Merci à chacun d'entre vous d'avoir été si gentil et si nombreux à m'avoir laissé une review! ça me fait très plaisir! Apparemment les pensées de Ziva vous ont vraiment plu dans mon précédent chapitre. ça m'a surprise car ce passage ne me paraissait pas vraiment intéressant!

Pour la chanson à laquelle je fais référence dans ce chapitre, comme c'est dit dans le chapitre, c'est No need to argue des cramberries, de l'album du même nom, de 1994 je crois. Vous trouverez la chanson sur YouTube et sur Deezer si ça vous intéresse.

Allez, je vous souhaite une bonne lecture, et vive les reviews!

Et ne me tuez pas une fois la fin de ce chapitre lue...


Chapitre 36 : No need to argue.

Ziva claqua la porte derrière elle et fit un premier pas à l'extérieur. Le froid la saisit un instant, mais si tôt elle se mit à courir dans un rythme régulier. Elle traversa la route, puis parcouru environ 1 km 200 en slalomant parmi les quelques passants déjà présents sur le trottoir. Enfin elle gagna le parc avec le sourire.

Elle laissa ses yeux se perdre sur les châtaigniers éparpillés deçà delà sur la pelouse et allongea ses foulés alors que ses pieds heurtaient maintenant un des sentiers du parc. Elle ferma les yeux en expirant fortement, souriant doucement, à l'idée simple qu'elle courait librement et en toute légalité dans le parc de Washington. Le soleil perçait à peine parmi les nombreux nuages qui encombraient le ciel, il pleuvrait sûrement aujourd'hui. Et pourtant elle avait la sensation que le monde irradiait.

Ziva sortit son ipod de sa poche et en plaça les écouteurs dans ses oreilles. Elle alluma la radio et replaça le petit appareil dans sa poche. Les premières notes des Cranberries se firent entendre avec cette voix que Ziva connaissait. Et doucement Ziva se laissa emporter par la mélodie de No need to argue. La courte chanson lui parut durer un éternité. Elle se concentra sur les paroles, ralentissant légèrement son rythme de course sans en avoir conscience. Les paroles de cette chanson tournèrent encore et encore dans sa tête bien longtemps après que les dernières notes ne se soient faites entendre. Cette chanson, la voix de la chanteuse, l'avait comme placé en transe et forcé à faire le point sur ce qui la tracassait actuellement, tout en continuant de courir.

« But they say it will work out fine », « You'll always be spécial to me », « No need to argue anymore ». Tout se mélangeait. Depuis combien de temps tentait elle de se convaincre que tout allait s'arranger entre eux? Des mois qu'elle se le répétait. Mais en avait-elle des preuves? Leur relation avait toujours été spéciale. Combien de temps s'étaient-ils tournés autour? Des années. Combien de temps s'étaient-ils aimés? Des années également. Dès le premier regard qu'ils avaient échangé, chacun d'eux avait su. Combien de temps se l'étaient-ils prouvés? À peine quelques heures. Juste une nuit. Et elle était partie. Sans rien lui dire. « No need to argue anymore ».

Tout ce temps où ils avaient travaillé ensemble ils avaient caché leurs sentiments derrières ces joutes verbales et ces fausses disputes qui parfois avaient tournées au vinaigre. Elle n'avait pas voulu que cela se termine ainsi. Elle n'avait pas voulu en garder ce souvenir. Alors elle s'était éclipsée en silence. Comment pourrait-il lui pardonner un tel comportement? Il avait cru enfin pouvoir être sincère avec elle. Il avait enfin vu leur relation prendre le sens qu'il désirait. Et sans bruits elle s'était envolée. Tant de choses avaient changées entre le moment où ce soir là il avait fermé les yeux, et l'instant où ils les avait rouvert le lendemain matin.

Quelques soient les sentiments, qui pourrait pardonner un tel comportement? L'aurait-elle pu, elle, si elle s'était trouvée à sa place? Elle en doutait très sérieusement. Pendant longtemps elle aurait eu le sentiment qu'il avait bien joué avec elle, mais pendant longtemps aussi elle se serait sentie responsable.

Ziva tourna et emprunta le sentier qui s'offrait à sa droite. D'autres mélodies résonnaient dans ses écouteurs, mais elle ne les écoutait que discrètement. Elle était concentrée sur son but. Elle ne courait plus comme elle le faisait chaque matin. Elle ne courait à présent ni pour se tenir en forme ni pour se vider la tête. Elle avait maintenant un but et un itinéraire. Une destination. Elle connaissait le chemin, elle savait approximativement combien de temps elle devrait courir avant d'atteindre le lieu où elle se rendait. Elle ne courait plus au hasard.

Ziva aperçu les grilles vertes foncées d'une des portes du parc et les passa. Elle emprunta le trottoir et courut plus lentement pour éviter de renverser un bureaucrate pressé. Elle courut deux courtes minutes puis traversa une avenue, avant de prendre une petite rue un peu plus à l'écart. Elle se rendit compte que ses pas s'étaient calés sur le rythme de la chanson qu'elle entendait à présent.

Elle courrait depuis plusieurs minutes, et cela s'en ressentait sur sa respiration. Elle tentait de réfléchir à ce qu'elle allait dire. Y aller maintenant lui était soudainement apparu comme une évidence, et courant toujours, n'ayant rien d'autre à penser, elle essayait de se préparer à cette conversation. Elle se préparait des répliques et tentait d'y voir clair dans son esprit pour pouvoir lui faire face et se faire comprendre.

Elle triait ses pensées et se demandait s'il avait changé alors qu'elle accélérait, gagnant les premiers quartiers de banlieue. Le parc où elle avait toujours eu l'habitude de courir à Washington D.C. avait toujours eu pour avantage de se trouver à une distance raisonnable de chez elle et de chez lui, ce qui lui avait plusieurs fois grandement facilité les choses lors d'un appel pour une enquête ou d'un besoin d'y voir plus clair, et pour ça de consulter son avis sur un sujet précis qu'elle ne parvenait pas à tirer au clair.

Ziva ralentit et poussa la petite porte en bois blanc qui servait d'entrée à sa maison. La jeune femme gagna la porte d'entrée en marchant. Elle resserra sa queue de cheval et s'essuya le front sur la manche de son polo rouge. Elle frotta un instant ses pieds sur le paillasson, elle ne voulait pas salir, tout en inspirant un grand coup, dans le but de calmer sa respiration haletante après ces longues minutes de course.

Elle poussa la porte, ne prenant pas la peine de toquer et la referma doucement derrière elle, évitant de faire du bruit. Elle connaissait ses réflexes, et elle n'avait aucune envie que ceux-ci se retournent contre elle, et que surpris par l'arrivée d'un invité qu'il n'attendait certainement pas, il se sente menacé et s'en prenne à elle. Elle aussi possédait des réflexes, mais tout de même, elle n'était pas venue pour ça, et ça n'aurait pas été un bon moyen de débuter leur conversation, il n'était déjà pas assuré qu'il l'accepte chez lui.

Ziva s'enfonça dans le demeure en ôtant les écouteurs de ses oreilles et en éteignant son ipod. Elle arriva à hauteur des escaliers et s'arrêta un instant. Il lui fallait son approbation, car sans celle-ci, son retour serait bien compliqué, et elle aurait bien du mal à se reconstruire une place en Amérique. Elle devait y passer. La jeune femme entendit le bruit du rabot, glissant sur le bois et eut envie de sourire en constatant que cet homme n'avait pas changé. Elle se concentra sur ce bruit régulier et se lança enfin. Elle était déterminée, poussée par une force nouvelle qui lui redonnait courage.

Ziva fit un premier pas, puis lors du second posa son pied gauche sur la première marche des escaliers et commença sa descente sur ce qui aurait pu être considéré comme un ring de boxe. Elle n'avait pas pour habitude de perdre, elle n'était pas du genre à se laisser abattre. Elle menait ses combats jusqu'au bout et donnait le meilleur d'elle-même à chaque fois qu'elle montait sur le ring, alors aujourd'hui n'y ferait pas exception. Les bouts des doigts de sa main droite frottèrent doucement contre le mur alors que son autre main frôlait la rampe d'escalier. Elle descendait dans un rythme régulier. Elle savait qu'il l'avait entendu.

Des pas. Dans son escalier. Ses marches qui grinçaient. Alors qu'il n'attendait personne et qu'il était encore tôt pour un samedi. Aucune enquête en cours. Aucun rendez-vous. Aucun compte à régler.

Pas de bruits de talons. Non plus les semelles compensées d'Abby et son pas pressé, ni l'allure assuré des semelles de Dinozzo, celle hésitante de McGee, ou le pas lourd que pouvait avoir Ducky, ou encore la démarche de Fornell qui prenait plaisir à éviter les lattes grinçantes pour voir combien de marches il aurait le temps de descendre avant qu'il ne le repère. Et pourtant il connaissait cette démarche. Il ne parvenait juste pas à remettre un nom sur ces bruits de pas.

Il continua de raboter le dossier du rocking-chair qu'il préparait pour Abby, dissimulant le trouble de son ignorance. Il avait remarqué que celui qu'Abby avait ramené de la Nouvelle-Orléans lors de son arrivée à Washington commençait à avoir suffisamment vécu, et il savait combien Abby et la petite aimaient terminer une journée dans un bon rocking-chair, c'est pourquoi il avait entrepris de fabriquer ce cadeau pour la jeune maman.

Il observa du coin de l'œil cette paire de basket noire féminine, qu'il ne reconnut pas. Puis, continuant toujours son mouvement, il vit apparaître ce bas de pantalon gris, un jogging de toute évidence. Il avait affaire à une sportive, qui connaissait ses habitudes, puisqu'elle ne se gênait pas et n'avait pas toqué.

Il crut reconnaître cette personne lorsqu'il vit les genoux se glisser dans son champ de vision, mais chassa rapidement cette idée de ses pensées, accompagnant l'idée d'un geste négatif de la tête. Cependant lorsqu'il put voir les jambes de cette femme en entier et qu'il aperçut cette main qui frôlait le bois de sa rampe d'escalier, il ne put s'empêcher de stopper son geste et de garder le rabot suspendu dans les airs. Il fronça les sourcils. Cette main frêle et sûre appartenait à la jeune femme à laquelle il pensait. Il suivit son mouvement des yeux, se retournant simultanément pour lui faire face, s'interrogeant profondément.

Il avisa rapidement la bouteille de bourbon posée sur son établit et s'interrogea sur la quantité d'alcool qu'il avait pu absorber ce matin, mais comme il s'en doutait il constata que la bouteille était toujours bouchonnée. Il pouvait à présent observer ses épaules. Ses cheveux étaient relevés, sinon il les verrait retomber sur ses épaules. Elle s'attachait toujours les cheveux quand elle courrait pensa-t-il, admettant pour l'instant qu'il avait bien à faire à Ziva David, bien qu'il ne cherche pas à se l'expliquer. Le pourquoi du comment viendrait après. Il voulait pour l'instant en avoir le cœur net, car bien qu'il l'ait admis, une part de doute subsistait tout de même en lui. Une telle visite restait invraisemblable.

Il chercha des yeux une chaîne dorée brillant autour de son cou, comme pour avoir une preuve irréfutable de son identité, mais il n'en trouva pas. Il resta donc à fixer la base de son cou, puis son menton, ses lèvres, ses pommettes hautes, et enfin ses yeux, puis son front, sa chevelure, avant de revenir à ses yeux, qui apparemment refusaient de croiser les siens. Il resta ainsi à attendre qu'elle le regarde, n'attendant qu'une chose, en avoir le cœur net. Il ne chercha pas à retrouver contenance, admettant pour une fois se faire surprendre, chose rare. Il ne savait comment agir, c'était bien la première fois qu'il se retrouvait dans cette situation.

Il la détailla un court instant, alors qu'au pied de l'escalier elle se trouvait de profil, elle balayait l'endroit des yeux. Il constata qu'elle revenait certainement tout juste de son jogging, elle avait du opter pour un détour.

Elle s'attarda sur l'espace qui l'entourait. Elle savait que lui, il la regardait, elle. Mais elle prenait le temps de s'habituer à l'endroit avant d'engager la conversation. Elle avait besoin de reprendre ses repères dans ce lieu, et lui avec elle. Rien n'avait changé dans cette pièce sombre, il n'avait pas cessé d'exercer son talent de menuisier. À la vue des morceaux de bois, de la bouteille de bourbon, des copeaux de sciures, et surtout à l'odeur de café, de bois, et de bourbon mêlés elle eu le sentiment de se sentir chez elle, comme souvent elle l'avait ces derniers jours.

Elle profita de l'instant. Car de nombreuses fois lorsqu'elle s'était sentie perdue durant ces quatre dernières années elle avait rêvé de cette cave. Elle avait rêvé d'y revenir et d'en retrouver l'atmosphère apaisante. La compagnie de son patron qui lui permettait de passer quelques heures silencieuses avec lui, sans la juger, lui apportant les réponses à sa manière. Et à présent elle y était. Ziva David était dans le cave de Leroy Jethro Gibbs.

Elle se retourna et lui fit face, posant son regard dans le sien. Elle ne se montra pas dure, mais ne se mit pas non plus en position de faiblesse. Elle ne chercha pas à parler. Elle posa juste son regard ébène dans ses yeux océans et y puisa tout le réconfort qu'elle pouvait y prendre, elle respira ce regard qui pansa toutes ses blessures qu'elle avait accumulées en quatre années et y reprit le courage qui lui manquait, alors que lui, toujours, la regardait en tentant de comprendre, attendant avant de la juger, bien qu'une part de lui-même aurait aimé lui hurler dessus.

Seulement il connaissait Ziva. Il savait qu'elle pouvait se retrouver emprise à des doutes immenses, se sentir complètement perdue entre une mère absente, un père inhumain et une famille disséminée. Elle avait vécu de très mauvaises aventures, connaissait plus de la vie la cruauté que le bonheur, et parfois elle s'était égarée, avait confondu certaines personnes et n'avait plus accordé sa confiance aux bonnes. Mais il savait qu'elle avait su tirer profit de ses erreurs, et qu'elle n'était responsable que d'une infime partie de la vie qu'elle menait aujourd'hui, si il pouvait se permettre de dire ça maintenant. Alors il choisit d'attendre avant de hurler, de simplement lui laisser une chance. Une petite chance, mais une chance tout de même, car son esprit cartésien voulait comprendre.

En homme qu'il était, il devina ce que sa présence dans sa cave pouvait lui coûter, ce qu'elle avait pu vivre durant ces quatre années, ainsi que ce qui allait suivre serait peut-être aussi pénible pour elle que pour lui. D'accord il allait devoir admettre l'inacceptable, mais elle elle avait du vivre pendant plusieurs années avec l'inacceptable, alors il lui laissa sa chance, en partie à contre coeur.