Assis derrière son bureau en bois d'acajou, Septimus Parkinson avait le nez plongé dans une pile imposante d'affaires criminelles toutes plus effroyables les unes que les autres. De sa pipe en bois, une volute de fumée âcre s'échappait pour se suspendre au silence pesant. Un verre de vin, drapé dans sa robe pourpre, avait été délaissé au coin du bureau, près d'une plume noire dont la pointe avait fini par sécher, faute d'être utilisée. Il régnait dans la pièce, une odeur de tabac froid et la lassitude des mauvais jours. Dans un bruissement de papier et un long soupir, le dossier de Nehla Shaffiq se referma et Septimus se laissa aller en arrière dans son fauteuil de velours qui se fendit d'un grognement plaintif. Les coudes posés sur les bras du fauteuil, les mains liées sous le menton, il contempla un instant le feu, caché derrière l'opaque rideau de fumée de sa pipe. Quelque part dans la maison, un craquement troubla le silence, mais Septimus avait l'habitude. Leur vieille maison branlante se tassait sous le poids des années, menaçant de s'effondrer à chaque coup de vent. Malgré les recommandations pressantes de son entourage, et les mises en garde répétées de l'Agent de sûreté, Septimus n'avait jamais pu se résoudre à quitter sa vieille bicoque chancelante. Tout, dans ses pièces mal éclairées et ses couloirs sifflants, avait un arrière-goût de la belle Dahlia. Elle était là, un peu partout, appuyée contre le manteau de la cheminée, le regard perdu par la fenêtre ; assise sur les marches du grand escalier, un étrange sourire aux lèvres ; endormie sous le porche, ses cheveux bruns éparpillés sur le banc sur lequel elle s'était assoupie. Dahlia, Dahlia partout, Dahlia dans chaque recoin, Dahlia qui s'accroche aux vestiges de la maison, et à leurs souvenirs fanés.
« Labor omnia vincit ! », grinça la petite statuette d'oiseau placé au coin du bureau. « Labor omnia vincit ! Labor omnia vincit ! », piailla-t-il de plus belle, en voletant autour de la tête de Septimus Parkinson.
Ce dernier soupira et se redressa pour se replonger dans son travail, ignorant ses paupières aussi lourdes que du plomb. L'oiseau se percha de nouveau sur sa branche, calmé, et le père Parkinson se maudit une nouvelle fois de s'être laissé offrir ce Veilleur qui s'agaçait dès qu'il avait le malheur de se laisser aller à quelques rêveries. D'un geste las, le président du Magenmagot récupéra sa plume et ouvrit au hasard le dossier suivant, estampillé Affaire Théodore Nott, mais avant même qu'il puisse en lire la première ligne, un mouvement dans les flammes attira son attention. Le crépitement familier d'un appel par Cheminette résonna dans la pièce silencieuse, et par réflexe, Septimus Parkinson jeta un œil à sa montre. Vingt-trois heures quarante-deux. Le président du Magenmagot fronça les sourcils, soucieux ; ce genre d'appel, si tard, n'augurait jamais rien de bon. Il lâcha aussitôt sa plume et s'avança vers la cheminée. Quelques secondes plus tard, le visage du Chef de la Brigade Magique, Clarence Sedley, se dessinait dans les flammes. Septimus fut d'autant plus surpris de voir apparaître le visage de son vieil ami qu'ils ne communiquaient jamais que par réseau personnel.
« Bonjour Clarence », salua le père Parkinson. « Tout va bien ? »
Malgré l'interposition des flammes, Septimus discerna nettement la ridule soucieuse qui barrait le front de son ami, et il sentit une bouffée d'angoisse se répandre en lui avec une violence fulgurante. Un odieux pressentiment lui tenaillait l'estomac.
« Écoute, Septimus... Je préférais que tu l'apprennes par moi plutôt que par les journaux... »
Cette fois, le sang de Septimus se glaça totalement, et une fièvre moite le submergea de la tête aux pieds. Une goutte de sueur froide dévala son front, et il s'agrippa au rebord du fauteuil pour ne pas vaciller. Cette scène le transportait dix-huit ans en arrière, reformait les contours de cette fatale soirée, des années plus tôt, avec une effroyable précision.
« Qu'est-ce que... », commença-t-il mais les mots s'agglutinèrent dans sa gorge pour y mourir tout à fait.
Un bref silence, et le visage de Clarence sembla sortir un peu plus des flammes. Il hésita un instant, les sourcils douloureusement froncés, avant de vérifier qu'il était bien seul d'un coup d'œil par dessus l'épaule. Un nouveau silence, puis...
« C'est Pansy... », expliqua-t-il finalement. « ... elle est en garde à vue, à Norwood-Upon-Bridge. Elle sera transférée dans les quartiers londoniens de la Brigade Magique demain matin. Je suis désolé. »
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? », s'entendit-il demander, de très loin.
« Elle a... On n'a pas encore le fin mot de l'histoire... elle aurait utilisé un sort interdit. »
« Un sort interdit ? », répéta Parkinson, pétrifié. « Quel sort interdit ? »
« Le sort de mort. »
Les yeux dans le vague, la bouche entrouverte de stupeur, Septimus laissa un silence térébrant s'abattre sur la pièce pendant de longues minutes, tout juste troublé par le crépitement impatient des flammes. Le feu dansant bardait les contours de son visage de lueurs rougeoyantes. Par pudeur, Clarence détourna le regard, comme il l'avait fait dix-huit ans plus tôt, un soir d'Automne glacé balayé par les aquilons.
« Clarence, est-ce que je peux la voir ? », demanda finalement Septimus au bout d'un long moment.
Le Chef de la Brigade Magique ferma douloureusement les yeux ; il avait anticipé la question, bien sûr. Il avait même anticipé l'amer arrière-goût de déjà vu qui lui nouait la gorge. Il passa une main lasse dans ses cheveux.
« Tu sais que c'est interdit, Septimus. Tu le sais peut-être même mieux que moi », argua-t-il nerveusement.
« Je t'en prie, Clarence. Je t'en prie, laisse-moi la voir. Juste quelques minutes... je t'en prie. »
Un long soupir, puis le Brigadier opina lentement du chef.
« Quinze minutes, Septimus, pas plus. Utilise le réseau de Cheminette en passant par mon bureau, je m'occuperai d'effacer les traces de ta venue. Je t'attends dans cinq minutes. Si tu as une minute de retard, je bloque le réseau. »
« Merci. Du fond du cœur, merci. »
Dans un faible sourire, le visage de Clarence disparut et Septimus sentit alors tout le poids de la peur, de la colère et de la déception, l'écraser comme un rouleau compresseur. Il inspira lentement et retrouva un calme relatif. Après tout, Sedley avait bien dit qu'il n'avait pas encore le fin mot de l'histoire. C'était peut-être une vulgaire erreur. Non, c'était forcément une erreur. Laissant en plan son bureau, il suivit les instructions du Brigadier à la lettre et atterrit cinq minutes et sept secondes plus tard dans le bureau de son ami qui s'empressa de le conduire dans une cellule obscure. Après s'être assuré que personne ne traînait dans le coin, Clarence déverrouilla la cellule et fit entrer Septimus avant de se retirer en hâte. Le cœur du père Parkinson se fissura dans sa poitrine.
Assise au fond de sa geôle, une silhouette voutée se dessinait dans l'ombre. Quand il s'approcha, Pansy releva lentement le visage et le Président du Magenmagot peina à reconnaître sa fille. Le visage contusionné, bleu et violâtre, la paupière gauche tellement gonflée qu'elle mangeait voracement son œil - simple fente brunâtre au milieu de tout cet amas de chair rouge - Pansy arborait un sourire de contentement, accentuant la difformité de sa mâchoire brisée. Septimus fut pris d'une violente nausée, alors qu'il se rapprochait d'elle jusqu'à lui faire tout à fait face.
« Oh, Pansy, Pansy... Qu'est-ce que tu as fait ? Oh Pansy... », murmurait-il du bout des lèvres.
« Je ne lui ressemble plus, maintenant, hein ? », répondit-elle d'une voix rauque.
Il eut l'impression qu'on venait de lui asséner un coup de poignard en plein dans le cœur, et s'appuya contre le mur glacé de la cellule pour ne pas s'effondrer. Si un jour sa fille avait été le portrait craché de la belle Dahlia Parkinson, elles n'avaient désormais plus rien en commun, outre ces yeux d'obsidienne qu'ils voyaient briller d'une lueur démente. Terrassé de chagrin, il posa une main tremblante sur l'épaule de Pansy qui ne semblait pas avoir remarqué son trouble, répétant comme une litanie :
« Elle me verra. Où qu'elle soit, elle me verra. Elle verra mon nom et mon visage sur tous les journaux du pays. Et elle saura. Elle saura que tout est de sa faute. Elle me verra. Elle viendra me voir. Elle ne pourra plus s'échapper, plus se cacher. Je serai là, partout... »
Des larmes brûlantes débordèrent des yeux de Septimus avant de s'écraser sur le sol dans un ploc, ploc, ploc désordonné. Enfin, interrompant brutalement ses murmures empreints de folie, Pansy releva sa figure vultueuse pour dévisager son père.
« Papa ? », demanda-t-elle doucement. « Pourquoi tu pleures ? »
« Pansy... Oh, Pansy... Pardon... Il y a tellement de choses que j'aurais dû te dire, t'expliquer. »
« Comme quoi ? », interrogea-t-elle, et soudain, elle avait l'air d'une toute petite fille.
Silence. Un sanglot étouffé. Une ombre plana sur les cachots, une ombre lourde de non-dits et de vilains secrets.
« Pardon... »
« Comme quoi ? », répéta Pansy, alors que ses yeux se bordaient de larmes douloureuses.
Septimus se passa une main sur le visage. Ses yeux cernés, son visage ridé d'un millier de petites crevasses, et ses lèvres pincées, le vieillissaient d'une centaine d'années, lui conféraient une fragilité délicate. Enfin, dans le silence étouffant, il parla :
« Ta mère est morte, Pansy. Elle n'est jamais partie, elle ne nous a jamais abandonnés, elle est morte. »
Les mots dégringolèrent de sa bouche à grands fracas, comme s'il s'agissait de dizaines de petites bombes meurtrières qui explosèrent le cœur de Pansy en milliers de fragments. Elle plaqua ses mains sur ses oreilles, comme pour empêcher les mots de courir jusqu'à son cerveau, sa respiration se fit saccadée, rauque, puis, soudain, un cri déchirant passa la barrière de ses lèvres. Puis un second. Les hurlements se prolongèrent, s'intensifièrent alors qu'elle se jetait sur son père en martelant son torse de ses poings.
« Tu mens ! Tu mens ! Tu mens ! », scandait-elle comme une démente. « Tu mens ! Tais-toi ! Tu mens ! »
« Pardon... pardon... pardon... », murmurait son père en la serrant contre lui malgré ses coups répétés. « Pardon... J'aurais dû, je... Oh, Pansy, pardon... Pardon... »
Les gesticulations de Pansy se calmèrent mais son corps était désormais agité de spasmes violents et désordonnés, et des larmes amères dévalaient sans pudeur le contour tuméfié de son visage.
« Pourquoi... pourquoi ? Pourquoi ? », articula-t-elle douloureusement.
« ...parce que... parce que c'est de ma faute. C'est de ma faute si ta mère est morte... et je... je voulais pas... que tu partes, que tu me laisses... j'ai pas eu le courage... je pensais qu'avec le temps, qu'avec le temps, ça passerait... je pensais que... J'avais peur, Pansy, je suis lâche et j'avais peur... »
Un claquement de porte, et la silhouette de Clarence apparut dans l'obscurité de leurs sombres retrouvailles. Il se gratta la tête, mal à l'aise, avant de toussoter pour annoncer sa présence.
« Septimus, il faut que tu partes », déclara-t-il d'une voix embarrassée, avant d'ajouter : « Je peux te laisser encore cinq minutes, mais pas plus. Vraiment. Ça devient risqué pour moi, là. J'ai congédié toute la section, c'est une question de minutes avant qu'on m'envoie la relève. »
La gorge nouée, Septimus se contenta de hocher la tête pour toute réponse. D'un geste, il agrippa les épaules de Pansy et se pencha pour que leur visage soient au même niveau. L'air hagard, Pansy se contentait de fixer le plafond, le regard vide, la bouche entrouverte. Si elle ne s'était pas tenue debout en ce moment même, il aurait pu penser qu'elle était tout bonnement inconsciente.
« Écoute-moi, Pansy. On n'a pas beaucoup de temps. Ce ne sera pas moi qui présiderai le Magenmagot lors de ton procès. Et je ne pourrai pas non plus te contacter d'ici là. Le conseil jugera qu'il y a conflit d'intérêts. Pansy, la seule façon de t'en sortir sans passer par Azkaban, c'est de plaider la folie. »
Les yeux toujours braqués sur le plafond, le corps toujours raide, Pansy se fendit d'un ricanement mauvais.
« Je ne suis pas folle... », murmura-t-elle.
« Je sais, Pansy, je sais. C'est... tu comprends, pour un crime comme ça... pour le sort Interdit... c'est la seule solution. »
« Je ne suis pas folle... », répéta-t-elle.
Septimus sentit un frisson glacé lui parcourir l'échine alors que de l'autre côté de la porte, un bref toc toc lui rappelait que le moment était venu. Il sentit son cœur se déchirer une nouvelle fois, ses épaules s'affaissèrent, et il prit délicatement la main de sa fille, comme pour la rassurer.
« Je dois y aller, Pansy. J'essayerai de te rendre visite... Je... J'essayerai... »
Le visage toujours balancé en arrière, la jeune fille ne répondit pas. Un terrible sentiment de vide creusait tout son corps, écartelait son cœur, écrabouillait son cerveau. Elle avait passé une vie entière à poursuivre des chimères. Une vie entière à courir derrière un fantôme, à haïr sa mère pour des mensonges. Tout ça pour... tout ça pour rien. Elle avait gâché sa vie et maintenant, elle allait crever dans les lits sales de la section psychiatrique de Sainte-Mangouste... et ça encore, c'était si elle avait de la chance. Sans la voir, elle entendit la porte de la cellule s'ouvrir dans un cliquetis métallique, et enfin, elle consentit à relever lentement le visage.
« Je reviendrai », lui glissa son père d'une voix douce.
« Ne te donne pas cette peine », trancha Pansy.
Elle entrevit l'ombre d'un intense chagrin voguer sur les prunelles azur de son père, mais d'une pression à l'épaule, Clarence Sedley lui intima qu'il était temps de partir, et après avoir jeté un dernier regard à sa fille, Septimus disparut dans l'obscurité. Alors, enfin, Pansy se laissa glisser sur le sol et pleura à gros sanglots, chassant sa douleur, sa tristesse, son sentiment d'extrême trahison et d'intense solitude en averses diluviennes qui dégringolaient de ses yeux pour venir détremper le sol. A quatre pattes face au pavés de sa geôle, toute une vie de mensonges et de cachotteries revint la frapper en plein visage, et elle crut un instant qu'elle allait mourir de chagrin. Dix-neuf ans. Dix-neuf ans, réduits à néant, à des milliers de petits éclats ternes, lui laissant un goût de cendre et de sang, un goût de cruauté et d'ultime défaite. Elle avait l'impression que les contours de sa silhouette étaient en train de s'estomper, pour s'effacer tout à fait. Elle n'était plus que du vide ; du haut de son crâne, à la pointe de ses talons aiguilles. Du vide. Du vide partout. Ce vide angoissant. Celui placardé sur les photos de familles ou planqué dans le noir de son regard. Encore ce vide qui la rongeait. Elle n'était plus rien. Les édifices d'orgueil, les forteresses de cruauté, les remparts de vengeance qu'elles avait passé une vie entière à se construire... envolés. Tout ce en quoi elle avait toujours cru... balayé. En elle, juste cet écho infini ; celui qui sonne creux.
Quand des dizaines de minutes se furent empilées douloureusement, et qu'elle eut tant pleuré qu'elle put sentir le sol légèrement humide sous ses doigts sales, elle se recroquevilla sur le sol et murmura :
« Adunaro Aquam... »
Les gouttelettes jonchant le sol se réunirent en une petite flaque irisée sur laquelle Pansy se pencha pour observer son reflet légèrement déformé.
Et pour la toute première fois depuis des années, Pansy se regarda dans les yeux. Ils lui parurent soudain d'une douceur indicible. Un étrange sourire naquît sur ses lèvres, mélange confus de tristesse, de regrets et de tendresse. Dix-huit ans après la mort de sa mère, Pansy pouvait enfin faire son deuil.
Pour la toute première fois de sa vie, Pansy pardonna à sa mère un crime qu'elle n'avait jamais commis. Et dans le vide béant qu'elle était devenu, il ne demeura plus qu'un intense et incommensurable amour.
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« Nous ne sommes pas en train de vous accuser, Monsieur Malefoy », lui assura d'une voix mielleuse la grande blonde qui se tenait face à lui, un écusson estampillé Sergent I. Kinge piqué sur le revers de son uniforme.
« Je veux voir Hermione Granger », répéta Drago, pour la centième fois depuis son arrivée dans les bureaux de la Brigade Magique.
« Oui, ça, je crois bien l'avoir compris », répondit Kinge avec un sourire complaisant. « Nous, nous voulons juste votre témoignage. »
« Et moi je veux juste voir Hermione Granger », réitéra le Serpentard.
Depuis qu'il avait été traîné de force dans les locaux de la Brigade, Drago avait l'impression d'être en apnée. Chaque cellule de son maudit corps hurlait au supplice, bourdonnant en lui, l'accablant d'une fièvre fulgurante. Dans le théâtre de son esprit torturé, il revoyait le corps inerte d'Hermione, au sol. Il ne savait rien. Il n'avait aucune idée... de son état, de l'endroit où elle était... rien. Et ces putain de brigadiers qui refusaient de lui dire quoi que ce soit. Il allait devenir fou. Il allait les buter un par un, s'il le fallait. Il voulait juste savoir si... Sa gorge se serra, son pouls s'accéléra alors que l'hypothèse restait en suspend dans son crâne. Si... quoi ? Si... rien du tout. Hermione allait bien. Il n'y avait pas d'autres solutions, pas d'autre potentielle réponse, pas d'autre théorie. Il déglutit lentement avec la féroce impression qu'il allait tout simplement rendre l'âme dans la chaleur capitonnée de la salle d'interrogatoire.
« Monsieur Malefoy... », l'interpela le Sergent Kinge avec un sourire qui se voulait très certainement amical mais qui avait juste l'air affreusement détaché. «...nous voulons juste votre version des faits afin de pouvoir la comparer avec celle des autres témoins. »
C'était impossible. Impossible. Il ne pouvait tout simplement pas... Ses poings se serrèrent, ses jointures blanchirent, et soudain, il plongea son visage dans ses mains. Ses cheveux blonds s'éparpillèrent de part et d'autre de son visage, ses mains se crispèrent pour ne pas trembler. Il devait avoir l'air pathétique. Sûrement. Mais il s'en foutait.
« Dites-moi juste... dites-moi juste comment elle va... c'est tout ce que je veux savoir... »
Le Sergent Kinge lui jeta un regard incertain avant de se tourner vers son supérieur, le Superintendant W. Hobart, qui observait l'interrogatoire, appuyé contre la porte, les bras croisés. Lentement, il lui fit non de la tête et la blonde se tourna de nouveau vers Drago, une moue contrite au visage.
« Je suis désolée, Monsieur Malefoy, nous ne pouvons pas vous communiquer ce type d'informations. Cela pourrait influencer votre version des faits. »
« Ce type 'd'informations'... », s'étrangla Drago dans un rire amer. « ... mais putain, vous vous vous entendez ? Comme si... comme si c'était qu'une putain d'information ! Je veux savoir comment elle va... »
Il se releva brusquement, le visage crispé de fureur et d'un coup de pied, il envoya valser sa chaise qui s'éclata contre le mur avec fracas.
« Je veux savoir comment elle va, vous avez compris ? Je suis un putain de Malefoy, s'il le faut, je vous descends en un claquement de doigts ! », rugit Drago en envoyant valser les affaires qui jonchaient le bureau.
« Sede ! », s'écria aussitôt le Superintendant en pointant Drago de sa baguette.
La chaise se releva d'elle-même et Drago se retrouva soudainement happé, pour finir vissé au fauteuil, enserré par un étau invisible. Il tenta de se débattre, mais l'emprise sembla se raffermir encore un peu plus, et il finit par abandonner, la mâchoire crispée. D'un geste de la main, Hobart congédia Kinge qui s'exécuta docilement et quitta la pièce.
« Laissez-moi clarifier la situation, Monsieur Malefoy. Nous enquêtons sur l'utilisation d'un Sort Interdit qui peut mener à une perpétuité à Azkaban. Tout ce que nous vous demandons, c'est votre témoignage ainsi qu'une totale coopération. Je ne suis pas votre ennemi, tout comme vous n'êtes pas le mien et je vous déconseille fortement de vous positionner comme tel. »
Drago lui jeta un regard assassin avant de se laisser aller en arrière dans son fauteuil alors que l'étau invisible se desserrait légèrement.
« Qu'est-ce que vous voulez savoir ? », demanda le Serpentard d'une voix contenue.
« Votre version des faits. Comment vous êtes-vous retrouvé sur les lieux de l'attaque ? »
Drago sembla hésiter quelques secondes avant de capituler.
« Je devais retrouver Hermione Granger à quinze heures, après avoir fait une visite de Pré-au-Lard aux première année. Elle était en retard... et puis... et j'ai vu les lumières d'alerte. Je savais que c'était elle... mais je savais pas où elle était. Je suis retourné en centre-ville, je suis tombé sur Zabini, Calypso et Marla. On s'est séparé pour la retrouver... celui qui la retrouvait le premier sonnait l'alerte pour que les autres puissent venir en renforts. C'est Calypso qui l'a retrouvée. On a rappliqué aussi vite qu'on a pu. Granger et Rosier étaient aux prises avec Pansy Parkinson et sa bande. »
Dans son dos, Drago entendit une plume gratter frénétiquement le papier. Le Superintendant sembla réfléchir un instant avant d'acquiescer, en joignant ses mains sous son menton.
« Je vais vous demander de me raconter l'attaque étape par étape. Chaque détail est à prendre en compte, alors faites vraiment l'effort de mobiliser tous vos souvenirs. »
« Après ça, est-ce que je pourrais enfin avoir des nouvelles d'Hermione ? »
« Oui », répondit laconiquement Hobart avant de fixer son regard sur celui du blond.
Les poings de Drago se serrèrent mais il consentit à livrer sa version des faits dans les moindres détails. Il sentit tout son corps se crisper au fur et à mesure de son récit, et une angoisse étouffante se loger dans sa gorge, pour enfler, enfler, enfler. Une peur indescriptible l'oppressa et il finit son témoignage, essoufflé, le cœur au bord des lèvres. Son pouls était lancé dans une course folle, sa bouche s'assécha brutalement alors qu'il réalisait que... non. Il s'interdit d'approfondir sa pensée, et releva deux yeux plein d'appréhension vers Hobart qui était resté silencieusement impassible en observant le combat intérieur du jeune homme. Le Superintendant se releva soudain, s'orientant vers la porte, mais Drago bondit de son siège et l'arrêta par la manche.
« Hermione ? », peina-t-il à articuler.
« Ces informations sont des éléments de l'affaire classés confidentiels. »
La bouche de Drago s'ouvrit sous le choc.
« Vous m'aviez dit que... »
« Je sais très bien ce que j'ai dit. »
« Vous avez menti », constata froidement Drago, les sourcils désormais si froncés qu'ils zébraient son front de plis furieux.
Le Superintendant dégagea sèchement son bras de l'emprise de Drago avant de lui faire face, le visage peint d'un profond mépris. Il claqua des doigts, et la plume qui grattait frénétiquement le papier, retranscrivant mot pour mot leur conversation, s'arrêta aussi sec et retomba sur la table, inerte.
« Oui, je vous ai menti. Tout comme je vous ai menti quand j'ai affirmé que vous n'étiez pas mon ennemi. Je vous méprise avec autant de force qu'il m'en faut pour garder mon self-control et ne pas vous jeter dans une cellule d'Azkaban pour vous y voir bouffé par les rats. »
Malefoy se composa un masque de froideur, et jeta un regard noir à Hobart.
« Pourquoi ? », demanda-t-il simplement.
« Parce que c'est ton chien de père qui a tué ma sœur. Et pour ce que ça vaut, je te souhaite de crever de chagrin. »
Le Brigadier lui jeta un regard suintant de rancœur avant de quitter la pièce dans un claquement de porte. Désemparé et nauséeux, Drago attrapa sa veste d'un geste de la main avant de quitter les quartiers de la Brigade Magique d'un pas pressé. Il fallait qu'il retourne à Poudlard au plus vite, et s'il fallait mettre à sac tout le château pour ne serait-ce qu'une ébauche d'information, il le ferait sans hésitation. La porte du bureau de la Brigade se referma derrière lui, emportant avec elle la lueur rassurante qui éclairait la rue un instant plus tôt. Il se retrouva plongé dans une pénombre inquiétante, alors qu'un crachin traitre emplissait l'air d'une atmosphère morose. Il revêtit sa veste et soupira : il ne savait même pas comment rejoindre Poudlard depuis Norwood-Upon-Bridge, le minuscule hameau séparé de Pré-au-Lard par un pont et un petit bois réputé pour être hanté. Las, il s'aventura au hasard vers le bois, les mains plongées dans les poches, la tête enfouie dans son col.
« Monsieur Malefoy ! », l'interpela une voix dans son dos.
Il leva les yeux au ciel, mais ralentit l'allure pour finalement se retourner. Le Sergent Kinge le rattrapa en deux enjambées, pas essoufflée le moins du monde, et lui tendit une enveloppe.
« La retranscription de votre témoignage. Consultez-la pour vous assurer qu'elle est conforme à votre version des faits, et si vous avez le moindre problème, n'hésitez pas à nous contacter pour nous en faire part. »
Le Serpentard lâcha un reniflement dédaigneux avant de se détourner.
« J'en veux pas, de votre retranscription. Brûlez-la, si le cœur vous en dit. Et profitez du bûcher pour cramer votre supérieur, le monde ne s'en portera que mieux. »
Kinge étouffa un petit rire nerveux alors que Malefoy se retournait tout à fait et commençait à s'éloigner pour de bon. Elle lui courut de nouveau après et, une fois arrivée à son niveau, elle lui fourra l'enveloppe dans les mains.
« Je vous assure que ça peut vous être utile. Ah, et Pré-au-Lard c'est dans cette direction », souffla-t-elle en pointant du doigt un petit chemin boueux, vers la gauche.
Avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, elle avait tourné les talons. Dans un soupir, il haussa les épaules et fourra l'enveloppe dans sa poche.
~~~~o~~~~
Dans un grondement sourd, la porte du bureau de la directrice claqua dans leur dos et McGonagall pénétra dans la pièce d'un pas rageur. Elle les contourna pour venir se placer derrière son bureau et d'un geste furieux, elle abattit ses deux poings sur la surface de bois qui laissa échapper un craquement plaintif. Le visage pâle serti de plaques rougeâtres, les yeux écarquillés et les cheveux défaits, elle les toisa un à un alors que les Serpentard baissaient le regard, intimidés par la colère virulente de la directrice.
« J'ai honte ! », rugit-elle. « J'ai honte de vous et j'ai honte pour vous ! »
Zabini ouvrit la bouche pour intervenir mais McGonagall ne lui en laissa pas le temps.
« Taisez-vous ! Je ne veux pas entendre vos excuses, vos accusations ou vos plaidoyers. J'ai cru bon vous faire confiance, j'ai placé en vous tous mes espoirs. J'ai cru... J'ai cru que vous agiriez en adultes... Mais enfin, à quoi pensez-vous ? Vous n'avez rien appris ? Rien compris des sacrifices que nous avons fait ? Quand, dites-moi, quand êtes vous devenus ces petits monstres, prêts à vous entredéchirer à la moindre occasion ? Et moi... moi qui avais cru... que vous agiriez comme les adultes que vous êtes censés être... je croyais... je croyais que vous réussiriez à éviter les erreurs qui nous ont mené jusqu'ici... »
« Professeur... », tenta de plaider Calypso, mais le regard noir que lui jeta la directrice la fit taire aussitôt.
« Je ne veux rien entendre pour l'instant. J'ai eu tort, abominablement tort. Tort de croire en un quelconque espoir de paix et d'entraide. Mais ça n'arrivera pas une seconde fois, croyez-moi. Je ne veux plus vous voir en dehors de vos dortoirs après le repas dans la Grande Salle. Je surveillerai chacune de vos allées et venues, je vous traiterai comme les enfants que vous avez prouvé être. Messieurs Zabini et Malefoy, ainsi que mesdemoiselles Rosier et Karatzas, vous intégrerez le dortoir des Gryffondor. Lorsqu'elles seront rentrées de Sainte-Mangouste, Mesdemoiselles Carrow et Greengrass intégreront le dortoir des Serdaigle. Monsieur Higgs et Mademoiselle Farley, vous rejoindrez les Poufsouffle. Quant à Messieurs Harper, Kirkstall et Caccini, vous restez à Serpentard. Je vous conseille de réfléchir à vos actes et à leurs conséquences. Oui, je vous enjoint à bien y réfléchir, et j'espère que vous réaliserez que votre attitude est inadmissible. A l'aide des renseignements collectés par la Brigade Magique, nous statueront sur votre sort. En attendant, faites profil bas. »
Elle passa une main lasse dans ses cheveux décoiffés, avant de fermer longuement les yeux. Elle avait l'air épuisé. Non, ce n'était pas que de l'épuisement, il y avait quelque chose de plus. Quelque chose comme un intense chagrin.
« Je ne laisserai pas ce château se désagréger par ma faute. Vous avez abusé de ma tolérance une fois... il n'y aura pas de deuxième fois. »
D'un geste de la main, elle les congédia froidement. Et sans s'adresser l'ombre d'un regard, ils se séparèrent tous, désœuvrés et perdus.
Calypso sentit une main se refermer sur son poignet et elle se retourna vivement, méfiante, avant d'adresser un petit sourire triste à Zabini. Il l'embrassa tendrement sur le front avant de l'attirer contre elle. Tremblante, elle se laissa bercer par sa chaleur si familière et la douceur de sa peau.
« J'aimerais qu'on parle, Calypso », murmura-t-il à son oreille. « De ta mère, de son procès. Il faut que tu me racontes tout. Dans les moindres détails. »
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Les mains creusant furieusement un pot de terre, Drago se faisait violence pour occuper son esprit. Il avait toujours détesté se salir les mains... au sens propre, comme au figuré. Pourtant, machinalement, ses pas l'avaient mené à la serre, et ironiquement, c'est là qu'il tentait de refouler toutes les pensées obscures qui venaient lui susurrer que plus jamais, il ne reverrait Hermione. Ni ici, ni ailleurs. Ni en train d'arpenter le château à la recherche de quelques réfractaires aux règles. Ni en train de lui faire des leçons de morale. Ni en train de lui détailler les propriétés magiques de chaque plante. Et ses cheveux comme un ouragan de boucles brunes, et ses sourcils froncés sévèrement, et son doigt doctement levé. Merlin sait s'il détestait ça. Ou peut-être pas tant que ça, tout compte fait. Et ses bras passés autour de son cou, son sourire en coin qui murmurait des secrets interdits, et son rire inconvenant à faire pâlir toute la société Sang-Pur. Hermione et toutes ces jolies choses. Il lâcha un juron rageur et d'un geste de la main, envoya valser le pot en terre cuite qui s'éclata en mille morceaux sur le sol. Et pourquoi personne, dans ce foutu château ne voulait lui dire quoi que ce soit ? Pourquoi ? Pourquoi ce même silence qui laissait planer des doutes terrifiants ?
Instinctivement, il se pencha pour attraper un nouveau pot. Le quatrième depuis qu'il était arrivé. Les trois autres avaient volé en éclats, jonchant toujours le sol. Il entendit la porte s'ouvrir brusquement et des pas abrupts claquer contre le sol de pierre, dans son dos. Il eut tout juste le temps de se retourner que déjà, deux mains l'empoignaient férocement au niveau du col, avant de le plaquer rageusement contre l'établi de bois, éjectant au passages pots et plantes qui se déversèrent sur le sol avec fracas. Un bris de verre se fit entendre, et Drago se ressaisit enfin.
« Mais qu'est-ce que tu fous, Zabini ? », peina-t-il à articuler.
Les yeux du métis le fusillèrent alors que d'un geste sec, il le tirait par le col pour rapprocher son visage du sien.
« Comment t'as pu faire ça, espèce d'enfoiré ? »
Malefoy fronça les sourcils et d'un geste ferme, il se dégagea de la poigne de Zabini en sondant brièvement son esprit, cherchant ce qui aurait pu mettre son ami dans une rage pareille, mais rien ne vint. Il lissa les plis de son uniforme, avant de hausser les sourcils avec lassitude.
« Mais de quoi tu parles ? »
« Fais pas comme si tu savais pas, s'il te plaît. A d'autres, ton regard faussement innocent, j'ai eu ma dose. »
« Zabini, sérieusement, il va vraiment falloir être plus clair parce que ça commence à devenir compliqué de communiquer avec toi », s'impatienta Drago en se détournant pour attraper un sac de terre.
« Alors c'est comme ça avec toi, hein ? T'arrêtes jamais ta petite comédie ? Y'en a jamais que pour ta gueule dans ton petit monde, hein ? Les autres, t'en as rien à foutre. »
Toujours dos à lui, Malefoy se contenta de hausser les épaules en attrapant un nouveau pot, un des derniers rescapés du carnage Zabini.
« Je sais même pas de quoi tu parles. »
« Arrête, putain ! »
« Non, toi, arrête ! », s'énerva Drago en se retournant enfin, le visage crispé de colère. « Tu crois que j'ai pas autre chose à foutre qu'essayer de gérer tes crises existentielles ? »
Il y eut un bref silence, puis Zabini lâcha :
« C'est à cause de vous si la mère de Calypso part en taule. »
« De quoi tu parles ? », soupira Drago, alors qu'il emplissait son pot de terre, toujours sans prêter attention à son ami.
Un silence tendu s'étira quelques secondes et puis, avec une lenteur pleine de reproches, Zabini prononça :
« C'était Isis Rosier. C'était elle, la planque. C'est comme ça que ton putain de père s'en est tiré, hein ? Il a balancé la mère de Calypso. Et ils ont fouillé le sous-sol de la maison. Le putain de sous-sol dans lequel sa mère n'avait jamais foutu les pieds. Tellement jamais foutu les pieds, qu'il était encore scellé par des sorts dont elle ne connaissait même pas l'existence. Et tu sais ce qu'ils y ont trouvé ? Des dizaines d'instruments de tortures, des ouvrages de magie noire, des cadavres en décomposition ! Merde Drago, mais tu sais ce qu'elle risque ? Elle risque le putain de baiser du Détraqueur ! Mais comment t'as pu laisser faire ça ? »
Lentement Malefoy se retourna pour faire face à Blaise. Il prit une profonde inspiration, essuya ses mains boueuses sur son blaser noir et planta son regard dans celui de Zabini. Un silence étouffant se profila, avant que Drago ne se décide à répondre.
« Oui. C'était Rosier, la planque. C'était elle ou toi, Zabini. Alors oui, c'est elle que mon père a choisi. Et oui, mon père est un enfoiré qui mériterait de croupir à Azkaban pour tous les crimes qu'il a commis... ça te surprend ? Tu sais le nombre de personnes qu'il a torturé ? Qu'il a fait condamner à sa place ? Est-ce que t'as seulement idée du nombre d'innocents qu'il a buté ? Par nécessité, ou par simple plaisir sadique ? Non, même si tu me donnais un chiffre, tu serais loin du compte... », siffla-t-il d'une voix amère.
Un long silence accueillit ses paroles, avant qu'il ne poursuive :
« Mais en ce qui concerne la planque, c'est uniquement ma faute. C'est moi qui aie proposé que ce soit chez Isis Rosier. »
« Tu aurais pu choisir n'importe qui, mais tu as choisi la mère de Calypso. »
« Alors c'est ça le problème ? T'en aurais pas eu grand chose à foutre, si j'avais balancé n'importe qui d'autre, tant que toi et ta chère petite Calypso, vous vous en tiriez indemnes. Ça aurait légitimé l'affaire, qu'un autre innocent se retrouve à Azkaban, c'est ça ? Tout plutôt que ta petite gueule de moralisateur et ton cher amour, hein ? »
« Oh, je crois que t'es mal placé pour jouer les donneurs de leçons », éructa Zabini dans un rire jaune. « T'aurais pu choisir n'importe qui d'autre, putain ! »
« Non, Zabini, j'aurais pas pu choisir n'importe qui d'autre. Le père de Rosier était un ancien Mangemort, c'était la seule planque convaincante, à l'exception de ta mère. Tu aurais préféré que ce soit ta mère, qui croupisse dans une des cellules d'Azkaban, c'est ça ? Tu aurais sacrifié ta mère pour les beaux yeux de Calypso ? »
« C'est pas la question. »
« Si, c'est exactement la question, Zabini. J'ai eu le choix, et j'ai choisi mon meilleur ami. »
D'un geste furieux, Zabini abattit son poing sur l'établi de bois, expédiant un nouveau pot au sol.
« Calypso a eu dix-sept ans l'année dernière ! Tu comprends ce que ça veut dire ? »
« Non. »
« Elle était majeure, Drago ! MAJEURE ! Et comme elle est propriétaire de la maison, au même titre que sa mère, elle va être jugée pour complicité, elle aussi. Est-ce que tu comprends ça, dans ton petit crâne d'égoïste ? Tu comprends ce que ça veut dire ? T'as pas seulement condamné Isis, t'as condamné Calypso avec elle, Drago ! »
Malgré son visage impassible, Zabini put nettement voir les yeux de Drago s'assombrir. Peut-être qu'il regrettait après tout. Pourtant, Blaise l'observa se diriger vers la porte d'un geste lent, et, la main sur la poignée, se retourner une dernière fois.
« Je suis sincèrement désolé, Blaise. Mais si c'était à refaire, je le referai. »
Et sans lui adresser un dernier regard, il quitta la pièce, laissant derrière lui la serre dévastée, et son meilleur ami, en pleurs.
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Drago se laissa retomber sur son lit. Il était quatre heures du matin, mais le sommeil ne venait pas, semblait même l'éviter, tourner tout autour de lui sans jamais s'approcher. Les heures filaient entre ses doigts, les minutes tambourinaient contre son crâne. Hermione, Hermione, Hermione. Il ne pensait qu'à ça. Son prénom courrait dans son esprit, voguait dans chaque sombre recoin, empruntait chaque détour brumeux que son cerveau nébuleux offrait. Il voulut fermer les yeux ; juste un peu de répit, quelques minutes de répit. Mais l'étouffante angoisse qui lui collait aux basques depuis deux jours revint l'étreindre avec une violence assassine. Sa gorge se serra brusquement et une idée étrange, inconsistante, plana dans le brouillard confus de son esprit ; pour la toute première fois, il avait quelqu'un. Quelqu'un pour qui s'inquiéter, quelqu'un pour qui ne pas dormir de la nuit. Quelqu'un qui importait plus que lui-même. Et c'était... atroce. Il détestait ça.
Il avait l'impression trouble de manquer d'air. En nage, Drago envoya valser ses draps et se releva brusquement. Une cigarette. Il avait besoin d'une cigarette. Il fouilla nerveusement dans sa valise, puis dans le jean qui traînait au bas de son lit, avant de se souvenir qu'il avait laissé le paquet dans la poche de sa veste. Il plongea sa main dans la doublure, et ses doigts rencontrèrent un bout de papier. Les sourcils froncés, il extirpa de sa poche l'inopportun avant de reconnaître la retranscription. Il hésita un instant à balancer le courrier en repensant à cet enfoiré de Hobart mais se ravisa à la dernière minute, et finit par l'ouvrir avec humeur, passant son doigt sous le sceau pour décacheter l'enveloppe. D'un geste impatient, il s'empara de la lettre, et la déplia rapidement pour jeter un coup d'oeil à son contenu. Ses yeux coururent à la fin de la retranscription :
« D. MALEFOY : Vous m'aviez dit que [/]
SUPERINTENDANT W. HOBART : Je sais très bien ce que j'ai dit.
D. MALEFOY : Vous avez menti.
[FIN DE LA RETRANSCRIPTION/VINGT-ET-UNE HEURES VINGT-TROIS.] »
La main de Drago se crispa sur la lettre. Par réflexe, il la retourna, espérant y trouver au dos les menaces du Superintendant à son égard. Son cœur manqua un battement et il dut relire trois fois la phrase griffonnée au dos pour être sûr de ne pas être atteint d'hallucinations.
« Mademoiselle Granger a été transféré au service d'urgences de Sainte-Mangouste. Elle est consciente et son état est stable. »
Une immense bouffée d'air emplit ses poumons et il s'appuya contre le mur. Il expira longuement. Le poids douloureux qui enserrait sa gorge de ses griffes sembla enfin lui laisser un peu de répit, désertant par la même occasion ses épaules et son estomac. Comme des rouages rouillés, le cœur de Drago reprit progressivement un rythme normal, et une indicible douceur l'étreignit. Peut-être qu'ironiquement, il y avait une certaine justice, sur cette foutue terre. Et peut-être que la vie allait tout simplement reprendre son cours. Le reste, il s'en foutait.
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« Un autre Whisky-Pur-Feu », beugle Théodore Nott en martelant rageusement le comptoir de son poing.
La serveuse lui jette un regard proprement outré avant d'être rappelée à l'ordre par son professionnalisme et se retourne pour saisir la bouteille de Whisky-Pur-Feu largement entamée. Le liquide ambré se déverse dans le verre qui est brusquement déposé sur le comptoir, en face de Théodore.
« Ouais, merci », maugrée le brun avant d'en boire une rasade.
Les deux bras accoudés au comptoir, il fait pivoter son tabouret pour dévisager le reste de la triste clientèle du bar, composée au trois-quarts d'ivrognes, de désespérés et de pauvres gars échoués là un peu par hasard. Il lâche un ricanement rauque avant de lever son verre, trinquant avec ses hallucinations, et le contenu du verre dévale avidement sa gorge dans une déflagration savoureuse. Titubant, il se lève de son siège, manquant de s'effondrer au sol, avant de lever de nouveau son verre, répandant son contenu sur le sol crasseux. Plus surpris qu'il ne devrait l'être, il écarquille les yeux et regarde, dubitatif, la flaque de Whisky-Pur-Feu qui emplissait son verre quelques secondes plus tôt, mais qui git désormais au sol. C'est rien que de la physique : il renverse son verre, le contenu se retrouve sur le sol. Mais à cette heure-ci, la physique, ça échappe un peu à Théodore. Un rire dérangé gronde au fin fond de sa poitrine, pour finalement s'échapper de ses lèvres en un halètement rocailleux.
« Hé ! », hèle-t-il les clients tranquillement attablés à leurs conversations. « Vous... vous voulez entendre une chanson... une très belle chanson... une chanson que j'aie écrit moi-même pour des gens que j'aime beaucoup... beaucoup... ? », demande-t-il en levant son verre d'un geste brusque, les yeux si écarquillés qu'ils semblent sur le point de s'extraire de leurs orbites.
« Ouais ! Chante petit rossignol ! », s'écrie un des pochtrons accoudé au bar en envoyant une nuée de postillons s'écraser sur le comptoir.
« Ta gueule ! », meugle un autre client, affalé contre le dossier de sa chaise.
Ignorant les huées et les moqueries de ses camarades temporaires de beuverie, Nott attrape une chaise d'un geste chancelant avant de s'y percher dans un équilibre précaire. Il se racle disgracieusement la gorge, l'air très sérieux. Parce que sa chanson, il la prend très au sérieux. Il l'a écrite avec le cœur. Ou peut-être pas, il ne se souvient plus très bien. Si ça se trouve, c'est même pas lui qui l'a écrite. Il hausse les épaules. Qu'est-ce que ça peut bien changer de toute façon ? D'une voix embuée d'alcool, il se met à hurler, plus qu'à chanter:
« Ils ont les poches trouééééééeeeees,
Et une odeur de chien crevéééééééé,
Ils sont sournois, ont les dents pointuuuuuuues,
Et aux mains d'affreuses griffes crochuuuuuues,
Dans la tête, mille rêves de tortuuuuuures,
Où ils mettent à mort les nobles Sang-Puuuuuur,
On dit qu'parfois, quand tombe le soiiiiiiiiiir,
On peut les sentir jusqu'à Pré-au-Laaaard,
Car c'est bien comme ça qu'on les r'connait,
A leur puanteur exacerbéééééeeeeeeeee,
Ces putains d'Saaaaaang de bouuuuurbe... »
Il s'arrête un instant alors que l'hilarité est totalement retombée dans la pièce, cédant place à un silence orageux, mais il ne s'en formalise pas et interpelle un petit gros qui boit son Whisky dans un coin de la pièce.
« Hé, Igor, y a quoi qui rime avec Sang-de-Bourbe ? J'ai cherché mais j'ai pas trouvé... »
Igor demeure silencieux, tout comme le reste de la clientèle. Trois grands gars baraqués, une épaisse barbe leurs dévorant le visage, s'échangent une œillade équivoque. Une chaise grince contre le sol. Avant qu'il n'ait le temps de comprendre ce qu'il se passe, on l'empoigne violemment par le col, et il vacille de la chaise pour s'écraser au sol. Tant bien que mal, il relève le visage et aperçoit un nuage de boucle auburn encadrant un regard assassin.
« Dégage ! », lui hurle la serveuse, en pointant férocement la porte du doigt. « Tout de suite ! »
Haletant, Nott se relève, s'appuyant sur la chaise qui git, renversée, à ses côtés. La démarche incertaine, il s'avance vers la serveuse en la toisant d'un air mauvais, et elle laisse échapper un hoquet et un froncement de nez face à l'odeur d'alcool et de tabac qui exhale du visage sale de Théodore Nott. Il s'en fiche, lui, et poste son visage à quelques centimètres du sien. Ses lèvres craquelées s'incurvent en un sourire méprisant.
« Ah ouais, alors t'es de ce genre là ? », crache-t-il dans l'atmosphère saturée. « C'est ça, le ton, dans ce boui-boui merdique ? »
« Ce boui-boui merdique t'enjoint à aller gentiment te faire foutre. Va gerber ta bile ailleurs, abruti, et si tu pouvais nous faire le plaisir de crever au passage, on t'en serait tous grandement reconnaissants. »
Il éructe d'un rire sépulcral avant de lâcher son verre qui s'éclate sur le sol dans une gerbe d'éclats brillants. Tournant le dos à la serveuse, il ouvre les bras et dévisage tour à tour les clients.
« Ouais. C'est comme ça que ça se passe maintenant ? On devrait avoir honte d'avoir un sang pur, c'est ça ? Mais moi, MOI, j'ai pas honte ! », rugit-il en envoyant valser la chaise d'un coup de pied.
Les ivrognes ont définitivement reposé leurs verres, les insomniaques ont délaissé leurs rêveries alcoolisées et les trois barbus ont rabattu leur cape sur leurs épaules. Une bougie vacille. S'éteint. La tension s'accumule lentement, rivalise avec l'oxygène que Nott avale par grosses goulées. Igor se tient droit sur sa chaise. Un vieux fait un geste obscur, la main dans sa poche.
« Ah ouais, ouais ! », poursuit Théodore sans prêter attention au décor qui se compose tout autour de lui. « Parce que malgré c'que cette trainée peut dire, moi j'me souviens bien de ce bar, pendant la Guerre, hein. Vous suppliiez qu'on vous crame pas. Ouais je me souviens. A ce moment-là, vous étiez pas si prompts à défendre ces vermines de Sang-de-bourbe, hein ? »
Igor se dandine sur sa chaise. Le silence est opaque. Un fumée de cigare bon marché roule sur le sol, escalade le plafond. Mais Nott continue son monologue:
« Ah mais le vent tourne, hein. Et les petits parasites dans votre genre, ça se laisse porter par le vent, même s'il sent le putain de Sang-de-bourbe. Ouais, ouais, mais moi j'oublie pas, non. Je viendrai le faire cramer, ce bar, comme on vous l'avait promis. Comme ça vous irez les rejoindre, vos potes au sang crasseux, ouais, vous irez rejoindre tous ceux qu'on a envoyé faire une petite promenade de santé six pieds sous terre... »
Il hurle à présent, envoie des bordées de postillons s'écraser dans l'atmosphère saturée de la pièce. Ses poings crispés tremblent, ses yeux sont exorbités, ses cheveux sales s'éparpillent en épis désordonnés qui vagabondent négligemment devant ses yeux. Une barbe de quelques jours court sur ses joues et son menton qu'il relève avec arrogance. Et toujours ce même silence, ce silence qui crie :
'Gare à toi, Théodore Nott, gare à toi. Tu t'aventures en terrain miné. Gare à toi, car lorsque tu tomberas, personne ne te rattrapera.'
« ... et vous, là, vous tous ! Vous êtes comme les autres, comme tous ces autres pauvres mecs dans tous ces troquets pathétiques où on croit bon me faire la morale ! Mais regardez-vous ! Vous n'êtes pas mieux que moi, non... Parce que si je suis tombé aussi bas que vous, moi, au moins, j'ai eu quelque chose un jour. Ouais, j'avais un nom, une fortune, une place dans le haut du panier. Moi au moins, j'étais quelqu'un. Je préfère me vautrer de dix mètres de hauteur, que d'être condamné à une vie entière de médiocrité, comme vous ! Ouais, je préfère... »
Il n'a pas le temps de terminer sa phrase qu'une poigne de fer le saisit par le bras pour le traîner vers la porte. Le lourd battant de bois s'ouvre, Théodore est brutalement expédié sur le sol, où il roule dans une éclaboussure de boue. Affalé sur la pierre, la tête contre le pavé irrégulier de la rue du Sommeil - ironiquement peuplée de bars aux ivrognes insomniaques - Théodore tousse et crache tout son soûl, sans pour autant interrompre le flot de menaces et d'injures qui dévalent rageusement la lisière de ses lèvres. Lorsque la porte se referme dans un claquement retentissant, avalant avec elle la dernière lueur qui éclairait la rue, Nott se relève enfin. Il ne prend pas la peine de frotter ses habits crasseux, ni même d'essuyer les traînées de boues qui strient son visage blafard. De toute façon, il irait finir sa nuit dans une ruelle dérobée, là où personne ne serait témoin de sa vertigineuse déchéance. Et il oublierait sa honte et ses remords dans la brume du matin, se perdant au hasard dans les rues indifférentes du Londres sorcier.
Hagard, il se traîne lentement, tanguant, se raccrochant parfois au mur, parfois au sol auquel il s'écorche sans vraiment s'en soucier. Il entend des pas derrière lui, mais il ne prend pas la peine de se retourner. Il s'en fout. A cette heure, il se fout de tout, Théodore.
« Hé, tu vas pas partir sans nous dire au revoir, quand même ? », raille une voix dans son dos.
Dans les brumes nébuleuses de son esprit, Nott sent bien un accès de peur se débattre, lui souffler de s'enfuir en courant. Mais même de ça, il se fout. Le visage tapissé d'un sourire goguenard, il se retourne lentement, pour faire face aux trois barbus qu'il a croisé un peu plus tôt dans le bar. Il se plante là, son cerveau ankylosé, ses membres rouillés par des nuits passées à se saouler pour se faire brutalement tabasser par des brutes un peu trop susceptibles, et il sourit. L'arrogance du condamné, disait parfois son père. C'était sûrement ça.
Les trois autres se rapprochent. Il devrait courir, il le sait. Partir n'importe où. Il devrait fuir, ou peut-être même supplier, il le sait pertinemment, mais il ne bouge pas. Non, il n'esquisse pas le moindre mouvement. A la place, il laisse un rire sauvage éclater dans l'air du soir, concurrencer le clapotis de la pluie.
« Tiens, laisse-moi faire les présentations. », grogne le plus imposant des trois armoires à glace. « Lui, là, c'est Melvin Jorkins. Et l'autre là, c'est Don Belpy. Et moi, tu veux essayer de deviner mon nom, à moi ? »
« J'ai jamais été très doué pour les devinettes. Mais je dirais... un nom qui rime avec Sang-de-bourbe, c'est ça ? J'ai tapé juste ? J'ai le droit à un cadeau ? »
« Raté. T'es pas très bon pour les rimes non plus, on dirait. Mon nom à moi, c'est Konstantinos Burbage. Ah... je vois tes yeux qui s'écarquillent, ça y est, ça percute ? Laisse-moi t'éclairer : Charity Burbage, c'était ma mère. C'est fou, le hasard, non ? Ça fait des mois qu'on cherche les petits crevards dans ton genre, histoire de leur expliquer le fond de notre pensée. »
« Qu'est-ce que vous me voulez ? », crache Nott en se reculant d'un pas.
« Devine. On voulait te féliciter pour ton petit discours sur les Sang-de-bourbe. On a trouvé ça particulièrement éclairant... »
La pluie bat les pavés en clapotis furieux. Ou peut-être que c'est juste les oreilles de Théodore qui bourdonnent d'anxiété. Un vent tiède chahute son manteau long, répercutant en écho les claquements du tissu dans la brise nocturne. Une étrange moiteur alourdit le silence, et seul l'éclat trouble des étoiles vient défier la pénombre ambiante. Le reste, c'est de l'obscurité. Opaque. Sans fin. Quelque chose se noue au fin fond de l'estomac de Nott.
« On voulait t'offrir un petit cadeau en guise de remerciement. »
Un éclat argenté dans le noir de la nuit. Le vent qui fait bruisser leurs capes. L'étrange clameur des étoiles et la pluie qui noie tout. Burbage qui s'avance, pivote d'un geste svelte. Tend le bras. On dirait presque qu'il danse. Mais, non. Un cri déchirant, qui emplit la boîte crânienne de Théodore. Il réalise : c'est lui qui est en train de crier. Ses yeux descendent lentement vers son abdomen, et il la voit, là : la larme argentée qui le perfore de part en part. La douleur le ronge, le dissout brutalement. Une tâche sombre détrempe sa chemise sale. La tâche grossit, grossit, grossit. Et ses poumons se vident, se vident, se vident. Il crie encore, il crie et c'est un long feulement désespéré. Il sent sa conscience vaciller, il essaye de se raccrocher à quelque chose, n'importe quoi. Il sent la vie qui s'estompe, qui s'échappe, qui glisse entre ses doigts ouverts. Il voudrait la retenir, la garder dans une petit boîte, bien en sécurité. Il voudrait cadenasser la vie pour ne pas qu'elle s'échappe. Mais il y arrive pas. Il ouvre grand la bouche, et c'est un grognement sourd qui en sort. Tout à coup, il ne se fout plus de tout, Théo. Tout à coup, il aimerait tout effacer, revenir en arrière. Il lève un regard implorant vers Konstantinos, ses yeux se suspendent à son sourire cruel. La pluie camoufle ses larmes, mais peine à dissimuler ses halètements douloureux. La douleur déchire chaque centimètre carré de son corps, dévore chaque parcelle. Sa chemise se colle contre sa peau moite, le sang dévale son ventre. Il tombe à genoux. Il va mourir, il le sait. Il n'y a pas de solution, pas de remède miracle, pas de secret de magicien. Et il regrette. Là, à genoux sur les pavés de la rue du Sommeil, il regrette. Et c'est les regrets qui avalent la douleur toute entière, qui l'assaillent, et le font pleurer de plus belle. Et ça, même la pluie ne peut rien y faire.
La main plaqué sur son abdomen poisseux, Nott voit les étoiles partir à la renverse, et les pavés de la rue embrasser son visage. Il exhale d'un long râle, un grognement animal. Les constellations font de drôles de pirouettes, dans la voûte céleste. Avant de s'estomper au ralenti, petit à petit, sans un bruit, pour laisser place au grand ciel noir. Et c'est le noir qui le happe tout entier.
Il voudrait dire : Pardon. Pardon pour tout. Mais j'avais peur.
Mais c'est le silence qui l'emporte. Et sur le sol de la rue du Sommeil, pour la toute dernière fois, Théodore Nott ferme les yeux.
Pardon pour le retard mais je suis en plein déménagement. Bye bye England, hello Northern Ireland !
Alors, un autre long chapitre. Vous avez enfin votre réponse concernant Théodore Nott. Et Hermione. Et les accusations de Pansy. Un peu sur tout, en fait. Au passage, c'est peut-être pas très clair, mais le passage final, sur Nott, se passe quelques jours avant l'altercation Cobras/Hermione/Serpentard. Ah, et aussi, si vous vous souvenez pas ce qu'est "la planque", l'explication est chapitre 26, Thésée. Mais si vous avez la flemme de retourner voir, envoyez-moi un MP et je vous expliquerai !
Bon, j'écris un peu dans la foulée, et je n'aurais pas le temps de répondre à vos reviews ce soir, mais je ne vous oublie pas. Et je vous réponds vite. Vraiment vraiment. Et merci, merci, merci pour toutes vos réactions ! Vous avez particulièrement été bavard sur ce chapitre, et tant mieux, j'adore entendre vos avis ! N'hésitez jamais à me laisser une review, ou à m'envoyer un MP si vous avez des questions sur quoi que ce soit, je me ferai un plaisir de vous répondre, sincèrement.
Encore une fois, merci pour tout, je vous adore. Et je lis chacun de vos messages avec un plaisir sans borne. Désolée, ces derniers temps, je poste/réponds un peu tard, mais de mon côté, ça bouge un peu dans tous les sens, en ce moment. Quoi qu'il arrive, merci aux reviewers, aux lecteurs, à tout ceux qui ajoutent mon histoire dans leur favori ou en alerte. Merci, vous êtes géniaux. Lot of love.
IKNOX3 : Allons, allons, je ne suis pas si cruelle que ça, tu vois bien ? *petite lueur de folie dans les yeux*... ou peut-être que si ? Héhéhé.
Et oui, malheureusement, quand Pansy est dans les parages, la douceur ne dure jamais bien longtemps... Tu ne trouves pas les mots ? "cruellement folle et violemment déterminée" me semblent pourtant parfait. C'est le portrait exact de l'héritière Parkinson. En tout cas merci pour ta review adorable ! Et puis ce chapitre répond à quelques unes de tes questions alors j'espère qu'il ne te décevra pas ! A très vite !
Guest : Ah ! Alors là, je suis ravie de savoir que j'ai réussi à te tenir un peu en haleine (au passage, cette expression est quand même drôlement moche) et du coup, j'espère que ce chapitre là te plaira aussi ! Ah, et merci beaucoup pour ton cri de frustration sous forme de review...
