Hello mes caribous tarabiscotés ! New CHAPTER ! Ca va envoyer du pâté, OH OUI. Au programme, une tête de chèvre, une baffe, le retour de C. (entre autres... !) et un sauvetage héroïque !


Chapitre 15 - Commotion amoureuse


Il y avait toujours ce petit pincement au cœur chaque fois que Kate franchissait le mur qui séparait le hall moldu de la gare de King's Cross et le quai 9 ¾. La joie de retrouver Poudlard et ses amis, le regret de laisser derrière elle sa famille, entre autres la petite Abby qui, d'ici Pâques, aurait déjà dépassé bien des étapes que sa sœur allait irrémédiablement louper. La première personne qu'elle croisa sur le quai ne fut cependant pas quelqu'un de sa classe : Clive était occupé à aider un sorcier de service à monter quelques bagages bien lourds.

— Salut Clive !

En entendant la voix de Kate, le jeune homme se retourna et rajusta ses lunettes en souriant lorsqu'il aperçut la petite Papillombre qu'il affectionnait. Derrière Kate, Phil, le seul à l'accompagner ce jour-là, s'avança derrière sa fille, les poings dans ses poches et le regard dur à l'égard de ce Serdaigle trop vieux en apparence pour partager les mêmes bancs de cours que sa fille.

— Kate ! Tu as passé de bonnes vacances ?
— Mouvementées ! Mais ça va !

Clive ne dut pas se faire prier pour remarquer l'attention particulière que lui accordait Phil. Courtois, il descendit de la marche en sautant et tendit une main affable au sorcier.

— Vous devez être mister Whisper !
— Et tu es... ? demanda-t-il, suspicieux.
— Clive Ollivander, mister ! Je suis un bon ami d'Eliot, votre neveu.

À l'évocation du nom du jeune garçon, Phil s'apaisa et répondit à la poignée de main.

— Le fils Ollivander, voyez-vous ça ! Je ne savais pas qu'Eliot te comptait parmi ses bons contacts.
— On a été le voir à Ste Mangouste ce matin, précisa Kate à Clive.
— Et... je suppose que rien n'a changé.

Le silence couplé de Kate et de son père suffit à éclairer le jeune homme, qui afficha un très bref sourire forcé.

— Il vaut mieux ça qu'une dégradation de son état, je suppose.

Peiné par la mine de Kate, cette dernière se retourna vers Phil et lui prit ses sacs.

— Tu peux me laisser là, papa.
— Tu ne veux pas retrouver tes copines ? s'étonna-t-il.
— Je les retrouverai dans le train, ne t'inquiète pas. Je vais d'abord monter avec Clive.

Le regard mutin, Phil se pencha au-dessus de sa fille pour que Clive ne l'entende pas, ce qui ne fut aisé avec le bruit de gare ambiant tout autour d'eux.

— Je ne savais pas que tu craquais devant les binoclards !
— Hein ?!
— Enfin... tu ne penses pas qu'il reste quand même un peu vieux pour toi ?
— Quoi ? Je... papa ! Clive est juste un ami ! Ami, ami... ami ! Oui, tu as raison, il est trop vieux !
— Oui, hein. Qu'il n'en soit pas autrement !
— Qu'est-ce que ça sera quand je ramènerai un garçon à la maison, lui lança-t-elle en soufflant, provocatrice.

Phil ne préféra rien en répondre et aida sa fille à monter ses bagages dans le wagon. Puis, lorsqu'elle s'apprêta à s'éclipser pour prendre place dans l'un des compartiments, son père lui attrapa le poignet.

— Quoi encore ?! s'agaça-t-elle, alors que la locomotive commençait à cracher des volutes de plus en plus volumineux.

Pourtant, le regard perçant de Phil la persuada qu'il ne s'agissait pas d'un simple contretemps.

— Reste prudente, Kate. Ne sors pas seule dans le parc...

Elle se contenta de hocher la tête, elle-même consciente des dangers qu'elle courrait tant que la vampirette n'était pas neutralisée.
Une fois le Poudlard Express sur les rails, Kate renonça à suivre Clive dans le compartiment des préfets, prétextant qu'elle avait rendez-vous avec ses amies. La réalité n'était pas loin, elle nia cependant la nuance ; celle qu'elle ne sentait pas à l'aise au milieu de ses comparses tous plus âgées qu'elle ne l'était. Être préfète à treize ans ne comportait pas que des avantages.
Elle s'éclipsa donc et partit à la recherche de ses amies. Cependant, Kate croisa sur son chemin une personne qui éveilla une réaction bien paradoxale, quand Griffin apparut à l'autre bout du couloir du wagon dans lequel elle venait de monter. Son premier réflexe fut de sauter dans le compartiment le plus proche afin de ne pas se faire remarquer. Les yeux écarquillés des trois Serdaigles la fixèrent un temps en silence, la jeune fille faisant irruption au beau milieu d'une conversation.

— Je ne fais que passer, ne vous souciez pas de moi ! leur sourit Kate, embarrassée, aussi rouge qu'une pivoine et le dos plaqué contre la porte du compartiment.

Sans se préoccuper de l'avis de ses camarades aînés, qui ne la réprimandèrent même pas tant la survenue inopinée de la jeune fille les stupéfia, Kate se retourna sans faire de bruit et souleva d'un doigt discret le store en toile qui barricadait la vitre. Elle guetta d'un œil attentif l'avancée de Griffin et de ses camarades de maison, qui échangeaient les bonbons qu'ils venaient d'acheter à la vendeuse pour agrémenter leur voyage. Elle rabattit le rideau en toute hâte lorsqu'ils passèrent devant en riant. Ce ne fut que lorsque le silence revint, le wagon bercé par le roulement du voyage, que Kate reprit sa respiration et remercia les élèves abasourdis pour leur coopération avant de sortir. Comme si rien ne s'était produit, Kate rajusta son pull et se racla la gorge, prête à continuer son chemin. Lorsqu'une voix la pétrifia sur place :

— Tu allais quelque part, Whisper ?

Non, ça ne pouvait pas être la sienne. Elle était pourtant certaine de l'avoir semé ! Kate pivota la tête lentement vers Griffin qui s'avançait vers elle, les mains dans les poches. Sa démarche lui rappelait presque celle de son père.

— Hey, euh, sal-, euh, je veux dire... bonjour, Griffin ! bégaya-t-elle, tentant de cacher ses joues écarlates sous des mèches de cheveux. Comment, et toi, tu, et euh... ça va ?
— C'est moi qui devrais te poser la question ! ricana-t-il. Je viens de te voir te jeter dans un compartiment !

Par Merlin, il l'avait vu !

— Je croyais avoir reconnu les filles, mais en fait... non, ce n'était pas elles ! prétexta-t-elle, le cœur battant.

Le jeune Griffin se planta juste devant elle, dans le couloir exigu du Poudlard Express. Kate avait rarement eu l'occasion de voir ses yeux bruns d'aussi près.

— Tu n'es pas parti avec Evan et les autres ? marmonna-t-elle.
— Ils sont allés devant, je leur ai dit de ne pas m'attendre. Eux, ils ne t'ont pas remarqué, dans cette action formidable.

En percevant le message que tentait de lui faire passer cette expression mutine qu'affichait Griffin, Kate sentit le besoin de s'enfuir.

— Excuse-moi, mais je... mais je...

À court d'air, elle ne termina pas sa phrase et fit volteface pour rejoindre à grands pas la sortie du wagon. Cependant, Griffin s'interposa, coinçant la porte juste sous son nez en plaquant son épaule dessus.

— Pas si vite, Kate...

Elle leva des yeux effarés sur le garçon blond qui lui souriait, presque victorieux. Cela faisait des mois qu'elle redoutait ce moment, qu'elle s'y préparait, sans prendre conscience qu'en montant dans ce train, elle devrait y faire face ce jour précis.

— T'es vraiment étrange, comme fille, sourit-il en constatant qu'elle détournait à présent le regard, cherchant refuge dans un détail qui la sauverait de cette situation. Des fois, tu bégaies comme Campbell, d'autres fois, t'es plus directe...
— Pourquoi tu parles de Leeroy ? réagit-elle, plus sèche lorsqu'il s'agissait de l'un de ses camarades de maison, qu'elle défendait, telle une grande sœur.
— Tu vois, qu'est-ce que je disais ! Tu es trop lunatique, Kate. Vraiment une fille bizarre.

Il laissa flotter un moment qui parut éternel et insoutenable aux yeux de Kate, qui priait pour qu'un miracle survienne, pour qu'un élève débarque dans le couloir pour interrompre leur discussion. Mais Griffin n'en démordit pas.

— C'est vrai ce qu'on raconte, à Poudlard ?
— Ca dépend quoi, trembla-t-elle. Il y a plein de choses qui se disent, à Poudlard !
— Que tu en pinces pour moi.

Le cœur fit un tel bond dans la poitrine de Kate qu'elle manqua de s'étrangler alors que les larmes lui montaient aux yeux. Ce n'était pas comme ça que c'était prévu, ce n'était pas comme ça qu'elle s'était imaginé que cela se déroulerait.

— Au début, je ne voulais pas le croire, murmurait Griffin à côté d'elle. Et puis, tu répondais à moitié quand je te disais « salut », tu évitais de me regarder. Et là, tu te jettes la tête la première pour ne pas avoir à me croiser. Je te fais de l'effet à ce point-là ?
— Laisse-moi passer... S'il te plaît...
— Hein ?
— Laisse-moi passer... le pria-t-elle, un peu plus fort, le menton rentré dans son cou.
— Pourquoi ? Je veux juste qu'on...
— Laisse-moi passer !

Le cri de Kate imposa de nouveau le silence. Griffin observa avec stupeur le visage qu'elle venait de lever vers lui, brillant des larmes qui coulaient sur sa peau rougie. Il leva les mains en signe de rémission et s'écarta.

— C'est bon, c'est bon, pas la peine de me crier dessus !

Puis, après un dernier regard chargé d'incompréhension, Griffin s'éloigna, traversant le wagon sous les regrets que Kate ne parvenaient à exprimer de vive voix. Enragée, elle emprunta la porte qu'il lui avait bloquée quelques secondes auparavant et la claqua derrière elle. Kate s'effondra entre deux piles de bagages, sur la plateforme bruyante qui séparait deux attelages du Poudlard Express. Dans une cage proche, une chouette piaula. Ses sanglots furent masqués par la résonance du trajet. Les élèves qui passaient par là la remarquaient à peine, et quand ils le faisaient, personne ne s'arrêtait pour demander à la jeune Kate Whisper ce qui lui valait ces grands pleurs. Elle-même ne comprenait pas pourquoi elle ne parvenait à les refréner. Juste que ce n'était pas comme ça que c'était prévu...


Quel fut son soulagement de retrouver, le soir venu, la quiétude au sein de la salle commune des Papillombres. Les six autres élèves assistèrent à son arrivée discrète. Tetsuya ne manqua pas de la questionner, délaissant sa lecture :

— On ne t'a pas vu manger avec nous, Kate. Tout va bien ?
— Oui, oui, c'est rien, souffla-t-elle. Je... j'ai mangé avec mes amies de Gryffondor, on devait parler d'un truc important.
— Ah, d'accord ! J'ai eu peur qu'il te soit arrivé quelque chose.
— Oui ! Que McGonagall t'ait convoqué dans son bureau, proposa Rose. Que tu aies raté le Poudlard Express, ou pire encore, que tu aies décidé d'aller faire un câlin au Saule Cogneur !
— Pourquoi j'irai faire un câlin au Saule Cogneur ?!
— Il y en a qui font des paris idiots dans l'école, rien n'est impossible !
— Certes...

Kate s'écroula sur l'un des poufs, exténuée par cette bien longue journée.

— Ti vacances, elles étaïent bonnes ? la questionna Eibhlin, occupée à rafistoler l'une de ses tenues à l'aide de la magie.
— Mouvementées...
— En tout cas, tu as été gâtée !

Teffie désigna les bagages de Kate, qui avaient été amenés jusqu'ici, devant la statue de Cliodna, surmontés par son balai flambant neuf.

— Un fuselune, rien que ça !
— Cadeau de Noël. À propos, il faut que l'on parle.

À ces mots, même Nestor leva le nez pour lui prêter attention. Ce genre de phrase ne laissait jamais personne indifférent, quelle que soit la situation.

— À pro-propos de... ? s'inquiéta Leeroy en couinant, assis en tailleur à même le carrelage.
— De l'équipe de Quidditch. De notre équipe. J'ai bien réfléchi et... je pense qu'il va falloir qu'on se re-répartisse les postes.
— Quoï ?! Il est hors de questionne que ji laïsse mi poste d'attrapeuse !
— Je... on n'allait pas te l'enlever, Eibhlin, je pense qu'on est tous d'accord pour dire que tu es la mieux placée pour ça.

Tous les autres approuvèrent Kate en hochant de la tête, alors Eibhlin se rabattit avec un sourire satisfait.

— Non, en fait, je parlais plutôt pour moi. Vu ce qui s'est passé au dernier match, je pense qu'il est meilleur pour moi, et pour l'équipe, que je devienne batteuse.
— T'en as mis du temps, pour le comprendre ! explosa Teffie. C'est ce que ma sœur disait depuis le début...
— Tu libères le poste de gardien ?! s'exclama Tetsuya, en bondissant presque de son assise. Je peux essayer ? Je peux essayer ?
— On t'a dit que tou était trop petit ! nasilla Eibhlin.
— Si tu veux.
— Quoï ? Maïs... Kate ! Tou t'es pris oune cognard dans la tête ?! Tetsouya, il est pas assez costaud pour faire ça ! Sans rancoune, Tetsouya...
— Je commence à m'habituer, ne t'en fais pas ! lui sourit-il avec sincérité.
— Je pense qu'avant de penser technique, il faut qu'on se fasse plaisir ! Si Tetsuya veut essayer d'être gardien, eh bien qu'il essaie ! Si cela se trouve, il va super bien se débrouiller ! D'un côté... ce n'est pas difficile d'être meilleur que moi.
— C'est bien de voir la vérité en face, intervint Nestor en grommelant.
— Toujours un plaisir, Nestor...
— De rien.

Kate soupira, résignée, puis poursuivit.

— Du coup, il faut qu'on se réorganise en conséquence. Leeroy ?

Interpellé, le jeune garçon releva la tête et ne put s'empêcher de rougir en constatant que tous les regards le fixaient.

— O-oui ?
— Qu'est-ce que tu veux faire ?
— J-je ne sais p-p-p-pas !
— Moi, j'ai adoré le coup de la toupie que tu nous avais fait au dernier match ! fit remarquer Tetsuya.
— Nos premiers points ! renchérit Rose.
— Mais ce n'é-n'était pa-pas p-p-prévu ! Je ne l'ai p-pas fait exp-près !
— Mais ça pourrait devenir une super technique !
— Le choix t'appartient, Leeroy. Tu restes poursuiveur ?

Après une courte hésitation, le garçon hocha la tête, plusieurs fois de suite.

— Et toi, Nestor ? demanda Kate, en se tournant vers lui, alors qu'il continuait à lire son livre. Tu restes aussi poursuiveur ?
— Je n'ai pas le choix, je suppose, soupira-t-il.
— Si justement, tu as le choix.
— Ca m'est égal... Je n'aime pas le Quidditch. Quel que sera mon poste, je prendrai... Je fais vraiment ça pour vous faire plaisir. Sinon, on ne pourrait pas former d'équipe.

Malgré ses airs hautains, Kate savait qu'il disait la vérité. Nestor se suffisait déjà de savoir que se simple présence permettait à l'équipe d'exister. Mieux encore ; cela le rendait fier.

— Du coup, les filles, vous avez le choix. Il en faudrait une batteuse et l'autre poursuiveuse.
— Je n'aime pas les cognards, ils me font peur, avoua Teffie dans une grimace.
— Ti ? Teffie Simmons, celle qui mordraït oune ours, tou as peur des cognards ?!
— Je ne mordrai jamais un ours ! Ça a trop de poils !

Le caractère explosif de Teffie ne reflétait pas toujours ce qu'elle était vraiment. Entre ses airs d'ange et ses sursauts de vulgarité se cachait une petite fille encore fragile. Seuls ses jurons lui permettaient de ne pas paraître comme une poupée aux yeux des autres.

— Donc, poursuiveuse, ça te conviendrait ?
— Ouais. Pourquoi pas ! haussa-t-elle des épaules.
— Du coup, Rose, en batteuse, avec moi. Ça ne te dérange pas ?
— Tu rigoles ? C'est génial ! Je vais être ton binôme !

Rose secouait ses petits poings devant elle, surexcitée. Kate y répondit d'un sourire un peu forcé et reprit d'une voix assurée.

— On commence fort, dans dix jours, avec le match contre Gryffondor. D'ici là, il faut que l'on s'entraîne un maximum. Au moins trois fois avant le jour de la rencontre.
— En gros, faut que mi attrape encore le vif d'or sour oune miracle pour gaygner !
— Peut-être, mais même si on perd, il nous reste encore deux matchs. Un en mars, contre Serdaigle, et un en mai, contre Poufsouffle. Pour ceux-là, on aura plus de temps pour nous préparer.
— Parfait ! Et on commence quand alors ?
— Dès que je me procure une autorisation demain, on fonce au terrain. Ça vous va ?

Rose imita alors le garde à vous militaire, ce qui ne manqua pas de surprendre ses camarades, qui n'avaient pas tous un pied dans le monde moldu.

— À vos ordres, mon capitaine !

Les Papillombres affichèrent un même sourire. Tous uniques, tous unis.


Cependant, le jour suivant, le cœur de Kate pesait toujours aussi lourd dans sa poitrine. Ayant déjà amené le problème à ses amies la veille, elle alla demander conseil à Clive au détour d'une pause entre deux cours, lorsqu'ils se croisèrent sous le préau, alors que le carré d'herbe de cour était encore enneigé.

— Comment je vais faire, maintenant qu'il sait ? se plaignit-elle, après qu'elle lui ait tout exposé.
— De toute façon, sur le moment, tu n'as pas trois-cents solutions, réfléchit Clive en tenant ses livres de cours dans ses bras, en plus de ceux qu'il venait d'emprunter à la bibliothèque de manière matinale. Tu ne peux pas te permettre de sécher les cours pour l'éviter. Et puis, j'ai envie de te dire, tu n'as pas encore sa réponse.
— Comment ça, « sa réponse » ?
— Il sait peut-être que tu as des sentiments pour lui, mais il n'a pas dit ce qu'il en était de son côté. Peut-être qu'une bonne surprise t'attend.

Kate grimaça, peu convaincue, tandis qu'ils continuaient à avancer dans le couloir bondé.

— Vu comment ça a terminé, je ne pense pas...
— Ne sois pas aussi pessimiste, Kate ! lui sourit Clive, conciliant, en rajustant ses lunettes sur son nez aquilin. Si tu penses que c'est un chouette gars, il te pardonnera ce qu'il s'est passé dans le train. S'il ne comprend pas, c'est peut-être qu'il n'est pas fait pour toi. Et ce n'est pas un drame !
— Un drame ? Clive, ça fait depuis ma première année que je le regarde !
— Tu voulais mon avis, je te l'ai donné ! Après, tu en fais ce que tu en v...
— Clive, regarde devant toi !

Même si elle tenta de dévier sa trajectoire en tirant sa manche, le choc eut lieu malgré tout. Sa violence fut telle que les lunettes de Clive tombèrent dans la mare de parchemins qui venaient de s'écrouler contre lui.

— Eh, regarde un peu devant toi ! se haussa une voix irritée.
— Mes lunettes ! se soucia Clive qui n'y voyait plus clair. Elles sont tombées !
— Attends, je vais les retrouver !

Kate s'accroupit et chercha le salut de son ami entre deux parchemins que la fille s'occupait à ramasser. Cependant, en les attrapant, elle grimaça.

— Clive...
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Il y a un verre qui est cassé.
— Ah, super, c'est la meilleure. Tu connais le sort pour le réparer ?
— Oui, mais avec mes compétences hors du commun, je risque de te les réduire en poussière !
— Attendez, c'est bon, je m'en occupe, s'agaça la fille. Donne-moi ça. Occulus reparo. Voilà, monsieur je-ne-regarde-pas-devant-moi.

En replaçant ses lunettes, comme neuves, devant ses yeux, Clive découvrit face à lui la jeune femme qu'il venait de percuter. Le col rouge de sa cape laissait entendre qu'elle était à Gryffondor, pourtant, elle n'était pas de sa classe. Ces teintes s'accordaient avec ses cheveux d'un roux sombre et son petit nez rond, légèrement rougi par le froid, peut-être même un rhume encore récent. Elle possédait l'un de ces visages expressifs, qui pouvait aisément passer de l'air malicieux au regard noir meurtrier en l'espace d'une seconde. À cet instant précis, elle avait certes les yeux grondeurs, cependant, il reconnut un léger sourire aux coins de ses lèvres.
Il n'en fallut pas davantage à Kate que ces trois secondes de silence pour comprendre ce qu'il se passait dans la tête de Clive. Elle se surprit à en sourire.

— Excuse-moi, je ferai plus attention, la prochaine fois !
— Oui, oui, c'est ça, s'il y a une prochaine fois... ! Allez, à plus !

Ils la regardèrent s'éloigner après qu'elle soit passée entre eux deux, le pas accéléré. Kate ne décrocha pas son sourire, alors qu'ils reprirent leur chemin.

— Pourquoi tu me regardes comme ça ? la questionna Clive, embarrassé.
— Tu la connais ?
— N-non ! Pourquoi, je devrais ?
— Je ne sais pas, je disais ça comme ça ! Vu comment tu la regardais... !
— Comment ça, « vu comment je la regardais » ?!
— Elle te plait.
— Qu'est-ce que... quoi ?
— Tu ne serais pas tombé amoureux, juste pendant quelques secondes ?

Il ricana :

— Tu te fais des idées, Kate. Tu es encore jeune, tu vois l'amour et le bonheur partout, c'est simple pour toi. Tu verras, quand tu auras seize ans, ça ne se passe pas comme ça ! Le coup de foudre, ça n'existe pas.
— Ah oui ? Donc ce n'est pas le destin qui t'a mis ce parchemin sous le nez ?

Elle le lui désigna, coincé sur le livre au-dessus de la pile que Clive portait, sûrement tombé par inadvertance, lors du choc. Curieux, le jeune homme y jeta un œil.

— C'est quoi ? l'interrogea Kate.
— Un devoir de métamorphose. Sur les métamorphomages, je l'avais eu l'an passé comme sujet...
— C'est une cinquième année, ça veut dire ! en déduisit Kate. Et comment elle s'appelle ? Il y a sûrement son nom dessus !
— Mélisandre. Mélisandre Inkstone.
— Bon bah maintenant que tu as son nom, tu n'as plus qu'à aller lui rendre !
— Oui, oui, soupira Clive, je le ferai ce midi.
— Si tu veux...

Ils reprirent leur route, le couloir de plus en plus désert avec les débuts de cours, jusqu'à ce que Clive s'immobilise.

— Bah quoi ? lâcha Kate, surprise, s'en rendant compte cinq mètres plus loin.
— Je connais les programmes, c'est moi qui les ai distribués. Et les cinquièmes années ont cours de métamorphose le lundi, à 10h...

C'est alors que Kate comprit :

— Soit maintenant !
— Soit maintenant ! reprit Clive, pâle. Il faut que je la rattrape tout de suite !

Aussitôt, le jeune homme pivota les talons et entama un pas de course, que Kate tenta tant bien que mal de suivre :

— Attends-moi, Clive !

Cependant, le jeune préfet ne l'entendit pas et rallongea davantage la distance, bien plus rapide que ne l'était pas Kate, qui passait son temps à se prendre les pieds dans sa cape d'hiver.


Dans la classe de métamorphose, les cinquièmes années sortaient tous de manière fébrile leur devoir qu'ils avaient potassé durant leurs vacances, les plaçant au coin de leur table. Wolffhart, l'air altier, passait entre les rangs et récoltait les travaux avec sa baguette magique. Jusqu'à ce qu'il arrive à une table dépourvue de parchemin. Alors, il baissa un regard noir sur la Gryffondor, blafarde et confuse.

— Fraülein Inkstone, puis-je savoir où est le devoir que je vous avais demandé ? Et ne me répondez pas que c'est un dragon qui l'a consumé ou un hibou qui l'a attrapé en plein vol. Ce type d'excuse ne fonctionne plus avec moi...
— Je... professeur, je ne comprends pas ! bégaya-t-elle, nerveuse. Je l'avais tout à l'heure ! Peut-être que je l'ai laissé dans ma chambre !
— Hmm, cela ne change rien au moment présent, je n'ai pas votre devoir, gronda-t-il, menaçant.
— Mais je vous jure, professeur !
— Ach, ne jurez pas devant moi ! Il n'y a que moi qui ait le droit de jurer dans cette salle, verstanden ?
— Je peux vous le ramener à la fin du cours ! le supplia-t-elle. S'il vous plaît, professeur, croyez-moi !

Malgré ses yeux pleins de lamentation, Wolffhart la dédaigna et, pour seule réponse, poursuivit la récolte. Quand soudain, la porte de la classe s'ouvrit dans un grand fracas. Et toutes les mines éberluées se retournèrent vers Clive, essoufflé. Ce dernier brandit la copie :

— Désolé, j'apporte le devoir de Mélisandre Inkstone, elle... elle l'a laissé tomber derrière elle.

Dans le comble de son audace, il avança dans la classe et le tendit à Wolffhart, qui n'y jeta pas même un œil, trop offensé qu'une telle apparition puisse avoir lieu dans sa salle de cours. Clive ne put s'empêcher de jeter un œil intéressé à Mélisandre, dont les joues étaient passées du blanc livide au rouge pivoine. Cependant, le professeur allemand releva ce détail. Le sourire discret, il rajusta ses manches.

— Fraülein Inkstone, prenez la peine de remercier Herr Ollivander avant que je ne lui fasse subir un châtiment à la hauteur de son affront, bitte...

Tous les yeux écarquillés, dont ceux de Clive, effrayé, fixèrent tour à tour Wolffhart et Mélisandre, qui, gênée au possible et forcée par l'intimidation qu'exerçait son enseignant, bredouilla :

— M-merci !

La réaction de Wolffhart fut telle que Clive eut à peine le temps d'entrevoir sa baguette magique sortir de sa poche.


Kate, qui attendait derrière la porte, à bout de souffle, le vit ressortir et ne put s'empêcher d'éclater de rire devant la tête métamorphosée de Clive. Sous sa tignasse noire se trouvait désormais celle d'une chèvre, sur le museau de laquelle reposaient ses lunettes rectangulaires. Ses iris de caprin foudroyèrent Kate, qui manquait de s'étouffer :

— Il n'y a pas à dire... ! Cette fille t'a rendu complètement chèvre !
— Ahahaha, trêê-ê-ê-êês drôle...


Les jours défilèrent à la vitesse de la lumière jusqu'à celui du match contre Gryffondor. Si vite, car Kate semblait ne détenir aucun contrôle sur la progression de son équipe, malgré leurs nombreux entraînements. Cette opposition ne serait qu'un coup d'essai… Cependant, elle prit conscience de ce que cela impliquait lorsqu'elle se retrouva à attendre derrière la grande porte du stade, qui grondait déjà sous les clameurs. À côté d'elle, Gareth Gale la guigna avec un sourire crâne. Mais surtout, derrière lui se trouvait Sam, l'attrapeur prodige, et Maggie, leur nouvelle poursuiveuse. Deux amis de Kate, dans l'équipe adverse. Ses doigts se desserrèrent , tremblants, autour du manche de sa batte qu'elle laissait reposer sur son épaule. Bien que son envie de gagner ne décroissait pas, une part d'elle refusait d'envoyer des cognards à la figure de camarades de classe, voire à celle de sa meilleure amie !
Remarquant qu'elle la fixait, Maggie lui adressa un bref sourire embarrassé. Cette situation impromptue semblait la perturber tout autant.

— Hey, pas sympathiser avec les adversaïres ! lui chuchota Eibhlin, derrière elle.

Kate regagna alors sa concentration et rajusta, une énième fois, sa tenue, son Fuselune flambant neuf bien en main. Lorsque les portes s'ouvrirent, elle se crut débarquée au beau milieu d'un cauchemar. Les nuages noirs avaient charrié un vent froid et un crachin rébarbatif. La vision n'était pas particulièrement altérée par le mauvais temps, mais elle sentait déjà ses mains gantées se crisper à l'idée de devenir gelées d'ici dix minutes.

— Courage, murmura-t-elle en se retournant vers ses co-équipiers.

Puis, suivant l'exemple des Gryffondors, davantage apprêtés pour affronter ce genre de conditions, les Papillombres enfourchèrent leurs balais. Une fois qu'elle fut dans les airs, le vent sifflait tellement fort dans les oreilles de Kate qu'elle avait du mal à entendre les commentaires de Rose Zeller :

— Bonjour, bonjour ! clamait-elle, la pluie n'altérant pas son excitation habituelle. Je vous souhaite à tous la bienvenue pour ce quatrième match de l'année ! Celui qui opposera les équipes de Gryffondor et Papillombre ! Comment se déroulera le deuxième match de l'équipe novice face à celle, sur-compétente de Gareth Gale ? Cela risque d'être serré ! Ah, mais on m'a dit que je ne devais pas avoir de parti pris !
— Tous en position ! criait Kate en passant entre les Papillombres qui tentaient, tant bien que mal, de garder l'équilibre sur leurs balais. Comme on l'avait dit ! Leeroy, Nestor, devant ! Teffie, plus près du sol, voilà ! Eibhlin, c'est bon ?
— T'as pas à mi dire ce que je doïs faïre ! Je souis plous compétente que ti dans ce domaïne-là !
— Tetsuya, tout va bien ?
— Si tout va bien ? C'est le plus beau jour de ma vie ! Mon premier match en tant que gardien !
— Bon, bah, tâche de garder ton énergie pendant tout le match !

Alors que Madame Bibine vérifiait les derniers préparatifs, Kate balaya les gradins d'un regard, espérant trouver celui de quelqu'un qu'elle connaissait. Mais tous les spectateurs étaient parqués sous leurs grandes capes ou leurs parapluies pour se protéger du mauvais temps.

— Et c'est parti ! Le souaffle est dans les airs ! Et c'est Dawkins qui la réceptionne ! Quelle accélération fulgurante ! Moi aussi, j'aimerais bien avoir un …clair de Feu !

Kate délaissa ses pensées et serra sa poigne autour de sa batte, prête à en découdre. Elle sentit Maggie la frôler, lancée à pleine vitesse pour atteindre les anneaux. Mais c'était sans compter la nouvelle passion de Tetsuya, qui arrêta le tir avec habilité.

— Mais c'est que le petit japonais de Papillombre serait doué ! commentait Rose Zeller. On ne croirait pas ! Tout compte fait, l'équipe a peut-être bien fait de se réorganiser !

Le souaffle fut remis en jeu lorsqu'il fut passé à Teffie, bien décidée à ne pas se laisser intimider par les poursuiveuses adverses, bien plus âgées qu'elle ne l'était. Chance dans leur malheur, le vent soufflait en leur faveur. Filer vers les anneaux des Gryffondors était bien plus aisé que l'inverse. Cependant, le parcours de Teffie fut bien vite intercepté lorsqu'elle tenta de faire une passe à Leeroy.
Danielson se dirigeait droit vers son objectif, le souaffle bien calé sous le bras, lorsqu'un cognard passa sous son nez, l'obligeant à piler, lâchant la balle que Nestor récupéra à moins de deux mètres du sol.

— Oh, c'était bien joué ! Décidément, les Papillombres ont vraiment bien fait de se réorganiser, oh ça oui ! Rien à voir avec leur premier match !

La poursuiveuse de Gryffondor lança un regard mauvais à Kate, satisfaite de son coup, avant qu'elle ne reparte à la poursuite de la balle de jeu. Oui, Kate se sentait dans son élément. Elle avait une vue d'ensemble, pouvait interrompre le jeu de n'importe quel joueur. Elle comprit enfin que le batteur ne se résumait pas à la brute sans raisonnement, au contraire. C'était celui qui pouvait se permettre de compromettre les stratégies, d'ouvrir des brèches à ses alliés.
Néanmoins, l'inexpérience des Papillombre se fit ressentir dès les premiers buts inévitables marqués par les Gryffondors. Et Kate ne put s'empêcher d'éprouver de la jalousie à l'égard de Maggie, acclamée par sa maison, alors qu'elle venait de faire rentrer le souaffle dans l'anneau central.

— C'est imp-possible ! se désespérait Leeroy, avant la remise en jeu, alors que les poursuiveurs s'étaient réunis autour de leur capitaine.
— Comment veux-tu qu'on joue avec ce vent, les balais sont incontrôlables ! renchérit Nestor.
— Ouais, vent de merde ! soutint Teffie à sa manière.
— Profitez-en ! leur lança Kate, qui ne savait très bien pas comment gérer leur angoisse. Vous êtes plus légers qu'eux ! Jouez de ce que vous pensez être des faiblesses ! Vous devriez le savoir, depuis que vous êtes à Papillombre !

Les trois jeunes poursuiveurs se concertèrent d'un regard troublé, derrière leurs lunettes de jeu, et reprirent leurs positions. Pendant ce temps, Eibhlin bravait la tempête pour tenter d'apercevoir le vif d'or, suivant quelques fois du regard son rival, Sam, qui semblait être dans la même galère qu'elle. Mais elle ne renonça pas et continua d'explorer le terrain à la recherche de la bille d'or.
Le premier essai de Leeroy au tir au but ne fut pas concluant. Surtout face à un Gareth Gale au sommet de sa forme et glorifié par une horde de jeunes filles en furie qui avaient déroulé leurs banderoles sous la pluie, perdant leur calme devant la peau luisante et mouillée de l'homme de leurs rêves.

— Ca ne m-m-m-marche pas ! lança Leeroy à son co-équipier.

Sans lui répondre, Nestor se mura dans le silence et se lança à la poursuite du souaffle, aux mains de Maggie, qui filait vers les anneaux. Mais son jeu trop personnel lui joua des tours et Teffie parvint à récupérer la balle.

— Passe ! Passe !

Le cri de Nestor l'étonna. Alors, sans réfléchir davantage, elle s'exécuta. Le souaffle faillit être intercepté, mais atterrit malgré tout entre les mains de Nestor. Ce dernier commença à slalomer entre les joueurs pour essayer d'atteindre les anneaux, quand s'interposèrent les trois poursuiveuses adverses prêtes à en découdre. Le jeune garçon entendait les cris de son camarade, qui tentait de le convaincre de procéder à une passe, pour éviter de perdre la balle. Cependant, Nestor avait une toute autre idée en tête.
Contre toute attente, il changea drastiquement de direction et partit en sens inverse. Ce qui ne manqua pas d'éveiller les doutes de la commentatrice :

— Euh… hé, Curtiss, les buts, c'est de l'autre côté ! Enfin, je veux bien comprendre que Gale soit intimidant ! Oh, par Merlin, il m'a fait coucou ? Il m'a VRAIMENT fait coucou ?! Hé, coucou, Gale ! Je t'adore ! Continue à jouer comme ça, t'es le meilleur !

Dans sa manœuvre déconcertante, Nestor ferma les yeux et capta toutes les sensations qui lui parvenaient. La balle creuse contre lui, froide et dure. Le vent qui sifflait dans ses oreilles, la pluie froide qui tapait contre son visage. L'air qui s'immisçait et glissait sur tous les reliefs de son corps. Oui, il sentait ses vêtements se gonfler. Lentement, il se laissa dériver, le balai partant presque à la verticale. Puis, une bourrasque plus forte le projeta plus haut, plus loin, la tête en bas, surpassant la position des adversaires qui l'observèrent avec un regard ébahi, sans comprendre ce qui lui prenait, d'ainsi se laisser porter sans contrôle visuel. Il se repérait au bruit. Au craquement du bois des tours, aux toiles qui claquaient, aux clameurs des spectateurs. Et lorsque vint le moment opportun, il ouvrit les paupières et se découvrit à seulement quelques mètres des buts des Gryffondors, gardés par un Gareth médusé. Nestor profita de sa confusion pour tirer dans l'anneau de gauche. Le gardien de septième année ne parvint qu'à le frôler du bout des doigts.
La prouesse de Nestor fut saluée par une grande partie du stade.

— Waoh, waoh, waoh ! Je n'ai jamais vu un but pareil ! Et pourtant, je suis le Quidditch avec assiduité ! Même le dernier match des Frelons, mais là… ! Curtiss nous a tous impressionné ! C'était vraiment culotté ! Se laisser porter comme ça par le vent, comme une mouche morte ! Il y a du génie là-dedans ! Ou pas ! En attendant, les Gryffondors mènent toujours à 50 points, contre 10 pour les Papillombres !

La vigilance des joueurs de Papillombres ne devait pas décroître après ce court exploit. Il y avait encore beaucoup de points à rattraper. D'autant plus que l'écart se creusa, l'expérience des poursuiveuses rouge et or surpassant la seule passion de Tetsuya.

— Nous atteignons le pallier des 100 à 10. Aïe. Bon, est-ce que O'C… l'irlandaise de Papillombre va nous faire le même coup que la dernière fois ? Il est encore temps de tout changer ! Mais bon, elle joue quand même contre Samuel Snitch, le joueur le plus doué de sa génération ! D'ailleurs, que fait-il ?

Contrairement à son adversaire en violet, Sam avait été mis plus d'une fois sur les traces du vif d'or. Mais le vent soufflait si fort que la bille dorée avait été happée plus d'une fois par un courant imprévu qui la lui déroba sous ses doigts. Il n'avait joué avec un tel paramètre, qui déstabilisait ses statistiques. Il fut d'autant plus déstabilisé lorsqu'Eibhlin s'intéressa à ses trajectoires qui la mettraient sur la voie de la balle de la fortune.
Sur son balai, qui résistait très bien à la pression des vents, Kate priait pour qu'Eibhlin leur arrache un nouveau miracle. Même si l'équipe semblait plus compétente qu'au premier match, cela ne leur suffisait pas à prétendre à la victoire.

— 160 à 10 ! annonça Rose Zeller. C'est maintenant que Papillombre doit s'emparer du vif d'or pour marquer un nouveau match nul !

Elles ne devaient pas tirer aux buts. C'était ce que Kate se répétait à l'égard des poursuiveuses de Gryffondor, voyant le match évoluer avec de la hauteur. Quand elle aperçut Maggie, le souaffle sous le bras, qui filait vers les anneaux, son cœur se mit à battre plus fort. Elle devait l'en empêcher.

— Kate !

Le cri de Rose Rosham, sa partenaire de batte, l'avertit ; un cognard fonçait droit vers elle, sûrement frappé par Rose, dans une direction peu calculée et maladroite. Mais Kate sourit, y trouvant là son salut. Elle effectua un léger écart et leva sa batte au niveau de son épaule, précisant la trajectoire de son jet. Maggie avait filé en-dessous d'elle et lui tournait maintenant le dos, son grand 5 en or cousu sur son dos ondulant avec le vent. Quand la balle violente atteignit sa position en grognant, Kate le cogna de toutes ses forces à l'aide de ses deux bras. Elle fila dans les airs, vers le but prévu. Mais c'est alors que Kate prit conscience de ce qu'elle avait fait, lorsque le cognard fonça droit sur Maggie, trop concentrée dans sa manœuvre pour atteindre les anneaux. Son amie ne put alors s'empêcher de crier :

— Maggie, derrière toi !

Mais elle n'entendit rien. Et le cognard lui percuta l'arrière de la tête. Le souaffle tomba le premier. Avant que Maggie ne culbute sur son balai et ne chute, quelques mètres la séparant du sol. L'action fut suivie par les gradins, certains élèves se hissant sur leurs pieds pour mieux discerner la scène ou se plaquant la main sur la bouche pour certaines filles.

— Maggie !

Le cri de Kate fut avalé par les bourrasques mais sa puissance se lisait sur les traits de son visage. Sans prévenir, sans attendre le coup de sifflet, la jeune fille atterrit et courut vers son amie en jetant son Fuselune dans l'herbe, relevant ses lunettes de Quidditch. Elle retourna son corps inerte, face contre terre ; Maggie était inconsciente, de la boue étalée sur son visage.

— Maggie ! se lamentait Kate, au bord des larmes, coupable.
— …cartez-vous ! Retournez à votre balai !

Kate ne prit pas en compte les ordres de Madame Bibine qui avait accouru après avoir sifflé un arrêt de jeu. L'enseignante dut l'écarter de force. La jeune capitaine constata alors que sa main, qui avait soutenu la tête de Maggie, était maculée de sang…

— Elle a besoin d'aller à l'infirmerie, statua l'arbitre après avoir palpé son pouls et guetté sa respiration.
— Elle est blessée ! sanglotait Kate, se noyant dans ses propres larmes et peinant à respirer. Elle est blessée !
— Oui, je sais, miss Whisper ! Retournez sur le terrain !
— Elle va s'en sortir ?!
— Miss Dawkins a juste pris un coup sur la tête, elle survivra !
— M-mais elle saigne… !
— Que je ne me fasse pas répéter, miss Whisper, retournez à votre balai !

Le regard gonflé de Kate affronta celui, sévère, de madame Bibine.
— Non, je vais accompagner Maggie à l'infirmerie !
— Votre équipe n'a pas de remplaçant ! martela-t-elle. Et vous n'avez joué assez pour avoir un temps mort acceptable. Si vous quittez le match, Papillombre devra déclarer forfait.

Le temps ralentit son cours tandis que Kate dévisageait Maggie dans son inconscience. Autour d'elle vibrait le son de la pluie qui claquait contre la terre et le brouhaha du public, en attente de sa décision qui pouvait trancher sur la finalité de cette rencontre. Même Rose Zeller s'était interrompue au bigophone.

— Je vais accompagner Maggie à l'infirmerie, affirma Kate, à voix basse.
— Qu'il en soit ainsi.

Madame Bibine ne se fit pas prier et siffla avant même que Kate n'ait eu le temps d'envisager de revenir sur sa décision. La jeune fille se leva et encaissa les hurlements d'indignation, tant des spectateurs, que des joueurs, que de la commentatrice.

— Qu'est-ce que tou faïs ?!

La phrase, prononcée avec colère, d'Eibhlin, Kate tenta de la négliger alors qu'elle suivait Madame Bibine qui faisait léviter le corps de Maggie pour l'emmener à l'infirmerie.

— Kate ! Tou as perdou la tête ?! On pouvait encore gagner ! J'aï fait tout ça pour rien ?! M'entraïner tous les soïrs, jouer sous la plouie pendant trente minoutes, pour que tou abandonnes au dernier moment, jouste parce que t'as tapé sour ta copine ?!
— C'est à cause de toi !

Les mots de Kate, qui avait pivoté vers elle, le visage rouge, l'estomaquèrent.

— J'ai fait ça à cause de toi ! asséna-t-elle à Eibhlin en s'approchant d'elle pour lui crier à la figure. Pour te laisser une chance d'attraper le vif d'or à temps ! Mais de toute façon, tu n'en aurais pas été capable !

Cette fois, Eibhlin ne retint pas sa gifle, qui claqua sur la joue de Kate. Cette dernière l'accepta sans un mot, bouche bée et légèrement sonnée. L'Irlandaise en était écarlate de fureur.

— Tou es la pire capitaine de Quidditch que caytte école aït connou… !

L'assertion embrocha le cœur de Kate, déjà mutilé par ce qu'elle venait de faire subir à sa meilleure amie. Elle ne se défendit pas et reprit son chemin, la tête baissée, les pleurs intarissables, sous les huées des élèves déçus.
Ils se tarirent une fois qu'elle trouva sa place au chevet de Maggie, dans l'infirmerie assombrie par ce jour de pluie. Peu lui importait qu'elle grelotte dans ses vêtements de Quidditch encore mouillés, son Fuselune au pied du lit. Cela ne compensait pas sa culpabilité.
Les filles de Gryffondor, qui s'étaient précipitées à la fin du match avorté, avaient tenté de la lui atténuer. En vain. Kate ne se détachait pas de la sombre idée que si quelque chose de grave était arrivé à Maggie, il en était de sa responsabilité.


Durant les deux premiers jours d'inconscience de sa meilleure amie, la jeune fille consacra plus de temps à son incriminable contemplation qu'à ses devoirs. Ses passages dans la salle commune des Papillombres se faisaient furtifs, au moment de rejoindre sa chambre le soir, ou de la quitter le matin, sans un mot. Elle sentait se fixer toujours sur elle ces regards déçus, face auxquels elle n'avait pas la force de se confondre en justifications. Dès que les cours prenaient fin, Kate montait à l'infirmerie, saluait vite fait miss Pomfresh qui ne prenait jamais la peine de lui répondre, si ce n'était par des yeux froids, et s'installait sur la même chaise, au chevet de Maggie. Deux personnes l'y rejoignirent le lundi soir.

— Kate. Ça va ?

Interpellée, elle leva la tête vers Terry qui, accompagné de Penny, s'avançait vers elle. Il lui accorda un regard de compassion qu'elle accueillit avec reconnaissance, avant que les deux jeunes gens ne viennent prendre place à ses côtés, Penny sur un siège et Terry sur le lit attenant, vide.

— Je n'irai bien que lorsque Maggie sera réveillée… marmonna-t-elle.
— Si miss Pomfresh a raison, ça ne devrait pas tarder, la rassura son ami. Et puis… Maggie a la tête dure !
— Oui mais une commotion… ce n'est pas rien !
— Ce sont les risques du Quidditch, lui sourit Penny. Toi aussi, tu t'es cassée le bras, il me semble ! Ça arrive !

L'argument passa d'une oreille à l'autre, sans faire écho dans l'esprit de Kate.

— En tout cas, tu as encore une belle marque sur la joue… ! fit remarquer Terry.

En effet, on pouvait discerner, doigt par doigt, la claque qu'avait laissé Eibhlin sur son visage, rougie, voire violacée par endroit. L'Irlandaise n'y était pas allée de main morte, c'était le cas de le dire !

— Ça fait mal ? grimaça Penny.
— Ça va, je la méritais.
— Je pense qu'à ta place, Kate, on aurait tous eu la même réaction.
— Oui. Si j'avais blessé Terrence par inadvertance, j'aurais aussi abandonné le match !

Kate ne s'était jamais habituée à entendre Penny parler de son petit ami en utilisant son prénom entier. Tout comme personne dans Poudlard ne l'appelait Katelyna. Maggie n'avait pas manqué cela et s'en était horrifiée la première fois qu'elle avait entendu Terry être dénommé ainsi, avant que Moira ne lui fasse remarquer qu'elle-même ne l'avait jamais interpellé autrement que par son nom de famille !

— Eibhlin a raison. Je suis la pire capitaine de l'école…
— Tu es jeune ! Il n'y a jamais eu de capitaine de treize ans avant toi !
— Justement, Terry, je ne suis pas faite pour ça !
— Oh, si, je pense. Mais il y a quelque chose que tu n'as encore.
— Ah bon ? Quoi ?
— L'expérience.
— Terrence a raison. Dis-toi que dans quatre ans, vous formerez peut-être l'une des équipes les plus fortes, inchangée pendant tout ce temps, surentraînée… Un peu de patience !

Kate accorda un bref sourire à Penny. Elle ne l'avait jamais trouvée foncièrement désagréable, bien au contraire, sa compagnie était souvent appréciable et enrichissante. Mais, peut-être sous la fourbe influence de Maggie, elle n'avait jamais pu s'empêcher de voir en elle une fille naïve, qui parlait aux autres avec une douceur qui ressemblait davantage à de la pitié. Ce sentiment de paraître comme une assistée l'avait toujours horripilé.
Au bout d'un quart d'heure, constatant que leurs efforts pour réconforter Kate étaient vains, Penny et Terry décidèrent de quitter l'infirmerie. Cependant, ce dernier laissa sa petite amie prendre de la distance devant lui. Ne comprenant pas ce qui lui valait cette pause, Kate leva son regard peiné vers lui, auquel il répondit d'un nouveau sourire. Ceux de Terry avaient souvent eu le don de lui réchauffer le cœur, pourtant, ce jour-là, ils semblaient faire pâle figure face à ses noires pensées. Alors, le jeune homme pinça entre l'index et le majeur un papier plié qu'il avait extrait de sa poche et le lui tendit. Kate ne répondit pas, afin de ne pas éveiller les questions de Penny, qui n'avait pas remarqué leur échange. Avant de quitter le lieu, Terry accorda un dernier regard, peut-être plus long et plus soucieux que les précédents, vers le corps inerte de Maggie.

Kate attendit qu'ils disparaissent derrière la porte pour déplier le mystérieux parchemin. Immédiatement, elle reconnut cette écriture qu'elle avait tant parcouru, en relisant des dizaines de fois le mot similaire qui lui avait laissé l'an passé :

« Chère Kate,
La dernière fois que je t'ai écrit une lettre comme ça, c'était quand tu avais blessé Hygie. J'aurai aimé te l'envoyer dans d'autres circonstances.
Comme tout le monde, j'ai assisté à ce qu'il s'est passé samedi. Je ne vais pas essayer de te répéter que ce n'est pas de ta faute. Je pense que ce refrain, beaucoup de gens te l'ont répété. Et pourtant, tu as toujours la même mine triste. Alors je voulais te dire d'autres choses.
Peut-être que tu ne vois aujourd'hui que les reproches qui te sont faits. Mais tu ignores le reste. Le fait que tu as toujours épaté tout le monde. Quand tu as reçu le Choixpeau, quand tu as découvert ta magie pas commune, quand tu as ouvert Papillombre, quand tu as joué ton premier match, quand tu as découvert un corps à Pré-au-Lard. Tu as un courage incroyable. Si je n'en avais, tout au plus, qu'un quart du tien, je serais déjà bien heureux. Tout le monde s'attend à des choses extraordinaires avec toi. Mais ils oublient quelque chose : tu es humaine avant d'être une sorcière. Et c'est ce qui te rend exceptionnelle. Je pense. Tu es une amie fidèle avant d'être batteuse, tu es une camarade attentive avant d'être préfète, tu es une élève studieuse et respectueuse avant d'être l'une des meilleures de la classe. Tu es tout ça à la fois.
Sans toi, j'ai l'impression que Poudlard ne serait pas pareil. Tout serait morne. Il n'y aurait pas d'aventure. Pas de mystère. On a envie de te suivre. De t'aider. Alors que tu nous aides, nous, sans nous en rendre compte. Parce que ton seul sourire, que tu donnes sans compter, il vaudra toujours plus que tous les matchs de Quidditch.
J'aurais préféré de dire tout ça en face. Mais je suis nul pour parler. Et je ne veux pas te mettre mal à l'aise, faire les choses pas comme il faudrait. Alors, je t'ai écrit cette lettre. Pour qu'elle reste. Que tu la relises les jours où ça ne va pas. Peut-être pour apporter un petit rayon de soleil, comme toi tu en donnes tous les jours.

Courage. Tu es forte.
C. »

Le parchemin trembla entre les mains de Kate. Et pour la première fois depuis deux jours, un sourire sincère s'étira sur ses lèvres. Elle ignorait toujours qui était ce mystérieux C., mais une chose était certaine : ses mots étaient justes. Ceux qu'elle avait attendu d'entendre. Ceux qui ne niaient pas les faits, mais qui compensaient avec d'autres vérités. Mais surtout, la jeune fille palpait derrière ces lettres délicieusement calligraphiées et appliquées le drôle d'amour discret et timide que cet expéditeur secret lui vouait.
Ce ne pouvait pas être Griffin. Il n'aurait jamais vendu des matchs de Quidditch pour son sourire ! Ce n'était pas Terry non plus, ce n'était pas son écriture, et son ami aurait eu le cran de lui dire tout ça en face s'il avait encore eu des sentiments à son égard.

Un marmonnement détourna Kate de ses réflexions. Dans le lit, les draps remuèrent. Et la jeune Papillombre se précipita sur Maggie, qui émergeait de sa longue léthargie.

— Où… est-ce que je suis ? grommela cette dernière en papillonnant des paupières, le regard lourd et encore douloureux.
— C'est l'infirmerie, Maggie, lui sourit Kate, soulagée. Tout va bien.
— A l'infir… merie ? Mais… que s'est-il passé ? Et le match ?

Sans rien omettre, sa meilleure amie lui relata les faits, sous son silence attentif. Lorsque Kate termina son récit, Maggie ne poussa aucune réprimande comme elle s'y serait attendue. Son amie n'émit qu'une seule remarque, sans rapport avec la rencontre de Quidditch :

— Pendant que j'étais… euh… inconsciente, j'ai cru entendre…

Maggie fronça les sourcils sans achever sa phrase, Kate demeurant en suspens.

— Tu as cru entendre… ? répéta-t-elle.
— Non rien…

Toujours allongée, la blonde paraissait toujours troublée en étudiant son environnement.

— Et ça fait combien de temps que je suis là ?
— Deux jours.
— Deux jours ?! Mes cheveux doivent être dans un état catastrophique ! s'affola Maggie, en amenant ses mains à la tête.

Sa panique fit rire Kate. Le choc n'avait pas perturbé son caractère originel, c'était une bonne chose ! Ou non.


Avec les semaines, Kate retrouva petit à petit son équilibre au sein des Papillombres, qui lui pardonnèrent en silence son geste lors du dernier match. Il leur restait encore deux rencontres avant la fin de l'année, deux occasions de se rattraper sur ce forfait.

Les récents événements avec la vampirette et le match ayant accaparé ses pensées, elle en était presque venue à oublier la discrète présence, toujours plaquée aux recoins, d'Electra Byrne. Comme à son habitude, la nouvelle concierge agissait avec beaucoup de doigté, si bien que rares étaient désormais les élèves à se risquer aux blagues qui pouvaient enfreindre les règles, à l'exception évidente de Marvin Ledger, sur le coup en toutes circonstances. Là où les élèves riaient autrefois d'être poursuivis par un Rusard en pétard et boiteux, ils tremblaient à l'idée qu'Electra ne se trouve derrière leur dos et ne les épingle aussitôt.

Mais désormais, Kate voyait sur son visage une nouvelle facette. Celle de l'adolescente renfermée qui avait tenté de mettre fin à ses jours, celle de cette sorcière qui avait trouvé les corps de ses parents adoptifs, cette femme sans racine qui avait été enchaînée à sa chambre blanche. Mais surtout, celle qui détenait des informations sur l'Immatériel, sur Maëva… Kate se surprit presque à revoir son jugement et hésita de plus en plus souvent à l'aborder pour lui en toucher deux mots. Mais le regard bleu et perçant d'Electra l'en dissuadait à chaque fois. Autour d'elle, une aura étrange l'empêchait de l'approcher.

Du côté de Maggie, l'accident du match n'affecta pas son comportement envers Kate. En revanche, comme l'avait prévu miss Pomfresh, elle parut légèrement désinhibée un certain temps. Les disputes légendaires entre Moira et Maggie reprirent donc de plus belle, pour le bonheur bien vite regretté de leurs amies.

— En tout cas, c'était bien désopilant de voir une naine essayer de s'occuper d'un jackalope qui fait au moins sa taille ! avait-elle lancé sans raison, un jour, en sortant d'un cours avec Hagrid.
— Avec les oreilles, ça ne compte pas ! répliqua Moira, agacée.
— Tu as raison, Miller. Avec les oreilles, il fait le double de ta taille !
— Et ne parlons pas de son cerveau, qui doit être trois fois plus gros que le tien, Dawkins !
— T'as du mal à estimer les volumes. Ça ne m'étonne pas, vu ton point de vue.
— De mon point de vue, en tout cas, tes fesses ont l'air plus grosses que les autres que je croise !

Offensée, Maggie ouvrit la bouche et hésita à frapper Moira sur la tête pour l'enfoncer plus bas encore.

— Ce n'est pas vrai ! se défendit-elle, furieuse.

Elle arrêta le premier élève qui les dépassa, qui fut, par un non-fruit du hasard, Terry, et chercha à le prendre à partie d'une bien étrange manière :

— Hein, Diggle, que mes fesses ne sont pas grosses ?!

Les yeux des filles de Gryffondors, de Terry et de Penny, qui l'accompagnait, s'écarquillèrent de stupeur face au culot de Maggie. Le jeune homme rougit, ne comprenant pas la question. Alors, elle pointa un doigt accusateur vers lui.

— Ne fais pas semblant de ne pas savoir, tu m'as vue en caleçon !

Kate aurait pouffé de rire si elle avait ignoré le fait que cette phrase n'aurait jamais été prononcée par la Maggie d'avant-match. Elle attrapa le bras de sa meilleure amie en constatant la mine déconfite de Penny, peu enchantée par cette découverte.

— Tu as… vu Maggie en caleçon ? répéta-t-elle en s'adressant à son petit ami.
— Oui, même qu'il y avait des vif d'or dessus !
— Pars devant, Penny, je te rejoins, lui proposa Terry pour éviter le sujet. Je t'expliquerai.

La jeune fille aux tresses châtaines dévisagea les différents protagonistes de cette drôle de scène avec un air suspicieux, avant de les distancer d'un bon pas.

— Non mais qu'est-ce qui t'a pris ?! chuchota Terry, tendu, en agrippant à son tour le bras de Maggie pour la faire avancer en même temps que lui, entraînant par conséquent Kate sur leurs pas.
— Ce n'est pas sa faute, c'est à cause du coup ! justifia Kate.
— Ce n'est à cause de rien du tout, je sais ce que je dis, tu n'as pas à te prononcer à ma place, Whisper ! nia Maggie, sur un ton outrancier, entre ses deux amis.

À dix pas derrière eux, les trois filles de Gryffondor suivaient la discussion d'une oreille curieuse.

— Pourquoi tu as dit ça devant Penny ?!
— Le coup, je te dis !
— Quoi, tu ne lui avais jamais raconté ? Tu avais honte de quelque chose, Diggle ?
— Ce ne sont pas des choses qu'on raconte à sa copine ! Il y a des secrets qui restent entre amis !

Ils franchirent le pont en pierre, dominant la gorge depuis sa hauteur vertigineuse.

— Parce que tu trouves que notre relation actuelle ressemble à de l'amitié ?! nasilla Maggie, ironique. Tu ne passes plus de temps avec nous ! On ne fait plus de paris ! On ne rigole plus ensemble ! Tous les trois !
— Arrête de dire ça, Maggie, ce n'est pas vrai…

Alors qu'ils se contestaient, aucun d'entre eux ne se rendit compte que planait une ombre de mauvais augure. Quelqu'un observait de loin. Attendait ce moment propice depuis bien longtemps…

— Ose dire le contraire, Diggle !
— Maggie, tu délires.

Kate n'osa pas prendre parti. Il était vrai que Terry n'avait pas été très présent auprès d'elles ces derniers mois durant, mais cela pouvait aisément se comprendre. Excédée, Maggie interrompit son pas et planta son regard furieux, comme deux billes de colère plantées incrustées dans son visage rouge, dans celui de Terry.

— C'est toi qui délires ! On ne vaut plus rien pour toi !

Le cri de Maggie résonna longtemps dans sa gorge. Les vibrations semblaient prendre de l'ampleur. Jusqu'à ce que les pierres du pont elles-mêmes se mettent à trembler. Kate le sentait sous la semelle de ses chaussures. Mais elle captait surtout une anormalité familière. Car en effet, dans les failles naissantes du grès s'immisçaient des flux qu'elle parvenait à capter. Une magie en phase avec la sienne.

« De l'Immatériel... ! Il y a de l'Immatériel ! »

Aussitôt, elle se redressa et observa ses amis, qui avaient eux aussi pressenti le semblant d'une secousse. Mais lorsqu'elle ouvrit la bouche, le pont branla dangereusement. Si fort que Maggie en tomba à terre. La fissure se creusa sous le pont. Des morceaux de pierre tombèrent et les poutres craquèrent. Et sous les yeux de Kate, agrippée à l'un des piliers de grès qui soutenait le toit oscillant du pont, toute une partie s'effondra. La bouche du vide avala les deux innocentes qui se trouvaient là, quand Moira et Scarlett furent aspirées dans le torrent de pierres en chute libre, avant même qu'elles ne puissent s'en rendre compte. Le hurlement de Suzanna, qui avait sauté à temps en arrière, ne se fit pas entendre dans le vacarme assourdissant.

— Courez ! Courez !

Maggie tenta tant bien que mal de se remettre sur pieds, mais les secousses l'en empêchant, c'est dans la poigne de Terry qui vint à sa rescousse qu'elle trouva son salut. Kate avait lâché son pilier et courut aussi vite qu'elle le pouvait alors que derrière elle, les pierres dégringolaient par rangées, la brèche s'agrandissant encore et encore.
Dans sa chute vertigineuse, Scarlett ne parvint même pas à ouvrir la bouche, alors que la gorge à la rivière peu profonde se rapprochait redoutablement. C'était sans compter l'intelligence et le courage hors pair de Moira, qui, écartant les bras et jouant de l'air qui gonflait ses vêtements, vola vers elle pour lui attraper le bras d'une poigne forte.

— Aresto momentum !

La descente des deux filles s'arrêta net, le nez à trente centimètres de l'eau, dans laquelle elles tombèrent lorsque le sortilège s'estompa. Elles se dégagèrent très vite pour éviter la pluie de pierres, que Moira repoussa ensuite à l'aide de sa baguette magique.
Le pont branlait tellement que les trois amis ne parvenaient pas à courir droit et Kate s'égratigna plusieurs fois les genoux en trébuchant, tandis que, restés main dans la main, Terry et Maggie tentaient de garder le cap vers la sortie de ce tunnel qui leur semblait interminable. Cependant, l'avancée des dégâts fut trop rapide. Et les pierres se dérobèrent à leur tour sous leurs pieds. Trois pas de plus leur auraient suffi à atteindre la partie du pont épargnée.

— Kate !

Leurs camarades de classe se précipitèrent – pas tous à la fois, de peur de tous tomber si la petite portion préservée venait à son tour à s'écrouler – le cœur battant à l'idée qu'ils aient à leur tour chuté dans le vide. Ce n'était pas le cas. De ses deux mains abîmées, Kate s'était accrochée à une pierre saillante contre laquelle elle se serrait. De son côté, Terry avait attrapé in extremis une poutre à laquelle il était suspendu, Maggie tirant sur son autre bras.

— Remonte-moi ! hurlait-elle d'une voix aiguë, alors que ses pieds battaient dans le précipice.
— Je ne peux pas !

Mais elle était trop lourde, la prise, pas assez efficace. Terry peinait déjà à ne pas la lâcher.

— Kate !

À quatre pattes au bord du gouffre par mesure de prudence, Griffin passa la tête par-dessus les dernières pierres et aperçut Kate, qui fermait ses yeux ruisselants de larmes, priant ses dernières chances.

— Kate ! Lève la tête !

Reconnaissant la voix de Griffin parmi tous les bourdonnements dans sa tête, Kate ouvrit les paupières et leva le regard, sans décrocher son menton de ses clavicules. Tentant de l'attraper, il se risqua à tendre un bras vers elle.

— Attrape ma main ! lui lança-t-il, contenant sa panique.

Mais l'hésitation de Kate se fit longue.

— Kate !
— Je ne peux pas ! se lamenta-t-elle, saisie d'angoisse, alors que tout son corps tirait vers le bas. Je ne peux pas lâcher ! Pas à une main ! J'ai peur !

La réaction de Griffin dans cet instant d'agitation fatidique fut digne d'un Gale, lorsqu'il se redressa et s'adressa à ses camarades :

— Jason, accroche-toi au poteau ! On va faire une chaîne, je vais descendre ! Evan, tu vas me tenir par les pieds !
— Non !

Le cri inattendu d'un autre garçon les stoppa dans leur élan. Furibond et à la merci du stress, Griffin fonça vers Emeric, qui s'était dressé contre eux :

— Dégage, Beckett !
— Tu ne peux pas l'attraper comme ça ! couina-t-il d'un ton pourtant décidé. Je connais un sortilège pour la faire léviter !
— Dis-le-moi !
— Je ne peux pas !
— Tu vas me le dire ?! Kate est en danger, monsieur lèche-bottes !
— Tu ne peux pas le lancer aussi simplement, il faut de l'entraînement !
— Parce que toi, tu l'as peut-être ?!
— Est-ce que tu vas me considérer comme un intello une seule fois correctement dans ta vie ?!

Les deux jeunes hommes s'affrontèrent du regard. La décision de Griffin devait être rapide, le temps était compté.

— Très bien.
— Vous devez me tenir le plus au-dessus possible.
— Rah, ne me donne pas d'ordre, espèce d'intello, ou je te balance dans le vide !

Tandis que la chaîne humaine se formait du côté de Kate, d'autres camarades s'étaient précipités à la rescousse de Terry et Maggie. Cette dernière commençait à son tour à pleurer en sentant sa main glisser lentement dans celle du jeune homme à cause de la sueur. Mais il continuait de la contenir, grimaçant, menaçant de s'en déboîter l'épaule.

— Ne me lâche pas, Diggle, ne me lâche pas… le supplia-t-elle, le regard rivé vers lui.

Alors, il abaissa ses yeux vers elle, affrontant le vide gigantesque derrière elle. Et lui sourit faiblement, se voulant rassurant :

— Je ne te lâcherai pas, Maggie. Jamais !
— Terrence !

En haut, Penny et d'autres Poufsouffles s'étaient risqués à évaluer leur situation.

— Terrence, ça va ?!
— À ton avis, pauvre abrutie ?! cria Maggie, au bord de la crise de nerfs.
— Je vais faire apparaître une corde ! proposa Branstone. Je connais un sortilège !
— Excellente idée ! approuva Clifford.
— Funimagnus !

Une grande corde jaillit de la baguette de Branstone et retomba dans le précipice, contre le muret désagrégé de pierres brisées. Maggie tendit son bras, les doigts dans une extrême extension, pour tenter de l'approcher.

— Je… je suis trop loin ! brailla-t-elle. Je n'arrive pas à l'attraper !
— Je ne peux pas l'approcher ! constata Branstone, désemparé. Il y a une pierre qui bloque ! Je ne peux pas aller plus vers toi !
— Je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir… ! marmonnait-elle.
— Maggie !

La voix de Terry sembla de suite l'apaiser.

— Tu me fais confiance ?

Sans la moindre hésitation, Maggie hocha la tête pour approuver. Alors, Terry entama un lent balancement, jouant des poids sur le vide pour accentuer la bascule, alors que, cramponnée à sa main moite, Maggie valsait au-dessus du précipice. Les doigts crochetés du jeune homme saignaient sur le bois de la poutre avec les frictions répétées. Les échardes s'enfonçaient un peu plus dans sa paume à chaque rythme. La corde se rapprochait. Et Maggie essaya à plusieurs reprises de l'attraper. Ce ne fut qu'à la quatrième tentative qu'elle y parvint, alors qu'en haut, cinq Poufsouffles maintenant le lien étaient prêts à la remonter.

— Enroule la corde autour de ton poignet, Maggie !

Elle suivit le conseil sans s'opposer, entortillant le cordon autour de son avant-bras. Cependant, elle refusa de délaisser la main de Terry.

— Lâche-moi, Maggie ! souffla-t-il, rompu par son tour de force. Sinon, ils ne pourront pas te remonter ! Et moi non plus !

À contrecœur, elle laissa glisser ses doigts de ceux de Terry pour avoir une meilleure prise sur la corde, qui commençait déjà à la tirer vers le haut. Le voir résister contre la pesanteur la torturait. Quand une nouvelle secousse fit osciller le pont, compromettant l'équilibre des Poufsouffles, qui ne lâchèrent pas la corde, alors que Maggie dérapa contre la surface rocailleuse. La poutre à laquelle était suspendue Terry émit un son peu rassurant, que seuls lui et la jeune fille entendirent. Prise de panique à l'égard de son ami, Maggie tenta de prendre appui de ses pieds sur quelques blocs afin de s'approcher de lui.

— Diggle, attrape ma main ! l'implora-t-elle.
— Je suis trop lourd pour toi, Maggie ! refusa-t-il, d'une voix qui trahissait sa panique.
— Je m'en fous, Diggle, attrape ma m…

Mais sur le même instant, la charpente délabrée rompit. Et Terry fut attiré par le gouffre avec quelques éboulis qu'il entraîna dans sa chute. Le hurlement de Maggie retentit, puissant, jaillissant de son cœur, la main toujours tendue vers lui dans un espoir vain qu'il lui revienne :

— Terry !

Kate ferma les yeux, tentant d'ignorer ce qu'elle venait d'entendre. Elle refusait de croire que son ami venait de chuter à son tour. Et qu'elle serait peut-être la prochaine à le rejoindre.
Mais depuis la profonde rivière, Scarlett et Moira assistèrent à la dégringolade de Terry, juste à temps pour lui empêcher une descente mortelle.

— Aresto momentum !

Le sortilège de Moira immobilisa les agrégats de pierre et le jeune Poufsouffle dans les airs, qui, pensant qu'il n'en réchapperait pas, ouvrit de grands yeux de stupeur, avant que l'enchantement ne prenne fin pour le faire atterrir dans de grandes éclaboussures dans le courant d'eau.
Maintenu par Griffin au niveau du poignet, Emeric se pencha au-dessus du vide, distinguant à peine Kate, gémissant contre les pierres. Vouant toute sa confiance à son camarade, il inspira un grand coup et fit jouer son équilibre pour s'incliner et affronter le précipice. Veillant à ne pas desserrer ses doigts autour de sa baguette magique, il marmonna sa formule magique :

— Mobilicorpus.

Peu à peu, et à la grande surprise de la jeune fille, son corps s'allégea. Si bien qu'elle n'avait plus besoin de s'agripper aux pierres, bien qu'elle gardait ses doigts blessés et crispés sur ces dernières.

— Lâche-les, Kate ! la guida Emeric, si concentré sur son sortilège que de la sueur commençait à perler sur son front.

Après quelques secondes d'hésitation, elle s'exécuta et se sentit s'élever dans les airs. Aussitôt mise en confiance, elle leva les yeux vers le Serdaigle, duquel elle s'approchait de plus en plus. Bientôt, elle parviendrait à lui saisir le poignet afin qu'il puisse la remonter.
Dans la gorge résonna la voix de Moira, amplifiée par un sort :

— On est vivants ! Scarlett, Terry et moi ! Tout va bien en bas !

Le soulagement fut de taille pour tous, alors que la situation restait encore incertaine ; il fallait dégager les élèves, et vite, avant que les restes du pont ne s'écroulent à leur tour. Maggie fut bien vite remontée à l'aide de la corde et les Poufsouffles s'éloignèrent avec elle.

— Dépêchez-vous ! somma Branstone aux garçons alors que de nouvelles secousses traversaient la plateforme.
— On fait ce qu'on peut ! lui répliqua Evan, au milieu de la chaîne.
— Beckett, magne-toi !

Mais Emeric ne pouvait se hâter, de peur de rompre l'enchantement. Lorsque Kate fut hissée jusqu'à lui, il s'apprêta à lui donner l'ordre de lui attraper le bras, mais un tremblement plus violent compromit son équilibre. Le sortilège fut brisé et Kate sentit la gravité reprendre le contrôle de son corps. Elle serait tombée si Emeric ne l'avait pas rattrapé de justesse avec sa seule main valide, lâchant sa baguette qui rejoignit la rivière et les trois rescapés.

— Tirez !

La directive salvatrice de Griffin fut suivie sur l'instant-même et tous ramenèrent leur camarade en arrière, tractant Kate avec une force commune, avant de regagner les berges sauves de la falaise. Les derniers débris du pont tombèrent dans le gouffre, ne laissant de la passerelle qu'un nuage de poussière et un son tonitruant.

— Kate ! Tu vas bien ?!

Griffin lui prêta main forte pour se relever et, sous le coup des émotions, Kate ne réagit pas comme elle l'aurait fait dans d'autres circonstances. L'adrénaline lui permettait enfin d'affronter ses yeux sans s'esquiver.

— Je… vous m'avez sauvée !
— Hm, il ne faudrait pas que ça devienne une habitude par la suite ! lui sourit-il, fier.
— Kate !

Maggie fut la suivante à se ruer sur sa meilleure amie, pour vérifier son état. Elle déplora l'état de ses mains et de ses genoux, plutôt que de déclarer en public le souci qu'elle se faisait véritablement :

— Ah bah, bien joué ! Tu as encore troué tes collants ! Tu sais combien ils m'ont coûté ?! Ça se compte en galions !
— Il faut qu'on vous emmène à l'infirmerie, leur conseilla Griffin. Au moins pour soigner tout ça !
— Et prévenir les professeurs, au passage !
— Si tu veux mon avis, Irwin, avec le boucan que ça a fait, tout Poudlard est au courant ! fit remarquer Jason Watson.

Le groupe commença à s'éloigner pour rejoindre les bâtisses quand Kate se retourna ; resté seul à terre, Emeric toussait, les verres de ses lunettes rectangulaires recouvertes de poussière. C'est alors que le déclic se produit dans l'esprit de la jeune fille.

— Qu'est-ce que tu fais ? lui lança Griffin alors qu'elle rebroussait chemin.
— Je vais aider Emeric.

Cela sembla déplaire au Gryffondor, qui l'arrêta dans son initiative.

— C'est bon, laisse-le ! Il sait se débrouiller tout seul !
— Je lui dois au moins ça… Si ce n'est plus.
— C'est un intello, il sait se lever comme un grand !
— Intello ou pas, un merci n'a jamais fait de mal à personne.

N'attendant aucune autre réaction de Griffin, Kate continua de s'approcher d'Emeric, avec un certain émoi. Les faits trouvaient enfin leur sens. C. n'était la première lettre du nom de son mystérieux correspondant : il s'agissait en réalité de sa dernière.
S'accroupissant en face de lui, Kate retira ses lunettes en toute délicatesse et en essuya les verres avant de les lui replacer sur son nez aquilin. Le regard interloqué d'Emeric la dévisagea, alors qu'elle souriait.

— Merci, Emeric. Tu m'as sauvé la vie.
— J-je… en fait, je… il y avait…

Touchée par sa timidité, alors qu'il rougissait à vue d'œil, elle pencha vers lui et lui embrassa la joue en signe de gratitude, en profitant pour glisser quelques mots à son oreille.

— Tu n'as pas un quart de mon courage. Tu en as le double…

Puis, sans y répondre, il la regarda se reculer et repartir, s'éloignant avec Griffin qui lui adressa un regard menaçant. Esseulé sur la falaise, Emeric effleura sa joue écarlate sur laquelle elle avait déposé ses lèvres. Elle avait deviné qui il était, elle l'avait remercié. Elle l'avait embrassé.


À l'infirmerie, les élèves qui avaient assisté à la catastrophe furent assaillis de questions par une McGonagall assez désarçonnée. Pourtant, personne ne trouva d'explication logique à l'incident. Les Gryffondors et les Poufsouffles reçurent dix points chacun, pour assistance à élève en danger. Tellement de choses se bousculaient dans la tête de Kate qu'elle ne chercha pas à défendre l'honneur des Serdaigles, dont l'un des représentants venait de la secourir au péril de sa propre vie. Car elle seule connaissait la réponse au mystère du pont. La responsable.

Maggie, Terry et elle-même sortirent les derniers de l'infirmerie, après quelques traitements conférés par les bons soins de miss Pomfresh qui les mit à la porte pour qu'ils ne tardent pas au dîner. Il y eut un silence dans le premier couloir. Avant que Maggie ne lève les poings et ne les abatte sur l'épaule de son voisin en la tambourinant.

— Aïe ! s'exclama Terry. Aïe, aïe, mais aïe ! Qu'est-ce qu'il te prend, Maggie, t'es malade ?! Tu t'es pris un rocher sur la tête, cette fois ?!
— T'es qu'un pauvre abruti, Diggle, on te l'avait déjà dit ?! Qu'est-ce que j'aurais fait ?!
— Si tu avais commencé par éviter de me frapper pour que je ne retourne pas à l'infirmerie… !
— Tu imagines le remords avec lequel j'aurais vécu ?! Si tu étais mort ? Tout ça parce que tu aurais refusé d'attraper mon bras ! Je m'en serais voulu toute ma vie ! J'aurais cru que c'était de ma faute !
— Mais arrête de crier, Maggie, je ne suis pas mort !
— Au même endroit que Rusard ! J'aurais associé ta mort à celle de Rusard ! Comment j'aurais pu vivre avec ça sur la conscience ! Me souvenir de lui jusqu'à ma mort ! À cause de toi !
— Calme-toi, Maggie, intervint Kate en la retenant en arrière alors qu'elle s'apprêtait à donner un nouveau coup sur l'épaule de Terry. Il n'a rien fait !

Ils attendirent que Maggie se défausse de son expression de colère, avec son nez retroussé bien caractéristique, pour reprendre leur marche.

— En revanche, je crois que j'ai une idée...
— De quoi, Kate ?
— Ce qui l'a fait, justement. Tout ça… Le pont. Ce n'était pas un hasard. Ce n'était pas un accident. Il y avait de l'Immatériel…
— Attends. Tu ne veux pas dire que…
— Si. La Sorcière Bleue est revenue…


Si toi aussi en lisant Maggie crier "Remonte-mooOOooOooOooi !" avec la voix du mec du Suricate dans Movies VS Life 2, tape dans tes mains ! [clap clap]

Voilà, chers lecteurs, j'espère que ce chapitre riche en émotions vous aura plu. Les intrigues amoureuses commencent à se mettre en place autour. Mais la menace persiste encore... hinhinhin... (si ça peut vous rassurer, les mystères de la Sorcière Bleue et de la vampirette seront résolus dans cette partie ! Inutile de vous faire poiroter trois parties de plus !)
Que dire sur ce chapitre. Ah si. Il introduit le personnage de Mélisandre Inkstone, qui est un friend-insert comme il y en a dans ma FF. (c'est ma pote Anda, lectrice assidue depuis des années, grande fan de Clive, niak !) D'ailleurs si vous-mêmes vous avez des envies particulières, de voir apparaître des choses incongrus dans LMA, je suis votre homme ! Euh... votre femme ! Il est entre autres prévu que le Docteur apparaisse et qu'il y ait une scène avec Phil tout nu (ouaip, ça peut paraître malsain, m'enfin, j'ai trouvé le moyen de mettre ça en scène sans virer au glauque. JE TIENS TOUS MES CHALLENGES). Et aussi la présence de la Reine d'Angleterre. Wàla.

BISOUS ! Merci d'avoir lu !

Poster une review prévient le risque de se coincer des morceaux de salade entre les dents.