Hello, Hello!

Alerte Cliffhanger! Moi aussi je vous aime ;)

Enjoy & Review


This is what happens when you try to help people. You get screwed."
— Lauren Oliver - Before I Fall

Voilà ce qui arrive quand on essaye d'aider les gens. On se fait entuber.

Lauren Oliver – Before I fall.

Chapitre 36 : Screwed

Avec un grognement, Patmol se retrouva à nouveau prisonnier de la salle aux douze portes. Combien en avait-il essayé ? Depuis combien de temps tournait-il en rond dans ce labyrinthe ? Il avait perdu trop de temps dans la salle avec le voile, à tenter de percer le secret des voix qui chuchotaient son nom. Regulus. Il avait été certain de reconnaître Regulus. Et James… Il avait presque essayé de franchir le voile mais avait renoncé, refroidi par un pressentiment morbide.

Et il s'était désespérément remis en quête d'Harry sans parvenir à le trouver. Les portes qu'il franchissait l'emmenaient dans des pièces plus bizarres les unes que les autres où Harry n'était pas et, plus souvent qu'il n'aurait voulu l'admettre, il se retrouvait dans la salle d'où il était parti. C'était la quatrième fois qu'il revenait là et que les portes changeaient d'ordre autour de lui.

Le molosse laissa échapper un grondement, avertissant la force divine, en laquelle il ne croyait pas, qu'il en avait assez. Il valait mieux que la salle des prophéties soit derrière la porte qu'il s'apprêtait à pousser ou il ne répondait plus de rien.

La porte s'ouvrit sur une salle, qui tenait plus du couloir que d'une pièce, éclairée par des lueurs éclatantes. Il y avait des horloges partout. Sirius fit presque demi-tour mais… Son odorat surprit une odeur familière. Pas celle d'Harry mais une autre. Il ne parvint pas à identifier son propriétaire mais décida, malgré tout, de suivre son instinct.

Il se fraya un chemin dans le passage étroit entre les bureaux, remarquant, sans lui prêter grande attention, une énorme cloche de laquelle émanaient les volutes de lumière. Il trouva une autre porte, tout au fond, qui ne résista pas davantage que les autres à son poids.

Il sut immédiatement qu'il était finalement tombé sur l'endroit qu'il cherchait.

La salle était aussi haute, vaste et froide qu'une église. Partout autour de lui, il y avait des rangées d'étagères couvertes d'orbes en verre, enfouis sous des couches de poussières, qui scintillaient froidement à la lumière des chandeliers aux flammes bleus. Il y avait très peu de torches. Elles étaient disposées aux deux bouts de chaque longue rangée, d'après ce qu'il pouvait voir, et la majorité de l'endroit était plongé dans les ténèbres.

Ce qui lui convenait très bien.

Le molosse noir se fondit dans l'ombre, babines retroussées et crocs découverts.

Il ne sentait ni l'odeur d'Harry, ni celle de Snape.

Mais ça ne voulait rien dire. Ils avaient passé des mois dans un endroit mystérieux, il y avait des dizaines d'explications au fait que son odorat ne suffisait pas à retrouver leurs traces.

Ça ne signifiait pas que son filleul n'était pas caché quelque part par là, et il était bien décidé à le retrouver. Ensuite, il pisterait Snape et lui ferait regretter d'avoir menacé Harry.

Et, en chemin, il tenterait de découvrir pourquoi cet endroit empestait le rat.

°°O°°O°°O°°O°°

« J'aimerai qu'il soit noté que j'étais contre cette idée. » chuchota Draco, en quittant l'ascenseur en dernier.

Hermione l'ignora. L'ascenseur débouchait sur un long couloir au fond duquel se trouvait une porte noire et lisse. Elle la désigna d'un signe de tête, avec plus d'assurance qu'elle n'en ressentait en réalité.

« Par là. » décida-t-elle, comme s'il y avait eu une autre option.

Ron atteignit la porte en premier.

« Il n'y a pas de poignée. » déclara-t-il, perplexe.

« Gardez vos baguettes. » rappela Hermione, pour la quatrième fois. « Tout le monde se rappelle comment jeter un expelliarmus ou un stupefix ? »

« S'ils ne connaissaient pas ces sorts maintenant, c'est trop tard. » intervint Draco. « Soit on recule, soit on continue mais rester statique est le meilleur moyen de se faire repérer. »

Le regard d'Hermione glissa sur lui et revint vers Ron. Elle ne comprenait pas pourquoi le Serpentard avait insisté pour les accompagner. Ou plutôt, elle comprenait trop bien. Draco, malgré tout ce qu'on pouvait dire de lui, était loyal. Et ils étaient ses amis. Peut-être n'avait-il jamais voulu choisir un camp mais, au final, il avait été incapable de les laisser affronter seuls un tel danger.

Avait-il pris conscience de tout ce que son choix impliquait ? Elle supposait que oui. C'était un Serpentard après tout. Il avait bien dû songer qu'il y avait de bonnes chances qu'ils croisent Lucius, ou que son père soit quelque part sur le Chemin de Traverse, pris en étaux entre des flammes et des Aurors. Par principe, elle haïssait tous les Mangemorts mais, pour Draco, elle espérait que Lucius n'était pas au Ministère. Et elle espérait également qu'il n'aurait pas la bêtise de se faire tuer parce que son fils ne s'en remettrait pas. Elle avait vu Draco batailler avec ce qu'il éprouvait pour son père ces derniers mois, et elle ne doutait pas que, malgré son changement d'opinion radical sur la question Moldue, il aimait toujours Lucius et Narcissa de tout son cœur. Il n'avait rien dit mais elle avait déduit des quelques remarques de Blaise et Daphné qu'il y avait eu des tensions entre lui et ses parents. Si Lucius mourrait sans qu'ils aient pu avoir de discussion…

« Ouvre la porte. » ordonna-t-elle. Elle pointa sa baguette droit devant elle et imita de son mieux l'attitude des policiers, confrontés à ce genre de situation, dans tous les films qu'elle avait vus.

Il s'avéra qu'il n'y avait rien de dangereux de l'autre côté de la porte. Simplement une pièce circulaire, large et sombre, dont l'éclairage laissait à désirer, sur les murs de laquelle se trouvaient onze autre portes identiques à celle qu'ils venaient de franchir. Ron essaya immédiatement celle qui était à sa droite mais elle resta coincée. La tentative de Luna d'en ouvrir une autre ne fut pas plus réussie.

« Et maintenant ? » soupira Ginny.

Hermione tenta un alhomora mais la porte qu'elle avait choisie demeura désespérément close.

« C'est une autre mauvaise idée. » lança Draco, la main sur la porte qu'ils venaient d'emprunter. « Notez-le pour la postérité. »

Il la referma doucement.

Immédiatement, le sol se mit à vibrer et, avant qu'Hermione ait pu réagir, la salle se mit à tourner. Désorientée, elle étudia les portes. En apparence, rien n'avait changé, toutefois, elle aurait mis sa main à couper que les portes n'étaient plus au même endroit.

« Comment on va faire pour sortir d'ici ? » s'inquiéta Ron.

« On s'en préoccupera plus tard. » décida Ginny, en approchant d'une des portes. Elle la poussa sans attendre leur avis.

Le battant ne résista pas et s'ouvrit docilement. Ils se précipitèrent tous vers la quatrième année dans le même souci de la protéger, mais il n'y avait rien de dangereux dans l'énorme salle suivante. C'était une sorte d'arène avec des gradins de pierre. Il y avait une arche dans la fosse, au centre, avec une arcane de laquelle pendait un vieux rideau en lambeaux.

Hermione allait suggérer qu'ils essayent une autre porte quand Ginny sauta sans prévenir sur le banc du dessous.

« Vous entendez les voix ? » chuchota la quatrième année, en jetant à peine un regard en arrière.

« Les voix ? » répéta Ron « Quelles voix ? »

« Je les entends aussi. » annonça alors Luna, en entreprenant elle-aussi la longue descente vers la fosse.

« Je n'entends strictement rien. » déclara Ron, en se tournant vers elle, et Hermione ne put rien faire d'autre que de hausser les épaules.

« Les filles ! » appela-t-elle, dans un chuchotement agacé. « On n'a pas de temps à perdre. Il faut trouver Sirius avant que… »

« Ginny ! » s'écria son meilleur ami, en bondissant à son tour de banc de pierre en banc de pierre.

Alarmée, Ginny s'éloigna légèrement du voile qu'elle avait failli toucher. Luna l'avait rejointe et inspectait elle aussi le rideau déchiré comme s'il avait détenu les secrets de l'univers. De la part de la Serdaigle, ce comportement ne la surprenait pas mais de la part de Ginny ?

« Tu n'entends pas ? » insista la rousse, lorsque Ron les eut rattrapées. « Je connais ces voix… »

« Gin, il n'y a pas de voix. » s'énerva Ron. « Luna, reste là. »

« C'est stupide de descendre dans cette fosse. » protesta Draco, en attrapant le bras d'Hermione, alors qu'elle esquissait un geste pour rejoindre leurs amis. « Nous n'aurons aucune couverture en cas d'attaque. Rappelle-moi d'inclure des cours de stratégies à la prochaine réunion de l'A.D. »

« Il faut aider Ron. » répliqua-t-elle. « Cette… chose ne doit pas être naturelle, voilà tout. »

Draco grimaça et porta la main à l'amulette qu'il dissimulait sous sa chemise. La fameuse amulette qu'elle n'avait pas le droit de toucher parce qu'elle était soit disant trop dangereuse…

« Il n'y a rien de naturel dans cette pièce. » confirma-t-il, en jetant un coup d'œil nerveux alentours. « Il y a d'autres portes là bas. »

Il avait raison. Si elle plissait les yeux, elle pouvait juste discerner deux autres portes dans l'obscurité. Il suffisait de longer le banc de pierre sur lequel ils se trouvaient.

« On devrait s'en tenir à ces portes là. » contra Hermione, en désignant la pièce d'où ils venaient. « On va se perdre, sinon. Il faut agir avec méthode. »

« Cet endroit est un labyrinthe. » rétorqua Draco. « Tu n'as pas encore compris ? Nous sommes perdus au milieu d'un labyrinthe. Le meilleur moyen de se perdre dans un labyrinthe, c'est de revenir en arrière. » Ses yeux gris s'arrêtèrent sur leurs amis au centre de la fosse. « Nous devrions rester groupés. »

En bas, Ron paraissait avoir du mal à arracher Ginny et Luna à leur contemplation. Les deux quatrième année avaient les mains tendues vers le voile, et seule la poigne ferme du Gryffondor les empêchait de toucher le vieux morceau de tissu.

« Qu'est-ce qu'il a de si fascinant ce rideau ? » demanda-t-elle. Elle ne comprenait pas l'attrait qu'il pouvait présenter pour ses amies, cependant, elle se sentait bizarrement mal à l'aise en sa présence.

Elle se rendit compte que Draco ne l'avait pas encore lâchée lorsqu'il resserra légèrement sa prise sur son bras. Il n'eut pas l'air de s'en rendre compte. Il ne parut même pas réaliser qu'elle le scrutait ouvertement. Son regard était rivé sur l'arcane de pierre.

« Je n'entends pas les voix, mais l'amulette... » murmura-t-il, en enserrant le collier de sa main vide. « Je crois que la Mort est de l'autre côté du voile. »

Le côté rationnel d'Hermione lui interdisait formellement de croire à ce genre de balivernes. Elle attrapa fermement son poignet, ce qui sembla le ramener à la réalité.

« La mort est un processus, pas une entité. » objecta-t-elle, avant de parcourir la salle des yeux. Personne ne se cachait dans les coins. « Ron ! Oblige-les à remonter. »

Ce fut plus vite dit que fait.

Le temps que Ron parvienne à convaincre les quatrième année d'escalader les marches pour les rejoindre, Hermione était à moitié convaincue qu'ils arriveraient trop tard pour sauver Sirius. Ce fut avec contrariété qu'elle poussa la première porte qu'ils atteignirent, faisant signe à Draco d'ouvrir la seconde. Elles menaient toutes deux dans la même pièce. Elle ne comprit pas l'intérêt d'avoir installé deux portes, à un pauvre mètre d'intervalle, qui menaient au même endroit.

Ce n'était pas logique et ce qui n'était pas logique mettait Hermione mal à l'aise.

La pièce était longue et rectangulaire. De longues chaines en or soutenaient des lampes à la lumière douce. Elle était totalement vide, mis à par pour quelques bureaux qui entouraient un gigantesque aquarium, rempli d'un liquide vert foncé et à l'intérieur du récipient nageaient…

« Est-ce que ce sont des cerveaux ?! » s'exclama Ron, en s'approchant du réservoir.

« Ne sois pas stupide… » commença Hermione, mais elle s'interrompit parce que c'étaient des cerveaux. Des cerveaux d'un blanc nacré qui flottaient paresseusement d'un bout à l'autre alors qu'il n'y avait pas de courant…

« Ne vous approchez pas trop près. » recommanda Ginny. « C'est peut-être dangereux. »

« Avançons. » approuva Draco. « Il y a d'autres portes. »

Hermione cessa d'observer le ballet des… cerveaux pour parcourir les murs du regard. Il y avait effectivement d'autres portes. Déduisant qu'aller de l'avant était la meilleure solution, elle traversa la pièce et poussa une des portes.

« C'est impossible ! » s'écria-t-elle.

Elle était de retour dans la salle du rideau, mais… Elle se retourna, de l'autre côté de la salle, la porte était toujours ouverte… sur la pièce au rideau.

« Combien de ces fichus arènes y a-t-il ?! » demanda-t-elle, sans s'adresser à qui que ce soit en particulier.

« Qui te dit que ce n'est pas la même ? » répliqua Draco, en allant se poster sur le seuil de la première porte qu'ils avaient franchie.

Il lui fallut quelques secondes pour saisir ce qu'il sous-entendait mais elle se prêta à l'exercice de bonne grâce. Tout pour retrouver Sirius plus rapidement.

Elle pencha la tête dans la salle et scruta la demi-obscurité du regard… Là-bas, de l'autre côté de la fosse, Draco lui faisait un signe de la main. Elle se retourna brusquement.

« C'est impossible. » répéta-t-elle.

« C'est magique. » corrigea le Serpentard. « Essaye une autre porte. »

Luna avait déjà anticipé et poussait de tout son poids sur une des portes à sa gauche.

« Elle ne veut pas s'ouvrir. » déclara-t-elle. « Alohomora. »

Mais la porte resta désespérément close.

« Par ici. » offrit Ron, en désignant d'un geste la porte qu'il venait d'ouvrir.

Ils le suivirent tous dans une pièce qu'Hermione aurait été bien incapable de décrire. Il y faisait très sombre et une espèce de brume étrange s'élevait du sol par endroit. Mais le plus impressionnant était les répliques – Hermione espérait qu'il s'agissait de répliques – de planètes qui évoluaient autour d'eux.

« Cet endroit est très bizarre. » lâcha Luna, alors qu'ils étaient au milieu de la pièce.

Venant d'elle, c'était un euphémisme.

Hermione aurait pu jurer qu'à certains endroits, là où le brouillard était le plus épais, la gravité ne fonctionnait plus correctement. C'était comme s'il n'y avait plus de haut ou de bas, comme flotter dans l'espace… Elle commençait à se sentir comme Alice pendant sa descente vers le pays des merveilles.

« Je déteste les labyrinthes. » marmonna-t-elle, lorsqu'ils passèrent sous Saturne.

« Toi comme moi. » acquiesça Draco, en levant un peu plus sa baguette.

Plus ils avançaient, plus la pièce rétrécissait jusqu'à ne plus former qu'un étroit couloir qui déboucha sur une seule porte, elle s'ouvrit sans résister.

« C'est pas vrai ! » ragea Ginny, en découvrant la salle circulaire.

« Ce n'est peut-être pas la même. » hésita Ron.

« Il n'y a qu'une seule manière de le savoir. » décréta Draco, en poussant le Gryffondor à l'intérieur de la pièce.

Il ferma la porte avant que Ron ait pu protester, ignorant les cris horrifiés de Ginny et Luna. Hermione, elle, avait pointé sa baguette sur lui, le cœur au bord des lèvres.

« Ce n'est qu'une expérience. » lâcha-t-il, en levant les yeux au ciel. Il écarta le bout de sa baguette d'une main et rouvrit la porte de l'autre.

Ron, au centre la pièce, pivota vers eux avec des yeux ronds.

« Je suis arrivé par là, la salle a tourné. » déclara le lion.

« Parfait. » jugea Draco, en allant le rejoindre. « Nous savons maintenant que les portes sont fixes, à défaut d'où elles mènent. »

« Et que serait-il arrivé si elle ne s'était pas ouverte sur cette pièce ? » s'énerva Hermione, en le fusillant du regard. « Comment aurait-on retrouvé Ron ? »

Draco haussa les épaules.

« Le risque était minime. » se défendit-il.

« Préviens-moi avant de prendre ce genre de risque avec ma vie, la prochaine fois, mon vieux. » exigea Ron. « J'ai cru que j'allais faire une attaque. »

Hermione secoua la tête, avec une irritation croissante, et renonça à leur rappeler, qu'il n'y avait pas si longtemps, ils se seraient entretués avec plaisir. Elle n'était pas sûre de ne pas les préférer ennemis.

« Attends, Luna. » lança-t-elle, en voyant la blonde prête à refermer la porte. « Flambios. »

Sa baguette fendit l'air et un X fumant se grava sur la porte qu'ils venaient de franchir. Elle aurait dû penser à ça bien avant.

Une fois que la pièce se fut remise à tourner, Draco ouvrit une porte au hasard et émit un grognement.

C'était la salle du voile.

°°O°°O°°O°°O°°

Patmol longea une des allée en rampant, tentant, au mieux, de rester silencieux. Ses griffes cliquetaient parfois sur le sol de pierre s'il ne faisait pas attention, et il devinait instinctivement qu'un silence total jouerait à sa faveur.

La réverbération luisante de la lumière sur certains des globes rendait sa tâche compliquée. La salle des prophéties était un labyrinthe d'étagères, très mal éclairé, dont les zones d'ombres étaient impénétrables… Cependant, si on s'avisait de tourner la tête au mauvais moment, le reflet des chandeliers vous aveuglait.

Il arpentait les allées depuis plusieurs minutes, à présent, et n'avait trouvé aucune trace d'Harry. Dans un mouvement d'humeur incontrôlé, sa queue se mit à battre et renversa un des orbes de l'étagère. Heureusement, l'étagère était basse et le verre ne se brisa pas en touchant le sol. Mais le bruit, lui, se réverbéra dans toute la pièce, brisant la chape de silence qui recouvrait l'endroit.

Patmol resta figé, une patte en l'air, scrutant les alentours à la recherche d'un ennemi potentiel.

« Sirius ? »

Était-ce un chuchotement ? Était-ce un cri ?

Il aboya en réponse, trop heureux d'entendre la voix de son filleul pour se soucier de discrétion. Il pouvait protéger Harry de Snape. Il pouvait tuer Snape dans son sommeil, s'il le fallait. Snape n'était pas aussi bon que lui. Il ne l'avait jamais été.

« Sirius ! » l'appel se fit plus fort « Sirius, viens m'aider ! »

Patmol se précipita dans la direction de la voix et déboula dans l'espèce de couloir entre les deux rangées d'imposantes étagères. Il aperçut la silhouette qui l'y attendait et freina des quatre pattes… Un peu trop tard.

Il eut à peine le temps de reprendre forme humaine et de tirer sa baguette qu'elle lui échappait déjà des mains et volait dans la direction d'un autre homme, jusque là dissimulé dans l'ombre d'une étagère. La capuche de sa robe noire était rabattue sur son visage déjà caché par un masque d'ivoire ciselé.

Sirius tourna la tête à droite pour voir une autre silhouette émerger des ténèbres et, en dépit de tous ses discours, il sentit son estomac se nouer d'angoisse. Cette personne là ne se souciait pas de cacher son identité.

« Où est Harry ? » demanda-t-il.

Il constata avec soulagement que sa voix ne tremblait pas autant que ses mains.

« Harry ? » répéta Lord Voldemort, avec un amusement évident. « Mort. »

« Menteur. » accusa immédiatement Sirius, en faisant un pas vers lui. « Je l'ai entendu. Il a mon miroir. »

« Viens me sauver, Sirius… » supplia la voix d'Harry, dans son dos.

L'Animagus fit immédiatement volte-face, oubliant toute prudence.

Son regard croisa celui d'un homme qu'il n'aurait plus jamais voulu revoir autre part que mort à ses pieds.

Peter, le bout de sa baguette appuyée contre sa gorge, lui sourit, en sortant un miroir de sa poche de sa main libre. Le même miroir qu'il avait dans la sienne.

« Tous les Maraudeurs avaient un miroir, Patmol. » lâcha Pettigrow, avec la voix d'Harry. « Tu avais oublié ? Tu avais aussi oublié mon petit talent, je vois… »

Peter pouvait imiter leur voix à la perfection. C'était un de leur passe-temps favori lorsqu'il pleuvait. C'était parfait pour faire des farces.

« Tu n'es pas un Maraudeur. » cracha-t-il.

« Non. Je suppose que non. » répliqua Peter, en ôtant la baguette de sa gorge pour la pointer vers son ancien ami.

« Assez, Queudver. »

Voldemort n'éleva pas le ton. En fait, il n'y avait aucune intonation dans sa voix. Mais ça suffit à faire frissonner Sirius.

« J'espère que tu ne prendras pas ombrage du comité réduit, Sirius. » continua le mage noir, en le dépassant pour aller inspecter une des étagères. « Une affaire à résoudre en personne au Ministère… »

Ses longs doigts volèrent d'orbe en orbe avant de s'arrêter sur l'un d'entre eux. Le regard de Sirius se posa sur le numéro de la rangée : 97. La prophétie. Voilà ce que Voldemort était venu chercher, la prophétie. La prophétie à laquelle, Dumbledore l'avait juré, il ne s'intéresserait plus à présent qu'Harry avait disparu.

La prophétie que seul Harry et lui auraient pu retirer de l'étagère.

« Je me suis dit que je pouvais tout aussi bien en profiter pour régler notre différent. » poursuivit Voldemort, en inspectant le globe qu'il avait dans la main. Il était dur de déterminer si son visage reptilien pouvait trahir quelque émotion que ce soit, mais son expression, à ce moment précis, était d'une neutralité totale. « Félicitation. Tu m'as causé suffisamment d'ennuis pour que j'éprouve l'envie de te tuer moi-même. Tout le monde ne peut pas se targuer de cet honneur. »

Sirius faillit faire un pas en arrière mais, au dernier moment, il se reprit et se redressa légèrement. C'était l'assassin de James qu'il avait en face de lui. S'il devait mourir, il tomberait comme son meilleur ami l'avait fait, avant lui. En l'affrontant, la tête haute.

« Sais-tu ce que j'ai entre les mains ? » s'enquit Voldemort, sans réelle curiosité. Il n'attendit pas de réponse, d'ailleurs. « La clef de bien des mystères. Non pas que cette prophétie fasse une quelconque différence, à présent… Votre précieux Survivant est mort… »

Il y eut un bruit, loin derrière lui, comme un tintement. Y avait-il quelqu'un ? Un employé en retard ? Se pouvait-il que l'Ordre ait envoyé du renfort ? Non… Personne ne savait où il était…

Il n'était pas le seul à l'avoir entendu.

« Queudver. » ordonna Voldemort, dans un sifflement.

Moins d'une seconde plus tard, Peter n'était plus là et un rat disparaissait dans l'obscurité. Le Mangemort non identifié s'approcha légèrement, Voldemort ne lui accorda pas un regard, toute son attention focalisée sur l'orbe qu'il tenait entre les mains.

« Si tu as une dernière volonté, je te suggère de la formuler, Sirius. » annonça distraitement le mage noir.

Sirius était presque vexé du manque d'attention.

°°O°°O°°O°°O°°

« Je n'arrive pas à croire que je n'ai pas eu cette idée là avant. » grinça Draco, sa baguette en équilibre instable sur sa paume. « Pointe à Sirius Black. »

La baguette tourna d'un quart de cadran vers le nord. Ils se retrouvèrent à nouveau dans la salle des planètes mais guidés par la baguette de Draco, ils atterrirent devant une porte qu'ils n'avaient pas vue jusque là.

« Si on retombe sur ce fichu rideau… » grommela Ron.

Il ne répondit pas mais, intérieurement, Draco était totalement d'accord avec lui. En tout, ils étaient tombés quatre fois sur la salle avec la fosse et, plus ils y passaient du temps, plus le malaise que le Serpentard éprouvait croissait. Il n'aurait pas su l'expliquer. Il n'entendait pas les voix comme Ginny et Luna, mais il avait la sensation étrange que l'amulette des Peverell était connectée au voile. Il était persuadé que la Mort elle-même rôdait dans un coin de cette pièce là, invisible à leurs yeux. Ni les marmonnements désapprobateurs de Granger, ni ses apologies de la pensée rationnelle ne le convaincraient du contraire.

Il avait aussi le pressentiment funeste qu'il y avait une raison s'ils ne cessaient de retomber dans cette pièce.

C'était un présage.

Il ne croyait pas aux présages, pourtant, ça ne l'empêchait pas de savoir que c'en était un.

Ils n'avaient encore jamais vu la pièce qui les attendait derrière la porte que poussa Weasley. Elle était sombre et froide, vaste et haute comme une cathédrale. Il y avait rangées sur rangées d'étagères, et sur les étagères…

« Le Hall des Prophéties… » laissa-t-il échapper, émerveillé malgré lui. « Je croyais que c'était une légende. »

« Ça te surprend davantage qu'un rideau qui parle ? » répliqua Ginny, dans un murmure.

Instinctivement, ils avaient tous baissé la voix, en franchissant le seuil de la pièce. Le sortilège leur indiquait d'aller à droite, ils remontèrent donc l'étroit passage entre les étagère et le mur de pierre plutôt que de s'aventurer dans les rangées.

Après avoir échangé un coup d'œil avec Draco, Granger prit la tête du groupe. Naturellement, il ferma la marche.

Lorsque la baguette se mit à pointer vers leur gauche, vers le cœur de la pièce, les voix les guidaient déjà depuis plusieurs secondes. Ils ne discernaient pas encore de mots, juste des sons. Ils s'engagèrent finalement dans une des rangées – la 96ème nota Draco, parce qu'il était le genre de personne qui remarquait les détails triviaux, surtout s'ils risquaient d'être la dernière chose qu'il voyait – et remontèrent silencieusement vers les éclats de voix.

L'obscurité jouait en leur faveur.

Draco priait fiévreusement pour qu'il n'y ait que Pettigrow. À eux quatre, ils pouvaient probablement maîtriser Pettigrow.

À supposer que Black comprenne qu'ils étaient là pour le secourir et ne cherche pas à les assassiner, en guise de remerciements…

Ils n'étaient plus très loin lorsque le silence soudain l'alerta. Les voix s'étaient tues, et, dans les quasi-ténèbres, il n'entendait plus que les respirations hachées de ses amis autour de lui. Il distinguait à peine le visage tendu de Luna, à côté de lui. Il attrapa son bras par réflexe et elle cessa immédiatement sa progression pour le dévisager avec attention. Les silhouettes de Granger, Ron et Ginny s'immobilisèrent elles aussi mais il ne parvenait pas à voir leurs expressions, il faisait trop sombre.

Il tendit l'oreille, tentant de percer le silence.

Tout ce qu'il entendit, ce fut la respiration de Luna et les pulsassions anarchiques de son propre cœur. Et puis, alors que Ron se rapprochait pour tenter de découvrir ce qui lui prenait, il l'entendit. Le bruit régulier de griffes minuscules sur la pierre. Et elles se rapprochaient.

C'était un rat. Il était certain que c'était un rat.

Il devait y avoir des milliers de rats dans cet endroit.

Quelles étaient les chances ?

Maigres, certainement.

Mais ils n'avaient pas arrêté de tomber sur cette foutue salle avec ce foutu voile et ces foutues voix d'outre-tombe…

« Courrez ! » cria-t-il finalement, presque trop tard.

À peine avait-il lancé son ordre qu'un « pop » sonore retentit, et ce n'était plus un rat qui les poursuivait mais bel et bien un sorcier court sur pattes.

Draco fut soulagé que personne n'ait cherché à discuter. Ils avaient tous obéi et s'étaient élancés vers l'avant. Sa main gauche n'avait pas lâché le bras de Luna mais, de sa main libre, elle jeta un jet d'eau bouillante par-dessus son épaule. Elle ne visa pas, ce qui n'empêcha pas Pettigrow de hurler de douleur et de cesser de les poursuivre.

Il avait pensé que ça n'irait pas plus loin que cette rencontre malheureuse… Durant les quelques secondes que dura la course-poursuite, il les imagina trouver Black ligoté au bout de la ranger, le libérer et rentrer à Poudlard couverts de gloire. Tout simplement. N'était-ce pas ce que Potter faisait sans arrêt ? Avant qu'ils atteignent la salle des prophéties, il avait envisagé que Pettigrow ait pu avoir des complices, naturellement, mais il avait rejeté l'idée assez rapidement. Il avait jugé que les possibilités de croiser un autre Mangemort, sans être improbables, étaient minces. Dans sa tête, Pettigrow avait tendu un piège à Black par pur désir de vengeance. Le Chemin de Traverse était en feu et grouillait de Mangemorts… Comment aurait-il pu deviner que Pettigrow n'était là que pour escorter le Seigneur des Ténèbres ?

Ron, Granger et Ginny s'immobilisèrent brusquement et restèrent figés d'horreur en apercevant le mage noir. Draco et Luna, qui arrivaient derrière eux, manquèrent les percuter de plein fouet.

Il ne savait pas qui, parmi les gens plantés dans cette allée, arborait l'expression la plus surprise.

« Draco ?! » s'exclama le Mangemort au masque d'ivoire.

Tous les regards, tous les regards, se tournèrent vers lui.

Celui du Seigneur des Ténèbres était particulièrement désagréable.

« Typique. » rétorqua-t-il, en déglutissant péniblement. « On est dans une pièce qui ne devrait pas exister, perdus à des kilomètres sous le Ministère de la Magie, avec le Seigneur des Ténèbres, Peter Pettigrow et Sirius Black, et ce qui vous étonne le plus, c'est que je sois là. »

Il ne savait plus qui regarder. Son père, le Seigneur des Ténèbres, ses amis… Ses yeux croisèrent ceux de Sirius Black.

« Si je peux me permettre… » intervint Black, visiblement amusé par le spectacle qu'il présentait. Il fallait être complètement cinglé pour être amusé en pareille situation. Draco avait toujours raison et personne ne l'écoutait jamais… « Que faites-vous là ? »

« On est venu te sauver ? » hésita Granger, en transférant nerveusement son poids du corps d'un pied à l'autre.

Le Seigneur des Ténèbres eut l'air soudain bien plus intéressé par Granger qu'il n'aurait dû l'être.

« Ambitieux. » commenta le mage noir.

« Draco. » grinça Lucius, en faisant disparaitre son masque d'un coup de baguette impatient. « Que fais-tu, ici ? »

Draco s'efforça de ne pas flancher. Il se retrouvait dans la situation précise qu'il avait toujours voulu éviter. Il ne voulait pas choisir de camp. Il ne voulait pas mourir aussi jeune, et il ne voulait certainement pas mourir pour une cause idéologique comme un idiot de Gryffondor.

Il ne voulait pas non plus trahir ses amis.

Seulement, s'il ne trahissait pas ses amis, il condamnait son père. La manière dont le regard du Seigneur des Ténèbres voyageait de lui à Lucius ne laissait aucun doute sur les conclusions qu'il était en train de tirer de sa présence.

« Je les ai suivis. » lâcha-t-il, décidant que des demi-vérités étaient encore le mieux.

« Pourquoi donc ? » s'enquit le mage noir, en glissant à l'intérieur de sa robe l'orbe qu'il n'avait pas cessé d'inspecter. Draco aurait préféré qu'il continue à jouer les voyants.

« Parce qu'il nous met toujours des bâtons dans les roues. » lança Ron, à sa place, dans un éclair d'intelligence. « C'est son passe-temps favori. Sale graine de Mangemort. »

Granger lui envoya une bourrade qui aurait fait trébucher quelqu'un de moins costaud.

« Un peu pitoyable comme insulte. » jugea Draco, parce qu'il n'avait jamais su se taire.

« Ce n'était pas très approprié. » renchérit Luna.

« Draco. » cingla son père. La veine sur son front battait plus fort que jamais. La dernière fois qu'elle avait eu cet aspect, il n'avait pas eu le droit de toucher à un balai pendant trois mois. « Pour l'amour de Circé, tais-toi. »

Ils n'étaient pas très crédibles, déduisit Draco. Probablement parce qu'il n'avait toujours pas lâché le bras de Luna qui était elle-même accrochée à la manche de Ginny. Tout le monde aurait conclu que Ginny était une Weasley rien qu'à sa couleur de cheveux...

« Est-ce qu'il y a une chance que nous puissions sortir d'ici en vie ? » risqua-t-il, en désespoir de cause. Foutu pour foutu… « Nous sommes aveugles et sourds, et sujets à des pertes de mémoire récurrentes. »

« Draco. » siffla Lucius. La veine allait exploser.

Il lui semblait évident que son père luttait pour ne pas se précipiter sur lui. Lucius semblait partager l'impression de Draco : si l'un d'entre eux faisait le moindre mouvement, cela déclencherait les hostilités.

« Tu aurais dû me présenter ton fils bien plus tôt, Lucius. » déclara le Seigneur des Ténèbres. « Il me semble prometteur, en dépit de ses fréquentations discutables. »

Le mage noir jeta à Granger un regard de mépris absolu.

« Ce sont des enfants. » intervint Black, et Draco fut légèrement soulagé de voir qu'il était redevenu sérieux. Que les psychopathes s'entretuent et ils avaient une chance de s'échapper indemnes… « Laissez-les partir. »

Le regard calculateur de Lucius ne cessait de passer discrètement de Black au Seigneur des Ténèbres, Draco se demanda ce que son père mijotait. Que ferait-il si son Maître lui donnait l'ordre de tuer son seul héritier ? Prévoyait-il de se servir de Black comme bouclier humain ?

« Une Sang-de-Bourde, deux traîtres à leur sang… » énuméra le mage noir, sans prêter attention à son prisonnier, son regard s'arrêta sur Luna. « Qui es-tu, toi ? »

« Luna Lovegood. » répondit Draco, parce que Luna ne paraissait pas en état de décliner son identité. Il sentit plus qu'il ne vit le regard meurtrier de son père se poser à nouveau sur lui. « Mon seigneur. »

Ce fut au tour de Granger, Ron et Ginny de le fusiller des yeux, mais Draco ne commit pas l'erreur de tourner la tête vers eux. Un sourire satisfait étira les lèvres du Seigneur des Ténèbres. S'il fallait faire des politesses pour le rendre heureux… Draco était prêt à lui déclamer tous les poèmes du monde si ça pouvait leur permettre de se tirer de là…

« Une Sang-Pure. » lâcha le mage noir. « Est-ce pour elle que tu es là ? »

Il pouvait prétendre avoir suivi Luna. Les Lovegood étaient tous dingos mais personne ne pouvait remettre la pureté de leur sang en doute. S'il disait que Luna était son amie… S'il trahissait ses autres amis…

Il ouvrit et referma la bouche, sans parvenir à mentir.

Un fracas en provenance des étagères lui épargna, de toute manière, d'avoir à formuler une réponse. Pettigrow émergea de l'obscurité, le visage boursoufflé de cloques, baguette pointée droit sur Luna.

« Petite peste ! » maudit le rat. « Avada… »

Le reste se passa trop vite pour que Draco se rappelle précisément l'ordre des évènements. Il se souvint avoir pensé qu'il n'était pas le genre de personne qui se sacrifiait pour les autres, que, ça, c'était le rôle des gens comme Granger et Saint Potter. Il se souvint l'avoir pensé précisément au moment où il poussait Luna loin du trait vert qui fonçait vers elle. Il se souvint avoir entendu son père crier. Il se souvint avoir vu Black en profiter pour se jeter sur Pettigrow. Il se souvint avoir vu au moins trois sortilèges du bouclier se dresser entre lui et l'éclair vert.

Ils avaient été inutiles, bien sûr.

Rien n'arrêtait un sort de mort.

Il se souvint que le maléfice le projeta en arrière, puis, il se souvint être mort.

Il se souvenait très clairement du moment où c'était arrivé.

Un instant, il était là.

La seconde, il ne l'était plus.