Résumé : Décidés à utiliser le manoir d'Andromeda et leur pouvoir de calice, Harry et Drago organisent un dispensaire… La résistance de l'Ordre du Phénix se développe désormais autour des deux couples (Lucius/Harry – Severus/Drago), de Kingsley, des Wealsey et de nouveaux venus rejoignent la lutte comme le médicomage, Walter Springer, les aurors, Jack Williamson et John Richards… Voilà un nouveau chapitre qui j'espère vous plaira. Bonne lecture. A bientôt, Lilywen.
PS : Je ne rentrerai pas dans un débat vain et inutile. Oui, cette histoire est commencée depuis presque 7 ans. J'ai une vie (familiale et professionnelle) et je publie à mon rythme. Et non, je ne vais pas donner mon histoire à un autre auteur pour qu'elle soit achevée dans des délais jugés plus rapides et raisonnables. Désolée mais c'est mon histoire !
La quête des temps nouveaux
Chapitre 36 : Entrefilets
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La Gazette des Sorciers, 15 septembre 1998.
Mes très chers lecteurs, toujours désireux de vous donner un panorama objectif et exhaustif de la situation de notre communauté en ces temps très difficiles, mon équipe et moi avons effectué un reportage au cœur d'une des plus vénérables institutions de notre pays.
Fondé au début du dix-septième siècle par le célèbre Mangouste Bonham1 au cœur de la capitale anglaise, l'estimable établissement médicomagique de Sainte-Mangouste vit aujourd'hui une petite révolution qui nous a semblé largement mériter toute notre impertinente attention et notre vigilante indiscrétion journalistique.
A neuf heures, ce matin, avait lieu une cérémonie officielle en présence de nombreux administrateurs et praticiens de l'hôpital londonien, parmi lesquels l'incontournable Walter Springer, talentueux guérisseur à la tête du service de pédiatromagie depuis maintenant plus de cinq ans. Ce brillant chercheur et scientifique à qui l'on doit, entre autres, les améliorations considérables de la potion de régénération sanguine à destination des plus jeunes sorciers est à l'origine d'un projet particulièrement novateur qui va permettre un partenariat avec une toute nouvelle structure médicomagique qui a vu le jour dans la campagne verdoyante de l'Irlande, dans le comté de Galway.
Il s'agit pour ce pédiatromage de permettre des soins magiques précurseurs, reposant sur les connaissances ancestrales des druides celtes. Rencontré lors d'un séminaire à Dublin, il y a plus d'un an, Walter Springer a noué un contact autant amical que professionnel avec une équipe de compétents sorciers irlandais qui mêle de façon étonnante la tradition celtique et les recherches les plus récentes de la médicomagie internationale. Une association des plus enrichissantes et prometteuses pour notre communauté a donc pu voir le jour.
Séduisant et affable, notre rencontre exclusive avec Walter Springer :
« Bonjour, Monsieur Springer. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs assidus ?
Miss Skate… Et bien, je crains de ne devoir décevoir vos fidèles lecteurs et lectrices par une présentation des plus banales. Je suis né à Londres, de parents sorciers, en 1955. Très vite, j'ai choisi de mettre ma vie au service de la santé de notre communauté et je suis particulièrement fier et heureux de venir en aide aux plus jeunes d'entre nous. Il est difficile de trouver profession plus gratifiante que celle de pédiatromage puisque j'ai pour mission principale de préserver nos générations futures… A part peut-être enseigner à ces mêmes générations. Je crois que si je n'avais pas réussi dans cette voie, j'aurai envisagé une carrière de Maître des Potions à Poudlard.
Voilà qui est des plus fascinants au contraire… Et dites-nous comment est venu au jour ce projet de partenariat avec cette toute nouvelle institution médicomagique irlandaise ?
Un peu par hasard… Une rencontre comme il peut nous en arriver à tout un chacun, une relation amicale avant tout, je dois dire. J'ai au cours d'un sommet sur la pédiatromagie pu m'entretenir avec deux des plus brillants confrères avec qui il m'ait été donné de converser. Damhnait O'Connor2 et Elgnat Borderick3 ont étudié ensemble à l'université sorcière de Sainte-Salem aux Etats-Unis et de retour dans leur pays, ils ont voulu approfondir leurs connaissances déjà impressionnantes en se réappropriant les traditions ancestrales des druides irlandais pour soigner les blessures magiques les plus graves. Je crains que malheureusement, la suite ne soit liée qu'aux monstrueuses attaques qui ont marqué notre communauté depuis ces dernières semaines.
Vous faites bien évidemment allusion à l'attaque au Feudeymon qui a ravagé le ministère de la magie anglaise et aux nombreuses victimes de ce massacre organisé par ceux qu'on appelle désormais les Renégats.
Oui, c'est exact. J'étais comme la quasi-totalité de mes collègues et confrères au cœur de ce drame. Pendant les heures qui ont suivi ce que je ne peux malheureusement qualifier que de boucherie ignoble, j'ai été d'un patient à un autre. Des cas toujours plus désespérés… Et malgré toutes mes connaissances médicomagiques, je ne me suis jamais senti aussi impuissant. Nous étions de pathétiques pantins, gesticulant en tout sens pour redonner un semblant d'ordre à cet indescriptible désordre. Oh… Bien sûr, certains vous parleront de nos exploits, des vies que nous sommes parvenus à sauver malgré tout ! Mais face à cela, combien de victimes pour lesquelles nous nous trouvions totalement désarmés et incompétents ? Des sorciers comme vous et moi, de toute condition, des innocents qui se trouvaient simplement au mauvais endroit au mauvais moment… Des sorciers plongés dans des comas d'une ampleur qui m'était encore inconnue tant le sortilège du Feudeymon avait ravagé leur noyau magique interne…
On vous sent encore terriblement touchés par ce drame, n'est-ce pas ?
Qui ne le serait pas. Jour après jour, j'étais confronté à cette horreur absolue. Non, vraiment… Je ne savais que faire. Chaque visite dans une chambre d'un patient me renvoyait à mon inutilité car j'avais tout simplement atteint les limites de mes compétences médicomagiques personnelles… Heureusement pour nos patients et leur famille, Damhnait… Damnhait O'Connor m'a contacté par cheminette... C'était à peu près à la mi-août… Si mes souvenirs sont exacts… Il m'a fait part de son effroi et m'a dit à quel point il avait été affecté par les articles de la presse irlandaise qui relatait l'effroyable attaque du ministère anglais. Connaissant sa grandeur d'âme et sa générosité qui n'avait d'égal à mes yeux que son talent extraordinaire de guérisseur, je lui ai expliqué notre désarroi face à toutes ses victimes pour lesquelles la médicomagie moderne paraissait si impuissante et faible.
Et c'est de là qu'est née cette idée incroyable de partenariat avec leur établissement aux méthodes disons… moins conventionnelles…
Oui… Je dirai que cela s'est fait le plus naturellement du monde. Je l'ai invité à venir visiter quelques uns de mes patients pour qu'il puisse les examiner à son tour et il est venu dès le lendemain, accompagné de son confrère, complice et ami, Elgnat Broderick… Ils ont vu d'abord cette jeune patiente, Lisbeth… Une jeune fille d'une vingtaine d'année qui rendait une visite surprise à son frère au ministère et qui s'est retrouvée par hasard au cœur de l'attaque… Elle n'avait montré aucun signe de reprise magique depuis plus de quinze jours… Je n'avais plus aucun espoir quand ils ont commencé à m'expliquer en quoi consistait leur dernière recherche. Oh… Je ne vais pas mentir à vos lecteurs et lectrices, j'étais certes, un brin sceptique… Après tout, nous avions déjà tout tenté pour que ses constantes magiques repartent… En vain… Et ils m'ont fait cette proposition un peu insensée… J'ai fini par me laisser convaincre. J'ai contacté les proches de cette jeune fille pour qu'ils donnent leur accord et nous avons transféré la jeune Lisbeth dans leur centre de médicomagie expérimentale en Irlande.
Au bout de combien de jours avez-vous eu la conviction, Monsieur Springer, qu'il s'agissait là peut-être d'une chance pour les cas les plus désespérés ?
Pas immédiatement, certes, mais à peine quelques jours après, j'ai rejoint Damhnait et Elgnat en Irlande pour une courte visite et je n'ai pu que constater les progrès invraisemblables de Lisbeth en si peu de temps. Elle n'était pas sortie encore complètement du coma mais ses constantes montraient clairement des signes d'éveil. Tout ça grâce à l'association de la médicomagie moderne aux traditions celtiques ancestrales…
Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus à ce sujet, sans bien sûr trahir le secret médicomagique ?
Oh… Ne m'en voulez pas mais mes compétences, malgré les nombreuses explications d'Elgnat, sont assez sommaires, je le crains… Disons qu'aux techniques modernes, ils ont su habilement combiner les forces du savoir et de la sagesse développés autrefois par les druides irlandais - les forces de l'esprit si vous préférez. Ils sollicitent le noyau magique interne du patient à l'aide de leur propre potentiel. C'est à peu près tout ce que je peux vous en dire pour l'instant, mais c'est indéniable… Depuis que Damhnait et Elgnat ont accepté de passer à Sainte-Mangouste un petit peu chaque jour, mes collègues et moi n'avons pu que constater très humblement les progrès fulgurants des cas qui ont pu bénéficier de cette nouvelle méthode de soin magique. Excusez-moi mais je crains de ne devoir vous laisser maintenant…
Voilà qui semble des plus mystérieux et met un terme à un entretien des plus fascinants. Merci de nous avoir accordé ces quelques minutes, Monsieur Springer. »
Espérons, chers lecteurs et lectrices, que les choix novateurs de Walter Springer et de toute l'équipe de Sainte-Mangouste rendent ainsi espoir aux nombreuses familles sorcières, victimes innocentes de la campagne de terreur organisée par le groupuscule désormais tristement célèbre des Renégats. (En page 3 - retrouvez notre article : « Portrait du leader des Renégats, le dangereux Lucius Malefoy » et en page 4 - un entretien exclusif avec le psychomage George McMilly expliquant le basculement inévitable et prévisible d'Harry Potter vers les forces des Ténèbres)
Par votre toujours dévouée Miss Terrie Skate, journaliste pour la Gazette des Sorciers.
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« Hors de question, Harry !
- Enfin, Lus, tu ne…
- Non ! C'est bien trop dangereux !
- Pourquoi faut-il toujours que tu exagères absolument tout ?
- JE… »
Le vampire s'arrêta. Il ne voulait pas hurler contre le brun. Il se pinça l'arête du nez et poursuivit d'une voix qu'il s'efforça de contenir, pour ne pas envenimer davantage cette discussion stérile.
« Je n'exagère pas et nous avions établi des règles quant à l'arrivée de nouveaux patients et de leur famille ici-même. Dois-je vraiment te les rappeler aujourd'hui ? »
Alors qu'Harry haussait ostensiblement les épaules pour signifier son total désaccord, Severus s'avança vers le brun, adossé au mur près de la majestueuse cheminée du salon :
« Ecoute, je suis désolé que cela contrarie ta magie, Harry, mais Lucius a parfaitement raison et nous avons toujours été très clairs sur ce point. Drago et toi aviez pour mission de repérer à Sainte-Mangouste les patients qui nécessitaient des soins plus réguliers et dont on devait, par conséquent, envisager le transfert jusqu'ici mais, il y avait une contrepartie et tu le sais pertinemment.
- On parle d'un gosse… Un gamin d'à peine dix ans.
- Ce qui ne change malheureusement rien à la donne et crois-le ou non, je le regrette tout autant que toi. Tu avais accepté que Lucius, Kingsley, Jack et moi, nous puissions vérifier les allégeances des proches des patients en question, pour savoir à qui nous avions réellement affaire et prendre nos décisions en toute connaissance de cause.
- Ce petit n'est pas responsable du passé de sa famille ou de ce qu'ils ont pu faire du temps de Voldemort.
- Ni Lucius ni moi ne disons le contraire mais tu avais donné ton accord pour que nous enquêtions sur toutes les familles de malades dont on envisageait le transfert avant de leur faire prêter un serment inviolable leur permettant d'entrer au dispensaire et en l'occurrence, il y a bien trop de risques.
- Ce gosse n'y ait pour rien et il a vraiment besoin de notre magie. Drago vous l'a dit.
- S'il te plaît, beau-papa, évite de me prendre à parti dans ce foutu bordel…, rétorqua l'autre calice d'un air franchement las.
- QUOI ? Tu ne vas pas revenir sur notre diagnostic pour faire plaisir à ton vampire !
- JE… Ecoute, Potty, non… Je ne reviens pas sur ce qu'on a dit. Le diagnostic posé avec Walter était sans aucune contestation possible. Maintenant, excuse-moi de ne pas être un gentil et inconscient gryffondor et reconnais que les arguments de mon père et de Sev ne sont pas à effacer d'un coup de baguette magique !
- C'EST UN GOSSE. IL A BESOIN DE NOUS ! »
Il savait qu'il perdait son sang-froid et que la magie des anciens bouillonnait dangereusement dans son corps.
« Harry, il s'agit du petit neveu de Thorfinn et quand bien même ce garçon n'aurait jamais croisé la route de ce mangemort, je ne prendrai pas un tel risque pour toi… Pour Teddy aussi. »
Le brun fusilla du regard le vampire, il avait mentionné à dessein l'enfant de Remus pour le faire plier. C'était cependant sans compter la ténacité du gryffondor :
« Alors, faisons venir uniquement le petit. Pas sa famille. Walter pourrait dire aux parents de Stephen que son état nécessite des mesures exceptionnelles, les empêchant d'intégrer le dispensaire avec leur enfant… Laissons-lui au moins cette chance… »
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La Gazette des Sorciers, 10 octobre 1998.
Mes très chers lecteurs, ayant le souci de vous faire partager une information toujours plus pertinente et impertinente, mon équipe et moi allons, aujourd'hui, vous faire découvrir et redécouvrir, en toute exclusivité, un lieu symbolisant la volonté admirable de notre communauté de se reconstruire et d'aller de l'avant. Tel un majestueux phénix, les institutions magiques de Grande-Bretagne renaissent enfin de leur cendre, mettant ainsi un coup d'arrêt à une des périodes les plus sombres de notre histoire.
Accueillis par la très vénérable Dolorès Ombrage, grande ministre de la magie anglaise, nous avons passé une journée exceptionnelle au cœur de cet édifice, réhabilité en seulement quelques semaines, témoignage de la lutte acharnée menée par nos éminents représentants contre les Renégats. Inaugurant ces tous nouveaux locaux, Dolorès Ombrage a fait part de sa fierté et a tenu à remercier l'ensemble de notre communauté pour leur indéfectible soutien à son projet d'une société purifiée, d'une justice sans faille et implacable qui ne saurait tolérer de plier sous le joug d'un ennemi insidieux et fourbe qui attaque et tue les nôtres sans discernement.
Devant un parterre d'officiels nationaux et internationaux, le discours de l'honorable ministre de la magie anglaise, Dolorès Ombrage :
« Mesdames et Messieurs,
Aujourd'hui, nous sommes ici assemblés pour célébrer un jour qui restera gravé dans nos mémoires comme celui de notre renaissance, le jour de notre première victoire sur les Ténèbres car attaqués dans notre cœur, attaqués dans notre âme, ces malfrats sans foi ni loi ont voulu réduire au néant le pouvoir central de notre merveilleux pays ils ont voulu assassiner celle qui a toujours eu pour unique ambition d'être au service du monde de la sorcellerie anglaise ils ont voulu détruire le symbole que je représente d'une lutte pour une société purifiée, pour une justice implacable, ne tolérant aucune corruption.
Si, en ce jour solennel, je tenais à rendre un ultime hommage aux trop nombreuses victimes innocentes qui ont péri ici-même, au cœur de ce lieu restauré, je veux aussi vous parler d'avenir, car nous sommes là pour montrer notre force, notre détermination, notre volonté de poursuivre, de nous battre contre l'ignominie, contre l'innommable.
Il s'agit là d'une étape essentielle dans la remise en ordre de notre communauté sorcière abusée par l'engeance abjecte que symbolisent désormais les renégats avec, à leur tête, l'association malfaisante de Lucius Malefoy et d'Harry Potter. Pour que notre pays se relève et gagne cette guerre, je serai intransigeante, je serai à vos côtés jusqu'au bout et je vous invite à l'inauguration de cette statue, symbole de notre résurrection. »
Sous un tonnerre d'applaudissements enthousiastes et unanimes, Dolorès Ombrage a ensuite levé le voile sur le monument qui trônera désormais au centre du ministère de la magie, remplaçant ainsi la précédente œuvre de Virgile Millan qui a été entièrement détruite par les terribles flammes du feudeymon. Cette œuvre majeure de l'art officiel a été commandée par notre ministre à l'artiste anglo-bulgare Rangorn Vladeck. Réalisée en marbre noir de Golzinne, cette sculpture intitulée « Renaissance ardente » est un rappel patent de la lutte engagée par Miss Ombrage en faveur d'une communauté sorcière nouvelle s'appuyant sur une justice inflexible. (En page 5 - Photographies et interview exclusive de Rangorn Vladeck)
Par votre toujours dévouée Miss Terrie Skate, journaliste pour la Gazette des Sorciers.
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« Drago m'a dit que vous souhaitiez me voir. »
Lucius s'approcha du couple qui l'attendait dans le corridor du second étage. Il salua Hermione d'un hochement de tête, ignorant ostensiblement le rouquin qui n'en fut ni surpris ni choqué. Depuis le lancement du dispensaire, les deux hommes avaient pris le parti de s'ignorer mutuellement pour éviter de déclencher de nouvelles hostilités.
« Sans Harry, visiblement… »
Le blond ne cacha pas le moins du monde son agacement, n'ayant aucun doute sur le fait que son calice serait au cœur de cette discussion. Il n'aimait simplement pas l'idée de parler d'Harry en son absence et il se doutait que le gryffondor le lui ferait chèrement payer s'il venait à le découvrir ensuite.
« On est parfaitement conscient que cela ne lui plairait pas, vous savez.
- Me voilà rassuré, Weasley.
- S'il vous plaît, nous avons peu de temps… »
Hermione jeta un regard inquiet vers l'une des pièces du fond.
« Il est avec le petit Stephen et avant, il a passé une heure avec Lisbeth et davantage avec ma mère. Il a dit à Drago qu'il souhaitait passer encore à Sainte-Mangouste en fin de soirée.
- Il me semblait pourtant qu'il devait y aller en début d'après-midi avec mon fils… Du moins, c'est ce qu'il m'avait dit avant que je ne rejoigne Kingsley à la filature de notre charmante journaliste.
- C'est bien pourquoi nous voulions vous prévenir de ses intentions.
- Trop aimable, Weasley. J'irai le voir et je lui ferai donc comprendre qu'ils peuvent se passer de Damhnait O'Connor pour ce soir. »
Lucius avait du mal à garder son calme, même devant les deux gryffondors car il devinait sans mal leurs inquiétudes. Il aurait aimé croire qu'ils exagéraient, voir qu'ils se fourvoyaient sur Harry mais rien n'aurait pu être plus éloigné de ce qu'il pensait en l'instant. Comme devinant le cheminement de son raisonnement, la jeune sorcière se rapprocha du vampire :
« Ecoutez Monsieur Malefoy… Je sais… Je veux dire… Nous savons tous que sa nature de calice le pousse dans cette direction, sans compter la magie des anciens, mais là… Ce n'est pas normal… Il est épuisé et nous sommes certains qu'il n'y a que vous qui puissiez le raisonner. »
Même s'il n'en laissa rien paraître, Lucius se doutait qu'il faudrait certainement une confrontation des plus fermes avec son damné gryffondor pour le convaincre de s'arrêter, ne serait-ce que pendant quelques heures. Il allait répondre à Granger quand une tornade brune sortit de la chambre aménagée pour le jeune Stephen. Harry vint vers lui, arborant un sourire enjoué qui ne le leurra pas une seule seconde, avant de se hausser sur la pointe des pieds pour déposer un léger baiser sur ses lèvres froides.
« Tu es déjà de retour ? »
Au regard que lui adressa Harry, Lucius fut certain qu'il ne s'attendait pas à le croiser et qu'il avait espéré s'éclipser pour Sainte-Mangouste avant même son retour au manoir d'Andromeda.
« Oui et visiblement, cela va à l'encontre de tes projets. »
Le ton cinglant n'échappa pas à Harry qui recula d'un pas.
« Et pourrais-je savoir de quoi vous étiez en train de parler avant mon arrivée ?
- Ne me fais pas l'affront de le demander alors que tu l'as parfaitement compris par le lien. »
Au moins la réponse était claire et Harry se tourna vers ses deux amis, leur jetant un regard outré :
« Heureux de voir que vous vous entendez de mieux en mieux, même si c'est à mes dépens.
- Harry, ce n'est pas…
- Ne vous excusez pas, Hermione. Weasley et vous avez eu raison de m'avertir et si cela ne vous dérange pas, nous allons vous laisser. »
Lucius s'inclina légèrement en signe de salut et posa un bras sur l'épaule de son calice.
« Harry. »
L'ordre ne faisait aucun doute dans le ton employé par le vampire qui, d'un mouvement ferme, guida le brun vers l'étage inférieur. Il ne leur fallut guère plus d'une minute pour qu'ils se retrouvent, seuls, face à face dans leur chambre. Le silence entre eux était étrangement pesant quand Lucius attaqua :
« Tu comptais retourner à Sainte-Mangouste ce soir d'après eux. C'est exact ?
- Oui.
- Quand je t'ai laissé ce matin pour rejoindre Kingsley, tu m'avais dit que tu irais là-bas avec Drago en début d'après-midi. C'est toujours exact ?
- Oui, et autant répondre à la question suivante tout de suite puisque Ron et Hermione t'ont déjà averti, j'ai effectivement utilisé mon pouvoir à plusieurs reprises au cours de cet après-midi.
- C'est ridicule… Tu as besoin de repos.
- Je n'avais pas l'intention de rester à Sainte-Mangouste plus de quelques minutes.
- Aller là-bas plusieurs fois par jour ne faisait clairement pas parti de notre petit accord.
- Oh… Je t'en prie…
- Non, Harry. Cette fois, tu vas m'écouter. Kingsley et moi avons suivi cette petite fouineuse de journaliste toute la journée et elle a eu un entretien des plus intéressants avec Ombrage. Devine qui est désormais dans le collimateur de notre chère ministre : un étrange duo de médicomages irlandais qu'elle a déjà demandé à rencontrer à de nombreuses reprises par l'intermédiaire de Walter. Tu vois de qui je parle, n'est-ce pas ?
- Vaguement.
- Ne joue pas à ça avec moi, Harry. »
Le brun se laissa tomber lourdement sur leur lit et soupira, las :
« Je ne joue pas. Je suis utile là-bas et je ne vais pas renoncer sous prétexte qu'Ombrage veut m'avoir dans ses filets. Qu'il s'agisse d'Harry Potter ou de Damhnait O'Conner… Quelle différence au final.
- Ne la sous-estime pas. »
Lucius s'avança vers son calice qui avait caché son visage dans ses mains, les coudes posés sur ses genoux. Il avait l'air si fragile, si délicat en cet instant que le vampire se sentit désireux de le protéger encore davantage, de l'éloigner de toutes ces horreurs qui marquaient leur existence depuis des semaines. Ce fut un murmure qui le sortit de sa contemplation muette :
« Je n'ai jamais fait cela. Je te dis seulement que je n'arrêterai pas à cause d'elle. »
Le vampire s'installa aux côtés du jeune homme et l'attira dans son étreinte puissante. Ils restèrent ainsi un long moment, simplement l'un contre l'autre et de temps en temps, Lucius déposait de légers baisers dans la chevelure emmêlée du brun. Quand il sentit enfin que toute la tension qui habitait son calice s'était peu à peu envolée au fil de ses attentions, il reprit d'un ton apaisant :
« Je ne te demande pas d'arrêter… Par contre, il est hors de question que tu continues ainsi. Tu es épuisé. Pour ce soir, tu oublies Sainte-Mangouste. Je vais contacter Walter pour le lui dire et demain, nous aurons une réunion avec l'ordre pour discuter des mesures à prendre pour que Drago et toi puissiez continuer à prodiguer vos soins là-bas en toute sécurité.
- Je suppose que je ne parviendrais pas à te convaincre que j'aille aider Walter… Même pour quelques minutes.
- N'essaye même pas. »
Le brun soupira mais se laissa finalement aller contre le corps du vampire, épuisé.
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La Gazette des Sorciers, 26 novembre 1998.
Mes très chers lecteurs, animés par la volonté de toujours vous donner davantage d'éclaircissements sur les bouleversements qui secouent notre monde, mon équipe et moi-même avons poursuivi notre enquête d'investigation auprès de la Brigade Spéciale, dirigé par l'auror-analyste, John Richards. Depuis le mois de juin, cette petite unité, détachée du bureau central des aurors, dispose d'un laboratoire de recherche scientifique à la pointe de la technologie magique européenne et lorsque nous les avions rencontrés pour la première fois en août dernier, ce pôle d'enquêteurs aux méthodes pionnières avait entamé un travail fastidieux et difficile d'investigation dans les locaux du ministère, faisant suite à l'attaque terroriste des Renégats.
Notre rencontre exclusive avec l'auror-anayste en chef, John Richards.
Quatre mois se sont écoulés, Monsieur John Richards, depuis notre première rencontre pour la Gazette des Sorciers et selon des sources officieuses, votre enquête spéciale arriverait à son terme. Est-ce exact ?
Miss Skate… Effectivement, mon équipe et moi avons rendu nos dernières conclusions au bureau central des aurors ce matin. Au triste bilan de deux cents huit morts dénombrés par les secourimages, lors des toutes premières heures qui ont suivies le drame, s'ajoutent douze personnes décédées à Sainte-Mangouste des conséquences directes de l'attaque. Quant au travail d'investigation de mon équipe, malgré leur professionnalisme et leur implication sans faille, à ce jour, nous ne pouvons que déplorer des résultats partiels car nous n'avons malheureusement pu identifier toutes les identités magiques signalées comme portées disparues par leurs familles et proches. Grâce aux technologies utilisées, nous avons la preuve du décès de trente-deux autres personnes. Il reste cependant six sorciers dont nous ne pouvons ni infirmer ni confirmer la mort lors de l'attaque des Renégats au ministère.
Difficile dans de telles circonstances de faire son deuil et d'espérer se reconstruire…
Je n'avais jamais de toute ma carrière imaginé pire tragédie que celle à laquelle mes hommes et moi avons dû faire face au cours de ces semaines et je crois qu'il n'existe pas de mots assez forts pour vous décrire mon émotion face à toutes les familles des victimes que nous avons rencontrées au fil des jours. Je sais que pour six d'entre elles, s'ajoute à cela l'impossibilité de savoir, le doute avec lequel ils devront avancer malgré tout. Ce processus de reconstruction sera d'autant plus pénible et long que, depuis quelques semaines, les attaques se multiplient dans différents lieux sorciers - Pré-Au-Lard, Godric's Hollow, le Chemin de traverse, l'Allée des Embrumes - et les ramènent sans cesse à leur propre tragédie et à leurs souvenirs.
Pensez-vous que votre brigade spéciale ait dorénavant un rôle majeur à endosser dans la lutte engagée contre les Renégats ?
Notre groupe est encore une unité nouvelle au sein des aurors. J'ai cependant le sentiment profond que nous avons accompli notre devoir envers nos concitoyens depuis le mois d'août en permettant l'identification de nombreux sorciers et nous comptons poursuivre dans notre démarche expérimentale autant que possible. Nous espérons que nos résultats plaideront en notre faveur lors du vote des budgets ministériels en décembre prochain et valideront la pérennité de notre brigade spéciale.
C'est ce que nous espérons pour vous. Merci de nous avoir accordé ces quelques minutes de votre précieux temps, Monsieur Richards. »
Par votre toujours dévouée Miss Terrie Skate, journaliste pour la Gazette des Sorciers.
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« Tu as fini… »
Drago entra dans la chambre où Harry allait et venait avec efficacité et rapidité. Le brun lui lança un sourire un peu trop forcé pour paraître tout à fait sincère et honnête.
« Presque.
- Tu veux que je t'aide à finir. »
Harry soupira et acquiesça avec soulagement tandis que Drago prenait place de l'autre côté du lit. Dans un silence relativement confortable, les deux calices officièrent puis après un moment, le serpentard murmura, presque pour lui-même :
« Je suis fatigué et je n'ai pas vu la moitié des malades que tu as aidé aujourd'hui. Tu ne tiendras pas longtemps si tu continues ainsi… »
Le ton de sa voix ne cachait nullement son inquiétude et fit se relever brusquement le visage interrogatif d'Harry.
« Je vais bi…
- Ne me fais pas l'affront de terminer cette phrase ou je t'arrache la tête. »
Harry ne put retenir un bref éclat de rire. C'était quelque part réconfortant de penser que malgré l'évolution de leur relation, il était toujours capable de déclencher une réaction quasi épidermique chez son ancien ennemi.
« Parce que je te fais rire, en plus, gronda furieusement Drago.
- Non… Pas sûr que tu apprécies pour autant mais… En fait, tu me rassures.
- Je… Quoi ?
- J'arrive encore à t'exaspérer, et réciproquement. C'est juste… Rassurant.
- Oh… Beau-papa, je vais pleurer… »
Les deux calices pouffèrent ensemble avant de se concentrer à nouveau sur leur patient – une nouvelle victime retrouvée inconsciente à proximité de Pré-Au-Lard d'après ce que leur avait dit Walter lors du débriefing matinal.
C'était devenu un rituel. En début de journée, le pédiatromage passait les voir et discutait précisément avec eux de chaque cas, pour savoir si l'un des patients devait éventuellement intégrer le dispensaire. Ensuite, Drago et Harry se chargeaient des « permanents », des malades transférés, comme Lisbeth, la mère d'Hermione ou le petit Stephen dont l'état était encore jugé très critique. En début d'après-midi, les deux calices utilisaient le polynectar et devenaient pour une heure Damhnait et Elgnat avant de retourner vers le manoir. Malgré des débuts tâtonnants, ils savaient qu'ils avaient accompli un nombre suffisant de petits miracles pour susciter l'intérêt des familles et le questionnement des journalistes, au grand désarroi des deux vampires qui n'aimaient clairement pas l'idée de les savoir seuls à Sainte-Mangouste sous les feux de la rampe.
« Je crois que je ressens les premiers picotements du polynectar. Il vaudrait mieux qu'on ne tarde pas davantage. »
Le brun fit mine de ne pas avoir entendu la requête de Drago et fronça les sourcils, se concentrant davantage sur la victime. Il ne se souvenait même pas de son prénom et cela le fit frissonner. Il ne voulait pas considérer ce malade simplement comme un numéro parmi tant d'autres… Chambre 420.
« Potty… Ne m'oblige pas à hausser le ton. Il faut qu'on parte tout de suite.
- Oui.
- De toute façon, tu es trop fatigué pour continuer.
- Je sais bien que tu as raison…, balbutia Harry. C'est juste que…
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- J'ai parlé à Walter juste quelques minutes avant que tu n'arrives. »
Cette fois, Harry se détourna réellement du patient et reporta son attention vers Drago :
« Il m'a averti qu'Ombrage avait exigé lors du dernier conseil d'administration de Sainte-Mangouste de pouvoir nous rencontrer dans les plus brefs délais afin de visiter notre fameux dispensaire irlandais.
- Quelle vieille pie, celle-là ! Sev et mon père vont hurler quand ils vont… »
Drago s'arrêta aussitôt, avisant l'air agacé d'Harry.
« Tu n'envisagerai quand même pas de taire cette information, n'est-ce pas ? »
Harry souffla.
« Non… Non… Bien sûr que non mais je… Je veux vraiment continuer à venir ici chaque jour. Il y a trop de vies en jeu pour que l'on cède au chantage minable de cette foutue sorcière.
- Pour une fois, nous sommes entièrement d'accord, beau-papa. »
Drago se rapprocha de la sortie, invitant d'un geste Harry à le suivre et quand ce dernier se trouva à sa hauteur, il lui murmura dans un sourire :
« Ne t'en fais pas. Kingsley soutient complètement le dispensaire. On peut compter sur lui si nous avons besoin d'un peu d'aide pour faire infléchir Sev et mon père à ce sujet.
- Peut-être mais ça m'inquiète vraiment… et puis, il y a Parker. Je n'arrête pas de penser qu'il est aux mains des Renégats.
- Richards a seulement dit à Kingsley qu'il faisait malheureusement partie de la liste des victimes encore portées disparues à ce jour. Il n'est pas le seul et ça n'implique pas forcément qu'il est aux mains de mon cher oncle.
- Tu essayes de te convaincre ou de me convaincre ? »
Le blond tiqua à la remarque acerbe du gryffondor. Jamais Harry ne lui avait paru autant à bout de nerfs.
« Pardon… Je ne voulais pas m'en prendre à toi.
- Pas de souci, Potty... Par contre, tu ne voudrais pas que je te récupère une fiole de potion sans-rêve dans la réserve de Sev pour ce soir ? »
Harry soupira :
« Merci, Drago.
- De rien… On est une équipe, n'est-ce pas ?
- Oui et on va devoir faire très attention… Vraiment très attention. J'ai un mauvais pressentiment depuis ce matin… Je n'arrive pas à me l'expliquer mais je crains qu'il ne se passe quelque chose d'ici peu… »
A suivre…
Petit lexique :
1 : Informations sur la fondation de Sainte Mangouste : recueillies sur le site .
2 : Damhnait O'Connor : Damhnait est un prénom irlandais, de Damh signifiant « petit faon » (en hommage au patronus d'Harry… Le petit cerf de James Potter…)
3 : Elgnat Broderick : Elgnat est un prénom irlandais, de Elg signifiant « noble » (forcément qui représente mieux la noblesse que Drago).
