Disclaimer : Tous les personnages appartiennent à la BBC, j'ai fait de mon mieux pour ne pas les abîmer mais j'ai pas vraiment réussi. Seule l'histoire est de moi. L'univers appartient tout entier à la série Merlin.

Béta-Reader : Loonycrone, merci à elle. :)

Je remercie Bernie Calling, Evig Morder et Angelyoru pour leur gentil commentaire.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à commenter ! Ça fait toujours plaisir ! ;)

Le complot des Sidhes

Une vingtaine d'années plus tôt, Lord Godwyn fêtait dignement la naissance de sa fille auprès de sa femme, qui bien qu'encore faible, apprécia le verre de cidre doux que lui tendait son époux. La nourrice était entrée et plongeant avec grâce vers le sol, elle avait présenté le bébé nettoyé et repu qu'elle venait d'allaiter.

Lady Godwyn rendit la coupe à son époux et souriante, elle reçut avec plaisir le précieux paquet et sourit au beau bébé blond aux joues bien roses qui baillait avec vigueur.

- Je vais la ramener dans sa chambre, milady, fit la jeune nourrice.

- Oh ne peut-elle rester près de moi ?

- Le médecin a dit que vous deviez vous reposer, chère âme, il vaut mieux ne pas prendre le risque que le bébé ne vous réveille en pleine nuit.

La jeune mère vit avec regret son enfant partir, bien que comprenant fort bien la nécessité de prendre soin de sa santé. Les premiers jours autour de la naissance d'un enfant étaient les plus dangereux. Godwyn lui serra la main avec amour tandis qu'ils regardaient la jolie fille bien ronde aux jupes amples emmener leur enfant dans une des chambres attenantes.

L'opulente blonde déposa avec douceur le bébé qui faisait déjà mine de dormir. Elle lui sourit. Quel beau bébé ! Un vrai amour. Ce serait bien agréable de lui donner son lait. Elle repositionna la couverture brodée sur le petit corps et sortit sur la pointe des pieds rejoindre sa petite chambre, laissant la porte entrouverte au cas où.

Néanmoins sa vigilance ne lui permit pas de voir l'étrange lumière voletante entrer dans la pièce jusqu'au berceau. Quand bien même l'aurait-elle vue, qu'elle n'aurait pu apercevoir le minuscule sidhe dans cette petite lueur.

L'étrange silhouette bleue éleva sa main et étendit son bras avant d'entonner une série de formules magiques tandis que le bébé se mettait à pleurer abondamment. Aussitôt la nourrice se leva avec fracas, faisant s'enfuir l'étrange créature par la fenêtre.

- Oh non, tu ne vas pas pleurer ! Tu dormais si bien, petit ange … fit la jeune femme, en balançant le berceau. Pauvre douceur !

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Dans le présent, c'est un jeune homme blond et essoufflé qui arriva chez son père. Ce dernier interrompit l'histoire qu'il racontait d'une voix douce à la jeune femme très pâle qui gisait au milieu du lit, pour faire signe à son fils d'entrer.

- Je suis venu dès que j'ai appris. Pourquoi ne pas m'avoir prévenu… s'expliqua le prince.

- Après ces heures d'inquiétude, tout le monde avait besoin de se reposer, cela ne servait à rien d'inquiéter d'autres personnes. Gaius l'a même prescrit ! répondit doucement le roi, contre qui reposait la jeune fille, quelque peu léthargique.

- Elle s'est blessée ? se tendit Arthur devant l'état amorphe de Morgane.

- Non, mais Gaius lui a administré plusieurs calmants. On va réduire les doses progressivement … et éviter de la laisser seule. Je lui parle … j'essaie de la rassurer. Je ne comprends pas bien ce qui l'a motivée … Elle avait l'air bien plus sereine qu'ordinairement lors de notre dernière conversation. Moins tendue que depuis son retour. Je ne sais pourquoi je semblais fortement l'apeurer, ce qui est contraire à sa nature, commenta désinvoltement Uther.

Arthur se retint de sursauter. Ainsi il l'avait remarqué ? Il remarquait toujours tout quand il s'agissait de Morgane … devait-il s'en montrer jaloux ou en avoir peur ? Il serait dangereux que son père apprenne pour la magie de sa meilleure amie d'enfance. Encore que … Il semblait manifeste qu'Uther avait bien plus d'empathie pour elle que pour lui.

Il ferma les yeux un bref instant, chassant ses idées noires et se concentrant sur la tristesse de la savoir si désespérée.

- Je ne l'ai pas vue hier en dehors du moment de son réveil … j'avais tâché de la laisser se reposer. J'ignore ce qui a pu la pousser à vouloir … s'interrompit le jeune homme, retenant un sanglot en se mordant la joue, sachant que son père n'apprécierait pas de débordement de sa part. Ce serait vu comme une preuve de faiblesse.

- Approche, elle a besoin de savoir qu'on est là pour elle, fit Uther.

Arthur se glissa près du lit, s'asseyant également sur le bord du lit, prenant la main que venait de lâcher son père, déglutissant pour ne pas pleurer.

- Elle … est … tremblota sa voix, devant l'aspect si maladif de la jeune fille qui fixait le vide, comme une soeur. C'est …

- Terrible de la voir dans cet état, reconnut son père, se penchant pour embrasser le front de la jeune fille. Il n'est pas utile de se contenir dans cet espace privé. Montrer ses émotions n'est une faiblesse que lorsqu'on les montre en public.

Arthur sourit faiblement, avant de sentir la main fine de Morgane serrer la sienne, ce qui le rassura un peu plus.

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Au royaume de Gawant, une jeune femme blonde venait de rejoindre sa chambre de son pas peu délicat, sa robe jaune retombant sur ses formes de manière peu flatteuse … probablement parce qu'elle n'avait pas été correctement mise en place avant son laçage …

Encore que les morceaux d'herbes sur son flanc semblaient plutôt indiquer que la jeune fille avait roulé sur une pelouse. Les cheveux hirsutes, alors que manifestement ils avaient été au départ bien coiffés si on considérait les restes de chignon, balayaient la dentelle déchirée du col, s'emmêlant.

De son pas lourd, elle rejoignit son miroir, puis se mit à curer avec une méthode pour le moins inélégante ses dents. Un bruit assez évocateur informa que la jeune femme venait d'émettre des flatulences. Elle se gratta alors la tête et attrapa une pomme qu'elle frotta sur sa jupe avant de la croquer à pleine bouche, le jus dégoulinant sur son menton qu'elle épongea d'un revers de manche, tâchant un peu plus sa tenue jaune citron qui jurait avec sa blondeur naturelle et son teint de porcelaine.

Et dire qu'il s'agissait d'une princesse … Les fées ne s'étaient pas vraiment penchées sur son berceau … quoique.

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La maison basse était étrangement silencieuse. Il faut dire que l'expression fermée de Guenièvre n'incitait pas au bavardage. Léon passait son regard du médecin à la jeune femme en se demandant si elle allait se jeter sur lui ou pas. Le fond de l'air s'était refroidi. Il n'aurait jamais pensé que Gwen puisse faire froid dans le dos. Pourtant son regard devenait de plus en plus noir …

Le moment de surprise avait laissé une expression furieuse sur son beau visage et elle s'était mise à fixer de manière intense le médecin qui s'était recroquevillé près de Merlin, qui roulé en boule dormait profondément, malgré sa fièvre. Il devait avoir loupé quelque chose, mais le chevalier sentait bien qu'il ne devait surtout pas bouger de là. Ne serait-ce que pour la sécurité du vieil homme.

- Léon, le … bastet, c'est la créature qu'Arthur a tué peu avant la venue du chasseur de sorcière ? se renseigna la jeune fille, d'une voix calme … bien trop calme.

- Euh … oui, reconnut le chevalier, un peu perplexe par la pertinence de la question.

Elle laissa échapper un soupir de frustration.

- Jusqu'il y a peu, j'étais persuadée que de nous tous, Merlin était celui qui avait le moins besoin d'aide. C'était celui vers qui JE me tournais quand je rencontrais une difficulté. Il venait me voir pour me demander des conseils … mais il n'avait pas besoin que J'AGISSE à sa place, martela la métisse. Néanmoins … ça fait quelque mois que j'ai remarqué une fissure … non s'arrêta-t-elle en voyant Léon hausser l'épaule instinctivement.

- Non ? reprit surpris le chevalier, tandis que Gaius s'enfonçait un peu plus sur le matelas.

- Tu penses à son repêchage dans le lac … mais moi je vois que quelque chose voile son sourire depuis plus longtemps … je pensais que c'était lié à la venue du chasseur de sorcière … et … s'il avait su, Arthur l'aurait laisser faire son deuil... oh mon dieu, Arthur l'a tuée! réalisa-t-elle soudain.

Guenièvre se tut, regardant un peu plus furieusement Gaius.

- Je m'étais dit, ce n'est sans doute pas grave et de toute façon Gaius est là pour veiller au grain. Pourtant Merlin garde ce deuil pour lui depuis … des mois ! s'écria-t-elle, s'emportant enfin. Je … pensais que vous étiez là pour l'épauler !

- Merlin n'aime pas montrer … commença le vieil homme, douloureusement conscient de ne pas avoir su aider le jeune homme dans cette épreuve.

En grande partie parce qu'il avait évité soigneusement le sujet. Le médecin s'était dit que le temps aiderait à l'oubli … Pourtant les délires fiévreux du jeune homme lors de sa blessure lui avait fait comprendre que Merlin était loin d'avoir oublié. Au lieu de s'en occuper, il avait passé le bébé à Balinor qui n'avait pu qu'évoquer la jeune fille, étant donné l'insistance de Merlin à ne pas en parler. Lui aurait peut-être réussi à l'aider, le connaissant mieux … Mais il avait fait l'autruche.

- Non ! Ce n'est pas un argument ! le coupa la métisse, outrée et à juste titre, sachant à quel point Gaius connaissait le jeune homme et savait le faire parler.

- Je trouve très admirable d'avoir une force de caractère qui permette de ne rien montrer … apprécia Léon à voix haute, avant de s'interrompre brusquement devant le regard meurtrier de son amie d'enfance, comprenant que sa pensée s'était exprimée sans le vouloir.

La voix de Gwen claqua dans l'air comme un fouet.

- CE N'EST EN RIEN ADMIRABLE DE TOUT GARDER EN SOI AU RISQUE QUE TOUT EXPLOSE COMME MAINTENANT ! hurla-t-elle en désignant le jeune serviteur qui grelottait et qui marmonnait dans son sommeil. AU POINT DE DEVOIR VENIR DEMANDER MON AIDE PARCE QU'ON EST PAS CAPABLE D'ÊTRE RÉCONFORTANT ENVERS UN AMI ?

Le chevalier déglutit, se sentant tout petit dans ses bottes. La jeune fille avait le don de mettre le doigt sur ce qui faisait mal.

- Et lui qui est sensé veiller sur lui comme un père, le laisse gérer seul une situation qu'aucun d'entre nous ne peut ne serait-ce qu'imaginer … Est-ce que vous vous rendez compte qu'il en parle comme si elle était vivante ? Qu'il est complètement perçu face à certaines de ses émotions ? Qu'il prend toujours sur lui … Vous me faites honte !

Léon rougit jusqu'à la racine des cheveux, reculant jusqu'à la porte.

- Et on dit que je suis difficile à lire … marmonna-t-il, sortant terriblement culpabilisé mais surtout avec un besoin irrépressible de fuir. Gaius n'avait qu'à gérer ça seul. Il était assez grand après tout.

Le vieux médecin quant à lui avait blanchi devant l'accusation … manifestement d'accord avec la jeune fille.

- Je ne savais pas comment l'épauler et j'ai fui, reconnut le vieil homme, décidément peu résistant.

Gwen resta un instant interdite devant le désarroi du médecin.

- Il est vraiment doué pour montrer une facette souriante et confiante en lui, Gwen, … mais il doute … tout le temps, depuis son arrivée. À propos de lui, de son amitié avec Arthur, …

- De ses sentiments envers Morgane ? compléta malgré elle la jeune femme, s'adoucissant.

Gaius réussit enfin à lui rendre un regard triste, tandis que Guenièvre s'asseyait près de lui, enlaçant le vieil homme, un peu contrite de l'avoir malmené.

Tous deux, inconscient de ne pas être les seuls à observer avec tristesse le nouveau deuil de Merlin. La culpabilité de ne pouvoir aider le jeune homme qui l'avait tant aidée tenaillait la prêtresse d'Avalon. Mais le royaume des morts ne lui permettait pas d'intervenir dans celui des vivants.

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La jeune femme en robe jaune citron arriva d'un pas maladroit dans la cour principale du château de Gawant au grand désespoir de son père.

- Allons, dépêchons- nous ! Nous sommes en retard ! pressa le vieux roi.

- Sauf si vous renoncez à cet engin, fit la jeune femme en désignant le carrosse préparé pour l'occasion.

- Je veux que tu arrives comme la princesse que tu es, sourit son père avec fierté.

- Ce n'est pas drôle de voyager en carrosse ! geignit la jeune fille en entrant avec la grâce d'un canard dans l'espace restreint.

- Drôle ? C'est bien le mot que j'ai entendu ? Eh ben je vous assure que rien n'est moins drôle que courir après vous ! J'ai tout essayé, Sire, soupira avec force Grunhilda, la vieille servante qui avait pris le relais de sa nourrice à la fin de son sevrage.

- Je n'ai pas de doute à ce sujet, Grunhilda, convint Godwyn

- Chausse-les ! fit la vieille femme en sortant une paire d'escarpins jaune citron assortie à la toilette, sa voix se fit plus doucereuse : Allons…

La princesse Elena attrapa les souliers et les enfila de manière inélégante depuis le siège où elle s'était avachie.

- Parfait ! se réjouit Grunhilda.

- Parfait pour quoi ? haussa les épaules la jeune fille. En aucun cas pour marcher avec.

- Elena ! s'outra la servante.

C'est à cet instant que le carrosse s'ébranla, emportant le cri d'indignation.

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Arthur quitta les appartements de son père, plus serein sur l'état de son amie, quoiqu'encore bien secoué. Morgane était faible et partie pour une longue convalescence, Merlin était malade et en deuil … autant dire que l'ambiance allait être morose pour une très très très … longue période.

Il poussa la porte de ses appartements, prêt à retourner sous les couvertures quand il aperçut George, au garde à vous. C'était décidément la pire journée de toute sa vie.

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Quelques minutes s'étaient écoulées depuis le départ d'Arthur lorsqu'on frappa à la porte. Uther fronça les sourcils avant de donner l'autorisation d'entrer.

Audrey avait patiemment attendu le départ du prince pour oser frapper à la porte. Elle attendait déjà depuis plusieurs heures quand il s'était présenté, ignorant si le roi était réveillé et s'il était adéquat de venir prendre son service dans les appartements d'Uther.

- Bon … bonjour … balbutia la servante. Je … je venais prendre mon service … je peux prendre le relais … si vous … euh … c'est mon travail de prendre soin de Dame Morgane.

Le roi observa attentivement la jeune servante. C'était la première fois qu'il faisait réellement attention à la petite bonne. De nature plutôt effacée, Morgane avait transformé la chenille en papillon en revoyant sa garde-robe. Mais manifestement, il n'y avait pas que la tenue qui s'était améliorée.

- Ce n'est pas nécessaire, je m'en occuperai seul.

- Oh… souffla la jeune femme en écarquillant les yeux, se sentant soudainement désoeuvrée.

- Vous pouvez y aller … précisa le roi en la voyant les bras ballants plantée au milieu de la pièce.

-Euh … oui bien sûr, sursauta la protégée de Léon, se dirigeant vers la porte avant de faire volte face. Sir ?

- Oui ? soupira Uther, quelque peu perplexe de l'insistance de la servante.

- Je … Je me demandais … hésita-t-elle un instant, Je … Je devais demander … euh … l'autorisation à Dame Morgane commença-t-elle avant d'accélérer : Dame Belline m'a priée de l'aider lors de ses lectures à la ville basse et Sir Geoffrey de Monmouth m'a demandé hier soir de l'aider à faire son inventaire. Comme je me retrouve sans … ouvrage… peut-être pourrais-je l'aider aujourd'hui en attendant ?

Uther resta un instant sans voix, avant de se reprendre.

- Je pense qu'elle vous donnerait l'autorisation d'aider Dame Belline sans difficulté. Aider Sir Geoffrey pour ses inventaires par contre … je l'autorise tant que Dame Morgane est sous ma surveillance. Après il faudra voir avec elle.

- Merci, fit Audrey en plongeant dans une gracieuse révérence et d'enfin sortir.

Uther secoua la tête. Ces jeunes ne manquaient pas d'initiatives. Un bruit étouffé lui fit aussitôt relever la tête. Sir Léon, rouge comme une brique s'excusait. Il était manifestement rentré dans la jeune femme au moment où elle sortait.

- Excusez-moi, Sire, je viens de recevoir votre ordre. Vous avez besoin de moi ?

- Ah enfin ! Oui, j'ai demandé à ce garde de vous faire venir tantôt. J'ai besoin que vous organisiez l'arrivée de Sir Godwyn de Gawant. J'ai reçu un pli de sa part cette nuit. Il arrive demain avec sa fille. Je ne peux pas m'en charger, et Dame Morgane est … occupée.

- Bien sûr, je m'occupe de prévenir la garde pour l'arrivée en pompe et de faire préparer leurs chambres, résuma le chevalier.

- Merci, fit le roi pour mettre fin à leur entretien.

Léon salua et quitta la pièce, laissant enfin le roi seul avec sa pupille somnolente.

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Un rot discordieux envahit l'espace restreint de l'habitacle, provoquant un cri choqué de la part de la gouvernante et un sourire pincé de son père.

- Elena ! gronda enfin son père.

- Palsambleu ! Il n'y a rien de plus naturel, grogna la jeune fille, mécontente de devoir voyager en calèche, de devoir porter une robe et des chaussures à talons.

- Je pense que tu as oublié les raisons de ce voyage !

- Non, je vais être présentée au prince Arthur de Camelot dans le but de devenir son épouse. Je dois donc me comporter comme la future reine que je devrais devenir … imita la blonde avec une superbe voix de fausset.

- C'est une affaire importante ! rappela son père.

- Je le sais … souffla la jeune femme, redevenant sérieuse un instant. C'est juste … vous auriez pu faire un mariage d'intérêt et vous avez épousé ma mère par amour, non ? Pourquoi me pousser à ce mariage ?

Le vieil homme la regarda d'un oeil soucieux. Il aimait profondément sa fille, mais il était difficile de nier qu'il y avait peu de chance qu'un homme tombe amoureux … sans finir par se lasser de ses manières grossières. Ce n'était pas faute de lui avoir donné une éducation appropriée, pourtant.

- Je pense que tu pourrais très bien t'entendre avec ce jeune homme. C'est un chevalier accompli, qui aime l'exercice au grand air et respectueux de son père.

- Que des points communs … sans compter qu'il a aussi perdu sa mère en couches, souligna amèrement la blonde.

- Elena … reprit son père, une barre anxieuse naissant sur son front.

- Je sais, ce n'est pas ma faute … c'est une complication après ma naissance que nul n'aurait pu prédire … Ça ne change rien fait que ni l'un ni l'autre n'ayons connu notre mère.

- Tu lui ressembles, tu sais.

- Oui, vous me parlez suffisamment d'elle pour quasiment la connaître, mais contrairement à elle, je ne suis pas du tout délicate ! se plaignit la jeune fille en mettant fin à la conversation.

D'un air las, elle venait de poser son front contre la vitre, indiquant à son père qu'elle ne voulait plus en discuter.

- Elena, une dernière recommandation : Faites de votre mieux à notre arrivée, supplia son père.

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La tension était retombée dans la chaumière. Gaius se releva, revivifiant encore la température de Merlin dont les gémissements s'étaient enfin taris. Elle avait bien baissé, ce qui le réconforta. Le vieil homme avança vers la table et s'installa confortablement sur une chaise. Il avait pris sa décision. Il était vain de garder tout ça pour lui.

Merlin avait besoin de confidents de son âge … Lancelot n'était pas là, Arthur portait des oeillères et Léon … Léon nageait entre son rang de chevalier et celui de serviteur de Merlin. Oh Gaius voyait bien qu'il faisait des efforts pour être ami avec le sorcier, des efforts qu'il faisait de bon coeur, ça se voyait, mais le sorcier ne se laissait pas si facilement approcher. Peut-être que Gauvain … s'il était resté.

Guenièvre était déjà proche du jeune homme, et elle était plus que volontaire pour lui venir en aide.

- Merlin … a de nombreux secrets, commença-t-il. Je vais t'en confier certains, parce que je ne suis plus capable de veiller correctement sur lui et … toi, tu es sa meilleure amie.

La jeune femme leva la main pour lui dire que ça n'était pas nécessaire.

- Non … je pense que ça vaut la peine de te les partager. Je te raconterais les plus pertinents pour que tu comprennes. Mais c'est lui qui aura le dernier mot pour les autres.

La métisse hocha la tête, consciente que Gaius n'avait pas pris cette décision sans en peser le pour et le contre.

- Je … ne vais pas entrer dans les détails, donc ça risque d'être direct, fit-il avant de se lancer. Lorsqu'il est arrivé à Camelot … il était … certes enthousiaste et courageux dans ses prises de position … surtout par rapport à Arthur et Uther, mais il était surtout sans confiance en lui. À tout le temps douter de ce qu'il fallait faire ou non … À douter de lui. Ce découragement le prend souvent, en particulier lorsqu'Arthur…

- Nie leur amitié ou ne le croit pas, compléta d'elle-même la jeune femme.

- Pas uniquement, mais globalement oui, confirma le médecin.

- J'ai conscience de cela, commenta en souriant Gwen

- Au point de penser qu'il est un monstre ? réfuta le vieil homme

- Un monstre ? s'étrangla-t-elle.

- Il pense qu'il est anormal, et la raison pour laquelle il le pense est quelque chose qu'il décidera de te dire ou pas.

La jeune femme fronça les sourcils, comprenant que cela devait concerner un des secrets dont Gaius voulait laisser la primeur à son protégé.

- Et l'est-il ? fit la jeune femme, inquiète.

- Cela fait de lui quelqu'un de singulier, c'est tout. Et j'aurais même tendance à dire que ça fait de lui un héros.

Guenièvre sourit.

- Il en est un pour avoir tellement éveillé Arthur et pour avoir aidé si souvent à sauver Camelot. Dans ce cas pourquoi ne pas accepter cette particularité ?

Le vieil homme la regarda fixement.

- Un autre secret que tu ne peux me révéler, comprit la jeune femme.

- Merlin est très doué pour que d'autres s'approprient ses succès.

- Ça ne m'étonne pas, confirma Guenièvre pour l'avoir vu à plusieurs reprises.

- Il a besoin de reconnaissance et pourtant il passe son temps à taire ses victoires, expliqua-t-il avant de préciser : C'était lui et non Cédric qui avait tué ce sanglier qui avait failli tuer Arthur avant l'attaque de Cornélius Sigan. Il a déjoué une prophétie de Morgane en empêchant Sophia de Tirmör de tuer Arthur.

- Pourtant Arthur n'en a rien dit. s'étonna Gwen, ne se rappelant pas de cette histoire.

- Arthur l'ignore … il était sous enchantement, reconnut Gaius avant de poursuivre Merlin a convaincu le gardien des licornes de redonner sa chance à Arthur.

- Pour lever la famine … comprit alors Guenièvre.

- Il a demandé à Nimueh d'échanger sa vie contre celle d'Arthur lorsqu'il a été mordu par la bête glapissante, continua le médecin, étonnant grandement Guenièvre qui faillit tomber du lit, tandis que Gaius lui faisait signe de ne pas l'interrompre. Finalement la magie de Nimueh s'est retournée contre elle et c'est sa vie qui a été prise.

La jeune femme avait les yeux écarquillés par le choc des informations qui se succédaient … et ce n'était pas fini.

- Il a découvert le secret de Morgane et lui a conseillé de prendre contact avec les druides afin qu'elle soit fixée.

- Alors elle n'avait pas été enlevée ! s'exclama la métisse.

-Il l'a même aidée à les trouver. Il a eu l'idée d'échanger la potion de Lady Catrina avec une fausse pour qu'elle soit découverte … avec peu de succès vu le charme sous lequel Uther était, mais il a eu le courage de tester les goûts, épouvantables.

- Épouvantable ?

- Pour faire court : la potion qui aidait à maintenir le sort était …à vomir. J'ai composé une potion de même goût … avec … enfin des choses tout aussi dégoutante, précisa-t-il.

Guenièvre eut une moue de dégoût à l'image de celle, rétrospective du médecin.

- Il a aidé la druidesse Freya à s'enfuir … il ignorait qu'elle était le bastet. Il avait prévu de s'enfuir avec elle la nuit où … Arthur l'a tuée. Elle a préféré s'enfuir sans lui pour ne pas risquer de le blesser , de ce que j'ai pu comprendre.

- C'était pour ça la robe … souffla Gwen, en levant les yeux au ciel, c'était pourtant évident ?

- La robe ? sourcilla le vieil homme.

- Merlin avait volé une robe à Dame Morgane en prétendant qu'elle était pleine de mites, fit la jeune femme, secouant la main pour indiquer l'absurdité de l'excuse.

- Et évidemment il a empoisonné Morgane à cause du sort sous les indications du grand dragon qui a exigé en retour … sa liberté.

- Merlin a …

- Arthur le sait ce dernier point. Et je n'ai pas évoqué les fois où tu l'as aidé.

- Je sais … souffla la métisse, assommée par le nombre d'exploits du jeune homme. Et encore … Gaius n'avait pas cité les nombreuses aides magiques.

- Merlin a une importante responsabilité sur les épaules. Il y a une prophétie qui lie son destin à celui d'Arthur. Ensemble ils doivent mener à l'avènement d'Albion.

- Albion ?

- La réunification des 5 grands royaumes, fit le médecin sans entrer dans le détail 'et rétablir la magie'.

Guenièvre le fixa, interdite.

- C'est impressionnant.

- C'est un grand poids, dont Arthur n'a pas conscience parce qu'il est nécessaire qu'il l'ignore pour le moment, précisa le vieil homme.

- Il n'est pas encore prêt, n'est-ce pas ? apprécia la jeune femme. Vous pensez qu'il me confiera le reste ? Je suppose que c'est le plus important, souligna-t-elle, regardant avec ardeur le médecin.

- J'espère que tu pourras le soulager un peu et qu'effectivement il se confiera. J'ai besoin d'aide et tu es la mieux placée.

- Vous êtes le seul à connaître ce secret ?

Le vieil homme secoua la tête.

- Sa mère le sait, évidemment, ainsi que … Lancelot et Sir Léon.

- Léon ? sursauta Gwen.

- Je doute qu'il te le dise mais ne l'interroge pas … il le soupçonnait et a tenté sa chance.

- Je pense savoir … mais j'attendrai confirmation,

Un gémissement plaintif la fit se retourner vers Merlin, qui luttait pour se réveiller, manifestement.

- Gw… Gwen ? s'étonna le jeune homme.

- Reste tranquille, Merlin, tu es malade.

- Qu… quoi ? Non … je … mon service ! se réveilla-t-il alors tout à fait, malgré sa tête qui tournait.

- George te remplace, fit la jeune femme. Tu dois te reposer.

- Je … Je … balbutia le jeune homme … Bal… père …fit-il se rappelant de la veille.

- Nous savons, Merlin, c'est pour ça qu'il faut que tu te calmes et te repose, ordonna le médecin.

- On pourrait peut-être profiter de son réveil pour le ramener dans sa chambre ? Je pourrais l'y soigner, suggéra Guenièvre.

Gaius hocha la tête, aidant la jeune femme à relever Merlin qui vacillait un peu sous la fièvre. Avec un manteau à capuche rabattue, il semblerait aux gens qu'ils ramenaient un malade quelconque dans son laboratoire.

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La nuit avait grandement amélioré la situation. La fièvre de Merlin avait complètement disparu en fin d'après-midi et Guenièvre était resté près de lui pour le soutenir dans son deuil, lui parlant doucement et le réconfortant.

Une bonne nuit de sommeil l'avait aidé à se remettre et c'était avec joie qu'Arthur l'avait accueilli lorsque le valet était venu prendre son poste. Marchant presque sur des oeufs, il avait été particulièrement gentil avec Merlin, effrayant un peu ce dernier. Manifestement la journée avec George avait traumatisé le prince.

Morgane était plus ou moins remise des calmants et avait regagné ses appartements après avoir prié le roi de retourner à ses obligations. Guenièvre et Audrey lui tiendrait compagnie. D'ailleurs la bonne avait emménagé dans l'annexe pour pouvoir lui tenir compagnie même la nuit.

C'est pourquoi à midi tapante, la cour entière à l'exception des trois jeunes femmes était réunie dans la cour pour accueillir Lord Godwyn.

- Arthur ! Nous allons passer une excellente journée, se réjouit Uther, malgré la pointe d'inquiétude pour Morgane qui perçait dans la voix.

- L'arrivée de Lord Godwyn est toujours réjouissante, acquiesça Arthur. Il est dommage que Morgane ne puisse le voir. Il nous fait toujours rire.

- Certes. Et nous pouvons nous réjouir aussi d'accueillir la princesse Elena.

- Hum... Oui, répondit le jeune homme, qui à vrai dire ne la connaissait pas. C'était la première fois que Lord Godwyn l'amenait à Camelot.

- Il paraît que c'est vraiment une beauté, commenta son père, essayant de préparer son fils.

- Euh… Vraiment ?

- Oui elle est magnifique, charmante, spirituelle... stratégique, conclut le roi.

- Stratégique ?! s'étrangla le blond, perplexe par le choix de ce mot.

- Exactement, je l'ai toujours pensé, nous l'avons toujours pensé ! Quand je dis nous, je parle de Lord Godwyn et moi. En fait, c'est lui qui trouve que tu es stratégique et non pas la... Princesse Elena, expliqua Uther.

- Lord Godwyn me trouve... stratégique ? fit le jeune homme, quelque peu ahuri.

- Oh oui ! sourit largement le plus âgé en voyant arriver le carrosse de son ami pénétrer dans la cour.

- Et magnifique ? insista Arthur qui trouvait la conversation de plus en plus étrange.

Lord Godwyn, la princesse Elena et Grunhilda descendirent alors de la calèche, avançant vers le roi, ravi de les voir.

- Père que tentez-vous de me dire ? s'inquiéta Arthur.

- Eh bien, Lord Godwyn est un allié de taille, malgré que son royaume ne soit pas un des principaux et la force d'une telle alliance ne saurait être sous-estimée, résuma son père.

- Vous parlez bien d'une alliance amicale ? se fit préciser le blond.

- Je parle d'amour, contredit Uther.

- Que… d'amour ?! sursauta le prince, très surpris.

- L'amour en tant que tel n'entre pas en ligne de compte, je parle je te parle de... Essaye de comprendre, je te parle d'union éternelle ! insista le roi.

- De mariage ?! comprit enfin le prince, s'effrayant de voir le trio s'approcher à présent.

-Je savais que tu comprendrais…souffla le roi avant de s'exclamer : Godwyn !

- Oh... Uther ! Il y avait si longtemps... s'enthousiasma son ami.

- Princesse Elena, soyez la bienvenue parmi nous, accueillit avec bienveillance le roi, admirant la régularité du visage malgré la mauvaise tenue de la jeune fille.

La jeune femme voulut se lancer dans une gracieuse révérence, se prit le talon dans la dentelle de la robe et s'étala sur le sol, avant qu'Arthur ne l'aide vivement à se relever. Quel curieuse princesse ! Le prince tourna la tête vers Merlin, surpris, qui à quelques mètres de là était resté somme toute inattentif avant le coup d'éclat de la jeune fille.

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- Leur a-t-on donné les meilleurs appartements ? se renseigna le prince, un peu troublé.

- Les dispositions ont été prises. La Princesse ne manquera pas d'être impressionnée, lui confirma la bonne de Morgane. Sir Léon a été très précis dans ses instructions et Dame Morgane a complété ses ordres lorsque je lui en ai fait part ce matin.

- Ah oui Merlin... fit le prince un peu à l'ouest. Ce serait bien que leurs bagages arrivent avant eux.

Audrey et Merlin se regardèrent, indécis. Puis Audrey fit un signe de tête vers le prince et tourna les talons, laissant le serviteur s'en occuper.

- Et si vous m'aidiez, ça irait plus vite ? proposa le sorcier.

- Bien sûr, accepta machinalement le prince qui souleva la plus grosse malle avec une facilité déconcertante qui fit lever les yeux au ciel à son serviteur. Évidemment lui y arrivait sans difficulté …

- Que vous arrive-t-il, vous avez l'air tourmenté ? se renseigna le plus jeune.

- Euh… Mon père... avait un message surprenant à me communiquer, commença un peu gêné le blond. Il espère me voir épouser la Princesse Elena.

- Épouser ?! fit surpris Merlin.

- Oh… Je ne le ferai pas, … je ne peux pas, souffla Arthur.

- Je sais … réconforta Merlin en souriant gentiment au prince.

Il y avait de forte chance pour que la phase de gentillesse du prince vienne de s'achever. Mais il comprenait, personne n'aurait aimé apprendre que son futur rêve de mariage avec la femme qu'il aime était mort.

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À quelques couloirs de là, Uther avisa le chevalier.

- Ah, Léon ! Magnifique, vous avez parfaitement organisé les choses.

- Merci, la servante de votre filleule m'a bien aidée, reconnut le châtain.

- À présent, il faudrait que vous organisiez le mariage.

- Le mar… s'étrangla Léon, saisi par l'information, mais déjà Uther le coupait.

- Demandez plutôt à Dame … Guenièvre ? la dame de compagnie de Morgane. Elle sera à la hauteur. Ce prénom n'est vraiment pas facile à retenir, mais je reconnais qu'il ne manque pas de classe, fit le roi en s'éloignant.

Léon expira un bon coup. Il ne s'attendait vraiment pas à ça. Il se mit aussitôt en quête de son amie. L'homme n'eut pas longtemps à chercher. Guenièvre sortait justement des appartements de Morgane, un plateau à la main.

- Bonjour, ça s'est bien passé l'arrivée de Lord Godwyn ?

- Très bien, Uther était satisfait. Il m'a même demandé de préparer la suite …

- La suite ? s'étonna Guenièvre.

- Oui et j'aurais besoin de ton aide. Je n'ai jamais organisé de mariage !

Un bruit fracassant retentit lorsque le plateau s'écrasa sur le sol.

À suivre

Voilà, j'espère que ça vous a plu. Vous êtes libres de commenter ou pas. Cela dit, ça me ferait plaisir.

À la semaine prochaine.