~ Le coin des reviews ~
Miki : Merci, Merci ! C'est tout ce que je trouve à t'écrire et ce n'est même pas assez pour te montrer que tes reviews font du bien à mon petit cœur^^
Pour être honnête, je ne suis pas pleinement satisfaite de ce chapitre, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ;)
[III.I] Chapitre 3 : Décisions
Aussitôt qu'elle claqua la porte de sa chambre d'hôtel, Nejire se jeta sur son lit, exténuée par sa journée, éprouvante. Elle n'avait littéralement rien compris aux évènements qui s'étaient enchaînés bien trop vite pour elle, sitôt qu'elle avait eu la surprise de voir Mirio qui l'attendait, en faisant de grands gestes, ne remarquant pas les regards sur lui. Elle n'eût pas le temps de laisser la surprise déformée ses traits qu'il l'entraînait déjà, elle et ses valises, à l'université où le rendez-vous avait été fixé.
Pendant le trajet, son ami d'enfance parlait sans cesse, si bien que contrairement à l'accoutumé, ce fut la jeune passagère qui ne put ouvrir la bouche. Elle le connaissait trop bien pour deviner là une échappatoire lui évitant de répondre aux questions qu'elle n'eût pas la chance de transformer en interrogatoire. Tout en l'écoutant, son regard se perdait dans le paysage ensoleillé, calmée par les rayons qu'elle sentait filtrer au travers des fenêtres négligemment ouvertes.
Au bout d'un certain temps, le paysage changea, lui donnant presque l'impression d'avoir quitté l'archipel. Des palmiers firent leur apparition et une plage d'un bleu presque transparent défila devant elle. Elle poussa une exclamation admirative, ses yeux brillants par le spectacle que lui offrait sa rétine. Jamais elle n'avait vu quelque chose d'aussi beau.
Le bavardage incessant de Mirio prit fin quand il coupa le contact de sa voiture. Elle descendit avec hâte, pressée de sentir cet air frais pur balayer son visage. Une requête qui fut chaleureusement accueillie par ce dernier, la journaliste fermant les yeux, souriante, pour le remercier. Elle inspira profondément en rouvrant ses pupilles et parcourut de son bleu ce nouveau décor.
Se renseignant un peu plus sur ce lieu, elle avait appris que l'université se trouvait au sein de la ville de Kahashyku. I-island était probablement l'endroit rêvé pour toute personne voulant s'orienter vers la recherche scientifique. Elle possédait un nombre impressionnant de programmes spécialisés, les professeurs chargés de faire cours étaient triés sur le volet, venaient des quatre coins du monde... Elle avait toujours pensé cet endroit comme triste, empreint d'une atmosphère lourde, pesante. L'extérieur en tout cas, lui donnait agréablement tort, les bribes de conversations lui parvenant étaient enjouées, de différentes langues, renforçant par la même occasion cette sensation d'avoir pénétré un autre monde. La chaleur écrasante aidant, la majorité des gens se promenaient une glace à la main... En y regardant de plus près, cette université avait des allures de parc d'attraction.
La voix de Mirio, vociférant son prénom alors qu'elle était à quelques mètres de lui, la tira de sa contemplation et elle le suivit dans l'intérieur d'un bâtiment de forme sphérique, dominant tout le reste. Le système de sécurité était impressionnant, à en juger par toutes les manipulations de son ami d'enfance pour les faire entrer dans l'enceinte. Empreintes auriculaire, oculaire, faciale, vocale, badge à scanné... Tout y passa. Elle était certaine que même le palais impérial était plus facile d'accès.
Tout en étant moins importante, l'agitation allait bon train, dedans aussi. Elle remarqua d'emblée que partout ou presque où son regard se posait, des blouses blanches, des visages plus concentrés mais toujours souriant.
Personne ne semblait faire attention à elle, alors que la demoiselle se demandait sans cesse hurlant silencieusement, la raison de sa présence ici.
Le blond ne disait pas un mot, comme si le lieu lui avait retirer tout usage de la parole. Elle-même en proie à la fébrilité, elle n'osa pas le déranger, se contentant de le suivre sagement.
Un ascenseur s'ouvrit sur une immense salle, où des personnes aux visages inconnus les attendait visiblement. Avant que son attention leur soit exclusivement réservée, elle se concentra d'abord sur la salle : Des ordinateurs, un immense caisson, un écran géant où se reflétait l'image d'un schéma dont son cerveau abandonna la compréhension dans la seconde ; en-dessous, un petit plan de travail où plusieurs SCM soigneusement emballés étaient entreposés dans un alignement parfait.
Finalement, estimant avoir tout vu, ses yeux se posèrent sur les quatre personnes dont les visages variaient selon la couleur de cheveux. Un blond cendré à la mine ennuyée, un brun qu'elle sentait désorienté à l'apparence calme mais étrange, un homme aux cheveux et yeux verts, très mignon et une blonde assez grande, vêtue d'une blouse blanche aux yeux bleus cachés derrière des lunettes rondes, elle rayonnait à côté de ce jeune scientifique, affublé du même vêtement, lui aussi.
- Bienvenue à i-Island, Mademoiselle Hado, s'avança le scientifique, la main tendue. Je me nomme Izuku Midoriya. C'est moi qui vous ait fait venir, j'espère que vous avez fait bon voyage.
Avant de pouvoir lui poser enfin la question qui lui brûlait les lèvres depuis l'annonce de son départ, elle entendit la voix de Mirio l'informer.
- Je te laisse lui expliquer la raison de sa venue, Deku.
Elle retira brutalement sa main de la sienne et haussa un sourcil.
- Deku ?
C'était lui ! L'homme qui éloignait Mirio de leur groupe autrefois si soudé, malgré les aléas de la vie. Si elle l'avait su avant, elle aurait refusée net, peu importe le montant de son compte en banque. Elle grimaça, ne pouvant s'empêcher de se sentir prise au piège.
- Mirio m'a parlé de vous. Je vais tout vous expliquer dans les moindres détails, mais avant, peut-être souhaiteriez-vous vous reposer ?
Son ton et son apparence bienveillante lui donnait la nausée. La pensée qu'elle avait eue juste avant, quand elle le trouvait encore mignon avant de connaître son identité, fut écrasée, réduite en miette. S'il avait réussi à séduire Mirio ainsi, elle, résisterait.
Elle refusa sa proposition de la tête, croisant les bras, sur ses gardes. Izuku éclata de rire.
- J'imagine le genre de pensées qui vous habite en ce moment, dit-il en souriant toujours.
Je ne crois pas, non... dit-elle pour elle-même, en haussant l'autre sourcil.
- Comme je vous l'ai dit, je vais tout vous expliquer, reprit-il. Laissez-moi vous présenter, dans ce cas.
Il désigna d'abord le cendré, répondant au nom de Bakugo Katsuki, membre d'une unité spéciale, chargé d'assurer la protection du groupe ; vint ensuite le tour d'un Tōya, à la situation complexe, dont les détails viendront en temps voulu. Et enfin, Melissa Shield, amie du jeune homme à la chevelure verte, depuis qu'il avait assisté le père de cette dernière, David Shield, scientifique de renommée mondiale, sur plusieurs travaux d'envergures, du temps où il était encore étudiant.
Le reste de la journée fut consacrée à la visite du complexe universitaire, guidée par Mirio. Elle l'écoutait narrer plusieurs anecdotes, toutes en rapport avec Deku. Si elle ne le connaissait pas par cœur, elle jurait qu'il en était amoureux.
Elle mémorisa malgré elle tout ce qu'il raconta, forcée de remarquer son regard brillant. Elle se souvenait encore douloureusement de l'époque où cette étincelle qui le rendait presque aveuglant désormais, avait pendant longtemps disparue...
En début de soirée, Izuku et Mirio l'emmenèrent dîner, saisissant là l'occasion de lui expliquer ce qu'ils attendaient d'elle. Ce n'est que lorsqu'elle huma les odeurs alléchantes qu'elle réalisa n'avoir rien avalé de la journée, son estomac criant famine par des gargouillements sonores qui amusèrent les deux scientifiques. Elle entamait la deuxième partie quand Izuku commença. Il lui raconta toute l'histoire, de son commencement, en passant par sa rencontre avec Mirio, sa récente captivité, la libération et enfin, sa venue ici. Il préférait jouer la carte de la transparence, sachant à quoi la jeune journaliste allait être exposée.
Nejire attendit de n'avoir rien laissé dans son assiette avant de demander.
- C'est bien beau de me dire tout ça, mais qu'attendez-vous de moi au juste ?
L'intonation de sa voix était délibérément froide et détachée, son visage fermé, bras croisés à hauteur de la poitrine, une manière à elle de signifier son désir de garder ses distances. Elle avait reçu cet argent avant de savoir qui se cachait derrière ce surnom qu'elle entendait trop souvent, elle se plierait donc à son exigence, dans la mesure du possible. En revanche, rien ne l'obligeait à être aimable, de quelques façons que ce soit.
Izuku se pencha vers elle en souriant ; elle fut soudainement troublée par ce qu'elle vit se refléter dans le vert profond : elle la voyait distinctement, malgré son sourire avenant... Une souffrance indicible, dévastatrice.
- J'attends de vous que vous racontiez tout ce que vous verrez, dans un article que vous publierai plus tard. Les SCM, l'histoire de Shōto, mon rôle y compris, absolument tout, dans les moindres détails. Mirio m'a affirmé que vous aimiez écrire ce genre d'article, je vous offre l'occasion et le sujet parfait.
Elle jeta un regard incrédule à son meilleur ami.
- Il plaisante ?
Mirio éclata de rire et secoua la tête.
- Maintenant que Tōya a été libéré, la deuxième étape est de les exposer, enchaîna Deku, en se redressant. Notre ami commun ici présent est en train de déchiffrer plusieurs documents et autres fichiers qui pourrait nous donner plus de détails quant à la raison précise de la création de ces dispositifs de malheur et du caisson. Quand ce sera fait, nous les examinerons ensemble pour une ébauche. Parallèlement à ça, je vais devoir réfléchir à un moyen d'aider Tōya et retrouver Shōto.
D'où lui venait cette détermination, cet air si assuré ? Le cœur de Nejire s'accéléra, ses iris toujours verrouillées aux siennes. Elle secoua vigoureusement la tête, ordonnant à son organe vital de se calmer. Elle s'éloigna à son tour en inspirant profondément.
- Mon patron raffole de ce genre de sujet mais je doute qu'il veuille traiter du fléau actuel de notre société, avança la jeune femme. Nous pensons que quelqu'un de haut-placé fait bloc, ordonnant l'élimination de toutes les personnes s'intéressant de trop près à tout ça.
Izuku et Mirio échangèrent un regard entendu.
- Nous le pensons également.
- Sachant cela, comment comptez-vous obtenir l'autorisation de la personne pour qui je travaille de publier cet article que je suis censée écrire pour vous ?
Le sourire d'Izuku s'élargit :
- Quelqu'un s'en chargera faîtes-moi confiance, affirma-t-il.
Elle cligna plusieurs fois des yeux et éclata de rire.
- Vous êtes fou ! claironna-t-elle, amusée. Vous n'avez visiblement aucune idée de qui est Gang Orca !
Elle plaqua sa main devant la bouche et se replia sur sa chaise, comme par crainte qu'il l'ait entendu.
- Très juste, consentit son patron temporaire. Malgré tout, je le sais.
Elle balaya son affirmation d'un geste désinvolte.
- Etant donné que vous m'avez déjà payée, je ferai ce que vous voulez.
Les deux jeunes hommes en face d'elle eurent le même sourire de reconnaissance.
[*]
La tête posée sur ses mains, situées derrière la tête, les prunelles bleus fixés au plafond, un flot de question envahissait sa boîte crânienne, quand ce qu'elle souhaitait plus que tout, était se laisser aller dans les bras de Morphée. Elle n'avait pas peur de s'atteler à ce travail, voulait écrire cet article, leur être utile en exposant ce désastre que personne ne voulait nommer ; pas pour elle, ni par esprit journalistique. Ses raisons, plus personnelles, portaient un prénom...
Mirio...
[*]
Tout était noir, autour de lui.
Ses chaînes s'entrechoquaient sans fin, dans un bruit métallique qui emplissait la vétuste pièce, pleine de moisissure. Il avait soif, faim. Il aurait voulu hurler mais ses poumons demandaient grâce, rendus brûlants par ses tentatives précédentes. Il se sentait sale, seul, perdu.
Jour et nuit se confondaient, dans l'impatience de ses maigres rations journalières, il attendait... Et sourit, conscient de sa stupidité. Au fond, il savait...
Que son calvaire ne faisait que commencer...
Izuku se redressa avec précipitation, inspirant une grande bouffée d'air, tel quelqu'un qui sortait la tête de l'eau. Son cœur tambourinait avec force dans ses oreilles alors qu'il balayait des yeux le décor de sa chambre plongée dans la pénombre.
Elle était grande. Il était dans un lit, libre de ses mouvements. Il savait où il se trouvait.
A mesure qu'il essayait de retrouver une respiration normale, son cerveau analysait une fois encore, les éléments lui disant qu'il était sorti de ce laboratoire ; il n'était plus un cobaye, ne se faisait plus torturer, Shōto était avec lui... Ses blessures se mirent à le lancer, tandis qu'il se répétait que tout allait bien, pour le contredire. Il n'avait pas vraiment mal, ses plaies avaient cicatrisées depuis un moment, c'était une douleur purement psychologique, preuve de son angoisse, sa peur lointaine, que cette histoire n'était pas finie, malgré toutes les précautions qu'ils avaient prises...
Il essayait tant bien que mal de faire bonne figure mais impossible de se débarrasser de ces cauchemars qui avaient commencés le soir de son réveil et n'avait de cesse de le hanter. Il se revoyait de nouveau dans cette pièce, enfermé des mois durant, ou bien debout enchaîné, la pointe déchirer son dos, sous un œil qu'il arrivait sans mal à imaginer avide, empli d'une excitation malsaine... Il ressentait tout, n'en était jamais partit...
Il secoua frénétiquement la tête. Il ne devait plus penser à tout ça, derrière lui, passé révolu désormais. Il devait uniquement se concentrer sur la façon d'aider Tōya, c'était pour cette raison qu'il était revenu dans son ancienne université... Katchan était là aussi...
Il se leva prendre une douche, prétexte pour faire taire ses pensées au sujet de son ami d'enfance et, dans le même temps, se débarrasser de la transpiration dégoulinante, sortie par tous les pores de sa peau. Lorsque le premier jet d'eau atterri sur lui, cette sensation vivifiante l'envahie, se propagea partout, donnant cette impression de revigoration complète et totale. Les souvenirs de son cauchemar s'éloignèrent et il put pleinement en profiter en souriant.
Il était en vie, prêt à affronter n'importe quel obstacle qui se dresserait devant lui. Comme souvent, il ferait en sorte d'avoir un coup d'avance, alignerait méthodiquement son jeu, sans trop en dévoiler à la partie adverse...
La priorité pour le moment était d'aider Tōya, si l'occasion se présentait, retrouver Shōto... C'était finalement pour lui, la partie la plus complexe. Le brun, physiquement présent, avait l'air pourtant résigné, affreusement détaché par ce qui se passait autour de lui. Subissant les événements, il attendait passivement d'en voir la fin, à l'image d'un spectateur assis sur un siège, patientant celle d'un film vu sous la contrainte.
Il avait écouté d'une oreille distraite toutes les conversations qui avaient suivies leur arrivée, hochant vaguement la tête, lorsque Izuku lui posait une question. Le scientifique avait remarqué que le peu de mot qu'il adressait lui était tous destiné, l'animosité avec Katsuki toujours présente et ne connaissant pas suffisamment les deux amis scientifiques pour oser adresser un mot.
Tōya, à l'instar de son autre personnalité, n'était pas très loquace, avait besoin d'un climat chaud, dans lequel il pouvait se sentir aussi à l'aise que possible. Malheureusement, tous les récents évènements l'avaient recroquevillé dans sa coquille plus encore...
Le cœur de Deku se serra quand il se rendit ne pas tenir compte des sentiments réels de celui dont il se sentait responsable. Il était resté près d'eux mais était-ce vraiment son souhait ? Peut-être ne pouvait-il tout simplement pas partir...
- Tu n'arrives pas à dormir ? résonna une voix derrière lui.
Accoudé à la porte-fenêtre, le cendré le regardait droit dans les yeux. Izuku fit un signe négatif de la tête.
- Tu penses à Double-face, c'est ça ?
Depuis quand était-ce ainsi ? Depuis quand Katsuki arrivait à lire en lui, comme dans un livre ouvert, à s'insinuer de la sorte, encore et toujours plus, jusqu'à sonder les tréfonds de son âme ? Il comprit que tôt ou tard, il allait devoir lui parler de ses cauchemars... Sans doute était-il déjà au courant mais espérait qu'il s'en ouvre à lui, sans le brusquer...
Il savait que mentir ne servirait à rien ; il le pouvait, ce masque revêtu devant tout le monde, excepté lui.
Sans attendre une réponse, Katsuki demanda, tout en marchant vers lui :
- Tu es vraiment sûr de vouloir le foutre dans ce machin ?
- Je serai avec lui, tout se passera bien, assura Izuku.
Ils se regardèrent un moment sans dire un mot. Le bruit de la vie en dehors continuait mais eux se perdaient dans les yeux de l'autre... C'était fort et puissant, le temps n'avait plus d'emprise sur eux. Pendant une poignée de petites secondes, Izuku voulut lui dire à quel point il l'aimait, que le passé ne comptait plus, c'était lui, son seul et unique amour. La raison avait perdue, il lui pardonnait, il s'était suffisamment racheté, sa présence ici prouvait qu'il continuait de le faire ; il voulait le convaincre qu'ils pouvaient faire table rase du passé, être heureux...
Il s'approchait déjà de son visage, lèvres entrouvertes...
Quand tu reviendras, on pourra commencer une vraie relation ?
Il s'arrêta à quelques centimètres de sa bouche et recula. Son avenir était avec Hitoshi. Katchan était son passé, il devait avancer, oublier, renoncer...
- Bonne nuit...
Il se détourna et pris le chemin de sa chambre sous l'œil inquiet de Katsuki...
[*]
- Tout ira bien, rassura Izuku, le lendemain, à un brun allongé dont il tenait affectueusement la main. Je serai toujours à tes côtés.
Tōya, hypnotisé par le regard vert de son vis-à-vis, rassuré par le contact chaud de sa main dans la sienne ferma lentement les yeux, alors qu'il entrait dans un caisson, tandis que les autres scientifiques se concentraient sur les signes d'activités cérébrales projetés sur l'écran...
Nejire, le visage grave, tenait nerveusement son calepin, son stylo entres ses lèvres. Bras et jambes croisées, dos contre le mur, Katsuki affichait une mine soucieuse...
[*]
Dans une grande salle d'un laboratoire, un petit blond aux yeux bleus ne pouvait détacher les yeux de son père, balançant négligemment des pieds, en rythme d'une chanson qui tournait en boucle dans sa tête depuis plusieurs jours. Il l'avait entendue à la radio, quand son père l'avait ramené de la maternelle où il ne se sentait pas à sa place. Il l'avait parfaitement mémorisé lors de cette première écoute, ne pouvait s'empêcher de la fredonner sans arrêt quand l'occasion lui été donné.
Il bataillait dur pour ne pas le faire actuellement, mais ne voulait pas déranger son père, le visage grave et concentré par sa besogne. Il allait et venait, annotait en marmonnant des paroles peu intelligibles.
Loin de s'ennuyer, le petit garçon adorait rester ainsi à l'observer dans le silence le plus complet. Il se sentait apaiser par cette atmosphère qu'un non-habitué trouverait sans doute pompeuse. Il était trop petit pour comprendre les travaux de son père, il connaissait en revanche leurs importance, le temps que son parent passait à son étude l'avait aidé à le réaliser très vite. Malgré ça, c'était un père des plus parfait, aussi présent que possible depuis la mort de sa mère dont l'enfant ne se rappelait hélas plus grand-chose, hormis des images diffuses. Son père parlait rarement d'elle, lui sentait bien que la moindre évocation de son souvenir le briserait. Bien qu'il s'interrogeait sur les circonstances de sa disparition, il n'abordait pas le sujet par respect pour ce père qu'il aimait plus que tout.
- Comment c'était, aujourd'hui ? Se fit entendre tout d'un coup la voix de son paternel, qui s'était doucement approché.
Perdu dans sa chanson, il n'avait pas remarqué que l'attention de son père lui était adressée.
- Comme d'habitude... répondit-il évasivement. Elle m'a embêtée et il ne veut toujours pas me parler mais je n'abandonnerai pas ! Elle m'a dit qu'il m'aimait bien.
Le visage du paternel s'éclaira. A chaque fois que son enfant ouvrait la bouche, il était impressionné par les mots qui en sortait ; il ne s'exprimait en rien comme un enfant de son âge. Curieux de tout, quand il n'était pas près de son père, il s'enfermait dans la bibliothèque et lisait tout ce qu'il pouvait. Les livres scientifique semblaient particulièrement le captiver. Même s'il ne se voyait pas en interdire l'accès, dû à cette relation privilégiée qu'ils partageaient, il avait en horreur la pensée que sa progéniture suive la même voie que lui...
- Laisse-lui le temps, conseilla le père à son fils. Il finira par s'ouvrir à toi, c'est juste un grand timide.
Le petit garçon hocha la tête, un peu inquiet. Ils se connaissaient depuis leurs naissances cependant, son ami ne lui adressait pas du tout la parole même si, paradoxalement, il ne le quittait pas d'une semelle.
[*]
Dans son bureau, l'homme massa ses tempes pour tenter de calmer sa migraine lancinante, les yeux fixés sur des documents de recherche. Il haïssait de toutes ses forces l'objet de ses études, mais il en était prisonnier depuis lui semblait-il, une éternité pour s'en défaire maintenant.
Ce Slave Control Method qui lui avait pris celle qu'il aimait tant...
