Savez-vous ce qu'il y a derrière un frigo ? De la poussière.
Oui, bien évidemment, il peut y voir de la poussière, ces restes témoignant d'un passé révolu. Ce qu'on ne sait pas c'est que la poussière dans une maison est majoritairement composée de résidus de peau humaine. Alors cela lui donne un autre sens. Ces particules sales deviennent plus humaines puisqu'elles sont quelque part des restes de nous-mêmes. Des restes peu présentables. Peut-être est-elle finalement tout ce que nous voulons laisser derrière nous ? C'est une possibilité. Derrière le frigo, on peut trouver d'autres choses. Sur ce navire qui possédait un immense réfrigérateur, il y avait autre chose. Une lettre reposait là, une simple lettre qui attendait qu'on la lise mais que personne ne viendrait chercher là. Un message plein de tendresse et de sentiments, écrit avec le coeur. A quand remontait-il ? Une autre époque, une autre vie même. Les mots défilaient dans un flot continu, simples mais réels. Voici ce contenu retrouvé par le plus grand hasard un jour, longtemps après, par un inconnu simplement amoureux de la romance et des phrases.
" Je ne sas pas comment commencer cette lettre.
Je n'en ai absolument aucune idée pour être franc, les mots, ce n'est pas mon fort.
Pourtant, j'avais quand même envie de t'écrire.
Tu ne liras probablement jamais cela.
Personne ne le lira, je pense mais il fallait bien qu'un de nous deux l'écrive et je suis celui le plus capable de le faire, tu le sais.
Même si personne ne verra jamais cela, je le fais.
Pathétique et inutile, dirait l'autre. Il peut aller se faire voir.
Bon, vraiment, je ne sais pas par où commencer.
Tu te souviens du jour où on s'est rencontré ?
Oui, c'est facile comme début, je me doute mais bon, il faut bien commencer quelque part.
Je suis sûr que tu as oublié vu comment tu es.
Mais moi, je m'en rappelle encore car tu as changé ma vie.
J'avais ma petite existence bien rangée et tu es venue m'en déloger sans ménagement.
Mais j'ai aimé. Sinon, je ne t'aurais pas suivi.
J'ai aimé car tu as rallumé en moi la flamme de mes rêves, tu m'as donné envie de croire qu'il était possible de réaliser ce genre de choses.
Tu m'as donné envie de vivre cette aventure.
J'avais des doutes au départ, sache le.
D'énormes doutes sur la façon dont ça allait se passer.
Mais finalement, tout s'est bien passé. Très très bien passé.
Avec toi, on ne s'ennuyait jamais. Je ne sais même pas si tu connais ce mot là. Tu es un véritable ouragan qui entraîne tout le monde dans son sillage.
C'est ce qui me plaisait chez toi, même si je te traitais souvent d'imbécile.
Le véritable idiot, c'était peut-être moi, avec tous ces sentiments naissant.
On a fait un peu de route ensemble et je m'en suis rendu compte.
De tous les sentiments que j'avais pour toi, toute cette affection qui semblait t'avoir attendu.
L'admettre n'était pas facile, ça m'a pris du temps, beaucoup de temps.
A force de rester avec toi, j'ai bien du l'accepter.
Ce fut une sorte de soulagement au final et je n'en ai eu que plus d'admiration pour toi et ton foutu sourire qui aurait fait fondre n'importe qui.
Te l'avouer a été une autre paire de manche.
Ce n'est pas que je n'osais pas. Pas exactement.
Plutôt que je ne savais pas comment emmener la chose ni à quel moment te le dire. C'était si difficile tu sais, tu rigolerais en connaissant mon nombre de tentatives.
Moi-même, j'ai fini par arrêter de compter.
Le pire, c'est que finalement, les choses se sont faites presque toutes seules.
C'était un soir, les circonstances sont floues dans mon esprit mais c'était bien la nuit avec les étoiles qui brillaient au firmament.
Peut-être après une fête ? Nous organisions toujours des fêtes sur le bateau de toute façon alors ça devait probablement être ça.
La soirée se déroulait normalement dans notre équipage, sans signe avant-coureur.
Puis, nous nous sommes retrouvés tous les deux, sans que je comprenne vraiment pourquoi, à discuter comme cela ne nous était jamais arrivé de le faire.
Et ma langue m'a trahi.
Je n'ai pas pu me retenir, je t'ai dit ce que je ressentais, parlant avec mon coeur en toute sincérité. Je craignais vraiment ta réaction tu sais. Je pensais que tu allais juste te moquer.
Mais tu ne l'as pas fait.
Non, car tu es bien trop gentil et trop adorable pour le faire.
Tu m'as regardé avec des grands yeux ronds qui posaient un millier de questions et j'ai cru que mon coeur allait défaillir quand tu m'as offert ta réponse.
Oui.
Tu voulais bien de moi et toi tu aussi, tu m'aimais.
Sans ta sincérité naturelle, je crois bien que je ne t'aurais pas cru.
Nos sourires se sont croisés autant que nos regards et nous avons franchi un cap.
Tes lèvres tremblaient délicieusement, tu ne savais pas ce que tu faisais. Bien sûr, tu n'avais jamais fait cela et avec ton innocence, je ne suis même pas sûr que tu y aies déjà pensé. Tout devait être tellement nouveau pour toi.
Moi, je ne dirais pas que j'étais habitué mais ce n'était pas nouveau.
Au moins en ce qui concerne les réflexions sur le sujet. Et même la pratique.
Je me sentais dominateur malgré ta force plus importe que la mienne.
Cette fois-là, il n'y a eut que le jeu des lèvres, je ne voulais pas te brusquer.
Pendant un long moment, nous n'avons pas pu nous retrouver tous les deux.
Avec l'équipage autour, ce n'était pas évident de rester discret, il faut bien l'avouer.
Nous avons fini par y arriver, plusieurs fois même.
Tu ne parlais pas beaucoup contrairement à ton habitude et tu laissais une autre facette de ta personnalité s'éveiller uniquement pour moi. J'étais si fier.
Au début, nous sommes restés bien sages, plutôt pour toi d'ailleurs.
Puis nos corps se sont petit à petit rencontrés de plus en plus.
Sur le pont du bateau, je m'en souviens, de toi et de moi, quand nous n'étions plus qu'un.
Jamais tu ne pourras comprendre à quel point tu comptes pour moi, même si je te le disais un jour.
Ce n'est pas quelque chose sur lequel on peut mettre des mots.
C'est une émotion, un sentiment qui se vit complètement.
Bien sûr, il y a forcément quelqu'un qui nous a surprit un jour.
Tu te souviens ? C'était lui. L'autre idiot.
Il n'a rien dit, ne nous a jamais dénoncé et c'était tant mieux dans un sens.
Enfin, il est quand même venu me voir un jour, pour me parler en privé de notre relation. Je me demandais ce qu'il voulait, déjà que je ne l'appréciais pas plus que cela.
Un euphémisme sur notre rivalité hein ?
Il m'a demandé si je savais ce que je faisais avec toi et cela m'a choqué.
Je lui ai répondu, je lui ai crié presque, que cela ne le regardait pas. Que nous pouvions faire ce que nous voulions de nos sentiments et que son avis n'importait pas.
Son regard est devenu glacé alors, comme la neige de North Blue.
Il m'a plaqué contre le mur le plus proche, cela je ne te l'ai jamais raconté.
J'ai eu peur pendant un moment, je l'avoue. Il s'est penché vers moi et il m'a dit que si je te faisais du mal un jour, je le regretterais fortement.
C'était tout mais je n'ai pas compris la raison exacte de son geste.
T'aimait-il autant que moi ? Peut-être.
Je ne connais pas la réponse à cette question.
Par la suite, nous avons continué à passer du temps ensemble, sans nous montrer.
Nous n'avons jamais parlé d'un accord clair, cela s'est fait naturellement entre nous.
Nous n'étions pas prêts à nous afficher, pas encore.
Et c'est là que je t'ai perdu une première fois.
Sur cette île où nous avons affronté ce cyborg, nous avons tous été séparés.
Rester sans toi était bien plus dur que tu ne pouvais l'imaginer.
J'ai cherché un moyen de te rejoindre, luttant avec désespoir contre cette solitude qui me rongeait petit à petit le coeur, sans rien laisser qu'un immense vide.
Et puis, il y a eut le journal.
J'aurais du me réjouir d'avoir des nouvelles de toi d'une façon ou d'une autre. Mais pas là.
Ce journal me montrait que quelque part, loin de moi, tu souffrais, peut-être seul et que je ne pouvais absolument rien faire pour toi.
Si tu savais comme j'ai été malheureux. Certainement moins que toi, mais il ne s'est pas passé un seul jour sans que je ne pense à toi.
Heureusement, je n'étais pas seul sur cette île pendant cette séparation de deux ans.
Bon, certes, c'était une bande de travestis mais ils m'ont aidé à supporter cet éloignement.
Sans eux, je crois que je serais devenu fou.
Je regardais le ciel et je pensais à toi, me demandant ce que tu faisais, à quoi tu pensais, si tu étais devenu plus fort comme tu le souhaitais.
Si je te manquais aussi.
C'est con, je sais mais c'était un réconfort de me dire que tu étais quelque part, perdu dans le vaste océan tout comme moi dans ce trou paumé.
Je t'imaginais sourire et ça me redonnait du courage.
Je savais qu'on se reverrait bientôt et j'attendais ce jour avec impatience.
Oui, je n'ai jamais cessé de penser à toi, tu peux en être sûr.
Et toi ? Non, je ne sais pas.
Les retrouvailles tant attendues sont enfin arrivées.
Je me souviens encore de mon excitation à aller sur cette île où nous devions tous nous retrouver. On aurait dit un véritable gamin, sans mentir.
Bizarrement, le premier que j'ai retrouvé est ce foutu type qui te sert de second.
Notre relation n'avait pas changé d'un poil, je ne le supportais toujours pas.
J'ai revu tout le monde et enfin toi.
J'ai du me contenir pour ne pas me jeter dans tes bras mais j'étais heureux.
Heureux de voir que ton sourire n'avait pas changé et qu'il était toujours le même.
Nous allions pouvoir vivre de nouvelles aventures et je voulais retrouver notre relation comme autrefois, même s'il fallait encore rester discret.
Cela ne m'avait jamais dérangé de toute façon.
Tu ne sais pas à quel point tu as allumé une flamme d'espoir en moi, un feu ardent qui brûle et qui donne envie de se donner à fond pour réaliser ces rêves.
Une sensation de chaleur si agréable.
Et pourtant, tout cela, c'est toi même qui l'a détruit.
Tu étais plus distant avec nous tous, sans avoir réellement changer ton attitude.
Je voyais bien cette tristesse au fond de tes yeux.
Après tout, tu avais perdu quelqu'un qui comptait plus que tout pour toi.
Mais ça allait trop loin pour moi.
Je n'arrivais plus à me retrouver avec toi, tu ne m'évitais pas mais tu n'avais pas l'air de vouloir poursuivre notre relation comme autrefois.
Oh, bien sûr, je voyais tes sourires à mon égard mais ce n'était plus pareil.
" J'ai peur de te perdre maintenant. "
Cette connerie, tu la pensais tellement fort que je le lisais sur ta figure.
Non, je n'abandonnerais pas pour si peu !
J'ai fait des efforts, j'ai été patient, je t'ai attendu et finalement, je suis arrivé à te retrouver.
Toujours en privé mais ça m'était égal.
C'était tout ce que je demandais, être auprès de toi.
Tu imagines combien c'est dur à écrire ? Non, sans doute pas.
Je t'ai perdu une deuxième fois, mais tu ne le sais peut-être pas.
Peut-être que tu as oublié.
Cette seconde fois est la raison pour laquelle je t'écris.
Il fallait bien une raison quand même, je ne suis pas du genre écrivain.
En lisant, je suis persuadé que tu ne comprends pas.
Nous n'avons jamais été séparés par la suite et tu as gardé tes sourires, tes regards, voir même parfois plus pour moi. Rien à dire.
Mais est-ce que tu as vu comme tu as changé sans t'en rendre compte au fil de l'aventure ?
Changement, ce n'est pas le mot mais je n'en trouve pas d'autre.
C'est difficile à écrire et pourtant, j'ai besoin de te l'expliquer, de le dire, pour que tu te rendes compte de ce que j'ai pu ressentir.
Tu sais, tu m'as laissé tomber.
Oui, parfaitement, laissé tomber, c'est là le mot.
J'ai fait des efforts, j'ai continuer de me battre mais cela ne servait à rien.
Toi, tu prenais du galon, de la célébrité, tout le monde te connaissait à travers les océans tandis que moi, je n'étais toujours qu'un simple membre de ton équipage.
Un bout de ton ombre.
Tu étais toujours avec nous mais tes nouvelles responsabilités, les nouveaux horizons qui s'ouvraient à toi t'ont rendu... différent. Distant un peu aussi.
J'ai fait de mon mieux, vraiment, même l'autre abruti l'a vu.
Mais toi, tu ne me voyais plus.
Il n'y a pas de mal à avoir des rêves, je le sais mais doit-on faire moins attention aux gens ?
A tes yeux, je suis redevenu simplement un type que tu avais engagé et que tu aimais bien.
Que tu aimais bien.
Si tu savais à quel point ça fait mal.
Les larmes n'ont pas cessé de couler depuis.
Je vais être franc : je me sens délaisser. Je me sens seul. Je veux te retrouver.
Est-ce que c'est encore possible ? Je ne sais pas.
Mais maintenant, quand je te regarde, j'ai l'impression que tu es loin et mon coeur se serre un peu plus, mes yeux se parent d'un voile humide.
Je ne pensais pas que ce serait si dur de rester à tes côtés sans amour. Plus dur que d'être loin de toi mais avec des sentiments sincères.
Maintenant, je survis.
Aujourd'hui, je suis passé devant le frigo et j'ai eu envie d'écrire cette lettre en le regardant.
Bizarre hein ? Mais il me fait penser à toi.
Tu sais, l'époque où tu n'arrêtais pas de voler, à tel point que j'ai du acheter un cadenas.
Je donnerais tout pour revenir à cette époque.
Maintenant, la cuisine est froide, sans chaleur et ce réfrigérateur n'est rien de plus qu'un bout de métal froid. Glacé même.
Pourrais-tu revenir me voir ? Je ne pourrais jamais te dire ça de vive voix.
Si je te parlais, je te crierais dessus. C'est dans ma nature.
C'est pour ça que je me suis forcé à t'écrire. Le seul moyen de parler avec le coeur.
Les mots sont sortis tout seul tu vois, c'est troublant pour moi.
Je me rends compte à quel point je tiens à toi.
Que tu tiennes à moi, je n'en doute pas mais pas comme je le voudrais.
Monsieur le héros, si jamais un jour tu regardes vers le sol, je suis là.
Je suis là, sur le pont du bateau ou la terre ferme et je t'attends.
Je ne sais plus faire que ça.
Tu sais, je suis prêt encore à faire des efforts. Jusqu'à la mort.
Et ça doit te faire rager car tu ne veux pas qu'on meurt pour toi, je le sais.
Je commence à te connaître. Un peu.
Alors fais un effort pour te souvenir de moi s'il te plait.
Je t'attendrais au même endroit que d'habitude.
Cette lettre sera cachée derrière le frigo car tu es le seul qui a une chance de te rendre dans cet endroit, je n'ai pas envie que quelqu'un d'autre la trouve.
J'espère que tu la liras, capitaine et que tu comprendras.
Pour le grand seigneur des pirates Monkey D. Luffy
De ton cuisinier.
Ps : Je t'aime. "
Quand la lettre fut découverte, on ne sut jamais si elle avait été lu. Quelqu'un tenta peut-être de le découvrir mais sa conclusion devait forcément arriver à une négation complète. Le papier était toujours derrière le réfrigérateur, cela prouvait donc bien que nul n'était venu le chercher. Cela se tenait. Mais pourquoi comportait-il des traces de doigt ainsi que de légers ronds causés par l'eau ? Comme si quelqu'un l'avait saisi pour pleurer dessus ? Le mystère ne sera probablement jamais élucidé et cette petite histoire sombrera dans l'oubli très probablement. Ses acteurs pourtant entreront dans la légende, eux.
Voilà un one shot qui arrive un peu tard, j'espère que vous aimerez quand même, personnellement, j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire en essayant un genre un peu différent de ce que j'ai pu faire ailleurs ! Finalement, je me suis bien attachée à ces deux-là ensemble, je suis même surprise de ne pas retrouver plus souvent que ça ce pairing. Un avis peut-être ?
Bonne année à tous avec un peu de retard mais mieux vaut tard que jamais ! Pour le prochain couple, on reste encore un peu avec l'équipage du chapeau de paille (je suis dans une période je crois) mais comme je suis d'humeur sympathique, je vous annonce que ce sera un couple hétéro et que la demoiselle sera Nami, bon courage pour trouver l'heureux élu ! A bientôt tout le monde !
