Résumé de la partie 1 de Fête et feta: Par une belle soirée de mai, Saori et le Grand Pope ont organisé une fête sur un bateau au bord de la mer afin de permettre aux Gold Saints de fêter dignement leur retour à la vie et la paix sur Terre. Après un discours poignant de la jeune Kido et une blague pourrie d'Aiolia, les festivités démarrent. Mais Aphrodite, peu réjoui de devoir jouer les hypocrites une fois de plus, fait tomber le masque et remet les sombres affaires du passé sur le tapis avant de quitter l'embarcation...
Instantanément, DeathMask, Shura, mais aussi Saga, se précipitent vers l'androgyne pour le rejoindre. Peu de temps après, Shura finit par s'écarter du groupe et revenir au bateau, mains dans les poches et mâchoires serrées. Inquiet, Camus le saisit doucement par le bras et l'invite silencieusement à la confidence.
- On s'y attendait, à force il fallait bien qu'il lâche sa bombe, marmonne l'ibère au français en haussant les épaules d'un air mi-navré mi-lugubre.
- J'ai beau avoir été son voisin toutes ces années, je n'ai jamais réussi à percer le mystère qui entourait sa personne… Tu crois qu'il pense vraiment ce qu'il nous a dit ?
- Dite dit toujours ce qu'il pense, Camus. Ce n'est pas la peine de me regarder avec ces yeux innocents, on y est tous pour quelque chose.
- Je ne comprends pas… Vraiment pas…
Shura, excédé, empoigne violemment son camarade par le col de la chemise. Surpris, le Verseau agrandit son regard.
- Il a été le souffre-douleur de nous tous, putain ! Et tu vas encore me dire que tu comprends pas ? Quand est-ce que tu vas arrêter de te mettre des œillères dans tout ce qui touche aux sentiments des gens ? Milo et moi on est morts une fois à cause de ta putain de connerie ! Et si y'avait que toi… Nan, bien sûr que nan ! On a tous quelque chose à voir avec ce qui se passe ce soir ! On a tous quelque chose à voir avec la mort de quelqu'un ici d'ailleurs, c'est triste pas vrai ? Mais ça, ça vous passe au-dessus de la tête ! Vous voulez pas pardonner, vous voulez oublier !
Le Capricorne jette des regards lourds de sens à ses collègues après avoir évidemment lâché Camus qui s'est laissé faire comme une poupée de chiffon, complètement dépassé par les évènements.
- Moi je m'en fiche au fond. Si vous voulez tourner lâchement la page sans cautériser les plaies on le fera ensemble. Faire la fête pourquoi pas. Mais y'en a qui sont pas du même avis que vous, et plutôt que d'avancer sans eux il serait peut être temps de revenir sur nos pas pour leur tendre la main !
- Si tu veux la paix, prépare-toi à la guerre, murmure la Vierge après un très long silence.
- Exactement, approuve Shura dans un hochement de tête tout en croisant les bras.
- J'avoue que j'ai pas été très sympa avec lui par le passé, avoue Aldébaran à demi-voix. On se blessait mutuellement en s'en prenant à nos physiques respectifs, c'est puéril quand on y repense.
- Je l'ai méprisé par pure jalousie, je n'en suis pas très fier non plus, marmonne Mû avec un demi-sourire triste. Je le trouvais trop proche de Saga. C'est tellement… Idiot…
- J'ai voulu me le faire tellement de fois, il a dû s'en rendre compte en fait, se dit Milo, perplexe.
- Je l'ai peut être un peu trop laissé se débrouiller tout seul pendant nos entraînements communs, se confesse à son tour Aiolos. Mais c'est parce que je lui faisais confiance, et en le voyant comme il est aujourd'hui je ne pense pas avoir eu tort…
- J'ai voulu l'emmener avec moi au temple de Poséidon quand je me suis sorti de mon trou, il a pas voulu, j'ai définitivement déclaré la guerre à Athéna, déclare Kanon en haussant les épaules. Quoi ? Me regardez pas comme ça.
- Je me méfiais de ses idéaux et je l'ai laissé s'enliser… soupire tristement Dohko.
- Et que devrais-je dire, moi, face à vous tous… soupire également Shion après s'être rassis, complètement atterré.
Aiolia baisse le nez.
- … Je lui volais tout le temps son goûter au Colisée pour le donner à Marin ou à Shaka… Et le pire c'est que Shaka le mangeait jamais…
- Désolé, Aiolia, je suis végétalien et allergique aux fruits à coque, avoue l'indien avec un regard compatissant derrière les paupières closes et un sourire triste.
- Arrêtez vos conneries, lance sèchement Shura. Allons le voir, plutôt. Le connaissant, il cherche à nous faire réagir plus qu'à vraiment nous quitter.
Dans un hochement de tête entendu, tous les convives suivent le jeune homme aux cheveux noirs. Ils se retrouvent attroupés à un mètre ou deux des trois autres : Aphrodite, assis sur le pont et recroquevillé, subit les assauts verbaux d'un DeathMask qui le saisit vivement par les épaules, le regard vissé sur la seule chose qu'il peut voir de sa tête – le haut d'une cascade cyan et ondulée. Saga quant à lui est resté en retrait, les bras croisés et le regard vide censé s'être posé sur les épaules du Cancer.
- Ressaisis-toi, bordel de merde ! Si tu flanches, je fais quoi ?
- …
- Réponds !
- … Haha…
- Te fous pas d'moi ! Réponds !
- … Qu'est-ce que je disais… Une raison en cache toujours une autre…
- Hein ?
- Tu t'en fiches au fond que je flanche. Ce qui t'inquiète c'est ce qui t'arrivera par la suite.
Aphrodite redresse le visage et esquisse un sourire, qui sera de courte durée puisque sa tête dévie brusquement de trajectoire suite à une gifle magistrale que le Poissons se prend, gifle qui est allée jusqu'à faire saigner sa lèvre inférieure.
- Va te faire foutre. Bien comme il faut. Tu comprends toujours c'que j'te dis d'travers, j'ai ma dose. Tu veux te casser, faiblarde ? Bah casse-toi. J'fais plus d'effort. Tu m'désespères.
Masque de Mort s'éloigne, Saga le regarde faire en le foudroyant du regard avant de s'approcher à son tour d'Aphrodite et de s'accroupir face à lui, beaucoup plus prudemment. Celui-ci est resté immobile, tête baissée et tournée du côté où il a été frappé, incroyablement silencieux. Le Gémeaux, attristé, approche doucement sa main dans l'espoir de redresser le visage de son ami, ou même de lui caresser la joue meurtrie pour manifester ses intentions plus pacifiques. Mais l'autre a un violent mouvement de rejet, et Saga se rétracte, encore plus touché.
- Aphrodite… Regarde-moi, s'il te plaît…
- J'ai pas envie de revoir le visage du mal incarné, répond sèchement un Poissons méconnaissable à la voix rauque, qui pose une main sur sa joue rouge pour tenter vainement de la protéger.
Saga déglutit faiblement et clôt les paupières.
- Tu as parfaitement raison de penser ça de moi. Défoule-toi si tu veux, si ça peut te faire du bien.
- C'est trop tard, maintenant. Tu aurais du dire ça il y a treize ans.
Aphrodite finit par affronter les grands yeux calmes de son aîné et, ne pouvant pas supporter ce qui se tient devant lui, ne se retient pas de lui saisir la gorge à pleines mains – décidément c'est la fête aux chevaliers hallal ce soir.
- Oh ce que j'avais envie de t'étriper… Tu as tué notre père à tous, et tu t'es traîné devant nous comme la victime de l'histoire, comme un chien battu, tu nous as suppliés de t'aider, tu nous as traînés dans la boue avec toi ! T'as profité d'enfants, comme le pire des porcs ! Shura a du sang indélébile sur les mains parce qu'on lui a menti, DeathMask a sombré dans la folie parce qu'on l'a privé de cadre, oh quand je vois ta gueule d'ange j'ai juste envie de te la détruire pour que tu n'aies que ce que tu mérites !
L'emprise du Poissons se resserre à tel point qu'il finit par jeter Saga au sol, à même le sable. Shura essaie d'intervenir pour les séparer mais il se fait repousser par les deux garçons – même le Gémeaux qui du regard fait comprendre au Capricorne qu'il faut le laisser faire.
- Mais tu sais quoi, Saga ? Le pire, le piiiire, c'est que j'ai cru en ce que tu disais ! J'étais naïf à l'époque, je t'ai suivi sans discuter ! Et quand je me suis rendu compte de ce que tu es vraiment, c'était trop tard, j'avais le mensonge que tu incarnais dans la peau ! Je t'aimais tellement ! Je vous aimais tellement ! Pourquoi vous m'avez détruit, hein ? Pourquoi ?! J'ai rien demandé, moi… Je voulais juste… Juste…
L'ancien Grand Pope retrouve peu à peu l'air qui commençait à lui manquer quand le bras droit de son sombre pontificat se laisse tomber sur son torse, fondant en larmes. Sans rien dire, il enroule ses bras autour de ses épaules devenues frêles, et il le berce en silence. Le groupe fraîchement arrivé s'approche un peu plus. Mû et Aldébaran expriment dans leur yeux une tristesse jusque-là jamais lue dans leurs regards brillants. Kanon détourne amèrement le regard, se sentant de trop. DeathMask retourne au bateau, exaspéré. Aiolia est dépité, Shaka et Dohko ont plissé leur bouche en une moue amère, Shion se passe une main tremblante au visage, Milo est comme choqué, Shura reste tête basse et mâchoires serrées, au bord des larmes, et Camus tente de garder un air impassible en croisant les bras pour cacher ses mains qui commencent à trembler - même si le fin tressaillement de ses épaules doit sûrement le trahir. Tatsumi fronce le peu de sourcils qu'il a, plus que perplexe.
- Garder ton humanité.
La voix féminine qui vient de s'élever surprend tout le monde. Saori surgit de la foule et s'avance à pas hésitants vers Aphrodite qui s'est redressé, après s'être faufilée parmi sa garde dorée pour se frayer un chemin.
- Pardon… Pardon… Excusez-moi… Merci ! Voilà. Aphrodite…
La jeune femme saisit la main du Poissons encore restée sur sa joue. Saga le lâche progressivement, l'air de nouveau absent. Le suédois regarde la princesse faire, le regard brillant et rougi par les larmes qui inondent son visage défait.
- J'ai été aux côtés des Chevaliers de Bronze pendant suffisamment longtemps pour constater leur évolution. Tandis que certains semblaient perdre ce qui faisait d'eux des êtres humains, d'autres comme Seiya n'ont pas fait taire les voix de leurs cœurs. Parfois, ils en faisaient des murmures, parfois ils en faisaient des cris. Vous tous, vous êtes comme eux, même si la dureté de vos épreuves vous ont rendu non pas moins sensibles mais plus fiers qu'eux. On a peut être voulu piétiner ce qui faisait de toi un être d'exception, Aphrodite, et cela t'a grandement fait souffrir, mais dis-toi aujourd'hui que tous ceux qui t'entourent et qui t'ont blessé savent que cela a été une erreur, et que tous ils veulent remonter la pente en déterrant la nature humaine qu'ils ont enfoui toutes ces années. Ce n'est plus l'heure des sacrifices et des regrets, regarde tes frères d'armes autrement ! Je suis hélas désormais dans l'incapacité de m'éveiller au cosmos, mais si je pouvais encore le faire je t'envelopperais de cette douce énergie dont tu as été privé trop tôt… À la place je peux toujours faire ça.
La patronne de la fondation Kido serre le chevalier des Poissons dans ses petits bras, sous l'étonnement de tous les spectateurs, et celui d'Aphrodite le premier. Saga à peine redressé observe mélancoliquement cette scène qui lui rappelle sa propre mort. Puis le visage de Mû s'illumine. Il jette un regard à chacun de ses collègues, et tous approuvent en silence l'idée implicite du Bélier. Ils éveillent leur cosmos dorés et le rassemblent pour n'en faire qu'un, plein de chaleur et de compassion. L'appel vient jusqu'à DeathMask qui, pas du tout habitué à manifester ce genre de sentiments, fait de son mieux pour brûler son cosmos à son tour en faisant passer le bon message. L'aura d'Aphrodite résonne avec celle de ses amis, et ce qu'il y lit le bouleverse complètement. De nouvelles larmes coulent le long de ses joues tandis que dans sa tête résonne la voix télépathique de ses pairs.
- On n'oublie rien, crois-moi… On oubliera jamais… commence Saga.
- Mais on s'est pardonnés les uns les autres, quand on s'est amendés face au Mur qui cloisonnait Elysion, poursuit Aiolos.
- Puis maintenant qu'on s'est dit pardon, ce serait bien con de continuer à se faire la gueule, surenchérit DeathMask.
- Rappelle-toi, murmure Aldébaran. Quand on se bagarrait et que ton maître nous obligeait à se présenter des excuses mutuelles… Ceci fait on repartait jouer ensemble ! Et regarde, je n'ai pas oublié pour autant.
- Bien trouvé, se contente de commenter Camus avant de finalement rebondir sur un des arguments de la colère d'Aphrodite. On n'effacera pas l'ardoise… Disons qu'on en prendra une nouvelle.
- Le destin nous a tous donné un rôle pour jouer la tragédie qui nous a déchirés, et on devait s'y tenir, explique Shion. Saga a tenté de vous sortir de cette fatale représentation, mais hélas la roue a tourné et il n'a pu être en mesure de le faire. Mais rassure-toi, le rideau est tombé pour de bon, et aujourd'hui nous pouvons redevenir nous-mêmes.
- Ce ne sera pas simple, surtout que l'épreuve à été de très longue haleine… Deux cent quarante-deux ans pour certains, et quand même quinze pour d'autres, affirme Dohko. Et dans le tas on a oublié plein de choses…
- Personnellement je ne t'ai jamais trouvé particulièrement mauvais, tu t'en tenais à ton script c'est tout, et tout le monde le savait, ajoute Milo. Le drame de l'île d'Andromède, au fond, personne ne voulait de ça.
- La déco de chez DeathMask, je suis sûr que lui-même il gerbait devant, réplique Shura d'un ton amusé.
- Des fois j'avoue, mais ça ça peut être la gueule de bois aussi, se confie presque solennellement le Cancer.
- La mort de mon frère et la Bataille du Sanctuaire, personne ne la voulait non plus, intervient gravement Aiolia.
- Mais ça c'est passé quand même, et on ne pourra changer ça, reprend Aiolos. Par contre on peut, maintenant qu'on est tous là, choisir ce qu'on va faire par la suite. Pour de vrai.
- On s'est peut être finalement battus pour cela, chacun à notre façon, et on a obtenu gain de cause auprès des dieux, fait mine de se demander Saga.
- La liberté, déclare Shaka.
- Et l'amour… rajoute Mû, rêveur.
- Tu aurais pu dire l'amitié, ça aurait fait moins gnan-gnan, rétorque Milo.
- On n'est plus à ça près, se contente de répondre Camus.
- Tout ça pour dire qu'on est désolés, Aphrodite, reprend Shion. Désolés comme on ne l'a jamais été. Mais on ne peut pas se résoudre à rester sur nos peines passées alors que justement, le passé est passé. Mais n'oublie jamais que ce qui t'a fait du mal nous a fait du mal aussi, et qu'avoir mal tu as le droit.
- Mais justement, la vie a une dette envers nous ! s'exclame Dohko.
- Ah bah ça, je vais la saigner la vie moi vous allez voir ! s'écrie presque Milo.
Après un rire collectif dans les pensées des jeunes hommes, Aphrodite finit par retrouver ses esprits et parler, de vive voix cependant, et celle-ci étant chevrotante d'émotion.
- Les amis… Je… Je me sens bête là vous savez ?
- Mais naaaan, faut pas ! s'exclame Milo, prêt à se jeter sur l'androgyne lui aussi – décidément tout le monde veut le câliner.
- C'est surtout que… Hum… Mademoiselle Saori, est-ce que vous pourriez…
- Oh pardon !
L'ancienne incarnation de déesse (et visiblement un peu fangirl sur les bords) lâche lentement son douzième garde du corps, qui en profite pour se relever avec un sourire confus. Elle reprend sa place après avoir souri au suédois, tranquillement, jugeant sa mission accomplie. Saga fait de même, non sans se faire violence pour ne pas soupirer de soulagement – c'est que ça pèse lourd tout ça. Mû, encore tout de même surpris par le dernier discours de Saori, regarde à nouveau son prédécesseur.
- Ah cette fois j'y suis pour rien ! s'offusque le doyen de l'assemblée, les mains levées.
- Vraiment ? Ouh là…
Mû jette un regard presque effaré à la japonaise. Elle cacherait donc bien son jeu ? Aurait-elle été enfin touchée par la grâce divine ? Ce ne serait pas trop tôt… Non parce que réussir à se prendre une aussi grosse flèche en pleine poitrine sans esquiver, c'était tout de même pas très intelligent de sa part… Et encore, les Bronzes lui en ont raconté d'autres vertes et des pas mûres à son sujet…
- Je… Je ne sais pas vraiment quoi vous dire, les garçons… balbutie Aphrodite, complètement confus, en adressant un regard pour chaque personne présente à la soirée – et cette fois plus d'animosité dans les orbes clairs.
Camus hausse simplement les épaules, un sourire très discret et également confus aux lèvres.
- Alors ne dis rien.
Milo observe avec étonnement ce qui lui fait guise d'ami – même si l'affaire Surt lui passe encore en travers de la gorge, puis il frappe avec vigueur le plat de ses mains sur ses flancs pour rester par la suite mains sur les hanches.
- Bon alors, ces grillades ? Plutôt que de bavasser, on devrait agir ! C'est plutôt ça une attitude de Chevalier !
- C'est bien de réfléchir avant tout de même… intervient timidement Shaka avant de se retrouver brusquement tout seul sur le ponton, les autres s'étant tous élancés comme une meute de chiens sauvages vers le barbecue.
Le blond se retourne alors vers la plage, et croise le regard d'Aphrodite un bref instant avant que celui-ci ne reporte à nouveau son attention sur sa course légère aux côtés de Shura. Il pousse un long soupir, secoue légèrement la tête puis rejoint tranquillement les morphales de service.
Le chef et deux de ses commis, qui accompagnent leur patronne où qu'elle aille, ont déjà, avec l'aide de Tastumi qui n'a pas vraiment assisté à la scène d'Aphrodite, dressé une grande table blanche et déposé denrées, verres et couverts en plastique. Au menu : melon, pastèque, assortiment de pièces de veau porc poulet et agneau, brochettes de tout type, et pour les éventuels végétariens ou végétaliens, une grande salade composée a été déposée au mileu de la table. Et Aiolia va être content, il y a de la feta dedans.
Saga réussit dans la cohue à saisir une assiette, et il s'apprête à prendre la dernière cuisse de poulet disponible quand une main tannée s'en empare devant lui à la vitesse de l'éclair. Mauvais perdant, il fait la moue et ose chercher de son regard contrarié celui qui est à l'origine de son mécontentement. Et bien sûr, il a fallu que le fautif soit Aiolos, qui lui s'en donne à cœur joie pour sourire narquoisement, triomphal comme toujours.
- J'étais là avant, se contente de marmonner le Gémeaux.
- Oui mais je l'ai prise avant, chantonne presque le Sagittaire – à croire qu'il l'a fait exprès !
- C'est déloyal.
- C'est la loi du plus fort !
Tous les Chevaliers se tournent vers leurs aînés, sentant la tension palpable entre eux. Ils s'éloignent respectueusement du duo qui se fait face, craignant tout de même une nouvelle scène et ne sachant sur quel ton interpréter la situation. La dernière phrase prononcée semble avoir provoqué quelque chose chez l'ex-Grand Pope, qui s'avance vers l'archer en dardant ses perles de jade dans les siens.
- Oh ? Et sur quoi te bases-tu pour affirmer que de nous deux tu es le plus fort ?
- Bah… J'ai pris le poulet avant toi. C'est une preuve suffisante.
- Je ne trouve pas.
- … Ah, j'ai compris ! Tu me défies, c'est ça ?
- Loin de moi cette idée, voyons.
- Très bien ! Alors je sais ce qu'on va faire ! Duel à mains nues, pas de techniques, le dernier debout gagne la cuisse !
- Ça marche !
Les deux hommes se serrent la main d'une poigne de fer puis ils s'éloignent vers le bord de mer pour entamer un combat si sérieux au départ qu'il ébranle les spectateurs de l'altercation. Après tout, ces deux-là doivent en avoir gros sur la patate, peut être que ce duel est le moyen pour le Chevalier aux flèches d'or de se venger quelque peu de ce qu'il a subi par la faute d'un Saga qui avait oublié de préciser en arrivant au Sanctuaire qu'il avait é-ven-tuel-le-ment des soucis d'ordre psychiatrique… Puis pour Saga, ce serait le moyen de passer à autre chose, et d'accepter enfin de toucher son compagnon bel et bien vivant parmi eux - sans risquer de le tuer plus ou moins par accident.
Les deux opposants se retrouvent pendant la lutte, si bien qu'ils finissent par s'unir de nouveau. Leur combat finit par davantage ressembler à une bagarre amicale entre deux enfants chahuteurs qu'à un véritable combat même d'entraînement. Ils rient à gorge déployée, Aiolos plaque Saga au sol qui se mange une bonne poignée de sable avant d'inverser les positions et de chatouiller son confrère comme il le peut, ce qui leur arrache d'autres rires encore. Ils revivent avec une relative nostalgie leurs jeux d'apprentis, et abandonnent encore une fois la question qu'ils n'ont jamais réussi à résoudre, celle de savoir qui était le plus fort parmi les deux.
Et pendant qu'Aiolia se jette au cou de son frère en pensant pouvoir le défendre et que Milo fait de même pour assurer les arrières de Saga, et que Mû, Aldébaran Kanon et Dohko se jettent dans le tas sans réfléchir - sous le regard amusé de Shion, Shura dévie le regard vers l'assiette mise en compétition. Vide. Il sourit en coin et lève les yeux vers Aphrodite, qui se donne bien du mal à couper le pilon de la discorde avec ses couverts – hors de question de se salir les mains voyons.
- Quoi ? J'avais faim, et le porc ça donne des boutons.
L'espagnol finit par éclater de rire, chose assez rare pour être soulignée.
Par chance, les combattants ont oublié la raison pour laquelle ils guerroyaient et ensemble ils repartent se servir autre chose au buffet, sans ciller quand ils passent devant le Poissons qui nargue allègrement ses deux amis avec l'objet de leur convoitise.
- Bon, je propose un accord pacifique et le partage équitable de ce qui reste de brochettes de poulet et de salade, négocie Aiolos.
Saga acquiesce simplement.
Pendant ce temps, Shura Camus et Aiolia se retrouvent assis côte à côte, contre le même rocher. N'étant pas du genre à engager la conversation, le Verseau se contente de manger sa côtelette grillée avec toute l'élégance dont il dispose – ou presque parce qu'à vrai dire on est jamais classe quand on mange barbecue. Aiolia, lui, cherche quelque chose à dire: il a peur de ce que son collègue de la Dixième pourrait comprendre de son silence, qui n'est que malaise et non rancune. Shura, de son côté, est divisé. Parler oui, mais il n'est pas très fort pour les conversations banales et longues à souhait – il en vient au fait il coupe la poire en deux avec son Excalibur et c'est fini, que vous soyez son subordonné ou son meilleur ami.
- Hem… commence le Lion. Et sinon, heu… Ça va, la vie, tout ça ?
- Comment ça ? demande Shura, peut être un peu plus sèchement qu'il l'aurait voulu si bien que le Cinquième Gold Saint rentre la tête dans les épaules.
- Ben… Je sais pas… Vous devenez quoi, quoi…
- Oh, ça… Shura hausse les épaules. Bah écoute, rien de nouveau pour l'instant, on verra bien par la suite…
- T'as raison va, on est pas pressés !
- Et toi, avec Marin ?
- Marin ? Comment ça Marin ?
- Oh arrête, tout le monde est au courant tu sais…
- Ouais ! s'écrie soudain un Milo fraîchement arrivé en tapant vigoureusement le dos de Camus au point que celui-ci en a manqué de recracher sa dernière bouchée de viande. D'ailleurs, on va pas se le cacher les gars, je sais pas ce qu'il y a sous son masque mais Lia t'as quand même du goût…
- Hm ? marmonne Aiolia en enfournant une bouchée énorme de salade et en haussant les sourcils.
- Bah… Allez, faut dire ce qui est, franchement ! Marin, elle est bonne nan ?
- Bonne ? répète bêtement le Lion en mâchant bruyamment, pas convaincu.
- Bah oui ! Elle est pas bonne tu vas me dire ?
- Bah non.
- Eh … ?
Milo et Shura regardent Aiolia avec de grands yeux étonnés – Camus quant à lui il est comme son temple, de marbre. Aiolia avale ce qu'il a dans la bouche puis lève la tête vers le Scorpion, l'air penaud.
- Bah Milo t'es bête… Elle est Chevalier d'Argent, comme avant… Pas bonne…
Les trois compères d'Aiolia mettent un certain temps à comprendre le calembour de celui-ci. Ceci enfin fait, Shura demande à Camus du regard s'il peut lui emprunter ses couverts et son assiette puisqu'il est le premier à avoir fini. L'espagnol tape ensuite l'assiette vide avec la fourchette et le couteau.
- Badam…
Le dos de la fourchette vient ensuite heurter le haut de la tête du Lion, qui la baisse par réflexe.
- Tss !
- Aouweuh !
Certes, Marin n'est pas devenue femme de ménage. Mais Shura est prêt à parier que si elle avait entendu la blague nulle d'Aiolia, elle lui aurait passé un savon quand même.
Mince, je crois qu'Aiolia et ses jeux de mots déteignent sur l'écriture de l'humble auteure de cette histoire. Mais passons. Intéressons-nous plutôt à ce qui se passe ailleurs…
Car pendant que Aiolos Saga et Kanon renouent la corde cassée de leur passé commun en discutant et se chamaillant par moments, que Shion et Dohko se racontent encore une fois l'anecdote de la Balance qui avait pris Cardinale pour une fille lors de leur première rencontre – ah mince j'ai déjà fait la blague de Lady Oscar, que Mû cherche désespérément des guimauves dans un buffet exclusivement garni de mets salés, qu'Aldébaran le regarde faire pour le moins perplexe, que Shaka mange et discute avec Saori, et que comme nous l'avons constaté Aiolia désespère Milo Shura et Camus, Aphrodite s'est encore retiré. Mais cette fois, il s'est éclipsé pour une noble cause : rendre la pareille à celui qui a fait des pieds et des mains pour que le Poissons revienne festoyer, et qui fait à son tour cavalier seul en dépit de ses propres reproches à l'égard du suédois.
À suivre...
