Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.
Chapitre 35
« Je n'ai pas le droit. »
Pour une fois, Emilie bénissait le fait d'avoir un père plutôt strict et méfiant sur le chapitre des sorties. Snape ne l'avait pas laissée retourner au Pré-au-Lard après l'accident survenu à Katie Bell et elle comptait bien utiliser cette sévérité pour rester le plus à l'écart possible des répugnantes festivités de la saint Valentin.
Bien que la fête tombât en réalité un lundi, tous les adolescents du château avaient décidé de fixer arbitrairement la date au dimanche précédent, jour de sortie. Cette année, plus encore que la fois précédente, Emilie aurait préféré être pendue plutôt que de paraître s'associer de près ou de loin à l'évènement.
« Fais un effort : tu sais, je crois que Jonathan Haffner t'aime bien, remarqua Ann.
-Pourquoi est-ce que je ferais un effort ? Jonathan est sympa, mais je ne l'aime pas, point ! » Emilie avait crié avant de réfléchir, excédée par la propension d'Ann à se mêler du néant qu'était sa vie sentimentale, et son ton cinglant avait blessé la petite blonde qui resta un instant sans pouvoir rien dire avant de finir par quitter la pièce en déclarant :
« C'est bien la dernière fois que j'essaye de t'aider. Tu peux bien continuer à te morfondre comme une imbécile, si ça te chante, mais ne t'attends pas à ce que je compatisse.
-Ann ! »
Belinda et Lucrezia restèrent fixer Emilie d'un air désapprobateur. Ne supportant plus leurs reproches muets, elle préféra s'enfermer dans la salle de bain et attendre leur départ.
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Dix points en moins pour être arrivée en retard en cours de Potions : si jamais son père apprenait ça, et à la vitesse où allaient les ragots à Poudlard Emilie n'avait aucun doute qu'il le saurait tôt ou tard, il lui passerait un savon mémorable.
Slughorn avait été égal à lui-même, tout en fausse bonhommie et petites remarques qu'elle trouvait toujours désobligeantes, mais elle avait à peine écouté, laissant pour la première fois Peter et Jonathan se débrouiller pour mener à bien leur potion d'allongement des cheveux, tant elle s'en voulait d'avoir envoyé promener sans raison son amie quelques minutes auparavant. La vérité était qu'elle n'arrivait pas à tourner la page et qu'à chaque fois qu'elle croisait Alessandro, elle perdait une bonne partie de son contrôle sur elle-même. Le jeune homme avait un peu renoué avec elle, mais il paraissait gêné. Affolée, Emilie espérait pourtant qu'elle ne s'était pas ridiculisée et recourrait la plupart du temps à l'Occlumencie, d'autant plus que le Slytherin paraissait désormais incapable de faire un pas sans Oriana à ses côtés. Le plus simple aurait été de rompre définitivement avec lui, mais elle ne pouvait imaginer renoncer à son amitié en raison du simple fait qu'elle était assez stupide pour être aussi amoureuse de lui.
Le repas avait été glacial et elle était si malheureuse qu'elle avait couru après Ann pour lui demander de lui pardonner, au bord des larmes. Ses excuses avaient été acceptées, mais cela n'avait pas empêché Ann qui n'était pas du genre rancunier de lui répéter qu'elle était une idiote ce qui, pour une Serdaigle, était bien la chose la plus inexcusable, même s'il s'agissait, selon ses termes, d'une « soi-disant peine de cœur ».
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Le samedi, le château semblait avoir été entièrement repeint en rose et ses habitants pris de délire vaporeux.
Le Baron sanglant boudait dans un coin des cachots et les cris de Peeves alertant de la présence d'élèves engagés dans des activités illicites menaçaient de frapper Rusard d'une crise d'apoplexie. Les laissés pour compte trainaient une mine à attendrir un troll. Le cours de Potions avancées du samedi soir avait constitué une agréable diversion, malgré l'humeur de Snape, aux antipodes de la béatitude ambiante et, pour une fois, en accord avec celle de sa fille.
A 19 heures passées, le Maître des Potions avait libéré Emilie pour qu'elle aille manger et l'avait suivie en endossant sa robe de professeur. Tous deux n'avaient cependant pas fait plus de vingt pas avant d'aviser la présence, au-dessus de la porte de la salle de cours de Potions, d'une couronne de fleurs aux pétales chargées d'une fausse rosée. Après avoir incendié des malheureuses fleurs et murmuré plusieurs jurons et quelques phrases dont Emilie n'avait saisi que les mots « sabotage », « sénile » et « libidineux », Snape avait attrapé le bras de sa fille et promptement fait demi-tour. Ils avaient finalement pris leur repas dans les quartiers de Snape et poursuivi leurs travaux en tête à tête, oublieux du reste de l'humanité, jusqu'à une heure avancée de la nuit.
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7 heures 5. Nott, sortant des rayonnages du département des Potions, vérifia encore une fois l'heure, n'en croyant pas ses yeux, tandis que la jeune fille en face de lui posait bruyamment sac, livres et manteau sur la table.
« Nott.
-Mademoiselle Snape. »
Emilie fit une pause dans ses efforts d'organisation et plissa les yeux en dévisageant le Slytherin.
Juste ce dont il avait besoin : une Snape de mauvaise humeur… La partie rationnelle de son esprit lui soufflait de se taire, mais il ne pouvait résister à la perspective de la taquiner un peu, et il était curieux de savoir ce qu'elle faisait de si bonne heure tous les dimanche matin. Il savait, pour l'avoir croisée et un peu observée, qu'elle était généralement dans les couloirs, comme plusieurs autres Serdaigles, trop tôt pour que cela soit totalement innocent. 7 heures 5 à la bibliothèque était cependant une grande première.
« Original : j'ignorais qu'aujourd'hui fut un jour de deuil », railla Nott.
Voyant le regard vide de son interlocutrice il avança le menton en direction de son pull. Emilie Snape privilégiait habituellement les couleurs vives ou le bleu, mais elle avait pour une fois choisi un pull de laine noir qui ne flattait pas particulièrement son teint pâle ni ses cernes. Comprenant enfin, elle finit par rire :
« Il faudrait me payer très cher pour que j'accepte de porter du rose.
-Comme je te comprends ! » soupira Nott en claquant la langue contre son palais et en levant les yeux au plafond pour faire bonne mesure. Un instant après, il se prit à rougir et grimaça en réalisant que ses paroles pouvaient laisser entendre qu'il était lui-même sans petite amie officielle ou même potentielle, ce qui était d'ailleurs la vérité.
Emilie avait fini de sortir ses affaires mais ne faisait pas mine de travailler, restant simplement à regarder le garçon resté debout et qui commençait à se sentir mal à l'aise.
« Nott, puis-je te poser une question ?
-Laquelle ? »
Emilie pinça les lèvres, se tortilla un peu sur son siège et finit par demander en baissant la voix :
« Pourquoi mademoiselle Snape ? »
Comment ? Elle ne savait pas ?
« C'est une marque de respect d'un Sang-pur à l'égard d'une égale.
-Je ne comprends pas : je ne suis pas une Sang-pur et personne ne m'adressait la parole de cette façon l'année dernière.
-Parce que la situation était différente, expliqua Nott en s'asseyant en face d'elle et en levant la main pour l'empêcher de l'interrompre : non, écoute-moi, les codes d'étiquette des Sang-purs sont un peu compliqués pour les gens comme toi. Disons que, pour certains Sang-mêlés, la marque de respect est apposée après une présentation officielle.
-Je n'ai…
-Si, contra Nott : à la réception de Slughorn. Tu as été présentée par le descendant d'une famille de Sang-purs comme son héritière, à un autre membre d'une famille de Sang-purs. Les Slughorn remontent au moins au XIVe siècle. Ce dernier t'a acceptée publiquement avec le respect qui t'était dû et quiconque ayant été élevé dans ce genre de milieu sait qu'il doit désormais suivre cet exemple. Je crois savoir que Zabini a parlé avec toi un bon moment non ? quand Emilie eut hoché la tête, en se demandant in petto si une seule activité échappait aux ragots de Poudlard, Nott étendit les mains devant lui : si un Zabini cautionne la décision d'un Slughorn, il n'y a qu'à s'incliner. »
L'expression d'Emilie Snape était clairement courroucée et Theodore Nott se demanda si les choses n'allaient pas virer au vinaigre chez son chef de maison un peu plus tard. Snape n'avait pas dû prévenir sa fille de l'enjeu de la soirée et elle n'avait pas l'air d'apprécier la manœuvre. Même un Slytherin comme Nott trouvait la chose un peu forte…
« Comment pouvez-vous me considérer comme une égale, le ton de la jeune fille était aigre remarqua-t-il, alors que je ne suis qu'une Sang-mêlée ? »
Nott prit une profonde inspiration et se prépara à mettre les points sur les i, calmement :
« Snape est considéré lui-même, en dépit du fait que son père était un Moldu, comme le descendant légitime d'une vieille famille de sorciers. Oh ! Les Prince n'étaient pas une lignée très éclatante, mais c'était une très vieille famille. Le vieux Belisarius Prince a déshérité et renié sa fille, un joli scandale d'ailleurs, mais ton père a été accepté par la société comme un descendant légitime. Il t'a lui-même présentée et tu as été acceptée. »
Le nom de Prince avait fait l'effet d'un coup de canon : ce n'était pas un titre, mais un nom ! Et cela se référait bien à son père. Cela en disait long sur son ambition…
« Mais si la mère de mon père a été reniée… réfléchit Emilie à haute voix, tentant de comprendre.
-Je crois que c'est Regulus Black qui a intercédé pour ton père, coupa Nott en croisant les bras : toutes les vieilles familles sont cousines, à des degrés plus ou moins éloignés. Belisarius Prince s'en est peut-être étranglé de rage, mais même le fils d'une Sang-pur mésalliée et reniée par son père peut avoir sa place dans la société. Snape n'est pas non plus le premier venu : peu de gens oseraient à présent contrer ses volontés, surtout pour une telle chose. Les Lestranges et les Malfoy, peut-être… encore que tout est négociable.
-Comment sais-tu tout ça ?
-Il est de bon ton dans certaines familles de faire apprendre par cœur aux enfants des généalogies entières, afin qu'ils ne se compromettent pas avec les mauvaises personnes, et qu'ils sachent exactement le statut de chacun des membres de la société dans laquelle ils devront vivre, répondit le Slytherin d'un air las en ôtant ses lunettes pour se frotter les yeux : bon, il faut reconnaître que parfois, cela peut servir…
-Ainsi, donner du mademoiselle Snape à une Sang-mêlée, qui plus est récemment légitimée, ne te dérange pas plus que ça ? reprit Emilie, dubitative, poursuivant son idée.
-Que veux-tu dire ? Ce sont les usages, répondit Nott en haussant les épaules.
-Je n'aurais pas imaginé que le fils… »
Emilie rougit violemment et se tut immédiatement en réalisant l'impair qu'elle venait de commettre et murmura une excuse embarrassée en fixant ses mains des yeux.
« Le fils d'un Mangemort, mademoiselle Snape ? »
Nott avait baissé la voix au préalable et avait rapproché sa chaise, certain que personne ne viendrait dans cette partie de la bibliothèque à cette heure.
« Je crois que nous devrions adopter pour principe de ne jamais parler d'affaires familiales. »
Emilie hocha la tête mais n'osa pas lever les yeux vers le Slytherin. Nott soupira et reprit la parole en se penchant vers son oreille :
« Tu n'es pas idiote, sauf quand tu parles sans réfléchir, alors ne te comporte pas comme un bébé. Nos pères sont ce qu'ils sont et nous n'en parlerons pas, d'accord ? J'imagine que nous avons eu des éducations très différentes, mais nous pouvons au moins parler de magie sans en venir aux coups… Pour répondre à ta question de tout à l'heure, enchaîna-t-il en se rejetant en arrière : je me moque de savoir si tu es une Sang-mêlée ou pas dans cette affaire. Ni à quel degré. La courtoisie veut que je te traite avec un certain respect et je m'y tiendrai. Ceci dit, si cela peut conforter les nombreux préjugés que tu peux avoir sur les Sang-purs, je dois te prévenir que certains pourront te donner toutes les marques de respect auxquelles tu as droit tout en considérant que si cela n'en tenait qu'à eux, tu serais juste bonne à nettoyer le sol qu'ils foulent. Méfie-toi, il n'y a rien de plus drôle que de ridiculiser quelqu'un tout en ayant l'air de n'en rien faire. »
Theodore Nott arborait désormais un petit sourire mauvais, mais dont la méchanceté était directement contredite par la lueur amusée qui éclairait ses yeux bleus. Emilie ne put s'empêcher d'esquisser un sourire.
« Encore une chose, expliqua Nott : la réponse appropriée à ce genre de salut consiste à employer le prénom de l'interlocuteur, s'il t'en donne la permission, mais dans le cas présent il serait sans doute plus approprié de réserver ceci au cadre privé.
-Très bien », approuva Emilie.
Nott se releva et alla prendre un livre sur les étagères.
« Si tu as des questions sur l'Arithmencie, je veux bien t'aider maintenant, mais je crois qu'il vaut mieux nous en tenir à notre planning habituel. »
Inclinant la tête vers la Serdaigle, Theodore Nott regagna sa place coutumière en section d'histoire locale, ne croisant que deux septièmes années et Hermione Granger, courbée sur une feuille de parchemin et écrivant furieusement, disparaissant presqu'entièrement derrière des piles de livres.
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Les quelques heures qui la séparaient du début de l'après-midi n'avaient pas été de trop pour l'aider à se calmer et forger un plan.
Eut-elle croisé Snape avant le petit déjeuner, elle ne doutait pas qu'elle eut exigé des explications immédiates sur cette farce de la réception de Slughorn. Cela étant, elle ne doutait pas non plus que le Maître des Potions, au tempérament toujours volatile, n'eut guère hésité avant de la remettre à sa place avec toute la morgue dont il était capable. Elle se savait incapable de gagner ce genre de bataille. Finalement, elle devait reconnaître que l'attente avait du bon.
Ayant pris soin de décaler un peu ses horaires pour les repas, ce qui lui avait permis d'éviter de croiser un certain nombre de personnes plus attentives à se dévorer du regard plutôt qu'à avaler le contenu de leur assiette, elle avait travaillé en bibliothèque puis passé une bonne heure dans le dortoir désert à travailler sérieusement les exercices de méditation que lui avait inculqué Snape. Elle se connaissait : sans l'Occlumencie, elle était capable de se laisser emporter par la colère, ce qui avec son père était toujours contre-productif.
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Si Snape avait remarqué quelque chose d'inhabituel dans le comportement de sa fille, il l'avait mis sur le compte de cette fête ridicule et du chagrin qu'elle éprouvait peut-être encore à l'égard d'Alessandro Gabelli. A vrai dire, il aurait sans doute été pleinement rassuré si elle avait demandé à annuler sa leçon pour aller se promener avec un petit ami, comme la plupart des adolescents imbéciles du château, même si, au fond de lui, l'idée que sa fille participe à ce genre d'activité le mettait profondément mal à l'aise. Au lieu de ça, elle était venue à l'heure habituelle, calme et posée, sans qu'il arrive à déterminer si cela constituait un bon ou un mauvais signe.
« Est-ce que tu t'exerces toujours à lancer des sorts sans baguette ?
-Non, je n'y arrive pas.
-Continue d'essayer, de toutes petites choses au début, peut-être en faisant tes exercices de méditation. Tu les fais toujours n'est-ce pas ? » s'enquerra Snape sur un ton plus sévère.
Oh que oui ! songea Emilie en hochant la tête.
« Pour l'instant, je ne souhaite pas que tu apprennes plus de sortilèges de défense ou d'attaque : contente-toi de que je donnerai en classe. En revanche, je veux que nous revoyions systématiquement tout ce que je t'ai appris afin que tu améliores encore tes réflexes et que tu puisses les jeter silencieusement. Pas de play-back ! » lança-t-il avec ironie.
Emilie fit miner de bouder, mais se retint de rire : elle connaissait ses défauts.
« Est-ce que l'on travaillera de nouveau l'Occlumencie et la Legilimencie ? »
Snape avait immédiatement recouvré son masque sévère et se rapprocha d'elle lentement :
« Je ne souhaite pas que nous recommencions la petite expérience de l'autre fois. Je suis persuadé que nous nous y prenons mal et c'est trop dangereux. Il fronça les sourcils en voyant la mine dépitée de la jeune fille : nous continuerons l'Occlumencie. Cependant, Emilie, avertit-il : je dois te mettre en garde. Seuls trois sortilèges sont nommés des Impardonnables par le Ministère de la Magie. Lesquels ?
-L'Imperius, le Cruciatus et l'Avada Kedavra, répondit automatiquement Emilie en se demandant où il venait en venir.
-Ils ont oublié la Legilimencie. Pénétrer dans l'esprit de quelqu'un sans son autorisation est aussi grave qu'un Imperius ou un Cruciatus.
-Je ne…
-Peu importe, rappelle-toi toujours de ce que je viens de te dire, martela Snape d'une voix sombre : il n'y a pas trois Impardonnables, mais quatre. Je ne t'enseignerai pas la Legilimencie. »
Le silence était devenu gênant et Emilie finit par aller s'asseoir vers la cheminée pour se donner une contenance et attrapa un biscuit sur la table.
« J'ai parlé un peu avec Filius Flitwick la semaine dernière, Snape poursuivit sans paraître noter le gros soupir provenant de l'autre bout de la pièce : il m'a dit que dans l'ensemble tu paraissais réussir à redresser la barre, après les examens blancs. Il s'est trompé ? moqua le Maître des Potions en remarquant l'air surpris de sa fille qui avait dû s'attendre à un sermon de sa part.
-Non, nous avons des petits groupes de soutien à Serdaigle et du coup ça va un peu mieux.
-J'aimerais que tu travailles quand même plus sérieusement la botanique. Je sais que tu n'aimes pas ça, enchaîna Snape en haussant un peu la voix pour couper court à toute protestation : mais si tu n'obtiens pas un O à tes prochains devoirs, je me verrais au regret de remplacer une partie du cours de Potions avancées par un cours de botanique, et crois-moi, cela ne te plaira pas. »
Emilie réprima un frisson en pensant aux visites dans les serres pendant l'été et saisit l'occasion pour en venir à ce qui la préoccupait en rendant au Slytherin la monnaie de sa pièce :
« Oui… Père. »
Snape mit quelques instants avant de réaliser ce que venait de dire sa fille et la regarda comme si elle s'était transformée en un ingrédient particulièrement étrange.
« Je suppose qu'il s'agit du terme que doit employer une demoiselle dans la bonne société, celle des Sang-purs ? ironisa amèrement Emilie avec un petit sourire poli.
-Dans ce cas, il est recommandé de le faire en exécutant une petite révérence, rétorqua Snape en levant un peu le menton.
-Je ne trouve pas ça drôle.
-Oh, mais je ne plaisantais pas, répliqua l'homme en noir en croisant les bras et en plissant les yeux avant de reprendre : en ce qui nous concerne ce genre de comportement est ridicule, aussi tu peux t'en dispenser.
-Tu aurais peut-être pu me prévenir ? Qu'est-ce qui te fait croire que je veux faire partie de ce… de cette société ?
-Et qu'es-tu en train de t'imaginer ? rétorqua Snape en haussant le ton : si tu crois que je te demanderais ton avis pour la moindre décision de bon sens te concernant, laisse-moi te dire que tu te berces d'illusions ! »
Emilie préféra se taire, sentant la colère l'envahir. De son côté, Snape s'était sans doute rendu compte qu'il risquait de la braquer et continua plus calmement :
« La réception de Slughorn était une bonne occasion, mais si je t'en avais parlé tu aurais été nerveuse, pour ne pas dire têtue comme une mule, et il y avait toujours un risque qu'il rejette ma démarche. Mieux vaut parfois être ignorant des enjeux.
-Je me moque de vos histoires de Sang-purs et compagnie, répondit Emilie d'une voix boudeuse.
-Dans ce cas, il est de mon devoir de t'avertir que tu te trompes et que tu es en plus une sombre idiote, déclara Snape en se rapprochant : la communauté des sorciers repose entièrement sur cette notion de Sang-pur ou non, et je laisse volontairement de côté la distinction entre Sang-mêlés et sorciers issus de Moldus. Les opportunités, la façon dont on est traité chaque jour de sa vie dépend de ce statut, aussi arbitraire et injuste soit-il. Oh, tu peux rêver à une société idéale, se moqua le Maître des Potions : mais dis-toi bien qu'elle n'adviendra pas avant longtemps, même si le Seigneur des Ténèbres est éradiqué de la surface de la terre. »
Snape soupira en devinant les larmes prêtes à couler des yeux d'Emilie : est-ce qu'aucune fille de son âge ne pouvait apprendre une mauvaise nouvelle sans se mettre à pleurer ? Au premier reniflement il fourra un mouchoir dans la main de sa fille, sans pour autant clore la conversation.
« Ne pas saisir l'occasion d'être compté dans le haut du panier est stup-imprudent, rectifia le Maître des Potions : as-tu seulement une idée de ce que cela signifie d'être humilié chaque jour, de ne pouvoir mettre le pied dans certains lieux sous peine d'être immédiatement reconduit à la porte, de se voir refuser un métier parce que l'on n'appartient pas à un certain cercle ? Il est parfois plus aisé de se retrancher du monde magique plutôt que d'endurer cela quotidiennement. Après un court silence, Snape précisa d'une voix basse : ma mère a été reniée par son propre père et n'a jamais obtenu d'aide ou la moindre parole de commisération de la part de ses soi-disant amis et tu peux être sûre que tous ont su l'étendue de son infortune dès que j'ai mis le pied à Poudlard. Je dois à un camarade de jouir de la reconnaissance des membres de ces familles de Sang-purs mais, pour être complètement honnête, il faut préciser qu'on ne m'a offert cette opportunité qu'après la mort de ma mère. Mentionne le nom d'Eileen Prince et tu ne récolteras que du mépris. »
La voix de Snape n'était plus qu'un murmure plein d'amertume.
« Et après tout cela tu acceptes de jouer leur jeu ?
-Je suis pragmatique, ma chère, et j'apprécie assez de tourner leurs règles pour arriver à mes fins, déclara-t-il sur un ton sarcastique, son visage en partie dissimulé par ses cheveux noirs : j'aurais pu, avec de l'entregent et des recommandations, trouver une place chez un apothicaire, déclara-t-il sur un ton un peu méprisant, une longue main pâle esquissant un geste de rejet. Être reconnu comme descendant des Prince m'a ouvert les portes de la Maîtrise auprès du meilleur Maître, tout en ayant la satisfaction de voir tout ce beau monde saluer le fils d'Eileen Prince.
-J'aurais préféré…
-Il faut un jour cesser de rêver, Emilie, coupa Snape. Personne ne te demande de te transformer ni de fréquenter des gens que tu ne tiens pas à connaître mais, si le besoin s'en faisait sentir, tu pourrais jouer sur cette place que l'on t'a octroyée. Si tu brigues une carrière plus distinguée que la moyenne, cela sera sans doute indispensable. »
Snape se pencha et saisit le menton de sa fille entre le pouce et l'index.
« Le réveil est sans doute brutal, mais je préfère que tu saches à quoi t'en tenir : le mérite personnel n'a souvent que peu d'importance. N'oublies jamais d'où tu viens car d'autres se chargeront de te le rappeler avec plus ou moins de subtilité, mais ne néglige pas ce qui t'est dû, et cela commence par le respect. »
Emilie détourna la tête, découragée, et fixa les braises dans la cheminée sans rien dire, la colère et les protestations oubliées. Comment aurait-elle pu encore s'indigner quand il était clair que son père avait fait cela pour elle, même si la manière laissait à désirer ? Encore une fois elle se prit à souhaiter n'avoir jamais demandé un transfert. Ou, mieux encore, n'avoir jamais accepté d'aller étudier la magie.
Note de l'auteur : Hello, Fishina, contente que tu suives toujours ! Et Nott est encore là.
Claroushka : alors, comment dire, je suis très contente que tu aimes cette histoire et… un peu honteuse (un peu, hein) que cela t'ait coûté quelques heures de sommeil -).
Oui, je me suis trompée pour Bellatrix. Le pire est que j'avais vérifié mais j'ai dû lire de travers. Il y a malheureusement quelques erreurs de temps en temps, malgré les relectures.
Je tente de rester proche de la trame générale imaginée par Rowling, mais évidemment il y a quelques changements et ils vont s'accentuer au fur et à mesure. J'utilise peu Harry, Ron et Hermione, parce que je trouve que Rowling les a déjà complètement exploités et je ne pense pas réussir à les utiliser de manière convaincante. Parfois, cependant, j'ai besoin d'eux et je m'en sers pour quelques scènes, du moment que cela n'est pas redondant avec les livres de Rowling.
Le nom de la fic vient effectivement du groupe créé par un Slytherin, une Serdaigle (dans l'ombre) et plus ou moins téléguidé par Snape au début. Le titre de la fic m'est « apparu » quand je terminais la première partie et j'avoue que je n'ai jamais eu l'idée de le remettre en question. Hum, du coup, je me demande s'il est vraiment pertinent, mais maintenant je n'arrive plus à imaginer cette histoire sous aucun autre nom.
Ma parole, Nott a la cote !
