison après tout, avait dit Régina pensive. Peut-être la Trinité est-elle la voie véritable, la Dualité n'étant qu'une illusion. Et cette opposition constante une aberration... Je ne sais plus…
- Mais de quoi tu parles ?!
- On se laisse entraîner dans des affrontements stériles et on en oublie même les raisons. On en oublie pourquoi on se bat...
- Régina tu m'inquiètes là. Je ne comprends rien à ce que tu dis. On se bat pour mettre une raclée à ma mère et c'est déjà bien.
- C'est justement de cela que je parle. Tu as oublié.
- Mais oublié quoi bon sang ? s'était énervée la blonde.
- Oublié que tu ne te bats pas pour t'opposer à ta mère mais pour pouvoir suivre ton propre chemin, pour pouvoir être toi. Et en quoi t'approches-tu du résultat en prenant systématiquement le contre-pied de ce qu'elle dit ? En rien. Toi et moi avons fait la même bêtise tu sais. Différemment mais cela revient au même, moi je suis la voie que me montrait Cora et je m'évertue à lui prouver qu'elle avait tort et toi, toi tu te rebelles. Je suis certaine que si elle prétendait que le ciel est blanc tu dirais qu'il est noir.
- Mais il est bleu...
Emma était quelque peu perdue, et pour le moins perturbée par les divagations de sa brune. Le pire, c'était que ses divagations commençaient à faire sens pour la jeune femme.
- Parfaitement il est bleu, renchérit Régina. Et il y a une troisième porte.
- Pardon ?
- Derrière ta mère, il y a une troisième porte. Cela ne te dirais pas de tracer ta route en fonction de tes convictions et non des siennes pour une fois ?
Et effectivement, il y avait une dernière porte qu'Emma n'avait pas remarqué. Et pour cause, à moitié dissimulée par l'obscurité, dans l'ombre de Snow, se trouvait une porte discrète, sans aucune ornementation. Une porte qui certes avait moins de prestance que les deux autres, mais qui exerçait une légère attraction sur Emma.
Et elle compris.
- Oh, souffla-t-elle, on était à deux doigts de la boulette.
Plusieurs embranchements plus loin, quatre ou cinq, Emma ne savait plus, la jeune reine avait été confrontée à une partie bien sombre de sa personnalité. Un démon intérieur dont elle ignorait l'existence jusqu'à son arrivée dans le royaume noir : elle avait un fond de cruauté en elle. Cette capacité morbide à infliger de la douleur à l'autre, voir à s'en délecter.
Quand elles entrèrent dans cette énième salle, donc, Emma se figea, son sang se changeant en glace dans ses veines. Les deux femmes avaient pénétré dans la représentation parfaite que l'on pouvait se faire d'une salle de torture. Une grande roue occupait tout un mur, pendant qu'un chevalet lui faisait face. Sur plusieurs tables, disposées à des points stratégiques, étaient exposées des dizaines d'instruments à l'allure inquiétante. Pinces, scalpels, couteaux de différentes tailles et formes, et même des scies et des masses... offerts à la main d'Emma. Et au milieu de la pièce, les quatre membres attachés au pied d'une grande table, se trouvait un homme bâillonné.
Pas n'importe quel homme. Oh non, ce n'était pas un inconnu pour Emma. Il s'agissait de la brute épaisse qui avait fait de son enfance et de son adolescence un enfer. Un rat qui n'avait eu de cesse de monter les autres enfants de la cour contre elle pour mieux asseoir sa propre autorité. Un lâche qui se cachait derrière les autres pour accomplir ses méfaits. Car ce petit tortionnaire ne se contentait pas de harceler la princesse, il s'attaquait également aux serviteurs, directement ou non. À l'adolescence, sans le moindre scrupule, il avait agressé bien trop de servantes avant d'être envoyé chez un cousin à la campagne.
Et maintenant, ce porc était là, à sa merci. Et Hadès savait qu'elle en était dépourvue à cet instant précis. Elle connaissait très bien certaines de ses victimes et en avait consolé un trop grand nombre. La haine qu'elle éprouvait pour lui demander un exutoire. Sans hésiter, Emma s'empara d'un scalpel et s'approcha du futur cadavre. Mais avant qu'elle ne puisse infliger la première entaille, Régina lui retint fermement le poignet.
- Je peux savoir ce que tu fais ? siffla l'ancienne reine.
- Il le mérite Régina. Tu n'as pas idée de tout ce qu'il a pu commettre.
- Et tu compte faire quoi ?
- L'écorcher vif, peut-être lui arracher les ongles un à un avant de lui broyer les doigts. Pour ses testicules j'avoue je ne suis pas très sûre… la masse ou les tenailles ? Tu en penses quoi ?
La jeune blonde s'adressait autant à sa compagne qu'à son sujet d'étude anatomique. Elle se délectait de la terreur qu'elle pouvait lire dans les yeux de ce dernier, sans parler des couinements délectables qui échappaient au bâillon.
- Tu penses vraiment que c'est une bonne idée dans ces circonstances ? renchérit la brune imperturbable. Et même s'il était vraiment cet homme, même si tu n'étais pas en train de subir une épreuve de moralité, ce genre d'actes t'avilli Emma. J'en sais quelque chose, combien en ai-je torturé des comme lui ? Aucune idée mais je peux te dire que cela devient de plus en plus facile. Tu t'habitues au mal, comme tu le ferais d'une mauvaise odeur. Cela te transforme au plus profond de ton être et fait de toi quelqu'un de pire que ceux que tu détestais à la base.
- Et tu voudrais...quoi ?...que je parte sans même un regard ? Le laissant Indemne. Il faut punir durement ce genre de personnage pour dissuader d'autres de suivre le même chemin !
- Non Emma, il faut punir systématiquement pour dissuader. Mais ta méthode, elle, doit être irréprochable si tu veux conserver ta légitimité et le respect…
Emma ne savait plus sur qui elle voulait frapper, l'homme dont elle refusait de prononcer le nom, sa compagne ou elle-même. Un peu des trois. Lui pour exister, Régina pour avoir raison, et elle surtout pour être autant déchirée. Pour être aussi faible devant la magnifique brune. Et puis soudain l'illumination…
- Une autre voie n'est-ce pas, sourit aigrement la blonde.
- Pardon ?
- Tu me parles sans arrêt d'une autre voie, une à moi. Je crois que tu as raison.
D'un mouvement fluide, et si rapide que l'aînée ne pu l'empêcher, Emma échangea le scapel contre une longue dague avant de la plonger dans le cœur de l'homme.
- Pas de torture, c'est noté. Mais je ne tolérerai pas que des hommes tel que lui respire le même air que moi. Ils doivent être châtiés durement. Et de manière définitive.
- Regina je suis épuisée, je ne sais pas combien de temps on va pouvoir continuer.
- On en a plus pour longtemps mon amour, je pense que l'on a encore une porte à franchir avant l'affrontement final.
- Contre la source.
- Vraisemblablement.
- Tu en es sûre ?
- Ne me demande pas comment mais oui, j'en suis certaine.
Emma soupira de lassitude, trop de questionnements, trop de combats. Elle n'en pouvait plus. Et même si l'idée d'en finir au plus vite l'enchantait, la jeune femme s'interrogeait sur sa capacité à vaincre les ténèbres au vu de son état actuel.
Aussi, quand elle déboucha dans une grotte plus sombre que les autres, elle eut du mal à comprendre ce qu'elle vit.
- Attention Régina c'est un piège, murmura-t-elle.
La sorcière étudia à son tour la pièce avant que ses traits ne se durcirent. Sa bouche se crispa dans un rictus mécontent.
- Emma je peux savoir où tu vois un piège là-dedans ? Je te préviens si tu as du mal à choisir on va avoir un problème.
La jeune femme regarda sa compagne incrédule. Ne voyait-elle donc pas le problème ?
- Évidemment que j'ai du mal à choisir.
- Emma, grogna la brune en furie.
- Non mais Régina regarde.
- Je ne fais que ça Emma, rétorqua l'aînée qui avait du mal à contenir sa rage.
Oh ça oui elle voyait, que trop bien malgré la pénombre. Devant une des deux portes se tenait une Esmeralda lascive mais surtout à peine vêtue. Cette catin prenait des poses aguicheuses mettant ses avantages, non négligeables malheureusement, en avant. Devant l'autre porte un simple portrait de Régina.
- Mon amour, grinça-t-elle, tu as intérêt à expliquer ton raisonnement tordu et vite.
- Mais voyons c'est évident : jusqu'à présent j'avais un choix à faire.
- Et ce n'est pas le cas là peut-être ?
- Bien sûr que non. Ce n'est pas vraiment un choix ça.
- Parce que ce n'est qu'un tableau...
Emma fixa son amante comprenant enfin son ton acerbe. Puis elle explosa de rire, jappant littéralement au nez d'une Régina ulcérée.
- Je ne vois pas ce que tu trouves drôle.
- Mais toi voyons. On pourrait croire que tu penses que j'allais choisir Esmeralda sous prétexte qu'un tableau te représente.
- Je ne veux même pas savoir comment t'es venue cette idée stupide. Non j'hésite car entre toi et n'importe qui d'autre il n'y aucun dilemme, aucun cas de conscience, aucune hésitation possible. Et ce serait bien la première fois depuis que nous errons comme des âmes en peine. Mais si tu me certifie qu'il n'y a pas de piège, haut les cœurs et allons affronter la vilaine bébête.
Et sans plus tergiverser, sans laisser le temps à la brune de répondre, Emma emprunta la porte protégée par le sourire figé sur la peinture à l'huile de sa bien-aimée.
Avec Régina dans son dos, elles débouchèrent dans une grotte bien plus vaste que toutes les autres pièces traversées. Sur les parois rocheuses, à intervalles réguliers, des torches brûlaient d'une flamme vive. Et au centre, une silhouette tout de noir vêtu.
Malgré la distance, Emma croisa le regard de son adversaire. La noirceur qu'elle y lu failli lui faire faire marche arrière, et tant pis pour les conséquences. Sa terreur grandit quand un éclat de lumière farceur lui dévoila le visage de l'ennemie. Elle connaissait bien ses traits volontaires, sa bouche charnue et un brin boudeuse, cette mâchoire carrée caractéristique des Charming. Elle aurait dû reconnaître le bleu de ses yeux. Le même que les siens. Et pour cause, puisqu'elle faisait face à elle-même. Son double cependant semblait plus dure, plus cruelle, plus mauvaise.
- Bon et bien, quand il faut y aller faut y aller, je présume. Et attendre ne rendra pas les choses plus simples.
Elle se retourna une dernière fois vers Régina, lui vola un baiser passionné. Pas le dernier se promit-elle, pas le dernier. Puis, Emma dégaina sa fidèle rapière et son cri de guerre lança le duel. Attaques, bottes, parades et contre-attaques, feintes et voltes. Les passes s'enchaînaient violemment. Bientôt Emma dû admettre qu'il ne s'agissait pas que d'une apparence qui était la sienne. L'art de combattre aussi. Son double connaissait toutes ses techniques, sa manière de se battre, ses points faibles comme ses points forts. Emma paraissait n'avoir aucun secret pour elle. Et de fait, la jeune femme n'arrivait pas à placer la moindre touche. Elle ne s'en approcha même pas. Toutes ses attaques étaient anticipées, pire son double sachant à quoi s'attendre réussissait parfaitement à atteindre Emma en contre-attaquant à bon escient . Et plus la jeune noble se débattait, plus elle mettait d'acharnement et de fureur dans ses coups, plus son adversaire gagnait en puissance. Et tout cela sans laisser percevoir la moindre fatigue. Pas même une goutte de sueur. La source s'amusait avec elle, comme elle-même avait pu s'amuser avec le fils Johnson, sans le moindre effort. Ni la moindre compassion.
- Je suis désolée Régina, elle est trop forte pour moi…
Le sang perdu, commençait à l'affecter rendant ses mouvements plus lents, moins ferme. Et bien sûr, son double en profita pour lui infliger deux nouvelles blessures. Aucune n'était mortelle évidemment, mais ajoutée aux autres… Emma voyait la fin arrivé. Elle ne pu s'empêcher de s'inquiéter pour Régina, pour ses amis restés derrière, pour son peuple...pour le monde. Qui pourrait arrêter les ténèbres, libres de toutes entraves? Car c'était cela qu'offrait le marché de Morgane : soit Emma et Régina gagnaient, soit c'était la source. Maudit équilibre !
Alors malgré la fatigue Emma luttait. Et Régina assistait impuissante à sa défaite. Des larmes coulaient le long de sa joue devant l'image pitoyable d'une Emma diminuée par ses blessures. L'ancienne Evil Queen grimaça à la vue du sang qui maculait sa Reine. Elle gémit quand elle comprit elle aussi qu'Emma ne vaincrait pas. C'était impossible. Cela avait été impossible dès le début. Regina compris leur méprise dans une fulgurance. Le piège n'était pas dans la pièce précédente, il était ici, dans cet affrontement impossible. Car s'il n'y avait aucun moyen de battre la source, c'est que la solution ne se trouvait pas là...
Et toutes les pièces du puzzle se mirent en place, chaque épreuve prit un nouveau sens pour la sorcière.
- Emma ! s'écria-t-elle. Romps le combat et viens ici.
- Quoi, haleta la blonde, tu as perdu la tête, si je fais ça elle me découpe en morceaux.
- Fais moi confiance mon amour, tu ne peux pas la vaincre. Pas comme ça.
Emma hésita le temps de parer difficilement deux fouettés, puis trop épuisée pour s'opposer à sa bien-aimée, elle lâcha son épée et se précipita dans les bras de Régina, espérant arriver avant que son double maléfique ne l'achève. Elle dû la devancer car elle atteignit sa brune. Elle eut même le temps de lui murmurer un "je t'aime" le premier, peut-être le dernier. Et comme le coup fatal ne venait toujours pas, elle embrassa fougueusement sa compagne lui prouvant par son ardeur la véracité de sa déclaration. Elle eut le temps de se rendre compte que Régina répondait à ses avances, mêlant sa langue à la sienne en une ultime union.
Puis le néant l'emporta.
