« JULIETTE : Veux-tu donc partir ? Le jour n'est pas proche encore : c'était le rossignol et non l'alouette dont la voix perçait ton oreille craintive. Toutes les nuits il chante sur le grenadier là-bas. Crois-moi, amour c'était le rossignol.

ROMEO : C'était l'alouette, la messagère du matin, et non le rossignol. Regarde, amour ces lueurs jalouses qui dentellent le bord des nuages à l'orient ! Les flambeaux de la nuit sont éteints, et le jour joyeux se dresse sur la pointe du pied au sommet brumeux de la montagne. Je dois partir et vivre, ou rester et mourir. » – William Shakespeare, Roméo et Juliette


Chapitre 37 Amour

Lucius se baisse et se saisit de la main du corps inconscient gisant au sol.

C'est juste… Ca ne semble pas réel. Rien de tout celà ne semble réel. Ca semble totalement distinct de l'ici et maintenant : comme si je regardais un film ou lisais un livre.

Je ne ressens même pas de soulagement. Je me sens seulement malade. Exténuée.

Lucius se retourne et tend sa main libre vers moi.

« Allons » dit-il d'une voix douce. « Nous devons sortir d'ici aussi vite que possible. »

Sans un mot je tends la main et glisse mes doigts dans les siens, et il tire de ses vêtements la petite clé d'argent. Nous sommes en un instant tous les trois aspirés dans le vide étroit, reliés par nos mains…

Nous atterrissons dans ma chambre.

Lucius lâche ma main, mais garde son emprise sur son fils.

« Je vais le remettre dans son lit » il marmonne. « S'il reprend conscience autre part que dans sa chambre, ses soupçons seront décuplés. » Il verrouille son regard sur le mien. « Je reviendrais très bientôt ici, et alors il faudra que l'on parle. »

Il disparaît dans les airs, tenant toujours son fils par le poignet.

Je cligne des yeux en prenant une profonde respiration.

Je prends lentement le chemin de mon lit, et je m'abaisse doucement, très doucement, et je sens chaque muscle crier de protestation alors que je m'assois sur le bord du lit.

Je dois me rappeler de respirer.

Mes doigts se crispent sur le rebord du matelas.

Je ne sais pas quoi penser, ni quoi ressentir.

Les souvenirs remplissent mon cerveau. Rien que les souvenirs de ces deux dernières heures.

Courageuse, intelligente, et forte…

Que veulent dire ces mots pour… pour nous ?

Quel nom puis-je utiliser pour cela, après ça ? Comment puis-je encore utiliser le mot 'baiser' pour ça ?

'Baiser' implique l'absence d'émotions et de sentiments. 'Baiser' implique des ruelles sordides et des hôtels miteux. 'Baiser' revient à du sexe pur et simple.

Et je ne peux plus utiliser ce mot plus longtemps.

Que puis-je utiliser pour décrire ce qui se passe entre nous alors ?

Un petit 'pop' me signale son retour dans la pièce.

Je me lève rapidement.

« Est-ce qu'il est… sauf ? » je demande en hésitant.

Il ricane sinistrement et hoche la tête. « Aussi sauf que nous. Lorsqu'il se réveillera, il sera dans son propre lit. Ca sera comme si hier n'avait jamais existé pour lui. Ce n'est pas une solution idéale, mais elle devait être faite. »

Elle devait être faite. L'effacement de la mémoire de son fils devait être fait. Cette horrible solution lâche devait être faite

Je secoue la tête. « Vous n'aviez pas besoin de lui effacer la mémoire. »

Il arque un sourcil. « Et qu'aurais-je pu faire d'autre selon vous ? Allons-nous simplement continuer à laisser les gens découvrir la vérité un à un ? »

Un éclat sombre apparaît dans ses yeux, et je n'aime pas cela. Je n'aime pas ça du tout. Je l'ai déjà vu comme ça auparavant.

« J'ai accepté le fait que Weasley l'ai découvert » il marmonne. « Ses idées de noblesse Gryfffondor, et son sentiment absurde qu'il pourrait vous aimer, me conforte dans son silence. Mais mon fils… »

Il s'arrête un instant, avant qu'il n'essaye de se calmer.

« Il n'a aucune discrétion » il murmure. « Je le connais : il n'a jamais été capable de tenir sa langue. Si je lui avais permis de se rappeler ce qu'il a découvert, la moitié de la maison aurait été au courant avant demain. »

Et… Au mon Dieu, même si je méprise Drago, je ne peux pas laisser passer ça.

« Il vous aime ! » je m'exclame, plus indignée que je ne devrais être aux vues de la situation. « Je sais qu'il aurait gardé ce secret pour vous laisser en vie. »

Sa bouche se tord tandis qu'il considère mes paroles. « Peut être » dit-il finalement. « Mais sa langue pendue ne nous aurait pas aidée. Il ne pouvait même pas garder secret sa mission de tuer Dumbledore. »

Je laisse échapper un soupir. Je suppose que c'est vrai, mais… Oh mon Dieu, c'est tellement cruel tout ça !

« Nous ne pouvions pas lui permettre de se rappeler, pas alors que nous devons déjà nous soucier des soupçons de Bellatrix, » poursuit-il. « Et c'est maintenant une certitude que le Seigneur des Ténèbres lui même nous suspecte au point qu'il a envoyé quelqu'un pour nous espionner. »

Il tourne la tête, fixant le vide de la pièce, temporairement perdu dans ses pensées.

« Je savais bien qu'il se doutait de quelque chose » il marmonne. « Comment ne le pourrait-il pas, avec Antonin qui lui chuchotait à l'oreille sa jalousie empoisonnée ? Et lorsque j'ai épargné votre vie, et après que je vous ai rattrapé chez les Weasley… »

Il s'arrête et porte sa main à son front, avant qu'il ne l'abaisse à nouveau pour me fixer, les sourcils froncés.

« Que lui avez-vous dit lorsqu'il a demandé de diner avec vous ? »

« Quoi ? » je demande bêtement.

Il ne lève pas les yeux au ciel, ni ne fait de commentaire cinglant face à mon hésitation, comme il l'aurait fait avant. La situation est trop grave pour cela.

« Lorsqu'il a demandé de diner avec vous, peu après la mort d'Antonin » dit-il, se rapprochant de moi à grands pas. « Lui avez-vous dit quelque chose qui lui donnait une raison de nous soupçonner- »

« Non ! » je dis vivement, mes sens en alerte. « Je n'ai rien dit. Je vous l'avais bien dit à l'époque. »

Il regarde interrogateur mon visage, mais il n'utilise pas la Legilimencie.

« Et quelle raison auriez-vous de mentir ? » il murmure avant de se détourner de moi, arpentant rapidement la pièce avec une énergie inquiète.

Je le regarde. Je surveille ses mouvements rapides. Il ne sait pas quoi faire, et moi non plus, oh mon Dieu, nous sommes coincés…

« Qu'allons-nous faire ? » je murmure tremblante.

Il me regarde. Ses yeux sont presque… sauvages. Il ne ressemble pas à l'homme que je connais. Le Lucius Malefoy que je connais n'a peur de rien, sauf peut être de lui même.

Je ne l'ai vu comme ça qu'une seule fois auparavant. Juste après que nous ayons tué Dolohov.

« Je ne sais pas » dit-il d'une voix dure et rude. « Avez-vous des suggestions ? »

Ma bouche s'ouvre et se referme comme un poisson rouge stupide alors que j'essaye désespérément de trouver ce qu'on pourrait bien faire…

Il secoue la tête et rit sombrement.

« Non, bien sur que vous ne savez pas » il marmonne rapidement. « Parce qu'il n'y a rien que nous puissions faire. »

Il commence à marcher vers moi, et je me retrouve à m'éloigner de lui parce qu'il a un éclat dangereux dans le regard : un qui me fais me méfier face à ce qu'il pourrait faire sous la peur.

« Mon fils et ma belle-sœur nous soupçonnent assez pour que l'on s'inquiète. » Sa voix est parcourue d'une peur glacée. « Mais si Avery nous suspecte, alors il n'y a plus rien qui puisse nous protéger. Ni les liens familiaux, ni les sombres secrets, rien. Le devoir est tout ce qui importe pour Avery, et son devoir est de découvrir ce qu'il se passe entre nous. »

Mon dos se cogne au mur de pierres froides derrière moi.

« Ca pourrait bien se passer ! » je murmure désespérément. « Il ne sait pas encore- »

Sa main se referme soudainement sur ma gorge, m'épinglant au mur alors que ses yeux me fixent d'une lueur proche de la folie.

« Pas encore ! » dit-il violemment. « Voilà un mot essentiel, n'est-ce pas ? Pas encore ! Par Merlin, il en sait certainement bien plus que l'on ne croit ! Vous l'avez vu comme moi : collectant des petits bouts d'information pas ci par là. Il aura vu chaque regard que nous avons échangé, chaque mot, chaque petite interaction- »

« Alors pourquoi n'avez-vous rien fait contre ça ? » Je lui siffle au visage. « Si vous le saviez pendant tout ce temps, pourquoi n'avez-vous rien fait pour arrêter ça ? »

Sa main se resserre sur ma gorge.

« Qu'aurais-je pu faire ? » il siffle. « L'affronter aurait été similaire à avouer ma culpabilité. Me débarrasser d'Avery n'aurait amené que des ennuis compte tenu de la disparition suspecte de Antonin. Nous avons déjà été chanceux de nous échapper de ce petit scénario, mais si Avery venait lui aussi à disparaître… » Il s'arrête et sa main se resserre encore plus jusqu'à ce que j'étouffe presque sous sa poigne de fer. « Alors, j'étais censé faire quoi, exactement ? » il murmure.

Je lève désespérément les yeux vers son visage, sentant ma gorge se contracter alors que j'étouffe, et, oh mon Dieu, nous sommes finis, tous les deux, nous sommes perdus.

Sa respiration dure ralentit progressivement, et il lâche finalement ma gorge alors que la lueur de folie s'estompe de ses yeux.

Je porte ma main à mon cou endoloris et le masse doucement. Ses lèvres s'étirent en une mince ligne tout en me regardant, avant qu'il ne reprenne la parole.

« Je pensais que je pourrais garder ça secret, que je pourrais tous deux nous protéger » il murmure. « Mais ce soir a prouvé à quel point il serait facile pour lui de découvrir exactement ce qu'il se passe. Si quelqu'un aussi inepte que mon fils peut le faire, alors ça ne poserait aucun souci pour un Mangemort expérimenté. »

Je prends de profondes respirations pour me calmer.

« Il ne sait pas- » je commence, mais il m'interrompt.

« Non, pas encore, mais il le saura. » Sa voix ne reflète plus la colère. Il parle avec un calme presque… olympien, une certitude morose. « Et dès que ce sera fait, il ira directement voir le Seigneur des Ténèbres. Je le connais. Et lorsqu'il aura fait ça, nos vies seront finies. »

Je commence à trembler de façon incontrôlable. « En êtes-vous certain ? » je murmure.

Il sourit sans aucune joie. « Absolument. J'ai moi même éliminé de nombreux traitres à leur sang. Dès qu'un Mangemort trahi son sang, lui ainsi que la Moldue pour qui il a trahi, meurent instantanément. »

Je frissonne. Oh mon Dieu, oh, pourquoi, pourquoi ?

« Ca n'a pas à finir comme ça ! » Je tends ma main et pose ma paume sur sa joue. Ses yeux brulent dans les miens avec une intensité qui me donne le tournis. « Pourquoi ne pouvons-nous simplement pas… partir ? »

Il me fixe, me regardant comme si je venais de lui dire que la terre était carrée, ou que le ciel était vert. Il n'arrive pas physiquement à comprendre ce que je viens de lui dire.

Mais je ne m'arrête pas pour autant.

« Vous et moi, pourquoi ne partons-nous pas ? » Ma voix se fissure alors que je parle. « Nous pourrions fuir cet endroit, pour aller… n'importe où. Quelque part où personne ne pourra nous dire que c'est mal. Quelque part où nous pourrions être ensemble sans que personne ne nous le reproche- »

Il ferme les yeux et secoue négativement la tête, comme s'il pouvait à peine supporter d'entendre ce que je dis.

« Vous demandez l'impossible » il marmonne d'une voix serrée et tendue.

Il ouvre ses yeux et ses doigts se referment autour de mon poignet pour repousser ma main, avant qu'il ne se détourne de moi…

Non. Je ne vais pas me taire à nouveau.

Ma main se referme sur son épaule, le tirant vers l'arrière pour me faire face. Son expression est un mélange de colère et d'angoisse.

« Est-ce si mal que je veuille être avec vous ? » je murmure furieusement. « Je le veux, Lucius ! »

Je m'arrête, et alors que ces mots sortent de ma bouche, je me rends compte que c'est vrai. Dieu aidez-moi, Dieu aidez-nous, mais c'est vrai.

Son visage est dur comme la pierre alors qu'il se débat pour ne laisser paraître aucune émotion.

Mais il ne dit rien, alors je continue.

« C'est ce que je veux le plus au monde. » Ma voix est serrée dans ma gorge. « Et si vous voulez vraiment quelque chose, alors il y a toujours un moyen d'y parvenir. »

Il s'arrache de mon emprise et se recule de moi, paraissant presque dérangé en cet instant.

« Vous demandez quelque chose que je ne peux donner ! » il crie. « Vous m'avez toujours demandé des choses que je ne peux donner. D'abord ça a été ma pitié, puis ça a été ma protection, et enfin mon attention. Vous avez reçu tout cela en abondance, alors pourquoi maintenant vous me poussez à renoncer à ma propre existence pour vous ? »

« Je ne vous demande pas de renoncer à votre propre vie ! » je dis, tremblante d'émotions. « Je vous demande au contraire de vivre, Lucius ! »

« Vivre ? » il répète incrédule, avant de respirer un long rire, sombre et plein d'amertume. « Où imaginez-vous que l'on puisse vivre ? Nous serions traqués par mes collègues durant des semaines, et ils nous tueraient tous les deux, vous savez qu'ils le feraient. Je ne pourrais pas vous protéger contre la colère du Seigneur des Ténèbres en personne. »

J'avale rapidement. « L'Ordre nous protègera- »

« L'Ordre ! » dit-il dans un grondement sourd. « Oh oui, vos amis tout puissants. Dites-moi Sang-de-Bourbe, où était l'ordre lorsque Dumbledore est mort ? Où était l'Ordre lorsque vous avez été faite prisonnière ? »

« Ils sont tout aussi puissants que les Mangemorts ! » je dis avec passion. « Ils seraient capables de nous aider, je le sais. »

Il laisse apparaître un sourire sans joie. « Mais je doute fort qu'ils seraient prêts à m'aider alors que j'ai consacré mon existence entière à les faire disparaître. En encore plus lorsqu'ils découvriront ce qu'il se passe entre nous. »

Et mes mots meurent par ces paroles, parce qu'il a raison. Je sais bien que c'est vrai. Si jamais nous sortons d'ici et demandons l'aide de l'Ordre, ils diront que je me suis attachée à Lucius simplement parce que mon esprit a été embrouillé par ces mois d'emprisonnement et Lucius serait entre autre arrêté pour viol.

Nous nous regardons l'un l'autre, la respiration lourde, jusqu'à ce que je dise finalement la seule chose à laquelle je peux encore m'accrocher.

« Nous allons trouver un moyen » je murmure.

Il secoue négativement la tête, un petit sourire plein de ressentiment au coin des lèvres.

« Vous et vos fichus idéaux » il marmonne en se détournant de moi. « Je pensais que vous vous en étiez débarrassée depuis longtemps. »

Il s'appuie contre le mur de pierre, me privant de la possibilité de voir son visage, de lire son expression… Oh, pourquoi ne me laisse-t-il simplement pas le voir réellement ?

« C'est fini, Sang-de-Bourbe. »

Quoi ?

Je…

Aucun de nous ne parlons. Le silence est absolu et assourdissant.

Une sensation glacée s'écoule vers le bas de mon ventre.

« Qu-Quoi ? » je bégaie.

Il prend une profonde inspiration et se retourne pour me faire face, le visage dur comme la pierre, car il ne peut pas se permettre de montrer la moindre émotion face à ce qu'il s'apprête à faire, je le sais bien.

Je le connais.

« Si Avery a été envoyé ici pour nous espionner, alors ça ne sera surement qu'une question de temps avant qu'il ne découvre ce qu'il se passe. » Il s'arrête et je peux apercevoir ses yeux cligner d'une émotion authentique alors même qu'il essaye de la camoufler. « Sauf si nous arrêtons cela maintenant. De cette façon, il n'aura plus rien de spécial à découvrir. »

Je serre les poings, enfonçant mes ongles dans ma paume en essayant de garder un certain contrôle.

« Je… je ne comprends pas. » Les mots trébuchent hésitants de ma bouche.

Un muscle se crispe dans sa joue. Il essaie lui aussi de garder le contrôle, je le sais. Mais peu importe ce qu'il fait, il ne peut pas me cacher totalement ce qu'il ressent vraiment.

« Si, vous comprenez » il marmonne d'une voix si faible que je peux à peine l'entendre. « Vous l'avez compris bien avant moi. Nous devons y mettre fin, Sang-de-Bourbe. C'est la seule solution. »

Je ferme les yeux un instant, inondée de douleur. N'est-ce pas ce que je voulais depuis tout ce temps ?

Comment ais-je vraiment pu vouloir cela ?

Je me force à ouvrir les yeux. Je me force à regarder le visage de l'homme qui est en train de nous déchirer simultanément nos deux cœurs.

Son visage est rigide.

Il y a trop d'espace entre nous… Beaucoup trop… J'ai besoin de le combler…

Je fais un pas en avant, puis un autre, et il reste où il est, bien qu'il semble se forcer à le faire.

« Vous allez m'abandonner, après tout ce qu'il s'est passé ? » je demande, ma voix tremblant dans un murmure. « Après tout ce que nous avons vécu tous les deux ? Après que vous ayez tout risqué pour me pourchasser au Terrier, après avoir tué Dolohov pour moi. Est-ce que tout cela n'était rien ? »

Je tends une main tremblante, mais je faiblis et la laisse tomber avant que je ne puisse l'atteindre.

« J'ai tout perdu pour vous ! » Je peux à peine entendre ma propre voix. « Vous ne pouvez pas vous tenir là et me dire que vous avez détruit ma vie entière pour votre foutue faiblesse égoïste, pour maintenant m'abandonner sans même combattre ! »

Il secoue la tête et je peux voir la douleur dans ses yeux. « Vous devez comprendre » il murmure. « Si Avery découvre ce qu'il se passe entre nous, il ira directement en informer le Seigneur des Ténèbres. Et lorsqu'il le découvrira… » Il s'arrête un instant pour se calmer. « Nous serons morts en un instant. Il se pourrait même qu'il s'en occupe lui même. »

« Mais je ne comprends pas ! Vous m'avez dit tant de fois que vous n'aviez pas peur de mourir. Si c'est encore le cas, alors de quoi avez-vous peur ? »

Il tend soudain la main et me saisit par les cheveux, me tirant pour me rapprocher de lui, et je gémis de douleur, mais je peux sentir nos deux corps se toucher à travers nos vêtements, et je ne peux pas respirer, je ne peux plus, tout ce que je peux sentir c'est… luile sentir…

Son souffle est chaud contre ma joue.

Il desserre son emprise sur mes cheveux alors qu'il se ressaisit, mais il me tient toujours à proximité, fixant désespérément mon visage.

« Vous ne voyez pas que c'est la seule solution ? »

Mais il ne répond pas à ma question, il n'a pas vraiment besoin. Je sais maintenant ce qu'il craint de perdre. Je n'avais même pas besoin de le lui demander finalement.

Pendant un moment son visage se rapproche du mien, assez proche pour m'embrasser, et j'espère qu'il va le faire, parce que s'il le fait ça sera certainement suffisant pour qu'il reste…

Mais il serre les dents et me repousse vers l'arrière.

« Tu vas mourir si je ne fais pas ça » il murmure. « Et je ne serais pas témoin de ça. »

« Je vais mourir de toute façon ! » Les mots sortent de ma bouche comme un long ruban emmêlé, tandis que je glisse mes mains sur ses épaules. « Avery a dit aujourd'hui que les Weasley se rebellaient et que vous n'aurez bientôt plus besoin de moi ! »

Ses narines frémissent alors qu'il prend la plus profonde des respirations pour se calmer. « Ce qui signifie que ça va être plus dur que jamais pour moi de te garder en vie. » Sa voix est si calme que je ne peux pas dire si elle tremble ou non. « Le Seigneur des Ténèbres pourrait facilement me demander de te tuer de mes mains pour tester ma loyauté. Mais si je m'éloigne de toi, alors peut être qu'il t'oubliera et te laissera vivre. »

Je reste immobile, mon cœur palpitant dans ma gorge.

« Le feriez-vous ? » je demande, mes ongles se creusant dans ses épaules. « S'il vous ordonne de me tuer, le ferez-vous ? »

Il grimace. « Bien sur que non » est la seule chose qu'il dit. Calmement, mais sans la moindre hésitation.

« Lâche » je murmure.

Il sourit presque. « N'est-ce pas ce que tu voulais, Sang-de-Bourbe ? » il murmure. « Tu as essayé maintes et maintes fois de mettre fin à ce qu'il se passe, et j'ai à chaque fois refusé. Et pourtant tu n'as jamais été aussi désireuse de me garder près de toi. »

Je sens un coup de colère hystérique dans mon ventre. « Le fait que vous soyez cruel ne rendra pas la chose plus facile, Lucius ! » je murmure passionnément. « Vous saviez aussi bien que moi que je ne pouvais pas y mettre fin. Je le voulais, mais je ne pouvais pas. Vous savez cela ! »

Je me hisse sur la pointe des pieds et je presse mes lèvres contre les siennes, enveloppant mes bras autour de ses épaules, et l'instant d'après sa garde se brise légèrement, son corps raide se détendant contre le mien, et sa bouche s'ouvre tandis que le baiser s'approfondit et se durcit, ses doigts se refermant durement autour de ma taille, me tirant plus près de lui…

Mais il rompt soudainement le baiser. Il s'éloigne rapidement de moi, me laissant seule et vide.

« Non » il marmonne, refusant de me regarder. « Tu dois me laisser faire ça. »

Il marche rapidement jusqu'à la porte, se tournant pour me faire face au moment où il l'atteint.

Je tremble face à ce qui va suivre. Lorsqu'il quittera la chambre, ça sera fini, et alors… Oh mon Dieu, que vais-je faire lorsqu'il sera parti ?

Il ne va pas mourir. Tu le verras toujours tous les jours.

Mais je ne veux pas me contenter de le voir chaque jour. Je veux être avec lui à chaque instant.

Ses articulations sont d'un blanc pur lorsqu'il se saisit de la poignée.

Il n'y a plus aucune couleur sur sa peau. Ses yeux sont deux grands trous noirs dans le masque de son visage.

« Je te blesse pour ton bien » il marmonne d'une voix loin d'être stable. « Tu dois oublier tout ce qu'il s'est passé. Nous le devons tous les deux. »

Mais… Mais comment puis-je promettre ça ? Il sait aussi bien que moi que je ne pourrais jamais oublier ce qui s'est passé, pas plus que je ne pourrais oublier mon propre nom.

Et aux vues de l'expression de son visage, il en va de même pour lui.

Je prends une grande respiration et un frisson me parcoure le corps.

« Pour notre propre bien, Lucius ? » je dis dans le plus petit des chuchotements.

Il se contente de me regarder durant un long et douloureux moment.

« Un jour, tu comprendras » dit-il d'une voix incroyablement serrée, avant qu'il ne se tourne rapidement et ne quitte la pièce, claquant la porte derrière lui avec une telle force qu'il en fait trembler les murs.

Je regarde devant moi, la porte fermée dansant devant mes yeux.

Pendant peut être trente secondes, tout ce que je peux entendre est un silence complet et total, et j'espère, je prie pour qu'il revienne, qu'il ne me quitte pas, qu'il ne me brise pas le cœur en deux…

Mais après une douloureuse éternité remplie d'espoir, j'entends des pas rapides se déplacer dans le couloir, s'éloignant de moi, s'éloignant de tout ce qu'il y a jamais eu entre nous.

Je me balance d'avant en arrière, avalant mon souffle dans de fortes gorgées.

Je me sens étourdie.

Je me sens gelée.

Je me sens… en larmes. Des larmes bouillonnent à l'intérieur de moi, me consumant, me noyant dans la douleur…

« Je t'aime » je murmure.

Mais seuls le silence et le vide de la pièce me répondent.

Il est parti. Il est vraiment… juste… parti.

Un sanglot éclate en moi, chaud et dur, et sans même penser à ce que je fais, je me tourne et me précipite dans la salle de bain, couvrant ma bouche de mes mains alors que je sens mon estomac se retourner, de plus en plus comme une machine à laver. Mes pieds nus tapent contre le sol froid pendant que je cours, désespérée d'échapper à ça : à l'agonie de mes propres émotions.

Je ne peux pas respirer.

Je ne peux même plus penser correctement.

Tout ce que je sais, c'est qu'il est parti. C'est fini, il a dit. Plus jamais, jamais, jamais, il m'a laissé toute seule…

Et je l'aime. Dieu aidez-moi, mais c'est la vérité.

Je tombe dans la salle de bain, et j'atteins juste à temps les toilettes pour vomir dans la cuvette de porcelaine blanche.