Bonjour tout le monde,
J'espère que vous allez bien. Voilà le chapitre 34 d'Un pas de côté.Nous - oui, nous - avons dépassé les 800 reviews et j'en suis plus que flattée. Profondément honorée. Je sais que pour certains trouvent les chapitres trop courts mais je les arrête au moment où, me semble t-il, cela est le plus opportun. Je ne veux pas en rajouter pour en rajouter. J'espère malgré tout que vous continuez à apprécier de lire cette fiction. Je vous souhaite une bonne lecture et une bonne semaine.
A bientôt, Patmol25
Un pas de côté
Chapitre 34 : Un pas chez soi
Il y avait quelque chose d'étrange à passer la porte de chez soi, pour la première fois en deux mois, et de sentir le doux sentiment de se sentir complet et à sa place nous gagner. Harry venait de ressentir à l'instant même cette sensation alors que son regard se posait un peu partout autour de lui comme s'il cherchait à retrouver ses repères dans la maison des Potter. La porte se referma derrière sa mère dans un léger claquement mais il n'y prêta guère attention, avançant à pas lent dans la cuisine.
Son estomac se tordit douloureusement en songeant à sa dernière soirée dans cette pièce, à la violence de ses gestes. Son regard coula discrètement vers l'évier et il remarqua l'apparition d'un nouvel égouttoir à vaisselle, probablement pour remplacer celui qu'il avait fait valdinguer. Il s'efforça d'effacer ce genre de pensées pour se concentrer sur l'instant présent.
« Ah vous êtes là, génial ! Harry je dois te raconter un truc de fou. Tu sais que la copine de ton pote, Neville, est vraiment barge ! »
Axel venait de débouler dans la pièce à vivre, son téléphone portable entre les mains. Il était en pyjama, ses cheveux sombres partant dans tous les sens. Son sourire détendit aussitôt l'atmosphère et Harry sentit la curiosité le titiller. Il ôta son blouson et le posa sur l'une des chaises de la table de la salle à manger alors que son frère bondissait jusqu'à lui.
« Qu'est-ce que Luna a fait ? Je la trouve très gentille. »
« Tu l'as rencontré ? » s'étonna Axel. « Elle a fait une quête vers son année pour ramasser le plus de capsules de bouteilles en verre. Tout le monde l'a charrié pour ça et Ginny est intervenue pour arrêter les moqueries ! »
Étonné par l'audace et l'excentricité de la jeune fille, Harry cligna des yeux un instant avant d'éclater de rire et de secouer la tête. La scène se dessinait parfaitement dans son esprit. La blonde devait s'être approchée de ses camarades de classe, leur quémandant de mettre de côté toutes leurs capsules avant de les lui remettre pour permettre la création de nouveaux bijoux originaux.
Luna Lovegood était une bouffée de vie et de fraîcheur vraiment surprenante et probablement très rafraîchissante pour son meilleur ami.
« Luna est vraiment une fille intéressante. Au-delà de son air loufoque. Il faut réussir à aller au-dessus de ça, c'est tout. »
Dans la cuisine, en train de se préparer une tasse de café, Lily sourit avec douceur et affection face à la sagesse pointant dans les propos de Harry. Il avait toujours été plus tolérant et bienveillant que Axel, même si ce dernier était loin d'être malveillant. Harry possédait juste une sensibilité particulière lui permettant de voir au-delà des premières apparences. Elle laissa ses deux fils discuter vivement, se tenant volontairement à l'écart.
Elle sursauta quand deux bras fermes s'enroulèrent autour de sa taille mais elle se détendit, appuyant sa tête contre l'épaule de son époux. James venait seulement de se réveiller. À peine vêtu d'un caleçon et d'un tee-shirt, il était encore ensommeillé. Elle sourit avec amour en sentant son cou être effleuré de légers baisers et elle frissonna, un soupçon d'excitation la gagnant.
« Désolé de ne pas avoir été cherché le grand avec toi, » murmura t-il.
« Chéri, tu es rentré dans la nuit après avoir découvert deux corps près de la Tamise. Tu avais besoin de dormir. »
Elle secoua la tête, légèrement irritée par la culpabilité mal placée de James. Il ne s'était de toute façon jamais rendu à Poudlard de lui-même ! Elle tut ce constat pour ne pas exacerber son malaise. La nuit de James avait été particulièrement difficile, tiré de son week-end par des appels urgents du commissariat pour la découverte de deux nouveaux corps de femmes étranglées. Un goût amer se logea dans sa bouche en songeant à la morbidité si présente dans le métier de son époux.
Tous les deux restèrent un moment enlacés ainsi, les effluves du café de Lily venant les embaumer. Ils observèrent les jumeaux parler avec animation du dernier match de football d'Axel. Les descriptions et anecdotes de celui-ci étaient accompagnées de grands gestes à peine exagérées et Harry, en bon public, lâchait des exclamations étouffées adaptées à la situation.
« Comment va t-il ? »
« Ça a l'air d'aller. Il m'attendait dans le hall avec Hagrid en trépignant. Je crois qu'il est vraiment content de rentrer même si ça l'inquiète forcément un peu, » chuchota t-elle.
James acquiesça en se frottant les yeux, encore courbaturé de sa longue nuit passée au commissariat, en passant par la morgue et le tribunal. Il se détacha du corps de sa femme, inspirant l'odeur fleuri de ses cheveux roux et se recula pour attraper une tasse propre et se verser une dose généreuse de café.
Il roula des yeux en percevant un grand « oh » de Harry et le rire fier d'Axel retentir depuis l'espace salle à manger. Ce dernier avait un côté théâtral absolument effarent et James ne pouvait pas s'empêcher de penser qu'il avait prit cela un peu de chez lui et de chez Sirius. Lily n'avait jamais eu ce tempérament à être excessive, encore moins avec l'âge.
« Quand je le vois là, à sa place avec nous, je n'arrive même plus à comprendre pourquoi on a tellement douté. »
La culpabilité dans la voix de Lily était tenace. James avala une gorgée de sa boisson chaude, grimaçant quand la chaleur lui fit picoter la langue et la gorge et il se tourna vers elle. Elle était appuyée contre la plan de travail de la cuisine, observant leurs fils d'un air peiné.
« Les semaines ont effacé le choc de sa dernière crise, » raisonna t-il. « Et Harry va indéniablement mieux. Ça ne serait pas le cas sans Poudlard. »
« Je sais… Je suis juste tellement heureuse que l'on se retrouve tous les quatre pour une journée. »
« Moi aussi, » confia James.
Hors de question de se rendre au commissariat ce dimanche. Son téléphone portable était bien sûr allumé et à proximité mais il ne comptait pas prendre sa voiture pour s'y rendre ! Il se sentait lui-même très ému à l'idée de cette journée en famille comme rares elles avaient été ces dernières semaines.
Une heure plus tard, Harry s'attelait avec joie à la préparation du repas avec Axel dans la grande cuisine de la maison. Les deux garçons avaient décrété être tout à fait capables de s'occuper du déjeuner. Tous les ingrédients nécessaires à la confection de pizzas se trouvaient dans le frigo et les placards.
« Comment se passe tes cours maintenant que tu fais beaucoup d'arts pour ton BETC? »
Harry rosit doucement à la question de son père. Il s'appliqua à couper les champignons entiers sur la planche à découper avant de relever la tête pour croiser son regard. Il ne lisait aucune déception dans son regard.
« Plutôt bien. C'est vraiment cool car le professeur Treawnley me prépare des cours que pour moi et j'ai déjà appris pleins de nouvelles choses, » expliqua t-il. « Ça me fait flipper car j'ai des mois de retard sur cette première année. Elle dit qu'elle n'est pas trop inquiète car je m'étais déjà renseigné sur beaucoup de techniques de mon côté. »
« Remercie Remus et tous les bouquins qu'il t'a offert à ce sujet ! J'aimerai trop déjà être dans deux ans quand je rentrerai à l'université, » geignit Axel. « Je ferais enfin que ce que j'aime ! »
« Je dois faire un stage très bientôt, » grimaça Harry. « Aubrey a dit qu'il cherchait encore le lieu mais je dois commencer dans dix jours. »
« C'est très bien ! Rien de mieux que les stages pour se faire la main, » rassura Lily. « Et au moins tu seras sûr de toi sur ce que tu veux faire dans le domaine de l'art. »
La grimace de Harry fut éloquente concernant son avis sur l'idée de faire un stage de sitôt. Il saupoudra la pizza de gruyère râpée pendant que son frère sortait du four la première dont les effluves embaumèrent aussitôt la pièce. Axel claqua la langue contre son palais d'un air affamé et déposa la plaque du four avec beaucoup de précaution sur le plan de travail.
Lily tapota avec douceur l'épaule de son fils, sortant du frigo différentes boissons pour le repas. Elle se sentait elle-même très stressée que Harry fasse ses premiers pas dans le monde professionnel malgré sa fragilité psychique. Pourtant, elle soutenait pleinement le nouveau projet scolaire initié par les professionnels de Poudlard. Aucun doute que si Harry avait poursuivi l'école à domicile, ses A-Levels auraient été un échec cuisant menant probablement à … rien !
« J'ai dis à Aubrey que j'aimerai bien être dans un musée pour essayer, » glissa Harry. « Il a dit que Poudlard faisait de son mieux pour faire signer une convention de stage satisfaisante. »
« C'est une très bonne idée, » approuva sa mère d'une voix enthousiaste. « Avec tous les musées à Londres, je suis certaine qu'ils vont vite trouver. »
« Qu'est-ce que c'est chiant les musées, » grommela Axel entre ses dents.
Lily flanqua une légère claque à l'arrière du crâne de celui-ci en roulant des yeux. Si Harry était un passionné d'art, Axel n'avait jamais fait preuve d'un vif intérêt pour ce domaine. Le traîner dans un musée devant des tableaux ou des sculptures était toujours accompagné d'un lot de grognements.
« Même si j'ai déjà essayé, je suis vraiment nulle en dessin. Tu te rappelles les cœurs que je te dessinais sur ta trousse Lily ? » demanda James, un sourire béat aux lèvres.
« Ah, c'était des cœurs ? »
L'air faussement incrédule de la femme fit éclater de rire les deux adolescents tandis que son époux lui lançait un regard mauvais. Bombant le torse ridiculement, il se détourna en emportant avec lui une pile d'assiette pour aller mettre la table.
En enfournant la troisième pizza et en se dirigeant vers la table pour commencer le déjeuner avec celles déjà cuites,, Harry se dit que parler d'art était l'occasion d'évoquer avec son entourage le concours des jeunes artistes londoniens. L'atmosphère était plutôt détendue, bien plus qu'à leurs rares rencontres ces dernières semaines. Il se sentait suffisamment à l'aise pour aborder un sujet qui lui tenait tant à cœur.
Les quatre Potter s'installèrent autour de la table, dans une bonne ambiance. James fit le service des parts de pizza pendant que Lily préparait rapidement la sauce vinaigrette pour la salade en accompagnement. Harry profita de l'occasion particulière pour se servir une rasade de soda, ignorant sciemment le regard de sa mère face à sa dose généreuse. Il avala une gorgée, laissant les bulles pétiller sur sa langue avec un plaisir évident. L'une des choses les plus embêtantes à Poudlard était probablement de ne pas pouvoir grignoter ou boire quelque chose dès que l'envie se présentait.
« Le professeur Treawnley m'a fait une proposition, » commença t-il avec hésitation.
« Oh, vraiment ? C'est une femme très… particulière. Tu l'aurais vu James à la galerie de Remus. Elle passait du coq à l'âne en parlant, c'était très déstabilisant, » s'amusa Lily sans l'ombre d'un jugement. « Que t'a t-elle proposé ? »
« Elle m'a parlé du concours des jeunes talents londioniens et veut m'y inscrire. »
« Ce n'est pas vrai ! » s'enthousiasma Lily d'une voix forte, les yeux écarquillés. « C'est incroyable ! C'est une idée merveilleuse. »
Elle appuya sa joie par des applaudissements rapprochés, trépignant littéralement sur sa chaise. Sa réaction enjouée réchauffa Harry dont les joues rosirent. Ainsi sa mère approuvait aussi ses capacités de dessinateur ? Il passa une main nerveuse autour de son cou en avalant un morceau de pizza.
« C'est quoi ? » questionna James en plissant le bout de son nez.
« Un concours de dessins et de peintures, » répondit Axel d'un air connaisseur. « Durmstrang envoie une équipe chaque année et ils en font toujours trois tonnes avant et après le concours. Il paraît que c'est un des prix les plus réputés de la capitale. »
Les yeux verts de Harry s'arrondirent un peu plus à ces mots. Avoir un regard autre que celui de son enseignante d'arts à Poudlard rendait le concours un peu plus concret. Et surtout, il n'avait pas conscience de l'importance et de la réputation de cet événement.
« Ça se passe au National Gallery, » ajouta Lily. « C'est une soirée merveilleuse fin juin chaque année. »
James hocha la tête d'un air approbateur. Ça avait l'air plutôt majestueux !
« Eh bien, je suppose que tu as accepté cette proposition, » déclara t-il.
Harry plissa le bout de son nez en secouant la tête négativement. À vrai dire, Treawnley était déjà revenue le titiller concernant sa réponse. Il avait été incapable de bredouiller la moindre phrase cohérente, s'enfuyant à grandes enjambées vers Aubrey. Mis dans la confidence par sa collègue, son éducateur spécialisé s'était évidemment mis en tête de le faire participer à ce concours. Tout comme Kingsley.
Le couple Potter échangea un regard entendu : son manque total de confiance flottait autour de lui. Lily soupira doucement, consciente de ne pas avoir suffisamment encouragée et félicitée l'attrait de son fils pour l'art. À force de voir des croquis de sorciers, elle n'avait plus été capable de les trouver beaux, de féliciter Harry, voire même de les regarder. Comme dans beaucoup de domaine, le garçon était devenu de plus en plus secret, cachant pratiquement ses dizaines de cahier remplis de croquis remplis.
« C'est une occasion en or, Harry. Tu ne peux pas refuser sous prétexte de ne pas croire en tes talents, » chuchota t-elle en espérant y mettre toute la conviction possible dans sa voix.
« Je n'ai pas dis ça, » grimaça l'adolescent.
« T'as pas besoin de le dire, » rétorqua son jumeau en finissant sa troisième part de pizza. « Bon maintenant que c'est réglé, t'as une idée du dessin que tu voudrais proposer ? »
Le ton d'Axel était sans détour et n'appelait à aucune protestation. Harry haussa les épaules d'un air gêné, les yeux rivés sur son assiette remplie d'une nouvelle part de pizza. Se sentait-il capable de s'investir dans un tel projet ? De prétendre être suffisamment bon pour participer à un concours ? Il releva la tête et croisa les regards intéressés de sa famille et un léger sourire vint éclairer son visage.
« Absolument pas ! Il faut que j'y réfléchisse. »
Un peu plus tard dans la journée, Harry se glissa dans sa chambre avec une certaine hésitation. Il referma la porte derrière lui et se colla contre elle, englobant du regard la pièce. Rien n'avait changé. Hormis que son lit était impeccablement fait, que les morceaux brisés de sa lampe de chevet jetée contre le mur avaient disparu et que la fenêtre était entrouverte. Il ne loupa pas l'absence de lampe et cela lui coupa presque le souffle. Combien de lampes avait-il brisé au cours de ces dernières années ? Cette fois-ci, ses parents n'avaient pas pris la peine de la remplacer.
Il s'avança dans la pièce et alla fermer la fenêtre. Si le soleil était encore au rendez-vous en ce début du mois d'avril, les quinze degrés étaient rarement dépassés. Il s'assit ensuite sur son lit deux places. Un sourire niais apparut son visage et il s'allongea. Très enthousiaste de retrouver sa famille, il avait tout de même ressenti le besoin de s'isoler un moment et de retrouver sa chambre. Il ferma les yeux, se laissant envahir par le bien-être d'être enfin chez lui.
Depuis vendredi soir, Harry se sentait complètement chamboulé. Comme si quelque chose avait profondément changé en lui et qu'il devait composer avec des éléments nouveaux et surtout hors des chantiers battus. Il passa distraitement une main sur son bras que Lord Voldemort avait enserré de toutes ses forces dans le parc de Poudlard. Depuis la cinquantième fois au moins depuis son départ du bureau de Kingsley, il s'assurait de l'absence de marques sur son bras. Ce constat, ces traces invisibles d'une douleur pourtant réelle, l'avait encore tourmenté.
« Je n'y comprends rien, » grogna t-il pour lui-même.
Pour la première fois de sa vie, Harry doutait réellement de l'existence de Voldemort, des Mangemorts et de la magie. Le même mélange de peur et de souffrance ressentie dans le bureau de son psychiatre se propagea à nouveau en lui. Si son esprit avait tout inventé – comme l'affirmait Kingsley – alors… alors, il était vraiment cinglé ! Ce constat était foutrement douloureux car cela remettait en cause absolument tout ce sur quoi il s'était construit.
Et en même temps… S'il mettait de côté son esprit traître, cela ouvrait de nouvelles portes. Peut-être qu'il serait plus facile de lutter contre Voldemort s'il n'existait pas vraiment, non ? Et si le Dr Shacklebolt avait raison, alors, il lui suffisait de batailler contre son esprit et ses hallucinations en reconnaissant à haute voix leur inexistence. Quand le mot hallucination traversa ses pensées, l'impression de se trahir lui-même le frappa. Lui qui avait refusé pendant des années de donner du crédit aux propos des médecins commençait à faire un pas dans leur direction. Un sourire amer tira ses lèvres vers le haut alors que sa voix prenait le ton du psychiatre.
« Non, tu n'existe pas. La magie n'existe pas, » railla t-il. « Pauvre cinglé que je suis va... »
L'amusement d'imiter l'homme fut de courte durée quand il réalisa que cela avait plutôt fonctionné ce vendredi. Il frissonna, songeant aux propos de Voldemort. Ou à ceux de son esprit conceptualisé en la personne du mage noir. Bref, il n'en savait rien. Faire un pas dans cette direction était vraiment épuisant. Il n'arrivait même plus à savoir s'il voulait repartir en arrière – être terrifié par Voldemort – ou faire un pas en avant – avoir la possibilité de lutter contre cela – avec tout ce que cela induisait.
Harry passa une main sur son visage, la fatigue le gagnant. Qui aurait pensé que revenir chez lui provoquerait une telle fatigue ? Il se laissa doucement tomber dans le sommeil, s'enfonçant davantage dans son lit. L'ombre d'un sourire s'étala sur son visage en songeant combien il était agréable de faire un nouveau pas chez soi.
Bonne semaine :)
