Retour à la maison pour ce chapitre. (la maison, en l'occurrence, c'est Insomnia...) Histoire de reprendre le fil de l'histoire et de voir ce qui se passe un peu dans la tête des uns et des autres avant de raccrocher sur de l'action au sens pur et dur du terme (ah j'en entends déjà avec leurs remarques déplacées... :D) Ce chapitre est une façon de réunir nos quatre héros, ne serait-ce que symboliquement, avant de passer à la suite.
Faut croire qu'il y a des jours fastes : j'ai écrit la majeure partie de ce chapitre aujourd'hui, de même que le dernier de ma fic sur Bleach. Donc je réitère comme je l'ai dit pour l'autre fic : en dépit du caractère précipité de la publication, j'espère que je n'ai pas laissé filtrer trop de sottises et que vous voudrez bien me laisser passer ces innombrables petits manquements qui feraient froncer les sourcils à des éditeurs professionnels. Et aussi que vous m'excuserez de la brièveté du chapitre (mais on ne peut pas tous les jours sans sourciller envoyer 8000 mots dans la sphère fanfictionnelle, c'est beaucoup de travail, et beaucoup d'investissement. Et puis juste, parfois, ce qu'on a à dire est bref ;)
Un merci très chaleureux aux personnes qui suivent cette histoire, je vous embrasse tous, et comme toujours, n'hésitez pas à me faire partager vos impressions que je lirai avec plaisir.
Enjoy !
CHAPITRE TRENTE-CINQ : Aux sombres héros de l'amer
Aux sombres héros de l'amer
Qui ont su traverser les océans du vide
À la mémoire de nos frères
Dont les sanglots si longs faisaient couler l'acide
Always lost in the sea
Tout part toujours dans les flots
Au fond des nuits sereines
Ne vois-tu rien venir ?
Les naufragés et leurs peines qui jetaient l'encre ici
Et arrêtaient d'écrire...
Always lost in the sea
Ami, qu'on crève d'une absence
Ou qu'on crève un abcès
C'est le poison qui coule
Certains nageaient sous les lignes de flottaison intimes
À l'intérieur des foules
Noir Désir, Aux sombres héros de l'amer
I
Deux jours plus tard, Nyx était rentré chez lui. Il s'était immédiatement remis au travail, en dépit des remarques persistantes de Jay qui lui trouvait une tête « à faire peur aux morts ». Nyx lui avait brièvement – et dans les grandes lignes – raconté son séjour, et ça avait été suffisant pour faire apparaître une expression horrifiée sur le visage de son crétin d'ami et de coloc, mais Nyx l'avait assuré qu'il était tout à fait en mesure de reprendre ses fonctions, ce qui était... à moitié vrai. Il se sentait physiquement et moralement épuisé, mais le travail lui faisait du bien. Se concentrer sur une tâche avec laquelle il était à l'aise, et qui n'exigeait pas de lui qu'il s'implique émotionnellement, c'était une sinécure dont il avait le plus grand besoin.
Ça n'avait pas été facile de partir, mais la visite d'Ignis avait au moins eu ça de bon : elle lui avait rappelé qu'il ne pouvait pas se permettre de s'attarder beaucoup plus longtemps, et comme l'avait dit Luna, son appartenance aux Lames Royales était plus qu'un travail pour lui. C'était ce qui donnait un sens à sa vie et ce qui lui procurait le sentiment minimum de fierté vital auquel tout un chacun aspire pour vivre décemment. Il avait profité d'une petite période d'accalmie dans l'existence tourmentée de Ravus pour faire ses valises et lui annoncer son départ.
Il y repensait tout le temps, chaque fois qu'il avait un moment avec rien d'autre à faire que bâiller aux corneilles, ou même en plein milieu d'une recherche ou de la rédaction d'un rapport. Soudain, il ne voyait plus la feuille ou l'écran qu'il avait sous les yeux, mais la lumière pâle filtrée par une brume matinale qui envahissait ce qu'il en était venu à appeler leur chambre. Il revoyait la mine fatiguée de Ravus, il éprouvait à nouveau ce sentiment glacial, tandis qu'il s'entendait prononcer ces mots : « Je pars aujourd'hui. » Le silence qui lui faisait mal aux oreilles, ce creux qui s'était ouvert entre le cœur et l'estomac, toute l'intensité et la tristesse du moment qui semblait frotter sur ses entrailles à vif... Il éprouvait tout cela, encore et encore, avec un sentiment de regret, une sensation de vide, quelque chose d'obscur et de froid qui taraudait continuellement sa conscience.
Mais il dissipait ces sombres pensées à chaque fois qu'elles surgissaient, et puisaient dans les satisfactions simples du quotidien un réconfort inespéré.
Et puis, dans ses meilleurs moments, il se rappelait qu'il devait relativiser : il avait fait de son mieux, et s'il réfléchissait un peu, il comprenait que ce petit séjour à Tenebrae avait scellé quelque chose entre lui et Ravus, quelque chose d'à la fois solide et fragile, mais qui avait défini leurs liens de manière plus limpide et plus certaine. Bref, pour le formuler trivialement, ils savaient où ils en étaient. Et Nyx ne doutait pas que de son côté, Ravus en tirait aussi de la satisfaction et du réconfort. Et pour l'instant, ça lui suffisait pour avancer.
II
« Je comprends toujours pas ce qu'ils lui trouvent, tous ! » grommela Gladio pour la cent-cinquantième fois tandis qu'il faisait à pied le chemin pour se rendre au palais pour l'entraînement hebdomadaire de Noctis. Ils avaient décalé ce dernier (l'entraînement, pas le prince) au mardi soir au lieu du samedi matin, parce que monsieur prétendait avoir « trop de choses à faire le week-end ». Et par-là il entendait s'envoyer en l'air et battre ses propres records sur des jeux de baston, mais enfin, Gladio avait laissé couler. Il espérait au moins que ce petit con ne serait pas en retard comme la semaine dernière.
Il n'en avait simplement pas cru ses oreilles quand Ignis lui avait raconté qui il avait trouvé chez Ravus. Cela étant dit, il voyait mal pourquoi Ignis aurait inventé un truc pareil, alors il n'avait d'autre choix que d'y croire. Bon sang, comme si c'était le moment de fricoter avec l'ennemi ! Il avait vraiment envie de faire confiance à Nyx, il ne demandait que ça, mais bon là, quand même, c'était gratiné. Il fallait qu'ils aient une petite conversation, tous les deux.
Et puis merde, Ravus, quoi ! Fallait être atteint, bordel ! Il avait toujours cru que Nyx était une personne sensée, et voilà que ses illusions s'effondraient. C'était un coup dur, parce que des personnes sensées, il n'en comptait pratiquement aucune dans son entourage. À part sa petite sœur, et dans une moindre mesure, Prompto.
En parlant du blondinet, c'était lui, sans aucun doute, qui agitait la main sur le trottoir d'en face. Et s'il fallait encore une confirmation :
« Heeeey, Gladio ! Comment ça va ? »
Gladio eut presque envie de lui rétorquer que ça allait aussi bien que possible quand on doit gérer tout une troupe de gens qui s'obstinent à perdre l'esprit, au lieu de ça, il se détendit, lui offrit son sourire le plus jovial, et lui fit signe de le rejoindre du bon côté de la route.
Le photographe s'exécuta aussi rapidement que le lui permettait la circulation dense de l'heure de pointe et le salua une nouvelle fois d'une claque amicale sur le haut du bras.
« Tu vas à l'entraînement aussi ? demanda Gladio d'un air légèrement circonspect.
— Ouais, confirma Prompto. Je suis pas sûr de savoir exactement pourquoi, mais ces temps-ci, j'ai vraiment une furieuse envie de me défouler. »
Tiens donc, toi aussi, pensa Gladio en contemplant l'adolescent pétillant.
« Ça roule pour toi, ces temps-ci ? » demanda-t-il d'un ton légèrement nonchalant pour ne pas éveiller la méfiance du blond.
Lequel haussa les épaules et lui offrit une réponse, qui à son grand soulagement, lui parut profondément sensée :
« Aussi bien que ça puisse aller pour un lycéen affublé d'un prince déprimé comme petit copain et d'heures sup' pour prouver à ses estimés aînés qu'il a toute sa place dans la garde royale. »
Tiens donc, depuis quand il était devenu aussi lucide, Prompto ?
Depuis toujours, réfléchit-il. Dès le départ, il l'avait bien senti, ce petit gars. Même s'il faisait sa mauviette continuellement, il possédait en lui un courage trempé dans l'acier, le genre de courage qu'on ne forge qu'après avoir affronté les choses qui nous terrifient le plus au monde.
« Oublie pas de te reposer un peu quand même un peu, hein », crut-il bon de préciser.
Ce qu'il regretta aussitôt devant le regard profondément incrédule de Prompto.
« Ça va, hein... grogna Gladio. C'est pas parce que je suis un gros baraqué qui ouvre sa gueule sans arrêt que je peux pas comprendre qu'on ait besoin de souffler. »
Tout en prononçant ces mots, il eut conscience de la voix d'Ignis qui parlait à travers lui. Il fallait dire qu'Ignis, il l'avait dans la peau. Il était devenu partie constituante de sa personnalité et de sa pensée. Il l'accompagnait perpétuellement, et mettait son grain de sel dans la plupart de ses pensées spontanée, rectifiant, précisant, nuançant tout ce qui lui venait à l'esprit. C'était très agaçant, mais aussi profondément réconfortant.
« T'inquiète, finit par lâcher Prompto avec un sourire de biais. Je sais prendre soin de moi-même. Là tout de suite, c'est toi qui as l'air d'avoir besoin de souffler.
— Bah c'est ce que je m'apprête à faire, par les vertus de l'entraînement.
— Parce que ça te détend, toi ?
— Carrément. Pas toi ? »
Prompto se rembrunit.
« Pas vraiment. J'ai... comment dire ça... Trop conscience de moi-même ? »
Gladio le gratifia d'un regard approbateur.
« C'est tout à fait ça. C'est ça qui t'empêche de progresser pour l'instant. »
Prompto ralentit le pas, regardant les petites gouttes qui jaillissaient sous ses semelles chaque fois qu'il heurtait le bitume couvert de pluie, presque hypnotisé par les myriades de petits reflets qui apparaissaient à chaque enjambée.
« Et... » Il hésita. Il s'était presque arrêté. Il sentait la pluie tapoter désagréablement dans le creux de sa nuque. « Selon toi, comment je suis censé m'y prendre pour progresser ? »
Gladio posa une main dans son dos pour l'inciter à reprendre leur allure initiale – il n'allait pas râler sur les retards de Noctis si lui-même n'était pas fichu de se présenter à l'heure – et reprit d'un ton rassurant :
« Dépasser sa conscience de soi, c'est une sorte d'instinct qu'on développe à force de l'aiguiser. Mais comme c'est contre-intuitif dans la plupart des cas, pour faire grandir cet instinct, on a souvent besoin de se pousser dans des situations qui incitent une réponse de fuite. C'est différent pour chacun. Et parfois, la fuite est la bonne solution. Mais souvent, apprendre à combattre n'est pas beaucoup différent d'apprendre à vivre. »
Prompto en resta scotché. Il n'était pas sûr de bien saisir ce que Gladio voulait lui dire.
« Tu... tu penses que je me débrouille mal ?
— Je n'ai jamais dit ça. Tu es jeune, et ça s'arrangera pas avec le temps.
— Hein ?! »
Gladio rigola. Il s'était un peu laissé aller, sur ce coup-là.
« Ce que je veux dire, c'est que tu ne vas ni progresser d'un seul coup, ni selon une courbe stable. C'est tout à fait normal de se sentir bloqué à un certain stade. À chaque fois que tu te sens acquérir une nouvelle maîtrise, ce sera pour la perdre dans les semaines qui suivent. La véritable difficulté, elle est là : tenir bon, même si t'as l'impression d'échouer sans arrêt. »
Malgré lui, Prompto avait de nouveau ralenti.
« Mais alors, c'est quoi le but ? T'es en train de me dire qu'on n'atteint jamais la maîtrise ?
— C'est exactement ce que je suis en train de dire.
— Alors à quoi bon ? répéta Prompto, perdu.
— Le secret d'un guerrier n'est pas dans la perfection de son mouvement, mais l'équilibre de sa pensée. »
Prompto cligna des yeux : depuis quand Gladio s'était reconverti en maître Yoda ?!
« Autrement dit, reprit Gladio, ce qui fait un bon combattant, bien au-delà de la maîtrise de ses talents, c'est la connaissance qu'il a de lui-même, et par conséquent, de l'autre. Tu ne gagnes pas un combat parce que tes capacités sont supérieures, mais parce que tu sais comment gagner le combat. N'importe lequel de ces shonen dont toi et Noct êtes tellement fans te le dira. »
Prompto médita ces paroles quelques instants, reprenant l'allure plus ou moins imposée par Gladio qui ne cessait de l'inciter à marcher plus vite, jusqu'à ce qu'un sourire taquin se peigne sur ses traits.
« T'es en train de me dire que tu lis des shonen, là ? »
Gladio esquiva la question en ouvrant la porte devant laquelle ils étaient arrivés et en poussant Prompto à l'intérieur du vestibule qui se trouvait derrière.
III
Noctis attendait déjà dans la salle d'entraînement. Ce soir-là, la lumière crue ne l'angoissait pas comme d'habitude : la dureté avec laquelle elle découpait les contours l'encourageait à adopter la même rigidité mentale, qui pour une fois, était salutaire.
Plus tôt dans la journée, il avait eu Luna au téléphone. Elle lui avait appris que sa mère était mourante. Elle n'avait pas pu dire quoi que ce soit d'autre, et il l'avait écoutée pendant ce qui comptait parmi les minutes les plus longues de sa vie sangloter dans son oreille. Il ne se souvenait même plus de ce qu'il lui avait dit, il savait seulement que ça n'avait pas dû être très intelligent. Et quand il lui avait demandé si elle avait besoin de quelque chose, il avait seulement obtenu un petit « non » étouffé qu'il avait interprété comme : « je t'en supplie, ne me laisse pas toute seule ». Alors il lui avait promis qu'il irait la voir le week-end suivant.
Et maintenant, il serrait les mâchoires en attendant Gladio. Il se sentait profondément en colère et comptait bien sur son bouclier, la personne la plus en colère du monde, pour passer sa frustration.
Il avait profondément besoin de taper sur quelque chose, et en général, Gladio et lui jouaient assez bien ce rôle l'un pour l'autre, surtout ces derniers temps où Noctis avait acquis plus d'assurance au combat. Il n'avait jamais vraiment eu peur de Gladio, parce qu'il savait que celui-ci ne ferait jamais rien qui puisse vraiment le blesser, en revanche, il avait craint ses coups, sa volonté d'acier, l'aura d'assurance qui se dégageait de lui. Maintenant, très doucement, presque imperceptiblement, il se sentait semaine après semaine plus en mesure de rendre les coups. Et ce n'était pas dû à un petit miracle personnel, c'était dû avant toute chose à l'humiliation qu'il avait subie. Ça l'avait terrifié presque autant que ça l'avait brisé (même s'il n'en était plus à une énième occurrence dans son petit livre des comptes de toutes les fois où il avait eu envie de disparaître sous terre), et il éprouvait le besoin de plus en plus pressant de se sortir de ce cauchemar en forme de marasme qui engluait et handicapait tous ses mouvements et qu'il en était venu à considérer comme sa vie. Il ne pouvait pas et ne voulait pas en rester là. Il en avait assez, non pas du vague à l'âme, mais du sentiment d'impuissance, de ce perpétuel mépris qu'il ne cessait d'entretenir à son propre égard, de toutes ces fois où il repoussait Prompto parce que la personne que son crétin de blondinet de petit ami cherchait à atteindre n'était pas celle que Noctis que voyait.
Et il en était arrivé à point de son existence où il n'avait plus le choix. Lui qui « aimait » se retrouver au pied du mur, il était largement servi. Son dernier rêve le lui avait confirmé, si c'était nécessaire.
Cette fois, les brumes blanches avaient cédé la place à un brouillard rouge. D'ordinaire, la couleur rouge dans ses rêves était synonyme de bien-être et de relâchement. Pas cette fois-ci. À travers les tentacules vaporeux et sanglants, il n'avait vu qu'une créature profondément malsaine et malveillante, une entité qui cherchait à l'absorber, à le digérer, à le faire sien dans l'intimité répugnante de sa folie. Encore une fois, il avait vu Ravus. Qui, lui, évoluait dans le brouillard sanglant comme en terrain familier, non que cela surprenne particulièrement Noctis, ce qui l'avait frappé de stupeur en revanche, c'était le regard que le prince de Tenebrae lui avait jeté à travers leur rêve commun. Il s'était arrêté auprès de sa silhouette pathétique, recroquevillée sur elle-même, qui conjurait le songe de s'en aller, et avait posé sur lui un regard incroyablement clair. Puis, il avait prononcé une phrase à la signification limpide, mais dont Noctis ne comprenait absolument pas l'intention :
« Relève-toi », avait dit Ravus avec le mépris qui le caractérisait.
Et il l'entendait encore, assis sur son banc en attendant Gladio. Ça l'avait obsédé toute la journée, et d'une manière encore plus prégnante lors de sa brève conversation avec Luna.
Relève-toi.
IV
Ignis arriva avant Gladio dans la salle d'entraînement, et y trouva Noctis qui patientait sur son banc, le visage pâle et soucieux. Il leva la tête à son arrivée et le gratifia d'un petit sourire.
« Donc, t'es de retour... À en croire Gladio, t'avais plus ou moins disparu. »
Ignis alla s'asseoir près de prince et confirma :
« C'est plus ou moins ce que j'ai fait, oui. »
Noctis sourit en entendant cette réponse ambiguë. Du Ignis 100 % pur jus. Répondre à une question vague par une réponse encore plus vague. Mais ça ne le dérangeait pas. Il était juste content qu'il soit là.
De son côté, Ignis jeta un coup d'œil au prince et demanda à voix basse :
« Ça a l'air d'aller, Noct ? »
De son fameux ton mi-question, mi-affirmation.
Noctis acquiesça, pratiquement sereinement.
Ignis se détendit, allant même jusqu'à s'appuyer contre le mur dans leur dos. Il repensa à ces derniers jours et se dit qu'il avait eu de la chance de s'en sortir aussi bien. D'avoir des personnes aussi valeureuses et obstinées à ses côtés.
« Je suis retourné voir Ravus », expliqua-t-il posément.
Noctis se raidit et se redressa sur le banc.
« Hein ?! fit-il un peu béatement, d'une façon qui fit sourire Ignis.
— Tu es au courant pour sa mère ? »
Noctis baissa la tête. Et comment, qu'il l'était !
« C'est pour ça que je suis allé le voir, poursuivit Ignis. Et aussi parce que... Ça fait quelques temps qu'il a commencé à perdre pied, et actuellement, il ne va vraiment pas bien.
— Comment... Pourquoi... ? »
Noctis n'était pas sûr de la bonne question à poser, parce qu'il ignorait la raison pour laquelle Ignis lui racontait ça.
« Noctis, je pense que tu as compris. La guerre est proche. »
L'adolescent se renferma aussitôt sur lui-même, mais Ignis ne se laissa pas démonter.
« Je sais que ton père t'en a parlé, même à demi-mots. Et je me doute que tu as parlé à Luna, récemment. »
Noctis hocha la tête faute de mieux, désarmé comme d'habitude par la perspicacité d'Ignis.
« Tu sais que la situation globale est assez mauvaise. Je suis allé voir Ravus parce qu'il souffrait et que je ne pouvais pas rester sans rien faire. Comme tu iras voir Luna bientôt. Et si je te dis ça, c'est parce que je n'attends pas de toi que tu te comportes comme si tout allait bien. Nous ignorons ce qui nous attend, et en plus de cela, nous souffrons des épreuves que doivent traverser nos proches.
Ravus, c'est un proche ?! voulut demander Noctis, mais aussitôt, il se remit à penser à son rêve. Ça faisait trop de coïncidences. Il n'avait pas pu en parler à Luna, mais la révélation d'Ignis ajoutait une autre évidence à son mur personnel de suspicions qui s'élevait de plus en plus haut.
« Ignis, je dois te dire quelque chose. Je crois que Luna me parle à travers mes rêves. Je sais que ça a l'air con, mais après tout... C'est l'Oracle, non ? Je n'ai pas eu le temps d'en parler avec elle. Mais je rêve sans arrêt de Ravus. Ou plutôt, Ravus et moi, on fait sans arrêt les mêmes rêves. »
Ignis écarquilla les yeux de façon presque comique, mais Noctis n'avait pas le cœur à rire.
« Je ne sais pas ce qu'il t'a dit, poursuivit le prince, mais ouais, t'as raison. Je sais que quelque chose de grave se prépare. Et lui et moi... j'ai le pressentiment qu'on aura un rôle à jouer là-dedans. Genre... un premier rôle. »
Ignis aurait bien voulu lui demander de développer, mais à ce moment-là, un Gladio et un Prompto en pleine forme débarquèrent dans la salle d'entraînement.
« Ah bah t'es là, Ignis ?! s'étonna joyeusement Gladio.
— Prompto, je savais pas que tu venais ! » s'exclama Noctis en écho.
Le prince et Ignis se levèrent pour rejoindre leurs camarades et ils bavardèrent quelques minutes sous la lumière si froide et impitoyable des néons, comme ils parvenaient à le faire à chaque fois. Même au cœur de l'apocalypse, ils pourraient encore tenir une conversation emprunte de rire et de légèreté, parce que c'était ça que ça signifiait, pour eux, d'être des camarades. Pouvoir encore rire même si chacun d'entre eux avait la sensation troublante que les ténèbres avaient déjà commencé leur lent travail pour les séparer. Et en dépit des sombres pressentiments, ils pouvaient encore s'entraîner, même sous les néons, même en se sentant guettés par des daemons dont ils ignoraient encore si la forme serait seulement purement littérale, ou bien s'il leur faudrait aussi affronter, une nouvelle fois, la noirceur tapie dans chacun de leur cœur encore réjoui.
