Lisser sa robe. Lisser ses cheveux. Lisser sa conscience. Lisser son sourire. Lisser son visage. Voilà. J'y suis. Parfait. La parfaite petite greluche sans cervelle qui va à son bal de fin d'année dans une robe un peu trop courte et sur des talons un peu trop hauts. Cette espèce d'idiote qui me fixe comme une impertinente dans le miroir.

Je te dégoûte, hein ? Trop de maquillage ? Trop d'accessoires ? Trop d'artifices ? Personne ne pourra savoir ce que c'est d'être toi sous cette couche de fond de teint. Personne ne saura ce que ça fait de survivre ta vie. Ta triste vie d'orpheline. Tu n'as plus personne. Tu finiras seule. Personne ne saura que tu ne te sens pas à ta place, personne ne saura que tu veux juste t'enfuir en courant, t'enfermer dans une pièce, hurler tout ce que tu peux. Personne ne s'apercevra de ce faux sourire sur ton visage parce que personne ne saura. Personne ne saura à quel point tu l'as aimé, à quel point tu l'aimes. Personne ne saura jamais à quel point tu souffres.

Tu aurais voulu le crier au monde, pourtant. Leur faire savoir à toutes qu'il était à toi, que tu étais la seule à avoir droit à ses sourires, à ses mots. Tu en crevais d'impatience, imbécile. Tu as tout gâché. Tu n'es plus rien. Et lui il était tout. Il sera toujours tout.

« Prête Lily ? Dernière soirée à Poudlard ! On fait la fête et on danse ok ?
_ Ok Alice. »

Je n'ai pas envie de danser. Je n'ai pas envie de sortir de ce dortoir. Je ne sais même pas si j'ai envie de quoi que ce soit. Ah, si. Peut-être de me jeter par la fenêtre. Morbide. Mais je me dis que James sera au bal, alors il faut que j'y aille. Parce que rien que le fait de le regarder me fera du bien. Tout ira bien, Lily. Tout ira bien.

Il y aura aussi le regard désapprobateur du professeur McGonagall, et peut-être des autres enseignants s'ils ont été mis au courant. Qu'est-ce que j'en ai à foutre ? J'ai tellement déçue cette année que je ne suis plus à quelques critiques près. Je suis déjà six pieds sous terre et personne ne pourra m'enterrer plus profondément.

« Ouah Lily ! Canon ! S'exclame Peter en me voyant descendre les escaliers. »

Non Peter. Je ne suis pas canon, je suis dégueulasse avec tout ce maquillage, cette robe trop courte et ces foutus talons qui me font déjà mal aux pieds. Je suis lisse. Futile et creuse. Je ne lui en tiens pas rigueur parce que je sais que ça correspond aux critères de beauté de beaucoup de garçons, mais j'ai envie de lui hurler dessus. Simplement parce que je suis en colère contre le monde entier et que je n'ai toujours pas digéré ce qu'il m'a fait des mois et des mois plus tôt.

« Hanson est venue avec Rogue ? Je demande, étonnée en les voyant se tenir par le bras devant la Grande Salle.
_ Ouais. Il lui a proposé il y a deux semaines et elle a dit oui presque sur le coup. Je pense que c'était pour ça qu'elle ne t'aimait pas trop, m'explique Peter. »

Effectivement, ça tombe sous le sens. Je ne me suis jamais rendue compte, pourtant, de sa jalousie vis à vis de ma relation avec Severus. Peu importe. Tant qu'ils ne me parlent pas, tout va bien. Je m'assois à côté d'Alice et je suis heureuse de voir que la musique rythmée est assez forte pour que je puisse prétendre ne pas entendre leur discussion, et donc ne pas y prendre part. Je compte juste rester ici et attendre que ça passe. Regarder James, essentiellement, qui n'est pas encore arrivé, et profiter du panorama une dernière fois. McGonagall n'est pas là non plus. Est-ce une coïncidence ou est-il encore en train de se faire engueuler ? Je n'en ai aucune idée, et je ne le saurais sans doute jamais.

Allez Lily soit forte. Prend la main d'Alice qui te supplie de venir danser avec elle. Bouge, bouge. Regarde la dans les yeux. Ses yeux bleus qui pétillent toujours et qui te donnent de la force. Sourit. Sourit à sa façon de danser volontairement ridicule. Juste pour te redonner le moral. C'est beau quand même l'amitié. Quand on pense qu'elle t'a proposé une colocation alors qu'elle sait que tu n'es qu'un désastre... Lily, regarde la chance que tu as d'avoir une amie comme elle, me martèle ma conscience, heureuse que James ne soit plus de la partie.

Oui. Oui, j'ai de la chance de l'avoir. Alors je ferme les yeux et je danse avec elle jusqu'à en oublier tout ce qu'il s'est passé cette année. Je ris. Je ne sais pas comment, je ne sais pas par quel miracle, mais elle parvient à me faire rire. Et je danse encore et encore. Jusqu'à en avoir mal aux pieds. Jusqu'à ce qu'elle me fasse signe qu'elle n'en peut plus et qu'elle me ramène à notre banc.

Et là tout retombe. Mon sourire disparaît. Mon regard se pose sur la table des professeurs. Frustration. Johnson discute avec Potter et je n'ai même plus le droit d'être jalouse. Je fuis cette scène pour me concentrer sur la discussion de Peter et de Frank. Du Quidditch et encore du Quidditch. J'entends mon prénom une ou deux fois mêlé au nom de mon club.

Je commence les entraînements dans trois jours. Je suis impatiente et stressée à la fois. Je sais que ça me fera le plus grand bien de retourner faire un tour dans les airs, de me rapprocher de James via notre passion, mais le niveau là bas n'est pas le même qu'à Poudlard. Je n'aurais pas le droit à l'erreur. Ce n'est qu'un contrat de deux mois pour une formation et je ne serais prise dans l'équipe que si mon niveau à la fin de ces deux mois est acceptable. Et si je suis prise, rien ne m'assure d'être dans l'équipe principale. Je pourrais cirer le banc des remplaçants un certains temps avant de réussir enfin à me faire ma place.

« Il paraît que les Serpentards ont encore trouvé le moyen de mettre de l'alcool dans le cocktail au jus de citrouille, me dit Alice.
_ Tu te fous de moi ? Je croyais que Perry l'avait inspecté.
_ S'il est encore défoncé, pas étonnant qu'il ait laissé coulé, nous fait remarquer Frank. »

Je hausse les épaules et je trempe les lèvres dans mon gobelet en constatant qu'Alice a raison, mais je vais éviter de me foutre en l'air ce soir. Vu l'état émotionnel dans lequel je suis, je pourrais en arriver à faire une belle connerie. Une de plus, je veux dire.

Je regarde James machinalement. Il discute encore avec Johnson. J'ai l'impression qu'ils se disputent. Lui a l'air désolé, elle a l'air dépitée. Elle pose ses yeux noisette sur moi alors qu'elle parle avec lui. Je détourne les miens, gênée. Comme si je venais de faire irruption dans quelque chose, comme si je venais d'être prise sur le fait.

« Il a dû lui dire que sa robe lui fait un gros cul, me chuchote Alice qui, elle aussi, m'a repéré. »

Je pouffe. Johnson est d'une beauté incroyable et je doute que qui que ce soit lui ait dit quelque chose de ce genre un jour, mais ça me fait du bien ne serait-ce que de l'imaginer. J'essaie de prendre part à la conversation des garçons sans vraiment m'en mêler. Alice, elle, n'hésite pas à faire savoir son point de vue. Pour elle, les Faucons vont gagner la coupe. Elle m'adresse une grimace désolée, mais peu m'importe. Elle a toujours supporté cette équipe, elle ne va pas arrêter maintenant juste parce que je fais partie d'une autre. Je sais que ça ne change rien, je sais qu'elle m'encouragera quand même et qu'elle sera la première à se ruer dans les tribunes quand je jouerai mon premier match.

« Bon, Frank, j'imagine que tu ne vas encore pas me faire danser ? Elle lui demande alors que la musique s'adoucit.
_ Non, désolé Al'. Pour le bien de tes pieds, je me dois de refuser. »

Ils me font rire, tous les deux. Jamais sur la même longueur d'onde, mais fous amoureux l'un de l'autre. Ils se connaissent sur le bout des doigts et acceptent les défauts de l'autre avec une tolérance incroyable. Alice adore danser mais Frank est, malheureusement pour elle, toujours doté de deux pieds gauches malgré le nombre d'heures qu'elle a passé à essayer de lui apprendre de simples pas. D'après elle, tout va bien car il se rattrape dans d'autres domaines, mais je ne me suis pas risquée à demander lesquels.

« Evans ? »

Mon sourire s'efface de mon visage et mes yeux se posent avec hésitation sur mon interlocuteur. Je crois que mon visage s'est figé dans une expression d'incompréhension absolument ridicule et je ne peux rien y changer. Qu'est-ce qu'il fait ? Pourquoi est-ce qu'il tend sa main devant moi, comme ça ? Comme s'il attendait que je la prenne.

« Lily ! S'exclame Alice en me faisant un signe de tête très appuyé vers James planté devant moi. »

Vertige. Je crois que quelques personne nous regardent sans comprendre la scène. Je ne la comprends pas non plus. Qu'est-ce qu'il fout devant moi ? Pourquoi est-ce qu'il m'invite à danser devant tout le monde ? Qu'est-ce qui lui prend ? Et surtout, de quelle manière dois-je le regarder ? Je croyais que c'était fini, je croyais qu'il voulait m'oublier. Je croyais que j'avais tout ruiné.

Et pourtant, il y a un sourire encourageant sur son visage, des yeux qui me disent « viens Lily, viens leur montrer. » et sa main... Sa main devant moi qui attend comme si la mienne était la seule qu'elle acceptait de recevoir. Trouble.

Je me lève. Ma paume frôle la sienne. Alice me pousse un peu plus vers lui. Les doigts de James se referment sur les miens. Mon cœur fait un salto avant, un salto arrière, une pirouette, un grand écart, il se déchire et se régénère, il bat a une vitesse ahurissante.

Mon regard est vissé sur le sol. Qu'est-ce qu'il fait ? Il va vraiment danser avec moi devant tout le monde ? Il va vraiment leur montrer ce que nous sommes ? Ce que nous étions ? Est-ce que c'est pour cette raison qu'il se disputait avec Johnson ? Est-ce qu'il lui a finalement dit ?

Boum. Mon cœur frappe contre ma poitrine quand sa main se pose sur ma taille. Qu'est-ce que je fais avec la mienne ? Qu'est-ce que j'ai le droit de faire ?

Mes yeux se figent dans les siens à la recherche d'une réponse et il m'encourage silencieusement à être ce que je veux être alors je guide ma main jusqu'à son épaule, simplement. Laisser une distance suffisante entre nous, ne pas écouter les gens qui chuchotent, ne pas faire attention aux regards ahuris... Se concentrer sur ma main dans la sienne et surtout essayer d'arrêter de trembler comme une feuille.

« C'est quoi tout ce maquillage ? Il m'interroge comme si la situation se prêtait à ce genre de banalités.
_ Je sais, j'ai l'air d'une pute à deux mornilles, je réponds en essayant de paraître aussi détachée que lui.
_ Pas de mot comme ça Lily !
_ Bah quoi, c'est pas vrai peut-être ?
_ Franchement non, il répond du tac-au-tac. Moi je te donnerais facile dix gallions. »

Je fronce les sourcils. Il sourit. Je frémis. Quel idiot. Et quelle idiote. J'ai encore failli me faire avoir par mon premier degré. Et j'en ai presque oublié les quelques regards qui sont braqués sur nous... Simplement parce que je ne me souvenais plus que nous n'étions pas seuls.

« T'es loin. Pourquoi t'es si loin Lily ? Rapproche toi. »

Il me serre un peu plus et mes joues s'embrasent. Si les gens avaient encore des doutes, maintenant, ils doivent être fixés. Ma main glisse de son épaule pour s'arrêter dans son dos. Mon cœur bat quinze fois trop vite. Je ne comprends plus rien. Je suis complètement perdue et j'ai à la fois envie de profiter du moment et de lui demander à quoi il joue. Je ne veux pas me faire de faux-espoir, ce serait horrible. Alors je refuse de m'emballer. J'ai besoin de savoir.

« Tout le monde nous regarde... Je souffle doucement.
_ C'est le but.
_ Le but ? Je croyais que tout devrait rester caché.
_ Dernier jour, dernier soir pour nous deux, donc aucune conséquence demain. Si ça te gêne, je te lâche et je danse avec Cooper ou une autre pour sauver les apparences. »

Danser avec une autre ? Non mais ça va pas la tête ! Plutôt crever que de le laisser poser ses mains sur une autre fille, il en a déjà touché assez dans le passé.

Ma main se crispe dans son dos et je crois qu'il remarque ma contrariété car il me caresse lentement comme pour me rassurer.

« Ça ne me gêne pas. Je suis juste confuse. J'ai passé des mois à te harceler et...
_ Vrai. Je n'ai jamais vu quelqu'un mettre autant d'énergie à quelque chose que tu en mets à me courir après. Tu ne t'essouffles jamais ?
_ Non. »

Ma réponse est catégorique. Comment pourrais-je m'essouffler ? Le seul moment où je ne peux pas respirer d'une manière parfaitement ordinaire, c'est quand il se trouve avec moi et c'est seulement parce que sa présence me met dans un état d'euphorie extrême.

« Est-ce que ça veut dire que tu me pardonnes ? J'ose finalement demander.
_ Lily, je danse avec toi au milieu de la Grande Salle devant tout le château, qu'est-ce que tu en penses ? Il me demande en haussant les sourcils.
_ Je croyais que tu ne m'aimais plus.
_ Et dire que je te trouvais intelligente... Il me dit avec un petit sourire moqueur.
_ Ne te fous pas de moi !
_ Parle correctement, s'il te plaît, me sermonne-t-il gentiment.
_ Je parle correctement. C'est toi qui est vieux jeu.
_ Vieux jeux ?! Qu'est-ce que je fais Evans, pour que tu arrêtes de dire des vilains mots ? Je t'embrasse ou je te bâillonne avec ma cravate ? »

Oh Merlin. Je crois que lui aussi, il a tendance à oublier qu'on est loin d'être seuls. Je lui lance un regard paniqué et il éclate de rire. Evidemment. Il ne comptait faire ni l'un, ni l'autre.

« Je tombe dans le panneau à chaque fois ! Je proteste en fronçant les sourcils.
_ Tu vois. On ne se parle plus pendant des mois et finalement on se retrouve comme ça, avec la même complicité qu'avant. Ce petit truc, Lily, qui fait que je reviendrai toujours vers toi. »

Je tombe le masque. Mes yeux pétillent. Mon sourire est le reflet du sien. Enfin, je les retrouve, les papillons et cette petite contraction de mon cœur qui n'a rien de désagréable parce que je sais que je n'ai plus à avoir peur. Il est avec moi, il veut être avec moi.

« Pourquoi tu ne me l'as pas dit avant, que tu voulais encore de moi ?
_ Parce que je voulais que tu sois sûre de ton choix. Toi et moi, ce n'est pas rien, ce n'est pas la solution de facilité et je ne voulais pas t'entraîner là dedans sans être sûr à cent pour cent que c'était vraiment ce que tu voulais. Et entre nous, tu méritais de mijoter un peu.
_ Je croyais que j'allais quitter Poudlard sans jamais te revoir... Je murmure sur un ton de reproche.
_ Non. Tu m'aurais harcelé jusqu'à chez moi, il me fait remarquer en souriant.
_ C'est bien possible... »

La musique s'arrête et je me demande ce que je dois faire. Il y a cette lueur dans ses yeux. Ce truc qui me fait dire qu'il va faire quelque chose de dingue. Et je ne me trompe pas. Il garde ma main dans la sienne et il m'emmène jusqu'à la table des professeurs. Oh mon dieu. Qu'est-ce qu'il fout ?

Il s'arrête à côté de Perry et de Johnson qui sont pris dans une intense discussion. Me concernant, visiblement, puisqu'ils se taisent dès que nous arrivons à leur hauteur. Bizarrement, ils me sourient tous les deux. Je m'attendais à tout sauf à ça.

« Tiens, tiens... Lily Evans ! Lance Perry en regardant James avec une moue amusée.
_ Heu... B... Bonjour... Enfin non... Je... Je veux dire bonsoir, je bafouille, rouge pivoine.
_ Alors je suppose que tu es de la famille maintenant, Evans, me dit Johnson en me tendant un verre. »

La situation est cocasse... Et très intimidante. Je le prends pour ne pas la vexer, mais je crois qu'il serait plus sage que je le jette dans le premier pot de fleur que je rencontrerais sur mon passage car ça ne m'étonnerait pas qu'elle ait malencontreusement fait tomber dedans une goutte de potion pour me faire pousser des furoncles ou me faire enfler comme une montgolfière.

« Bon, voilà, je sais que ça peut paraître bizarre Chris mais Evans... Lily... C'est ma copine, cette fille dont je vous parlais, comme je le disais à Amélia tout à l'heure, il annonce à Perry en serrant un peu plus ma main. »

C'était donc pour cette raison qu'ils se prenaient la tête. C'est pour ça qu'elle a posé ses yeux sur moi. C'est pour ça qu'elle avait l'air d'être contrariée. Il lui racontait tout. J'imagine que je suis plutôt rassurée qu'il ait préparé le terrain avant, parce que vu le tic nerveux qui a traversé son visage quand il a prononcé le mot « copine », je me doute bien qu'elle a dû pousser une petite gueulante lorsqu'il le lui a annoncé et je n'aurais absolument pas voulu être en face d'elle à ce moment là.

« Je comprends mieux pourquoi Minerva a fait la gueule toute la soirée, commente Perry sans pour autant avoir l'air d'être choqué par la situation.
_ Elle attend juste d'avoir fini de vérifier les copies de Lily pour se réjouir, c'est tout ! Lui lance James avec un sourire ironique.
_ Ah, évidemment, elle doit tout contrôler du coup ! Tu crois qu'elle va trouver quelque chose ?
_ Non. J'ai toujours noté Lily comme n'importe quelle autre élève.
_ Tiens d'ailleurs en parlant de note, comment se sont déroulés tes ASPIC de Divination Lily ? Je suppose qu'on peut se tutoyer maintenant, non ? M'interroge Perry en se tournant vers moi. »

Mon dieu. Je suis dans la situation la plus bizarre du monde. Je me sens comme un hippogriffe au milieu d'un troupeau de dragons. Non pas que Perry soit désagréable, au contraire, j'ai plutôt l'impression qu'il a envie de me mettre à l'aise, mais là... Parler de mes examens comme si tout était normal alors que tout le monde à les yeux vissés sur nous en se demandant ce que je fous à la table des professeurs, et pourquoi j'ai dansé avec Potter, ça me paraît dément. Et tutoyer mon prof de Divination, ça, c'est vraiment bizarre. Surtout que j'ai déjà mis un certain temps avant de m'y habituer avec James.

« N'est-ce pas ton boulot de regarder dans une boule de cristal pour voir si tes élèves ont réussi à distinguer un Sinistros au milieu d'une feuille de thé ou un géant des montagnes dans un tas de brindilles ? Se moque gentiment James.
_ Ah Potter ! Si tu avais vraiment appris à Evans comment se défendre contre les forces du mal, elle ne serait pas là ! Il lui réplique sur le ton de la plaisanterie.
_ Pfff...
_ Alors Evans ?
_ Heu... J'imagine que le futur nous dira si j'ai réussi ou non... Je réponds sans grande conviction.
_ Ça, ça veut dire qu'elle n'a marqué que des conneries sur sa copie, ricane James. »

Je le fusille du regard tout en sachant qu'il n'a pas tort, mais comme je n'ai fait que ça toute l'année, j'ai un peu honte de l'avouer devant le prof qui ne m'a jamais mis que des notes convenables.

« Il n'y a pas de honte à avoir Evans, on l'a tous fait, me dit Johnson comme pour me rassurer. Etonnant, venant d'elle.
_ J'ai réussi à avoir Optimal en baratinant sur l'influence de la position des planètes sur les naissances de bébés sombrals à mes ASPIC, m'explique James en levant les yeux au ciel.
_ C'est très important, la position des planètes, James ! Rétorque Perry.
_ Oh arrête Christopher tu sais aussi bien que nous que c'est bidon. Le seul truc qui te provoque des visions, c'est l'herbe que tu fous dans ta pipe, lui fait remarquer Johnson avec un sourire narquois.
_ Et de sacrées bonnes visions ! Ajoute James enthousiaste.
_ Comment ça, de sacrées bonnes visions ? Je demande en lui jetant un regard accusateur.
_Heu... Je veux dire... D'après ce que j'ai entendu, il se défend en faisant signe à ses collègues de se taire.
_ Vous avez quand même de sacrés a priori sur la matière que j'enseigne ! Il n'est absolument pas nécessaire d'être intoxiqué par quoi que ce soit pour voir des choses, la preuve, Evans m'a rendu un devoir absolument brillant en mars, je m'en souviens encore.
_ En mars ? Vous voulez parler du devoir de Chiromancie ? Parce que si c'est celui là... Je suis désolée mais... Je... Heu... J'avais un petit coup dans le nez... J'avoue légèrement confuse.
_ Et voilà tout un mythe qui tombe sur la préfète-en-chef ! Se moque James.
_ N'empêche qu'elle confirme nos dires. La Divination, c'est vraiment n'importe quoi, affirme Johnson. »

Finalement, je me sentirais presque à ma place, là, dans son groupe d'amis et collègues, mais je dois avouer que je suis mieux dans le mien. Alors je presse brièvement la main de James avant de lui signifier que je vais le laisser là et descendre de l'estrade pour retrouver Alice, Peter et Frank qui, lui, est totalement abasourdi.

« Non mais attends, si j'ai bien compris, Lily et Potter sont en couple depuis... Depuis Noël ?! Il s'exclame ahuri.
_ Tu ne lui avais pas dit ? J'interroge Alice.
_ Bien sûr que non Lily ! Je t'avais dit que je garderai le secret !
_ Je sais mais... Je pensais que tu le dirais quand même à Frank.
_ Et toi tu le savais ? Continue Frank en se tournant vers Peter.
_ Heu... Moi c'est un hasard... Il répond, gêné.
_ Tout le monde me regarde, c'est flippant... Je reprends en m'efforçant de me faire toute petite. »

J'entends vaguement quelques élèves dire des choses que ma bonne éducation m'empêche de répéter, mais ça ne me fait pas grand chose. James est revenu et tout le monde sait maintenant. Ou du moins, tout le monde suppose.

« Pas étonnant. Notre prof de défense contre les forces du mal super canon te fait danser en te bouffant des yeux et en te chuchotant des trucs à l'oreille, Il y en a plus d'une qui aurait aimé être à ta place, me fait remarquer Alice en souriant.
_ Il n'est pas si canon que ça non plus... Grommelle Frank.
_ Oh, j'adore quand il est jaloux ! Tu sais très bien que c'est toi le plus beau à mes yeux, chéri, lui dit Alice en lui caressant la cuisse.
_ Je préfère ça ! »

Je passe le reste de la soirée à jeter des regards en biais à James. Qu'est-ce que ça fait du bien de constater qu'il me les rends, qu'est-ce que ça fait du bien de voir que je ne suis plus transparente ! De voir son sourire, et de savoir que même si je quitte le château demain, James, lui, ne me quittera pas.