Pour la sixième fois en à peine deux jours, Thorin ne trouva aucun membre de sa compagnie. Et ce n'était pas faute de les chercher ! Tous avaient disparu. Pourtant, le nombre de tombes n'avait pas changé, pas plus que l'établissement des comptes. A croire qu'aucun membre de sa compagnie n'y travaillait. Alors où étaient-ils ? Entre les orques et Bilbon, Thorin n'était pas rassuré.
Se pouvait-il qu'Azog ait envoyé ses soldats contre les nains ? Inquiet pour ses neveux, le roi d'Erebor se remit à arpenter les couloirs sombres. Ce jour là, aucune torche n'avait été allumée, à l'exception de celle que lui-même utilisait.
Soudainement, un grand fracas venant des portes le prit au dépourvu. Tellement tourné vers la recherche de ses neveux qu'il en avait oublié le reste, Thorin revint au pas de courses vers le grand Hall. Les hautes portes nouvellement forgées par les nains closes, quelqu'un y frappait avec force.
« Ouvrez ! commandait Gloin, condamné à attendre derrière la porte la venue du reste de la compagnie. Bon sang ce n'est pas drôle ! Thorin ! »
Le malheureux nain cognait contre le battant depuis une dizaine de minutes. Seul sous la bourrasque glaciale de l'hiver, il peinait de plus en plus à tenir les rênes du poney de sa carriole qui se rebiffait sous le vent de plus en plus violent.
Enfin, les portes pivotèrent sur leurs gonds dans un grincement sinistre. Sans perdre une seconde, Gloin s'engouffra dans la montagne. Il se secoua pour enlever de sa chevelure rousse les flocons de neige qui s'y amoncelaient depuis le début de la tempête. En quelques jours, le froid s'était abattu sur la région et le retour des Monts de Fer avait été un supplice. Le vent avait transpercé son épais manteau tout le long du chemin et le poney avait eu toutes les peines du monde à poursuivre son chemin.
Le poney entra à sa suite dans la montagne, tirant la carriole remplie à ras bord. Un second suivit et les deux chariots se retrouvèrent à l'abri alors que les portes se refermaient derrière lui. Gloin enleva son manteau trempé et retira ses bottes humides. Il fit quelques pas en chaussettes.
« Bonjour Thorin ! le salua Gloin, heureux de revenir parmi les siens.
— Comment était le voyage ?
— Ça allait. L'hiver sera rude ! Je crains d'avoir allégé les finances d'Erebor. Ton coffre est vide.
— On dirait que cela valait la peine !
— Oh oui. Les provisions ne seront plus un problème pour un temps. Quelques nains voulaient nous rejoindre. Dain le leur a interdit. »
Thorin resta silencieux. Seuls ses yeux sombres jetèrent des éclairs et trahissaient sa colère. Son propre cousin lui mettait des bâtons dans les roues ! Pourtant, son humeur se radoucit vite et il poussa un soupir. C'était compréhensible de la part de Dain qui devait protéger les siens. Erebor était encerclé par les orques. Il faudrait une armée pour qu'ils s'en sortent. Les nains avaient peu de chance de s'en sortir indemnes.
« Au moins pourrons-nous nous restaurer convenablement ! s'exclama Thorin avec un peu de dépit.
— Avez-vous eu de mauvaises nouvelles pendant mon absence ?
— Le hobbit est à Erebor. Je n'ai pas réussi à l'attraper ! Les orques ne t'ont pas empêché de venir ?
— Non. Ils sont venus, ont soulevé les bâches puis m'ont laissé partir. Ni Azog ni Bolg ne sont à Dale. De ce que j'ai entendu, ils sont partis depuis quelques jours.
— Azog est parti ?
— Je n'en sais pas plus. C'est tout ce que j'ai pu glâner en revenant. »
La nouvelle troubla Thorin. Si seulement Dain avait pu rester ! Avec ses hommes et en l'absence d'Azog et Bolg, ils auraient pu reprendre Dale. Un moment, il rêva une glorieuse bataille et la victoire contre leurs ennemis…avant de se reprendre et admettre que ce n'étaient que de doux rêves. Il faudrait plus que quelques centaines de nains pour assurer à Erebor sa sécurité.
Thorin et Gloin descendirent des carrioles les nombreux sacs et coffrets remplis de viande séchée, de céréales et de farines. Fort heureusement, le nain avait prévu une liste de tous les achats, ainsi que leur prix en prévision de la comptabilité sévère de son roi.
Au bout d'une demi-heure, alors que tous les paquets étaient à présent entassés dans un coin du hall et qu'il avait détaché les poneys, Gloin s'étonna de ne voir personne.
« J'ignore où sont les autres, avoua Thorin. Ils m'évitent ! Trouve les si tu le peux. Prends juste garde à ne pas tomber sur le hobbit, il est dangereux.
— Bilbon est…murmura Gloin avec stupéfaction avant de s'arrêter.
— Va te reposer, Gloin ! Tu le mérites.
— Merci, Thorin. »
Laissant les poneys aux bons soins de son roi, Gloin s'esquiva en vitesse. Il ne mit qu'une vingtaine de minute avant de trouver la cachette des autres car le lieu avait été choisi par son frère ainé, Oin, qu'il connaissait très bien. Gloin parvint même à les surprendre en plein conciliabule, les faisant paniquer jusqu'à ce qu'ils se rendent compte que ce n'était que lui.
« Aha ! s'exclama Ori. Tu aurais pu prévenir ! J'ai cru que c'était Thorin qui fondait sur nous !
— Moi aussi ! couina Bilbon, à nouveau visible.
— Allons donc ! s'amusa Gloin. Qu'êtes-vous en train de manigancer ?
— Gandalf arrivera à Erebor ce soir pour discuter, expliqua Dwalin. Nous essayions de savoir qui ira le voir et qui s'occupera de détourner l'attention de Thorin.
— Le magicien vient de la Forêt Noire, il aide les aides, précisa Kili. Il faudrait libérer Tauriel ! Son peuple a besoin d'elle.
— Avec ses blessures sera-t-elle capable de rejoindre la forêt ? demanda Oin. Le chemin est long.
— Sans compter que tu auras du mal à justifier son absence si notre oncle décide de s'intéresser à elle, rappela Fili.
— S'il décide de s'intéresser à elle, ce sera de très mauvais augure ! fustigea Kili. Je préfère affronter son courroux et savoir Tauriel saine et sauve parmi les siens !
— Je suis d'accord, admit Balin. Sans compter que cela permettra d'avoir la confiance des elfes.
— Donc il va falloir occuper Thorin toute la soirée, qu'il ne quitte pas son trône car le trajet des cellules à la porte secrète traverse toute la montagne…
— Je m'en occuperai, promit Gloin. Si c'est l'un de vous, alors il se méfiera. Thorin pense que vous l'évitez. Moi, je pourrai lui raconter en détail mon voyage vers les monts de fer. Cela l'intéressera. »
Quelques nains hochèrent la tête. Ne restait plus qu'à décider qui resterait dans la montagne et qui accompagnerait le hobbit en dehors. Kili exigeait d'accompagner Tauriel, il fut donc choisi. Dwalin serait le deuxième nain de la sortie nocturne, sa force serait requise en cas de souci.
Au crépuscule, Gloin revint dans le grand Hall. Sans surprise, Thorin était assis sur son trône, immobile comme une statue de pierre, pensif. Il tournait et retournait inlassablement tous les évènements et tentait d'échafauder des plans pour l'avenir.
Sans succès. Gloin s'avança et s'inclina devant lui. Pour la première fois depuis de nombreux jours, il esquissa un sourire las et les rides d'expression de son front s'effacèrent. D'apparence presque détendue, Thorin indiqua à Gloin de s'approcher.
Gloin s'assit sur la marche la plus haute, à peine à un mètre de son roi et ami, attirant l'attention de Thorin sur lui.
« Les Monts de Fer sont aussi magnifiques que dans mon souvenir ! » commença Gloin.
LOTRA : pour les distances, je vois que nous ne sommes pas d'accord XD. Oui, la forêt noire est plus loin que la Lothlorien. Si j'ai mis qu'aller en Lothlorien serait plus long, c'est qu'il faut faire l'aller-retour puis ensuite rejoindre la forêt noire. C'est donc un détour qui va ralentir Thranduil (que j'ai chiffré à environ 4 jours parce qu'il faut traverser la rivière) et l'empêcher d'informer Legolas de ce qui se trame.
ESSY : suicidaire, pas vraiment. N'oublie pas que Thranduil est le roi de la forêt noire. Il a quelques trucs dans sa manche.
Merci à Sephirothaddict et MonaYsa pour leurs commentaires.
J'espère que le prochain chapitre vous plaira également. Il sera aussi sur les nains.
