Note de l'auteur : Bonne lecture !


Matthis grimaça intérieurement. Ca ne lui plaisait pas du tout. Mais il avait la vague impression que ça devait énormément plaire à Gaël et au moins un peu à Alessandro. Même s'il comptait accepter de toute manière pour éviter d'avoir des ennuis avec cette organisation de fous furieux, ça l'ennuierait franchement de devoir trouver une solution pour s'en sortir seul.

- Mais... (il commença) Nous, on rentre dans votre définition de l'élite, certes... Mais nos familles ? Je ne parle pas de la mienne, j'en ai rien à foutre (en plus Alessandro avait déjà réglé le compte de son père) mais Aless' a un frère, et un père, à qui il tient, et ce frère a un petit ami qu'il n'a certainement pas envie de voir mourir, et Gaël a une fratrie d'environ quarante-sept mille personnes... Permets-moi de supposer que tu as réservé une place dans ton monde élitiste à tes parents, ton petit frère et peut-être même le fameux jumeau...

- Ah pour Laurèns, c'est pas encore décidé, ça me ferait quand même mal au cul de laisser vivre un enculé pareil... Puis s'il meurt pendant une immense pandémie, mes parents seront tristes mais ce sera, quelque part, moins violent que si je le faisais assassiner maintenant... Peu importe. Oui, tu as raison, la question des familles est importante. C'est assez simple. Vous, vous êtes des cadres de l'organisation, si vous nous rejoignez évidemment. C'est pour ça que vous êtes au courant de la pandémie et tout ça, c'est pour ça que nous vous demandons un tel niveau d'excellence, en plus d'être sans scrupules. Mais on ne va évidemment pas demander ça à des millions de personnes. D'ailleurs, on ne va pas aller fliquer et espionner des millions de personnes ! C'est à chacun de nos membres, nous les cadres, comme les autres, de définir qui ils estiment capables d'atteindre l'excellence. Exemple très simple, dis-moi, Alessandro, ton frère, il a quoi comme hobbies ?

- Euh... La guitare, la lecture... Disparaître pendant une semaine dans des catacombes glauques d'abbaye au milieu de milliers de manuscrits pour trouver juste une phrase ?

- Déjà été en prison ?

- Une garde à vue. Justement pour s'être introduit dans des catacombes d'abbaye interdites au public. Mais il a été gracié, il n'y a pas eu de plainte déposée.

- Intéressant. Débrouillard ?

- MacGyver à ses heures perdues.

Antoni éclata de rire et acquiesça, satisfait. Il appréciait aussi à quel point Alessandro était détendu en répondant à ses questions alors qu'il devait bien se douter de l'enjeu derrière ces interrogations.

- Tu n'as même pas peur que je considère ton frère médiocre ?

- Non, puisqu'il est évident qu'il ne l'est pas. Je le sais, j'ai vécu avec.

- Tu as raison. Alors, tu vois, Matthis ? Les gens que nous sélectionnons savent parfaitement reconnaître qui peut atteindre l'excellence ou non. Même si ces personnes font partie de leur famille. Tu en es la preuve, non ? Ton père, il faisait bien parti de ta famille non ? Tu as grandi avec lui, tout se passait bien au début. Mais à la première épreuve, au premier test de la vie, il a sombré. Il était ta famille, pourtant tu t'accorderas bien avec moi qu'il n'était qu'une loque, n'est-ce pas ?

- En effet.

- Tu ne penses pas qu'il aurait même pu mourir bien avant ?

- Hm, si.

En fait non. Puisque sa survie lui avait été nécessaire. Il avait beau être un danger permanent, alcoolisé et violent, Matthis était parfaitement lucide sur le fait que s'il n'y avait eu que sa mère, il aurait vite terminé dans un foyer où il aurait eu bien moins de liberté. C'était là leur grand point de désaccord, au final. Antoni avait critiqué la thèse d'Alpha Oméga qui disait "Il faut assujettir les médiocres". La sienne, et donc celle de Fehu Ōthalan, était "Il faut éliminer les médiocres". Matthis n'était pas d'accord. Il fallait laisser croire aux médiocres qu'ils avaient le pouvoir et se servir d'eux. Peut-être leur projet fonctionnerait-il, peut-être allaient-ils vraiment réduire la population mondiale à quelques millions de personnes en bonne condition physique, à l'intellect élevé et autres critères de méliorité. Mais à quoi bon. Au bout d'une génération ou deux, tout redeviendrait comme avant. On ne changeait pas la nature humaine et, selon lui, cette nature penchait inexorablement vers la médiocrité. C'était d'autant plus valables chez deux catégories de personnes, celles en bas de l'échelle sociale et celles d'en haut. Et Antoni voulait précisément supprimer le milieu de l'échelle pour forcer ceux du milieu à monter ou descendre pour ensuite éliminer complètement le bas. Ca allait foirer, et dans les grandes largeurs.

La voix d'Alessandro l'interrompit dans sa réflexion, le châtain enfonçant avec négligence ses mains dans ses poches.

- Donc... Pour Gaël, j'ai cerné l'intérêt, ce que vous lui voulez, mais Matthis et moi ?

Antoni ravala à grand peine le "Matthis, on aimerait bien qu'il s'en aille, en fait" qui lui brûlait les lèvres. Déjà qu'il avait l'impression que ce qu'ils pensaient se confirmait et que leur Projet n'avait pas l'air de réjouir le brun aux yeux gris...

- Alors toi, déjà, c'est simple. Tu dois te douter que nous savons que ta grande passion, à la base, ce n'est pas l'économie, n'est-ce pas ?

- Ecoutes, au point où on en est je ne serais pas étonné que tu connaisses la couleur de mon caleçon. Mais continues, je t'en prie.

- On a un département d'informatique mais on est tous une belle bande de purges avec les claviers à part Estéven. Aussi nous aimerions que tu travailles avec lui parce que bon, un cadre pour tout un département c'est peu, très peu. Surtout celui là, nous prenons la technologie très à coeur puisqu'elle serait une des conditions sine qua non du bon développement de notre société. Estéven, c'est le beau jeune homme, juste là.

Le brun teinté en blond pointa un garçon qui salua rapidement Alessandro, l'examinant d'un oeil critique.

- Quant à Matthis...

"On envisageait de le balancer du haut d'un pont".

- ...Sa connaissance affutée des milieux légèrement sombres de ce monde nous sera très utile, avec notre autre malade mentale nationale, je te présente Yaëlle. (la brune aux yeux rouges lui fit un grand sourire et agita la main en sa direction). C'est elle qui gère la plupart de nos relations avec certains groupes peu légaux.

Matthis observa la jeune femme. Merveilleux. En plus elle ressemblait à Gaël. Et Antoni l'avait surnommé « Malade mentale » sachant que la seule autre personne qu'il ait traité de malade était Guillaume.

Pitié. Pas une Gaël féminine aussi illuminée que Guillaume, il n'avait franchement pas besoin de ça dans sa vie.

- Alors je comprends parfaitement qu'une telle décision prenne du temps, vous aurez besoin d'y réfléchir et je compte bien vous laisser tout le temps que vous voulez mais… Pour l'instant, vous le sentez comment ?

- C'est un truc digne d'un fou dangereux.

- Tu sors avec un mec persuadé que tu es l'Antéchrist, je te signale.

- Et bien, j'ai un truc pour les fous dangereux, que veux-tu ? Aless ?

- Hmmmm, moi je serais plutôt pour aussi. Après si je trouve que vous faites ça mal, comptez pas sur moi pour rester. Matthis ?

- Ca me va… Et de toute façon, je te suis quoiqu'il arrive.

- Hm, au vu de l'affection que me porte ce type, j'ai un doute sur ma survie si vous menez ce projet à terme… marmonna Guillaume.

- Hm ?

Gaël rouvrit les yeux, confortablement installé entre les bras de Guillaume, tous deux assis sur le lit de ce dernier.

- Il n'a pas son mot à dire, c'est à nous de décider qui mérite de survivre ou non.

- Dois-je prendre ça comme un compliment de ta part ?

- Bah. Guillaume, si je ne pensais pas depuis notre rencontre que tu valais la peine d'être en vie, tu serais mort.

- Je sais.

Le blond pencha la tête pour aller embrasser la nuque du petit brun, le serrant de plus belle contre son torse. Gaël ferma à nouveau les yeux et se laissa aller, promenant paresseusement sa main droite le long de la jambe de son compagnon, s'amusant à glisser ses doigts contre les plis raides du tissu.

- D'ailleurs, pourquoi ?

- Hmmm ?

- Pourquoi je t'ai intéressé ? Ce n'est pas comme si j'avais été plus intelligent que toi ou quoi…

- Si je devais attendre de trouver quelqu'un d'aussi ou plus intelligent que moi avant d'être en couple, ça ferait belle lurette que je serais dans le lit d'Alessandro, tu sais… Ce que j'ai très vite apprécié chez toi c'était… Comment dire… Vois-tu, je déteste particulièrement les gens qui se plaignent d'une situation mais ne font jamais rien pour la changer sous prétexte que la cause de leurs problèmes est trop grande, trop forte, trop complexe. Et toi, tu avais un problème. Et la cause que tu as identifié, c'était Dieu. Et tu as quand même décidé d'y faire quelque chose. Je trouve ça assez admirable, quelque part. Sans compter qu'après tu as su garder mon intérêt. Tu es fidèle, loyal… Hm. Tu sais quoi ?

- Non ?

- Je crois que je t'aime.

Guillaume releva la tête, surpris. S'il avait réalisé à peu près depuis leur départ pour les Etats-Unis qu'il était véritablement tombé amoureux de Gaël, il n'aurait pas cru que la réciproque était vraie. Leur relation était tellement bizarre depuis le début, il était évident qu'il n'y avait pas d'amour entre eux au départ. Un intérêt commun, une curiosité…

- Non. J'en suis même sûr.

Le petit brun avait le ton qu'il prenait généralement lorsqu'il réfléchissait à un problème et cherchait à le résoudre.

- Mais c'est pas désagréable.

- Et bien… Que de confessions. Ben… Moi aussi, tu vois.

- Je ne t'aurais pas autorisé à ne pas m'aimer, de toute manière.

Le blond rigola et lui pinça gentiment le flanc.

- J'affronte Dieu, tu crois vraiment que j'aurais peur de t'affronter toi, le nain de jardin ?

- Peut-être bien.

Gaël se retourna, se retrouvant sur ses genoux et face à Guillaume qui garda ses mains posées sur ses hanches. Un sourire retroussa ses lèvres sur son visage pâle, spectacle relativement rare que le blond apprécia à sa juste valeur.

- Je sais que tes sentiments pour moi sont plus forts que tous ceux que tu as pu avoir ou que tu as encore pour Dieu. Si tu as peur de Dieu, tu as encore plus peur de moi. Si tu as aimé Dieu, tu m'aimes encore plus.

- Et d'où tiens-tu cette conclusion ?

- Tu aimais Dieu et à la première couille tu l'as envoyé bouler. Je t'ai fait tourner en bourrique, t'ai manipulé, t'ai traîné jusqu'aux USA et vient de t'annoncer que j'allais participer à un projet ayant l'intention d'éliminer une bonne partie de l'humanité, religieux ou pas, et tu es encore là.


Gaël et Guillaume sont presque mignons des fois.

Eh faut que je vous dise un truc sur Antoni. Il donne souvent des surnoms aux autres garçons, en disant qu'ils sont beaux, en disant "mon insérernomici" et autres compliments, mais il ne le fait qu'aux garçons, sur tous les chapitres où il apparaît, il n'a complimenté qu'une fille et n'a dit "ma" qu'à une fille et c'est Louise. Antoni a beaucoup d'hommes dans sa vie, mais il n'a qu'une femme de sa vie. Et oui XD

Review ? :3