Bonjour à toutes et à tous.
Après un silence prolongé, me voici de retour avec un long (?) chapitre tout frais (ou presque). J'espère ne pas vous avoir fait trop attendre, mais je ne peux pas écrire cmme je le voudrais.
J'espère que malgré le tome 7 vous avez encore envie de lire ma petite fic. Je précise : je ne l'ai pas encore lu !!! (et oui, je sais, ça fait pas très fan). Donc évitez de me dévoiler des choses dans vos reviews, je vous en serai fort reconnaissant.
Merci à tous ceux qui me sont restés fidèles. Gros bisous. Et bonne lecture...
ATTENTION : O'Conelly refait un peu des siennes: si vous avez le coeur sensible, évitez ce chapitre !
CHAPITRE 37 - Manon
Il existe bien des situations désagréables dans la vie. Se lever précipitamment un matin, pensant qu'on est très en retard, et se rendre compte une fois habillé que c'était le seul jour de la semaine où on pouvait rester couché, en est un bon exemple. Rester coincé derrière une porte des toilettes parce que la serrure s'est bloquée, fait également parti du palmarès des petits moments pénibles de la vie. Mais rien de tout cela n'est comparable à la divulgation par un esprit frappeur de nos petits secrets intimes. Ce jour là, Harry en sut quelque chose !
Lorsque Peeves était sorti de sa cachette en hurlant à qui voulait l'entendre que « Potter avait embrassé Bohan », le sang du sorcier n'avait fait qu'un tour. D'ordinaire peu réactif aux mauvais tours de cet affreux personnage, Harry avait cette fois été envahi par une puissante vague de panique. La seule réaction sensée qui lui était alors venue à l'esprit avait été de prendre ses jambes à son cou et de s'éloigner le plus vite possible de tout lieu où pourrait se produire une rencontre potentiellement désobligeante.
Malheureusement pour le bel adolescent, l'esprit taquin se sentait bien trop heureux d'avoir un mauvais scoop à colporter pour abandonner la partie aussi facilement. Il poursuivit donc Harry partout où celui-ci se rendait, en s'arrangeant pour renverser sur son passage toutes les armures qu'il croisa en espérant alerter par un tel vacarme un maximum de personnes aux alentours.
Harry jura bien que ce fichu Peeves aurait tôt ou tard à payer pour cet acte. Pour rien au monde le sorcier n'aurait souhaité que la nouvelle de son « pacte » avec Manon de Bohan soit connue de l'école. Mais dans ces conditions, il ne pouvait plus rien espérer de tel, à moins d'une surdité soudaine de la part d'un bon millier d'élèves et de professeurs.
Tout en courant le plus vite qu'il pût, le Gryffondor décida de sortir du château. Peut-être Peeves n'avait-il pas le droit de sortir dans les jardins ; en tout cas Harry ne l'y avait jamais vu. Et quand bien même il le pouvait, ses chants insupportables n'y seraient peut-être pas entendus par les autres élèves...
Harry dévala à toutes jambes le grand escalier de marbre qui donnait sur le hall mais il se figea au milieu de celui-ci. Au pied des marches, se tenait le professeur McGonagall, déjà occupée à réprimander vertement la jolie Manon.
—Je suis absolument outrée par votre comportement puéril, Mademoiselle ! A peine ai-je le dos tourné que vous voilà à courir, sauter et danser dans les couloirs ! Cette école n'est pas un lieu d'amusement, que diable ! Qu'est-ce qui vous prend donc ? C'est votre courrier qui vous met dans cet état ? Avec pareille nouvelle, j'aurais pensé au contraire que seriez restée humble, comme se doit de l'être toute jeune fille de votre statut à qui l'on offre pareil honneur. Lorsque votre père apprendra cela, il...
—Potter a embrassé Bohan, chanta de la façon la plus fausse qui soit ce vaurien de Peeves au-dessus de la tête de Harry. C'est un sacré chenapan ; Potter a embrassé Bohan, à quand leur futur enfant ?
La directrice adjointe leva les yeux et vit Harry et l'esprit malin prenant un plaisir malsain à lui jeter des boulettes de papiers imbibées de bave de Krybylle. Un moment surprise, elle les observa avec des yeux pénétrants et Harry se sentit terriblement embarrassé. Quant à Manon, se trouvant déjà dans une mauvaise posture, elle pâlit quelque peu.
—Taisez-vous, Peeves ! ordonna l'enseignante.
—Oh, mais ce serait dommage, madame la sous-directrice, répondit Peeves d'un air mauvais. L'amour ça se chante partout, n'est-ce pas ?
—Pour l'amour du ciel, Peeves, fichez-le camps d'ici ! cria le professeur McGonagall qui perdait patience.
—A vos ordres, clama Peeves en se dirigeant vers la première classe d'où ne tarderaient pas à sortir les premiers élèves. Potter a embrassé Bohan...
—Vous deux, dans mon bureau immédiatement !
Les deux jeunes gens ne se firent pas prier. Le professeur McGonagall était une personne éprise d'ordre et de discipline, jamais elle ne leur pardonnerait leur écart de conduite, alors qu'ils lui avaient promis quelques minutes plus tôt de se tenir correctement. Harry savait qu'il risquait une lourde sanction et que Manon, pour une fois, n'y échapperait pas non plus ! Pourtant le pire n'était pas la sérieuse remontrance que leur professeur leur préparait, mais la rumeur que Peeves partait répandre partout dans le château. Et dire que Harry avait souhaité la plus grande discrétion. Il était fichu !
Arrivés devant le bureau du maître de métamorphose, celle-ci ouvrit la porte d'un coup de baguette et déplaça deux chaises –bien distantes l'une de l'autre– face à l'épaisse table de travail sur laquelle reposait une quantité phénoménale de parchemins particulièrement bien empilés. Elle invita promptement le nouveau couple à s'asseoir, ferma la porte sèchement et s'installa à son tour dans son fauteuil pour leur faire face.
—Je suis totalement furieuse contre vous, Mademoiselle Bohan, sermonna-t-elle en insistant soigneusement sur chaque syllabe. Je m'attendais à beaucoup mieux de votre part. Non seulement vous prenez cette école pour un centre de loisir où le badinage est permis, mais en plus vous osez vous moquer de moi. Il me semble que je vous avais déjà rappelé à l'ordre il n'y a guère plus de vingt minutes. N'aviez-vous point compris ou vous fichiez-vous éperdument de ce que je vous racontais ? Comment une personne telle que vous peut délibérément défier les règlements ? Vous qui représentez l'une des meilleures éducations qui soient et qui servez d'exemple aux élèves les plus jeunes. J'ose espérer que vous aurez un peu plus de retenue dans quelques semaines. Dans le cas contraire, il ne serait peut-être pas inutile de penser à préparer vos valises ! J'imagine que l'honneur qui vous a été fait vous a gonflé d'orgueil... Lorsque le directeur et moi-même vous avons accepté dans notre établissement, en vertu des circonstances exceptionnelles et particulièrement difficiles de l'actualité, nous avions particulièrement insisté sur le strict respect des codes et règlements de notre école ! Non seulement vous avez trompé la confiance que je vous accordais, mais vous avez également trompé celle de votre professeur de potion en abusant des largesses qu'il vous a accordées. Ce type de comportement est absolument exclu ! Je ne vous cache pas ma plus grande déception à votre égard !
Pour toute réponse, Manon baissait les yeux, toujours pâle. Il était étrange de voir cette fille habituellement si arrogante, si fière et si sûre d'elle, se soumettre à la colère du professeur. Mais la chose qui devait se dérouler dans quelques semaines et qu'évoquait McGonagall pouvait bien en être la cause.
—Quant à vous, Potter, vous me décevez tout autant ! Je croyais que vous aviez un peu plus de discernement. Maintenant que vous avez obtenu les autorisations nécessaires à l'ouverture de votre Club de défense, vous vous êtes peut-être dit que vous étiez privilégié. Peut-être pensez-vous pouvoir tout vous permettre ? On dirait que le professeur Rogue avait bien raison quand il insistait sur votre obstination à violer tous les règlements. Qu'est-ce qui vous est donc passé par la tête ? S'embrasser au beau milieu des couloirs, sans la moindre décence !!! Et puis quoi encore ?
—Ce n'est pas de sa faute, Professeur, intervint Manon qui savait pourtant qu'il valait mieux se taire. C'est moi qui...
—Peu m'importe qui a entraîné l'autre ! Votre comportement est tout simplement inqualifiable. Vous aurez en conséquence tous les deux une retenue demain soir, et j'enlève trente points à chacune de vos Maisons. Oui monsieur Potter, vous m'avez bien entendu ! Et je suis au regret de vous annoncer que j'enverrai un courrier à vos familles respectives.
—Oh par pitié non, Professeur, supplia alors Manon, brusquement prise de panique sous le regard effaré de Harry. Je vous en conjure, ne prévenez pas mon père, s'il vous plait !
—Je suis désolée, ma chère, mais vous saviez très bien ce que vous risquiez. Vous subirez donc les conséquences de votre acte. Et vous serez contrainte de suivre des cours de bonne conduite pour vous apprendre à vous comporter dignement dans la société anglaise. Quant à vous, Potter, je vous mets en garde. Si jamais pareille chose devait se reproduire, vous pourriez bien faire une croix sur votre Club de Défense.
—Vous ne pouvez pas faire ça, Professeur McGonagall ! s'alarma Harry d'une voix accablée.
—Il vaut mieux pour vous qu'aucun dérapage de ce genre ne puisse encore arriver. Je n'ai pas autorisé un rassemblement d'élève de cette ampleur pour que vous en profitiez pour jouer aux jolis cœurs. Ce club de défense ne deviendra pas un club de rencontre !
—Encore une fois, Madame, veuillez accepter nos plus sincères regrets, s'excusa Manon avec une mine déconfite, presque malheureuse. Nous ne songions pas à mal. Nous nous sommes juste laissés emporter par notre passion l'un pour l'autre. Nous comprendrions si vous décidiez que nous ne pouvons plus nous voir, ce serait sans doute une décision fort juste seulement... nous...
Manon se tut, un léger sanglot l'empêchant de parler. Harry tourna aussitôt la tête vers elle et rougit encore plus qu'il ne lui était possible. La situation était suffisamment gênante sans qu'en plus la jeune fille en rajoute une couche. Mais le sorcier restait pantois devant les yeux humides de Manon. Se pouvait-il qu'elle l'aimât vraiment ?
Le professeur McGonagall leva ses sourcils. Manifestement, elle ne s'attendait pas plus à une telle réponse de son élève. Quelques secondes s'écoulèrent avant que l'enseignante ne reprit la parole, avec cette fois une tonalité moins sévère.
—Que me racontez-vous là, Mademoiselle Bohan ? Bien que vous vous soyez rendus coupables d'une atteinte au règlement de l'école, ce n'est pas vos... euh... sentiments que je sanctionne mais votre tenue pour la moins indigne. L'ordre doit régner ici comme ailleurs et personne ne peut passer outre cette règle. Même si certains de vos professeurs... Enfin soit !
—Et donc, Harry et moi...
—Pouvez bien entendu continuer à vous fréquenter, comme c'est le cas pour tous les élèves de cette école ! s'exclama avec évidence le professeur en haussant les épaules. Nous ne sommes pas encore dans une prison, que je sache. Et personne ne vous empêche de... euh... de vivre vos sentiments à condition bien sûr de rester correct ! Je ne vois d'ailleurs pas pour quelle raison j'aurais à empêcher une telle chose qui est tout à fait de vos âges. A l'heure où certains sèment la terreur et la discorde, je me réjouis même qu'il puisse encore y avoir des gens qui croient en l'amour et soyez certains qu'il en va de même pour le Directeur. Mais de grâce, adoptez un comportement respectable ! Gallagher et Tackland aussi étaient issus de Gryffondor et Serpentard, cela avait beaucoup fait parler à l'époque –c'est une chose tellement rare ! Mais ils ont toujours eu l'intelligence de rester discrets sur leur relation et ils y ont toujours gagné. Les voilà mariés depuis une bonne dizaine d'années à présent. Prenez donc exemple sur eux !
Le professeur McGonagall jeta un regard perçant sur les deux élèves qu'elle avait en face d'elle. Ceux-ci restaient absolument silencieux, attendant sans doute qu'elle les libère enfin. Estimant la remontrance satisfaisante, la vieille dame décida alors de les renvoyer dans leurs quartiers.
—Si vous n'avez plus rien à ajouter, vous pouvez disposer. Nous nous reverrons demain soir, à vingt heures pour l'application de vos retenues. En attendant, je veux que vous vous rendiez immédiatement dans vos salles communes respectives. Vous en avez suffisamment fait pour aujourd'hui. Vous vous sentez capable de survivre toute une soirée l'un sans l'autre ? ajouta-t-elle non sans une pointe de sarcasme agacé.
Les adolescents acquiescèrent de la tête, saluèrent poliment la directrice adjointe puis sortirent de son bureau. Ils restèrent un instant debout l'un à côté de l'autre, sans oser se parler. Bien que la porte de McGonagall fût à présent refermée, ils savaient qu'elle les entendrait discuter et qu'elle apprendrait bien vite s'ils avaient respecté leur promesse de retourner directement dans leurs quartiers respectifs. Et ils avaient bien trop à perdre pour risquer de la mettre en colère.
Harry demeurait totalement stupéfait. A vrai dire, il se moquait bien du courrier envoyé aux Dursley. Ils seraient même contrariés d'apprendre que leur neveu eût une petite amie et il les voyait déjà se demander qui pouvait être assez stupide pour vouloir d'une vermine dans son genre... Il se moquait tout autant de sa retenue ; rien ne pouvait être pire que celles vécues avec Ombrage ou aussi mortelles que celles qu'il avait connues avec Lockhart. Et que penser des trente points perdus ? Il avait déjà fait perdre bien plus que cela auparavant et de toute façon les sabliers de toutes les Maisons restaient désespérément vides depuis le début de l'année.
Mais Harry n'arrivait pas à effacer de sa mémoire le fait que Manon avait tenté de le disculper. Elle était prête à assumer pleinement la responsabilité de leur acte –et heureusement d'ailleurs, après tout, c'était elle la fautive. Peut-être qu'elle pensait que son statut lui servirait de parapluie mais quand même. Le geste était beau. Et puis... Cette soudaine frayeur, pour ne pas dire panique lorsqu'elle avait supplié de ne pas en toucher mot à son père. Ce n'était pas un spectacle qu'il s'attendait à voir de sa part. Cette fille devait être bien trop fière pour afficher une telle faiblesse devant Harry. Tout cela était tellement surprenant que Harry avait l'impression de découvrir une nouvelle Manon.
—Bon eh bien à demain, mon tendre Harry !
—Euh... à... à demain, Manon.
La jeune fille n'avait plus du tout l'air éplorée mais au contraire avait retrouvé toute sa joie de vivre et son petit air narquois que le jeune homme redoutait tant. Comment faisait-elle pour changer d'humeur aussi vite ? Avait-elle appris à jongler avec ses sentiments ? Venait-elle de jouer une incroyable comédie pour alléger la peine encourue ? C'est qu'elle en était bien capable, la gredine ! Et une nouvelle fois, Harry ne sut ce qu'il devait en penser.
Ils prirent donc chacun un chemin différent et regrettèrent que cette promenade au bord du lac n'ait finalement pas eu lieu. Harry aurait bien voulu interroger Manon sur son comportement face à la directrice-adjointe. Mais le jeune homme décida d'accélérer le pas lorsque la cloche retentit. Il venait de se rappeler que Peeves s'en donnait à cœur joie quelque part dans les couloirs de Poudlard et que bientôt tout le monde serait au courant du secret le moins bien gardé de toute l'histoire de l'école.
Prenant judicieusement tous les passages secrets les plus rapides ou les mieux cachés, Harry parvint jusqu'au tableau de la grosse dame sans rencontrer personne. Il lui donna le mot de passe et se dirigea directement vers son dortoir, sans chercher à savoir si la salle commune était déjà occupée ou non. Moins il verrait de gens, mieux ce serait...
Arrivé dans son dortoir, Harry pensa qu'il était préférable pour lui d'oublier un instant toute cette histoire. Il devait se concentrer sur des choses plus importantes. Le Club de Défense avait bien failli ne jamais voir le jour à cause de ce casse-pied d'esprit frappeur. Et aussi, un peu, à cause de Manon de Bohan. Le jeune homme devait donc se rattraper du mieux qu'il pouvait s'il désirait le conserver.
Harry ouvrit donc ses livres et commença ses devoirs sur son lit. Ce n'était certes pas l'endroit le plus confortable pour écrire sur un parchemin mais au moins personne ne viendrait le déranger. Sauf peut-être ceux qui partageaient la même chambrée !
Après quelques minutes pendant lesquels le jeune Potter essaya de se concentrer avec peine sur la leçon de métamorphose, il entendit des éclats de voix joyeux dans l'escalier qui menait au dortoir. Ron entrait une seconde plus tard, à moitié étouffé par ses rires.
—Ah , tu es là ! s'exclama-t-il. Je te cherchais. Qu'est-ce que tu fais dans le dortoir ?
—Je fais mes devoirs.
—Drôle d'endroit ! remarqua le préfet. La salle commune serait plus indiquée. En plus, après avoir passé une journée chez Rogue, c'est bien la dernière chose que j'aurais envie de faire, mes devoirs !
—J'ai besoin de prendre un peu d'avance, répliqua Harry, contrarié.
—Devine quoi ! continua Ron sans faire attention à la mine de son ami. Je me suis vengé de ce serpent de Malefoy ! Ce crétin ne s'était pas aperçu que j'avais versé le contenu visqueux d'un bocal dans le fond de son sac. J'aurais voulu aussi y mettre des asticots mais j'ai failli me faire voir alors j'ai pas osé. Avec toutes les retenues que j'ai déjà à rattraper avec Rogue... Enfin, bref. Quand tu es parti, Malefoy était tellement dégoûté qu'il n'a même plus cherché à faire le malin. Il a jeté toutes ses affaires dans son sac quand le cours s'est terminé et il est parti en trombe ! Sauf que...Ahahaha... le jus répugnant s'est mis à couler dans son dos ! Mouahahaha ! Il était fou de rage ! Surtout que Rogue n'était plus là pour le protéger !
—Oui, c'est bien fait pour lui, répondit Harry en l'écoutant à peine.
—Mais le plus drôle, c'est quand cette idiote de Parkinson a voulu s'en occuper ! Elle a jeté un sort qui ne se mariait pas très bien avec cette substance, apparemment, parce que ça a mis le feu au sac de ce blanc-bec ! Tu aurais du voir ça !
Ron se tint les côtes tellement il riait et des larmes lui venaient aux yeux. Mais Harry ne participait pas à la liesse. Il pensa que Manon aurait fort à faire ce soir et que venait le moment pour elle de prouver que le pacte qu'ils avaient signé en valait la peine.
—Oui et c'est encore Liam qui en pâtira, fit remarquer Harry.
—Hein ? répondit Ron, dans un hoquet.
—Quand Malefoy est en colère, il s'arrange toujours pour le faire payer à quelqu'un. Comme il ne nous a plus sous sa main, c'est le frère de Seamus qui lui servira de punching-ball.
—Ah mince ! s'exclama le grand roux. Je n'avais pas pensé à ça ! Mais bon, si on doit se laisser marcher sur les pieds à chaque fois que ce petit risque des problèmes, autant carrément se coucher devant Malefoy pour qu'il nous piétine tout de suite !
—J'ai... euh... j'ai... disons... arrangé certaines choses.
—C'est à dire ?
—J'ai fait ce que Seamus m'avait demandé : je me suis arrangé avec Bohan pour qu'elle empêche qu'on fasse du mal à Liam.
—Et elle a accepté ?
—Oui.
—Comme ça ? demanda Ron, incrédule. Sans rien demander en échange ?
—Euh... en quelque sorte...
—Et tu l'as cru ?
—C'est à dire que... enfin...
Mais du bruit dans les escaliers interrompit les questionnements gênants du jeune Weasley. Des rumeurs croissantes et un bruit de pas annonçaient que plusieurs personnes se dirigeaient vers le dortoir. La porte s'ouvrit à la volée, laissant entrer Seamus, Dean, Neville et derrière eux d'autres garçons de Gryffondor trop avides de connaître la vérité pour rester dans la salle commune.
—C'est vrai ce qu'on raconte ? demanda Seamus.
—Qu'est-ce qu'on raconte ? souhaita savoir Ron. Tu as bien vu ce qui est arrivé à Malefoy, tu étais là !
—Est-ce que c'est vrai que tu sors avec Bohan ? ne put se retenir Seamus sans prêter attention au jeune Weasley.
—Et que tu l'as embrassé dans les couloirs ? continua avidement Gareth Masterson, l'élève de septième qui avait échoué aux sélections de Quidditch.
—C'est les quatrième de Poufsouffle qui nous l'ont dit, expliqua Lewis Graham, l'attrapeur en second de l'équipe de Gryffondor. Ils sortaient du cours d'enchantements lorsque Peeves est venu le leur dire.
—Moi je préfère ne pas croire Peeves, déclara Neville Londubat. Cet affreux bonhomme ne fait que provoquer des ennuis à tout le monde et il a sûrement inventé...
—QUOI ?!? laissa échapper Ron, interloqué par la nouvelle.
—Allez dis-nous Harry, insista Seamus, sous l'acclamation des autres.
—Oui vas-y, raconte ! pressa Dean que la nouvelle ravissait au plus haut point.
—Est-ce qu'elle embrasse bien ? rêva Masterson. Oh oui, une fille pareille ça doit sûrement bien embrasser.
—Alors ? Alors ? demandèrent encore plusieurs voix.
—C'est... c'est vrai ? questionna alors Ron qui n'arrivait pas à y croire.
Harry ne pouvait plus reculer. Soit il mentait complètement et ne remplissait pas sa part du contrat. Et Liam en souffrirait. Soit il avouait et... eh bien, arriverait ce qu'il arriverait ! De toute façon, tout le monde était déjà convaincu d'une réponse favorable, la nouvelle de sa retenue leur parviendrait dans les minutes qui suivraient et Harry ne pourrait le cacher plus longtemps. Il n'avait pas le choix.
—Eh ben oui, Manon et moi sortons ensemble !
—YEAH !!!! crièrent Seamus et de nombreux autres garçons derrière lui !!!
Un mélange de cris de joie et de sifflement d'admiration explosa dans la chambre. Harry qui aurait préféré aller se cacher fut même surpris que la nouvelle fût aussi bien accueillie. Seamus lui tenait déjà les épaules pour manifester sa profonde satisfaction et Harry ne put s'empêcher de rougir et de rire à son tour avec les autres. Ron, par contre, restait planté droit comme un piquet en tirant une tête effarée. Dean, lui, affichait un sourire enchanté mais qui n'avait rien à voir avec celui de Seamus. Harry n'aima pas du tout ce visage-là. Mais déjà Masterson redescendait dans la salle commune annoncer la confirmation que tout le monde attendait.
—Je le savais ! déclara Seamus. On avait bien vu que ça collait super bien entre vous. Ah Harry, rien ne pouvait me faire plus plaisir. T'es un vrai pote ! Bohan ne pourra plus rien te refuser, elle protègera mon frère !
—Vous formez un très joli couple, complimenta Dean toujours avec ce sourire que détestait Harry.
—Absolument, confirma Lewis Graham. Félicitation !
—Veinard ! secoua Masterson, revenu de la salle commune accompagné de Vital Martin et tendant une Bièraubeurre à Harry pour fêter l'événement. C'est une sacrée belle fille !! Et un super bon parti en plus ! Pourquoi c'est toujours pour les mêmes des coups comme ça ?
—Ouais, moi aussi j'aurais bien voulu l'embrasser, fit remarquer Vital.
—Moi elle me fait peur, avoua Neville. J'aurais jamais osé sortir avec elle.
—Je suis sûr qu'elle est très bien, répondit Seamus, plus enthousiaste que jamais.
—Je suis certain qu'ils doivent tirer une de ces têtes à Serpentard, se mit à rire Graham. J'en connais quelques uns qui avaient le béguin pour elle ! Ils ne doivent pas apprécier.
—Allez viens, Harry, fêtons ça dans la salle commune ! Tout le monde désire en savoir plus.
—Pas question ! intervint finalement Ron, qui avait retrouvé ses esprits. Harry était occupé à faire ses devoirs, il viendra quand il aura fini. Ce n'est pas votre chien, il ne doit pas vous suivre partout où vous allez dès que vous le sifflez !
—Aha ! Tu plaisantes, Weasley, pouffa Masterson.
—Et les Bièraubeurres sont interdites dans les dortoirs ! Allez tout le monde dehors !!! ordonna le grand rouquin.
—Ben qu'est-ce qui te prend, Ron ? demanda Seamus.
—Vous n'avez pas compris ? Débarrassez-moi le plancher ! C'est un ordre de préfet !!!
Les autres cessèrent de rire et quelques secondes s'écoulèrent avant que les premiers garçons ne sortent de la pièce. On entendit juste Masterson grommeler à Graham que Ron devenait comme son frère Percy et que c'était une très mauvaise idée d'avoir donné des responsabilités à un membre de cette famille. Lorsque la porte fut fermée et qu'il ne resta plus que Harry et Ron dans la pièce, ce dernier interrogea son ami.
—Dis-moi que c'est pas vrai !
—Je viens de t'annoncer le contraire.
—Mais enfin, c'est pas possible ! Harry ! Tu sors avec Bohan ! Comment tu as pu ? C'est une Serpentard bon sang !
—Oui je sais, reconnut Harry. C'est une Serpentard. Et alors ?
—Et alors ? Elle est fourbe ! Elle a le vice en elle. M'enfin tu as bien vu de quoi elle est capable ! Elle nous a encore pris pour des moins que rien chez Rogue. T'as pas vu qu'elle avait commandé des sandwiches juste pour nous humilier ?
—C'est moi qui les avait demandé et elle a fait croire qu'elle est était responsable pour ne pas que je me fasse virer du cours.
—Mais elle était pas obligée de nous rabaisser !
—Je suppose que c'était plus crédible comme ça.
—Mais Harry... Mince alors ! Tu la défends ma parole ! On parle bien de Manon de Bohan, là ! La fille qui te harcèle, celle qui touche ta cicatrice sans te le demander, celle qui frime tout le temps, celle qui est copine avec Malefoy !!!
—Oui, je sais tout ça. Mais elle a aussi de bons côtés.
—Oh ne me dis pas que tu es attiré par ses titres ronflants et sa fortune incommensurable ! Moi aussi j'aimerais bien avoir autant de gallions mais c'est pas une raison pour aller pactiser avec l'ennemi. Je sais, elle très jolie mais y en a d'autre qui sont jolies ! Pourquoi elle plutôt qu'une autre ? Et... Et ma sœur dans tout ça ?
—Ginny... pâlit soudainement Harry.
—Tout ça c'est de sa faute ! grogna Ron. Si elle ne s'était pas vautrée dans les bras de ce dégénéré de Dean, jamais tu ne serais allé voir ailleurs ! Pas étonnant qu'il soit content celui-là. Il pense avoir gagné la partie mais c'est mal me connaître. Il va voir ce que...
—Oh Ron ! Fous-lui la paix à Dean. Et à Ginny aussi. Ce n'est pas leur faute après tout !
—C'est sûr que ce ne sont pas eux qui ont embrassé la Bohan ! piqua Ron, irrité.
—D'abord c'est elle qui m'a embrassé, et non l'inverse.
—Ouais comme c'était le cas pour Vicky !
—Parfaitement ! se fâcha Harry.
—Mais tu sors quand même avec ! Elle ne t'a pas forcé quand même !
—J'ai pas eu le choix !
—Comment ça, tu n'as pas eu le choix ? On a toujours le choix de sortir ou non avec quelqu'un. Oh je sais ! Elle avait mis un élixir d'amour dans ses sandwiches.
—C'est moi qui ai commandé ces foutus sandwiches, Ron. Tu m'écoutes ou quoi ? Et tout le monde en a mangé, même toi !
—Alors explique-moi comment tu peux sortir avec cette petite peste ! Tu ne vas pas me dire que tu es amoureux d'elle ! Hier encore tu...
—C'était ça ou laisser Liam se faire démolir.
—Pardon ?
—C'est un accord entre nous. Elle m'a promis de protéger Liam Finnigan si je sortais avec elle.
Ron fut scandalisé par un tel chantage ! Cette fois il était persuadé que cette Manon de Bohan ne pouvait être qu'une odieuse vipère. Une sale vermine qui userait de sa position pour les harceler et les ennuyer jusqu'au bout ! Mais il avait bien compris que Harry n'avait pas eu beaucoup de marge de manœuvre. Il rumina sa colère un moment en tournant en rond dans le dortoir. Puis il finit par se calmer un peu, résigné. Que pouvait-il faire de toute façon ? Les jeux étaient faits.
—Eh bien, te voilà propre ! dit le préfet de Gryffondor.
—Je ne te le fais pas dire.
—Tout ce que j'espère c'est que cette fille ne nous apportera pas trop d'ennuis mais... j'en doute !
—Ben ça commence fort. Nous sommes tous les deux en retenue demain soir.
—Ah tu vois ? Avec sa manie de se jeter sur toi, il fallait bien que ça arrive.
—Oui mais elle a essayé d'en prendre toute la responsabilité. Je ne sais pas pourquoi mais je crois qu'elle a vraiment voulu se montrer aimable. Je pense qu'elle peut se montrer agréable parfois.
—Ou alors elle mijote encore un mauvais coup ! J'ai pas confiance dans cette fille. Et le pire c'est que j'arrive pas à pénétrer son esprit. Aucune idée de ses intentions. En tout cas, méfie-toi ! Faudrait pas qu'elle apprenne pour... pour la prophétie, dit-il tout bas. On ne sait jamais !
—Bon on verra bien, tu crois pas ? annonça Harry. Tu vas me faire la tête longtemps ?
—Non, je ne te fais pas la tête ! C'est juste que j'ai été surpris, voilà tout ! Je ne m'attendais pas à ça. C'est plutôt à elle que j'en veux. Elle essaiera de s'incruster dans notre groupe. Heureusement qu'elle peut pas venir s'asseoir à notre table, sinon elle viendrait nous casser les pieds dès le matin. Et j'ai horreur d'être dérangé quand je mange !
—Au moins elle ne traînera pas avec Malefoy à comploter je ne sais qu'elle horreur.
—Mais elle suivra tous nos faits et gestes et pourras faire un rapport complets chaque soir dans sa salle commune.
—Je doute que Manon rende des comptes à qui que ce soit !
—N'empêche, j'aime pas ça. Mais faudra bien faire avec. Si ça peut te faire plaisir, j'essaierai de ne rien dire de fâcheux en sa présence, mais je te promets rien. De toute façon, je la tiendrais quand même à l'œil !
—Si tu veux, soupira Harry.
—Au fait, demain soir, on a un entraînement de Quidditch. Faudra annoncer à Ginny que tu ne pourras pas venir... Tu veux que je m'en charge ?
—Il vaut mieux pas. Si je ne vais pas le lui dire moi-même, elle va très mal le prendre.
—Pauvre vieux ! Je ne sais pas dans quoi tu t'es embarqué.
—A vrai dire, moi non plus.
Mais Harry n'osa pas avouer qu'il s'était attendu à une réaction bien pire et qu'à la vue des témoignages de sympathie qu'on venait de lui manifester, cette décision ne semblait pas si mauvaise que ça. Il ne lui restait plus qu'à affronter Ginny. Et ça, c'était probablement l'une des conséquences les plus difficiles qui découlait du pacte avec Manon.
—Bon ben on ne va pas rester dans ce dortoir toute la soirée, conclut Ron avec un peu de dépit dans la voix.
—Je sais pas... mes devoirs...
—Parce que tu comptes vraiment me faire croire que tu pourras continuer à travailler avec tout ça en tête ? Trouve une autre excuse !
—Bon d'accord, reconnu Harry. T'es le plus fort. J'ai simplement pas trop envie... Enfin tu sais, ils vont tous vouloir en savoir plus si je descends.
—Ça mon vieux, tu l'as bien cherché ! De toute façon, si c'est pas ce soir, ce sera demain.
—Vivement qu'on se retrouve dans notre petite crique, soupira Harry. Que nous soyons seuls pour de bon !
—Moi je préfèrerai qu'on en discute avec Hermione, expliqua Ron. Elle a toujours de bons conseils à donner. Et puis, quelque chose me dit que ta... petite amie –Arf ! j'arrive pas à m'y faire !– ne te lâchera pas d'un pouce. Alors pour la crique, faudra jouer finement si on ne veut pas qu'elle la découvre.
—Oh et puis zut ! On descend. Après tout, tu as raison. Ras-le-bol de ces leçons de métamorphose à rattraper.
Harry se leva d'un bond. Il rangea ses affaires en un coup de baguette (ce qui agaça légèrement Ron qui ne comprenait toujours pas comment il fallait s'y prendre sans provoquer une pagaille inimaginable) et pris la direction de la salle commune.
Un immense hourra acclama le jeune homme dès qu'il ouvrit la porte. On pouvait constater que le bouche à oreille fonctionnait bien mieux que toute la magie du monde. Au premier regard, Harry avait su que toutes les conversations portaient sur sa relation avec Manon. Les garçons rêvaient de connaître des détails croustillants sur la Française, tandis que les filles, Lavande et Parvati en tête, plus frivoles que jamais, se jetèrent littéralement sur le jeune Potter pour connaître les moindre détails du premier baiser échangé.
Le jeune homme ne voulut rien lâcher de ce qu'elles voulaient entendre. Il se contenta simplement de démentir les rumeurs les plus folles qui couraient déjà à son encontre (« Manon et lui ne s'étaient jamais rendu à l'infirmerie mais s'étaient retrouvés tous seuls dans un passage secret », « Harry avait embrassé Manon avec ardeur dès qu'ils étaient sorti du cours de potions », « Harry pensait aller vivre en France après sa septième année à Poudlard », « Le duc de Bohan souhaitait rencontrer Harry le plus tôt possible », « Harry avait offert à la belle jeune fille une bague de grande valeur », etc. ).
Celui qu'on appelait le général se demanda ce qui pouvait bien se passer dans la tête de toutes ces idiotes. Que pouvait-il savoir du nom du parfum que portait la Serpentard, si ses robes étaient bien signées Georgio Armaniac ou Paco Banane, ou encore s'il était vrai que son vernis à ongle contenait des paillettes d'or et tenait plus de dix jours sans s'effriter. Lui qui bien souvent avait du mal à choisir la bonne paire de chaussettes qu'il fallait porter pour ne pas jurer avec son pull –aux dires de Hermione– voilà qu'il devait connaître tous les secrets qui rendait Manon si séduisante : de la qualité des étoffes qu'elle portait jusqu'à la marque de maquillage qu'elle utilisait. Sauf qu'il lui avait bien semblé que Manon de Bohan n'en utilisait jamais et que ce simple fait suffisait à attiser la jalousie galopante envers la jeune fille.
Tout à coup le groupe de fille s'écarta et Harry se retourna pour se retrouver face à face avec Ginny. Il ressentit un poids particulièrement douloureux au niveau de l'estomac et jamais auparavant sa gorge ne s'était desséchée aussi rapidement. Il ne savait pas quoi dire mais il n'eut pas à faire cet effort car c'est la jeune fille qui s'adressa à lui.
—Félicitation, Harry, sourit Ginny avec une bienveillance légèrement crispée. Depuis le temps que tout le monde attendait cela. Je suis très heureuse pour toi. Je suis certaine que Bohan peut être une fille... euh... pleine de qualités.
—Je... euh... Quoi ?
—Vous allez très bien ensemble ! insista-t-elle avec une joie qui tétanisa le garçon. Et puis, de toute façon, ça nous fera une supportrice de plus pour l'équipe, n'est-ce pas ? Voilà qui ne fera pas plaisir aux Serpentard d'avoir une traîtresse parmi eux. Mais tu veilleras quand même à ce qu'elle n'interfère pas trop avec nos entraînements. Le quidditch avant tout !
Sur ces paroles, elle lui lança un clin d'œil complice qui désorienta le jeune homme.
—Je suppose qu'elle viendra te voir demain soir, c'est indéniable ! J'aimerais donc que tu lui demandes de ne pas intervenir comme la dernière fois. Elle est spectatrice, pas Capitaine ! Et toi elle t'écouteras, n'est-ce pas ?
—Euh, justement, Ginny... Pour demain soir... Je ne pourrais pas venir m'entraîner avec l'équipe. J'ai reçu une... retenue de McGonagall pour avoir... parce que ce crétin de Peev... enfin je peux pas.
—Et du coup Bohan non plus, naturellement, se mit à rire Ginny. Ce n'est pas grave, Harry, tant que ça ne se reproduit pas trop souvent. Aussi bon sois-tu, tu ne peux pas te reposer sur tes lauriers. Un match ça se prépare. Si tu rates à chaque fois les entraînements, plaisanta-t-elle, il va falloir que Lewis passe dans l'équipe première.
—Tu es sérieuse ? se décomposa le sorcier.
—Tu sais, moi aussi je peux m'offrir quelques escapades avec Dean mais la différence c'est que nous ne nous faisons pas surprendre ! Essaie donc d'être plus vigilant la prochaine fois !
Et elle s'en alla en laissant derrière elle un Harry totalement médusé. Et dire qu'il pensait qu'elle allait entrer dans une rage folle. Au contraire, la jeune Weasley semblait apaisée. Harry avait fini par prendre une décision concernant son dilemme sentimental et cela fermait définitivement le volet Ginny. Maintenant tout était plus clair et les tensions pourraient enfin retomber. Le jeune homme avait donc toutes les raisons de se réjouir.
C'est pourtant une immense gifle qu'il prit avec les dernières paroles de son capitaine. Le plus terrifiant de ses chauves-furies ne lui aurait jamais fait aussi mal. Et c'est un terrible sentiment de vide qui l'envahit pour le reste de la soirée.
Harry aurait souhaité discuter avec Hermione, comme le lui avait suggéré Ron mais il ne trouva pas son amie. De toute façon, les gens de sa maison l'avait déjà accaparé et lui assénaient une nouvelle salve de questions indiscrètes sur Manon et lui. Après quelques heures, il fallut encore l'intervention (un peu rude) de Ron pour que Harry puisse s'extraire de ses interminables interrogations –pour ne pas dire interrogatoires– et enfin gagner son lit.
Le lendemain, Harry se leva avec appréhension. Il s'attendait à passer la journée la plus longue de sa vie, celle où tout le monde irait de son commentaire sur les nouvelles frasques de sa vie privée. Tant pis. Harry en avait vu d'autres. Au moins, cette fois-ci on ne le prendrait pas pour un fou dangereux ou un affabulateur. Les preuves de sa relation avec Manon ne feraient aucun doute pour personne. Et puis Ron se chargerait d'éloigner les importuns de sa manière habituelle. Il avait déjà du mal à accepter la nouvelle, ce n'était pas pour devoir se l'entendre répéter toutes les trente secondes par une bande d'adolescents hystériques en mal d'information croustillante.
Fort heureusement, Manon se présenta bien après lui dans la grande salle et le fait de ne pas avoir eu l'occasion de se jeter à son cou sema le doute dans les esprits. Harry avala son petit déjeuner sans regarder autour de lui, conscient qu'une bonne partie des regards était tournée vers lui avec une perplexité non dissimulée. Mais certains visages ne cachaient pas leur hostilité. Des garçons de toutes maisons confondues (mais beaucoup moins du côté des Gryffondor), sans doute victimes des charmes de la belle Française, paraissaient furieux qu'elle l'ait choisi lui, plutôt qu'eux. Des filles, Cho Chang en tête, discutaient rageusement entre-elles sur un sujet qui, pour une fois, ne concernait pas le professeur Bakkhar.
Mais Ron tenait bien son rôle de chien de garde. Toutes les personnes qui avaient voulu s'approcher de la table Rouge et Or avaient reçu pour tout accueil un regard peu amène du préfet de Gryffondor. Et ceux qui avaient voulu insister avaient été vertement reçus ! Seule Emmeline Williamson avait pu approcher des deux jeunes gens mais suite aux aboiements que le rouquin avait proférés à l'égard d'une fille de 7ème année de Poufsouffle, elle avait préféré retourner à sa table. Hermione, qui d'ordinaire aurait tenté de calmer les ardeurs de son ami, avait curieusement laissé faire.
Harry avait toutefois l'estomac noué. Il ne savait à quoi s'attendre de la part des Serpentard. Et à vrai dire, il commençait à craindre pour Liam et même pour Manon. La trahison de cette dernière –car il était certain que sa relation avec Harry serait considérée comme telle– pouvait déchaîner les passions dans cette Maison de malheur. Et les passions des Serpentard n'avaient rien de très reluisant.
Cependant, bien que la plupart des Serpentard tirait une figure de six pieds de long, aucun n'avait osé faire la moindre réflexion. Et Malefoy lui-même ne semblait pas gêné le moins du monde. Soit il restait le seul idiot dans cette école à ne pas être au courant (et dans ce cas, on pouvait se demander pourquoi), soit il devait y trouver une certaine satisfaction –et dans ce cas, il fallait se demander pourquoi.
Manon, elle, ne chercha pas le moins du monde à regarder Harry. Elle n'avait strictement rien changé à ses habitudes, mangeant toujours avec beaucoup de manières, discutant peu avec son entourage, hormis Malefoy. Harry fut heureux de constater que Liam siégeait à ses côtés, se demandant ce qui lui arrivait. Et le garçonnet ne semblait pas avoir souffert de quelconques représailles. La Française respectait son contrat et Harry en fut soulagé.
Il ne parvint toutefois pas à se détendre complètement. Assise à quelques places de lui, Ginny discutait Quidditch avec Dean. Apparemment, la discussion paraissait très amusante car le couple riait de bon cœur, ce qui contrastait avec l'ambiance générale de la salle. Harry ne comprenait toujours pas que Ginny ne se soit pas emportée à l'annonce de son rapprochement avec Manon de Bohan. En constatant que Dean et elle semblaient plus proches que jamais, le sentiment de vide qui l'avait touché la veille au soir, le gagna de nouveau.
Le cours du professeur Flitwick fut comme à l'accoutumé fort intéressant mais Harry, n'ayant pas toute sa tête, échoua dans bien de ses exercices. Le professeur d'Enchantement se garda bien de lui adresser la moindre remarque par rapport à son manque de concentration, se contentant de le conseiller sur sa manière de faire mouliner sa baguette. Ron aussi avait quelques difficultés, mais cela provenait du fait qu'il passait plus de temps à surveiller Dean Thomas qu'à se concentrer sur ses sortilèges. Dean avait en effet un petit air suffisant qui ne lui plaisait absolument pas et Hermione ne crut pas du tout le rouquin lorsqu'il prétexta avoir manqué sa cible et avait touché son voisin de chambrée avec un sort particulièrement surdosé de Collaumur. Il fallut un bon quart d'heure au professeur Flitwick pour détacher le jeune Thomas du mur sur lequel il avait été cloué.
Quand enfin fut venu le moment d'affronter le cours de l'Irlandais, c'est toute la classe qui frémit d'horreur. Parvati fut prise de tremblements si violents que Harry oublia un moment ses propres craintes. Car il savait que cet individu aux mœurs ô combien dissolues ne tarderait pas à lui dévoiler tout le bien qu'il pensait de la très callipyge Manon de Bohan. Et comme de juste, dès que le professeur distingua Harry parmi les élèves qui entraient dans la classe malodorante de Défense contre les forces de Mal, il se lança dans une nouvelle envolée particulièrement assommante.
—Ah voilà le héros du jour ! Eh bien voilà qui fait bien plaisir de voir que l'amour triomphe encore et toujours malgré tous ces rabats-joie qui prétendent que les jours les plus sombres sont revenus. Je l'ai toujours pensé, c'est dans les bras d'une femme qu'on retrouve le plus grand réconfort, et vous, mon cher Harry vous avez bien compris cela. Faut dire qu'elle est rudement mignonne la petite Bohan. Bien de partout, ni plus ni moins. Un excellent choix, ça je vous le dit ! Mais faut aussi parfois se méfier, car c'est souvent sur l'oreiller qu'on révèle nos points faibles et que l'on perd une guerre ! Aha ! Toutes ces jolies femmes ! Elles sont notre plus grande faiblesse à nous les hommes. Mais bon, il suffit de ne point trop parler, n'est-ce pas. Après tout, se retrouver sous les draps avec une tendre demoiselle, ce n'est en général pas pour tailler une bavette, si j'ose m'exprimer ainsi, ahahaha. Dites-moi, Harry, vous lui avez fait goûter à votre morceau d'ambre ? Oh qu'importe après tout, elle finira bien par goûter à autre chose et ce ne sera pas pour vous déplaire ! Ahahaha. En tout cas, on ne parle que de ça dans toute l'école ! Ahaha sacré Peevy ! Il était tout fier de nous l'annoncer, hier soir, dans la salle des profs. Z'auriez du voir la tête de ce bon vieux Severus, j'ai cru qu'il allait tomber de sa chaise. Ahahaha. C'est le professeur Dumbledore qui avait l'air content. L'union des Maison, c'est sacré, qu'il disait. Mais personnellement, je trouve que l'union de deux corps, voire de plusieurs, c'est encore mieux. Alors si on peut avoir les deux, moi je suis pour, n'est-ce pas, Harry ! Ahahaha. Enfin, en voilà une qu'il faudra satisfaire. Je suis certain qu'elle est très exigeante. Mais je ne doute pas de vos capacités. Et je ne voudrais pas vous mettre la pression. C'est sûr que ça n'aide pas quand il faut assurer, n'est-ce pas ? Ahahaha. Enfin, je vous l'ai déjà dit, j'ai bien quelques conseils qui pourraient vous être utiles. Si jamais vous en voulez, n'hésitez pas à venir me voir, vous verrez, vous la rendrez heureuse, elle en redemandera ! Je peux même vous fournir quelques potions qui permettent de rester très endurant ! Oh, à votre âge ça ne devrait pas vous être utile, mais quand vous aurez le mien, vous verrez qu'un peu de magie, ça peut pas faire de mal. C'est que la machine s'use à force, il faut bien trouver des alternatives. Certains ont peur de le dire mais moi, je n'en ai pas honte. Du moment que chacun y trouve son compte, moi je suis d'accord pour tout, pas vrai ? N'empêche, vous sortez avec l'une des filles les plus fortunées qui existe dans ce pays. Ça doit faire quelque chose. Je dois reconnaître que je n'ai jamais eu un tel honneur, et pourtant j'en ai eu des aventures. C'est sûr qu'à l'époque j'étais un peu plus svelte, mais croyez bien que cela importe peu en définitive. Ce n'est pas mes poignées d'amour –j'ai toujours aimé cette dénomination– qui les faisaient craquer. Je suppose que j'avais un charme particulier ! Ahahaha. On ne saura jamais. Enfin bon, je suis bien heureux de constater que vous n'oubliez pas de vivre. On s'en fiche finalement que l'autre mage noir soit revenu, tant qu'on puisse encore profiter des merveilles que nous offre la vie. Faut jamais passer à côté d'un peu de bon temps. Ce qui est pris est pris ! Personne ne pourra vous le reprendre ! Je me souviens qu'en Patagonie, un jour que j'étais entre les mains des rebelles locaux, ...
—PROFESSEUR ! hurla presque Hermione, rouge de honte pour son ami.
—Heu, oui, Miss Granger ?
—Le cours, professeur ! Et puis, euh... Je crois qu'en ce qui concerne Harry, tout ceci appartient au domaine du privé et...
—Oh mais, oui, vous avez parfaitement raison, Miss Granger. Comme toujours, d'ailleurs. De toute façon, je voulais simplement dire à monsieur Potter que l'amour ne doit pas l'empêcher de garder un œil attentif sur tout ce qui se passe. Quand on prend l'habitude d'étudier la psychologie des gens, on découvre beaucoup de chose à leur sujet. Par exemple, derrière vos airs austères et votre droiture exemplaire, je suis certain qu'il se cache un petit trésor ! Bien heureux sera le garçon à qui vous laisserez votre fleur. Car je suis convaincu que vous lui donnerez beaucoup plus que votre immense savoir, cela ne fait aucun doute.
—PROFESSEUR, s'insurgea Ron !
—Hihihi, se mit à rire O'Conelly comme un enfant pris en train de commettre une bêtise.
Jamais Hermione et Ron n'avaient été plus écarlates. Le jeune Weasley, s'était levé. Mais il se rassit aussitôt, comme s'il venait de commettre lui-même une grosse bêtise.
—Gardez les yeux ouverts et vous comprendrez comment tourne ce monde, conseilla l'Irlandais. Et tenez, reprenez donc ce mouchoir que je vous ai subtilisé, Miss Brown. Je vous avais pourtant avertis qu'il ne fallait jamais se laisser distraire, hihihi.
Le cours de Défense contre les forces du Mal continua ainsi durant les quatre heures qui suivirent. Et ce n'est pas l'interruption de midi qui entama l'humeur joyeuse de l'Irlandais. Ça en devenait même ridicule. O'Conelly racontait des choses vraiment épouvantables et pas un élève n'échappait à ce qu'on appelait désormais « le quart d'heure Conellien », c'est-à-dire le moment où il vous choisissait pour vous impliquer dans un flot continu d'obscénités et de remarques personnelles toutes plus déplacées que mal venues. En somme, pour la victime, il s'agissait du moment le plus humiliant de toute sa vie ; garçon ou fille, cela n'avait aucune importance. Mais à chaque fois, le professeur en profitait pour y glisser une leçon nouvelle.
Le plus curieux restait le fait que tout le monde mourrait d'envie de l'étrangler, mais l'instant d'après il se révélait incroyablement doué pour faire comprendre des choses très subtiles qu'il aurait fallu des semaines à un autre enseignant pour transmettre aux élèves. Personne ne savait s'il fallait l'encenser pour son génie ou au contraire, le maudire pour le monstre de perversité qu'il représentait. Chacun s'accorda alors pour dire qu'apparemment ces deux choses ne demeuraient pas totalement incompatibles.
Continuant les exercices commencés la semaine précédente, Harry suivit les conseils de son extravagant professeur. Gardant un œil sur sa baguette qu'il ne désirait jamais plus voir dans des mains autres que les siennes, il n'avait de cesse de vérifier que rien ne lui manquait dès que l'enseignant passait près de lui.
Il songea alors, après avoir vérifié pour la dixième fois que ses lunettes se trouvaient toujours sur son nez, que la maladie mentale devait le guetter car il devenait à son tour plus paranoïaque que Maugrey Fol-Œil en personne. Et que penser de Parvati qui glissait régulièrement la main sous sa robe pour vérifier que toute étoffe n'avait pas quitté son lieu d'origine, sous l'œil plus qu'intéressé de Vital Martin. Celui-ci en fut d'ailleurs pour ses frais. Son inattention lui valut la disparition de sa chevalière familiale et son « quart d'heure Conellien » dura plus longtemps que pour n'importe qui d'autre.
Mais le pire, pour le Français, fut encore lorsqu'il eut la bêtise de se croire drôle. La solution qu'il avait proposé à Parvati pour ne plus risquer de se faire subtiliser ses sous-vêtements avait été de lui conseiller de ne plus en porter du tout. La série impressionnante de gifles qui s'en était suivi après le cours –de la part de la majorité des filles– fut pour lui un moment d'intense douleur.
Bien entendu, peu d'entre-elles avaient eu connaissance de l'histoire du soutien-gorge de Parvati, les témoins avaient été très discrets là dessus. Mais connaissant le sieur Martin, et après avoir entendu autant d'horreurs de la part de leur professeur, le jeu du « punching-Vital » avait eut un effet relaxant particulièrement salvateur pour les demoiselles. Et étonnamment, Hermione laissa faire une fois encore. Elle n'intervint qu'après coup, pour aider Vital à se relever et lui indiquer la direction de l'infirmerie où il trouverait de quoi soulager ses joues meurtries.
Ron, lui, semblait perturbé parce ce que O'Conelly avait raconté à propos d'une fleur que faisait pousser Hermione –il n'était pas sûr d'avoir tout compris. Mais Harry avait d'autres pensées en tête. Pourquoi O'Conelly lui avait dit de garder les yeux ouverts ? Avait-il vu quelque chose que lui seul pouvait voir ? Parlait-il de Manon ? Devait-on se méfier de cette fille ? C'était atroce de toujours devoir se poser cette question.
Quand on y réfléchissait, l'Irlandais, sous ses airs de gros obsédé psychopathe avait jusqu'à présent souvent vu juste. Et il connaissait énormément de choses, à commencer par cette histoire d'ambre alors qu'il prétendait ne pas croire au tissu d'âneries qu'était la lithomancie. Que ce fût Manon ou ce drôle de type, quelqu'un ne jouait pas franc-jeu dans cette école. Et aussi bien l'une que l'autre semblait vouloir aider Harry, à leur façon. Or, Harry avait déjà été beaucoup aidé par un certain Barty Croupton Jr sous les traits d'un autre, et celui-ci s'était finalement révélé être le pire des traîtres qu'il ait jamais connu –en dehors de Peter Pettigrew, naturellement.
Toutefois, Harry n'eut pas l'occasion de pousser plus loin ses réflexions qu'une ombre verte se jetait littéralement dans ses bras, sous les regards admiratifs de la classe (et ceux scandalisés de Ron).
—Bonjour, mon beau brun.
—Manon !
—Je n'ai pas eu l'occasion de te souhaiter le bonjour aujourd'hui, lui dit-elle en le serrant contre-elle (Ron se mordit la langue pour se forcer à ne rien dire).
—Manon ! On avait dit qu'on resterait discret ! souffla Harry.
—Oh, Harry, ce que tu es mignon quand tu joues les naïfs. Ce cher Peeves s'est arrangé pour que ce détail soit déjà réglé, tu ne penses pas ? Alors pourquoi se priver ?
Et elle l'embrassa devant tout le monde, sans la moindre retenue. Hermione écrasa le pied du préfet de Gryffondor qui trouvait que les lèvres des deux adolescents restaient collées un peu trop longtemps à son goût.
—Manon ! reprit Harry, lorsqu'il eut retrouver l'usage de sa bouche. Si McGonagall nous voit...
—Serre-moi contre toi, mon cœur, lui demanda-t-elle en posant la tête contre son épaule. J'ai tout juste le temps de sentir ta douce chaleur avant d'aller au cours suivant...
Mais c'est elle qui se colla contre lui, au beau milieu du couloir, sans aucune pudeur. Cette situation était totalement inattendue pour Harry. Les bras ballants, le jeune sorcier se sentait un peu ridicule et ne savait ce qu'il convenait de faire. Pendant un instant, le temps parut suspendu. Il se passa alors quelque chose d'étrange. Devant les yeux ébahis de tous, le jeune homme se surprit à placer ses mains autour de la taille de Manon. Ron cessa de piétiner d'impatience, estomaqué qu'il était devant le geste de son ami.
—Comment Malefoy a pris... commença Harry.
—Chuuuuut, répondit dans un souffle Manon, toujours la tête sur l'épaule du jeune homme. Profitons simplement de ce moment... Les mots viendront plus tard.
Qu'est-ce que cela pouvait être énervant ! Il fallait toujours que cette fille lui dicte sa conduite comme s'il n'avait guère plus de trois ans ! Mais Harry, bien que se traitant d'imbécile, obéit docilement. Il pensa qu'il devait avoir l'air d'un parfait crétin, au milieu de ce couloir. Mais quelque chose en lui refusait de protester, bien au contraire. Et il ne parvenait pas à lâcher ses mains de la taille de la jolie brune.
Dieu qu'il était bon de se perdre dans les bras de quelqu'un, découvrit-il. C'était la première fois que cela lui arrivait, si on exceptait la fois où Victoria Breakspell avait eu peur du chat de Mrs Figg. Bien que le jeune homme eût toujours des réticences à l'égard de la Française, Harry oublia un instant les regards curieux autour de lui. Il fut envahi par une furieuse envie de fermer les yeux et de se laisser envoûter par les fragrances sublimes du parfum de sa belle. Et sans qu'il ne mesurât son geste, il la serra plus fermement contre lui.
Ce fut exactement à ce moment là que sa nouvelle petite amie se libéra de son étreinte, un large sourire aux lèvres et des yeux luisants à faire fondre l'Antarctique tout entier.
—Après le repas de ce soir, souffla dans l'oreille du Gryffondor la jolie demoiselle, et juste avant notre retenue, nous ferons enfin ce tour du lac que nous nous étions promis, tu veux bien, mon aimé ?
Pour toute réponse, Harry baragouina quelques mots étranges à moitié restés bloqués dans le fond de sa gorge.
—Je prends ça pour un oui, précisa la jeune fille, avec son air narquois. On se retrouvera dans le Hall immédiatement après le dîner.
Une fois encore, Harry voulut prononcer quelques mots mais ceux-ci durent rebondir contre sa glotte bien avant d'atteindre sa cavité buccale, car ils ne sortirent jamais de sa bouche. Manon se sépara de lui et le tint par les yeux encore quelques secondes.
—Tu me manques déjà... murmura-t-elle, avant de partir en coup de vent vers un couloir sombre qui l'amenait vers son prochain cours.
—Waaaaaaaa... siffla Seamus, admiratif. C'était donc vrai !
—Elle est terrrriiiiible, déclara un des garçons de l'assemblée, subjugué.
—Je n'aime pas beaucoup ses manières, déclara Lavande Brown, d'une petite voix méprisante.
—Absolument ! déclara Margareth Peterborough, ivre de jalousie. Une vraie aguicheuse.
—Elle est magnifique ! maintint le même garçon, sur un ton rêveur.
—Cette fille est une vraie malade mentale, oui ! ne put se retenir Ron, sous l'approbation des filles de la classe.
—Tais-toi, Ron, le coupa Hermione. Ça vaudra mieux !
—Waouw ! C'est... C'est absolument génial, mon vieux, continuait Seamus, en donnant une grosse tape dans le dos d'un Harry qui restait littéralement paralysé. On ne pourra plus dire que ce ne sont que des rumeurs ! Bohan t'a vraiment embrassé !
—Oui, bon ça va, on va pas en faire un fromage, coupa court Harry, plus mal à l'aise et plus écarlate que jamais.
—J'arrive toujours pas à y croire, grommela Ron. Et tu la laisses faire en plus !
—Oh toi, dès que c'est Serpentard, c'est forcément mauvais ! se fâcha Seamus. Moi je dis que cette fille est super et Harry aurait tort de ne pas sortir avec !
—Ron, tu te tais, conseilla avec fermenté Hermione.
—Mais Hermione, protesta l'interpellé, toi qui es la plus intelligente d'entre nous, dis à Harry qu'il fait forcément une erreur !
—Ce n'est pas à nous d'en juger, Ron et ce n'est pas nos affaires. Laisse Harry sortir avec qui il veut, il n'a pas de compte à te rendre.
—Et toc, fit Seamus.
—Harry, tu fais ce que tu veux, dit alors Ron, après avoir fait une grimace très grossière dans le dos de Seamus. Mais bon, c'est ton meilleur ami qui te parle : moi je n'aime pas du tout cette fille et je te prierai de t'en méfier, peu importe ce qu'en dira cet idiot de Seamus. Parfaitement, Monsieur Finnigan !
—Oh hé, c'est bon, s'énerva Harry. Allez vous disputer ailleurs. J'en ai marre d'entendre tout le monde se déchirer tout le temps. Et fichez-moi la paix, à la fin.
Harry laissa tout le monde en plan mais Hermione le rejoignit quelques secondes après. Dans les couloirs, on pouvait entendre que la dispute entre les partisans et les détracteurs de Manon de Bohan avait repris.
—Harry ? fit-elle d'une petite voix.
—Je t'écoute, Hermione.
—Ne fais pas attention à eux.
—J'essaie mais c'est pas facile.
Un long moment passa sans qu'aucun des deux ne prononçât un mot. Ils traversèrent de nombreuses salles, des corridors, l'un ou l'autre escalier en colimaçon avant d'arriver au septième étage où se situait la salle commune des Gryffondor.
—Qu'est-ce que tu penses d'elle ? finit par demander le jeune homme.
—A vrai dire, Harry, je ne sais pas, fut désolée de répondre Hermione. J'ai tellement de choses à penser que je n'ai jamais vraiment étudié la question. A vrai dire, à aucun moment je n'aurais envisagé sérieusement que tu puisses sortir avec cette fille. Mais puisque la question se pose, eh bien, je ne sais quoi te répondre.
—Je ne peux pas t'en vouloir. Tu es très sollicitée cette année.
—J'ai pu constater que Manon de Bohan est très instruite, déclara Hermione avec raideur. Et elle a l'air de prendre plaisir à le montrer. Je crois qu'elle aime en imposer, être au centre de tous les débats. Ça peut expliquer pourquoi elle agit de façon aussi extrême avec toi. Tu es celui qui pourrait lui voler la vedette. Maintenant elle s'est assurée que tu ne lui feras pas trop d'ombre, car tout ce que tu pourras entreprendre finira par faire parler d'elle. Mais en ce qui te concerne, je ne suis pas certaine que ce soit ce genre de petite amie dont tu as besoin !
—Toi non plus tu ne l'aimes pas beaucoup, on dirait.
—Je n'ai jamais dit cela. C'est juste que je ne la connais pas et qu'il est trop tôt pour la juger. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle est plutôt hors norme, comme élève et qu'il convient de faire attention avec elle. En même temps, j'avoue que la manière dont elle t'a regardé ne laissait aucun doute quant à son désir de t'avoir tout contre elle. Je crois qu'au moins ça c'était bien réel. C'est très étrange comme comportement. J'ai l'impression qu'elle en fait des tonnes, mais qu'elle n'a pas besoin de se forcer avec toi. Pas étonnant qu'elle n'inspire aucune confiance à Ron. Il a toujours été très manichéen alors quand il rencontre des personnes aussi complexes…
Un nouveau silence apparut. Mais il fut de courte durée.
—Je suis complètement perdu, avoua Harry, paniqué. Je ne comprends plus grand chose à tout ce qui se passe. J'ai l'impression d'être dépassé par les évènements. Avec Manon, je perds systématiquement le contrôle et ça me rend dingue.
—Est-ce que tu as des sentiments pour elle ? voulut savoir Hermione qui scrutait son ami d'un air songeur.
—Non, je ne crois pas. Enfin, oui c'est sûr que je la trouve très jolie mais c'est tout. Enfin... Oh, pour finir je ne sais plus ! Quand elle m'a embrassé tout à l'heure, ça m'a agacé. J'ai eu envie de la repousser. Mais trois secondes plus tard je la serrais dans mes bras.
—On ne peut pas dire qu'elle t'ait laissé le choix !
—Oui mais j'aurai dû l'écarter de moi et... Je n'ai pas pu.
—Tu veux dire… que tu as aimé la serrer contre toi ?
—Aimé ? J'ai carrément adoré oui ! concéda avec dépit, le garçon. Je ne sais vraiment plus quoi en penser. Cette fille m'énerve et voilà que... que... Je crois que je deviens fou !
—Eh bien on peut dire que ta vie sentimentale est particulièrement chahutée, observa la préfète de Gryffondor. Déjà que tu ne t'en sortais pas très bien entre Ginny et Victoria...
—Oh Ginny... soupira Harry avec affliction. Pour elle au moins tout est devenu plus clair.
—Sans doute... admit Hermione avec une voie un peu hésitante. Mais ça n'a pas été facile pour elle non plus.
—Et Vicky... J'ai l'impression de la trahir. Après la lettre qu'elle m'a envoyée... Suis-je donc incapable d'avoir une vie sentimentale un tant soit peu normale ? J'ai l'impression d'être un personnage aussi abominable que ceux qu'on trouve dans les histoires de fou de O'Conelly.
—Tu sais ce que je crois ? Tu as tout simplement un grand besoin d'affection. Tu en as toujours manqué alors maintenant qu'on te manifeste un peu t'intérêt, tu ne sais qui choisir, ce qui en définitive te prive toujours autant d'affection. Et tu mélanges tout. L'amour, la compassion, le désir, l'amitié peut-être aussi. Nous en avions déjà discuté, si tu te souviens bien.
—Sans doute. Mais quel terme correspond le mieux à ce que j'ai ressenti tout à l'heure, avec Manon ? Du désir ? Je ne peux pas croire que ce soit de la compassion. Et de l'amour... J'ose même pas y songer ! Et qu'est-ce que je dois attendre de sa part ?
—Je ne peux pas répondre à ces questions, Harry. Tu devras le découvrir par toi-même.
—Que me conseilles-tu ?
—De laisser les choses venir. Tu me diras que je dis toujours la même chose mais c'est pour moi la seule façon de voir les choses plus clairement et de ne pas commettre de bêtises. Et puis, après tout, elle n'avait pas l'air de te vouloir du mal. Qui sait où ça peut mener votre histoire ?
—Justement, on ne sait jamais si elle est sincère ou pas. Je crois qu'elle est très habile pour jouer avec les sentiments des gens. Je me demande si Ron n'a pas raison quand il affirme que Manon est habitée par une forme de folie perverse.
—Raison de plus pour laisser les choses décanter. Ce soir tu iras à son rendez-vous, tu verras ce qu'elle te veut et on en rediscutera après ! En attendant, essayez de ne rien faire qui puisse vous attirer une nouvelle retenue.
—C'est à elle qu'il faut dire ça !
—C'est vrai qu'on ne peut pas qualifier son comportement comme étant très classique pour une jeune fille. Surtout sachant de quel milieu elle vient ! Alors ouvre l'œil. Je ne pense pas que cette fille soit véritablement dangereuse dans le sens où, comme certains le prétendent, elle serait sous les ordres de Voldemort, mais quand même.
—Y en a qui disent ça ?
—Elle fait beaucoup de jalouses. Et comme elle est à Serpentard, tout de suite, on imagine des choses. Cela dit, elle est clairement suspecte. Peut-être se construit-elle une image, peut-être est-ce sa façon de vivre du regard des autres. Je ne sais pas. Mais soit très prudent tout de même parce qu'elle peut se montrer dangereuse sous bien d'autres formes. Apparemment, la retenue que vous avez reçue n'a pas beaucoup calmé ses ardeurs. Et ça pourrait coûter très cher à notre Club de Défense. Voilà, le vrai danger !
—Elle avait pourtant l'air paniqué lorsque McGonagall a menacé d'en parler à son père.
—Que veux-tu que je te dise ? Je n'ai pas les talents de Ron pour lire dans les esprits.
—Me voilà bien avancé.
—Désolée mais je ne peux vraiment pas t'aider plus que je ne le fais déjà.
—Je sais...
La grosse dame laissa entrer les deux amis après que le mot de passe lui fut correctement donné. Hermione donna une bise amicale sur la joue de son compagnon d'aventure pour lui redonner un peu de courage. Puis elle disparut dans les escaliers menant au dortoir des filles où elle irait lire un épais volume pour son cours d'arithmancie. Harry, par contre, ne voulut pas attendre l'arrivée imminente de Ron et des autres. Il préféra prendre son Éclair de feu et se dirigea vers le terrain de Quidditch –inoccupé à cette heure-ci– pour effectuer quelques cabrioles qui lui feraient le plus grand bien.
Lorsque le repas du soir fut terminé, Harry attendit Manon dans le grand hall en priant pour qu'elle ne soit pas accompagnée de Malefoy. Il se demandait si c'était vraiment une bonne idée d'avoir accepté ce stupide rendez-vous. Dès le coucher du soleil, un couvre-feu était désormais imposé dans toute l'école, par mesure de sécurité. Si Manon avait véritablement l'intention de faire le tour du lac, ils avaient intérêt à se dépêcher pour rentrer dans les temps.
C'est alors que Malefoy sortit de la grande salle en lançant un regard méprisant dans sa direction. Mais curieusement, il n'entama pas les hostilités et préféra emmener sa petite troupe vers les souterrains qui conduisaient vers la salle commune vert-argent. Harry soupira de soulagement mais n'aimait pas du tout cette absence de réaction de la part du félon aux blancs cheveux. Ça ne collait pas avec la personnalité de son ennemi juré.
Mais déjà Manon se présentait à lui dans un long et somptueux manteau noir, munie de petites moufles et de caches-oreilles merveilleusement bien assortis. Harry n'y avait pas pensé mais il était vrai qu'à cette époque-ci de l'année, dans le Nord de l'Écosse, les soirées se rafraîchissaient très vite. Dans le grand hall, tous les regards des passants étaient tournés vers le jeune couple et déjà les ragots commençaient à fuser.
—Je suis prête, mon cœur, annonça la merveilleuse voix de la jeune fille. Nous pouvons y aller.
La Serpentard à la mèche d'argent se pendit au bras de son bien-aimé et le tira à l'extérieur du château. A peine les deux adolescents furent-ils sortis que le jeune Potter regretta de ne pas avoir pris un blouson plus épais. Manon s'était montrée bien plus prévoyante que lui. L'air glacé lui picota légèrement le visage et il serra un peu plus la Française contre lui, pour se réchauffer, ce qui sembla ravir la jeune fille.
Les joues rosies par le froid, Manon semblait plus belle encore que d'habitude et ce n'était pas ses caches-oreilles –que Harry trouvait habituellement ridicules– qui pourrait altérer sa beauté. Le sorcier n'osa pas regarder de son côté, préférant plus sage de fixer l'endroit où il posait les pieds.
Manon et lui se dirigèrent en silence vers le lac qui reflétait un soleil rougissant dans le miroitement de ses vagues. Ils s'arrêtèrent à une dizaine de mètres du rivage pour contempler le paysage. La splendeur des montagnes où les jeux d'ombres de la forêt donnaient à rêver de moments paisibles, contrastaient sensiblement aux évènements tragiques qui devaient se produire quelque part où Lord Voldemort préparait son retour.
—C'est absolument magnifique, s'exclama la jeune fille, rompant le silence de l'endroit. A Beauxbâtons, bien que le lieu soit fort joli, nous n'avons rien de tel !
—Je ne prends jamais le temps de venir observer le lac, répondit simplement Harry.
—Et c'est un tort. Cet endroit est tellement romantique.
—C'est peut-être pour ça que je n'y viens jamais.
—Eh bien nous y viendrons plus souvent, désormais, puisque nous sommes ensembles !
Harry ne répondit pas. Et Manon, laissant peu à peu disparaître son sourire moqueur, sentit la mélancolie qui s'était emparé du cœur de son compagnon de balade.
—Tu sais, je me demandais si tu viendrais à notre rendez-vous, lui apprit-elle soudain.
—C'est vrai ? s'étonna Harry. Pourquoi cela ?
—Parce que je ne te sens pas très à l'aise avec moi.
—Pas très à l'aise ? s'étrangla le jeune homme. Évidemment ! Tu te jettes sur moi sans la moindre pudeur, devant tout le monde ! Je ne sais jamais comment il faut te prendre, quelle sera ta prochaine réaction qui sera forcément incohérente. Alors c'est sûr, je ne suis pas très à l'aise avec toi !
—Mais tu es venu quand même.
—On dirait bien !
—Tu n'es venu que pour satisfaire les termes de notre pacte, alors ? demanda-t-elle sans la moindre moquerie dans le regard.
—C'est à dire...
—Ce n'est pas une réponse très franche, sourit-elle.
—Je suis aussi venu par curiosité, lâcha rapidement Harry, un peu embarrassé.
—Curiosité ? C'est que je t'intéresse quand même un petit peu alors. Mais tu n'avais pas envie d'une petite balade juste rien qu'à deux ?
—Ces derniers temps, quand nous sommes à deux, j'aime autant qu'il n'y ait pas de témoins !
—Oho, se mit à rire la jeune fille. Serais-tu décidé à commettre un crime sur ma personne ? En t'y prenant bien, la victime sera peut-être consentante...
—Je me demandais quand tu commencerais à me lancer tes sous-entendus salaces ! Eh bien je constate qu'il ne m'a pas fallu attendre bien longtemps !
—Comment ça, salace ? Rien que des choses naturelles ! De toute façon, je suis certaine que tu raffoles de mes petites allusions. Après tout, je suis ta petite amie.
—Non je ne raffoles pas du tout de...
—Dis-moi Harry, est-ce que tu m'aimes ? demanda soudain Manon avec un air des plus sérieux.
—Mais enfin Manon, on se connaît à peine ! Tu me tombes dessus et tu me demandes si je t'aime ! Tu te moques toujours de moi, ma parole ! J'en ai assez !
—C'est vrai, Harry, je me moque, répondit-elle en le serrant encore plus par le bras pour éviter qu'il ne s'en aille. Mais c'est ma façon à moi de te montrer mon affection.
—C'est ça ! Et en m'embrassant devant tout le monde, tu fais quoi alors ? Tu passes le temps ?
—Les sentiments, Harry, ça vient du cœur. C'est pas difficile d'embrasser quelqu'un, tu sais. A part sans doute cet affreux Irlandais. Il n'y a pas besoin d'amour pour poser des lèvres sur d'autres lèvres. Mais révéler ses sentiments, par contre, c'est autre chose. On ne trouve pas toujours les bons mots pour le dire. Alors c'est peut-être stupide mais c'est comme ça que j'avoue mon attirance pour un garçon. On ne le dirait pas comme ça, mais en fait je suis une fille plutôt timide.
—Heu, non, en effet, on ne le dirait pas, confirma Harry sur un ton très sarcastique.
—Si je t'embrasse de cette façon, c'est juste pour m'amuser. Ça fait jaser tous ces imbéciles qui nous observent et nous envient. Mais au moins, les filles oublient les injustices du professeur Bakkhar. C'est pas ce que tu voulais, dans ton discours inaugural de ton Club de Défense ? Allez, laisse-moi donc t'embrasser avec de vrais sentiments, tu verras bien la différence !
—Tu essais de me manipuler en me racontant toutes ces choses sur les injustices de Bakkhar.
—Je reconnais que je joue avec beaucoup de monde Harry, mais tu es le premier avec qui j'ai envie d'être sincère.
—Pourquoi ?
—Je ne sais pas. Avec toi j'ai l'impression que c'est différent. Tu ne ressembles pas du tout au héros auquel je m'attendais. C'est peut-être ça qui m'a plu tout de suite chez toi. Tu es beaucoup plus fragile que ce qu'on pourrait penser. Et en même temps, tu as beaucoup de force en toi. Du courage, de la loyauté... de l'amour aussi... et de merveilleux yeux verts !
—Tu me flattes, maintenant ?
—Non, je te dis simplement ce que je pense de toi.
—Je ne sais pas si je dois te croire. Tu racontes tellement de choses.
—Je suppose que je suis victime de mon succès. Je sème le doute chez les gens que je rencontre, c'est l'un de mes jeux préférés. C'est une manière comme une autre de ne pas dévoiler toutes ses cartes, comme dirait le Duc de Bohan, mon père. Mais à cause de cela, il est normal que je perde ta confiance. Ce sont les risques d'un tel jeu. Or j'aimerai la regagner, ta confiance. Je sais que c'est possible.
—Qu'est-ce qui te fais croire cela ?
—Tu n'es pas venu à notre rendez-vous pour ce nabot de Liam. Tu es venu pour moi.
—Ça y est, tu recommences. Tu as un ego démesuré ma vieille !
—Et toi tu ne sais pas cacher tes sentiments. Tu m'as serrée dans tes bras tout à l'heure. Je ne l'aurais pas cru. Maintenant tu viens à notre rendez-vous... Tu es quelqu'un de bien, Harry. Tu fais confiance aux gens. Tu me feras confiance aussi. Parce que tu sais que je ne peux pas jouer avec tout le monde. J'ai besoin d'ouvrir mon cœur aussi, tu sais que c'est toi que j'ai choisi pour ce rôle. C'est pour ça que je voulais venir au bord du lac avec toi. Ici il n'y a personne pour nous épier... Ici on peut tout se dire... Et puis c'est très joli aussi, non ?
—J'aimerais tellement te croire, mais... Tu parles bien et tu m'embobines toujours plus. Je n'ose plus t'écouter. Hier j'ai accepté de sortir avec toi, demain que vas-tu me faire faire ? T'épouser ? Coucher avec toi ?
—Hmmm ne me tente pas, répondit la jeune fille avec convoitise, ce qui fit amèrement regretter à Harry ses dernières paroles.
—Tu es vraiment une fille impossible, soupira le garçon qui commençait à s'empourprer.
—Bon d'accord, si tu penses que mes mots sont empoisonnés, alors écoute plutôt parler mon cœur. Lui, au moins, ne peut rien cacher.
Manon prit la main de Harry dans la sienne et la porta sur son cœur. Harry sentit effectivement les battements du muscle cardiaque de sa « petite amie », mais il devina surtout la courbure de son sein gauche sous le manteau noir et il se sentit alors très confus. Il retira vivement la main de sa poitrine, très gêné qu'il était, sous les éclats de rire de la jeune fille.
—Tu l'as fait exprès ! lui reprocha Harry, dont le teint rubicond n'avait plus rien à voir avec la fraîcheur de l'air.
—Je suis vraiment désolée, Harry, riait toujours la jeune fille. C'est plus fort que moi. Mais c'est tellement facile avec toi, tu tombes dans tous mes pièges.
—Et ce rendez-vous en était un de plus. Je m'en vais !
—NON !
Manon retint vivement Harry par le bras et se serra de nouveau contre lui, ce qui eut au moins, pour effet de le réchauffer un peu.
—Non, s'il te plait, reste, insista-t-elle sans la moindre espièglerie dans le regard. Je suis vraiment désolée. Je ne suis qu'une idiote, je fais tout de travers. S'il te plait, ne m'en veux pas. Je te promets que je ne le ferai plus. Je t'en prie reste encore un peu avec moi.
Le ton suppliant sur lequel elle lui demandait cela déchira le cœur du Gryffondor. C'était exactement la même expression qu'elle avait prise face aux menaces de McGonagall. Ou bien le visage de Manon de Bohan criait réellement de la plus profonde sincérité, ou bien cette fille se révélait la plus grande comédienne que Harry ait jamais connue. Dans les deux cas, cependant, cela méritait bien qu'on lui manifeste un peu d'intérêt.
—Pourquoi devrais-je rester, sinon pour encore me faire humilier ? demanda Harry, pourtant surpris.
—Parce que j'ai besoin de toi. Je veux t'ouvrir mon cœur. Je ne veux pas être toute seule.
—Quelle garantie ai-je que tu n'essaies pas de m'embrouiller une fois de plus ?
—Je n'en ai aucune, dit-elle en baissant les yeux.
Le vent glacial souffla les quelques feuilles qui commençaient à tomber des arbres et les emporta au dessus du lac. Harry regarda les yeux terriblement beaux de la jeune fille mais se jura de ne pas se laisser influencer par leur pouvoir ensorcelant. Il décida d'écouter ce qu'elle avait à dire, mais de partir immédiatement dès le moment où elle reprendrait son air narquois. Il fallait qu'il sache si elle simulait ou non. La langue de Harry claqua comme un fouet lorsqu'il prononça les mots suivants :
—Il y a trop de questions que je me pose à ton sujet et auxquelles je voudrais des réponses.
—Pose-moi toutes les questions que tu veux. J'y répondrai en toute honnêteté.
—Alors je veux savoir comment Malefoy a pris la nouvelle de notre... liaison. On dirait que ça lui fait plaisir, ce n'est pas normal.
—J'ai dit à Malefoy que tu étais dingue de moi et que je faisais de toi ce que je voulais, expliqua Manon, très sérieusement. Je lui ai dit que c'était une excellente façon de me renseigner sur les Gryffondor et sur toi en particulier. Ce pauvre garçon a de graves problèmes psychologiques, il est totalement obnubilé par toi. On dirait que sa seule raison de vivre c'est de te nuire.
—Il y a de quoi. J'ai fait jeter son père en prison.
—Mais Drago est un imbécile que je peux manipuler encore plus facilement que toi. Je lui raconte un tas de bêtises sur ton compte, pour satisfaire sa curiosité malsaine. Je lui dis que je te tourne autour dans le seul but de me servir de toi. Mais pour que mon infiltration chez les Gryffondor soit totale, Drago ne peut pas toucher à Liam. Ça poserait trop de problèmes, tu comprends ? Tu voudrais forcément intervenir, savoir ce qui se passe chez nous, pourquoi je ne réagis pas aux menaces contre le petit Finnigan... C'est une bonne façon de le doubler tout en tenant ma part de notre contrat !
—Et Malefoy croit à ça ?
—Bien sûr ! Je lui ai dit la même chose qu'à toi, que je te raconterai des sottises et que tu étais un idiot influençable et que tu me croirais. Je lui ai bien fait comprendre qu'il n'avait qu'à me laisser faire, que mon charme s'occuperait du reste ! Et l'imbécile m'a cru. A vrai dire, même le fait que nous sortions ensemble lui apparaît comme un élément du plan.
—Quel plan ?
—T'approcher pour mieux te surveiller. Puis frapper là où ça fait le plus mal.
—Ce qui, en réalité, pourrait très bien être le cas ! Tu pourrais très bien jouer les agents doubles, en somme. Tu te présentes de chaque côté comme la gentille infiltrée dans les camps des mauvais ! Pourquoi moi je devrais croire que c'est réellement du mien que tu es ?
—Écoute, Harry. Moi je ne veux être d'aucun côté. J'ignore les causes véritables de vos querelles incessantes et elles ne m'intéressent pas. Moi je veux juste être avec toi. Mais apparemment quand on est à Serpentard, c'est mal vu de sortir avec un Gryffondor. Alors je fais ce que je peux. Tu peux me trouver compliquée mais c'est tout ce que j'ai trouvé. Je ne fais pas semblant de protéger le microbe. Sans moi il aurait déjà mordu la poussière plus souvent qu'à son tour. Et tout cela, je le fais pour toi.
—Ou pour me mettre en confiance. J'ai quand même du mal à croire que Drago...
—Laisse tomber Drago ! Pour l'instant il ne tentera rien du tout, il me croit acquis à sa cause. Mais je t'avoue que son instabilité psychologique m'inquiète. Ce n'était pas une bonne idée de bouter le feu à son sac à dos. Il était de très mauvaise humeur quand je suis rentrée hier soir et j'ai bien cru qu'il ne respecterait pas son engagement. Liam s'était déjà réfugié dans son dortoir, sentant un mauvais coup arriver. Alors il a fallu que j'use un peu de mes talents de charmeuse et le serpent est redevenu un simple lombric.
—Tes talents de charmeuses ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
—Serais-tu jaloux ? sourit la jeune fille qui se ravisa devant le regard perçant de Harry. Rien de licencieux, je te rassure. Je ne lui ai pas fait toucher mon cœur si c'est ce à quoi tu penses. Je lui ai simplement parlé avec douceur. J'ai caressé son ego dans le sens du poil. Il suffit que je lui dise que mon Père aimerait beaucoup avoir des hommes de sa trempe à ses côtés. Ça le calme.
—C'est aussi le même genre de discours que tu me tiens.
—A la différence que toi tu as une vraie valeur. Lui s'il n'en a jamais eu, c'était celle de son père qu'il promenait avec lui. Or à présent, l'influence paternelle se trouve derrière des barreaux. Drago ne présente aucun intérêt. Ni pour moi, ni pour Père.
—Et Parkinson ? Qu'est-ce qu'elle pense de tes opérations de séduction ?
—Cette dinde n'ose rien dire. Elle sait qu'elle ne fait pas le poids. Je voudrais d'ailleurs bien voir qu'elle m'adresse la parole, celle là. Je lui ferais ravaler sa langue de vipère après l'avoir étranglée avec. Cette moins que rien devrait déjà être très heureuse de pouvoir m'approcher à moins de dix mètres, c'est un privilège que tout le monde ne possède pas !
—Eh bien. Ça n'a pas l'air de coller entre vous deux.
—Elle ne m'aime pas et c'est absolument réciproque. Mais ne parlons pas de cette chose sans nom, elle est totalement insignifiante.
—Bon et comment ça se passe chez les Serpentard, puisque tu en parlais.
—Et si on les oubliait, les Serpentard ?
—Tu as dit que tu répondrais à mes questions.
—Soit, soupira la jeune fille. J'ai promis.
—Alors ?
—Alors rien.
—Je sais que Malefoy et sa bande se réunissent dans leur dortoir. Avec Parkinson et Bulstrode, notamment. Ne me dis pas que c'est anodin. Alors quand tu me dis qu'il ne se passe rien...
—Comment peux-tu savoir cela ? s'étonna Manon, les yeux ronds.
—Euh... Je le sais, c'est tout.
—Tu me soupçonnes d'être un agent double mais apparemment tu as ton propre service de renseignement ! Ce n'est quand même pas le petit lutin qui t'a raconté ça ?
—Alors ?
—Alors j'espérais profiter du coucher de soleil pour une ballade romantique mais ce sera pour la prochaine fois, j'imagine. Tu veux que je te dise, tu es aussi obsédé par Drago qu'il ne l'est par toi. Tu sais, Harry, on dit souvent que l'amour commence par une dispute...
—Bon si c'est pour entendre ce genre de...
—Il ne se passe rien d'anormal chez les Serpentard comme je te l'ai dit, le coupa Manon, qui se plaça devant Harry pour l'empêcher de s'en aller. Malefoy rassemble très souvent son petit comité dans son dortoir. Il m'a déjà invitée plusieurs fois mais je n'aime pas trop leurs réunions. C'est juste une façon pour Drago d'asseoir son pouvoir, en montrant aux plus jeunes qu'il peut enfreindre les lois. Il se comporte comme un chef mafieux, il distribue les privilèges et les blâmes. Il choisit qui peut entrer dans son dortoir, ce qui est selon lui une marque de prestige, et qui en est exclu. Bien entendu, moi j'ai un abonnement illimité ! Mais j'y suis allée une fois et ça m'a suffit ! En général on ne parle que de lui. Ce type est d'un narcissisme inimaginable ! Il est encore pire que moi !
—Donc tu m'assures qu'ils ne complotent pas ?
—Je suis rarement avec eux, comme je te l'ai dit. Des soirées pyjama aussi ringardes, très peu pour moi ! Déjà que je dois me coltiner la Parkinson toutes les nuits. Et cette balourde de Bulstrode qui ronfle comme ce n'est pas permis ! Alors, ce n'est pas impossible qu'ils se mettent parfois à comploter lorsqu'ils sont en comité restreint. Mais sincèrement, je ne vois pas vraiment ce qu'ils peuvent manigancer. Ils ne peuvent même plus préparer des mauvais coups contre le lutin ! Et le professeur Rogue se charge de vous humilier à leur place.
—Je vois. Je pensais que Drago avait perdu un peu de sa crédibilité avec la chute de son père mais apparemment ce n'est pas le cas.
—Je n'en serais pas aussi sûre. Bien entendu, je ne peux pas comparer ses agissements avec ceux de l'année dernière, puisque je n'étais pas encore à Poudlard. Mais je ne serais pas étonnée qu'il essaie de s'imposer chez les Serpentard, pour combler le vide qui s'est créé avec le malaise engendré par la mise en cellule de son géniteur.
—Qu'est-ce qui te fais croire cela ?
—Drago n'est pas aussi populaire que tu ne le crois. Personne ne dit rien mais on sent bien qu'il n'est pas vénéré pas tous les Serpentard. Et puis il accumule les erreurs et les faux-pas. Par exemple, il a cru plaire au professeur Bakkhar en rabrouant une de nos condisciples qui avait raté un de ses exercices. Le professeur n'a vraiment pas apprécié et lui a rappelé qu'il n'avait aucunement la parole, qu'il ne pourrait juger des efforts des autres que lorsqu'il aurait lui même atteint le niveau d'excellence exigé... enfin je ne te fais pas un dessin.
—C'est pour cela qu'il faisait la tête, l'autre jour.
Harry médita un instant sur les propos de Manon. La jeune fille lui racontait beaucoup de choses mais il ne lui faisait pas suffisamment confiance pour tout prendre comme argent comptant. Toutefois, son discours se tenait. Tout paraissait cohérent et maintenant qu'il y réfléchissait, il devait reconnaître que beaucoup de Serpentard qui huaient Harry à son passage ne le faisaient qu'en présence de Malefoy. Et puis, sur la carte des Maraudeurs, le groupe qu'il avait épié l'autre soir rassemblait les fidèles de Malefoy et Manon n'en faisait pas partie. Elle n'avait donc pas menti sur ce point. Harry se souvint que, cette fois-là, la jeune fille avait préféré coincer Neville dans les toilettes pour garçons.
—Tu veux me poser d'autres questions ou on peut reprendre la promenade le long de l'eau ? demanda Manon qui l'entraîna avec elle sans attendre de réponse.
—Oui, j'aurais voulu savoir ce que tu voulais à Neville l'autre soir.
—J'aurais du me douter que ce pauvre Machin se serait plaint de notre rencontre inopinée.
—S'il te plait, Manon. Reste un peu correct avec mes amis !
—Oh mais ne t'emballe pas, mon tout beau. Je l'aime bien, moi, ce gros nounours. Je trouve qu'il a une tête très sympathique, trop peut-être ! Il est vraiment rigolo.
—Qu'est-ce que tu lui voulais ?
—Je me demandais qui était la fille avec qui il avait eu rendez-vous.
—Pardon ? Neville avec une fille ?
—Absolument.
—Je ne te crois pas !
—Une fille de 4ème année, de Poufsouffle, je crois. Une Sylla quelque chose à ce que j'ai pu comprendre.
—Je vérifierai.
—Si ça peut te faire plaisir.
—Donc tu as coincé Neville pour savoir avec qui il sortait ?
—Non, je voulais surtout savoir ce qu'il savait sur toi.
—Tu ne pouvais pas me le demander ?
—Vu la manière dont tu me fais confiance... Et puis j'imagine que tu ne voudras pas me parler de cette prophétie dont j'ai eu écho lors des sélections de Quidditch.
—En effet ! se redressa vivement Harry, soudain sur la défensive. D'ailleurs, je ne sais pas de quoi tu parles, il n'y a jamais eu de prophétie !
—Bien sûr que si, Harry. Tu ne sais pas mentir, je le vois dans tes yeux !
—Non, ce n'est pas vrai !
—Non seulement une prophétie existe et te concerne, mais en plus elle te fait souffrir.
—C'est ça ! Et, aussi hypothétique soit le fait qu'une telle prophétie existe, tu voudrais en connaître le contenu, c'est ça ?
—Je suis très curieuse, oui. Mais si tu ne veux pas en parler, je ne demanderai rien. Je vois bien que ça te fait de la peine. Et du coup je ne suis plus très sûre de vouloir l'entendre. Si jamais un devin –un vrai, pas comme l'autre folle qui vit en haut de sa tour– un devin, disais-je, avait annoncé de grands malheurs te concernant, je crois que je ne voudrais pas les entendre. De toute façon aujourd'hui, c'est toi qui poses les questions, non ? Tout ce que je souhaite, c'est qu'un jour tu aies envie de tout me raconter sans que je n'aie à te le demander. Cela signifierait que tu m'accorderais enfin ta confiance.
Un nouveau silence s'installa entre les deux randonneurs. Une nouvelle fois, Harry ne s'était pas attendu à cette réponse. Manon qui renonçait aussi vite, cela avait quelque chose de surnaturel. Transis de froid, le jeune sorcier jeta un œil vers la cabane de Hagrid dont les fenêtres s'allumaient au loin. Il avait une envie folle de se réfugier auprès du feu qui ronflait dans sa cheminée. Mais beaucoup d'autres questions restaient encore en suspend.
—Tu ne m'as pas dit pourquoi tu traînais dans les couloirs quand tu as surpris Neville.
—Je revenais du bureau du Directeur.
—Et qu'est-ce qu'il te voulait ?
—C'est personnel.
—Tu as promis de répondre à toutes mes questions.
—Je t'ouvre mon cœur, Harry, pas mes secrets de famille.
—Pratique comme réponse !
—Puisque tu veux tout savoir, c'est d'accord je te le dis, répondit la jeune fille, en fronçant les sourcils. Mais c'est à charge de revanche. Tu devras tout me dire quand ce sera à mon tour de te poser des questions.
—Même concernant la prophétie ?
—Tu vois bien que cette prophétie existe !
—Nom de...
—Allez, ne fais pas la tête. Je vais te raconter ce que le Directeur m'a annoncé. Mais surtout ne le répète à personne ! Tu me le jures ?
—Juré, craché ! promit Harry.
—Père viendra en Angleterre dans quelques semaines. Il sera reçu par la Reine. Et il souhaiterait me présenter à elle alors il a demandé une autorisation spéciale au Directeur pour que je puisse quitter l'école durant quelques jours. C'est pour me l'annoncer que le Directeur m'a convoqué dans son bureau. Tu as déjà vu son Bureau ? Il est magnifique je trouve. Et en plus, tu ne devineras jamais, le Directeur possède un phénix !
—Fumseck, oui, je sais. Tu... tu as dis que tu... tu vas voir la Reine ? Notre Reine ?
—De quelle autre reine veux-tu que je parle ? Ça fait bien longtemps que la nôtre a perdu la tête, tu sais. Comment ça se fait que tu connais le nom de cet oiseau ? Tu le connais ?
—Il m'a sauvé la vie lorsque j'ai été mordu par le basilic, dans la Chambre des Secrets. J'ai du mal à croire que tu vas rencontrer la Reine.
—Un basilic ? Là c'est toi qui te moques de moi ! Et puis je t'avais dit que Père avait beaucoup de relations, expliqua avec évidence et fierté la jolie demoiselle.
—C'est de ça dont parlait McGonagall quand elle te sermonnait hier soir.
—Qu'est-ce que c'est cette histoire de basilic ?! insista Manon. Oui c'est de ça dont elle parlait. Une rencontre avec la reine, ce n'est pas donné à tout le monde. Ce sera l'occasion de glisser ton nom dans la conversation, mon futur Sir Potter !
—Tu te paies ma tête !
—Non, c'est toi qui te paies ma tête. Un phénix et un basilic dans la même histoire, ça me paraît trop improbable pour être vrai. Ce sont les créatures parmi les plus rares et les plus extraordinaires qui existent. Même Père n'a jamais pu avoir de phénix dans sa collection. Juste quelques plumes, tout au plus !
—Tu n'as qu'à demander à Drago de te raconter l'histoire lors de ses soirées pyjamas. Son père y tient un rôle de premier choix.
—Peut-être n'est-il pas tout à fait sans intérêt, finalement, ce jeune homme, ironisa la Française.
—Eh bien va donc lui raconter ton rendez-vous avec, excusez du peu, la Reine d'Angleterre.
—Mais je t'assure que vrai, certifia la jeune fille. C'est très sérieux. Je vais devoir essayer un tas de robes de soirées pour être présentable. Et en plus... euh... En fait, je suis absolument terrifiée !!!
—La célèbre Manon de Bohan, terrifiée ? On aura tout vu !
—Tu ne le serais pas, toi ?
—Moi si, mais moi je ne suis pas un Bohan.
—Pas encore !
—Tu as peur d'une simple reine, toi ? railla le jeune homme, bien heureux de prendre enfin le dessus sur son interlocutrice.
—Ce n'est pas de la Reine dont j'ai peur, en vérité, répondit Manon avec une réelle appréhension dans les yeux. Mais bien de ses petit-fils !
—Pourquoi ? Ils ne sont pas corrects, ses petits fils ?
—Harry, tu ne comprends donc pas ?
—Ce que je comprends c'est que beaucoup d'histoires circulent autour de ce lac, notamment une particulièrement surprenante où tu vas te promener à Buckingham Palace dans peu de temps.
—Tu ne comprends rien, Harry. Je n'y vais pas pour me promener. Et je n'ai aucune envie de devenir la Reine consort de ce pays !!!!
—Euh... Tu veux dire...
—Je suppose que si Père veut me faire rencontrer le Reine, ce n'est pas uniquement pour me faire plaisir. Je suis fille d'une ancienne et prestigieuse famille aristocratique, la Reine ne peut rêver mieux pour assurer sa royale lignée !
—Non, ça c'est une couleuvre vraiment trop grosse à avaler. Tu me mènes en bateau depuis le début. Cette fois je...
—Non Harry, ne me laisse pas !!! Je te dis la vérité. S'il te plait, crois-moi. Tiens ! Tiens, regarde par toi-même.
Manon fouilla précipitamment dans l'une des poches de sa robe de sorcière et lui tendit un morceau de parchemin de très grande qualité qui était imprégné de son parfum. La lettre avait été cachetée du sceau des Bohan et une très belle écriture, dans une encre précieuse offrant des reflets dorés du plus bel effet, remplissait le document.
La lettre avait manifestement été écrite de la main du Duc lui-même, et annonçait la future rencontre avec la Reine d'Angleterre ainsi que les modalités qui y avaient trait. La missive annonçait également des séances d'essayage de robes que Manon aurait à subir durant les semaines à venir. Bien entendu, le Duc ne parlait pas d'une rencontre avec les Princes et encore moins d'un quelconque mariage mais les craintes de la jeune fille semblaient fondées. Une demoiselle aussi belle, riche et bien née qu'elle serait la bienvenue au sein de la famille royale.
Harry se sentit de nouveau très mal à l'aise. Ou bien ce document était un faux extraordinairement bien réussi, ou bien Manon disait la vérité. Et dans ce cas là, il commençait à réaliser l'importance politique que représentait la si belle jeune fille qui se tenait debout devant lui.
—Je garde cette lettre sur moi tous le temps, depuis que je l'ai reçue, expliqua Manon. Pour ne pas oublier ce qui m'attend. Elle m'a été donnée par le Directeur lui-même. Ce genre de document confidentiel ne voyage pas par hibou...
—C'est pour ça que tu voulais qu'on sorte ensemble alors ? Pour être moins séduisante aux yeux de la Reine qui refuserait une fille volage dans sa famille ?
—Je ne suis pas volage ! se vexa la jeune fille. Je te voulais toi, c'est tout. Au contraire, je préférais que Père n'en sache rien. Il serait bien capable de précipiter les choses pour éviter que je ne me retrouve fixée au bras d'un autre garçon plutôt qu'à celui d'un Prince anglais !
—Tu disais qu'il serait ravi de me rencontrer.
—Certainement, Harry, mais à choisir entre toi et l'héritier du trône britannique...
—C'est pour ça que tu ne voulais pas que McGonagall envoie une lettre à ton Père...
—Une lettre qui annonce que j'ai embrassé un garçon, ce qui pourrait mettre un terme à ses projets... Ce serait pire que tout.
—Il t'enverrait une sacrée beuglante !
—Tu es fou ? Quel manque de savoir-vivre ! Une beuglante pour que tout le monde puisse connaître le motif de la remontrance ? Nous laissons ça aux sorciers de seconde zone.
—C'est sympa pour mes amis !
—Tu dis ça parce que tu es vexé que Père puisse préférer un autre que toi pour faire de moi son épouse.
—N'importe quoi. Et toi tu joues les malheureuses parce que McGonagall a l'intention d'envoyer un courrier à ton Père mais ça ne t'a pourtant pas empêché de m'embrasser de nouveau tout à l'heure !
—Je ne suis pas aussi folle que tu ne le penses. J'ai vu le professeur McGonagall en pleine discussion avec Mrs Chourave à proximité des serres, la voie était donc libre ! Au pire, nous aurions pu tomber sur ce lourdaud de O'Conelly mais ce n'est pas lui qui se serait plaint du spectacle, bien au contraire ! Et puis surtout, j'en avais vraiment envie. Ça m'a fait oublier le reste.
—Pas folle, laisse-moi en douter. N'empêche, cette histoire est hallucinante !
—Pas tant que la tienne... Moi j'épouse un Prince, toi tu combats des Basilics. On est dans un véritable conte de fée, pas vrai ?
L'ironie de la jeune fille était toutefois teintée d'une grande amertume. Elle ne plaisantait plus. Elle trembla un peu malgré son épais manteau et Harry, qui avait depuis longtemps compris que la soirée serait plus fraîche que les précédentes lui frotta machinalement le dos pour la réchauffer. La jeune fille apprécia le geste.
—D'habitude les hommes galants offrent leur manteau à leur dame lorsque celle-ci a froid. Mais si je te demandais une telle faveur, je te tuerai d'une broncho-pneumonie effroyable. Peut-être devrions-nous rentrer ?
Harry sourit mais continua son mouvement. En fait, il le réchauffait lui aussi alors il n'allait pas s'en priver.
—Il me reste un tout de même un espoir... continua Manon, presque pour elle-même.
—Lequel ?
—Je suis une sorcière ! Les Moldus de haut rang sont toujours réticents vis-à-vis de la sorcellerie. Les vieilles rancunes moyenâgeuses... Si je fais exploser sa couronne avec ma baguette, peut-être que la Reine ne voudra plus de moi comme héritière, finalement.
—Ahahaha, peut-être oui.
—Mais Père m'enfermerait pour dix ans dans la cave du Château. Et je ne pourrais plus te voir.
—Il ferait ça ton père ?
—Non ! Père ne me ferait pas de mal, il m'aime trop. Mais il serait très déçu. Je ne veux pas le décevoir.
—Il le faudra bien pourtant.
—Ou alors, tu devras lui prouver que tu vaux bien le futur chef du Commonwealth !
—Nous ne sommes pas mariés, Manon.
—Dommage...
La discussion reprenait une tournure que Harry n'aimait guère. Mais avec toute cette histoire de couronne, il en avait oublié la plupart de ses questions. Il tenta de retrouver ses esprits, le plus vite possible. Bien que la lettre confirmait que Manon allait rencontrer la Reine, Harry ne devait pas oublier la situation dans laquelle il se trouvait lui. Et si Manon avait voulu noyer le poisson elle ne s'y serait pas prise autrement.
—Tu m'as parlé de Beauxbâtons tout à l'heure. Mais aussi de ton professeur de potion particulier dans la classe de Rogue. Comment tu expliques cela ?
—La plupart des sorciers vont à l'école des Moldus avant d'entrer au collège. Moi j'avais des précepteurs, parmi les plus réputés du monde. Quand j'ai eu onze ans, Père a jugé préférable que je suive des cours à Beauxbâtons, pour apprendre à vivre en société. Mais il a voulu que je complète ma formation par des leçons particulières les week-ends et les jours de congés. C'est là que j'ai rencontré le professeur Donatien de Franche-Marche.
—Oui le tortionnaire, se souvint Harry qui repensait aux brûlures de chaudron sur les mains.
—Si tu veux, répondit la jeune fille, cette fois sans se fâcher contre l'insulte.
—Tu as passé ton enfance dans les livres, si je comprends bien.
—A défaut d'avoir des amis...
Harry ne sut quoi répondre à cette remarque. Il se prit d'affection pour la ravissante Française dont la vie de faste ne semblait faite que de contraintes et d'obligations. Il eut presque envie de lui dire que désormais elle en avait mais il se retint. Il ne fallait surtout pas qu'il succombe à la compassion. Manon restait un danger, il fallait absolument qu'il garde ça en tête. Même si pour le moment elle ressemblait beaucoup plus à un oiseau tombé du nid. Il chercha donc en vitesse un moyen de continuer la conversation.
—Ce sont tes précepteurs qui t'ont appris l'anglais ?
—Ils se sont efforcés de m'apprendre plusieurs langues. C'est pour ça que j'ai si peu d'accent. J'ai appris très tôt.
—Tu connais combien de langues ?
—Le français, bien sûr. L'anglais, l'espagnol, l'allemand, l'arabe et des notions de russe. Père voudrait que j'étudie le chinois mais vraiment, je n'en ai aucune envie. C'est important pour les affaires paraît-il.
—Fichtre ! Je fais figure d'ignare, moi à côté !
—Nous sommes toujours l'ignare de quelqu'un, Harry. Tu sais, en réalité, si je maîtrise aussi bien l'anglais, je le dois surtout à James, mon majordome. C'est avec lui que je passais mes moments de loisirs quand j'étais gamine. Un vrai britannique comme on n'en fait plus !
—James !
—Oui, James. J'ai toujours trouvé que c'était cliché pour un majordome de s'appeler James.
—C'était le nom de mon père, se vexa Harry.
—Oh ! Je suis désolée, s'excusa Manon. Ce n'était pas méchant ce que je voulais dire. Et je ne savais pas que c'était le prénom de ton père.
La fille à la mèche d'albâtre se tut quelques instants et prit un ton plus grave.
—Il a été assassiné n'est-ce pas ?
—En effet.
—Par Celui-dont-on-ne-...
—Par Voldemort ! Je pensais que toi, au moins tu n'aurais pas peur de prononcer son nom, piqua d'un ton vif le jeune Potter.
—Tu sais, Harry, la haine ça ne sert à rien. Je comprends mieux pourquoi tu détestes autant Drago, maintenant. C'est ta façon à toi de venger la disparition de ton père. Tu mets Drago dans le même camp que les assassins de tes parents.
—Son père est un sale mangemort ! s'énerva Harry. Évidemment qu'il est dans leur camp !
—Ne te mets pas en colère. Je te comprends tu sais. Mais ça ne fera pas revenir tes parents. Alors pourquoi vouloir absolument obtenir vengeance ?
—Tu ne peux pas comprendre.
—Peut-être. Il est vrai que moi je n'ai personne à rendre responsable de la mort de ma mère. Il a fallu que je l'accepte.
—Oh ! Je ne savais pas que ta mère...
—Ce n'est pas grave. J'étais très jeune quand elle nous a quitté. On ne guérit pas encore de toutes les maladies, tu sais. Malgré notre fortune et nos relations, ma mère ne pouvait pas s'en sortir. Père ne s'est jamais remarié. C'est la vie. Mais moi je n'ai du coup personne à maudire. Ce n'est pas plus mal, tu ne trouves pas ?
Mais Manon ne riait plus du tout. Harry ne sut quoi répondre. L'égérie de Serpentard venait de lui asséner le coup de grâce. Elle ne pouvait pas mentir sur toute la ligne. Le Gryffondor ressentait toute l'affliction qu'elle éprouvait à l'évocation de ses souvenirs. Ron pouvait dire ce qu'il voulait, après avoir entendu tout ce qu'elle avait raconté au bord de ce lac, on ne pouvait pas rester totalement indifférent à la jeune fille.
—En fait, James, c'est aussi mon deuxième prénom, raconta alors Harry, pour éviter de la prendre dans ses bras pour la consoler.
—Ça nous fait deux points communs, répondit alors la Française. Nous sommes tous les deux orphelins et nous portons tous les deux le prénom de nos parents.
—C'est vrai ? Comment s'appelait ta mère ?
—Je te laisse deviner.
—Voyons... Euh... Il y avait Camille je crois.
—Oh ! Joli ! Le hasard fait bien les choses, fut surprise la demoiselle aux yeux de velours. C'est bien l'un de mes prénoms. Mais ce n'était pas celui de la duchesse de Bohan.
—Heu... Marie-Louise ? C'est possible ?
—Continue, répondit Manon, intriguée d'entendre les réponses du jeune homme.
—Hortense... Non, attends... Léonce ! Ne me dit pas que c'est Léonce !
—Comment tu...
—Alors c'est Esméralda. Je trouvais justement que Esméralda ça ne faisait pas tellement aristocrate.
—Ma mère n'était pas noble de naissance, en effet. Mais comment sais-tu tout cela ? questionna Manon, impressionnée. Tu me caches toi aussi beaucoup trop de choses, mon ami ! Je pense que ce sera bientôt à ton tour de me révéler qui tu es.
Harry se sentit stupide. Il venait de lui indiquer qu'il détenait des moyens de renseignements très efficaces. Sinon, à moins d'avoir accès au registre de naissance de la jeune fille, il n'aurait jamais pu connaître tous ses prénoms. La jeune fille le dévisagea mais elle ne paraissait pas fâchée le moins du monde.
—Tu es un garçon plein de ressources, mon cœur. Mais moi aussi j'en ai quelques unes.
Elle se dressa sur la pointe des pieds et l'embrassa. Mais c'était très différent des deux premiers baisers qu'ils avaient déjà échangés. Celui-ci venait du cœur et Harry comprenait maintenant ce que Manon avait voulu dire à ce sujet. Il ne s'agissait plus seulement de simplement poser des lèvres sur d'autres lèvres. C'était infiniment plus doux.
Lorsqu'ils mirent fin à leur étreinte, Harry resta muet, presque prostré. Jamais il ne s'était imaginé qu'il aurait aimé se faire embrasser par Manon de Bohan. Celle-ci se colla tout contre lui et il l'entoura de ses bras machinalement. Elle avait réussi à le déstabiliser complètement. Il était entièrement à sa merci. Elle sourit en constatant qu'une goutte d'eau perlait sur le bout du nez de son petit ami, évocateur d'un refroidissement corporel prolongé.
—Il est temps de rentrer, mon cœur, ou tu vas vraiment attraper quelque chose si nous restons ici. D'ailleurs, il doit être bientôt l'heure de... OH MON DIEU ! Vite ! Dépêchons-nous !
Manon entraîna Harry avec elle vers le château au pas de course. Ils avaient oublié leur retenue avec le professeur McGonagall et étaient déjà très en retard. Aucun doute que celle-ci serait dans une colère noire. Cette fois-ci, le Duc de Bohan en serait immédiatement informé et qui sait, à cause de cela, la jeune Française deviendrait peut-être un jour la première dame du Pays.
Et voilà... c'est fini pour ce chapitre. Quelle impression vous a-t-il fait ? N'hésitez pas à me le faire savoir.
