Chapitre Trente Six

Voix d'outre-tombe

Neji était soulagé de voir qu'une fois de plus, le Yondaime n'était pas présent dans ce souvenir. Pas plus que Baki, d'ailleurs. En fait, Temari et Kankuro étaient seuls, escaladant les falaises à côté de Suna. Ils s'étaient arrêtés à côté d'une petite grotte et scrutaient à l'intérieur.

« Je ne vois pas pourquoi on doit faire ça. » Grommela le petit Kankuro alors qu'il suivait sa sœur à l'intérieur de la grotte. « Les Eluue Vara sont à des années d'ici. »

« Oui, mais qui sais ce qu'ils pourraient nous balancer. » Répondit Temari. « Surtout si on doit faire ça avec Gaara »

Kankuro haussa les épaules. « Lui, passer au Jugement ? N'importe quoi, Temari. Il n'est pas humain. Le Jugement est fait pour les hommes! »

Temari lui donna un coup sur la tête. « Qu'est-ce que je t'ai dis à propos de cette façon de parler ? »

Kankuro se frotta la tête. « D'arrêter ? »

« Exactement. Arrête ça ou je te jette du haut de la falaise. Ou je t'abandonne dans la grotte. »

« Tu sais bien que ce n'est pas ce que je voulais dire ! » Grogna Kankuro. « Mais tu m'as comprise. »

« Je sais. » Temari semblait toujours irritée. « Mais je veux que tu cesses de parler de Gaara comme d'un monstre. »

« Et pourquoi ? Il tue tout ce qu'il voit sans la moindre raison ! Tu as oublié la sœur de Baki? Elle a juste fait tomber une cruche, et ce sable... » Kankuro frissonna.

« Raison de plus pour arrêter de l'insulter. » Répliqua sommairement Temari. «S'il se sent offensé à cause d'une jarre qui tombe, qu'est-ce qu'il doit penser des insultes ? »

Kankuro hocha la tête. « Okay, un point pour toi. »

« On va bien finir par devoir travailler avec lui, tu le sais bien. Alors autant t'enlever cette sale habitude avant qu'il ne te brise la colonne vertébrale. » Gronda Temari.

« Argh, ça doit être horrible ! » S'écria Kankuro. « Tu l'as vu récemment ? Quand il ne regarde pas les gens avec une tête de psychopathe, il est agité comme un écureuil ! Et la façon dont il te regarde ! Comme s'il réclamait quelque chose ! J'ai réduit la liste des possibilités à des âmes damnées ou du sang de vierge! »

« Kankuro ! » Temari paraissait tendue. « C'est ton frère! »

Kankuro secoua la tête. « C'est un meurtrier. »

« Nous aussi. »

« On ne tue pas des villageois ! Pas des gens innocents ! On a tué des envahisseurs et des bandits, des menaces pour notre peuple ! Gaara tue les gens que nous sommes sensés protéger. » Kankuro regardait à présent Temari d'un air mauvais. « Il n'est pas mon frère ! S'il l'était, il ne s'attaquerait pas à notre peuple ! »

Temari soupira. Neji eut l'impression qu'elle abandonnait. « Je te demande juste d'arrêter de le traiter de monstre ou de démon. Oh, et s'il te plaît, plus non plus de 'con comme un balai à chiotte' que tu apprécies tellement. »

« Ben, c'est plutôt précis. »

Tous deux s'aventurèrent un peu plus dans la grotte. Neji commença à les suivre, mais il heurta quelque chose juste à l'entrée. Comme si une force invisible, comme un mur, lui refusait l'accès.

« Qu'est-ce qui se passe ? » Marmonna Neji.

Certains souvenirs sont trop douloureux, ou trop précieux, pour être partagés contre son propre gré.

Neji cligna des yeux et fit volte-face. Un oiseau était posé sur une pierre. Un oiseau de proie d'un rouge vif, comme un aigle, ou peut-être un faucon. Ses yeux étaient presque tristes.

Neji observa l'oiseau.

L'oiseau observa Neji.

Oh, honnêtement, mon garçon, n'es-tu pas un peu curieux ? Finit par dire l'oiseau.

« J'essaie… de réfléchir. Ceci est un souvenir. Jusqu'à présent, tous les gens que j'ai croisé faisaient partie intégrante des souvenirs. Aucun d'entre eux ne m'a adressé la parole, et j'en ai conclu que c'était parce qu'il s'agissait d'une sorte de relecture. Mais… Toi, tu… »

L'oiseau se mit à rire. Son bec ne s'ouvrit pas, mais il semblait lui transmettre ses pensées. Je ne suis pas un souvenir, ou du moins, je ne suis pas comme ceux-ci. Je suis un souvenir dans le sens ou certaines personnes se souviennent de moi, Mais je ne suis pas là pour leur rappeler quoi que ce soit. Je suis le souvenir d'un mort, si tu préfères.

Neji cligna des yeux. « Etes-vous un esprit ? »

Il y eut une longue pause. Oh, je n'arrive pas à trouver quelque chose pour t'aider… Oui, disons que c'est plus ou moins ça.

« Qui êtes-vous ? »

Karura.

« … »

La mère de Temari, Kankuro et Gaara.

« Mais alors… Pourquoi êtes-vous venue le hanter? »

Je ne le hante pas. Je veille sur mes enfants. Sur chacun d'eux.

« Alors… Une seconde… Si je suis ici et que vous êtes ici aussi… Attendez… »

Arrête de chercher à tout analyser, mon garçon. Tu ne réussiras qu'à te donner mal au crâne.

Neji reposa ses yeux sur elle. « Je ne vous avais encore jamais vue ici. »

Comme je te l'ai dit, je veille sur mes trois enfants, mais les autres ont tout autant besoin de moi que Kankuro. Peut-être même qu'il a moins besoin de moi à présent. Quelqu'un d'autre veille sur lui.

« Qui ? »

La Louve.

« Vous voulez parler de cette chose qui l'a transformé en monstre? »

Non, celui qui l'a transformé en monstre n'est pas la Louve. La Louve ne fait que voir ce qui doit être vu. Elle n'a aucun contrôle sur ce que les autres font de son Pouvoir.

Neji soupira. « Pourquoi ne puis-je pas voir ce qui se passe ici ? »

Allons, mon garçon. N'y a t'il pas certaines choses dans ton passé que tu ne voudrais surtout pas montrer à d'autres? Des choses tellement importantes à tes yeux qu'elles te détruiraient si quelqu'un d'autre venait à les apprendre?

« J'imagine que si. »

Tu vois, tu comprends.

Il y eut un long silence, puis…

« Si… Si vous pouvez surveiller Kankuro et les autres… Alors… »

Je ne peux pas lui parler de façon directe. Comme je le fais ici. Tout comme celui qui te suit.

Les yeux de Neji s'écarquillèrent. « Quoi? »

Il y a quelqu'un avec toi. Quelqu'un qui a toujours été à tes côté, mais que tu ne peux voir. Il veille sur toi comme je le fais, et il… Karura s'interrompit. Ce n'est pas à moi de te dire ça.

Neji se sentit frustré. Tout cela devenait de plus en plus déstabilisant. Et à présent, le souvenir se troubla de nouveau, probablement pour changer de scène.

Avant que tu ne partes, laisse-moi te dire une dernière chose. Dit Karura. Dis à mon fils que mon frère a mentit. Jamais je n'ai maudit Gaara, ni même Suna. Yashamaru n'était qu'une langue de vipère, mais aucun d'entre nous ne s'en est aperçu avant qu'il ne soit trop tard! J'aime mes trois enfants de tout mon cœur, et ce que mon frère a dit n'était qu'un mensonge destiné à blesser mes fils et ma fille. Dis-lui !

Neji hocha la tête. « Très bien. »

Et, Hyuga?

« Oui? »

Dis à Kankuro que son père n'est pas encore ici.


Encore un autre souvenir de Kankuro. De retour à Suna, cette fois. Le garçon était perché sur un toit, admirant une démonstration de marionnettistes dans la rue. Une jeune femme manipulait une énorme marionnette ressemblant à un dragon. Le pantin, qui semblait essentiellement constituée de lames, dansait et virevoltait comme prit dans un tourbillon. D'autres marionnettes dansaient ou effectuaient certaines performances devant la foule rassemblée dans une sorte de square.

Neji trouvait tout cela incroyablement flippant, mais Kankuro semblait ravi et trépignait presque de joie. Il observait les mouvements des marionnettistes avec attention. Son regard se concentrait tout particulièrement sur les signes qu'ils effectuaient.

Au bout d'un moment, Neji remarqua le petit serpent de bambou aux pieds de Kankuro. Avec précaution, le petit garçon s'accroupit et attrapa la marionnette. Un petit fil de chakra apparut et tenta de se coller au serpent. Kankuro essaya de remuer les doigts comme les marionnettistes, mais tout ce qu'il parvenait à faire était d'agiter légèrement sa tête.

« Tu sais, ya de meilleures façons de s'y prendre, mon gars. »

Kankuro fit un bond monumental. Il se retourna, en même temps que Neji. Il se rappelait cette voix, et ne fut pas étonné de voir apparaître Sticks.

Sticks jaugea Kankuro d'un air étrange. « T'es le fils d'Hajeem, non ? »

« Hajeem. »

« Le Yondaime. Son vrai nom est Hajeem. »

« Oh… Je ne savais pas. »

« Peu de gens le savent. Il ne l'utilise presque pas. » Répondit Sticks.

« Comment tu le sais alors ? » Demanda Kankuro.

Sticks bailla. « La plupart des ninjas marionnettistes ont au moins deux maîtres. Un pour apprendre les techniques de marionnettistes, et un autre pour apprendre à devenir shinobi. Je connais Hajeem parce qu'il m'a appris à devenir ninja. »

« Mais… Mon père déteste les marionnettistes. »

Les yeux de Sticks s'étrécirent. « Il arrive qu'un maître et son élève ne finissent pas bons amis. »

Kankuro fronça les sourcils. « Qui était votre maître marionnettiste ? »

Sticks le regardait à présent d'un air franchement mauvais. « Je ferais mieux de ne pas te le dire. »

« Oh… » Kankuro baissa les yeux sur son petit serpent de bois.

Au bout d'un moment, Sticks soupira. « Ecoute. Tu ne bouges pas les mains correctement. C'est beaucoup trop raide, ici. Détends tes muscles ou ton pantin restera tout aussi raide. Regarde… » Sticks se pencha sur lui et commença à aider Kankuro.

« Kankuro, Qu'est-ce que tu fais ! »

La réaction ne se fit pas attendre. Sticks s'écarta d'un bond comme s'il venait de prendre feu.

Neji eut un mouvement de recul. Encore lui !

Le Yondaime sauta sur le toit, et, avec un rugissement, sortit son sabre. Il se plaça devant Kankuro, et l'espace d'un instant, Neji eut l'impression que l'homme cherchait sincèrement à protéger son fils. Le Yondaime leva son bras, et stoppa sa lame à quelques centimètres du nez de Sticks.

Sticks ne bougea pas d'un pouce. « Salut, mon Seigneur. » Dit-il d'une voix qu'il aurait tout aussi bien pu utiliser pour s'adresser à un chien enragé.

« Qu'est-ce que tu faisais à mon fils ? » Gronda le Yondaime.

« Rien, je lui montrais juste un ou deux trucs. » Répondit Sticks, toujours aussi calme.

« C'est ma faute, Père. Il était juste en train de me montrer comment… »

« Tais-toi ! » Le Yondaime se tourna vers son fils. « As-tu la moindre idée de ce qui aurait pu se passer! Ne sais-tu donc pas de quoi ils sont capables ? Ne m'as-tu donc pas écouté ? »

Tandis que le Yondaime hurlait sur Kankuro, Sticks commença à battre en retraite avec prudence. Puis il bondit et atterrit parmi les autres marionnettistes. Comme s'ils avaient comprit que quelque chose n'allait pas, ceux-ci se rapprochèrent de lui et Sticks disparut dans la foule.

Le Yondaime jaugea un moment la direction que Sticks avait prise d'un air furieux.

« Père, je… »

« Kankuro, Que t'ai-je dis tant de fois à propos du dernier grand marionnettiste ? »

« Sasori, il a assassiné des gens et s'est servi de leurs corps pour en faire de pantins. Tu l'as banni il y a des années. »

« Oui. Cet homme a été l'élève de Sasori. » Dit le Yondaime. « On ne peut lui faire confiance ! »

« Mais s'il est du côté de Sasori... »

Le Yondaime éclata de rire, prenant un air de dément. « Oh, il assure qu'il ne savait rien de ce qu'il s'était passé ! Et son Ordre le protège. » Le Yondaime fixa Kankuro. « Pourquoi les regardais-tu ? »

« Je... Je... »

La paranoïa du Kazekage sembla refaire surface. « Tu… Pourquoi essayais-tu d'apprendre leurs techniques ? Comment as-tu pu? »

« Père, je... »

Le Yondaime recula, et jeta un Kankuro un regard que l'on aurait réservé à une créature répugnante. Avant que Kankuro ait pu ajouter quoi que ce soit, son père était déjà parti, et Neji aurait juré l'avoir entendu murmurer quelques chose à propos de traîtres.

« Ce type est un dangereux paranoïaque. » Marmonna Neji.

La dernière chose que vit Neji fut le regard peiné de Kankuro alors qu'il regardait son père s'éloigner.


Kankuro soupira. Il se trouvait de nouveau dans la propriété des Hyuga. Il en vint à se dire que s'il devait un jour y entrer dans la réalité, il serait capable d'en connaître les moindres recoins. Le site était un véritable labyrinthe, mais quelques nuits à se faire traîner par Neji de parts et d'autres avaient suffit à Kankuro pour apprendre à s'orienter.

Ce qui était un avantage.

Probablement.

Neji avait apparemment été convoqué auprès de son oncle. Voilà qui allait certainement être fâcheux. La plupart des souvenirs impliquant Hiashi l'étaient. Ce qui agaçait Kankuro. Cet homme passait le plus clair de son temps à donner tel ou tel ordre à Neji tout en prenant soin de ne pas croiser son regard. Kankuro présumait qu'il devait chercher à cacher sa honte. Comment pouvait-on être responsable de la mort de son propre frère et ne pas se sentir mal devant le fils de ce dernier ?

Comme pour confirmer ses pensées, Hiashi sembla plutôt mal à l'aise à la vue de son neveu, qui arborait une expression d'un calme calculé.

« Demain, tu commenceras le nouveau semestre à l'académie ninja. » Lui dit Hiashi. « En tant que membre de la Bunke, tu dois être apte à pouvoir protéger la famille. La meilleure façon de te préparer à cela est de faire de toi un shinobi. »

Neji hocha la tête. Kankuro supposa que le garçon devait être plutôt ravi de cette nouvelle, au vu de la haine qu'il ressentait pour le domaine des Hyuga et sa sœur… heu, sa cousine.

Kankuro bailla alors que le souvenir se transformait. Il devait à présent s'agir du jour suivant, à l'académie. Kankuro grogna. Il ne pouvait imaginer que quelque chose puisse être plus ennuyeux que de suivre un gosse à l'école de Konoha ! Les rencontrer une fois lui avait suffit !

Le professeur bavassait sur telle ou telle chose concernant la manipulation du chakra, un sujet que Kankuro connaissait déjà à cinq ans à peine. Mais comment Konoha se débrouillait-il pour produire en série des ninjas de talent alors qu'ils démarraient leur enseignement si tard et qu'ils se montraient si indulgents envers leurs gamins ? Kankuro ne comprenait pas.

Kankuro remarqua un petit garçon derrière Neji, le front plissé par la concentration alors qu'il faisait de son mieux pour suivre la leçon. Le pauvre gamin avait l'air de peiner.

Après quelques heures interminables, les enfants furent autorisés à sortir en pause, chose qui parut une fois de plus totalement inutile aux yeux de Kankuro. Les professeurs les laissaient simplement jouer et courir ! Ils ne cherchaient même pas à introduire un quelconque entraînement dans leurs jeux, comme Baki le faisait pour lui et Temari.

Franchement, comment ces types produisaient des ninjas si puissants ! Ca n'avait aucun sens !

Neji, fidèle à sa nature solitaire, se trouva un coin tranquille pour bouder en paix. Quelques minutes plus tars, le gosse qui avait eut l'air de rencontrer tellement de difficultés en classe s'approcha de lui, ignorant les regards mauvais que lui jetait Neji.

« Salut, » Dit-il. « Pourquoi tu restes tout seul? »

« Je n'ai pas envie de voir les autres. » Grommela Neji.

« Pourquoi ? »

« J'en ai pas envie, c'est tout. »

« Oh… Tu es un Hyuga, non ? Je m'appelle Rock Lee. Et toi? »

Kankuro écarquilla les yeux. Une seconde… Ce gosse était Lee ? Il observa le garçon qui ennuyait Neji plus attentivement. Il n'avait pas du tout reconnu Rock Lee. Il ne s'était pas encore mit à la coupe au bol. A la place, il était affublé d'une longue chevelure tressée. Et il ne portait pas non plus ce… truc vert qu'il aimait tant. Mais en y regardant de plus près, il reconnaissait ses yeux… surplombés par deux grosses chenilles noires.

Rock Lee ramassa une balle et la lança à Neji. « Tu ne devrais pas rester tout seul comme ça ! » Le garçon sourit joyeusement.

Neji le fusilla des yeux et jeta la balle avec dédain.

Rock Lee alla de nouveau ramasser la balle et la relança, ignorant le regard de l'autre garçon. Neji soupira et sembla abandonner. Il ne se sépara pas de son air agacé, mais il avait finalement accepté de jouer.

Kankuro ne put réprimer un rire.