I Did It.
C'est le plus long chapitre que j'ai jamais posté, et c'est presque une histoire en soi. Elle est en trois parties. J'ai hésité à la poster en trois fois... mais finalement, je préfère vous la livrer comme ça. Je sais que beaucoup l'attendaient, alors... J'espère que vous allez aimer. Et qu'à la fin vous aurez le sourire. C'était certainement quelque chose à écrire :).
Magic is back XD.
ENFIN.
J'attends vos retours ;).
CHAPITRE 34
PARTIE 1
Pour sauver Arthur... (Merlin et Morgane...)
Morgane regarda le téléphone qu'elle venait tout juste de raccrocher avec un frisson.
Elle venait de parler avec Gwen.
Sa Gwen.
Elle se sentait bouleversée jusqu'au plus profond d'elle-même d'avoir enfin osé l'appeler.
Elle avait tourné en rond pendant plus d'une heure dans sa chambre d'hôtel, à hésiter, et à remettre à plus tard, avant de se décider à composer son numéro, et, au moment de lui parler, c'était tout juste si elle était arrivée à trouver sa voix pour lui donner rendez-vous, tant elle avait été émue.
Pourquoi avait-elle fait ça ? C'était de la folie.
Mais en même temps... elle se sentait si excitée par la perspective de revoir son amie, en chair et en os ! De pouvoir lui parler, de rire avec elle... de la serrer dans ses bras...
Elle ne pouvait pas s'empêcher d'avoir hâte que ce moment vienne.
Des années durant, elle s'était juré, qu'elle ne contacterait Gwen que quand Arthur serait prêt, que quand il se souviendrait d'elle, que quand ils pourraient enfin reformer le couple qu'ils étaient autrefois.
Mais après ce qui s'était passé dans les Scilly, après avoir vu à quel point Merlin était braqué contre la magie, après avoir compris que des années pourraient encore s'écouler avant que la Source ne soit enfin libérée – si toutefois un tel miracle se produisait jamais – Morgane avait brusquement changé d'avis.
Elle avait changé d'avis parce qu'elle était fatiguée de ne vivre qu'au nom d'une mission, et parce que Gwen n'était pas que la femme d'Arthur. Elle était aussi son amie. Dans les souvenirs de Morgane, les mois du Pèlerinage de l'Eau et de la Lune qu'elles avaient accompli ensemble étaient, malgré les circonstances tragiques dans lesquelles elles avaient commencé leur voyage, parmi les plus fous, les plus drôles, les plus émouvants, et les plus heureux de sa première vie.
Le souvenir de la route avait décidé Morgane.
Ni fer, ni magie.
Aujourd'hui, la situation était la même, et elle avait envie de retrouver Gwen, pour elle-même, parce qu'elle en avait le désir, le besoin.
Elle se sentait encore un peu retournée d'avoir passé cet appel, parce qu'elle n'était pas habituée... à se faire ce genre de cadeau, sans réfléchir par avance à aux moindres conséquences de ses actes, elle qui par la force des choses en était réduite à devoir toujours tout calculer.
Il était probable qu'elle n'arrive pas très longtemps à cacher Arthur à Gwen, et elle ignorait si Gwen avait plus de souvenirs qu'Arthur. Et bien sûr, il y avait Merlin, et la manière dont Arthur se comportait avec lui, mais, sincèrement, Morgane n'avait pas envie de réfléchir à tout ça, juste, maintenant.
Ce qu'elle voulait, c'était voir briller à nouveau cet éclair espiègle dans les yeux noirs de son amie de toujours, lui raconter comment, étant enfant, elle l'avait enlevée à l'hôpital avec l'aide de Morgause parce qu'elle voulait lui offrir la vie facile et heureuse qu'elle n'avait pas eue dans sa première existence, l'entraîner dans l'aventure d'une soirée entre filles dans un club de Londres, et jouer de ses charmes sur un homme doté d'un pois chiche en guise de cervelle juste pour la faire rire.
Elle avait vraiment, vraiment besoin de ça pour récupérer de son expérience ratée avec la Source... et sentir qu'il lui restait des choses à vivre en-dehors de la magie.
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooooo)
Morgane posa son téléphone, et regarda par la fenêtre.
Il pleuvait à petites gouttes dehors, et la nuit était noire. Après avoir rejoint la terre par le ferry à Penzance, ils avaient attendu le prochain train à la gare locale, et ils étaient arrivés à Bristol dans la soirée. L'hôtel que Morgane avait réservé était miteux et lugubre, situé en plein dans un quartier mal famé qui n'avait rien à envier aux Lilas; c'était tout ce que le budget de Morgane pouvait leur offrir en guise de halte sur le chemin du retour, après les dépenses qu'elle avait faites pour financer leur excursion ratée dans les Scilly. Mais c'était sans importance, puisqu'ils étaient supposés n'y passer qu'une seule nuit avant de reprendre le train pour Londres demain matin.
Merlin et Arthur occupaient la chambre voisine de celle de Morgane; ils devaient être en train de regarder la télévision, parce qu'elle entendait une émission de divertissement crier à travers les parois en papier mâché.
Morgane essayait de ne pas se faire trop de souci pour les garçons; elle s'efforçait de se persuader que son initiative malheureuse avec Excalibur ne les avait pas trop abîmés.
Elle sentait qu'ils avaient souffert de ce qui s'était passé tous les deux, même si elle se doutait qu'ils auraient été bien incapable d'expliquer en quoi, ignorants qu'ils étaient des tenants et des aboutissants de ce qui s'était produit aux Scilly... mais elle espérait qu'ils s'en remettraient, d'une manière ou d'une autre.
Si seulement ils avaient moins refoulé leur souvenirs et leurs sentiments, elle aurait pu leur expliquer.
Expliquer à Arthur qu'il se sentait mal parce qu'en essayant de forcer l'ouverture de la Source il avait brutalisé Merlin qui luttait désespérément pour qu'elle reste close.
Expliquer à Merlin qu'il se sentait fragile parce que les portes de son inconscient avaient failli être défoncées pour laisser filtrer malgré sa volonté ses souvenirs refoulés et la magie qu'il rejetait.
Mais ils ne pouvaient entendre ça ni l'un ni l'autre, et il ne restait plus à Morgane qu'à espérer qu'ils trouveraient le moyen de se réparer l'un l'autre... comme ils l'avaient toujours fait.
Elle avait confiance dans le fait qu'ils y arriveraient s'ils s'appuyaient l'un sur l'autre.
Depuis qu'ils avaient quitté l'île où se trouvait le cœur de la Source, elle les avait observés tous les deux.
C'était vrai que Merlin semblait encore plus fragile qu'à l'accoutumée, comme s'il aurait suffi d'une minuscule poussée pour qu'il s'effrite en morceaux, mais malgré son évidente vulnérabilité, et son état d'angoisse qui ne demandait qu'à resurgir à la moindre occasion, il ne cessait de sourire, parce qu'Arthur avait encore redoublé de gentillesse et de patience avec lui. Voir Arthur comme ça était à la fois émouvant et désespérant. Emouvant, parce qu'il était capable de déployer des trésors de douceur pour venir en aide à son ami malade. Désespérant, parce qu'à se comporter ainsi, il ne faisait que renforcer la dépendance de Merlin à son égard.
Morgane savait que son frère ferait tout ce qu'il faudrait pour remettre son ami d'aplomb quitte à s'oublier lui-même parce que, quand il s'agissait de Merlin, Arthur n'était plus rationnel. La manière dont il cherchait à le protéger instinctivement était visible dans ses paroles, dans ses attitudes, dans ses gestes. Il l'avait tenu dans ses bras pendant toute la traversée en ferry, avec l'air d'être prêt à foudroyer sur-place quiconque tenterait de lever le petit doigt pour l'importuner.
Et Merlin avait passé le voyage en train à dormir la tête posée sur ses genoux, pendant qu'Arthur lui caressait les cheveux.
Morgane se demandait, parfois, s'ils réalisaient à quel point ils s'étaient rapprochés depuis leur rencontre, rapprochés au point qu'il était presque impossible de les distinguer l'un de l'autre. Comme si Merlin était le cœur blessé d'Arthur, et Arthur, le rempart qui faisait office de bouclier pour Merlin.
Elle se demandait aussi s'ils se rendaient compte, que, si leur fonctionnement actuel leur permettait de tenir bon, il était voué à l'échec à long terme, parce que la dépendance qu'ils avaient l'un à l'autre finirait par les couper du monde s'ils ne trouvaient pas le moyen de remettre en place un système dans lequel ils seraient capable de s'ouvrir sur l'extérieur, au lieu de se refermer sur eux-mêmes. Mais quoiqu'il en soit, ce n'était pas à elle de les forcer à le faire.
Elle l'avait compris quand elle avait tenté d'inciter Arthur à réveiller Merlin. Tout le bien qu'elle pourrait vouloir faire se transformerait en mal, s'ils n'étaient pas prêts à s'ouvrir l'un à l'autre. Et personne d'autre qu'eux ne pourrait accomplir ce miracle.
Morgane entendit sonner à sa porte, et accueillit le livreur pour réceptionner les crèmes glacées qu'elle avait commandées un peu plus tôt. Ils avaient déjà dévoré des pizzas avant de se retrancher dans leurs chambres respectives, mais Morgane avait faim. Elle avait envie de manger des tonnes, et des tonnes de crème glacée (histoire de se remplir avec quelque chose, à défaut de magie). Elle paya le livreur, sépara sa part de celle des garçons, puis, sortit à l'extérieur de sa chambre pour frapper à leur porte.
Sa main resta suspendue en l'air quand elle vit le billet.
« Merlin avait besoin de prendre un peu l'air.
Nous sommes sortis nous balader un peu dans le quartier.
Baisers. Arthur. »
Morgane cligna des yeux, hésitant entre la stupéfaction, la colère, et l'incrédulité.
« Nous sommes sortis nous balader un peu dans le quartier. Baisers. Athur » ?
Vraiment, comment son frère pouvait-il être stupide à ce point-là ?
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooooo)
Arthur surveillait Merlin depuis qu'ils avaient quitté Sainte Mary's.
Il sentait que son ami était très, très fragile et émotionnellement épuisé. Au moindre stress, il se retrouvait au bord des larmes; il semblait avoir perdu jusqu'à son sens de la répartie, jusqu'à son humour, jusqu'aux moindres détails qui faisaient de lui... son ami Merlin.
Quoi qu'il se soit produit, sur l'île, ça avait encore augmenté sa vulnérabilité d'un cran...l'amenant à un stade de sensibilité critique.
De son côté, Arthur avait écarté de son esprit ce qui s'était produit en lui, quand il avait retiré l'épée du rocher, parce qu'il ne pouvait pas s'accorder le luxe d'y réfléchir maintenant.
Il n'avait oublié aucune des sensations qu'il avait éprouvées, mais il préférait les mettre de côté.
Tout comme son idée obsessionnelle du baiser, qu'il avait fermement renvoyée dans les profondeurs de son esprit à coups de pied, en lui faisant savoir qu'elle était franchement malvenue vu les circonstances.
Il était trop occupé à se demander : mais qu'avait ressenti Merlin pour réagir d'une manière aussi violente ? Arthur revoyait la manière dont il s'était jeté sur lui pour lui arracher l'épée, tranchant ses doigts à la lame...
De la peur.
Evidemment. Merlin avait tout le temps peur... mais de quoi... Arthur n'était jamais parvenu à répondre à cette question-là...
La même qu'avait posée le docteur Sylvestre, quand il avait parlé de « débrider l'évènement traumatique ».
Et Arthur repensait sérieusement à l'entretien qu'ils avaient eu avec le psychiatre à présent.
Mais il se sentait totalement impuissant face aux mystères de l'inconscient (et aux clés de la psychanalyse) et ce n'étaient pas quelques passages inspirés sur Wikipédia qui allaient suffire à comble ses lacunes...
Il ne connaissait qu'un seul moyen concret d'aider son ami face au stress qu'il endurait: être fort pour deux, être attentif pour deux, faire preuve de beaucoup de gentillesse envers Merlin, et surtout, ne pas le lâcher. Quand il l'entourait de son affection, il arrivait encore à le faire sourire, à lui changer les idées, et à lui faire croire, ne serait-ce que pour un moment, que tout irait bien...
Mais il ne pouvait pas d'empêcher de s'inquiéter.
Vraiment, est-ce que tout irait bien ?
Combien de temps pourrait-il continuer à s'occuper de Merlin comme ça ?
Et que ferait-il, si ça n'était pas suffisant ?
Ca n'avait pas l'air d'être suffisant.
Après qu'ils soient arrivés à l'hôtel, à Bristol, Merlin avait commencé à tourner en rond, le souffle court, l'air désorienté. Il semblait de plus en plus fréquemment désorienté, depuis qu'ils avaient commencé ce voyage, au point de ressembler à une sorte de petit animal égaré, pathétique, et Arthur commençait à se sentir vraiment misérable dans son incapacité à l'aider en quoi que ce soit.
En désespoir de cause, après que toutes les techniques habituelles aient échouées, il demanda à son ami :
-Merlin, qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Qu'est-ce qui t'aiderait à aller mieux ?
-Aller... respirer, dehors. Oui, je crois... que j'ai besoin de prendre un peu l'air..., haleta Merlin.
-D'accord, allons-y... viens, mets ton manteau... attends, je vais t'aider...
Arthur l'habilla, puis, l'emmena à l'extérieur de la chambre.
Merlin tremblait un peu sur ses jambes, il n'était pas bien vaillant, mais l'air frais semblait, en effet, lui faire du bien, parce qu'il poussa un soupir et prit une profonde inspiration quand ils arrivèrent dehors.
-Je voudrais... je voudrais marcher, dit Merlin.
Arthur laissa un mot à Morgane, et ils quittèrent l'hôtel, pour s'éloigner dans les rues enténébrées du quartier.
Il y avait des dealers et des caïds dans les environs, mais pas beaucoup plus qu'aux Lilas.
Arthur entourait Merlin de son bras, le laissant s'appuyer sur lui, ce que son ami faisait, le souffle court.
La tête de Merlin était inclinée sur l'épaule d'Arthur.
Arthur était à peu près sûr que son ami avançait à l'aveugle, les yeux mi-clos ou fermés, se laissant guider entièrement sans se soucier de la direction qu'ils prenaient...
Après quatre ou cinq rues, Arthur réalisa vaguement qu'ils étaient suivis.
Il fronça les sourcils, puis, se rappela de ce que toutes ses années aux Lilas lui avaient enseignées : la peur appelait la peur mais il suffisait de se montrer confiant et sûr de soi pour éviter les problèmes, et, s'il n'en avait jamais eu là-bas, il n'y avait aucune raison pour qu'il en ait ici...
Il continua à marcher tranquillement, et les bruits de pas, derrière lui, s'accélérèrent.
Il entendit des voix fuser derrière lui : «c'est deux gars, j'ai bien vu ? », « qu'est-ce qu'ils fabriquent ici ceux-là? », « ils se croient chez les Follof ? », « Non, non, j'y crois pas, tu as du te tromper », « Puisque je te dis que c'en est une paire », « attends, on va leur faire passer l'envie de venir se montrer par ici ».
Contre lui, Merlin releva légèrement la tête, le souffle court, l'air alarmé.
-Arthur ? dit-il, d'un ton inquiet.
-Ce n'est rien, Merlin, répondit-il d'une voix calme. Continue à marcher normalement.
Merlin frissonna, et Arthur ne put s'empêcher d'accélérer le pas légèrement, faisant fi de son propre conseil.
-Hé, les gars ! s'exclama une voix derrière eux. Pas si vite, où est-ce que vous allez ?
Quelques insultes obscènes fusèrent dans leur dos, émaillées de rires.
-Arthur, dit Merlin, les yeux dilatés dans l'obscurité.
-Ignore-les, répondit Arthur, d'une voix qu'il espérait ferme. Ce n'est rien, juste... une bande de crétins, si nous ne faisons pas attention à eux, ils se lasseront d'eux-mêmes.
-Rentrons à l'hôtel, s'il te plaît.
-Oui, acquiesça Arthur. Au prochain croisement, nous commencerons à remonter vers...
Un bruit de course précipitée se fit entendre derrière eux. Arthur se retourna pour regarder par-dessus son épaule. Ils étaient quatre, et ils fonçaient droit sur eux. Ils avaient un chien. Du genre, chien d'attaque. Dont les morsures devaient vraiment faire mal. Arthur sentit la tension éclater en lui d'un seul coup.
-Merlin, cours ! s'exclama-t-il.
Et il s'élança en avant, en entraînant son ami avec lui.
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Devant le message sur la porte, Morgane était sous le choc, l'esprit blanc.
Comment Arthur pouvait-il se montrer stupide à ce point-là ? Comment l'idée d'aller faire une balade dans ce genre d'alentours pouvait-elle même lui effleurer l'esprit ? N'avait-il aucune conscience du danger ?
La dernière discussion qu'elle avait eue avec Brahim à ce sujet dernièrement lui revint en mémoire...
Son dealer avait déboulé à l'appartement avant qu'Arthur ou Merlin ne rentrent du lycée, pour pouvoir lui parler pendant qu'elle était seule. Il était énervé, et il s'était imposé en maître des lieux, comme il en avait l'habitude avec la plupart des occupants de l'immeuble.
-Morgane, avait-il déclaré d'un ton excédé. Toi et moi, nous avons un deal, et depuis des années. Tu bosses pour moi, je veille sur ton frère. Enfin en ce moment, tu ne bosses plus pour moi, mais je veille quand même sur ton frère. Je le fais, parce que je te considère comme une un membre de la famille...
-Tu le fais, parce que tu apprécies vraiment de pouvoir me baiser quand je suis droguée jusqu'aux yeux, rectifia crûment Morgane, avec un sourcil en l'air.
-Aussi, reconnut Brahim, amusé. Mais ce n'est pas de ça dont je suis venu te parler aujourd'hui,.c'est d'Arthur. Il ne me facilite vraiment pas les choses en ce moment, tu sais ça ? Je veux dire il m'a toujours donné du travail mais là... la situation est en train de devenir critique et l'heure est venue d'agir pour remettre certaines choses...à leur place.
Morgane le dévisagea avec mécontentement.
Personne ne se mêlait de la manière dont elle élevait Arthur.
Elle avait toujours été très claire sur ce point-là.
C'était ses affaires, et non celles des autres, même quand ces autres s'appelaient Brahim.
-Brahim qu'est-ce que je t'ai toujours dit à propos de mon frère? lui demanda-t-elle, d'un ton réprobateur.
-Qu'il doit avoir l'impression d'être en sécurité, et pouvoir se sentir à l'aise... quelle que soit la manière dont il s'habille... dont il se comporte... ou les gens qu'il fréquente..., je sais je sais mais là...
-Il n'y a pas de mais. C'est ça, notre deal, répliqua Morgane, les yeux étincelants. C'est ça, ce sur quoi nous sommes tombés d'accord au départ. Tu m'as promis, le jour où j'ai décidé de te faire confiance, que même si mon frère se mettait un jour en tête de porter des oreilles de Mickey ou de se promener sur des talons aiguille rose fluo là-dehors, ça ne poserait aucun problème, parce que tu t'en chargerais. Tu m'as donné ta parole, Brahim. Es-tu en train de me dire que tu n'es pas capable de faire ce que tu as dis ?
Brahim n'aimait pas du tout qu'on remette en question sa parole, et ce jour-là, il était déjà franchement agacé.
-Morgane, explosa-t-il, que ton frère soit gay, c'est une chose. Et moi, je n'ai rien contre. Qu'il ait un mec, parfait ! C'est lui que ça regarde. Mais est-ce qu'il est vraiment obligé d'être aussi démonstratif avec son plan du moment ? Parce qu'à se balader comme ça, tous les deux, la main dans la main, là-dehors, tu n'as pas idée des ennuis qu'ils me causent, tes champions. Je ne sais pas si tu as remarqué, mais les gars des gangs du quartier sont de vrais durs, et les histoires d'amour à la sauce manga entre gentils petits lycéens en col blanc, ça n'est vraiment pas leur truc. Si je ne les tenais pas en laisse, ça ferait longtemps qu'ils auraient dérapé ! Je ne demande pas la lune : juste, qu'ils apprennent à se tenir un peu en public, au lieu d'agiter... leur sexualité sous le nez des gens comme ils le font !
Morgane regarda Brahim, les yeux noirs de colère.
-Je crois que tu ne m'as pas comprise, répéta-t-elle. Nous avons un deal. Et selon les termes de notre accord... mon frère tient la main de son mec dans la rue si ça lui chante.
-Morgane... ce n'est pas raisonnable, cria Brahim.
-Pas raisonnable ? C'est ce qui est juste ! répondit-elle, sur le même ton.
-Ce n'est pas réaliste, enfin ! Pas quand tu habites dans la cité le plus chaude de tout Londres... ici, on est aux Lilas ! Bon sang ! Si tu veux qu'Arthur puisse faire ce genre de chose sans être inquiété, je ne sais pas, moi, déménage... loue une chambre sur Bayswater, ou dans un autre quartier chicos !
-Parce que tu crois que je ne le ferais pas si j'en avais les moyens ? Mais je ne les ai pas ! rugit-elle.
Elle soutint son regard, haletante.
-Je refuse de bourrer le crâne de mon frère à coups de fais attention, méfie-toi. Je refuse qu'il vive dans la peur à cause des imbécilesqui pourraient lui tomber dessus sous prétexte qu'ils n'apprécient pas sa manière d'être. Et plus que tout, je refuse qu'il soit obligé de jouer un rôle à l'opposé de sa vraie personnalité, pour faire plaisir aux autres.
-Tu refuses surtout de lui mettre du plomb dans la cervelle, gronda Brahim, parce que tu lui passes tout.
-Brahim, Arthur doit pouvoir faire ce qui lui semble juste, sans se sentir observé ou jugé, ou menacé pour autant... et tu m'as promis que tu pourrais lui garantir ça, reprit Morgane. Si tu ne peux plus, juste... dis-le, et je m'arrangerai avec quelqu'un d'autre que toi.
Le dealer étrécit les yeux.
-Honnêtement, Morgane. Tu crois rendre service à ton frère en le laissant se démarquer à ce point-là des autres, en le laissant dans l'ignorance de ce que peut être... la société et ses contraintes concrètes? Tu crois qu'à le laisser penser qu'il n'y a aucun risque à danser le mambo en public comme s'il vivait à Disneyland et non dans le monde réel il va se porter mieux ? Un de ces jours... peut-être pas ici, mais ailleurs, en-dehors de ma zone d'influence, il se fera coincer par une belle brochette d'homophobes, et éclater la tête à coups de batte, tout ça, parce que tu n'auras jamais voulu le mettre en garde sur le fait qu'il y a des règles, qu'il y a des manières de se comporter en public, et qu'il ne peut pas... simplement débarquer en bousculant tout sur son passage, et croire que tout le monde le respectera pour avoir eu l'inconscience de se penser intouchable.
-Tu sais ce qui arrive, à vouloir forcer les enfants différents à rentrer dans des cases ? demanda Morgane, furieuse.
-Mor...
-Non, écoute-moi. Mon père a fait ça toute sa vie ! Il a forcé ses proches à se comporter comme il le voulait, même quand ça allait contre leur nature, en les brimant, en les jugeant, en les obligeant à lui obéir par la contrainte si nécessaire... Jamais je ne ferai comme lui ! Parce que... on n'élève pas un homme en lui apprenant à avoir peur de son ombre. J'ai élevé mon frère... regarde-moi, Brahim. J'ai élevé mon frère de sorte qu'il apprenne l'audace, le courage, et la confiance en lui-même. Parce que je l'aime. Et je ne changerai pas ma manière de faire maintenant. Nous avons un deal toi et moi. Respecte ta part. Tes caïds sont énervés ? Calme-les. Montre-leur ton arme, je suis certaine que ça les rendra doux comme des agneaux. Mais surtout... ne viens plus me dire comment je suis censée élever mon frère.
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Maintenant, cette discussion lui revenait en mémoire, et Morgane la trouvait presque... prophétique.
Assurément, Arthur n'aurait pas dû avoir la fantastique idée de se balader en plein quartier mal famé, en tenant Merlin par la main, s'il avait eu un tant soit peu de bon sens, pas si elle l'avait élevé différemment, pas si elle n'avait pas fait en sorte... qu'il n'ait jamais à avoir peur de rien.
Mais il l'avait eue, cette initiative crétine. Il l'avait eue parce que, malgré ses récriminations et son énervement, Brahim avait toujours rempli sa part du marché aux Lilas, et que personne n'aurait jamais osé regarder de travers le petit frère de Morgane Pendragon dans ce foutu quartier.
Il l'avait eue parce qu'il croyait devoir le fait d'être intouchable à son absence de peur des autres, alors qu'il le devait seulement aux arrangements pris par sa sœur.
Il était certainement devenu aussi intuitif et confiant en lui-même que Morgane l'avait toujours voulu. Le seul problème était que son excès de confiance risquait fort de finir par le tuer.
Arthur Pendragon, tu es inconscient, pensa Morgane, le cœur dans la gorge, furieuse qu'il se ressemble à ce point à lui-même.
Parce qu'ils étaient à Bristol, ici, pas à Londres, qu'il n'y avait pas de Brahim pour veiller au grain, et qu'Arthur et Merlin étaient là-dehors... au milieu des dealers et des caïds, en train de se promener en se tenant par la main, si complètement retranchés dans leur bulle qu'ils n'avaient certainement aucune idée de ce qui les menaçait.
Morgane sentit l'angoisse sourdre en elle, parce qu'elle s'imaginait très bien (oh, si facilement!) combien stupidement elle pourrait perdre son frère et Merlin d'un seul coup. Les accidents étaient si vite arrivés, les agressions également.
Trois ans plus tôt, le jeune William en avait été la preuve, quand il avait écopé d'une balle en pleine tête...
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Arthur et Merlin couraient à toutes jambes, mais la bande était lancée sur leurs traces. Ils n'allaient pas assez vite. Ils n'allaient pas assez v...
Arthur sentit une main le saisir par l'épaule, et le rejeter contre le mur. Dans un ultime réflexe, il bouscula Merlin pour le propulser en avant en lui criant : «Merlin, va-t'en, sors-toi de là ! ». Il entrevit l'expression de panique totale sur le visage de son ami avant de percuter l'immeuble le plus proche avec un «outch» de douleur.
La nuit semblait avoir avalé Merlin.
Arthur fit face à ses assaillants, prêt à utiliser ses poings.
Les caïds avaient des expressions menaçantes, mais c'était le chien qu'ils tenaient en laisse qui l'inquiétait le plus.
Il aboyait, et grondait, et montrait les crocs.
-Qu'est-ce que vous voulez ? demanda Arthur, en affrontant le gang du regard.
-Ta peau, répondit le plus menaçant des quatre garçons, qui avait le crâne rasé et le visage couvert de tatouages.
-Tu peux toujours rêver si tu crois que tu l'auras, dit Arthur, en serrant les dents.
Le caïd eut un sourire ironique, et plongea sa main dans sa poche.
Un instant plus tard, il en ressortait une arme à feu, et la pointait droit sur la tête d'Arthur.
Oh, non, pensa Arthur, en clignant des yeux face au canon du revolver braqué sur lui, parce qu'il n'avait pas la moindre idée de la manière dont il était supposé gérer ça.
Garde ton calme, Arthur. Garde ton calme.
Il prit une inspiration et écarta les mains, d'un geste apaisant.
-Ecoute, dit-il, d'un ton amical. Tu n'es pas obligé de faire ça, d'accord ? C'est... c'est insensé, je ne te connais pas, tu ne me connais pas, et je suis certain que tu ne mesures pas ce qui se passera si tu appuies sur la détente de cette arme... mais essaie d'y réfléchir un instant... qu'est-ce que ça t'apportera sinon d'être un meurtrier, et de finir ta vie en prison ?
Le caïd eut un sourire, et fit sauter le cran de sûreté.
-Je mesure très bien ce qui se passera si j'appuie sur la détente de cette arme. Ca fera une pédale de moins sur cette terre, et crois-moi, ce ne ne sera pas une grande perte.
Ce fut à cet instant qu'une voix perçante hurla :
-Arrêtez !
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Jamais Merlin n'aurait pu s'enfuir alors qu'Arthur était en danger. Une terreur insensée fit tambouriner son coeur dans sa poitrine quand il vit leurs poursuivants cerner son ami. Puis, le plus agressifs des caïds sortit son revolver, et l'esprit de Merlin cessa de fonctionner. Il revoyait Will se jeter devant lui alors que le coup de feu partait. Il sentait à nouveau le corps de son ami trembler dans ses bras, agité par les ultimes soubresauts d'agonie alors que son sang coulait sur lui. Son regard était écarquillé par la détresse... et tout à coup, Merlin avait senti... cette douleur atroce... et vu cet autre regard mourant, qui ressemblait tellement à celui...
NON.
Il rejeta cette pensée, avec toute sa force, terrassé par les sanglots qui remontaient à travers sa poitrine, luttant pour revenir au présent. Arthur n'était pas mort. Arthur n'était pas mort. Il n'allait pas rester stupidement là à attendre que ce garçon tire, il n'allait revivre cette douleur qui s'était emparée de lui, à la mort de Will... il allait... agir, et sauver Arthur, quoiqu'il en coûte.
Comment, Merlin ? Comment pourrais-tu le sauver ? Regarde-toi, tu ne tiens même pas sur tes jambes, se leva une voix moqueuse en lui. Tu ne peux rien faire. Rien du tout.
L'espace d'un instant, il crut qu'il allait mourir, déchiré par le poids de l'impuissance qui s'abattait sur lui, et il sentit presque, l'impression de dissociation intérieure qui s'était emparé de lui sur l'île se reproduire.
NON.
Il lutta contre le glissement, de toutes ses forces. Jamais... Il y avait un autre moyen.
S'élançant en avant, il s'exclama :
-Arrêtez !
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooooooooooo)
Merlin, espèce d'idiot, pensa Arthur, avec angoisse. Pourquoi n'en as-tu pas profité pour t'échapper ? Comment peux-tu être stupide à ce point-là... TU NE VOIS DONC PAS QUE CE TYPE A UNE ARME ?
-Ooh, voilà le héros du jour, se moqua le caïd, en remarquant le retour de Merlin.
Instinctivement, les yeux d'Arthur dévièrent du canon pointé sur lui pour chercher son ami, qui était revenu sur ses pas... parce qu'il avait besoin de le voir.
Le regard de Merlin le percuta aussi violemment que l'aurait fait une était drapé par la pénombre, à moins de dix pas, et il semblait sur le point de se dissoudre de terreur, les yeux écarquillés, les pupilles dilatées, le visage blême, le corps tremblant. Les larmes roulaient sur son visage tandis qu'il hoquetait silencieusement.
-Non, je... non, s'il vous plaît... ne tirez pas... il n'a rien fait... il n'a rien fait.
Arthur sentit la rage monter en lui. Il détestait que Merlin soit en train de s'abaisser à implorer ces sauvages. Il détestait que sa voix ait un ton aussi suppliant. Et il détestait le fait qu'il soit si effrayé.
Il aurait tellement voulu... voulu... que Merlin...
Merlin quoi ?
Dans un éclair de culpabilité, Arthur se souvint, brusquement, que cette situation lui était déjà arrivée une fois, auparavant, avec Will...
Will, des Glycines, Will, avec ses space cakes et ses blagues douteuses, Will, le grand ami de Merlin qui était mort dans ses bras, après avoir reçu une balle à bout portant.
Je suis tellement désolé, aurait voulu pouvoir dire Arthur à Merlin.
Et il l'était, vraiment.
Désolé que Merlin soit obligé de voir une situation à ce point affreuse se reproduire sous ses yeux, désolé de ne pas être en mesure de le protéger, désolé d'avoir eu l'idée ridicule de l'emmener aussi loin de l'hôtel, désolé que Merlin soit revenu sur ses pas au lieu de se mettre à l'abri.
Il aurait voulu pouvoir lui dire fuis avec ses yeux.
Mais Merlin ne le regardait pas. Il fixait le caïd qui menaçait Arthur.
Il secoua la tête, et reprit, d'un ton implorant, désespéré, ses longues mains fines pressées l'une contre l'autre dans un geste tétanisé :
-Je vous en prie. Je vous en prie. Vous ne pouvez pas faire ça...
-Je peux si je veux, triompha le caïd, la main, tremblant sur son arme.
Le coup va partir tout seul, pensa Arthur, malade, en détournant la tête, instinctivement, les dents serrées.
-Non ! hurla Merlin, en plaquant une main sur sa bouche. Non, par pitié !
-Qu'est-ce que tu vas faire pour m'en empêcher ? demanda le garçon au revolver.
-Tout ce que vous voudrez, répondit Merlin, terrifié. Juste... juste... écartez votre arme de lui, s'il vous plaît, s'il vous plaît !
-Merlin, arrête de dire des sottises ! hurla Arthur, furieux contre lui. Tu ne vois pas qu'ils sont complètement fous ? Va-t'en d'ici, tu n'arrangeras rien en parlant avec eux ! Fais ce que je dis, sauve-toi !
Le caïd appuya son pistolet contre le front d'Arthur en menaçant : "Tais-toi".
-Vraiment tout ? insista-t-il en regardant Merlin.
-Oui, n'importe quoi ! Je promets ! cria le jeune homme, horrifié.
-Et pourquoi pas... ça pourrait être amusant, après tout, dit le caïd, d'un air calculateur, en reculant d'un pas.
Il fit un signe de tête à ses complices, qui écrouèrent Arthur au mur, puis, il se retourna vers Merlin, et il ordonna, comme s'il parlait à son chien :
-Ici.
Merlin eut un long tremblement, puis, s'avança d'un pas incertain, tordant ses mains l'une contre l'autre, les yeux dilatés par l'angoisse. Il produisait de petits hoquets silencieux en mettant un pied devant l'autre. Il ressemblait à un agneau qui marchait tout droit à l'abattoir. Quand il arriva devant le caïd, celui-ci lui adressa un petit regard supérieur en réclamant d'un ton sec:
-A genoux.
Arthur aurait pu tuer l'immonde salopard sur-place pour avoir osé dire ça.
Merlin leva sur le garçon armé un regard terrifié, hésitant.
-Merlin, ne fais pas ça, s'écria Arthur, en rage. Tu m'entends, ne fais pas...
-La ferme ! s'exclama le caïd, en appuyant le canon de son arme contre le front d'Arthur. La ferme, ou je t'explose la tête avant que tu puisses dire quoi que ce soit d'autre !
-Arthur, je t'en prie, tais-toi, cria Merlin, avec colère.
Et Arthur referma la bouche, dans une inspiration choquée. Il était fou de rage en regardant son ami tomber à genoux sur le goudron. Les épaules de Merlin étaient toujours secouées par des soubresauts silencieux, mais ses yeux étaient secs, à présent.
Il dit d'un ton étranglé :
-Voilà.
Le caïd éloigna son arme du front d'Arthur et la posa sur le visage de Merlin .Le canon caressa sa joue, le métal, crissant sur la peau pâle et fragile alors qu'il la brossait légèrement dans un geste d'une lenteur délibérée. La respiration de Merlin s'accéléra imperceptiblement. Il regardait droit devant lui, un point indéterminé, à l'horizon, et Arthur n'arrivait pas à le croire, mais il n'était pas en pleine crise de panique. Au contraire il avait l'air... d'être en train de se calmer, peu à peu.
Oh, Merlin, Merlin, mais qu'est-ce qui cloche chez toi ? se demanda Arthur, complètement dépassé par son ami, qui était capable de se faire vomir pour rien, mais se montrait si ridiculement brave quand le danger était réel...
Puis, il sentit un nouveau sursaut de rage l'envahir alors que le canon de l'arme se posait sur les lèvres de Merlin, lui imprimant un mouvement de recul instinctif.
-Ouvre la bouche, ordonna le caïd, d'un ton malveillant.
Les yeux bleus de Merlin sautèrent vers lui, remplis de confusion, de terreur, mais aussi... de cette expression implacable, qui affirmait : peu importe ce que vous pouvez me faire, du moment que vous ne touchez pas à Arthur.
Et Arthur sentit son cœur se briser un peu plus dans sa poitrine.
-Fais ce que je dis ! s'énerva le caïd. Ou j'abats ton copain comme un chien !
Les lèvres de Merlin s'ouvrirent, et Arthur fut envahi par une vague de terreur quand le pistolet glissa dans la bouche de son ami. Le caïd sourit, d'un sourire vicieux, tandis qu'il imprimait à son arme des va et vient moqueurs. Merlin eut un hoquet, comme s'il allait vomir, puis, il ferma étroitement les yeux comme pour conserver sa concentration, tandis que revolver coulissait entre ses lèvres, le métal formant avec la pâleur son visage un contraste obscène.
Merlin était si courageux, à présent, et les joues d'Arthur étaient inondées par les larmes, alors qu'il pensait : "je vais les tuer".
-Ca suffit comme ça, dit brusquement le caïd, en retirant l'arme humide de sa bouche, après quelques instants.
Et Arthur retint un rugissement de frustration et de rage, quand le tortionnaire se saisit de Merlin pour l'envoyer valser contre le mur, à côté de lui. Merlin se recroquevilla sous l'impact et rebondit contre le béton avec un cri étouffé. Arthur fut obligé de l'amortir dans ses bras pour l'empêcher de tomber à terre. L'espace d'un instant, leurs regards se croisèrent, et ce qu'Arthur lut dans les yeux bleus de Merlin lui donna le frisson.
Une détermination absolue couvait sous son expression de terreur, et Arthur n'arrivait pas à comprendre pourquoi elle lui était à ce point familière. Tout ce qu'il savait, c'était que Merlin se retrouvait maintenant entre lui, et l'arme qui était pointée sur sa tête. Arthur voulut le pousser sur le côté pour le mettre à l'abri, mais Merlin s'accrocha à son avant-bras avec une poigne qui le stupéfia pour rester exactement où il était : entre Arthur, et le revolver.
Parce que c'est là qu'est ma place, semblait dire la détermination qui brûlait dans ses yeux effrayés.
- Alors ? Lequel des deux passera en premier ? Décidez-vous..., dit le caïd, ses complices, à ses côtés.
-Merlin, bouge d'ici, murmura Arthur, terrifié. Je t'en prie. Je t'en prie.
Merlin leva sur lui un regard teinté d'un lointain humour, et lui répondit, dans un souffle tremblant, avec un léger sourire :
-Arthur...tu sais très bien... que je ne fais jamais ce qu'on me dit.
Et, ayant prononcé ces mots, il fit la dernière des choses à laquelle Arthur s'attendait de sa part alors qu'elle était, en même temps, si logique, venant de lui.
Faisant demi-tour pour faire face, il appliqua sa paume contre le canon du revolver chargé dans un geste implacable en disant :
-Ce sera moi.
-Merlin, qu'est-ce que tu fais ? Qu'est-ce que tu fais ? Arrête ! hurla Arthur, à moitié fou.
Mais Merlin le repoussa derrière lui, contre le mur, leva les yeux pour rencontrer le regard de son agresseur, et il répéta d'un ton calme, empreint d'une certitude absolue :
-Ce sera moi.
-Je ne crois pas, non.
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Un bruit de chargeur se fit entendre, et, avant que le meurtrier en puissance n'ait le temps de réagir, le canon d'une carabine de chasse se plaqua brutalement contre sa nuque alors qu'une voix à la fois glaciale et brûlante affirmait en détachant chaque syllabe:
-Lâche ton arme immédiatement, espèce d'immonde pourriture, ou je t'explose la cervelle contre le mur en si petits morceaux que ta mère elle-même ne te reconnaîtra pas quand elle viendra voir ton corps à la morgue.
De surprise, l'agresseur laissa son pistolet tomber à terre, pendant que ses deux complices les plus lucides, s'apercevant que la situation venait de leur échapper, s'enfuyaient en courant sans demander leur reste. Le troisième, celui qui tenait le chien en laisse, recula à bonne distance, effrayé. Il ne paraissait pas prêt à déserter les lieux aussi vite. .
La personne qui tenait l'agresseur en joue posa son pied sur le revolver qui gisait sur le sol pour empêcher le meurtrier en puissance de le récupérer.
Le danger écarté, Merlin trembla violemment, et, perdant sa contenance, plaqua une main sur sa bouche en laissant échapper un sanglot de soulagement.
Ses jambes cédèrent sous lui alors qu'il encaissait le contrecoup de la tension qui s'était abattue sur lui, et Arthur eut à peine le temps de le rattraper avant qu'il ne s'effondre; il le reçut dans ses bras, puis, il leva les ses yeux brouillés vers la silhouette drapée d'ombre de leur sauveur pour le remercier.
Ce fut seulement alors que son regard s'éclaircissait, qu'il reconnut avec stupeur :
-Morgane ?
Il avait peine à croire, que c'était sa sœur.
Elle était méconnaissable dans son manteau noir, ses longs cheveux noirs noyant son visage d'ombre, tenant la carabine à bout de bras.
Elle semblait avoir été recrachée par la nuit elle-même...
Et il y avait une telle expression de haine dans ses yeux, qu'elle aurait fait presque peur à Arthur... s'il n'avait pas été aussi content de la voir.
-Prends Merlin avec toi, et bouge de là, Arthur, tu m'entends ? ordonna-t-elle d'un ton farouche. Allez m'attendre plus loin.
-Morgane, qu'est-ce que tu as l'intention de faire ? demanda Arthur, soudain terrifié par son regard. Tu ne vas pas... tu ne vas pas...
-Ils étaient prêts à vous tuer tous les deux, dit-elle, d'une voix sourde, confirmant ses pires craintes.
-Morgane, ne fais pas ça, s'exclama Arthur.
Au même instant, le garçon qui tenait son chien en laisse s'écria :
-Mafflu, attaque !
Et il lâcha sa bête, qui bondit sur Morgane.
-Non ! cria Arthur, sachant que si le chien l'attrapait à la gorge, elle mourrait probablement en quelques secondes.
Mais le temps que le son franchisse ses lèvres, Morgane s'était retournée d'instinct pour faire face au danger, les mâchoires serrées, les boucles de ses longs cheveux noirs volant autour d'elle, son regard vert, rempli d'une fureur assassine alors que le chien bondissait sur elle, les crocs à l'air, elle ploya le genou tout en levant la crosse de sa carabine d'un geste décidé, profitant de son mouvement fluide pour ramasser le pistolet qui se trouvait à ses pieds.
Et elle tira, sans hésiter.
L'écho de la détente remplit la rue.
La balle faucha l'animal en pleine poitrine, et il poussa un aboiement pitoyable en se tordant dans les airs, avant de retomber à terre... mort, dans une flaque de sang.
Le visage figé dans un rictus, Morgane en rage rechargea la carabine d'un geste sec, faisant voler la première douille, et la pointa sur le tortionnaire qui avait menacé Arthur et Merlin, tandis qu'elle dirigeait le revolver qu'elle venait de récupérer sur son complice qui était en train de crier, d'une voix défaite : « Mon chien ! Cette espèce de sorcière a tué mon chien ! ».
Elle haletait de colère, le visage impitoyable, et, quand elle reprit la parole, elle rugit d'une voix désincarnée:
-Vous croyez que je plaisante ? Vous croyez que je ne suis pas capable de vous faire sauter la cervelle, l'un après l'autre ? J'ai assez de cartouches pour repeindre tous les murs de cette rue avec vos débris ! Et je vous jure que je n'hésiterai pas à m'en servir. Je devrais vous tuer tous les deux pour ce que vous avez fait. Je devrais...
-Morgane ! cria Arthur, terrifié.
Leurs regards se croisèrent, et il secoua la tête en murmurant "non". Elle prit une inspiration pénible, puis, dans un geste sauvage, elle abattit la crosse de sa carabine sur la tête du caïd qui se tenait debout devant elle, les yeux dilatés par la peur, cognant de toute ses forces pour l'assommer. Il s'effondra à terre, dans un cri, et cessa de bouger.
Morgane se retourna vers le maître du chien, et s'exclama en pointant le revolver sur lui :
-Dégage d'ici tout de suite si tu tiens à la vie, ou tu finiras comme ton molosse !
Le garçon s'enfuit sans demander son reste.
Arthur reprit son souffle, le regard fixé sur sa sœur, qui lui donnait l'impression d'être une étrangère.
Dans ses bras, Merlin sanglotait à chaudes larmes, encore en proie au choc qu'il avait éprouvé, quand il avait vu Arthur avec le canon du revolver pointé sur son front. PAS ARTHUR, PAS ARTHUR, PAS ARTHUR, avait-il pensé. C'était à lui... de le protéger, quoi qu'il en coûtait, n'est-ce pas ? C'était son destin. Et pourtant, il y avait quelque chose... quelque chose qu'il ne pouvait pas faire...qu'il ne pourrait plus jamais faire... parce que...
NON, JE NE VEUX PAS.
Morgane avait les yeux plongés dans les ténèbres alors qu'elle continuait de brandir ses deux armes, la respiration haletante.
Elle revoyait l'instant, où, saisie d'une brutale inspiration, devant le message d'Arthur, elle avait pensé : personne ne touchera à mon frère, parce que... j'ai un fusil de chasse. Elle avait fait demi-tour sous la pluie, elle était entrée dans sa chambre, et elle avait placé les cartouches dans la carabine, la carabine qu'elle avait achetée parce qu'elle détestait l'idée de se déplacer sans protection.
Elle était sortie, en la dissimulant sous son long manteau, pour remonter les rues glacées avec le cœur empreint d'une seule certitude.
Je tuerai ceux qui essaieront de leur faire du mal.
Et, Dieu merci, elle était arrivée à temps, bien que de justesse.
Maintenant, dans sa tête, les flash d'Arthur, plaqué contre le mur, et de Merlin, avec cette arme dans la bouche, envoyaient leur mitraille, et la haine continuait de brûler dans son cœur, vengeresse et meurtrière. Mais le "non" d'Arthur l'empêchait de céder à la folie qui couvait dans son coeur.
Elle entendit la voix de son frère murmurer : « Morgane. Morgane, s'il te plaît. Lâche cette arme », et, elle se retourna vers lui.
Le regard d'Arthur était dilaté par la peur, et il avait peur d'elle.
Les hoquets étouffés de Merlin lui vrillèrent le cœur.
Carabine et revolver glissèrent de ses doigts morts alors qu'elle réalisait... qu'ils étaient vivants, et que tout allait bien...
Marchant vers Arthur et Merlin, elle les entoura de ses bras, dans une étreinte féroce, en affirmant :
-Personne. Personne ne vous arrachera à moi. Personne. Je tuerai tous ceux qui essaieront, je le jure. Je le jure. Je le jure.
Arthur secoua la tête.
-Mon Dieu. Mon Dieu , Morgane, dit-il, encore sous le choc de l'image de sa sœur, brandissant deux armes entre ces mains. Je savais que tu pouvais être dangereuse, mais là, j'avoue que j'en perds mes mots. La prochaine fois que tu me menaceras avec une poêle, je te prendrai sacrément au sérieux...
-Je t'aime, mon soleil, souffla-t-elle, la gorge serrée.
Puis elle ajouta, à l'attention de Merlin :
-Ca vaut pour toi aussi, mon coeur.
Et quand il leva lentement sur elle ses beaux yeux, et qu'il souffla : « merci », avec cette expression de gratitude à travers ses larmes, elle fondit en sanglots, parce qu'elle savait, qu'il ne la remerciait pas pour lui-même, mais pour avoir réussi, ce qu'elle avait échoué à faire, à Camlann : sauver Arthur, avant qu'il ne soit trop tard, et faire en sorte que tout finisse bien. Ils y étaient arrivés, cette fois-ci ils y étaient arrivés ensemble, et, soudain, elle éclata de rire à travers ses larmes, parce que, par la Source avec ou sans magie ils étaient tous les trois victorieux aujourd'hui.
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PARTIE 2
Merlin, souviens-toi (comment débrider le traumatisme, selon Arthur)
Pendant tout le trajet de retour vers l'hôtel, Arthur sentit pousser en lui une certitude : quelque chose lui échappait, qu'il avait besoin de comprendre.
Quelque chose qui était lié à son rêve dans la forêt d'Acétir, et à la force qu'il avait sentie quand l'épée avait bougé dans la pierre, et à l'héroïne que prenait Morgane, et aux angoisses imprécises qui terrifiaient Merlin. Quelque chose qu'il était à deux doigts de savoir. Quelque chose qui expliquait pourquoi voir Morgane avec une expression meurtrière sur la figure et deux armes à la main ne le surprenait pas quand il l'avait toujours connue douce et maternelle, pourquoi découvrir à quel point Merlin pouvait être courageux face à l'adversité quand il n'était pas capable de marcher seul les trois quarts du temps n'avait rien d'étonnant, et pourquoi ces deux personnes qui l'aimaient tellement avaient toutes les deux à ce point peur de le perdre.
Merlin semblait de nouveau commotionné, soutenu à la fois par Morgane et lui, et Morgane était choquée et silencieuse, tandis qu'ils avançaient.
Et Arthur nageait dans le sentiment étrange, que toutes les choses étaient à l'envers, mais qu'elles étaient aussi étrangement familières...
-Est-ce que ça va aller ? demanda-t-il à Morgane, quand ils eurent regagné la chambre.
Merlin était parti se laver le visage dans la salle de bains, et ils étaient seuls, face à face.
-Oui... lui répondit-elle, à voix basse. Ne me refais plus jamais ça, dit-elle, en secouant la tête. Il faut que tu soies... plus prudent, tu sais...
-Sinon quoi, souffla Arthur, en la regardant pensivement.
Il la vit frissonner, et il eut à nouveau une étrange impression... celle que Morgane était Morgane sans être Morgane... comme le Merlin de la forêt d'Acétir, qu'il avait vu en rêve, lorsqu'il avait senti un frisson remonter en lui, à travers ce baiser... L'amour qu'elle avait pour lui, en revanche, était toujours le même; féroce et obstiné; il la revit, brandissant sa carabine dans l'obscurité... cette image... Arthur sentit ses intuitions forcir, et il secoua la tête.
-Quand nous étions sur l'île, murmura-t-il. Avant que l'épée ne bouge... Pourquoi m'as-tu demandé d'arrêter ?
Elle le dévisagea en silence, les yeux dilatés.
-Tu sais, dit-elle.
-Tu as ressenti la même chose que moi, souffla-t-il.
-Je vais me coucher, dit-elle, alors que l'eau s'arrêtait, dans la salle de bains. Occupe-toi de Merlin. Il a... besoin de toi, Arthur.
-Je sais. Il a besoin de moi... et j'ai besoin de lui.
-Oui, dit Morgane, en hochant la tête.
Et elle ajouta :
-Tu peux l'aider, tu sais. Tu es le seul à pouvoir. Peut-être que ce soir... tu pourras réussir à l'atteindre. Tout à l'heure... pendant l'agression... j'ai eu l'impression, que quelque chose était sur le point de se produire en lui. Peut-être que c'est le bon moment.
Je te fais confiance, Arthur, disaient les yeux de Morgane, et il avait l'impression, qu'elle lui disait bien plus que ce qu'il était capable de comprendre.
Mais la porte de la salle de bains s'ouvrit, et elle quitta la chambre, s'enfonçant dans la nuit, au moment où Merlin ressortait de la salle de bains, frissonnant. Il avait l'air... différent. Effrayé, et pourtant, calme. Hésitant, et cependant, sûr de lui. Comme s'il était à la fois le Merlin qu'Arthur connaissait... et une autre personne. Il leva sur lui ses grands yeux bleus, frangés de longs cils, et frissonna, ses bras étroitement croisés sur sa poitrine.
-Tu vas bien ? demanda Arthur, avec douceur.
-Je suis... soulagé..., dit Merlin. Que les choses se soient aussi bien terminées. Quand j'ai vu ce type pointer ce revolver sur ton front... j'ai...
Il secoua la tête, en tremblant un peu.
-Mais les choses se sont bien terminées, conclut-il.
-Tu t'es jeté devant ce revolver, affirma Arthur, d'un ton troublé. Tu étais prêt à prendre cette balle à ma place. Tu as mis ta main... devant le canon de cette arme en disant "ce sera moi". Et le ton de ta voix... Tu n'avais pas peur. Tu étais tellement calme, Merlin. Tellement déterminé. Tellement brave.
Merlin cilla, puis, il détourna les yeux, fuyant son regard, comme s'il était gêné.
-Je ne suis pas brave, dit-il, d'un ton embarrassé. J'étais terrifié, Arthur.
-Mais pas pour toi-même, murmura Arthur, en plissant les yeux.
-Non... pas pour moi-même. Ca ne compte pas, que je meure, souffla Merlin, les yeux baissés. Ce n'est pas ça... qui a de l'importance.
-Ca en a, pour moi, dit Arthur, le cœur soulevé par l'émotion, en s'approchant de lui. Merlin... ne comprends-tu pas ? Ne comprends-tu pas... à quel point... tu es important ? A mes yeux, tu es... ce qu'il y a de plus important en ce monde.
Le visage de Merlin était tout proche du sien. Merlin leva les yeux, et lui adressa un regard bouleversé. Machinalement, Arthur tendit la main pour effleurer les cheveux noirs en bataille de son ami, qui se dressaient sur sa tête. Puis il toucha délicatement le dessin de sa pommette ciselée, fasciné par la manière dont elle se découpait dans son visage étroit... Merlin avala sa salive, et sa pomme d'Adam bougea.
Il baissa les yeux, et Arthur remarqua que lorsqu'il le faisait, ses cils effleuraient ses joues...
La lumière qui filtrait par la fenêtre vint éclairer ses traits différemment...
Et Arthur sentit une émotion puissante le saisir à la gorge.
C'était quelque chose qu'il n'avait encore jamais éprouvé, quelque chose de puissant, de révélateur et d'ineffable, contre quoi il ne voulait pas lutter, parce que cela ressemblait à une évidence...
Merlin n'était pas beau, non, pas au sens classique du terme. Il avait toujours l'air d'être à peine sorti du lit et tout juste sur le point de s'emmêler les jambes.
Il avait plus d'os que de chair, de très grandes oreilles, il dégageait une impression de maladresse constante et de fragilité effrayée...
Il était tout à fait, du genre à être facilement à pris à parti par les imbéciles, et à finir avec la tête dans la cuvette des WC dans les toilettes du lycée.
Il n'était pas beau, et pourtant, il y avait en lui une beauté poignante, irrésistible... qui attirait Arthur comme une spirale merveilleuse.
Une beauté qui parlait de courage et de sacrifice, une beauté fidèle et inaltérable, une beauté lumineuse et terrifiée qui s'interposait sans hésiter entre lui et la mort pour affirmer : ce sera moi.
Arthur n'aurait pas su dire ce qui le bouleversait soudain à ce point-là : la profondeur de ce regard bleu; la manière dont ce visage accrochait la lumière; la finesse de ses mains aux longs doigts fuselés, encore blessés par le tranchant d'une lame; la chaleur qu'il y avait dans ce sourire humble et hésitant que lui adressait Merlin, la détresse qu'il y avait dans ces larmes qui coulaient sur ses joues... peut-être était-ce un mélange de toutes ces choses ou peut-être était-ce encore autre chose. Quelque chose qui dormait, en Merlin, plus loin, presque à portée de lui, et pourtant, inaccessible quelque chose qui n'attendait que de se réveiller, comme le courage et la détermination dont il avait fait preuve tout à l'heure, quand il avait étendu la main pour dresser un mur entre Arthur, et la balle qui le menaçait...
Arthur savait juste qu'il n'avait jamais été attiré par personne comme il était attiré maintenant par cet être, qu'il avait failli perdre si stupidement, et qu'il avait un besoin vital d'entrer en contact avec lui, immédiatement, d'une manière plus profonde qu'il n'avait jamais pu le faire depuis qu'ils s'étaient rencontrés au Queen Mary, pour atteindre le point où le cercle qu'ils formaient se refermait sur lui-même... celui de la véritable symbiose.
La force qui l'appelait, la lumière qu'il désirait, la plénitude à laquelle il aspirait se trouvait là, à un souffle seulement, attendant qu'il la rejoigne.
Il sentait toute cette puissance, qui attendait d'être libérée. Il percevait ce mur, qui désespérait d'être détruit. Ses doigts glissèrent de la pommette ciselée, à la ligne de la mâchoire, et s'attardèrent sur la bouche aux lèvres pleines...
Les yeux de Merlin se dilatèrent, totalement bouleversés par l'émotion.
Le pouls d'Arthur s'accéléra et sa température monta de deux degrés de plus alors que le désir éclatait en lui : celui de combler le manque terrible qu'il ressentait. Celui de pulvériser toutes les angoisses qui empêchaient Merlin d'être vraiment lui-même pour le révéler enfin comme le pur diamant qu'il était au plus profond.
-Merlin... Lâche prise, murmura Arthur, en regardant l'âme dont ce regard était la porte.
Et il prononçait ces mots, autant pour Merlin, que pour lui-même, parce qu'il était de nouveau à l'intérieur de la clairière, face à l'arbre couché... et qu'il voulait voir, ce qui l'attendait au bout du rêve.
-Je ne suis pas gay, haleta Merlin, les pupilles dilatées.
-Moi non plus, répondit Arthur.
Et sur ces mots, il l'embrassa.
Lorsque leurs lèvres entrèrent en contact, celles de Merlin cédèrent sous l'assaut de son baiser, avec une avidité chaude et affamée, s'ouvrant plus grandes qu'elles n'auraient du pour laisser sa langue impérieuse explorer l'intérieur de sa bouche consentante. Mais au-delà de cette bouche, ce fut par tout un être qu'Arthur se sentit accueilli avec chaleur, et un surgissement de joie étincelante bondit en lui avec la certitude d'être le bienvenu. Aussitôt, il attira Merlin à lui pour l'entraîner plus près dans son étreinte, cherchant à s'ancrer dans l'intimité de leur contact. Et une cascade d'images se répandit dans son esprit en proie à un orage de fulgurances dans staccato endiablé. C'était Merlin qu'il voyait, Merlin, joyeux, aimant, triste, furieux, déterminé, Merlin jeune, vieux, dans quantité de lieux, et de paysages, Merlin avec sa tunique bleue et son foulard rouge,ou son manteau à plumes et son chapeau pointu, Merlin avec les yeux bleus mais aussi avec les yeux dorés, et soudain le désir flamba à nouveau, en lui, parce que toutes ces images étaient peut-être trop, mais elles n'étaient pas encore assez.
J'ai besoin... de me souvenir, pensa Arthur, crucifié par le manque, tandis qu'il avançait dans la clairière, le cœur battant sous les grands arbres d'Acétir.
Dans la chambre d'hôtel, les doigts de Merlin s'accrochèrent à la chemise d'Arthur, et il se pressa contre lui, instinctivement, en produisant un son abandonné qui fit sauter l'esprit d'Arthur une nouvelle fois. Arthur redoubla d'ardeur dans son baiser, aspirant le souffle de Merlin, sa langue, ses lèvres, et les images qui remontaient vers lui avec une même faim insatiable, avançant jusqu'à ce qu'il ne puisse plus reculer pour lui échapper, puis l'étreignant de telle sorte qu'il le coinça contre la table de la chambre, volontairement sourd à ses hoquets de stupéfaction impuissants.
Bien sûr que c'était Merlin, assis sur le tronc couché.
Arthur le vit se lever, et avancer vers lui, semblable à un esprit sylvestre, sage, énigmatique et éthéré, dans cet autre lieu, dans cette autre vie. Il avait conscience, que ce Merlin-là était plus grand qu'il ne le serait jamais, et plus fort qu'il ne le serait jamais, et une part de lui avait peur d'un tel pouvoir mais l'autre, se sentait attirée vers lui avec un tel magnétisme, que cette attraction pulvérisait la peur.
Laissez-moi vous montrer, Arthur..., lui disaient les yeux bleus du Merlin de la clairière, si calmes, et si remplis de lumière, la lumière de la connaissance, la lumière de l'amour, la lumière de...
Montre-moi, pensa Arthur, fou de frustration, à l'agonie dans son besoin de voir. Montre-moi, je t'en prie. Je suis prêt. Je suis prêt depuis si longtemps. Montre-moi, Merlin. Je veux... je veux... VOIR!J'en ai besoin !
Dans la chambre d'hôtel, Merlin, hors d'haleine bascula en arrière contre la table, entraînant Arthur avec lui.
Emporté par l'élan, il se cogna la tête, ses dents mordirent la langue de son ami, qui cria : « Aïe !' ».
Et la douleur rompit le fil des images qu'Arthur était en train de remonter.
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Merlin était à la fois submergé, heureux, incrédule, effrayé. Submergé par la soudaineté avec laquelle Arthur s'était jeté sur lui, le prenant totalement de court. Il ne l'avait vu venir qu'à quelques instants près, et ensuite, son cerveau avait cessé de fonctionner, parce que, dans des moments comme ceux-là, il ne fallait pas compter sur la logique. Heureux, parce qu'il y avait quelque chose d'infiniment bon à sentir Arthur si proche de lui, même si c'était d'une manière qui lui semblait maladroitement inhabituelle, surtout après avoir cru le perdre. Incrédule parce qu'il ne s'attendait vraiment pas à être embrassé, même si, au moment où c'était arrivé, il avait découvert qu'il trouvait ça plutôt plaisant. Et effrayé parce qu'Arthur... n'était pas vraiment l'Arthur qu'il avait rencontré dans les toilettes du Queen Mary, mais un inconnu qui lui donnait la chair de poule. Depuis qu'il lui avait murmuré, avec un étrange éclat dans les yeux : « lâche prise », Merlin avait le sentiment d'avoir affaire non à 'un lycéen de dix-sept ans, mais à un homme mûr, un homme que rien ne pouvait faire changer d'idée, un homme affamé, impérieux et exigeant... qui semblait déterminé à l'assaillir sans qu'il ait le moindre mot à dire sur la question. C'était terrifiant parce que Merlin ne pensait absolument pas être en mesure de l'arrêter sur sa lancée même s'il l'avait voulu. Ceci dit, il n'était pas tout à fait certain d'avoir envie de l'arrêter, jusqu'à ce qu'il se cogne la tête.
Ce fut seulement alors, qu' il sentit la honte l'envahir subitement et doublement : parce qu'il était couché sur la table d'une chambre d'hôtel, comme dans un film érotique de série B, et parce qu'il venait de mordre la langue d'Arthur, alors que celle-ci se trouvait dans sa bouche. Les deux situations l'emplissaient d'une innommable confusion. Comment en étaient-ils arrivés là ? L'esprit à moitié noyé dans le chaos, rouge comme une pivoine, il se redressa en position assise tandis qu'Arthur, la main devant sa bouche, jurait pour parer à la douleur que lui infligeait le coup de dent (involontaire).
Merlin se sentait affreusement stupide et affreusement embarrassé. C'était bien lui, d'arriver à rater même un baiser comme celui-là d'une manière aussi crétine.
-Désolé, Sire, s'excusa-t-il, mortifié. Je... je vous ai mordu la langue...
Arthur cessa de jurer, et lui adressa un regard percutant
-Comment m'as-tu appelé ? demanda-t-il, d'une voix rauque, incrédule.
Merlin qui vu la situation présente, et tout ce qui s'était passé juste avant, n'était pas en possession de tous ses moyens, repassa dans sa tête ce qu'il venait de dire, et réalisa, incrédule, l'étendue de sa bêtise, qui rajoutait encore au ridicule de la situation.
-Oh mon Dieu, dit-il, en s'empourprant.
Il eut l'impression de se dissoudre sous le regard perçant d'Arthur. Se sentant totalement mis à nu, il voulut protester contre le qui-proquos, et se mit à bafouiller lamentablement.
-Je ne suis pas... je ne suis pas...
-Gay. Oui. Je sais. Moi non plus, coupa Arthur, machinalement, repoussant cette idée comme si elle était sans importance.
Il avait les sourcils légèrement froncés, et son regard était éclairé par cette lueur inconnue qui faisait frissonner Merlin jusqu'aux os.
-Mais il y a quelque chose en toi, Merlin... je n'arrive pas à mettre le doigt dessus...qui me donne l'impression que nous nous connaissons depuis très, très longtemps, et que nous avons vécu... des centaines d'aventures ensemble, murmura Arthur, d'un ton totalement fasciné.
-Quoi, toujours cette sensation ? Celle... que nous nous sommes connus dans une autre vie ?
Merlin sentit sa plaisanterie tomber à l'eau et sonner comme une mièvrerie romantique de collégienne de quatorze ans,.Maintenant Arthur allait éclater de rire, et il ne saurait vraiment plus où se mettre.
Alerte, alerte, lui transmettait son cerveau sans-dessus-dessous, alors que ses mains commençaient à devenir moites, et que sa tête se mettait à lui tourner.
Mais Arthur n'éclata pas de rire. Il continua à le dévisager de cette manière qui le faisait trembler, et il dit à mi-voix :
-Je crois que nous ne nous étions jamais embrassés comme ça... avant. L'idée même que ce soit possible... ne nous était jamais venue à l'esprit.
Merlin qui ne comprenait pas du tout de quoi il parlait lui adressa un regard dépassé.
-Ridicule, murmura Arthur comme pour lui-même, en plissant légèrement les yeux, comme s'il venait de prendre une décision.
Et, l'instant d'après, Merlin était de nouveau couché sur la table, sans avoir eu le temps de protester, cédant à un second baiser encore plus avide que le premier.
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Arthur avait besoin de ce baiser, besoin de sentir la bouche affamée de Merlin contre la sienne, de sentir ses longs doigts fins s'accrocher à ses cheveux, de sentir ses jambes, son corps, son être s'ouvrir pour l'accueillir avec chaleur, avec amour. C'était bon, bon comme l'énergie de la vie elle-même. Il ne voulait plus se séparer de lui, plus jamais... ce qu'il voulait... c'était le rejoindre.
Il se tendit vers lui, désespérément, recherchant en lui l'étincelle qui les lierait dans sa lumière dorée... recherchant la force, la paix, le courage, la brillance du diamant. Il se languissait de ce contact, il se languissait de sa lumière merveilleuse... comment vivre sans cette lumière ? Sans l'immensité de l'amour qu'elle apportait ? Sans la perfection qui était la sienne ?
Il ne voulait plus en être privé.
L'image de Merlin étendant la main contre le canon de cette arme déchirait son esprit.
Parce qu'elle lui rappelait...
Arthur sentit le monde tourbillonner autour de lui, et il revint à la forêt, sous les hautes frondaisons des grands arbres d'Acétir, face au Merlin d'un autre temps qui le dévisageait de son regard intense et énigmatique.
C'est ça, Merlin. Montre-moi. Montre-moi, je t'en prie, implora Arthur, en pensée.
Il sentit le fil de l'attraction qui les poussait à entrer en collision l'un avec l'autre prendre une telle ampleur que la sensation devint vertigineuse. En-dessous de lui, le corps de Merlin eut un soubresaut, et Arthur sentit une force remonter vers lui, exerçant une poussée, comme un jaillissement, qui partait du centre de l'âme de Merlin pour tenter de l'atteindre. C'était la lumière, il en était certain. La même qui avait jailli du rocher quand il avait retiré l'épée de la pierre. Elle voulait autant le toucher qu'il voulait l'étreindre, elle était prête à détruire le mur qui la retenait prisonnière, et, soudain Merlin gémit en-dessous de lui, d'un ton plein de dévotion :
-Mon Roi...
Oui, je suis ton Roi, pensa Arthur, entièrement tourné vers son but, et il était si près... si près... qu'il en aurait pleuré de désespoir et de désir... mais quelque chose l'empêchait toujours d'aller au bout du rêve.
Il sentit Merlin s'étouffer contre ses lèvres, et fuir le baiser, et il eut un hoquet d'impuissance.
L'image d'Acétir se déconstruisit à nouveau, le ramenant dans le présent, face à son Merlin vulnérable et fragile, complètement défait. Il se dégagea d'en-dessous de lui avec un petit cri étranglé. Il n'aurait pas pu avoir l'air plus embarrassé.
-Je ne sais vraiment pas ce qui me prend, gémit-il, horrifié, en cachant son visage derrière ses mains. Je n'ai pas dit ça. Ce n'est pas moi qui ai dit ça... Merlin, tu es un idiot.
-J'aime assez que tu m'appelles «mon Roi», signala gentiment Arthur, avec un petit sourire. C'est... plutôt flatteur.
Mais flatteur n'était pas le bon mot, n'est-ce pas ? Le bon mot était... familier.
-Espèce de crétin. Espèce de crétin... Je n'ai jamais eu autant honte de toute ma vie, dit Merlin, d'une voix affreusement mortifiée. Sauf peut-être quand cet horrible homophobe m'a fait sucer son revolver. Ou la fois ou Valiant m'a volé ce fichu pantalon. Oh, mon Dieu. Mon Dieu. Mon Dieu. Tu avais raison dans ta lettre. J'ai un réel talent pour me couvrir de ridicule, c'est... c'est...
Les yeux de Merlin se remplirent de larmes alors qu'il se mettait à marcher de long en large, en panique.
-Cette nuit, je me suis retrouvé avec le canon d'une arme... et ta langue dans ma bouche. C'est beaucoup, beaucoup trop pour moi. Je vais... je vais aller... dormir dans la baignoire. Et quand nous serons de retour à Londres, j'essaierai de trouver du travail pour... pour ne plus... parce que je ne vois pas comment... nous pourrions continuer... à... à... je suis tellement désolé... je ne savais pas que tu... c'est... c'est certainement ma faute, j'ai... du faire quelque chose qui t'a incité... à... penser que... que je voudrais... mais je ne veux pas... je ne suis pas...
Merlin tremblait de partout.
-Pardon, dit-il, au désespoir.
Et il voulut fuir.
Arthur l'arrêta en pensant : non.
Pas si près du but, pas cette fois.
-S'il te plaît, dit-il, en l'implorant du regard. S'il te plaît, ne fais pas ça.
-Je ne fais rien du tout, dit Merlin, en reculant d'un pas .
-Tu fuis. Tu fuis encore. Tu me fuis, moi. Je ne te laisserai pas faire ça. Regarde-moi, Merlin.
Merlin se figea. Ses yeux bleus, capturés par ceux d'Arthur, se mirent à cligner. Les larmes roulèrent sur ses joues. Il se mordit la lèvre comme s'il hésitait désespérément.. Puis, la détresse envahit son expression, teintée de colère.
-Pourquoi as-tu autant envie de m'embrasser ? demanda-t-il, complètement perdu. Est-ce que... tu es en train de te moquer de moi ? C'est ça, ça t'amuse de voir que tu es capable de me mettre dans tous mes états, que je suis incapable de te résister ? Tu trouves ça... drôle ? De me plaquer sur la table ? De me faire gémir des choses stupides ? Bien sûr, allons-y, embrassons-le, et pourquoi pas, après tout c'est Merlin ! On peut bien lui faire faire n'importe quoi, il ne dit jamais non ! Entre les tabliers roses, l'aspirateur, et les revolvers, pourquoi ne pas en profiter pour s'amuser un peu ! Plaquons-le sur une table pour voir comment il réagit !
-Je n'ai jamais rien entendu d'aussi idiot de toute ma vie, répondit Arthur, irrité.
-Si ce n'est pas ça, pourquoi en as-tu eu envie ? cria Merlin, hors de lui.
-J'en ai envie parce que... c'est toi, Merlin. Je sais que c'est toi et... je sais que tu m'aimes, et... bon sang, cesse d'être une telle fille, ce n'est rien qu'un baiser ! répondit Arthur, courroucé.
Merlin sentit la panique éclater en lui. C'en était trop. Le signal d'alerte était passé au code rouge, la boussole affolée était en train de faire le tour du cadran en sens inverse, la soupape était en train de lâcher. Ses poumons se refermèrent d'un seul coup, ses yeux se brouillèrent de terreur, et il se mit à ventiler.
-Oh, non, s'exclama-t-il. Oh, non, oh, non, pas maintenant, par pitié.
-Merlin...
-Ne me dis surtout pas de respirer ! J'essaie de respirer, c'est la seule chose que j'essaie de faire, mais comment veux-tu que je respire, comment veux-tu alors que tu... que tu... bon sang, qu'est-ce que tu attends de moi, Arthur ?
Arthur saisit son visage entre ses mains, le cloua dans son regard bleu, et répondit :
-Je veux savoir comment se termine mon rêve. Je veux savoir ce que tu avais de si important à me montrer dans la forêt d'Acétir.
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Un nouveau surgissement de pure terreur fit trembler Merlin.
-Je ne sais pas de quoi tu parles, dit-il, bouleversé.
Il se sentait tellement oppressé, tellement acculé... il avait tellement besoin de son ami, maintenant. L'Arthur adorable et protecteur qui l'avait tenu dans ses bras toutes les nuits pendant des semaines pour le rassurer, celui qui trouvait toujours les bons mots, qui réussissait toujours à lui faire sentir que ce n'était pas grave. C'était lui qu'il voulait, pas l'Arthur qui le bousculait en l'embrassant, en le plaquant sur la table, et en lui disant des choses incompréhensibles. Il aurait donné n'importe quoi pour pouvoir se réfugier dans les bras de son ami, pour pouvoir oublier, pour pouvoir l'utiliser comme le bouclier qui le protégeait de la déferlante qui se précipitait sur lui, menaçant de le briser en deux.
-Arthur, j'ai... j'ai peur, s'exclama-t-il, totalement paniqué. Je n'ai jamais eu aussi peur de toute ma vie...
Ses mains s'accrochèrent aux vêtements de son ami comme si elles étaient dotées d'une vie propre.
-Est-ce que nous pouvons juste... oublier ce qui vient de se passer, et aller dormir ? supplia-t-il. S'il te plaît. S'il te plaît. Je ne veux pas... ça, je ne veux pas...s'il te plaît, juste... prends moi dans tes bras, et serre moi fort, et ne … ne...
-Merlin... tu n'as pas à avoir peur de moi, dit Arthur, bouleversé, en l'attrapant.
Et lorsqu'ils entrèrent en contact, il sentit un nouveau jaillissement de force se produire.
-Peur de vous, mais ce que vous pouvez être crétin parfois, s'exclama Merlin, les yeux étincelants.
Puis l'étincelle papillonna, avant de s'éteindre, et le jeune homme paniqué s'exclama :
-Je... je ne sais pas ce que j'ai, je...mon Dieu, pourquoi est-ce que je n'arrête pas de te vouvoyer ? Je dois être en train de devenir complètement fou. Je ne vois pas d'autre explication. C'est certainement le contre-coup de l'agression. Je dois être en train de décompenser. Oh, mon Dieu. Si je me retrouve à l'hôpital psychiatrique, c'est certainement le docteur Sylvestre qui sera mon médecin. Et après notre entretien de l'autre jour, il ne me laissera jamais ressortir. Et il t'interdira sûrement de me rendre visite. Et si je ne te vois plus, je vais... je vais mourir.
Merlin haleta follement.
Arthur le saisit par les épaules.
-Merlin.
Merlin le regarda avec effroi.
-Merlin s'il te plaît, focalise-toi.
Merlin secoua la tête.
-J'ai... j'ai...
-De quoi as-tu si peur ? s'exclama Arthur.
-Tu ne comprends donc pas... que c'est de moi-même ? s'écria Merlin, au désespoir. Et qu'il ne faut pas... il ne faut pas me bousculer, Arthur. Je t'en prie. Je ne veux pas. Je ne veux pas...
- Je sais que tu ne veux pas. Je le sais. Mais il le faut. C'est ça que le docteur Sylvestre voulait dire quand il parlait de débrider l'évènement traumatique. Merlin, ne vois-tu pas ? Nous y sommes presque !
Merlin respirait à grand bruit.
-Arthur, je t'en supplie... arrête. Je ne veux pas... débrider quoi que ce soit... juste... oublie tout ça, je veux que tout redevienne comme avant...
-Non, Merlin, je n'arrêterai pas, dit Arthur avec force. Je dois me rappeler de ce que tu voulais me montrer. Je dois m'en rappeler, parce qu'alors... je pourrai... je pourrai...
-Quoi..., dit Merlin, terrifié. Qu'est-ce que tu pourras faire... me sauter dessus ?
-Merlin, la ferme. La ferme, s'il te plaît, et fais ce que je dis. Aie confiance en moi. Ne lutte pas. Laisse-toi faire. Lâche prise.
Arthur se pencha sur lui pour effleurer sa joue. La respiration de Merlin s'accéléra, et il le regarda, avec des yeux hantés. Arthur s'approcha un peu plus. Merlin hésita, puis,, rendant les armes, il passa ses bras, autour de son cou, nouant ses mains derrière sa nuque. Arthur l'attira vers lui, plus près, toujours plus près. Merlin le dévisagea avec effroi, puis, l'expression de son regard se fit résignée, et se teinta d'une douceur fataliste.
Et Arthur l'embrassa, une troisième fois.
Sous les grands arbres de la forêt d'Acétir, les mains du Merlin d'un autre temps se posèrent de part et d'autre de ses tempes alors qu'il murmurait d'une voix remplie de tendresse :
-Détendez-vous, Arthur. Je vous promets que ça ne fera pas mal.
Et ses yeux passèrent du bleu, à l'or.
Les pupilles d'Arthur se dilatèrent alors que les larmes inondaient son regard avec la lumière surgie du passé.
Merlin ne lui avait pas fait mal, quand il était entré en lui, répandant sa clarté chaude et merveilleuse à l'intérieur de son être dans un contact plus intime que le baiser le plus étroit.
Et en revivant la révélation qui avait changé toute sa vie, une deuxième fois, son souffle soudé à celui de l'amour débordant qui montait dans sa mémoire, Arthur se souvint de la magie de Merlin, et de ce qu'avait été son étreinte.
C'était confortable comme un matelas de plume. C'était doux comme le miel sous la langue. C'était bon comme de déguster une pomme dans un champ sous un beau ciel d'été. C'était d'une innocence et d'une générosité inconcevables, d'une tendresse maternelle, pleine de consolation et de patience, c'était tout autour de lui, pour lui, et aussi, en lui. C'était un grand cri qui montait de la terre. C'était l'or pur du pardon qui effaçait toutes les peines. C'était la force, et c'était le courage. C'était la plus belle des expressions de l'amour, un amour d'une puissance invincible, indomptée, inviolable, celui qui reliait le Roi à la Terre sur laquelle il régnait, celui par lequel le Roi protégeait sa Terre bien-aimée. C'était trop, trop immense, trop puissant, et cependant, d'une telle douceur, et d'un tel réconfort, qu'il était incapable de vivre sans cela. Il n'avait pas à le faire. Il n'aurait jamais à le faire. Car la magie lui appartenait pour toujours. Créée en la personne de Merlin pour répondre à son appel, désirant plus que tout se lever à son commandement, jaillissant et bondissant en direction de lui même si elle devait se heurter à un mur, parce qu'elle ne voulait qu'une chose... le retrouver... autant qu'il voulait la rejoindre.
Arthur se souvenait.
Il se souvenait de Merlin, là-bas, à Acétir. Il se souvenait de sa première existence à la fois par ses yeux, et par ceux de son magicien, qui lui avait prêté sa vie, son regard, et son cœur, le temps du sortilège de vérité qu'il avait prononcé pour qu'il voie. Il se souvenait de la grande révélation. Ce point était celui où sa vie avait basculé, parce que son être, et celui de Merlin, n'avaient plus formé qu'un seul, celui par lequel leur destin pouvait enfin s'accomplir, celui que rien n'aurait dû séparer. Merlin était son serviteur, son ami, son magicien, son diamant, la manifestation de l'amour dans sa vie, l'épaule sur laquelle il se reposait, la moitié sans laquelle il n'était qu'une moitié perdue.
Merlin était la magie, toute la magie du monde pour Arthur, et Merlin avait perdu sa magie, quand il l'avait perdu, lui.
Parce qu'après qu'ils aient affronté toutes les épreuves, et vécu côte à côte le temps d'une vie trop brève mais tellement bien remplie, après qu'ils aient voyagé de la banquise jusqu'à l'Afrique, en passant par le grand cirque de Rome, et vogué ensemble sur des océans déchaînés à bord de toutes les galères du monde, ce jour-là, à Camlann, sous un ciel de fin des temps, quelque chose s'était produit, qui les avait séparés.
Je suis mort, se souvint Arthur, avec étonnement.
Mordred s'était servi d'Excalibur pour le tuer, Excalibur, qui avait été forgée dans le souffle du dragon, le dragon qui s'appelait Kilgarrah, et qui avait commencé à parler de leur destinée bien avant qu'ils ne puissent l'imaginer ni l'un ni l'autre, avant que tant de visages aimés ne fassent irruption dans leurs vies, Lancelot, Léon, Gauvain, Perceval,et surtout, surtout, Guenièvre, la Reine des coeurs dont l'intelligence éclairée avait su distinguer le fond de leurs âmes, et voir, avant tous les autres, à quel point Arthur et Merlin étaient indissociables, la femme dont l'amour les avait reliés même lorsque les préjugés et l'aveuglement les avait séparés l'un de l'autre...
Je suis mort, se souvint Arthur, en éprouvant à nouveau les mains de Morgane sur lui à Camlann, ses pauvres mains brisées tandis qu'elle tentait désespérément de le ramener à la vie, le visage inondé de larmes, les yeux dorés comme un brasier ardent. Je te demande pardon, Arthur..., disait Morgane, en larmes, et il se revoyait lui sourire, en lui répondant : tu as essayé... Elle avait fait plus qu'essayer, quand elle avait renversé à elle seule l'issue de la bataille en terrassant leurs ennemis, et pourtant, son regard était brisé, parce qu'elle savait, qu'elle n'avait pas réussi à le sauver lui...
Il était mort, et la dernière chose qu'il avait vue avant de mourir étaient les grands yeux de Merlin, remplis de larmes de douleur, empreints d'une détresse innommable, alors que sa voix fracassée s'exclamait :
-Arthur ! Non ! Arthur ! Arthur ! Ne partez pas sans moi, je vous l'interdis !
Et il comprit, que là était l'évènement traumatique, que Merlin bloquait dans sa mémoire, qu'il avait refoulé en lui, si profondément, pour ne pas être obligé de l'affronter, parce que bien sûr, cette pensée lui était intolérable.
Il était mort, il ne l'avait pas écouté, il l'avait laissé en arrière son diamant, sa lumière, son Merlin, qui avait été obligé de le regarder partir. C'était ainsi que le cœur de Merlin, son cœur immense et pur, et fort comme la vie elle-même, s'était brisé, et qu'il était devenu une ombre fragile. C'était de cela, qu'il refusait de se souvenir.
Le cercle s'était rompu, la pièce avait été détruite.
Et une part de Merlin était morte avec Arthur, que seul Arthur pouvait ranimer maintenant.
La part qui était son essence, la part de l'amour, la magie qu'il avait cachée pendant si longtemps avant de la lui offrir sans conditions.
-Merlin, dit Arthur, submergé par l'émotion. Merlin, Merlin, Merlin... Je me souviens... Je me souviens... tu avais exactement ce regard-là. Je suis tellement désolé de t'avoir laissé seul. J'ai toujours su que ce serait terrible, pour toi, d'être obligé de continuer... sans moi... J'ai toujours su que tu hériterais de la part la plus difficile. Si tu savais, comme je suis désolé. Je te demande pardon.
-Arthur, dit Merlin, terrifié. De quoi est-ce que tu parles ?
-Morgane a essayé de me sauver. Mais elle n'a rien pu faire. Et quand tu es arrivé... il était déjà trop tard... , dit Arthur, les yeux baignés de larmes. Merlin... Dis-moi. Dis-moi que tu te souviens. J'ai besoin que tu te souviennes, maintenant. J'ai besoin que tu me reviennes entièrement et que nous redevenions ce que nous avons toujours été.
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-Je ne me souviens de rien, souffla Merlin, les yeux dilatés.
Mais c'était faux. Il se souvenait de quelque chose. Sauf qu'il ne voulait pas il ne voulait pas se souvenir de cette chose-là. Ca faisait trop mal. Cette douleur... cette douleur lui écorchait le cœur, elle était assez terrible pour forcer le temps à se replier sur lui-même et pour détruire les frontières entre le monde visible, et le monde invisible. Il lutta contre sa mémoire, de toutes ses forces. Ce n'était pas sa vie. Ce n'étaient pas ses souvenirs ! Ce n'était pas lui. Il voulut repousser Arthur, et s'enfuir en courant, mais Arthur le retint contre lui, en répétant.
-Merlin, je suis là. Je suis là. JE SUIS LA. LACHE PRISE
Ses yeux s'emplirent de larmes brûlantes.
Il se souvenait...
Il se souvenait...
Autour de lui, l'air vibrait de magie prisonnière, tourbillonnante et la puissance amalgamée était telle que l'espace-temps confiné de la grotte était au bord de l'implosion...il avait mal tellement mal. Cette souffrance l'écrasait sous la roue de sa puissance et il hurlait sans discontinuer alors que l'image d'Arthur face à Mordred se répétait dans une boucle sans fin à l'intérieur des cristaux. Un par un, il les voyait tomber, tous les êtres qu'il aimait, les uns après les autres, tandis que la puissance fulgurante de la Source se déversait en lui, sans trouver d'autre exutoire... que les runes de la caverne, et le démon de Morgane, et Morgane elle-même, qu'il était en train de tuer, avec le feu de cette terrible douleur...
Il avait mal tellement, tellement mal parce que, lorsqu'il s'était précipité auprès d'Arthur, mourant, Arthur avait eu ce regard, rempli d'amour, de détresse, et de soulagement, lorsqu'il avait dit :
-Merlin. Tu es revenu.J'ai cru que tu m'avais abandonné...
-Jamais, avait-il sangloté. Jamais je ne vous abandonnerai.
Mais c'était faux, parce qu'il l'avait déjà fait, n'est-ce pas ? Il était arrivé trop tard...
Il n'avait pas réussi à sauver son Roi.
Merlin poussa un cri, et sa main se posa à plat sur le cœur d'Arthur, puis, il saisit le cou d'Arthur, et ce fut à son tour, de se jeter sur lui au désespoir pour l'embrasser. Il étouffait, il étouffait dans la grande déferlante des souvenirs, et seul l'air qu'Arthur expirait à travers ses lèvres pouvait lui permettre de revivre ce moment atroce, celui où son cœur s'était brisé, celui où son âme s'était fendue en deux... alors qu'il suppliait dans un cri désespéré:
-Ne mourez pas. Ne mourez pas, Sire, je vous l'interdis...
Arthur était mort la magie avait tourné en spirale le monde s'était ramassé sur lui-même et Merlin avait senti la Source hurler en lui, quand il avait implosé, anéanti. Parce qu'il aurait pu supporter de vivre sans yeux, sans oreilles, sans langue, sans bras, sans jambes, et même, l'éternité entière à l'intérieur d'une boîte, mais jamais, jamais sans Arthur... Arthur, qui était son cœur, le Roi pour lequel il vivait, l'être sans lequel il n'était plus rien...
Et ce qui était terrible, au point qu'il ait refusé de se souvenir...
-Vous êtes mort. Vous êtes mort. Et c'était ma faute, dit-il, en se mettant à trembler. C'est arrivé parce que je n'étais pas là. Je n'étais pas là, Arthur. Je n'étais pas là... Je n'étais pas là... JE N'ETAIS PAS LA... J'AVAIS JURE DE NE JAMAIS VOUS ABANDONNER ET JE N'ETAIS PAS LA
Il fondit en sanglots. Arthur s'accrochait à lui de toutes ses forces.
Merlin le sentait contre lui, contre son corps, contre ses lèvres, contre ses mains, et pourtant revivre cet instant, l'instant où il avait échoué, était encore aussi dur, si dur qu'il avait l'impression d'être en train de mourir à revivre ce souvenir affreux.
- Je suis revenu trop tard, hoqueta-t-il, désespérément. Arthur... .C'était mon destin de vous protéger. Et j'ai échoué. C'est ma faute.. c'est ma faute...si vous êtes mort...
-Merlin, dit Arthur, d'une voix douce. Merlin, arrête. Arrête, je t'en supplie !
Mais la douleur qui resurgissait en lui était terrible, et rien, pas même cette voix, n'avait le pouvoir de l'arrêter il était de nouveau en proie au brasier ardent, il sentait à nouveau son être s'effondrer sur lui-même, il regardait à nouveau le cercle fracasser se dissoudre, il...
-Merlin, espèce d'idiot, cesse de dire des sottises !Tu m'as sauvé. Je suis là. Je suis vivant. Regarde, c'est moi ! C'est moi, ton Roi, c'est moi, Arthur !
Merlin ouvrit les yeux.
Et soudain, la réalisation formidable vint effacer la souffrance. Arthur était là. Contre lui, dans ses bras. Ce même visage aimé, cette même âme bien trempée, ce même Roi juste, droit et généreux qu'il avait aimé jusqu'au bout de ses forces, et qu'il avait regardé mourir...
L'homme avec qui il avait ri, auprès duquel il avait combattu, l'homme pour lequel il aurait cent fois sacrifié sa vie, le Roi Présent et à Venir, son Arthur. Il perdit le souffle et s'accrocha à lui de toutes ses forces, collant toute la surface de son corps à au sien dans un besoin désespéré de le sentir, de le toucher. Ses yeux plongèrent dans ceux d'Arthur. Il avait besoin... de se souvenir de chaque instant, de chaque éclat de rire, de chaque bataille qu'ils avaient livrée ensemble besoin de se souvenir de la loyauté et des plaisanteries et de l'émotion si puissante et si profonde qui les avait toujours liés l'un à l'autre. Leurs lèvres se joignirent dans un nouveau baiser haletant, puis, la joie éclata, alors que Merlin comprenait : je n'ai pas échoué, j'ai réussi ! Nous sommes revenus, nous sommes ici, nous sommes ensemble... Arthur est en vie ARTHUR EST EN VIE ARTHUR EST EN VIE !
-Vous êtes là, souffla-t-il, bouleversé, en couvrant le visage d'Arthur de baisers émerveillés, n'osant pas encore croire que c'était tout à fait vrai, et que c'était bien son Arthur qu'il tenait dans ses bras. Vous êtes vivant. Vous êtes revenu. Vous êtes là !
Merlin ne savait plus du tout où il était. Il se sentait à moitié fou, de bonheur, d'incrédulité, de terreur à l'idée qu'Arthur puisse disparaître. Il se cramponnait à lui comme s'il pouvait s'effacer à n'importe quel instant et il embrassait indistinctement ses paupières, son nez, ses joues son menton, ses cheveux, chaque millimètre de son Arthur retrouvé, solide, chaud, souriant, heureux, VIVANT.
Arthur eut un sourire incrédule sur le visage, et il demanda : Merlin ? Et Merlin rit en disant : Arthur et ce fut soudain comme s'ils s'étaient quittés la veille sur le champ de bataille de Camlann, et qu'ils étaient à nouveau à l'époque de Camelot, en train de se jeter dans les bras l'un de l'autre après avoir remporté une victoire impossible.
Puis, l'euphorie brûlante s'apaisa, et, à travers le voile de leurs larmes, les deux faces de la même pièce se regardèrent avec émerveillement, subjuguées de s'être enfin retrouvées.
Merlin tremblait, et il se mit à rire.
-Je me souviens de vous avoir dit... de ne pas vous comporter comme un crétin. Je ne pensais pas que vous vous en rappelleriez deux mille ans plus tard. Je me rappelle... m'être demandé si vous seriez aussi stupide lorsque nous nous rencontrerions à nouveau que la première fois que nous nous sommes connus...
-Je ne suis pas un crétin..., dit Arthur en baisant ses lèvres avec ferveur. Je ne le suis pas. Je ne le suis pas. Je me suis souvenu que je n'avais pas le droit d'en être un. Tu vois. Tu as réussi. Tu as réussi à me faire m'améliorer. Je ne suis pas un crétin, Merlin. Je ne suis pas un crétin.
-Non.
Merlin secoua la tête, ému.
-Non, vous ne l'êtes pas, Sire, dit-il, en touchant le visage d'Arthur avec adoration, les doigts encore un peu tremblants. Vous avez été vraiment incroyable avec moi.
PARTIE 3
Ce que nous sommes ensemble (sous toutes nos formes, unis dans la magie)
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Arthur secoua la tête, les yeux dilatés.
-Merlin, c'est extraordinaire, je me rappelle de chaque chose que tu m'as dite et de chaque moment que nous avons vécu, je me rappelle... de tout l'amour que tu as apporté dans ma vie... Je me rappelle de n'avoir jamais été seul à cause de cet amour que tu avais pour moi. Je me rappelle que...
Arthur eut un sourire incrédule, et plissa les yeux.
-Par la Source, tu es vraiment gay, dit-il.
Merlin s'étrangla.
-Quoi ? Non ! Ce n'était pas... ce n'était pas... je veux dire...
Il fronça les sourcils, courroucé.
-Je n'ai jamais pensé à vous de cette manière avant aujourd'hui !
-Aaaah, je t'ai eu ! C'était trop facile, dit Arthur en éclatant de rire.
Puis il haussa un sourcil et releva, à retardement :
-Attends un peu, comment ça avant aujourd'hui ?
Merlin eut un sourire espiègle.
-Mmm, ça ne vous dérange pas si...je laisse mes pensées divaguer encore un peu ?
-Non, répondit Arthur, d'un air amusé.
Merlin l'embrassa avec une douceur tendre et apaisée, en caressant doucement ses tempes, et ses cheveux blonds du bout de ses longs doigts.
-Mmm, fit-il, d'un air délecté.
-Je n'aurais jamais pensé que tes baisers seraient comme ça, murmura rêveusement Arthur.
-Moi non plus... chuchota Merlin, avec un sourire drogué. Ca doit être cette époque... le futur donne aux pauvres gens que nous sommes des idées bien étranges... Est-ce que je peux...
-Tu peux faire tout ce que tu voudras avec moi, Merlin, dit Arthur, avec un léger sourire.
-Tout, dit Merlin, d'un ton rêveur. Comme dans... vraiment tout ?
-Oui, mais il y a une chose que j'aimerais que tu fasses plus que tout, tu sais... avec... avec ta magie, dit Arthur, avec impatience. Je voudrais... je voudrais que tu...que tu...m'emmènes. Dans la Source. Tu sais. Comme avant.
Merlin interrompit vaguement son baiser et répondit d'une voix tendre :
-Ma magie n'est pas là, Sire. Il n'y a que moi...
Arthur le dévisagea, fronça légèrement les sourcils et affirma :
-Ta magie est là, Merlin. Je le sais, je l'ai sentie. Elle essayait de se ruer dans ma direction sur l'Ile pendant que tu faisais de la résistance.
-Non, elle n'y est pas. Vous vous trompez, dit Merlin, en passant de son humeur alanguie à un état vaguement indigné. C'est moi le magicien, pas vous, c'est moi qui sais si ma magie est là, ou non.
-Ta magie est plus maline que toi, elle sait qui est son maître, répondit Arthur, les sourcils froncés.
-Son maître ? Je n'arrive pas à le croire ! Pour ce qui est de la crétinerie, vous vous êtes peut-être amélioré, mais pour ce qui est de l'humilité, je constate que ce n'est toujours pas ça ! fit Merlin avec humeur.
-Tu es vraiment une tête de mule, tu sais ça ? fit Arthur, en l'observant avec un sourcil en l'air, redressé qu'il était sur son coude.
-Mmm, fit Merlin, avec une petite étincelle dans le regard. Ca se pourrait bien, oui, mais vous n'êtes pas mal non plus, dans votre genre... moi, au moins, je n'agresse pas les gens en les plaquant sur des tables...
-Ce n'est pas « les gens » , Merlin. C'était juste toi. Et je t'agresse si je veux, je suis le Roi.
-Agressez-moi donc encore un peu, Sire, et taisez-vous donc, dit Merlin, en cherchant les lèvres d'Arthur pour reprendre leur baiser.
Arthur se déroba, refusant de lâcher prise, et insista :
-Merlin. Ta magie.
-Qu'est-ce que vous avez donc avec ma magie ? Je suis là, moi ! s'indigna Merlin.
-Merlin, tu es la magie.
-Nous n'allons quand même pas nous disputer maintenant.
-Je me dispute avec toi si je veux. C'est moi le Roi...
-... des ânes.
-Et toi, le Seigneur des idiots, si tu crois que tu n'as plus ta magie.
-Bon. Très bien.
Merlin poussa un soupir agacé, ferma les yeux, et dit, sans conviction :
-Leoth.
Il jeta un coup d'oeil à sa main. Pas l'ombre d'un globe de lumière.
-Ca... ne vient pas, pointa-t-il. Vous voyez bien... ma magie n'est pas là.
Arthur poussa un soupir excédé, puis, il regarda son magicien en pleine crise de déni et il pensa : ça, pour sûr, une belle tête de mule. Mais il est hors de question que je te laisse t'échapper cette fois-ci... parce que je sais mieux que toi ce dont nous avons besoin.
Il prit une profonde inspiration, et dit avec certitude :
-Je peux la rappeler. Ta magie. Je sais que je peux... Si tu me laisses faire. Mais pour ça... il faut que tu me laisses... me rapprocher, Merlin. Juste encore... un peu plus.
-Arthur. Vous êtes allongé sur moi, plaisanta Merlin. Je vois mal comment vous pourriez vous rapprocher juste encore un peu plus.
Puis, il dévisagea Arthur avec incrédulité, vit son regard extrêmement sérieux et, en comprenant le sens de cette phrase, articula :
-Oh.
Avant de se rebeller et de se récrier :
-Non, certainement pas ! Jamais de la vie !
-Merlin. Je sais que je peux y arriver de cette manière, plaida Arthur. Seulement... il faut que tu me fasses confiance.
Merlin s'agita en-dessous de lui.
-Pourquoi faut-il toujours que vous gâchiez tout ? Est-ce qu'on ne pourrait pas … simplement... savourer le fait de se sentir bien... et profiter de n'avoir aucune catastrophe à empêcher, aucun drame à éviter, aucun monde à sauver, pour juste... s'embrasser gentiment ?
-Non, dit Arthur, un sourcil en l'air.
Le visage de Merlin s'assombrit et une vague de panique l'envahit.
-Je ne veux pas, d'accord ? Je ne veux pas, je...
-Tu as encore peur.
-Arthur... la dernière fois que j'ai utilisé ma magie, j'ai eu...
Merlin fit silence, heurté.
-Quoi ? demanda Arthur, qui refusait de lui laisser la moindre échappatoire.
-Je ne veux pas en parler.
-Mais tu vas quand même le faire. Explique-moi, Merlin. Explique-moi pourquoi, au nom de la Source, tu pourrais avoir peur de ta magie, dit Arthur, qui n'y comprenait rien.
-Ca m'a fait mal, d'accord ? dit Merlin, les larmes aux yeux. Vraiment mal. C'était... c'était beaucoup trop, et c'était horrible. La Source m'a... submergé, elle m'a broyé dans sa puissance je n'étais plus moi, je n'étais plus qu'un instrument sans volonté, je n'éprouvais plus que cette douleur atroce, et partout où je regardais, je ne voyais plus que la mort. J'étais la mort, moi-même, la mort et la destruction, et c'était atroce. Arthur... la magie a... tué Morgane à travers moi elle l'a écrasée, physiquement. Je pouvais sentir sa souffrance alors qu'elle se fracassait de l'intérieur, je pouvais sentir ses... ses os se réduire en poudre, son sang couler par tous ses organes, et je savais que c'était moi qui étais en train de lui faire ça, mais j'étais en transe, et je ne contrôlais plus rien du tout. .. et elle... elle savait que c'était moi qui étais en train de la détruire, elle le savait, mais c'était comme si elle l'avait accepté, et c'était encore plus monstrueux.
Merlin ferma les yeux, bouleversé.
-Vous ne pouvez pas savoir... vous ne pouvez pas comprendre... Toutes ces vies qui ont été massacrées à l'aide de la magie... tous ces êtres qui ont été détruits, tous ces gens qui ont été assassinés... Les nécromanciens courbaient sa puissance et la polluaient et c'était comme s'ils étaient en train de dénaturer une part de mon âme ... ça m'a fait mal affreusement mal. ...alors... essayez de comprendre...Je ne veux plus jamais revivre ça. Plus jamais.
-Oh, Merlin, souffla Arthur,bouleversé. Je suis vraiment désolé que tu puisses penser ça.
-Ce n'est pas votre faute, murmura Merlin. C'est juste... comme ça.
-Merlin, ta magie n'est pas comme ça, dit Arthur, en secouant la tête. Elle n'est pas violente, ni polluée, ni meurtrière, elle est...elle est comme toi. Juste... lumineuse, et merveilleuse, et... d'une bonté essentielle.
-Allez dire ça à Morgane, répondit Merlin, en tremblant. Allez lui demander si c'est une magie lumineuse et merveilleuse et d'une bonté essentielle, qui l'a tuée à Camlann. Vous verrez bien ce qu'elle vous répondra.
-Merlin, ne comprends-tu pas que Morgane n'attend qu'une seule chose ? répondit Arthur avec force. Crois-tu qu'elle nous aurait emmenés à la Source, si elle n'espérait pas le retour de la magie par toutes les fibres de son être ? Je la connais. Je connais ma sœur. Et je sais... qu'elle préfèrerait mille fois revivre l'enfer que tu viens de me décrire pour avoir ne serait-ce qu'une chance de retrouver ses pouvoirs... que de passer cent ans d'une existence paisible sans en ressentir une seule étincelle. D'ailleurs, je suis certain que tous les autres magiciens sont exactement comme elle. Et tu es le seul à pouvoir leur offrir ça. Ils sont ton peuple, Merlin. Et toi, souviens-toi. Tu es le plus grand sorcier de tous les temps... et tu es leur guide. Tu n'as pas le droit de les abandonner.
Merlin détourna les yeux.
Arthur avait réussi à le stresser.
Et puis, qu'est-ce que c'était que cette soit disant solution miracle pour l'aider à retrouver sa magie ?
Il fronça les sourcils, et dévisagea le Grand Roi d'un air soupçonneux, et demanda :
-Est-ce que c'est un prétexte pour pouvoir me...
-Merlin, gronda Arthur, avec amusement.
-Parce que je trouverais ça vraiment..., dit Merlin, d'un ton éloquent.
-Si c'était la seule chose que j'avais en tête, je n'aurais besoin d'aucun prétexte crois-moi, le coupa Arthur, d'un ton très sûr de lui.
-A cause de votre charme phénoménal, c'est ça ? fit Merlin avec sarcasme.
-Exactement.
-Même pas en rêve.
Arthur plissa les yeux.
-J'aurais pu t'avoir dès le premier jour si j'avais voulu. Tu ne m'aurais pas résisté cinq minutes.
-Dans les toilettes ? dit Merlin, outré. Jamais de la vie ! Pour qui me prenez-vous ?
-Je ne parlais pas de cette vie-là, rétorqua Arthur, en haussant un sourcil.
Et Merlin éclata de rire.
-Je n'arrive pas à le croire! Vous êtes vraiment....
-Quoi..., dit Arthur avec un sourire d'auto-satisfaction.
-La tête de cuiller la plus pompeuse et la plus imbue de sa propre personne que je connaisse, répondit Merlin, en soufflant dans son nez. Le jour ou vous m'avez démis l'épaule et jeté au cachot ? Jamais vous n'auriez pu m'avoir ! Même pas en rêve, vous dis-je !
-D'accord. Peut-être pas ce jour-là, admit Arthur. Mais le suivant...
-Quoi, vous plaisantez ? fit Merlin, incrédule. Quand vous avez essayé de m'arracher la tête avec une masse ! Jamais non plus ! Je vous ai cordialement détesté ce jour-là !
-Après ton premier jour de travail, alors, se souvint Arthur, avec un sourire Là, j'aurais pu, c'est certain.
-Faux. Je n'étais vraiment pas d'humeur, rétorqua Merlin.J'avais les oreilles qui sonnaient de tous les coups d'épée que je m'étais pris sur le heaume.
Arthur réfléchit intensément, et insista encore
-Le soir où je t'ai réembauché, après t'avoir viré sur l'affaire de Valiant. Tu étais complètement bouleversé que je t'aie viré. Et tu m'as fait ton magnifique sourire quand je t'ai présenté mes excuses
-Mmm. Ce soir-là, peut-être, reconnut Merlin, d'un ton pensif.
Et Arthur rayonna.
-...mais... seulement parce que j'avais trop bu, précisa Merlin, impitoyable.
Arthur eut l'air franchement dépité et demanda :
-Quand ? Quand est-ce que j'aurais pu t'avoir, si j'avais voulu ? T'avoir... sobre... et content d'être à moi ?
Merlin sourit, attendri. La question avait vraiment l'air de le travailler.
-Vous n'en avez vraiment pas la moindre idée ? demanda-t-il, amusé.
Arthur savait.
-Après que tu aies bu la coupe empoisonnée à ma place, et que je sois parti chercher les fleurs de Morteos pour toi, répondit-il, avec un regard très doux. C'était la première fois de toute ma vie, que je désobéissais à mon père, et je l'ai fait pour toi. Là, tu n'aurais pas dit non. N'est-ce pas ?
-Non, reconnut Merlin, avec tendresse. Je n'aurais sans doute pas dit non à ce moment-là, si vous aviez voulu. Mais comme vous n'en avez jamais eu l'idée... et moi non plus... nous ne pourrons jamais savoir...
Il réfléchit un instant, et ajouta, avec amusement :
-Vu le crétin que vous étiez à cet âge-là, et dans cette époque-là, je ne suis pas fâché que vous ayiez été aussi coincé...parce que vous auriez vraiment été infernal si je vous avais laissé faire ça.
-Mais aujourd'hui, je ne suis plus un crétin ? fit Arthur, d'un ton plein d'espoir.
- Mmm... ça reste à voir..., fit Merlin en riant.
-Merlin, c'est toi qui l'as dit !
-Etant donné mon état émotionnel, peut-on considérer que j'étais soûl, et que je racontais n'importe quoi ?
-Merlin ! Non !
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooo)
Merlin avait la tête posée sur l'épaule d'Arthur, et il jouait distraitement avec les mèches de ses cheveux blonds du bout des doigts, tout en retraçant rêveusement les contours de son visage.
Arthur le tenait étroitement serré dans ses bras, calé contre lui. Et ils étaient juste... bien. Comme dans une bulle. De temps en temps, ils échangeaient un regard, et l'un d'entre eux avançait son visage, en hésitant un peu. L'autre franchissait alors l'espace qui les séparait, et, leurs lèvres s'effleuraient avant de se joindre dans un baiser. Ils s'embrassaient paisiblement. Un peu maladroitement. C'était.. encore un peu étrange de pouvoir faire ça, mais en un sens, c'était aussi rassurant, après tous ces souvenirs. Deux vies se rassemblaient en une seule, et cela faisait beaucoup d'émotions à encaisser.
Arthur n'insistait plus pour aller plus loin, et Merlin aurait pu s'endormir dans la douce sensation de bien-être et de sécurité qu'il éprouvait à se trouver contre lui. Son Arthur... qui était à la fois, Roi Présent et A Venir (tendance : grand cœur esclavagiste), Président de l'Association LGBT du lycée Queen Mary (profil : militant), Petit Ami le Plus Merveilleux de la Planète (option grande roue et barbe à papa), Eternel Crétin (sans l'être vraiment), mais surtout, Champion des Causes Désespérées (celle de Merlin, encore et toujours, mais en l'occurrence, surtout celle de la magie, qui avait tendance à être un peu obsessionnelle).
Merlin aimait Arthur. Il l'aimait comme l'autre face de sa pièce, d'un amour idiot et inaltérable, qui ne pouvait être comparé à aucun autre, et qui, en son temps, avait beaucoup fait rire Kilgarrah (ce cher Kilgarrah). Et il le servirait probablement jusqu'à la fin des temps, même si ça signifiait (dans cette époque) porter des tabliers ridicules et se retrouver très souvent de corvée d'aspirateur. Parce que servir Arthur, c'était aussi ça, et, ma foi, ce n'était pas, au fond, ce qu'il y avait de plus terrible, étant donné toutes les contreparties qu'il avait en échange (comme maintenant, par exemple;maintenant était une parfaite contrepartie). Merlin aurait aimé pouvoir s'endormir sur cette pensée paisible la pensée qu'ils s'étaient retrouvés, et que dorénavant, tout irait bien.
Sauf que.
Il n'en avait pas le droit, n'est-ce pas ?
Il pensait à ce qu'Arthur avait dit, à propos de débrider le traumatisme. A sa propre magie qu'il ne sentait pas, parce qu'elle était comme anesthésiée en lui après l'horreur de Camlann. Et à la manière dont Arthur pensait pouvoir la faire revenir. C'était du Arthur tout craché, ça. Merlin avait beau l'aimer, il ne se voyait pas du tout faire ça avec lui. La simple idée qu'Arthur l'ait proposé lui donnait envie de rougir furieusement quand il y pensait.
Laisser Arthur... venir en lui... lui paraissait... étrange.
Il avait toujours été celui des deux qui s'occupait de l'autre, dans leur première vie. Il veillait sur Arthur, il prenait soin d'Arthur, il protégeait Arthur, il entourait Arthur. Il n'était pas habitué à l'inverse, et à l'idée de se remettre entre ses mains de cette manière, il se sentait... vulnérable.
Arthur avait beau être adorable, des fois, il pouvait être un peu brute (dans son enthousiasme, son énergie, et sa volonté de bien faire) et sur les îles Scilly, Merlin avait pu avoir un avant-goût de ce qu'il entendait par débrider le traumatisme. Il lui faisait confiance, évidemment, ce n'était pas qu'il ne lui faisait pas confiance, mais...
Et puis, bien sûr, il y avait le fait que...
-Je n'ai... jamais fait ça, vous savez, reconnut-il, après un long moment, d'un ton hésitant. Ni dans cette vie... ni dans l'autre.
Il jeta un coup d'oeil à Arthur, qui le regardait avec une expression très douce.
Et il l'entendit lui répondre à mi-voix :
-Je sais.
Merlin eut un petit reniflement amusé.
Arthur lui répondit avec sympathie :
-Si ça peut te rassurer... je n'ai jamais fait ça non plus dans cette vie... et l'autre me paraît plutôt loin.
-Je ne sais pas si ça me rassure vraiment, dit Merlin, en fronçant les sourcils.
-Je pense que je devrais pouvoir m'en sortir, reprit Arthur, du ton de qui essayait de se convaincre. Il paraît que c'est comme le vélo...
-La dernière fois que vous avez fait du vélo, vous vous êtes pris un mur, lui rappela Merlin, alarmé.
-Ce n'est pas de ma faute, s'agita Arthur. La pente était vraiment très rude... et les freins ne marchaient pas ! Ca ne sera pas comme ça, avec toi... tu es un vélo flambant neuf !
Merlin ne put s'empêcher de rire. Parce que maintenant, je suis un vélo, pensa-t-il. Enfin, je suppose que c'est toujours mieux que d'être une simple pièce détachée... comme une pédale... Comme quoi, même dans les situations les plus atypiques, on pouvait toujours compter sur l'incroyable sens de l'humour d'Arthur pour se remonter le moral.
-Je ne suis pas sûr que ça débridera quoi que ce soit, reprit-il, quelques instants plus tard, avec inquiétude. En-dehors de votre inépuisable capacité à me remémorer avec un humour douteux les épisodes de ma vie où je me suis senti affreusement gêné, et j'ai bien l'impression que celui-ci risque fort d'en être un.
Arthur lui fit les yeux : comment peux-tu-penser-ça-de-moi-Merlin, et Merlin soupira profondément parce que, franchement, qui pouvait résister à un regard comme celui-là ?
-J'ai toujours été trop faible avec vous, dit-il, résigné. Je suis incapable de vous refuser quoi que ce soit de toutes façons. Je le savais bien, que ça finirait par me perdre, un jour ou l'autre...
Arthur secoua la tête, et il souffla, avec émotion:
-Ne dis pas ça.
Il se pencha au-dessus de Merlin, le regardant de ses yeux bleu clair, avec intensité, et ajouta doucement :
-Ce n'est certainement pas à cause de moi que tu te perdras, Merlin. J'y veillerai personnellement.
-Mmm, fit Merlin, en laissant les mains d'Arthur se poser sur lui.
Elles étaient douces dans cette vie. Elle n'avaient pas les cals que leur avaient laissé le maniement de l'épée, dans la première. Merlin aimait la manière dont elles le touchaient en ce moment, effleurant la ligne de sa mâchoire, le côté de son cou, l'os qui se dessinait sous la ligne de ses épaules. Elles ressemblaient à des papillons. Et les yeux d'Arthur avaient quelque chose d'hypnotique, noyés de lumière, teintés d'une expression rêveuse tandis qu'il l'observait avec fascination.
-Tu te souviens... à Acétir, dit doucement Arthur. Le jour où tu m'as montré ta magie... pour la première fois.
Merlin hocha la tête.
Bien sûr qu'il se souvenait.
-Tu m'as demandé... si j'avais confiance en toi, continua Arthur dans un murmure.
-C'est vrai, se rappela Merlin.
-Aujourd'hui, c'est à moi de te poser la même question...
Merlin cligna des yeux.
-Est-ce que tu as confiance en moi, Merlin ? demanda Arthur à mi-voix.
Merlin sentit les larmes lui monter aux yeux.
Le regard d'Arthur remplissait tout son champ de vision, et, malgré tous les prétextes auxquels il avait pensé un peu plus tôt pour répondre non, la réponse évidente était :
-Oui.
Arthur sourit, comme si ce « oui » faisait de lui l'homme le plus heureux du monde, puis, Merlin vit son beau visage se froncer légèrement, alors qu'il reprenait lentement, d'un ton pensif :
-Tu te souviens de ce que tu m'as dit, juste avant de lancer ton sortilège de vérité.
Merlin acquiesça en silence.
Arthur l'encouragea du regard, comme pour tester sa mémoire, et il ne put s'empêcher de sourire.
-Je vous ai dit... n'ayez pas peur .. je vous promets que vous n'aurez pas mal, souffla-t-il, d'une voix qui tremblait légèrement.
Il effleura tendrement la joue d'Arthur, et ajouta avec tendresse :
-Vous aviez peur, mais vous avez été très courageux...Vous m'avez laissé... entrer en vous, avec ma magie, et vous montrer ce que j'avais besoin de vous faire voir... J'imagine... que ça n'a pas dû être facile, pour vous... de lâcher prise comme ça... et de me laisser faire...
-Non. Ca n'a pas été facile, répondit Arthur, avec un sourire. Mais tu m'as fait ressentir quelque chose de tellement... extraordinaire, ce jour-là, Merlin. C'était... c'était magique. Tu vois, je ne m'attendais pas... pas du tout... à être transporté, comme ça, mais je n'ai jamais regretté de t'avoir fait confiance. Je n'ai jamais regretté d'avoir surmonté mes peurs, et de m'être... donné à toi.
Merlin posa sa main à plat sur le cœur d'Arthur et le sentit battre sous ses doigts.
Arthur posa sa main sur la sienne et la pressa avec force.
-Merlin, souffla-t-il, avec tendresse. N'aie pas peur. Je te promets que tu n'auras pas mal.
Merlin sentit les larmes déborder légèrement de son regard, et il eut un sourire.
-Je n'ai pas peur à cause de vous, Arthur, souffla-t-il. Je vous connais. Je sais que vous ne me ferez pas mal.
-Tu ne peux pas avoir peur de ta propre magie, Merlin, répondit Arthur., en secouant la tête. Elle non plus ne peut pas te faire mal.
Merlin baissa les yeux.
-Vous parlez de ma magie comme si vous étiez amoureux d'elle, Sire.
-Elle est bien amoureuse de moi, répondit Arthur. Que tu le veuilles ou non...
Merlin souffla avec un regard amusé :
-La traîtresse.
-Merlin, dit Arthur, dans un murmure. Il est temps. Tu sais. De lâcher prise .
Merlin ferma les yeux, pour ne plus sentir que la main d'Arthur posée sur la sienne, forte, calme et confiante.
Puis il les rouvrit, regarda son Roi, et dit, à voix basse:
-C'est d'accord, Sire. Vous pouvez m'avoir.
Le sourire joyeux d'Arthur illumina son visage, et Merlin ne put s'empêcher de rire intérieurement en ajoutant pour lui-même : adorable crétin que vous êtes.
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooo)
Merlin laissa les mains, et les lèvres d'Arthur, prendre possession de son corps dans une pluie d'offrandes chaleureuses et désordonnées.
Au milieu de toutes ces attentions inhabituelles, son plus grand sentiment était... d'être profondément aimé, ce qui était à la fois surprenant, intimidant, et... très agréable. Il ne se souvenait pas d'avoir jamais été l'objet d'autant de dévotions dans sa première vie (dans la deuxième, évidemment, il y avait eu le jour de son anniversaire. Merlin ne pouvait pas s'empêcher d'être fier d'Arthur , étant donné d'où il était parti quelques dizaines de siècles plus tôt. « Dis-moi, Merlin, est-ce que tu sais marcher sur les genoux ? » s'était transformé en « Ca te dirait, un petit massage à l'huile de lavande ? ».Il fallait quand même avouer qu'Arthur avait énormément progressé dans sa réincarnation...Merlin devrait penser à remercier Morgane pour ça... elle avait vraiment fait du bon travail avec lui.).
Il se focalisa sur la pensée qu'il se laissait aimer, plutôt que sur les moments maladroits, comme celui où ils se retrouva la tête empêtrée dans sa chemise tandis qu'Arthur tirait dessus comme un forcené pour essayer de le décoincer, ou celui où Arthur jura en se battant contre ses chaussures tandis qu'il s'exclamait d'un ton frustré : « mais qu'est-ce que c'est que ces lacets ? », ou celui où Arthur s'insurgea sur le fait qu'en dépit des boxers qu'il lui avait offerts, Merlin portait encore ce fichu slip spiderman en guise de dessous sexy.
A ce stade, Merlin fut incapable de se focaliser plus longtemps, et sentit poindre la crise de panique.
Arthur roula des yeux en lui disant d'arrêter de jouer les vierges effarouchées, ce à quoi Merlin lui rappela, cramoisi, qu'il ne jouait pas.
Ils eurent un fou-rire effréné qui apaisa un peu les tensions et reconnurent tous les deux qu'ils n'en menaient pas large.
Arthur finit par ordonner à Merlin de fermer les yeux, et Merlin découvrit que c'était une bonne idée, non, parce qu'il n'avait pas envie de voir Arthur (il aurait pu regarder Arthur pendant des siècles, juste pour s'assurer qu'il était bien vivant et parfaitement lui-même), mais parce qu'il était un peu effrayé de se voir, lui, et de découvrir que toute cette idée de débridage de traumatisme était, au fond, vaguement ridicule.
De temps en temps, dans un sursaut de conscience, il pensait : je me suis fait avoir comme un débutant par une énorme manœuvre du Crétin Royal déguisé en Parfait Petit Ami et je vais le regretter amèrement jusqu'à la fin de mes jours.
Mais ça ne durait jamais bien longtemps, parce qu'Arthur était patient, attentionné, et plein de tendresse, et qu'il aurait fait fondre n'importe quel marshmallow avec ses caresses, au point que Merlin se prit à imaginer qu'il s'était finalement réincarné en chat et se mit à multiplier les soupirs.
Après bien des sursauts, et quelques protestations étouffées (qu'Arthur était très fort faire taire avec ses lèvres) Merlin qui se sentait comme drogué ouvrit les yeux pour vérifier où ils en étaient et vit le slip spiderman accroché à la lampe de chevet.
Avec une inspiration effrayée, il referma précipitamment les yeux en se maudissant d'avoir été trop curieux et s'accrocha à Arthur, le cœur battant, ce qui lui valut un : « Merlin, franchement, on croirait une fille », (sur un ton attendri), suivi d'un baiser rassurant.
Les baisers avaient l'avantage de détourner l'attention du reste (notamment du : « oh mon Dieu je suis dans les bras Arthur et je n'ai plus un seul vêtement sur moi », qui revenait un peu trop fréquemment, et qui avait tendance à lui donner envie de s'enfuir en courant, pour s'enfermer à double tour dans la salle de bains et mourir d'une crise cardiaque).
Arthur non plus n'avait probablement plus un seul vêtement sur lui... mais Merlin n'avait pas le courage de vérifier ce qu'il en était vraiment.
Il ne voulait pas non plus savoir où Arthur le touchait, ni ce qu'il lui faisait au juste, mais il n'arrivait pas à s'empêcher de pousser des « oooo » et des « aaaa », parce qu'une chose était certaine, les sensations étaient... vraiment troublantes, surtout quand Arthur effleurait certains endroits comme (NON, NON, N'Y PENSE PAS MERLIN), et il n'avait qu'une envie, c'était qu'Arthur s'approche encore plus près, au diable tout le reste.
C'est pourquoi, quand le vortex de douceurs s'interrompit, et Merlin ouvrit les yeux, déstabilisé, pour faire face au visage de son ami, qui se trouvait juste au-dessus de lui.
-Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il, un peu perdu. Est-ce qu'on a... terminé ? Parce que je ne suis pas très sûr que ça ait débloqué ma magie.
Arthur eut un très large sourire et dit d'un ton dépassé :
-Merlin, tu es désespérant.
-Arthur, ce n'est pas gentil de se moquer..., dit-il en rougissant. Je suis sérieux...
-Je sais bien... dit Arthur, les yeux ronds. C'est ça qui est énorme.
Il eut une expression attendrie et ajouta gentiment:
-Tu es vraiment unique, Merlin. Il n'y en a pas deux des comme toi.
-Merci ? répondit Merlin, touché. Vous pouvez... continuer, vous savez... ça ne me dérange pas.
Arthur eut un sourire en coin.
-J'avais remarqué, nota-t-il. Juste... juste... j'avais besoin de savoir... est-ce que tu es prêt ?
Merlin constata qu'Arthur, avec l'air d'être un peu nerveux sous ses dehors très sûr de lui.
-Prêt... à... ? fit-il, distrait, en clignant des yeux.
-Pour que je... je... bégaya Arthur. Tu n'as vraiment pas la moindre idée de ce que nous sommes en train de faire, n'est-ce pas ?
-Pour être honnête, j'essaie de ne pas trop y penser, reconnut Merlin avec un sourire.
-C'est bien ce que je me disais, nota Arthur, dépassé. Alors... c'est le moment où... où je... enfin... si tu es toujours d'accord. Alors est-ce que je peux...
Merlin le trouva touchant, et, en essayant de ne pas éclater de rire, il répondit : « oui », principalement pour éviter qu'Arthur ne commence à s'embrouiller dans des explications techniques qui les embarrasseraient tous les deux. Il n'était pas si idiot qu'il en avait l'air. Il avait quand même une petite idée du point auquel ils en étaient. Il sentait le corps nu d'Arthur peser légèrement contre le sien, et les jambes d'Arthur qui avaient trouvé le moyen de se glisser entre les siennes, et cette chaleur incroyable qui émanait de la zone indistincte de son bassin, là où les caresses avaient été si grisantes un peu plus tôt, et bien sûr, il sentait Arthur, et il se sentait plutôt retourné de sentir Arthur de cette manière-là contre lui, parce que ça lui donnait vraiment l'impression d'être une collégienne de quatorze ans (avec les papillons dans le ventre, les bouffées de chaleur, le cœur qui battait la chamade, et tout le reste).
Mais néanmoins, ses yeux s'arrondirent de surprise à la première poussée, parce que rien n'aurait pu le préparer à... l'effet que ça pouvait faire, de sentir Arthur, à l'intérieur de lui, de cette manière-là, ni à la vague de chaleur qui l'envahit.
Arthur esquissa un sourire en coin.
Merlin s'empourpra légèrement, détourna les yeux, et se mordit la lèvre, embarrassé par ses réactions.
Il n'avait peur, parce qu'il savait... qu'Arthur faisait attention. Arthur faisait toujours attention, il était juste... comme ça, et Merlin lui faisait vraiment confiance... pour que la partie pratique se fasse en douceur.
Mais par certains côtés, c'était tellement... étrange... et aussi... un peu inconfortable.
Maintenant, il fallait juste qu'il évite de penser trop précisément à ce qu'ils étaient en train de faire pour ne pas regarder cette image de manière extérieure (éviter de penser tout court était encore mieux, mais c'était difficile, parce qu'il était un peu stressé tout à coup, et que son esprit avait tendance à se focaliser sur des détails stupides quand il était stressé. Comme le fait qu'Arthur soit en train de... Merlin, non, ne pense pas à ça... dans... LA FERME, MERLIN, LA FERME).
Il inspira profondément, et il essaya de se familiariser avec la sensation, totalement abasourdi par le fait qu'ils en soient finalement arrivés là.
Il ne savait pas quoi faire de lui-même, et il se dit que le mieux était d'éviter de bouger, et d'attendre. Arthur se souda un peu plus à lui, Merlin s'accrocha un peu plus étroitement. Et ils restèrent là, immobiles.
Eh bien, pensa Merlin, réjoui, après quelques secondes, avec l'impression d'avoir passé l'épreuve du feu. Finalement, ce n'était pas si terrible.
Malheureusement, ce fut le moment que choisit Arthur pour parler.
-Merlin, dit-il d'un ton un peu perturbé, est-ce que tu ne pourrais pas être un peu plus...
-Un peu plus quoi ? demanda Merlin aussitôt, le cœur battant d'inquiétude.
-Coopératif ?
Merlin cligna des yeux.
-Je fais ce que je peux, Sire, dit-il, en s'empourprant complètement.
-Je suis sûr que tu peux faire mieux que ça, l'encouragea gentiment Arthur.
-Comment ?
Arthur essaya de lui expliquer.
-Avec Guenièvre...
Merlin eut un choc, alors que l'autre partie de ses souvenirs lui revenait brutalement, celle qu'il n'avait pas encore examinée parce qu'il était tellement tourneboulé d'avoir enfin compris qu'Arthur était mort, mais qu'Arthur était vivant.
Celle où Arthur était complètement, parfaitement, et heureusement marié.
Marié à Gwen, qui était à la fois : la première rencontre coup de cœur que Merlin ait faite à Camelot, la meilleure amie qu'il ait jamais eue, la seule personne qui l'ait défendu quand Arthur avait essayé de le tuer à mains nues après avoir découvert ses pouvoirs, la Reine qui avait rendu possible la réhabilitation de la magie pour lui prouver à quel point elle tenait à lui, et la mère de Galaad, que Merlin aimait comme son propre fils, parce qu'il était le fils d'Arthur, et de Gwen, et de la magie, et...
-Oh mon Dieu. Mon Dieu, Gwen, s'exclama-t-il, en se traitant d'idiot pour ne pas avoir pensé à elle plus tôt, et la confusion la plus totale l'envahit. Comment allons-nous lui expliquer ça ? C'est... c'est...
-Ne pense pas à ça maintenant, Merlin, s'exclama Arthur.
-Mais si, au contraire ! dit-il, paniqué. Elle va m'étrangler. Je veux dire, si j'étais elle, je m'étranglerais à coup sûr ! Je veux dire : vous êtes mariés, et qu'est-ce que ça fait de moi ? Je veux dire : Gwen est mon amie, et je ne peux... vraiment pas... faire ça avec son mari ! Ce serait... Ce serait...
-Merlin. Guenièvre comprendra, dit Arthur, d'un air très sûr de lui.
-Vous avez toujours une appréciation aussi fine de la psyché féminine à ce que je vois, ironisa Merlin. Vous allez voir comment elle comprendra. Quand vous écoperez d'un coup de poêle sur la tête, et qu'elle commencera à jeter toutes mes affaires dehors en me traitant de gogoboy pour avoir fait ça avec vous. C'est... c'est une mauvaise idée, Arthur, on devrait tout arrêter maintenant, avant que...avant que...
-Merlin, dit Arthur, en fronçant les sourcils. Arrête de t'inquiéter pour sottises. Guenièvre ne va pas te traiter de gogoboy ! Elle te passe toujours tout de toutes façons... il n'y a qu'à voir... les disputes qu'on a pu avoir toi et moi : elle était toujours de ton côté... et jamais du mien ! Crois-moi, si elle décide de balancer les affaires de quelqu'un par la fenêtre, ce sera les miennes,, et ensuite elle te donnera du « pauvre Merlin, qu'est-ce qu'Arthur t'a encore fait », et en prime, tu auras droit à un câlin. Mais... elle ne le prendra pas mal de toutes façons. Parce que je lui dirai... je lui dirai... que je l'ai fait pour ton bien.
-Pour mon bien ! répéta Merlin, incrédule.
-Quoi ? C'est la vérité, s'exclama Arthur.
La réalité de la situation rattrapa soudain Merlin, et il n'aurait pas pu se sentir plus embarrassé, parce qu'il y avait quelque chose de vraiment affreux à s'entendre dire ce genre de chose dans un moment pareil, et qu'il était un peu à cran.
Ce fut sans doute pour ça qu'il éclata brutalement, dans un déluge de protestations :
-Merci de me rappeler à quel point je suis irrésistible. Je me sens beaucoup mieux, là, tout de suite. C'est fou... vous venez de passer, quoi, deux heures ? A me convaincre de faire ça avec vous ? Et vous osez claironner que c'est seulement pour mon bien. Pas parce que vous en avez envie. Ni parce que vous êtes sensible à mon charme. Ni parce que vous êtes obnubilé par cette histoire de magie... non, seulement POUR MON BIEN. Couchons avec ce pauvre Merlin deux fois vierge histoire de le débrider POUR SON BIEN. Deux vies passées dans l'ignorance, mais je suis un Roi très généreux, la preuve regardez ce que je fais à mon serviteur POUR SON BIEN. Et là, vous attendez probablement que je m'étrangle de reconnaissance... vous êtes... vous êtes vraiment un crétin, Arthur Pendragon, dit Merlin, les larmes aux yeux.
Il aurait bien voulu se dégager d'en-dessous d'Arthur pour filer s'enfermer dans la salle de bains, maintenant. Il aurait voulu... mais bon sang, il ne pouvait pas bouger sans avoir l'impression qu'un évènement effrayant (type : fission nucléaire) menace de se produire en un point très embarrassant de sa personne, et il se sentait déjà bien assez humilié comme ça.
-Merlin...
Arthur lui lança un regard implorant.
-S'il te plaît...J'en ai vraiment envie, tu le sais. Tu as bien plus adorable que tu ne l'imagines et je suis très loin de faire ça seulement pour ton bien. Mais vraiment, ne t'inquiète pas pour Guenièvre. Puisque je te dis qu'elle comprendra.
-Mais... mais.., protesta Merlin avec une petite voix..
-Au lieu de de penser à ce que dira Guenièvre, essaie donc de penser comme elle..., s'impatienta Arthur.
-Je ne suis pas... elle, signala Merlin, d'un ton plat.
-Je m'en étais rendu compte, signala Arthur amusé. Elle a beaucoup moins d'os que toi. Et beaucoup plus de cheveux. Et des formes très différentes...
-Arthur ! s'écria Merlin, indigné.
-Ceci dit, tu peux quand même prendre exemple sur elle... Parle un peu moins, et un sois peu plus... entreprenant, tu veux ?
Merlin le regarda, en détresse.
-Ca ne va pas marcher, dit-il, en plein stress. Ca ne va pas marcher, ça ne marche pas.
-Merlin,... tu recommences à t'angoisser pour rien. Il n'y a aucune raison que ça ne marche pas, dit Arthur. Détends-toi et essaie juste... de te concentrer, tu veux ?
Merlin ferma les yeux, respira profondément, compta jusqu'à dix, et essaya de se reprendre.
-Vous voulez que je me concentre sur..., reprit-il, perdu.
-Je ne sais pas, sur ce que tu sens, par exemple ? proposa Arthur, comme s'il parlait à un idiot.
-Oh.
Merlin cligna des yeux, et esquissa un sourire retors, parce que ça ressemblait fort au jeu du qui aime bien, châtie bien, et Arthur avait largement mérité sa réponse.
-Je sens quelque chose dans mon...
-Merlin ! coupa Arthur, choqué.
Merlin étouffa un fou-rire.
-Ce n'est pas... le moment de blaguer ! s'indigna Arthur.
-C'est vous qui m'avez demandé de décrire ce que je sentais.
-Je parlais de tes... sentiments, pas de ça !
-Je vous assure que c'est un très gros sentiment, dit Merlin, d'un ton sarcastique.
-Merlin, ça suffit !
-Alors, nous en sommes là, même au lit, il faut que vous décidiez de tout ! s'exclama-t-il. Franchement, Arthur... je n'arrive pas à le croire. Moi qui pensais que vous vous étiez amélioré...
-De nous deux, c'est moi le Roi, lui rappela Arthur, d'un ton catégorique.
-Parce que vous croyez que je pourrais l'oublier ? Ca fait deux vies que je suis au service de Sa Majesté. Merlin, polis mon armure. Merlin, lave le sol. Merlin, nettoie mes chaussettes. Merlin, passe l'aspirateur. Merlin, fais mes dissertations. Merlin, ne bavarde pas pendant que je te...
-Merlin ! dit Arthur, abasourdi par son langage.
Merlin eut un sourire plein d'humour.
Arthur roula des yeux.
-Nous n'allons jamais y arriver dans ces conditions, soupira-t-il.
-Moi, ça me détend de faire la conversation. Je fais toujours la conversation quand je me sens nerveux. Vous devriez savoir ça, depuis le temps. Et vous pourriez comprendre que la situation... me rende un peu nerveux. Après tout, c'est la première fois de ma vie que je me retrouve dans une position pareille, et j'avoue que je ne sais pas trop comment m'y prendre. Et ne me regardez pas comme ça, ce n'est pas la peine de me faire les gros yeux ce n'est pas ça qui va m'aider. Ce qui m'aiderait plutôt, c'est -
-Merlin ?
-Oui ?
-La ferme, dit Arthur, en lui prouvant qu''il savait très bien comment l'aider.
Et Merlin obéit, parce que son baiser était vraiment très convainquant.
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooo)
Que vais-je bien pouvoir faire de lui ? pensa Arthur, absolument submergé de tendresse, en regardant Merlin, suspendu à son cou, les yeux dilatés, les lèvres entr'ouvertes, les cheveux en chaos.
Il devait bien avouer, qu'il n'avait jamais rien vécu d'approchant avec personne.
D'accord, Arthur n'était pas précisément très expérimenté en la matière.
Il avait longtemps attendu avant de passer aux choses pratiques, dans sa première vie. A chaque fois qu'une opportunité s'offrait à lui, l'image de son père s'interposait entre lui et sa réalisation, et entendre Uther affirmer d'une voix tranchante comme le couperet du bourreau : «N'oublie pas ton devoir, Arthur» avait tendance à le ramener sur terre aussitôt quand parfois son esprit battait la campagne.
Avant que Merlin ne devienne son serviteur, il lui était arrivé, de temps en temps, de regarder les jeunes filles, mais l'affreuse idée qu'il pourrait tomber amoureux, qu'elles pourraient tomber enceintes, que son père l'apprendrait, et que tout finirait mal, était suffisante pour calmer ses envies aussitôt.
De toutes façons, faire ce genre de chose n'aurait pas été honorable...
Et après avoir rencontré Merlin... il s'était tout simplement retrouvé beaucoup trop occupé pour songer à quoi que ce soit d'approchant.
Puis, il était tombé amoureux de Guenièvre, et, ils avaient attendu le mariage avant de se découvrir de cette manière-là (mais avec tout le temps qu'il passait à s'exercer au combat, et à envoyer des objets à la tête de Merlin, il avait réussi à prendre son mal en patience).
Ceci dit, Arthur avait quand même été marié, pendant cinq ans.
Et il avait toujours eu l'impression qu'ils étaient plutôt doués dans ce domaine, lui et Guenièvre.
Elle était beaucoup moins bavarde que Merlin, et franchement moins confuse quand il s'agissait de savoir où on en était, et à un certain stade, elle se transformait en vrai tourbillon, bien que ce soit souvent celui où s'embrouillaient ses propres pensées.
En comparaison, Merlin donnait l'impression de ne pas du tout savoir quoi faire de lui-même.
Il y avait un côté adorable et familier à sa maladresse, qui touchait Arthur.
Il se souvenait de la timidité avec laquelle Merlin l'avait effleuré, la toute première fois, avec sa magie, aussi délicatement que s'il avait peur de le blesser, et il la retrouvait dans la manière dont il se comportait maintenant.
Il savait que ses tentatives pour essayer de plaisanter, de bavarder, et de se disputer avec lui, étaient destinées à éviter de montrer à quel point il ne savait que faire de lui-même.
Il avait envie de recouvrir son ami de baisers quand il le regardait avec cette expression vulnérable dans ses grands yeux bleus qui disait : j'ai confiance en vous, ne me décevez pas.
Arthur savait à quel point Merlin lui faisait confiance, pour le laisser venir en lui, de cette manière-là et il sentait une chaleur débordante le submerger lorsqu'il réalisait à quel point son ami frissonnant s'abandonnait à lui, le souffle court, les yeux dilatés, le corps ouvert.
Il regardait son visage taillé à la serpe, il se noyait dans l'expression de son regard bouleversé, et il voyait tant de choses, parce que Merlin était tant de choses à ses yeux : son confident le plus proche, un véritable idiot, le garçon de dix-sept ans qui adorait la barbe à papa, son serviteur d'autrefois, l'homme le plus courageux qu'il ait jamais rencontré, le merveilleux magicien qui lui avait tout appris, la meilleur part de son coeur...
Il y avait tant de facettes différentes de cette même personne qu'était Merlin, et Arthur les aimait toutes, indistinctement;de la plus vulnérable à la plus puissante, en passant par chacune des nuances qui se trouvait entre elles, parce que...
Merlin était Merlin, et pouvoir être en lui, de cette manière-là, était comme de rentrer chez soi. C'était ce qu'il voulait lui faire sentir, à présent à quel point il lui appartenait, à quel point ils étaient l'un à l'autre, quelles que soient les combinaisons dans lesquelles ils pouvaient se retrouver, pour lui prouver, que, sous l'une, ou l'autre de ses formes, la beauté qu'il distinguait en lui, dans le bleu de son regard plein d'amour, dans la courbe de son visage offert, était toujours la même, transcendant de loin tout ce qui pouvait exister d'autre dans sa magie essentielle, détruisant les frontières du temps, et de la mort elle-même.
Merlin était magique, il fallait juste... qu'il s'en souvienne, en retrouvant, cette part de lui qu'il avait perdue, et qu'il rejetait encore. Arthur pouvait la sentir, endormie en lui, attendant de s'ouvrir comme une fleur, et de se tendre vers lui pour renaître. Au-delà de l'émotion qu'il éprouvait à être si intimement uni à Merlin d'une manière physique, et du désir anatomique, qu'il ne pouvait nier (Merlin était séduisant, contrairement à ce qu'il pensait, malgré, ou peut-être, à cause, de sa confusion) c'était la plénitude de son âme qu'Arthur recherchait, c'était l'abandon de son être qu'il voulait provoquer, c'était l'éveil de la Source qu'il recherchait à travers lui, et, ce fut dans un murmure implorant qu'il pria, du plus profond de son cœur bouleversé :
-Donne-toi à moi.
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooooo)
Oh, pensa Merlin, lorsqu'Arthur commença à bouger en lui, et, pour ne pas perdre pied dans ses sensations, il ouvrit grand les yeux, et il regarda.
Arthur, qui se tenait au-dessus de lui, lumineux, magnifique, les muscles tendus, les lèvres entr'ouvertes, les cheveux dans les yeux, les yeux pleins de douceur.
Arthur, qui l'implorait en silence : donne-toi à moi.
Arthur ressemblait à un athlète, soulevé de cette manière-là, sur ses paumes, les muscles de ses épaules et de ses avant-bras tendus, la veine qui remontait le long de sa gorge saillant légèrement sous l'angle de sa mâchoire décidée. Merlin avait toujours trouvé qu'Arthur avait un beau corps (sans aucune arrière pensée, évidemment. En fait, plus il y réfléchissait, et plus il avait l'impression d'avoir pendant longtemps été asexuel, un peu comme Gérard. A moins qu'il n'ait simplement été très naïf. Mais maintenant, il n'était plus vraiment asexuel. Et il n'était pas tout à fait certain d'être gay non plus. On pouvait sans doute dire qu'il était totalement Arthurophile, ceci dit, même si la définition du néologisme restait à poser.)
S'il avait dû comparer Arthur à un animal, il aurait dit que c'était un lion, parfaitement découplé pour la chasse.
Dans son ancienne vie, Arthur était plus étoffé que dans celle-ci, à force de combats en armure et de pérégrinations en pleine nature, mais il avait conservé les mêmes lignes épurées, la même vigueur féline . Le contraste entre la force dynamique de sa posture ramassée, offensive, et la vulnérabilité de son expression, était d'autant plus saisissant, tandis qu'il cherchait Merlin des yeux, les pupilles dilatées, l'air à la fois tendre et féroce, le regard implorant.
Donne-toi à moi.
A chaque poussée où Arthur s'avançait plus profondément en lui, Merlin s'accrochait juste un peu plus fort, le souffle court, avec l'impression que son ami toquait doucement à une porte close à l'intérieur de lui.
Quand Arthur murmurait : « donne-toi à moi... », il avait envie de lui répondre, mi-riant, mi-haletant «Arthur, j'ai passé deux vies à donner de ma personne pour vous, et je viens quand même d'accepter qu'on fasse ça ensemble... je ne vois pas comment je pourrais faire mieux!»
Il se sentait amusé, agacé, attendri, parce vraiment, il n'y avait qu'Arthur, pour ne pas pouvoir se contenter de tout ce qu'il avait déjà, même quand ce tout incluait ce qu'il était en train de faire à Merlin maintenant, il n'y avait qu'Arthur, pour en vouloir... à ce point, toujours plus.
Merlin se souvenait aussi que c'était une des choses qu'il préférait en lui, sa volonté de toujours rechercher le meilleur, dans les autres comme en lui-même, et il ne pouvait pas lui en vouloir, de manifester cette qualité maintenant.
Après tout, il lui avait dit : « vous pouvez m'avoir », et ce n'était pas maintenant qu'il allait faire marche arrière, certainement pas alors qu'il sentait l'amour d'Arthur monter en lui par vagues pour le remplir, certainement pas alors qu'il sentait l'âme d'Arthur, tournée vers la sienne, certainement pas alors qu'il sentait le corps d'Arthur, bouger lentement, vigoureusement, à l'intérieur du sien, comme si sa vie en dépendait...
Il ne pouvait pas faire un geste, hypnotisé par l'expression de ses yeux implorants, mais à chaque poussée où Arthur avançait plus profondément en lui, il ressentait une fulgurance, et la porte close qu'il avait verrouillée tremblait légèrement sur ses gonds.
-Je t'en prie... souffla Arthur. Merlin, je t'en prie.
Et Merlin frissonna, parce que le Roi était insatiable, n'est-ce pas ? Même maintenant, il n'était pas encore rassasié, et il continuait de chercher, avec la même ferveur, pour trouver, la seule chose que Merlin ne pouvait pas lui donner... parce qu'il était tellement effrayé à l'idée d'ouvrir cette porte..
-Je te veux... entièrement, murmura Arthur, en le regardant dans les yeux, avec adoration.
Mais ce n'était pas vraiment lui qu'il regardait, n'est-ce pas ? Et Merlin sentit les larmes inonder son visage, se sentant soudain si fragile, et si terrifié.
-Je suis entièrement à vous, répondit-t-il, en se blottissant contre lui,. Ne pouvez-vous pas le sentir ? Il n'est rien de moi que je ne vous donnerais pas. Seulement, ce n'est pas moi que vous voulez, c'est... ma magie.
-Non, Merlin, dit Arthur en secouant la tête, paniqué. Non, non, non.. s'il te plaît... ne pleure pas.
-Vous êtes déçu. Parce que vous pensez que je ne suis rien sans elle. Mais je suis... moi, Arthur... je suis toujours moi. Je suis votre...Merlin. Et je vous aime... tellement. Je suis vraiment désolé que ce ne soit pas suffisant à vos yeux.
-Ne dis pas ça, souffla Arthur, en embrassant son visage aimé. Tu sais que c'est faux, tu le sais. Merlin...
-Désolé, répéta Merlin, en se mordant la lèvre, à travers ses larmes.
Et soudain, dans un éclair de sagesse, Arthur comprit. Merlin ne pourrait jamais réaliser, comment il se sentait, s'il ne le lui montrait pas, parce que les mots étaient impuissants pour exprimer certaines choses, comme l'amour immense et multiple qu'il éprouvait pour lui, ou le désir qui le poussait vers la magie, ou le fait que toutes les facettes qui existaient en eux étaient indissociables dans les visages infinis du lien primordial qui les unissait. Même le contact physique le plus intime et le plus tendre ne pouvait parvenir à exprimer la force de ce lien, parce qu'il ne permettait de l'exprimer que dans une seule des dimensions où il prenait sa source. Il n'existait qu'un seul moyen. Et c'était celui que Merlin avait employé, dans ce qui était le point central de leur première vie, lorsqu'ils s'étaient retrouvés, à Acétir, quand Merlinl avait donné Arthur de comprendre voir, et ressentir, qui il était, et ce qu'était sa magie.
Arthur devait accomplir le même miracle pour Merlin, à présent. Il devait renverser le souvenir de la révélation pour donner à son ami de le comprendre, comme il l'avait compris à l'époque. Alors, enfin, ils pourraient se rejoindre, et reformer le cercle parfait qu'ils étaient destinés à redevenir.
Ayez la foi, Arthur, lui avait dit Merlin, autrefois, quand il avait tiré de la pierre, l'épée qui était le symbole de sa royauté... et il avait puisé cette foi en Merlin, puisqu'il ne pouvait la trouver en lui-même...
Tu m'as rendu ma foi quand je l'avais perdue, et aujourd'hui, je vais faire la même chose pour toi, pensa Arthur, submergé par l'amour
Il chercha la clé dans sa mémoire, il se souvint, du jour où il s'était penché sur Merlin, pendant la bataille de Nemeth, pour réveiller Emrys endormie en lui afin qu'elle les sauve. La magie avait répondu à son appel ce jour-là. Elle était remontée vers lui, et elle lui avait obéi. S'il l'avait fait alors, il pouvait le faire lui suffisait d'avoir la foi, et de croire en lui-même. Il ancra son regard à celui de Merlin et se tendit vers le lien qui l'unissait à lui, de tout son être. Il laissa son cœur se découvrir, comme si c'était une offrande, et il implora :
J'ai besoin de ton aide, Emrys. Je ne peux accomplir ce miracle sans toi, parce que je ne suis rien sans ta force enchanteresse. Mais toi, tu peux l'impossible.Même me changer en magicien. Même devenir ma voix et mes mots maintenant qu'ils me manquent. Je t'en prie je t'en prie;transporte-nous, à Acétir, et aide-moi à faire voir à Merlin... qui je suis vraiment. Aide-moi à lui montrer ce que je dois lui faire comprendre.
Il sentit quelque chose frémir avec douceur en réponse à son appel, à l'intérieur du lien, comme si la Source venait de lui faire un sourire, et il sentit l'émotion l'envahir alors que quelque chose d'indicible s'inclinait devant lui ...
La chambre s'effaça alors que se déployaient tout autour d'eux les hautes frondaisons des grands arbres d'Acétir, comme dans une vision, comme dans un rêve. Merlin était dans ses bras, .son Merlin, qui venait de lui dire, avec des larmes plein les yeux : « je vous aime tellement... je suis vraiment désolé que ce ne soit pas suffisant à vos yeux », mais à présent, la forêt était tout autour d'eux, bruissante de chants, noyée de lumière, si réelle qu'Arthur pouvait sentir le vent contre son visage, et le soleil sur sa peau. Il en aurait pleuré de gratitude, parce qu'il sentait, il sentait la magie prisonnière, qui lui promettait, cachée dans le lien : je vais t'aider...
Merlin, qui était nu dans ses bras, étendu sur un lit de pervenches, regarda autour de lui avec étonnement, stupéfait, et souffla d'une voix effrayée :
-Arthur ? Arthur, que s'est-il passé ? Comment se peut-il que nous soyions ici ?
-C'est moi, répondit-il, le cœur battant, n'osant croire qu'il avait réussi. C'est moi... Merlin... je nous ai... ramenés.
-Dans... le passé ? dit Merlin, sans comprendre.
-Non, répondit Arthur, en secouant la tête avec force. Nous sommes dans le présent, ne le sens-tu pas ? Juste... j'avais besoin... de t'emmener ici.
-Arthur..., dit Merlin, avec inquiétude. Pourquoi... pourquoi...
-Merlin, n'aie pas peur... dit Arthur, affermi par le sentiment puissant qui s'ouvrait en lui.
Parce que la lumière l'inondait tout entier, et parce qu'aujourd'hui... c'était son tour.
Son tour d'accepter le sacrifice, son tour de provoquer la révélation.
Il avait trouvé le moyen, il avait trouvé le chemin, et il éprouvait tout cet amour, non plus, dans le chaos désordonné d'un désir impossible, mais dans la joie immaculée d'une paix profonde.
Aujourd'hui, il allait montrer à Merlin, qu'il était son égal, dans l'immensité de la bonté essentielle.
Il sentit sa gorge se serrer alors que son regard plongeait dans celui de son ami, et il souffla, tremblant d'émotion :
-Je sais que tu m'aimes.
Merlin cligna des yeux, des larmes sur ses joues, et répondit d'une voix effrayée :
-De toute mon âme.
-Et je sais que tu ferais n'importe quoi pour moi, continua doucement Arthur.
-C'est vrai, dit Merlin, les pupilles dilatées. Mais... Arthur... la magie...la magie... je ne peux plus... et, je voudrais... je voudrais...tellement... que vous puissiez accepter...
-Tu voudrais ne plus l'utiliser, formula Arthur, pour lui.
Merlin hocha lentement la tête dans ses bras, et Arthur toucha son visage, avec un sourire.
-Merlin, que tu es libre, murmura-t-il. Et quoiqu'il arrive, ça ne changera rien à ce qui repose de mon cœur, ni au fait...que je resterai toujours à tes côtés. N'en doute pas un instant. C'est là qu'est ma place. Quoi que tu décides d'être.
-Vraiment ? demanda Merlin en pleurant à chaudes larmes.
-Vraiment, dit doucement Arthur. J'aime ta magie, mais je t'aime avant tout, toi. Tu es ce qu'il y a de plus précieux dans ma vie, et si tu me demandes, de renoncer à elle... pour toi, alors, je le ferai.
-Je sais, que c'est beaucoup vous demander, dit Merlin, en touchant son visage en retour. De m'accepter juste... comme ça. En tant que moi. Un moi... ordinaire... et sans grand intérêt.
-Merlin, coupa Arthur avec un sourire. Ne dis pas ça. Tu ne seras jamais ordinaire à mes yeux. Et tu sais... tu sais que je serais prêt à faire n'importe quoi pour toi, n'est-ce pas ?
-Même ça ? demanda Merlin, avec inquiétude.
-Oui, dit Arthur, sans hésiter. Même ça.
Le visage de Merlin s'illumina d'un tel bonheur, et d'un tel soulagement, qu'Arthur en fut bouleversé. Avait-il vraiment eu cette expression-là, quand Merlin avait prononcé ces mêmes paroles pour lui, autrefois ?
-Je ne sais pas quoi dire, souffla Merlin, submergé de reconnaissance, comme il l'avait été, à l'époque.
Et Arthur vit son « merci » déborder de ses grands yeux.
-La décision te revient, Merlin, dit-il, avec ferveur. C'est à toi et à toi seul de la prendre, et tu as ma parole que je la respecterai, quelle qu'elle avant ... j'ai une faveur à te demander... et je te supplie... de ne pas me la refuser...
Il regarda Merlin, et lui sourit d'un sourire qui exprimait bien plus que tous les mots. Merlin lui rendit son sourire, incrédule, parce qu'il commençait à comprendre ce qui allait suivre et qu'il n'arrivait pas à croire, qu'Arthur soit vraiment en train de faire ça.
-J'ai quelque chose à te montrer, Merlin. Quelque chose d'extrêmement important, qu'il faut que tu voies. Je voudrais que tu m'autorises à utiliser ta magie pour faire ça, une dernière fois. C'est quelque chose que je ne peux te faire voir qu'en elle. Si après ça, tu me demandes encore de choisir, entre elle, et toi, je te choisirai, toi, je t'aimerai sans elle et je te promets, que nous n'aurons plus jamais à revenir dessus.
Merlin hésita un instant. Etait-il prêt à laisser Arthur utiliser sa magie ? Etait-il prêt à regarder ce qu'il avait à lui montrer ? Une part de lui était en effroi à la simple pensée d'avoir à entrer en contact avec ses pouvoirs de sorciers. Mais d'un autre côté... c'était Arthur. Arthur qui l'emmenait à la fête foraine et qui lui achetait de la barbe à papa. Arthur qui le serrait dans ses bras toutes les nuits pour calmer ses cauchemars. Arthur qui apaisait ses crises d'angoisse et qui séchait ses larmes, et qui le recouvrait de baisers avec une telle tendresse, et qui le touchait avec une telle dévotion; et qui était immergé en lui à présent, et qui ne pourrait jamais, jamais lui faire mal, pare qu'il l'aimait au point de l'avoir ramené ici, comme à travers le prisme inversé d'un miroir, pour les faire échanger de place dans ce rêve étrange.
Merlin voulait voir ce qu'Arthur avait tant besoin de lui montrer. La curiosité était plus forte que la peur. Alors il dit :
-D'accord.
Et il ajouta :
-Juste. Allez-y doucement, d'accord ?
-Ne t'inquiète pas, murmura gentiment Arthur. Je te promets que ça se passera bien. Tu as confiance en moi, n'est-ce pas ?
-J'ai confiance en vous, dit Merlin. Allez-y, je suis prêt...
Arthur posa délicatement les mains sur les tempes de Merlin, de part et d'autre de son visage... et Merlin frissonna au contact de sa peau fraîche. Ils étaient l'un contre l'autre. Le champ de vision de Merlin était entièrement rempli par l'image d'Arthur.
-Détends-toi, Merlin. Je te promets que ça ne fera pas mal.
Aide-moi, Emrys, pria Arthur, en ouvrant son cœur à sa foi en la magie. Et les grands arbres d'Acétir s'inclinèrent sur lui dans un sourire, alors que de l'amour puissant, immense et inaltérable qu'il ressentait pour Merlin, jaillissait la lumière dont il voulait l'envelopper, celle-là même qui lui avait fait comprendre à quel point il était aimé, dans une autre vie.
Lui aussi, ne pensait qu'à servir, qu'à protéger, qu'à guérir, parce que telle était la nature de sa royauté, cette royauté que Merlin lui avait enseignée, Merlin, qui lui avait tout appris, qui lui avait tout donné. Merlin devait comprendre, ce qu'il avait fait pour lui, autrefois...
Laisse-moi te donner tout ce que je suis en retour, pensa Arthur, et, étendant ses perceptions, il s'ancra en Merlin dans la lumière, corps et âme.
Merlin ouvrit les yeux, pour regarder Arthur, au-dessus de lui, rayonnant d'amour, étincelant de lumière, ruisselant de foi, beau comme le courage, majestueux comme la royauté. Et il sentit, une lumière dorée pénétrer dans son cœur pour l'envelopper d'une douceur qu'il n'avait encore jamais éprouvée. C'était celle de l'amour qu'Arthur avait pour lui, confortable comme un matelas de plume, sucrée comme le miel sous la langue, savoureuse comme une pomme dégustée dans un champ sous un beau ciel d'été. C'était un amour plein d'une force inconcevable, plein d'une joie débordante et fraternelle, rempli de générosité et de patience, où se mêlaient le désir, la tendresse, l'indulgence, l'admiration et la reconnaissance. Et cet amour était tout autour de lui, pour lui, et aussi, en lui, là où le corps d'Arthur rejoignait le sien, là où le cœur d'Arthur s'ouvrait au sien. Il ne s'était jamais senti aussi bien de toute sa vie, chéri, protégé, magnifié comme s'il était devenu, par la grâce de cet amour, un diamant étincelant, et la source de toute lumière. Il aurait pu rester là pour l'éternité.
Il était...
Il n'était plus Merlin.
Il avait seize ans et il s'appelait Arthur. Il avait vécu toute sa vie en s'entendant répéter qu'un homme pensait avec sa tête, et non, avec son cœur. Et il s'efforçait d'appliquer ce principe. Parce qu'il était né prince, soumis à son devoir, aux désirs intransigeant de son père, aux attentes de tout un peuple qui espérait en lui, et aux exigences d'un destin qui pesait si lourd sur ses jeunes épaules.
Ne pas réussir à se monter digne de sa naissance était sa plus grande crainte, et c'était pourquoi il ne cessait de se mettre lui-même à l'épreuve... parce qu'au fond de lui, il n'était pas sûr, d'avoir autant de valeur que les autres lui en accordaient. Arthur Pendragon n'avait pas foi en craignait de manquer de noblesse. Il aurait voulu être aussi confiant qu'il le prétendait, mais il avait tellement peur. Peur de décevoir, peur d'échouer, peur de ne pas se montrer à la hauteur, peur de faire un mauvais souverain parce qu'il était faible.
Barricadé derrière l'apparence du jeune homme sûr de lui qu'il était censé être, Arthur se sentait tellement seul.
Jusqu'au jour, où, dans la cour du château, un garçon au regard bleu, sensible et perçant, avait, au premier contact, recherché la vérité sous les apparences, balayant l'illusion des titres, et du destin qui aveuglaient les autres comme s'ils étaient sans importance pour l'affronter les yeux dans les yeux, de personne à personne.
Ce garçon était frondeur, impossible, déstabilisant, plein d'humour, charmeur, maladroit, courageux, mystérieux, mais il était surtout capable de faire ce que nul autre ne pouvait, en-dehors de lui : voir qui était vraiment Arthur, et réveiller ce qu'il en lui le meilleur pour l'aider à s'améliorer.
Grâce à sa présence, grâce à ses conseils, grâce à sa foi inébranlable, Arthur pouvait grandir en tant qu'être, en tant qu'homme, apprendre à s'écouter, et à faire confiance à la voix de son cœur.
A chaque fois qu'il tombait, le garçon au regard perçant et sensible dont il avait besoin comme d'une béquille dans son existence, parce qu'il savait aussi bien le réconforter, et l'assister, que le mettre au défi quand il en avait besoin, était à ses côtés pour l'aider à se relever fidèlement, et l'affermissait sur ses pieds.
Parce qu'il avait son amour comme soutien, même lorsqu'il manquait de foi en lui-même, Arthur était capable d'accomplir l'impossible. Comme vaincre un dragon, ou retirer une épée d'un rocher. Comme protéger son peuple, et sa terre bien-aimée. Comme devenir pas à pas ce grand roi dont il doutait tant d'avoir l'étoffe.
Merlin vivait, à travers les yeux d'Arthur, tous les évènements qui avaient émaillé leur première existence. Pour la première fois, il partageait sa perplexité, son incompréhension, ses incertitudes, ses peurs, et surtout, sa soif de comprendre. Comprendre ce qui lui échappait, encore et toujours, comprendre ce sentiment, d'être à deux doigts de la vérité, mais de ne jamais pouvoir l'embrasser tout à fait...
Arthur avait l'impression de se déplacer à tâtons dans le noir tout le temps, obligé d'agir à l'aveugle, et c'était seulement grâce au courage de son cœur pur qu'il parvenait à avancer comme il le faisait, alors qu'il se sentait tellement égaré la plupart du temps.
Merlin était sa lumière, son éclat de rire, son bras droit, et le seul, qu'il puisse vraiment appeler son ami. Merlin alimentait son courage d'une manière qu'il ne comprenait pas lui-même. Mais malgré son aide précieuse, et sa sagesse, et la foi que Merlin pouvait avoir en lui, la recherche de la vraie noblesse, et de la vraie lumière, qui était le cœur de la vie d'Arthur, ressemblait à une quête impossible, et désespérée, à cause des limitations qui s'imposaient à lui, et il se sentait toujours comme un aveugle essayant désespérément d'ouvrir les yeux, pour voir, sans y parvenir.
Si seulement il avait pu savoir...
Savoir pourquoi lui, et ce qu'il devait faire, pour devenir enfin digne de son destin.
Et puis, un jour, sous les grands arbres de la forêt d'Acétir, Arthur avait réussi son épreuve. Il avait fait le saut de la foi. Et il avait embrassé la lumière, lorsqu'il avait accepté de s'ouvrir au baiser de la magie... la magie qui était l'amour, l'amour qui était Merlin, Merlin qui l'avait choisi, et dont l'espérance seule, pouvait le rendre digne. Face à l'éclat de la vérité qui était descendue pour venir à sa rencontre, Arthur avait ouvert les yeux, et il avait été couronné Roi par l'amour de son serviteur. Sa soif inextinguible avait été apaisée, quand il avait compris, qu'il n'avait rien à prouver, qu'il n'avait rien à redouter mais qu'il n'avait qu'à se laisser aimer...
Il s'était abandonné à la lumière, il s'était offert à sa tendresse, il avait senti sa bonté lui pardonner toutes ses fautes, il avait senti sa confiance guérir tous ses doutes, et il laissé sa joie inonder son cœur. Les bras ouverts, il avait embrassé la lumière, et elle l'avait emporté aux portes de l'éternité, où elle lui avait offert la plénitude; une plénitude d'une profondeur et d'une intensité qu'il n'avait jamais pu oublier.
Dans toutes les épreuves qui avaient suivi, dans tous les moments de grâce, dans tous les combats, dans tous les voyages Arthur, était resté uni à la lumière qui avait transformé sa vie, rempli d'une foi que rien ne pouvait lui enlever; la foi qu'il avait placée dans le pouvoir qui avait choisi de le servir, ce pouvoir qui était au cœur de l'amour de Merlin, Merlin, son serviteur, son ami, son idiot, son miracle, son magicien.
Merlin qu'il savait bien plus sage, et bien plus grand qu'il ne l'était lui-même, et qui pourtant, avait choisi de lui appartenir, et de le compléter, lui faisant le plus beau cadeau qu'il aurait jamais pu espérer.
Merlin qu'il aimait plus que sa propre vie, à cause de tout ce qu'il avait fait pour lui, mais surtout, à cause de qui il était.
Merlin sentait. Il sentait l'amour émerveillé qu'Arthur avait pour lui, et le besoin vital qu'Arthur avait de lui. Et il était submergé, retourné, bouleversé, de se découvrir à ce point désiré, à ce point essentiel. Rien de ce qu'Arthur voyait en lui ne faisait peur. Rien de ce qu'Arthur voyait en lui ne faisait mal. Et c'était avec une confiance sans limites que le grand Roi qu'il servait se tendait vers lui en lui demandant humblement.
Protège-moi, aime-moi, éclaire-moi, guide-moi. Car tu es la confiance que je ne saurais avoir en moi-même, et la bonté à laquelle j'aspire, l'amour sans lequel je ne saurais vivre, et la magie de l'univers tout entier à mes yeux...
Dans cette vie comme dans l'autre, et dans toutes celles qui viendront encore, nous sommes les deux faces de la même pièce, Merlin, et cette pièce ne peut exister sans ta magie.
Parce que ta magie fait partie de toi.
C'est la lumière dont tu es né, la lumière que tu portes en ton coeur, la lumière que tu es, et la lumière qui m'a sauvé, protégé, guéri, couronné, et aussi, celle que j'aime...
Je sais ce que tu ressens. J'étais comme toi, avant.
Moi aussi, avant de savoir, j'avais peur de cette part de ton être.
Mais ce jour-là, sous les grands arbres de la forêt d'Acétir, tu a changé toute ma vie... quand tu m'as fait comprendre la vérité.
Et maintenant, tu connais aussi ma vérité, tu sais qui je suis, et tu sais aussi, ce que je ressens.
Pour moi, Merlin, ta magie est belle, forte, fidèle, et claire comme la lumière du matin qui seule a le pouvoir de rendre toute chose belle et brillante... et j'ai foi en elle en sa bonté, en sa tendresse... en son jaillissement miraculeux.
Car, Merlin, tu es mon diamant, ma force, et mon espérance.
Je ne peux être moi-même si tu ne te tiens pas à mes côtés.
Et j'ai besoin de toi dans ma vie pour être moi-même. De toi, tout entier. Pas seulement d'une moitié de ce que tu pourrais être.
Les yeux de Merlin étaient inondés de larmes.
Il regarda le visage lumineux de son Roi penché sur lui, qui l'étreignait tendrement, et il s'exclama :
-Oh, Arthur. Arthur, je vous demande pardon. Je ne savais pas... je ne savais pas... à quel point... c'était essentiel... jamais je ne vous priverai de ma magie jamais je ne vous demanderai de vivre sans elle. Sa lumière existe pour vous, tout comme je n'appartiens qu'à vous, et c'est à vous de décider ce que vous voulez en faire.
-Sois libre, souffla Arthur, le regard irradié.
Et il se pencha sur Merlin pour l'embrasser. Merlin se précipita à sa rencontre pour lui répondre, de tout son cœur, de tout son être. Il sentit l'amour d'Arthur pénétrer en lui à travers ses lèvres, et il s'arqua vers lui en s'ouvrant en retour, transcendé, éperdu. Il n'était rien qu'il puisse refuser de donner à l'homme qui se tenait au-dessus de lui. Il n'était pas une seule part de lui dont il veuille le priver. Leurs larmes se mêlaient sur leurs visages, leurs souffles se mélangeaient à travers leurs lèvres, leurs corps s'épousaient comme s'ils ne formaient plus qu'un, et les deux arcs implorants de leurs êtres se précipitaient l'un vers l'autre dans leur désir désespéré de reformer le cercle qui avait été détruit à Camlann. Ils étaient Arthur et Merlin, dix-sept ans, réincarnés dans l'avenir, le maître, et le serviteur d'autrefois, les amis fidèles qui étaient prêts à tout sacrifier l'un pour l'autre, les enfants de la Source, le Roi Présent et A Venir, et le Plus Grand Magicien de tous les Temps, deux enfants, deux hommes, et aussi, deux principes complémentaires.
Ils étaient toutes ces choses à la fois, et l'amour qu'ils se faisaient était aussi profond, changeant, multiple, et éclatant, que la nature merveilleuse de leur lien puissant et insaisissable. Les souvenirs rugissaient autour d'eux, alors qu'ils s'embrassaient comme deux compagnons qui avaient passé leur vie à s'épauler, à se soutenir, et à combattre côte à côte, comme les deux faces d'une même pièce au métal en fusion, comme un seul et même être que ni la mort ni le temps ne pouvaient séparer. Il y avait quelque chose d'haletant, de profond, de désespéré dans ce baiser, quelque chose d'essentiel, de vital et de révélateur, quelque chose d'Avalon au-delà des frontières du monde invisible.
Ils étaient à la fois, sous les voûtes sacrées de la forêt d'Acétir, dans une chambre d'hôtel de la ville de Bristol, au-dessus de l'autel du Sanctuaire, et ailleurs, dans le Saint des Saints de la Source, quand Merlin sentit son désir rejoindre celui d'Arthur.
Il voulait être la lumière pour son Roi à nouveau, il voulait briller et brûler, et guérir, et servir, et offrir, et protéger, et secourir, et renaître, pour scintiller comme le diamant qu'il était dans ses yeux, et qui battait dans son cœur... ce cœur où était sa place, sa place où il revenait, enfin, comme l'épée, à la main, comme la magie, à la terre.
Je viens vers vous, pensa Merlin, et il sentit son âme éclater d'amour alors qu'il plongeait en lui-même, à travers la chaleur de leur étreinte, dans laquelle ils ne formaient plus qu'un seul cercle.
Au cœur du cercle, une porte flamboyante se dessina, ouverte par le don, l'abandon, l'amour qu'ils partageaient sous tant de formes, et le plaisir qui fulgurait en eux. La magie était dans leurs corps emmêlés de désir et dans leurs baisers étincelants. La magie était dans leur histoire et dans le cœur de la source. La magie était dans le lien qui les unissait et dans la manière dont ils se révélaient l'un l'autre quand ils se regardaient.
Elle émanait de Merlin en spirales dont Arthur sentait chaque onde merveilleuse,
Je vous aime, disaient ces grands yeux d'or, qui le regardaient, avec adoration, et avec un sanglot de joie, Arthur sentit la magie de Merlin se ramasser sur elle-même comme un miracle alors que la pierre de l'autel se mettait à bouger, sur l'île.
Dans la chambre voisine, Morgane tomba à genoux, une main sur son coeur, et murmura, comme dans une prière : Arthur... ramène-la... j'ai foi en toi, mon frère...
Sous toutes leurs formes, et sous tous leurs visages, ils se retrouvaient à présent, et quand Arthur sentit leur lien se reformer, il courut joyeusement, comme s'il avait des ailes, à la rencontre de la lumière qui fusait vers lui pour le submerger comme une vague. De l'autre côté du baiser qui les soudait, Arthur sentit la magie de Merlin s'élancer à sa conquête pour le remplir de sa chaleur dorée, miraculeuse, vibrante et joyeuse, lui apportant la plénitude mystique qui répondait à son désir le plus profond, venant combler le manque et la solitude.
C'était tellement magnifique, tellement puissant, tellement doux, tellement fort, et tellement, tellement Merlin, qu'Arthur sanglotait sans pouvoir se retenir alors qu'il se sentait pénétré par la magie.
Comme cette sensation lui avait manqué, comme cet amour était immense !
Il était en Merlin, et Merlin était en lui... Ils étaient face à face, au centre de la Source, et ils se souriaient... Ils étaient dans les bras l'un de l'autre, dans la forêt d'Acétir, et ils s'embrassaient à perdre haleine... Et dans la chambre d'hôtel de Bristol, alors qu'ils faisaient l'amour à un rythme de plus en plus effréné, Merlin affamé qui poussait Arthur toujours plus loin en lui, les yeux étincelants, ouvrit la bouche dans un grand cri alors qu'il lâchait prise.
Arthur sentit la puissance de la magie qui remontait dans leur lien éclater à la fois dans son corps, et son âme, l'emportant tout entier, comme une déferlante.
Il s'accrocha à Merlin, qui s'arquait en-dessous de lui, et ils décollèrent ensemble, emportés par la force du double orgasme qui les traversait.
Dans les îles Scilly, la magie, en jaillissant à la surface, fit éclater la pierre de l'autel avant de se répandre sur le monde dans une déferlante, comme un geyser, bondissant joyeusement par-delà l'océan, se répandant avec une fougue irrépressible à travers la terre, renaissant avec une ferveur nouvelle dans les coeurs de ses enfants abandonnés, alors que le monde qui était resté si longtemps silencieux se remettait enfin à chanter.
-Tu avais raison, Dame Morgane... la magie n'était pas destinée à n'être plus qu'un symbole, murmura Alator, avec un sourire, en regardant la pierre fendue de l'Ile des Bénis,d'où jaillissait l'intarissable geyser de la Source.
Et agenouillée dans sa chambre d'hôtel, Morgane renversa la tête en arrière en riant de joie, poussant un cri libérateur alors qu'elle sentait la magie couler à nouveau dans ses veines, plus pure et plus merveilleuse que dans ses plus beaux souvenirs, brisant les murs de sa douleur, de sa solitude, et de son insatisfaction. Elle pouvait sentir la Source à présent, la Source dont la magie libérée jaillissait en geyser, et l'esprit d'Aithusa déploya ses ailes dans le torrent libérateur du pouvoir pour l'entourer de son puissant amour et s'exclamer avec force : Morgane... Morgane... regarde... tu as réussi !
-Nous avons réussi, lui répondit-elle, les yeux irradiés.
Toutes ses peines, toutes ses souffrances, tous ses sacrifices, disparaissaient effacés dans la lumière du bonheur éclatant qu'elle ressentait maintenant, parce que le meilleur avenir de la Dragonne Blanche s'était enfin accompli, et qu'elle se savait pardonnée pour toute ses fautes. Le culte pour lequel elle avait vécu venait de renaître. Elle avait sauvé le futur. Elle était une magicienne qui venait de retrouver sa magie. Et elle était une femme libre de vivre enfin pour elle-même... et de tracer son propre chemin.
-Leoth, souffla-t-elle, et la lumière apparut dans sa main, mais il lui semblait, que c'était son être tout entier qui était devenu une lampe.
Cité des Lilas, bâtiment G, Wildor fou de joie s'écria :
-Oh mon Dieu, Thomas, TU AS SENTI CA ?
-Elle est revenue ! La magie est revenue ! s'exclama Thomas, en sentant le pouvoir remonter en lui d'un seul coup, avec une puissance phénoménale. Béni soit Merlin, bénie soit la magie, nous sommes tous sauvés ! Nous sommes libres !
Et soudain, le salon se retrouva tout crépitant d'arcs-en-ciels, alors que les disciples du Sanctuaire laissaient éclater leurs pouvoirs retrouvés... Marika était en train de pleurer de joie dans les bras de Grèse, Dorian regardait avec adoration la flamme qu'il venait de faire apparaître dans sa main, Gili était à genoux et remerciait la Source, Blanche et Séléné, accrochées au cou l'une de l'autre, flottaient en apesanteur au milieu du salon, et au milieu de cette grande explosion de bonheur, la petite Mina se mit à rire aux éclats.
-Regardez ! Regardez ! dit Elma, subjuguée, tandis que son bébé ravi faisait des loopings dans les airs. Ma fille vole ! MA FILLE VOLE !
A quelques pâtés de maisons de là, Mona Lisa, les yeux ronds, regarda la cafetière, l'aspirateur, et les manuels d'histoire qui gravitaient dans les airs sous ses yeux,et s'écria :
-Paul ! Paul ! PAUL ? Viens ici tout de suite, on a des esprits frappeurs dans la maison !
-Je t'avais dit que ce n'était pas une bonne idée, les séances de spiritisme... Oh mon Dieu, Mona, je sens un truc, là, j'ai... VIENS VOIR CA !
Yin qui regardait une émission de télé-réalité en essayant péniblement de suivre les conversations se retrouva subitement à se demander comment les participants pouvaient tenir un discours si stupide, et il réalisa soudain qu'il comprenait l'Anglais. Au même moment, Amy passa devant lui en courant, poursuivant son djembé qui jouait tout seul à un rythme endiablé, et le téléphone sonna.
-Il s'est passé quelque chose avec mon cerveau et je sais parler ! cria-t-il dans un Anglais parfait.
-Il s'est passé quelque chose avec mes oreilles et je peux entendre ! hurla Amir à l'autre bout du fil.
Enlacés dans leur chambre, Gérard et Eléa se regardèrent avec un air perplexe en se demandant : "Est-ce que c'était vraiment notre orgasme ou celui de quelqu'un d'autre ?". Et Gérard dit à sa bien-aimée d'un ton très sûr de lui : "c'est décidé, l'asexualité n'est plus faite pour moi", prouvant qu'il avait encore, jusque là, quelques doutes.
Alors que Geoffrey se regardait devant le miroir et constatait la bouche grande ouverte que toute son acné avait disparu, Matthias ferma les yeux, et se tendit vers la lumière qui brûlait à l'intérieur de lui, en pensant à tous les médecins qui lui avaient répété : "vous ne marcherez jamais plus" après l'accident qui l'avait jeté dans son fauteuil. Jésus a bien ressuscité Lazare, pensa-t-il, le coeur battant. Allez, Matthias. Lève-toi et marche. La lumière dorée déscendit le long de ses jambes, il sentit un picotement au bout de ses orteils. Il détacha les sangles qui attachaient ses jambes. Il posa ses bas sur les accoudoirs.
Et il se redressa, debout, sur ses deux pieds. Puis, il fit un pas en avant. Le coeur débordant de gratitude.
-C'est un miracle, s'exclama-t-il. Dieu est descendu sur terre aujourd'hui. C'est un miracle. C'est de la MAGIE !
Au 22 Bayswater Road Guenièvre sourit dans ses rêves, alors que l'esprit lumineux de Galaad se penchait sur elle pour effleurer son front en murmurant : "Je suis presque là".
Dans la forêt d'Acétir, sous la voûte des grands arbres, des milliers de fleurs multicolores terminaient de s'épanouir autour des deux silhouettes enlacées d'Arthur et Merlin qui s'embrassaient encore, pendant que dans la chambre d'hôtel de Bristol, où le lit gravitait, à deux mètres du sol, avec les sacs, la lampe de chevet, et le slip Spiderman, au milieu des globes de lumière dansants qui dansaient au plafond, les corps tremblants des deux jeunes gens retombaient sans force l'un contre l'autre, dans les derniers soubresauts de l'orgasme le plus spectaculaire qui ait sans doute jamais été expérimenté de mémoire d'homme. Au même moment, dans le coeur de la Source, au milieu de la lumière fantastique dont ils étaient irradiés, Merlin reprit sa respiration et regarda Arthur d'un air secoué en disant:
-Wow.
Et Arthur, accroché à lui, incrédule, pantelant, demanda d'un air hésitant :
-Euh... c'était... nous... ça ?
Puis il eut un sourire rayonnant et il affirma :
-Si c'était vraiment nous, purée, ça déménage !
-Moui, pas si mal, champion,... pour une première...,reconnut Merlin, avec un petit sourire amusé, en haussant un sourcil.
-Pas mal ? Qu'est-ce qu'il te faut pour être impressionné ! Et après, c'est moi qui ne suis jamais content... Et c'est quoi, ce "pour une première" ? Tu espères remettre ça tous les jours ? dit Arthur, en riant.
Merlin rougit jusqu'à la racine des cheveux.
-Je n'ai jamais dit ça.
-Je vois ça d'ici. Panique au Titanic ! Ceci dit, ça ferait une super bande dessinée. "Qu'est-ce qui se passe avec la planète ?" "Rien, rien, une petite inversion des pôles, deux ou trois comètes, la routine". "Tu crois que c'est la fin du monde ?" " Non, c'était Merlin, il vient juste d'avoir un orgasme". 'Quoi, Merlin, ce lui qui est gay ?".
-Arthur ! dit Merlin, en lui donnant une tape, indigné.
-Mais mon Merlin ne sait pas ce que c'est de faire les choses à moitié, quelle idée ? Sa virginité, il la garde pendant deux mille ans, et quand il décide enfin de tirer un coup, il le fait dans trois dimensions différentes, et quand il a un orgasme n'importe quel magicien à cinq cents miles à la ronde le partage, qu'est-ce que vous croyez ! Franchement, pourquoi ne pas partager, ce n'est pas la peine d'être égoïstes... et puis, c'est tellement bon...
-Arthur ! tu es infernal, tais-toi, tais-toi donc ! dit Merlin, rouge pivoine, en essayant de lui plaquer une main sur la bouche.
-Ceci dit, je t'avais bien dit qu'il ne fallait pas s'inquiéter... c'était simple comme de faire du vélo..., continua Arthur, comme s'il était soûl. Enfin, pour la première partie, parce que pour le reste... ça ressemblait plutôt au kitesurf, enfin, pour la partie où le lit était en train de tournoyer en l'air... et laisse-moi te dire, Merlin... franchement, toutes ces fleurs... quelle fille tu fais !
-Ooooh, je le savais, que je n'aurais jamais dû accepter de faire ça avec toi ! Maintenant tu vas me poursuivre avec cette histoire jusqu'à la fin de mes jours !
Arthur rit, l'attrapa par le cou.
-Merlin, tu es vraiment un phénomène unique au monde.
-Sérieusement ! C'était si atroce que ça ? Arrête de rire ! Je n'ai aucun point de comparaison, ce n'est pas gentil de te moquer, et... oh, qu'est-ce que tu peux être mufle quand tu t'y mets !.C'est le moment où tu es censé me faire un câlin, et me dire que ça ne changera rien entre nous, et me promettre que tu ne raconteras pas ça à Gauvain quand vous irez boire un verre au pub tous les deux et que vous finirez bourrés à rouler sous la table comme à l'époque en Gaule.
-Merlin, la ferme, dit Arthur en l'embrassant joyeusement sur le nez. Tu es un coup absolument fantastique. Je te promets que c'est ça que je dirai à Gauvain.
-Arthur, je te préviens, je vais te transformer en crapaud si tu continues, maintenant que mes pouvoirs sont revenus !
-Si tu veux, Merlin, mais avant... il y a un petit souci que nous allons avoir à régler en urgence, et je pense... que tu ferais bien de nous ramener à Bristol vite fait.
-Ah oui ? Pourquoi ça ? dit Merlin, un peu confus.
-Parce que sinon, il va falloir expliquer au propriétaire de l'hôtel pourquoi il y a un arbre à l'intérieur de la chambre, dit Arthur, et il partit en fou-rire.
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooooooooo)
Ce chapitre était un hommage à Merthur, sous toutes ses formes :).
Vive les orgasmes. Vive la magie. Vive la liberté. Vive Merlin.
J'espère que ça vous a plu.
Et maintenant, je vais aller rependre de l'énergie, parce que je viens de passer... euh... les 12 heures de ma journée de samedi à vous faire cette surprise, et je suis complètement éclaté.
BIZZZ les amis ;)
