Et me revoilà avec un nouveau petit chapitre tout droit ressortit de son lifting. La publication risque d'être un poil plus longue pendant un certain temps puisque je suis en plein déménagement/recherche d'emploi et qu'en plus j'ai commencé une autre fanfic ( ''Be cool'' reste quand même ma prio^^), mais j'ai deux autres chapitres en réserve qui ne devraient pas tarder à sortir.

So, bonne lecture.^^


L'ARME DU RIRE

J'avançais, un pas après l'autre... j'avançais...

Mon esprit totalement embrumé, je tentais d'esquiver toutes pensées dérangeantes en me concentrant sur le bruit des feuilles mortes qui craquaient sous mes pieds...en vain.

Devant moi Carol avançait d'un bon rythme, je la voyais scruter, avec assiduité, les sous-bois au moindre bruit suspect. Et derrière... Daryl... je sentais son regard perçant qui me surveillait assidûment, s'attendant sûrement à me voir craquer à tout instant... il n'avait pas tort... je luttais chaque seconde pour ne pas m'enfuir à toute jambe le plus loin possible.

Pour aller où ? Nul-part sans doute...

Je ne désirais qu'être seule, ne pas avoir à faire face à ce qui m'attendais au bout du chemin, cette réalité qui me révoltait et que j'avais toujours réussi à tenir à distance à grand renfort d'humour foireux, ne m'attachant pas spécialement aux personnes qui m'entouraient. Tout était perdu désormais. La prison avait été un coup dur mais j'avais réussi à m'en remettre, nous étions alors unis face à ce drame, nous l'avions tous vécu ensemble, comprenant notre souffrance mutuelle et luttant pour la surmonter... une histoire de pouvoir, de survie, je pouvais encore le comprendre. Mais là c'était plus personnel, plus immonde, insidieux... inacceptable...

Buttant contre une racine, je tombais à genoux sur le sol humide et froid, je sentais mes compagnons tendus qui s'étaient arrêtés, prêt à se précipiter vers moi pour m'aider... inacceptable...

Je refermais mes mains, mes doigts s'enfonçant dans l'humus sombre du sol. Prenant une profonde inspiration, mes poumons s'emplirent de cette odeur si caractéristique qu'avait la terre après la pluie, je me relevais alors, reprenant ma marche semblable à celle de ces êtres qui peuplaient désormais notre monde, sans but, sans âme, sans vie...

...Seigneur qu'allait-il se passer une fois que nous serions arrivés, tant de questions tourbillonnaient dans ma tête, qu'était-il advenu du corps de Tyreese ? Est-ce que les autres allaient bien ? Sasha et les autres étaient-ils rentrés ?... Je n'osais ouvrir la bouche pour parler, j'avais peur d'entendre le son de ma propre voix et de craquer, je scellais donc mes lèvres et serrais la mâchoire, ralentissant imperceptiblement la cadence en souhaitant de tout cœur ne jamais rentrer et errer ainsi à tout jamais, ne plus penser, juste...marcher, avancer.


La pluie avait cessé, mais le froid demeurait.

La villa se révéla à nos yeux, immense et silencieuse, triste dans son carcan de sombres nuages. Je tentais de faire fuir le sentiment d'angoisse qui m'envahissait en refermant mes bras autour de moi. Stoppant la marche, je glissais un regard embué vers la remise, tout était calme là-bas, mais le son doux et répétitif, presque rassurant, d'une hache s'abattant sur le bois résonnait encore à mes oreilles... bientôt suivit par un son bien plus désagréable, celui de la chair et de l'os rompant sous l'assaut... inacceptable...

Je fermais mes yeux le plus fort possible, mon estomac se contractant avec violence alors que la scène se jouait en boucle derrière mes paupières closes, me torturant par le biais de ce regard emplit d'horreur qui m'avait fixé pendant ce qu'il m'avait semblé des heures avant de s'éteindre à jamais.

Sursautant, je rouvrais des yeux paniqués en sentant une main se poser avec douceur sur mon épaule.

-Viens Siri...

J'acquiesçais faiblement laissant Carol me guider, sa main chaude m'entraînant à sa suite vers la villa.

Lorsque nous avons finalement passé le pas de la porte, je me crispais alors que Glenn, armé d'un colt, apparut devant nous.

Je sentis son regard me détailler de la tête aux pieds et je détournais les yeux ne supportant pas cet examen.

-On vous a vu revenir depuis le grenier... est-ce que ça va ? Demanda-t-il mal à l'aise.

Fixant obstinément les ombres dans le salon vide, je devinais plus que je ne voyais Carol faire signe qu'elle allait s'occuper de moi. Elle m'entraîna vers les escaliers laissant les deux hommes discuter entre eux.

À l'étage, nous passions devant le petit groupe qui s'était amassé dans le couloir, refusant de croiser leurs regards, je baissais les yeux accélérant l'allure pour suivre Carol qui nous enferma dans la salle de bain en ignorant les quelques interrogations qu'avaient suscité notre retour.

Ramenant un petit tabouret vers le centre de la pièce, elle m'installa dessus sans rien dire. Je me laissais faire tel un automate, attendant la suite avec appréhension, allait-elle me questionner sur ce qu'il c'était passé ?

Je sursautais en entendant l'eau s'écouler alors qu'elle ouvrait le robinet du lavabo, elle humidifia un gant puis l'essora délicatement.

Le silence uniquement troublé par le clapotis des gouttes et ses gestes mesurés avaient quelque chose d'apaisant, je fermais les yeux, soupirant de soulagement en sentant le linge frais glisser sur mon visage.

Elle continua ainsi, ôtant toutes souillures sur son passage puis plongeât ensuite mes mains dans l'eau froide, je frissonnais alors qu'elle s'appliquait à nettoyer les petites plaies présentes, frottant pour désincruster la terre coincée sous mes ongles.

Une fois fini, elle vida le lavabo et se redressa, me toisant pour évaluer son travail. Je la laissais faire, le visage levé vers elle pour pouvoir observer ses yeux bleus qui semblaient m'analyser avec neutralité. Elle pencha la tête sur le côté en regardant mes cheveux.

-Il va falloir arranger ça. Dit-elle en passant une main à travers les courtes mèches inégales.

Je me crispais en la sentant faire ce geste mais acquiesçais.

Je la vis sortir d'un petit placard un peigne et des ciseaux. Déglutissant péniblement, je fermais les yeux à nouveau en la sentant passer ses doigts dans mes cheveux pour les humidifier, et rapidement, le bruit caractéristique des ciseaux se fit entendre.

Les mèches chutaient une à une avec lenteur, ombrant le carrelage blanc à mes pieds. Elle eut vite fait d'égaliser mon carnage capillaire étant donné le peu qu'il me restait.

-Ça te va bien... Dit-elle en admirant son œuvre, pensive.

Je trouve qu'habituellement les coupes courtes ont tendance à vieillir, mais tu parais plus jeune...

Sans répondre je me levais, me dirigeant vers le miroir.

Je souris désabusée. Je ne m'étais jamais sentie aussi vieille et usée...

Baissant les yeux je me détournais de ce triste reflet.

-Je suis fatiguée.

Carol hochât la tête et me repris avec elle pour me conduire jusqu'à ma chambre.

Sans attendre, je me terrais sous les froides couvertures et fermais les yeux.

Elle me couvrit d'un autre plaid avant de partir sur la pointe des pieds, fermant la porte en silence.

Je reconnus la voix basse de Leslie derrière, je ne parvenais pas à comprendre ce qu'il disait à Carol mais quelques instants plus tard, les pas de cette dernière s'éloignèrent tandis qu'un bruit de frottement glissa contre le mur suivit par le grincement du plancher.

-Me voilà affublée d'un Cerbère maintenant... Murmurais-je surprise par le son de ma propre voix.

Malgré mon envie de lutter contre, je finis par me laisser emporter par le sommeil, avec cette désagréable sensation d'être aspirée dans une chute sans fin... Peut-être qu'à mon réveil tout cela paraîtrait moins... inacceptable...


J'ouvrais brusquement les yeux, tirée de mon sommeil troublé par le bruit du moteur des voitures qui remontaient l'allée jusqu'à la villa.

Mon cœur se serra dans ma poitrine et je restais figée, ne bougeant plus d'un pouce en attente de la tempête à venir.

Les portières claquaient.

Le sol crissait alors que le gravier s'affaissait sous les pas.

Quelques voix résonnaient, presque en sourdine.

Le silence... Et ce cri... cette tristesse...

Je refermais les yeux me repliant sur moi-même avec cette boule au ventre.


Les jours avaient passés... trois jours, quatre peut être... j'étais perdue ne me rendant plus compte du temps qui défilait.

Je n'étais pas vraiment sortie de mon sanctuaire.

J'avais fini par parler, un peu, expliquant dans les grandes lignes ce qu'il s'était passé.

Puis on m'avait laissé tranquille, personne ne venait plus dans cette pièce à part Carol et Hershel de temps en temps, pas même Daryl ni Leslie, j'ignorais où ils pouvaient bien passer leurs nuits.

Je n'avais pas vu Sasha non plus et on ne m'avait pas parlé d'elle. Je savais que le corps de Ty avait été enterré il y a peu, mais je n'avais pas eu le courage d'y aller. Je ne me reconnaissais plus, préférant m'abandonner dans les méandres du sommeil plutôt que d'affronter la réalité.

Je sursautais en entendant soudainement des cris en provenance du rez-de-chaussée.

La voix aiguë mais non moins puissante de Tina s'élevait et semblait s'emporter contre quelqu'un.

Je me redressais, tendant l'oreille pour tenter de comprendre ce qu'il se passait.

Le timbre plus bas et menaçant de Daryl lui répondit et je compris vaguement qu'ils se disputaient à mon propos quand il lui ordonna de ''me foutre la paix''.

Leur altercation dura un moment, d'autres voix s'y mêlant, avant que je n'entende des pas précipités monter l'escalier et se rapprocher de la bibliothèque.

La porte s'ouvrit et se fermât brusquement, laissant entrer une Tina au bord de l'implosion.

Sans réaction, je restais statique la regardant sans aucune émotion.

Cette attitude sembla la mettre d'autant plus hors d'elle car elle s'avança à toute vitesse vers moi pour m'agripper avec violence par les épaules et me secouer.

-C'est pas bientôt fini ce cinéma ! Me hurlât-elle pleine de rage en m'assénant une gifle.

Ne m'attendant pas à cette brusque prise de contact, je restais stupéfaite un instant avant de me reprendre. Je lui adressais un sourire acide, fixant mon regard glacial dans le siens.

-Bonjour Tina. Lui dis-je pleine de fiel.

-C'est ça ouais... Rajoutes-en une couche ! Tu fais putainement chier Siri tu le sais ça ?!

-Qu'est-ce qu'il y a encore... Soupirais-je blasée.

-Ce qu'il y a ?... Ce qu'il y a, c'est que tu te la joue mélodramatique à te morfondre au fond de ton trou et que ça fait chier ! Tout le monde pète un câble en bas à cause de ton attitude de merde !

Je peux comprendre que tu te sentes mal, mais on a pas le temps de gérer ton psychodrame ! Alors tu vas te bouger le cul et te dépêcher de reprendre le dessus !

-Mais je ne demande rien à personne moi, vous pouvez bien mener votre vie comme vous l'entendez ça ne me concerne pas. Lui dis-je platement.

Une fois encore elle m'envoya une gifle que je n'avais pas vu venir.

-Bien sûr que ça te concerne espèce de sale petite égoïste, ça te concerne et ça concerne tous ceux qui vivent sous ce toit, ça concerne Daryl et Carol qui ont tout fait pour te sauver et ça concerne Sasha qui elle aussi a morflé dans l'histoire je te rappel !

Je me levais furibonde, les yeux brûlant de rage.

-Tu crois que je ne le sais pas ! Ils ont tous perdu un ami, un frère et ils ont risqué leur vie à cause de moi ! M'écriais-je les larmes aux yeux.

C'est pour moi que cet enfoiré est venu, si j'avais fait correctement mon taf et que je l'avais tué la première fois... si je ne l'avais pas autant provoqué... si...

-Arrête avec tes ''si'' ! Je suis certaine que si c'était arrivé à une autre personne que toi, tu ne l'aurais pas blâmée. Parce que ça n'aurait pas été de sa faute, et que ça n'est pas la tienne non plus. Terminât-elle avec plus de douceur.

On a pas le temps de rester s'apitoyer sur notre sort et au fond tu le sais, on a besoin de toi et tu as besoin de nous.

C'est déjà une chance d'être ici, ''à l'abri'', mais ça ne va pas durer comme toujours et il faut être forts, il faut que ''toi'' tu sois forte...

Tu les connais déjà, la douleur, la peur, la colère, la peine... Tu y as déjà été confronté bien des fois et de multiples façons avant même que le monde ne dérape. Tu savais comment aider ceux qui en souffraient, tu savais que ça pouvait être long et difficile mais tu savais et tu te devais d'y croire... et cette fois c'est à toi-même qu'il te faut venir en aide.

Laissant s'écouler une larme, j'inspirais profondément tentant de digérer ses paroles.

Elle avait raison bien-sûr, mais cette culpabilité et ce dégoût de moi-même me collaient à la peau comme un goudron noirâtre dans lequel je ne cessais de m'enfoncer.

-Je ne sais plus quoi faire...

-Tu as deux jambes solides pour te porter... Alors lève-toi et marche ! S'exclama-t-elle avec de faux airs théâtraux.

-Tsss...Morue...

-Banane...

Je laissais un petit rire passer la barrière de mes lèvres, c'était un début.

-Mais avant ça, tu vas me faire le plaisir de te décrasser et de changer de vêtements, tu schlingues c'est une horreur.

Je ne répondais rien fixant la porte en face de moi, je sentais cette peur irrationnelle remonter à nouveau à la surface à l'idée d'en franchir le pas.

-Comment va Sasha ? Demandais-je d'une voix blanche.

-Je ne te cacherais pas que ça a été dur pour elle... mais elle est forte, elle s'en sortira et je suis sure que ça lui fera du bien de te parler.

-J'en doute... Murmurais-je alors que je laissais Tina me forcer à avancer vers la sortie.


Après un bref passage par la salle de bain pour tenter de me faire reprendre un aspect vaguement humain, Tina m'escorta jusqu'au salon.

Dans la pièce se trouvait Daryl, Rick, Hershel, Glenn ainsi que Sasha assise un peu à part. Ils levèrent de concert un regard surpris à notre arrivée.

Je ne doutais pas qu'ils avaient eu un bon aperçu de l'échange tendu qui avait eu lieu entre Tina et moi vu le niveau de décibels avec lequel nous nous étions pris le bec. Cependant personne n'osa faire la moindre remarque, je notais seulement l'air renfrogné qu'arborait Daryl en regardant Tina, je lançais un regard interrogatif à cette dernière mais elle se contenta de lever les yeux au ciel exaspérée pour toute réponse.

Mal à l'aise, je refermais mes mains sur le tissu lâche de mon pantalon, tout le monde se regardaient en chiens de faïence, ne sachant comment réagir.

Après ce silence gêné qui dura un moment, Sasha surprit le groupe en se levant subitement pour venir à ma rencontre. Je sentis mon cœur s'emballer à mesure qu'elle s'avançait, elle s'arrêta à moins d'un mètre de moi et me dévisagea d'un air impassible.

Je la laissais faire me préparant mentalement à subir sa rancœur voire même ses coups, mais il n'en fût rien.

Je restais les yeux exorbités alors qu'elle me serrait fortement dans ses bras. Hésitante, je finis par lui rendre son étreinte, fermant les yeux de soulagement en sentant un poids s'ôter de mes épaules.

Elle finit par me relâcher mais garda ses mains posées sur mes épaules, me regardant avec sérieux elle s'adressa à moi.

-J'ai eu le temps de réfléchir Siri...et... tu n'as pas à t'en vouloir, je ne t'en veux pas et Ty n'aurait certainement pas voulu que tu te sentes coupable, tu as bien trop souffert toi aussi.

La seule colère qu'il me reste c'est de n'avoir pu moi-même en finir avec ce porc !

Je tentais vainement de retenir les larmes qui me montaient à nouveau aux yeux pour reprendre contenance avant de prendre la parole.

-Je me sens bête...

-Faut pas ma petite Siri, c'est humain de réagir ainsi quand on a vécu... ce que tu as vécu. Tenta de me rassurer Papa Noël de son ton débonnaire.

Je rougis mal à l'aise avant de répondre.

-Nan en fait... je me sens bête par rapport à autre chose... Je... C'est la dernière conversation que j'ai eu avec Tyreese... j'aurais préféré qu'il parte avec une autre image... j'veux dire, c'était vraiment ridicule...

-De quoi parliez-vous ? Demanda Sasha sincèrement curieuse.

-Et bien d'une manière générale... du pénis d'Hershel et de toucher rectal... Murmurais-je mortifiée.

Le pauvre Hershel poussa un faible glapissement surpris mais s'abstint de tous commentaires.

Je relevais un regard incertain sur Sasha. Cette dernière me fixait avec des yeux ronds comme des soucoupes, puis, sans prévenir, commença à pouffer, se retenant de justesse à mes épaules alors qu'elle finissait par littéralement exploser de rire. Je sentis malgré moi les coins de ma bouche se soulever alors que je me laissais emporter par son hilarité, le ridicule de la situation et la tension des derniers jours faisant lâcher nos nerfs.

Certains auraient qualifié notre comportement d'irrespectueux, de malsain où... d'inacceptable...

Mais nom de Dieu, que ça faisait du bien...