Hey ! Le chapitre arrive plus tôt ce coup-ci, vu que le dernier était arrivé en retard et du coup... Bon, bref. Puis je pouvais pas vraiment vous laisser avec ce suspense, si ? Ahah.

Bonne lecture !


36. Ultimatum

Ils se précipitèrent au-dehors après l'explosion et un violent frisson s'empara de Sora. Cette Lumière...

Les guerriers de la Keyblade restèrent figés, vulnérables, à attendre que Mélodie – même sans l'avoir vu auparavant, Sora savait que ça ne pouvait être qu'elle – et ses acolytes ne descendent du ciel, tranquillement, tels des messagers divins. Lumaria arborait un sourire narquois sur ses lèvres fines. L'originale de Larxène – quel était son nom, déjà ? - ne semblait pas très sûre de ce qu'elle faisait là, au juste. Autour de sa taille, un fil de dagues ondulait.

Et bien sûr, Xion... Elle portait l'épée qu'elle avait ramené d'Arendelle, et la brandissait en évaluant ses vis-à-vis. Ses yeux vides passaient d'un individu à l'autre, semblant les analyser sans les voir vraiment.

Les cheveux et la robe de l'incarnation de la Lumière semblaient irradier de l'intérieur. Mélodie se posa gracieusement sur les pavés de la Contrée du Départ et leva vers eux son visage parfait. Elle ne paraissait ni jeune, ni vieille, et Sora serait bien en peine de lui donner un âge, s'il ne connaissait pas déjà la vérité sur ce point.

Et il avait du mal à la croire foncièrement mauvaise. Il en avait croisé, des mauvaises personnes, ça oui... Il avait vaincu Maléfique, défait les complots de Jafar, affronté Hadès... Et, bien entendu, Xehanort. Mais aucun d'entre eux ne ressemblait à Mélodie. Aucun ne paraissait aussi innocent.

Elle prit la parole, et ce fut comme si l'entièreté de l'univers s'alignait sur une même longueur d'ondes.

« Je vous souhaite le bonjour, Porteurs. »

Soudainement, Sora trouva sa gorge sèche. Il sentait que l'un d'entre devrait répondre quelque chose, n'importe quoi. Peut-être bonjour aussi. Il lui semblait que, s'il parlait, le son de sa voix serait si ridicule, si dérisoire, si insignifiant qu'il se ferait disperser aux quatre vents comme un pissenlit.

« Ne vous laissez pas berner par son aura ! »

Kairi ou Naminé. Dans son dos, le bruit caractéristique d'une Keyblade. Par hasard, le regard de Sora croisa les prunelles de Xion, qui ne bougea pas. Un pantin immobile.

Mélodie tirait les ficelles. C'était à cause de Mélodie que Xion se trouvait dans cet état. Cette superbe femme à qui n'importe qui aurait remis sa vie sans hésitation.

Sora fit de son mieux pour additionner ces informations dans son esprit, aussi contre-nature cela lui paraisse. Il ne fallait pas qu'il lui fasse confiance, et c'était douloureux ne serait-ce que de garder cela à l'esprit.

Et elle n'avait fait que se présenter à eux, pourtant. Elle n'avait prononcé qu'une phrase.

Il sortit son arme à son tour. Ce constat aurait dû l'effrayer. Mélodie esquissa un sourire, qui évoquait celui de Lumaria.

« Je suis désolée que vous ayez une si mauvaise opinion de moi, susurra-t-elle doucement. Je vous assure que je ne tiens pas à me dresser contre vous.

-Ce n'est pas quelque chose qu'on dit, lorsqu'on s'amène avec trois gardes du corps. Et je crois que l'une d'entre eux n'a pas vraiment eu son mot à dire dans la décision... »

Il s'agissait de la voix de Lea. Comment parvenait-il à garder son calme à ce point ? L'apparition de Lumière secoua lentement la tête.

« Qui sait ce qu'il pourrait m'arriver, si mes collaborateurs n'étaient pas présent à mes côtés pour me protéger ? Quant à votre amie, eh bien... Je vous la rendrais volontiers, en échange de la Pierre de Lune. Ne passons pas par quatre chemins, je sais qu'elle se trouve en votre possession. Je la sens. Cet objet m'appartient, vous savez ? Il s'agit du dernier souvenir qu'il me reste de mon ancienne vie. J'aimerais sincèrement que vous me la restituiez. »

Elle marquait un point. La Pierre lui appartenait, après tout. De quel droit la conserveraient-ils pour eux-même ? Ils ne valaient pas mieux que des voleurs, s'ils ne la lui rendaient pas !

Et Xion...

Sora eut un mouvement involontaire vers la poche de son pantalon, où le poids de la Pierre de Lune se faisait sentir plus que jamais contre sa cuisse. Le geste, bien que bref, n'échappa pas à Lumaria, qui fixa son regard bleu de glace sur lui.

« Tiens donc... » exalta-t-il de sa voix suave de serpent.

Mélodie se tourna à son tour, surprenant l'attention de son lieutenant à l'égard de Sora, qui se figea sur place. Elle le regardait. Elle connaissait son existence. Et, oh, elle lui souriait.

« C'est toi qui a la Pierre, mon garçon ? »

Il ne répondit pas.

« Tu nous éviterais à tous les deux de gros ennuis, si tu me la remettais. »

Elle s'avança de deux pas. Tendit la main. Proche.

Et pourquoi pas ?

« Sora ! Ne te fais pas avoir ! »

Riku.

Pourquoi pas ? Parce qu'elle s'en servira pour détruire tout ce qui s'opposera à elle. Tout ce qui est lié aux Ténèbres. Tout le monde a une part de Ténèbres. Toi aussi.

Et alors ? Si sa propre disparition pouvait servir une plus grande cause, quelle importance ?

Tes amis aussi. Pas Kairi, pas Naminé, mais tous les autres. Tous les cœurs sont faits d'un équilibre de Lumière et de Ténèbres. Tout périra. Ce serait la fin de tout.

« Non ! »

Un bond en arrière l'éloigna de la portée de cette femme, dont l'expression si aimable se referma. Sora brandit sa Keyblade et vit les autres en faire de même.

« Alors, c'est ainsi...

-Que fait-on, ma Reine ? questionna Lumaria.

-Récupérez la Pierre par tous les moyens, ordonna-t-elle. Et... »

Elle fronça le nez comme devant une mauvaise odeur.

« Que quelqu'un me tue cette abomination. Il se trouve quelque part dans le Manoir, je peux le sentir d'ici. Xion, vas-y. »

Sans se préoccuper des éventuels adversaires, la marionnette qui avait remplacé Xion accourut vers les portes grandes ouvertes du Manoir.

« Non ! »

Riku lui barra la route, avec un coup qui aurait pu sérieusement la blesser si elle n'avait pas esquivé. Sora aperçut Aqua quitter le champs de bataille et rentrer à l'intérieur de la bâtisse.

Distrait, Sora tomba au sol avec un cri lorsqu'on le poussa en arrière. Il leva la tête vers Lea, qui parait une immense faux juste devant lui. Il avait dû le pousser pour le protéger de l'attaque, se rendit-il compte en se relevant tant bien que mal.

« Casse-toi, Sora ! lui lança son ami sans un regard vers lui, peinant à retenir Lumaria.

-Quoi ? Non ! Je-

-Ils veulent la Pierre ! Le meilleur moyen de la protéger, c'est que tu te barres ! »

Mais s'il faisait cela, il abandonnait tous les autres ! Kairi engageait la bataille directement avec Mélodie, tandis que Roxas se trouvait aux prises avec Arlène.

Il les mettait en danger en s'en allant.

« Sora ! Vite ! »

Mais s'il ne le faisait pas, ce serait encore pire.

Le hangar Gummi. Il se précipita, tentant d'ignorer les bruits de bataille derrière lui, de faire taire la culpabilité qui venait s'accrocher à son cœur.

Il entendit résonner le cri de Kairi. Ne s'arrêta pas.

Il apercevait le garage, à présent. De plus en plus proche. Presque, presque...

Quelque chose attira son attention à la lisière de sa vision. De sa conscience. Son cœur s'écorcha sur l'éclat de Ténèbres des yeux dorés qui le fixaient, de ce garçon en manteau qui lui tendait la main.

« Il est l'heure, Sora. »

Un obstacle empêchait la marionnette d'accomplir sa mission. On lui avait donné un ordre, mais quelqu'un lui barrait la route. L'empêchait d'atteindre la cible à éliminer.

Elle le connaissait. Visage familier. Identification. Riku. Elimination nécessaire pour poursuite de la mission. Analyse des techniques de combats.

« Xion, arrête ça ! »

Elle lança un sort de feu qu'il esquiva, puis pirouetta pour lui asséner un coup droit. Son épée rencontra une Keyblade, qui la repoussa avec force.

L'adversaire la considérait avec un regard analytique, et quelque chose comme de la hargne. Elle reconnaissait la hargne. Cela influait sur les mouvements des ennemis. Plus de rapidité, plus de force, moins de précision.

Elle se prépara en conséquence. Brandit son épée.

Aqua n'était pas du tout certaine de prendre la bonne décision, mais il leur fallait tous les alliés possibles. Et avec un peu de chance, Vanitas ne serait pas influencé par la Lumière qui émanait de Mélodie.

Tous les autres, elle incluse... Est-ce qu'ils auraient la volonté de la tuer, le moment venu ? Aucun moyen de le savoir. Sora avait failli lui donner la Pierre...

Elle grimpa les étages du Manoir le plus rapidement possible. Un combattant en moins sur le champ de bataille, elle, en l'occurrence, les affaiblissait considérablement, surtout lorsqu'on ne savait pas ce que les ennemis s'avéraient capables d'accomplir.

Elle ouvrit la porte de la pièce où ils détenaient la moitié ténébreuse de Ventus. Celui-ci se détourna de la fenêtre lorsqu'il l'entendit arriver.

« Que se pass- Oh, c'est toi. »

Son expression se ferma. Pas vraiment une expression de haine, ni de méfiance, mais plutôt une espèce d'antipathie non masquée. Aqua ressentait la même chose à son égard. S'il y avait une chose sur laquelle ils s'entendaient, c'était bien le fait de ne pas s'entendre.

« Des ennemis nous attaquent, résuma-t-elle afin de perdre le moins de temps possible.

-Quel genre d'ennemis ? renifla Vanitas. Ça sent la Lumière. Etrange... »

Ils n'avaient pas le temps pour cela.

« C'est compliqué, mais oui, ils appartiennent à la Lumière. Efface-moi ce sourire.

-Si tu en venais au fait, hum ? » répliqua l'autre sans lui obéir.

Aqua inspira à fond. Plus ils perdaient de secondes, plus leurs assaillants pourraient prendre l'avantage. Elle songea à Sora qui fuyait avec la Pierre. À Naminé qui ne savait pas se battre.

Elle défia Vanitas du regard.

« Tu te sens apte à te battre à nos côtés ?

-Où est la Pierre ? »

Le fait que ce soit la première chose à laquelle il pense ne rassura pas Aqua.

« Loin. Je l'espère.

-Ça devrait aller, alors. »

Il faudrait qu'elle se contente de cela.

« Donne-moi ton poignet » ordonna-t-elle.

Sceller le pouvoir d'une Keyblade... Elle ne savait pas cela possible avant d'essayer, à vrai dire. Il avait fallu trouver une solution d'urgence pour garder Vanitas enfermé, sans qu'il ne puisse utiliser son pouvoir pour ouvrir la serrure qui le retenait.

Il tendit le bras, sans cesser de la regarder avec ces yeux d'animal méfiant. Elle le saisit et se concentra pour effacer le sceau qu'elle avait elle-même mis en place, provoquant un rayonnement lumineux à l'endroit où elle le toucha. Lorsqu'elle le sentit disparaître, elle le lâcha et hocha la tête vers Vanitas qui, étonnamment, lui rendit son geste.

Ensemble, ils se hâtèrent vers le champs de bataille. Aqua espérait qu'il ne le lui ferait pas regretter.

Cible repérée. Elle le reconnut à partir de la description que Lumaria lui avait donné à la Citadelle, et aussi parce qu'il semblait... Familier. Pas de souvenirs détectés, pourtant. Pas le temps d'en chercher.

Elle se précipita vers le garçon, laissant là son adversaire, qui ne la poursuivit pas tout de suite, trop surpris pour réagir. Il aurait pu l'attaquer dans le dos, se rendit-elle compte. Bah, elle n'avait pas été conçue pour rester en vie, mais pour exécuter les ordres, de toute façon.

La cible, l'abomination, comme disait Lumaria, se dirigea vers Mélodie, les yeux plissés, puis s'arrêta à quelques mètres du combat qu'elle menait avec une Porteuse de Keyblade.

Vanitas avait repéré la source de Lumière, et rien que de la regarder lui faisait mal aux yeux. Elle se battait contre Kairi, qui semblait peiner à lui infliger ne serait-ce qu'une égratignure. Aqua accourut la rejoindre. Lumières contre Lumière ? S'il avait su qu'il assisterait à ça un jour... Mais leur adversaire dégageait plus de puissance qu'elles.

« C'est quoi ce truc ? souffla Vanitas. Eh, la moche ! »

Il espérait qu'Aqua ou Kairi profiterait de la distraction. L'expression de haine et de dégoût qui se dégagea de l'interpellée lorsqu'elle le remarqua lui procura une certaine satisfaction. Il était trop loin pour le dire, mais il lui semblait qu'elle eut du mal à desserrer les dents pour cracher :

« Tu oses ! »

Elle fit un mouvement, comme pour l'attaquer, mais soudain sa hallebarde lumineuse se tourna vers Aqua, qui esquiva de justesse. Kairi repartit à l'assaut et fut stoppée elle aussi, sans que son ennemie ne lui accorde un regard.

Concentré sur le combat devant ses yeux, Vanitas eut tout juste le temps d'entendre quelque chose siffler à son oreille, et de repousser avec force la petit forme sombre qui s'était précipité sur lui. Trop lente.

La fille heurta le sol avec une faible plainte et se releva presque aussitôt. Lorsqu'elle leva le menton vers Vanitas, elle le fixa avec des yeux vides.

Et elle ressemblait à Kairi. Décidément, cette journée devenait bizarre.

« Tss... Et toi, t'es quoi, encore ? »

Il avait vraiment loupé beaucoup de choses.

Rapide. Il était rapide et difficile à toucher, mais la marionnette pouvait l'avoir à l'usure. Elle ne cesserait pas de bouger avant d'avoir accompli la volonté de ses créateurs, quand bien même ses muscles hurleraient au supplice. Elle avait une mission à remplir.

« Toujours trop lente ! »

Douleur indicible entre les épaules, respiration bloquée. Genoux qui flanche. Épée projetée, loin, loin, loin avec un cliquetis métallique. Non, non ! Un pied asséné dans son dos lui mit le nez dans la poussière. Elle tenta tant bien que mal de se relever, mais son adversaire y mettait tout son poids.

« Aucun instinct de survie, commenta sa cible. C'est pour ça que tu as perdu. »

Il relâcha la pression sur son dos, et Xion comprit vite pourquoi. Il ne pense pas que je puisse me relever. Et elle ne le pensait pas non plus. Alors, elle venait d'échouer ? Ce constat n'éveilla aucune émotion, à part l'étonnement provoqué par cette simple pensée. Elle n'était pas sensée en éprouver, de toute façon.

« Je ne sais pas ce que tu es, commenta la cible, mais clairement, tu n'es pas de notre côté. »

Elle devina qu'il brandissait sa Keyblade pour l'achever. Elle entendit le sifflement dans l'air que cela provoqua. Et puis.

« Xion ! »

Le cri lui déchira le cœur en un éclair. Roxas. Roxas l'appelait, Roxas se souvenait d'elle.

Roxas ne voulait pas qu'elle meure.

Tout son corps roula sur le côté juste avant l'impact. La Keyblade se ficha dans le sol, lourdement. Elle entendit le garçon jurer entre dans ses dents. Loin, la fixant, il y avait deux yeux bleus affolés, confus, tout comme elle. Son cœur battait fort dans sa poitrine. Elle avait un cœur ? Elle connaissait ce garçon ?

La lame s'abattit une seconde fois devant ses yeux. Réflexe idiot, elle se protégea de ses paumes ouvertes, serrant les paupières en attendant la fin.

Des images.

Le garçon blond. Coucher de soleil et cheveux rouges et goût salé et rires.

Un crissement.

Quelque chose alourdissait ses mains.

Elle rouvrit les paupières. Son adversaire haussait un sourcil.

Dans les paumes ouvertes de la marionnette évenait d'apparaître une arme translucide. Une épée de glace cristallisée, froide contre ses doigts. Non, pas de la glace... La lame reflétait son propre regard étonné, bleu intense, surmonté de sourcils arqués, noirs, fins. Il lui semblait que c'était la première fois qu'elle se voyait réellement.

L'épée avait stoppé la Keyblade de son adversaire, qui, trop surpris, ne poussait plus dans sa direction. Lentement, la marionnette baissa l'épée, les bras tremblant, épuisée.

J'ai une mission, répéta-t-elle dans un coin de sa tête. Je ne peux pas... Mission, mission, mission, mission. Les ordres... Les mots glissaient sur son esprit comme le murmure du vent, sans faire sens.

Son ennemi – sa mission – recula, se remit en position de défense, soupira.

« Bon, je suppose que je vais éviter de te tuer tout de suite. Je n'aime pas quand quelque chose dépasse ma compréhension. »

Roxas ne savait pas d'où lui venait ce cri. Il avait eu la certitude qu'elle allait y passer, et il avait eu peur, tellement peur, qu'il en avait oublié sa propre vie, et le combat qu'il menait.

Il bondit pour éviter un fil de kunaïs acérés. Il s'en était fallu de peu. Arlène poussa un rire qui ressemblait à un cri d'animal.

« Tu penses toujours que tu es du bon côté de la bataille, traître ? lui lança-t-elle.

-C'est toi qui ne réalises pas ce que Mélodie compte faire ! » répliqua le Simili en campant sur ses pieds, Keyblades au clair.

Son sourire malicieux toujours fixé sur le visage, son ennemie tenta un nouvel assaut de ses fils imprégnés de courant électrique. Roxas l'avait déjà vu s'entraîner, et il s'était fait la réflexion qu'il n'aimerait pas se trouver à la place des mannequins d'exercice. Ironique.

Il fallait qu'il évite à tout prix de se faire toucher.

« Imbécile ! » s'exclama Arlène en bondissant.

En un instant, elle fut tout près de lui. Quoi ? Il ne s'était pas attendu à ce qu'elle s'approche autant, vu son style de combat à distance ! Bientôt, elle fut suffisamment près pour lui murmurer au creux de l'oreille :

« Le meilleur camp, c'est celui qui gagne à la fin. »

Il s'écarta prestement, évitant la dague qu'elle comptait lui asséner dans le ventre. En plein saut, il senti un élancement dans sa jambe le ramener nez contre le sol. Il baissa les yeux, confus. Un fil serti de kunaïs s'enroulait autour de sa botte comme une chose vivante.

Arlène riait. Roxas lui envoya un regard noir.

« Gagner envers et contre tout, hein ? cracha-t-il. A quel prix ?

-Tss... De beaux discours, et pourtant, tu perds à la fin. Quel gamin. »

Le fil se tendit d'un coup, se mit à vibrer, mais le cuir de la botte empêchait le courant de passer. Roxas se débattit comme il put, abattant Souvenir Perdu sur le lien qui l'enserrait, en vain. Et Arlène se rapprochait.

Il fallait qu'il gagne du temps. Levant la tête, il la dévisagea à travers les mèches qui lui tombaient sur le visage.

« Faut vraiment se sentir misérable, pour faire passer ses propres intérêts avant l'avenir des Mondes, tu crois pas ? ironisa-t-il avec un pauvre sourire. Je t'envie pas du tout. »

Il comprenait, cela dit. Quelques jours plus tôt, il se sentait encore prêt à tout pour ramener Axel. Il avait fallu qu'il retrouve Naminé pour se rendre compte de ce qu'il faisait. Et qu'est-ce qu'Axel en penserait, hein ? Lui, il avait enlevé Kairi pour parvenir à ses fins, mais avait renoncé au bout du compte. Il avait compris la même chose que Roxas comprenait à présent.

L'acharnement entraînait davantage de souffrance. Ça n'en valait pas la peine.

Le second fil le fouetta à la gorge, s'enroula autour de celle-ci, puis la douleur de l'impulsion électrique l'aveugla. Il voulut crier, mais il ne sut jamais si quelque chose était bel et bien sorti de ses poumons. Il eut l'impression d'émettre un gargouillis étranglé.

Puis sa bouche aspira autant d'air qu'elle le put. Son crâne bourdonnait, et la seule sensation qu'il ressentait était un fourmillement le long de sa gorge.

Arlène n'était plus qu'un masque de colère penché sur lui. Elle s'agenouilla à califourchon sur ses genoux, lui asséna une gifle qu'il sentit à peine. Et puis les coups plurent et il ne put rien pour les éviter. Ah, mis hors jeu aussi vite... Son ego le tiraillait un peu. C'était pathétique, une bête erreur de débutant. En tâche de fond, il entendait Arlène beugler.

« Connard ! Ferme-la ! Tu ne sais rien ! Est-ce que tu sais ce que ça fait, hein ? De se réveiller après tout ce temps ! D'être accueillie dans l'indifférence totale ! De voir tes anciens camarades te tourner le dos ! Tu ne sais rien ! Tu n'es qu'un Simili, rien du tout ! T'es voué à disparaître, alors, tu sais quoi ? Disparais ! »

Il aperçut brièvement l'éclat d'une lame et il sut que c'était la fin. Pas plus mal. Il espérait que Sora et Xion n'en souffriraient pas...

Xion. Elle se tenait devant lui, tout à coup.

Xion ?

Elle avait tourné la tête une seconde. Elle avait tourné la tête et elle avait vu le garçon blond étalé par terre, et la dague d'Arlène, et la rage et la peur. Son corps avait bougé tout seul, sans qu'on lui ait donné d'ordre. Arlène lui jeta un regard mauvais.

« Le pantin s'est encore brisé, hm ? Ca ne m'étonne pas ! »

Derrière elle, Xion entendait Roxas se relever péniblement. Les bruits de batailles faisaient rage tout autour d'eux. Son adversaire précédant ne la suivait pas. Arlène recula, prête à en découdre. Les tempes de Xion battaient douloureusement. Elle serrait son épée dans sa paume. Des souvenirs cristallisés.

Et

elle

se

rappela.

Avec un clic de serrure qui s'ouvre, sans douleur, aussi facilement que l'eau s'écoule dans un fleuve, elle se souvint de tout.

Onze silhouettes en manteau l'encerclaient. Seul Xehanort, dans sa version jeune, ne masquait pas son visage. Pourtant, il connaissait tous les autres. Leur ancien nom, leur visage. Il savait.

« J'espère que tu n'es pas vexé, fit gentiment Xehanort, mais notre dernière recrue est encore trop instable pour venir t'accueillir. Ce fut plus simple avec lui. Il ne demandait que ça, de m'abandonner sa conscience. C'est sans souffrance, tu sais ? »

Sora hocha la tête. Sora ? Non, ce nom lui paraissait... étranger. Il le rejeta. Xehanort ou lui-même s'avança. Il ne savait plus. C'était la même chose. La même personne.

« Allez, il est temps de dormir... »

De fortes Ténèbres à la lisière de ce monde. Mélodie serra les dents. Elle ne les avait pas repérées plus tôt,à cause de la puanteur de l'autre abomination !

La Pierre de Lune risquait de leur échapper. D'un virevoltement de sa hallebarde, elle mit à terre ses trois adversaires. Lumaria affrontait le Porteur aux cheveux rouges, et elle s'agaça qu'il n'eut pas encore gagné. Arlène se battait contre la marionnette, échappée à leur contrôle.

Elle était décidément entourée d'incapables...

Cela suffisait.

Une Lumière aveuglante se répandit sur le Monde, faisant cesser les combats aussitôt. Mélodie se trouvait dans le ciel, et Xion peina à la regarder. Ses longs cheveux flottaient comme des fils d'or derrière elle. Lorsqu'elle parla, ce fut d'une voix forte, et pourtant douce.

« Porteurs, il est temps de mettre un terme à tout ceci ! Cette bataille ne profite à personne. Je vais vous laisser le temps de réfléchir et de vous repentir de vos actes. Si vous ne vous décidez pas à rejoindre ma cause... Eh bien, ma foi, nous nous affronterons, si c'est cela que vous désirez. Je vous laisse un délai de réflexion. Quant à toi, Xion, il me semble que Lumaria t'as fait une promesse. »

Le cœur de Xion tomba dans sa poitrine. Quoi ? Elle baissa les yeux, et Lumaria se tenait près d'elle, plus près qu'elle ne le pensait, avec un sourire doux et malsain. Il expliqua.

« Je t'ai promis de réaliser ton souhait, il y a quelques mois. Tu nous as aidé, même si ton soutien fut... Eh bien, relativement court. Mais je ne suis pas ingrat, et une promesse est une promesse. Mélodie va exaucer ton vœu. »

Il y eut une lueur plus forte, qui les poussa à fermer les yeux. Elle entendit quelqu'un hurler.

Quelques secondes plus tard, des points dansaient encore devant ses yeux, lui donnaient le tournis. Le silence régnait.

Ils étaient partis. Mélodie, Lumaria, Arlène, envolés.

« Xion ? »

Roxas s'avançait vers elle, les yeux écarquillés.

« Je suis désolée, débita-t-elle en baissant les yeux. Ce n'était pas moi, je... Even m'a reprogrammée pour que j'obéisse à leurs ordres. Je ne me rappelais de rien, et...

-Xion ! »

Et soudain elle se retrouva les fesses par terre, avec Roxas dans ses bras, qui la serrait à lui en faire mal, et elle sentait son cœur battre tout fort contre elle. Sans comprendre, elle lui rendit son étreinte, pour le temps que cela dura. A un moment, elle sentit des larmes contre son cou, puis un rire.

« Xion, je me souviens !

-Quoi ?

-Je suis tellement désolé, si tu savais ! Je suis désolé, Xion ! Pour tout !

-Roxas... »

Pourquoi s'excusait-il ? Rien de ce qui s'était passé n'était sa faute. Elle se contenta de passer une main affectueuse dans son dos. Il se souvenait. Vraiment. Pour. De. Vrai ? Pour peu, elle en aurait pleuré aussi.

Une main se posa sur son épaule, et Riku lui souriait également. Il ressemble à Néo, songea Xion.

« Je te dois des excuses aussi, déclara-t-il. Pour ne pas t'avoir crû et pour... pour avant. »

Elle allait répondre que personne n'avait à s'excuser de quoi ce soit, lorsqu'un soupir agacé résonna.

« Vous auriez pu me prévenir, qu'elle n'était pas une ennemie ! J'ai failli la tuer, vous savez ? Si personne me dit rien... »

C'était le garçon de tout à l'heure, celui que Mélodie lui avait ordonné de supprimer. A présent, elle comprenait pourquoi il lui avait paru si familier !

« Où est Sora ? questionna-t-elle. Il va être tellement content... Plus que moi, peut-être. »

Roxas s'écarta d'elle, et elle vit, elle comprit à son expression un peu étonnée, désinvolte, et elle sut ce qu'il allait dire. Parce que c'était ça, que Lumaria lui avait promis.

« Qui est Sora ? »

Oh.

Oh non.

Le Monde vacilla sous elle.


Je n'ai qu'une chose à dire : "oups".

N'hésitez pas à commenter, les enfants ! Des bisous !