Ça y est, vous êtes prêts? Voici ENFIN la véritable reprise de la fic pour ceux qui la suivent depuis ses débuts. Nous avons enfin rattrapé les chapitres qui devaient être re-postés et nous en sommes à un VÉRITABLE nouveau chapitre haha. Celui-ci est un peu court, je le concède (comparé aux précédents, tout est relatif), mais lorsque ce chapitre a été écrit, il y a eu un creux de plusieurs mois entre son début et sa fin, lorsque je m'y suis remise, le clore rapidement pour passer à un autre chapitre relevait de la nécessité pour retrouver la motivation nécessaire :p
Les prochains chapitres vont bouger pas mal, je me souviens les avoir écrit d'un trait tant l'action est en continuité et je vais tâcher de les publier à bon rythme pour cette même raison.

Petit message en rapport aux réponses aux reviews, elles seront dorénavant répondues dans le forum ''Où les francophones rôdent'' et directement par PM pour ceux avec qui ce sera possible.

Alors, bonne lecture à tous et un gros merci à ceux qui sont encore dans les parages. Vous ne parlez pas beaucoup en ce moment mais les stats sont là pour prouver que votre intérêt pour la suite de l'histoire est encore d'actualité ;)


Between live and survive
Chapter 35 ;; Family

L'aurore se pointait paresseusement derrière les rideaux, teintant les ténèbres de la chambre d'une éclaircie dorée. Approximativement, Milie était éveillée depuis un peu plus d'une heure et observait le sommeil serein de son compagnon de couche.
Une voix trainante et glaçante qu'elle préférait oublier avait interrompu sa nuit pourtant presque longue de six heures. Bien qu'elle cauchemardait de moins en moins à propos d'Elijah, il arrivait tout de même au salopard de venir terrasser son sommeil avec autant de cruauté qu'il en avait de son vivant. Chaque fois, la jeune femme était incapable de refermer l'œil.

Se concentrer sur le souffle régulier de Daryl l'avait tout d'abord aidée à calmer les battements frénétiques de son cœur, puis, une fois la peur contrôlée et passée, son esprit s'était mis à vagabonder sur autre chose.
Elle eut directement une pensée pour T-Dog et Andrea. Ils avaient quitté le camp tout juste la veille. Avaient-ils seulement survécu à cette première nuit dehors après des semaines à l'abri? En toute logique, ils ne devaient pas s'être réfugiés bien loin, c'était stupide de s'éloigner. À leur place, elle aurait trouvé refuge dans une maison avoisinante afin de pouvoir revenir rapidement en cas de besoin. En supposant que Clay accepterait de les accueillir. Était-il seulement du style à accorder asile une seconde fois?
Ensuite son esprit avait tout naturellement bifurqué sur ce qui les avait conduit dehors. Le refus d'Andrea et ce à quoi Milie avait cédé.

Elle avait accepté d'être mère, de porter un enfant, de créer la vie. Comme beaucoup d'autres femmes, elle s'était toujours imaginée qu'elle finirait par fonder une famille un jour.
Un jour, à des années d'ici, dans un monde où les morts ne vous poursuivaient pas vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour vous dévorer. Mais maintenant, dans cet univers décadent? C'était une complication, un obstacle à l'objectif premier de la survie.
Le paradoxe l'aurait fait rire si elle n'avait pas voulu éviter de réveiller Daryl. Elle se refusait à l'unique survie lorsqu'elle vagabondait toute seule dans la nature avec le chien et maintenant qu'elle vivait dans une petite maison propre et bien décente avec son amoureux elle n'évoquait que ce mot, survie.
Avait-elle davantage le sentiment de vivre pleinement en étant affamée et en danger constant que bien au chaud et au sec dans ce lit?

Daryl marmonna dans son sommeil et se repositionna de l'autre côté, laissant à la jeune femme vue sur son dos dont la musculature saillait sous les cicatrices.
Un bébé. Elle avait plus une impression de chaine et de boulet qu'un sentiment euphorique normalement requis à ce genre de pensées. Elle se visualisa avec un ventre rond. Lente, impotente, fragile. Puis avec un bébé dans les bras. Bruyante, vulnérable.
Dans les deux cas, un calvaire emplit de désavantages. Un calvaire qui ne s'en irait jamais. Elle ne pouvait pas. Elle ne voulait pas.

En lâche, elle avait acheté la paix d'une parole. Elle était sincère là-bas, lorsqu'elle avait juré à Clay qu'elle laisserait la nature faire son œuvre. Mais ce que tout le monde ignorait, sauf peut-être Merle, était que son couple existait sur des bases platoniques depuis plusieurs semaines.
Si Daryl avait accepté de lui donner une autre chance, il n'avait pas pardonné l'infraction d'être partie sur un coup de tête et de l'avoir abandonné sans un mot. Chaleur et alchimie étaient lentement revenues entre eux, mais ils n'en étaient pas encore tout à fait au point d'avant. Probable qu'ils n'y retourneraient jamais. La confiance que le chasseur lui portait était brisée et leur relation en porterait toujours les craquelures mal ressoudées.
Peut-être que, comme les cicatrices de Daryl, cela les rendrait plus forts ou peut-être que non. Seul l'avenir pouvait répondre à cette question.
Un avenir qui lui échappait comme l'eau coulait entre les doigts, sans qu'on ne puisse l'empêcher. Les barricades du camp commençaient à avoir un goût amer de prison, elle détestait cette sensation.

Milie n'était pas faite pour s'incliner. Ce n'était pas comme ça qu'elle avait été élevée. Résister, encaisser, puis se relever, c'était à ça que chaque fibre de son être était conditionnée.
Elle s'était dit que plier devait demander moins d'effort… Après ces maigres heures à se sentir étrangère à son propre corps, elle n'en était plus aussi certaine.

Daryl ronchonna encore, se tournant sur le dos. Les traits tirés de son visage n'ajoutaient que plus de poids au reste, le chasseur avait un sommeil aussi agité que le sien aujourd'hui. Il ne fallait pas être Einstein pour comprendre pourquoi. Milie glissa de quelques centimètres vers lui, s'appuyant le menton contre son épaule, puis roula les bras autour du sien pour finalement enlacer ses doigts. Lorsqu'il ouvrit les yeux pour les poser sur elle, la jeune femme fut contente. Le tête-à-tête tortueux avec elle-même était terminé.

« Hey. »
« 'Lut » marmonna-t-il.

Il cligna des yeux à quelques reprises pour chasser les traces tenaces de sommeil, sa poigne s'affermissant sur les doigts de Milie.

« Cauchemar? »

Quand Elijah visitait ses nuits, elle avait une sale tête, du moins avait-elle fini par le croire puisque son compagnon savait toujours lorsqu'elle était victime d'un mauvais rêve.

« Hum, des conneries plein la tête aussi » approuva-t-elle
« Hum » fit-il simplement en écho.


Depuis ce fameux jour qui avait plus ou moins scellé leur avenir, ils n'avaient pas pris la peine de discuter de la suite. Rien n'avait été modifié non plus dans leur relation stagnante. Ils allaient devoir parler, tôt ou tard, mais Daryl n'avait pas envie d'être celui qui les trainerait hors de cette zone de confort. Ils avaient encore du temps non? Avant que Clay et ses disciples commencent à les emmerder sévèrement, ils avaient encore du temps.

« Je me demande si j'ai pris la bonne décision » confessa Milie après un moment de silence.

Daryl se tourna sur le côté, Milie l'imita et ils se firent face. Très bien alors, cette conversation allait avoir lieu maintenant tout compte fait.

« J'ai l'impression d'être en cage. Je déteste ça » poursuivit-elle ouvertement.
« Si t'as changé d'avis, on s'en va et pis c'est tout. »
« Mais j'ai pas envie de partir non plus. »

Elle soupira et ferma les yeux en fronçant les sourcils, son front se barrant de traits pensifs. Ainsi tendue, la mâchoire contractée par l'agacement, il avait juste envie de l'embrasser pour chasser ses malheurs, sauf qu'aucun baiser n'était en mesure de régler quoi que ce soit.

« Retourner dehors après tout ce qu'on a encaissé pour entrer… ce serait encore plus débile qu'essayer d'empêcher le soleil de se lever » poursuivit-elle en terminant sur un autre soupir. « Mais je supporte pas qu'on m'oblige à quelque chose. »

Ça, il n'avait aucun mal à le croire. Milie était suffisamment entêtée pour se mettre enceinte juste parce que le premier venu lui disait qu'elle en était incapable. En contrepartie, l'obliger à le faire allait contre sa nature, qu'elle en ait envie ou non.

« Pourquoi on tombe jamais sur des gens normaux? Sans idée de grandeur ou d'asservissement? »
« J'sais pas. P't'être parce qu'on a perdu l'habitude de réfléchir sans un gouvernement pour le faire à notre place » répondit le chasseur.
« N'empêche que c'est ce que Clay essaie de faire, remettre un gouvernement au pouvoir. Comme si un tas de mioches était la solution miracle pour nous sortir des emmerdes. On est pas en train de coloniser des terres sauvages, on essaie juste de pas se faire bouffer. »
« C'est peut-être pas si différent de ce que les colons ont vécu. Sauf qu'eux, en prime, ils ont dû se construire des maisons. »

La jeune femme plissa les yeux, l'insatisfaction se lisant sur son visage.

« Tu peux pas juste hocher la tête et dire oui chérie de temps en temps? »
« Nha, serait trop facile. En plus tu m'r'procherais de pas dire ce que je pense. »

Les yeux de sa compagne de couche se refermèrent encore jusqu'à ce qu'il ne reste que deux fentes à peine perceptibles, signe qu'il avait fait mouche. D'une manière ou d'une autre, cette conversation était vouée à être déplaisante. Et puis, qu'ils décident réellement de tenter d'avoir un enfant ou non, toute l'équation du problème ne se trouvait même pas là.
Il n'avait pas encore fait la paix avec lui-même. Les peurs que la fugue de Milie avait faites naitre ne s'étaient pas tout à fait calmées non plus, certaines allaient probablement lui coller à la peau pour longtemps, voire pour toujours. Ça avait créé un mur invisible, mais pourtant bien tangible, entre eux, et Daryl n'osait pas encore le traverser.
Il ne l'avait même pas embrassée depuis ce jour-là et elle n'avait pas cherché à lui faire sauter un pas qu'il ne voulait pas franchir. Elle lui laissait les rênes, comme à l'époque où ils ne faisaient que se tourner autour, et il était encore à se demander si c'était une bonne chose ou pas. Le chasseur n'était pas très réputé pour prendre ce genre d'initiatives rapidement.
Il avait bien envie de lui demander si elle avait accepté le marché de Clay pour remettre le sexe sur la table sans avoir à réellement le faire. Parce que soyons francs, il n'y avait pas trente-six façons de faire un bébé!

« Tu crois que t'arriverais à être parent toi? » demanda Milie, au bout d'un moment, après avoir repris son sérieux.
« J'crois qu'on sait jamais tout à fait avant d'y être confronté. »
« Je sais qu'on arriverait à pourvoir aux besoins d'un enfant, mais j'ai surtout peur de le regarder à un moment et juste voir un paquet d'emmerdes qui attire le danger comme un aimant. Un enfant, ça devrait pas être ça. »
« Quand tu regardes Talie et Carl, c'est ce que tu vois? »

Elle se perdit dans le vague de la réflexion quelques instants. Daryl, lui, savait qu'il n'avait jamais perçu les deux gamins de cette manière et que ce serait encore moins le cas avec la chair de sa chair. Que Milie ait un doute là-dessus le surprenait assez, elle aimait avec trop de force et de conviction.

« Quelques fois, c'est arrivé » admit-elle finalement. « Pas longtemps, juste quelques secondes, mais penser ça de mon bébé… ça me ferait peur. »

En se tortillant ici et là, Daryl se rapprocha d'elle pour terminer par cueillir son visage dans ses mains. Il la dévisagea de longues secondes avec toute l'assurance du monde.

« Même en le voulant très fort, tu serais incapable d'être une mauvaise mère. »
« Comment tu peux savoir ça? »
« Parc'qu'à côté, prendre les coups à la place de Beth ou encaisser Elijah pour moi, c'est rien du tout. »

Il avança encore un peu, mais seulement la tête cette fois-ci, et déposa délicatement ses lèvres contre les siennes. Ce baiser était le premier depuis de longues semaines et le chasseur suspecta qu'il fit autant de bien à l'un comme à l'autre.


La tension qui s'était accumulée au fil de la discussion s'évapora d'un seul coup au contact des lèvres de Daryl. Milie avait soudain le sentiment de revenir à la vie. Un peu comme ce moment où elle avait senti la lame s'enfoncer dans le crâne mort-vivant d'Elijah. Cette mystérieuse chose qui l'empêchait d'être complètement elle-même venait de relâcher sa poigne de fer.
Son corps n'attendit pas pour venir se presser contre celui de son compagnon. Ça faisait un moment, mais les réflexes revenaient tous seuls. Ses mains sur son torse, sa jambe accrochée à sa taille, son bassin ondulant contre le sien, elle sentait cette force endormie, presque oubliée, ressurgir lentement.
La survivante retrouvait son souffle, elle renaissait. Où était-elle allée durant tout ce temps?

Un klaxon long et retentissant interrompit le baiser qui devenait plus fiévreux. Le son, suivit de deux plus courts et rapprochés, les fit échanger un sourire. Le ravitaillement était de retour.

Les gens se massaient autour du camion que certains maraudeurs n'en étaient même pas encore descendus. Milie et Daryl n'étaient pas encore à cent mètres du rassemblement que la jeune femme voyait déjà Maggie pendue au cou de Glenn à le serrer contre elle très probablement jusqu'à l'étouffement. Une pointe de soulagement réchauffa son estomac. Glenn était entier et de retour, sain et sauf.
Son sourire comblé s'évapora lorsque son regard croisa celui de Ray qui marchait à présent à la hauteur du couple. Il avait cette tête, celle du messager des mauvaises nouvelles. Glenn ne savait pas, il ne savait rien. Rien de Lori, du bébé, de l'état de Rick, ni d'Andrea, de T-Dog et de ce qui les avait fait quitter le camp. Glenn ne savait rien et Ray portait le lourd poids de celui qui allait tout révéler. Parce que c'était son métier? Peut-être. Parce qu'il ne voulait pas que ça vienne de quelqu'un d'autre, quelqu'un qui leur était étranger? Très certainement.
Et même sans rien savoir, l'air heureux de l'asiatique fléchit à la mine dramatique qu'arborait le militaire. L'instinct à lui tout seul n'était pas suffisant pour remplir les blancs, mais Glenn n'avait besoin de rien d'autre pour comprendre que quelque chose était arrivé.

« Ray? »

Le lieutenant fixa le sol quelques secondes, le temps de trouver le courage de gâcher les retrouvailles si tôt. Mais le plus tôt serait le mieux.

« Hey Glenn » lança-t-il sans véritable énergie, « content que tu sois en un morceau, mon gars. »
« Qu'est-ce qui se passe? »

Il n'était pas dupe et ni Milie, ni les autres, n'en était surprise. Maggie s'écarta de son amoureux, Hershel posa une main compatissante et compréhensive sur son épaule et Ray ne retint pas le suspense plus longtemps.
Sa voix ne se bloqua pas une fois, plate, uniforme. L'hispanique avait coupé toute émotion pour arriver à dire tout ce qu'il devait révéler à leur ami tout juste rentré. Pour ne rien compliquer, il y alla dans l'ordre des faits. Comme s'il rédigeait un rapport à ses supérieurs, il demeura clair, précis et concis. C'était beaucoup à encaisser, mais Ray ne marqua aucune pause pour laisser Glenn absorber les nouvelles qui défilaient sans merci.
À une époque, Milie lui en aurait voulu d'être ainsi insensible à ce que devait ressentir le maraudeur. Aujourd'hui, elle comprenait que si Ray s'arrêtait, il serait simplement incapable de continuer. Alors il déballa tout d'un coup et lorsqu'il se tut, Rebecca les avait rejoints avec Noah, Carl et Talie plus en retrait.
Glenn demeura un instant sans rien dire, ni réellement réagir. Le temps que toutes les informations s'enchainent correctement dans son cerveau et prennent le sens qu'elles devaient. Puis, il leva les yeux sur tous et chacun d'entre eux, y compris sa femme, avec une note de déception, peut-être même de dégout.

« Comment vous avez pu laisser faire ça? »

Pour Milie, ces mots eurent l'effet d'un poignard dans l'abdomen. Elle ne chercha même pas à se défendre, les autres non plus.

« Je peux savoir depuis quand on fait du chacun pour soi?! »
« Glenn » tenta Hershel le premier, « prends quelques minutes d'accord. Il fallait prendre des décisions et chacun devait prendre la sienne et— »
« Et ce que moi je comprends » coupa Glenn avec fermeté, « c'est que sans Rick pour tenir tout le monde ensemble, cette famille en est pas une, c'est ça?! Depuis quand on se permet de se laisser mener à la baguette comme ça?! »

Son ton rameuta l'attention des gens autour d'eux et plus en particulier celle des cinq chefs tous réunis dans leur coin, plus à l'écart.

« Je savais pas que ce qu'on avait tenait à si peu. »

Sur ce, il préféra s'éloigner. Peut-être pour ne pas se donner plus en spectacle. Peut-être parce que Clay et ses sbires pouvaient percevoir ses derniers mots comme une menace pour leur camp. Peut-être juste parce qu'il ne voulait pas rester une seconde de plus autour d'une bande de lâches.
Et lâches et faibles, ils l'avaient été. Elle l'avait été. Leur unité tenait-elle vraiment sur les épaules de Rick? Vrai que tout s'était décousu dès le moment où le shérif n'avait plus été lui-même. Elle l'avait vu venir et elle n'avait rien fait quand même. Est-ce qu'un commandant était primordial? Ray avait-il déjà vu quelque chose de semblable au combat? Mais ils n'étaient pas des soldats et l'ami de son père n'avait pas suffit pour empêcher leur groupe, leur famille, de se disloquer. Pas sans Rick pour retenir les liens qui les gardaient unis. Parce que Ray n'était pas un leader, il était un second et c'était de leur chef qu'ils avaient besoin.

Un chef qu'elle trouva à errer à la frontière nord-ouest du camp. Il était dans un état lamentable. Il n'avait rien de l'homme qui les avait tous gardés ensemble aussi longtemps et qui les avait mené jusqu'ici. Il n'était plus qu'un veuf détruit. Milie, mieux que d'autres, savait reconnaitre cet abandon de soi-même.
On lui avait laissé de l'espace, on lui avait laissé du temps, mais ils ne pouvaient plus se le permettre. Car lorsqu'il émergerait de ce brouillard, s'il en émergeait, il ne resterait rien du tout.

« Rick? »

Il ne réagit pas à son propre nom. Hagard, son regard glissa sur elle pour passer à un autre élément du décor sans plus d'attention. Elle entendit son estomac gronder alors qu'il y avait encore quelques mètres qui les séparaient. Était-il seulement conscient qu'il était affamé?

« Rick, c'est Milie » tenta-t-elle de nouveau, toujours avec douceur.

Une fois près de lui, elle se contenta de suivre ses pas aveugles et de le détailler. Il était pâle, fatigué, il tenait à peine debout. Comment avaient-ils pu le laisser là si longtemps? Qu'est-ce que ce camp était en train de leur faire? Il les transformait en une chose écoeurante et Milie songea : au diable la sécurité. Elle ne valait pas ça. Elle ne pouvait pas valoir ça!

« Tu veux pas venir avec moi? On va rentrer manger, prendre un bain, se reposer un peu. »

Elle lui sourit avec tendresse. Il ne la regarda toujours pas. Trop éreinté ou tout simplement plus là comme l'avait décrit Noah? Elle voulut lui prendre une main. Dès que leurs peaux entrèrent en contact, il se désista avec une violence qui n'impressionna pas la jeune femme. Avec plus de fermeté, à sa deuxième tentative, elle lui saisit un poignet et le tira vers elle sans ménagement. Pour résister, il dut se braquer, sortir un peu de sa molle torpeur.

« Rick, ça suffit! »

Il venait de perdre sa femme et son nouveau-né, mais ce monde ne faisait plus de place pour la pitié.

« Tu vas te bouger, ça peut plus continuer comme ça! »

Lentement, le shérif sembla reprendre corps. D'abord avec plus de contenance, ensuite avec son âme qui réhabitait petit à petit ses yeux.

« Lori est morte et ça fait mal » admit-elle, cette fois moins durement. « Mais tu peux pas rester comme ça. On a besoin de toi. Ton fils a besoin de toi. »

Carl n'avait rien dit. Comme les autres, il avait laissé à son père l'espace qui lui avait fallu. Parce que Carl ne révélait jamais ses besoins. Depuis aussi loin qu'elle le connaissait, Carl évoluait dans son coin sans trop se mêler aux adultes. Maintenant qu'il y avait d'autres enfants, il ne se mêlait pas plus à eux. Carl était perdu entre une enfance dont il ne voulait plus et un âge adulte qu'il était encore trop jeune pour avoir. Et, depuis quatre jours, il n'avait plus de mère et son père n'était pas présent pour lui. Il était complètement livré à lui-même. Hershel veillait sur lui, certes, mais Carl n'était encore qu'un enfant qui avait besoin de son père.

« Si t'as besoin de taper sur quelque chose, alors tape-moi dessus, mais ça, ça peut plus continuer. »

Elle le poussa. Pas très fort, juste assez pour le brusquer, pour l'obliger à se tenir plus ferme sur ses pieds. Le résultat escompté se produisit. Le shérif ne tomba pas à la renverse, il fit même un mouvement en direction de Milie comme s'il acceptait son invitation à la frapper. Il se ravisa, toutefois, son menton commençant à trembler.
Il tomba à genoux, ses yeux irrités et fatigués s'emplissant de larmes. Milie se joignit à lui et, une fois à sa hauteur, le serra dans ses bras. Elle était quatre jours en retard, mais, mieux vaut tard que jamais, disait autrefois un dicton.


Carl était parti. Talie avait approché Ray et tiré sur le bas de sa chemise pour le dire d'une petite voix en espérant que ni elle ni lui ne se feraient gronder pour ça.
Lorsque Glenn s'était écarté de tout le monde, Maggie l'avait suivi après avoir infructueusement tenté de le retenir. S'ils s'étaient disputés après ça ou si Glenn n'arrivait juste pas à contrôler la tonalité de sa voix, Daryl pouvait difficilement le dire. Milie lui avait jeté un de ses regards qui disaient qu'elle avait quelque chose à faire, puis, Hershel, Ray et lui s'étaient rapprochés.
Ils ne s'étaient rien dit pour commencer. Le chasseur avait observé Clay et ses subalternes qui leur lançaient des regards à la dérobée. Leur cohésion mince, ne semblait plus tenir à grand-chose désormais. Glenn avait raison et le chef de camp était suffisamment intelligent pour avoir vu l'impact de ce que l'asiatique avait dit à ses proches.
Ils étaient sur le point d'en parler lorsque Talie était timidement intervenue.

Carl s'était encore soustrait à tout le monde sans que personne ne le réalise. Ce gamin, une bonne fois, il allait lui foutre un boulet et une cloche question de l'avoir à l'œil plus facilement. Il ne pouvait ni être bien loin, ni en danger, mais ce fut suffisant pour remettre la discussion à plus tard et chacun alla de son côté. Il était préférable de ne pas laisser Carl errer tout seul à l'image de son père.
Et le pisteur le trouva le premier. Du côté nord-ouest, Carl se trouvait immobile au sommet d'une petite bute qui surplombait la fin du périmètre sécurisé tout juste cinquante mètres plus loin.
Là, agenouillée dans l'herbe, Milie tenait Rick. Il n'avait ni besoin d'en voir davantage, ni besoin de l'entendre pour comprendre qu'il devait être en train de pleurer. Tant mieux. C'était sûrement ce dont il avait le plus besoin avant de pouvoir se relever.

Son fils, lui, était toujours aussi imperturbable. Même voir son père dans cet état ne semblait pas être en mesure d'émouvoir Carl. Qu'est-ce qu'il attendait au juste pour se permettre de ressentir?

« Tu veux y aller? » demanda-t-il à l'enfant.
« Pas tout de suite. »
« Pourquoi? »
« Parce que devant moi, papa peut pas être faible. »

Daryl eut l'ombre d'un sourire estomaqué. Ce garçon ne finissait jamais de surprendre. D'autant plus qu'il avait raison. Rick aurait du mal à se permettre de pleurer comme ça devant son fils. Son fils pour qui il devait être fort, être le protecteur, être le père.
Et Carl avait aussi compris le don de Milie. Celui qu'elle avait de supporter les gens et de les laisser se livrer, à leur façon, sans que ça ne paraisse déplacé. Elle détestait cette capacité, mais ça faisait partie d'elle, la jeune femme avait fini par l'accepter.
Ils restèrent donc là, tous les deux, à regarder le shérif se faire bercer comme un bambin et Milie le serrer à la fois avec force et compassion. Ils demeurèrent dans le silence parce qu'il n'y avait rien à dire. Carl lui était un peu semblable sur ce point, il n'avait pas besoin de parler. Alors ils attendirent et lorsque le moment sembla opportun, ils rejoignirent Rick et Milie.

Celle-ci fut la première à réaliser leur approche. Elle avait sûrement remarqué leur présence depuis longtemps, mais ce n'était pas ce qui avait importé sur le moment. Quand ils furent plus près, Milie se détacha doucement du shérif qui dû jeter un regard perdu à la ronde pour se réorienter. La différence demeurait frappante. Rick était de retour.

« Papa? » appela Carl.

Il n'osa pas trop regarder son fils en face tout de suite. Il se replongea plutôt dans le visage rassurant de Milie qui lui sourit et l'aida à se remettre sur ses pieds. Une fois redressé, seulement, il dévisagea Carl.
Ils ne parlèrent ni l'un ni l'autre. Juste là, Carl avait précisément ce dont il avait besoin. Son père était revenu. Pas complètement, mais il était sur le bon chemin. Maintenant, et seulement maintenant, le garçon s'autorisa à n'être que ce qu'il était, un enfant.
Il se jeta contre son père et s'accrocha à sa taille. Il en perdit son fidèle chapeau que Milie ramassa en s'écartant du père et du fils d'un pas.
Rick referma ses bras autour de Carl. Il était tendu, les yeux fins de Daryl arrivaient à le déceler. Il était maintenant seul avec son fils. Ils étaient sans femme et sans mère, ils avaient aussi perdu une fille et une sœur. Le shérif ne savait pas comment ils allaient faire, mais il trouverait, le chasseur était confiant. C'était Rick, il trouvait toujours.

Il glissa finalement le regard sur Milie. Eux aussi savaient se passer de mots. Et ils s'étaient suffisamment enlisés. La fin du monde les avait changés. En mieux ou en pire, c'était difficile à décider. Chose certaine, néanmoins, ce camp était en train de les changer en pire et ça ne pouvait plus continuer comme ça.