Chapitre 35 : Devant les gargouilles

Mentha Sithya marchait dans les couloirs en direction de la salle des professeurs. Cela faisait une semaine qu'elle était revenue mais elle n'avait pas encore échangé un seul mot avec Severus. Aux repas, Hagrid lui parlait tout le temps, ce qui fait qu'elle ne savait pas parler avec son collègue maître des potions. De plus, le reste du temps, il semblait l'éviter. Ce qui peinait la jeune femme plus que ce qu'elle aurait pu imaginer.

- Moi qui croyais qu'on était amis ! dit-elle à voix haute. On dirait que je me suis fait de bien belles idées… Pas un seul mot depuis une semaine !

Elle était arrivée devant la porte de la salle des professeurs qui était encadrée par deux gargouilles de pierre.

- Alors ? On parle toute seule ? fit l'une des gargouilles d'une voix aiguë.

- Ça m'arrive, oui, dit le professeur Sithya d'un ton absent.

- Il paraît que c'est le premier signe de folie, fit l'autre gargouille.

- Voyez-vous ça… et que dirais-tu si la folle t'obligeait à chanter des comptines, parée de pompons roses pour le reste de ton immortelle vie ?

Les gargouilles ne répondirent pas.

- Vous n'entrez pas ? demanda quand même la première gargouille d'une voix narquoise. C'est que vous risquez de prendre racine en restant plantée là…

- Le professeur Rogue est-il à l'intérieur ?

- Il ne saurait pas être à l'intérieur… fit l'une.

- … puisque le voilà qui arrive, acheva l'autre.

Mentha tourna la tête et vit son collègue approcher.

- Severus, appela-t-elle.

Celui-ci sursauta légèrement, comme s'il n'avait pas remarqué qu'il y avait quelqu'un dans le couloir. Il s'arrêta.

- Mentha…

Elle s'approcha de lui.

- J'ai quelque chose à vous demander, dit-elle. Mais j'ai l'impression que vous me fuyez…

- Et pourquoi vous fuirais-je ?

- C'est justement ce que je vous demande !

- Je suis très occupé en ce moment, répondit le maître des potions. Aussi, ne croyez pas que je vous fuie. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, Mentha, mais j'ai quelque chose d'important à terminer.

« Non, je ne vous en excuse pas ! » pensa amèrement Mentha.

Mais elle ne dit rien et il passa à côté d'elle sans qu'elle ne fasse le moindre geste.

- Au fait, Mentha… fit Rogue.

- Oui ? fit Mentha en se retournant.

- Je suis content que vous soyez revenue aussi tôt. J'avais cru comprendre que vous ne reviendrez pas avant deux semaines… ou peut-être ai-je mal compris Dolores…

Mentha pâlit et eut l'expression de quelqu'un qui vient de recevoir quelque chose en plein visage.

- Vous… vous n'avez pas reçu ma lettre ? bafoua-t-elle.

- Votre lettre ? fit Rogue, surpris. Non, désolé, je n'ai reçu aucune lettre. Pourquoi ? c'était important ?

Mentha reprit contenance et sourit tristement.

- Non… aucune importance, Severus, dit-elle en secouant doucement la tête, faisant voler ses boucles brunes.

Sa voix était étrange…

- Très bien. Dans ce cas, à plus tard, Mentha.

Il tourna les talons et partit sans un regard en arrière.

« Je suis désolé, Mentha, songea-t-il. Mais ça vaut mieux comme ça… Pour vous et pour moi… »

Devant les gargouilles, Mentha regarda partir Severus, le cœur battant. Son expression était celle de la déception et de la fatalité.

- J'aurais dû m'en douter… murmura-t-elle. J'ai vraiment jamais de chance…

- C'est ce qui arrive quand on tombe amoureuse… fit une gargouille.

- Mêle-toi de tes affaires, tu veux ! siffla Mentha. Et puis, je ne suis pas amoureuse !

- C'est ce qu'on dit, c'est ce qu'on dit…

- Une souris verte, qui courait dans l'herbe… fit Mentha en lançant un regard menaçant à la gargouille.

La gargouille se tut. Mentha regardait toujours dans la direction empruntée par Rogue, bien que celui-ci eût disparu.

Soudain, la jeune femme sursauta et poussa un petit cri : quelqu'un venait de poser une main sur son épaule. Mentha se retourna et vit Sibylle Trelawney.

- Ah ! C'est vous, Sibylle… fit Mentha, soulagée. Vous m'avez fait une de ces peurs…

Mentha remarqua alors l'expression bizarre du professeur de Divination : ses yeux roulaient dans leurs orbites. On aurait dit qu'elle avait une crise de on ne sait quoi.

- Sibylle ? fit Mentha, légèrement paniquée. Vous vous sentez bien ?

Lorsque Sibylle Trelawney parla, ce fut d'une voix dure, que Mentha ne lui avait jamais entendue. Une voix si différente que celle qu'on lui connaissait.

- Deux âmes… deux cœurs vont se rencontrer. L'un d'eux, certains le nomment le démon déguisé, l'autre est un ange de bonté… L'un, son père l'a fait souffrir, l'autre a vu ses parents mourir. Ils se sont rencontrés lors d'une nuit étrange, lui, l'homme au bras marqué et aux sentiments qui se mélangent et elle, l'enfant au cœur déchiré et au visage d'ange. Bien des années plus tard, les voilà réunis. Bien des années plus tard, les voilà devenus amis. Lorsque le démon avouera ses erreurs, l'ange ne pardonnera pas facilement. Car il a semé la terreur et la douleur, il y a longtemps en tuant des gens. Mais l'ange, créature de bonté, finira par pardonner, car elle se souviendra des confidences à mi-mots, que le démon lui avait faites lors de cette nuit de sanglots. Ensemble, ils combattront le mal… n'écoutant que leur cœur… Lors du combat… final, ils… ne feront… aucune erreur…

La tête du professeur Trelawney retomba sur sa poitrine. Elle poussa ensuite un léger grognement et redressa la tête. Ses yeux étaient redevenus tout à fait normaux et c'était comme si rien ne s'était passé… enfin, pour elle…

Mentha regardait Sibylle, les sourcils légèrement froncés.

- Oh ! Bonjour, Mentha, fit Trelawney en redressant ses lunettes.

- Vous vous sentez bien ? demanda Mentha.

- Bien sûr, pourquoi ?

- Vous venez de me dire des… des choses étranges… expliqua Mentha.

- Mais enfin, je ne vous ai rien dit ! Voilà que je vous rencontre.

- Vous ne vous souvenez pas ?

Sibylla regarda Mentha, lui prit la main et la tapota doucement.

- Vous êtes sûre que vous allez bien, Mentha ? Car, ce matin, j'ai vu dans la Sphère que des troubles s'empareraient de vous.

- Des troubles ? répéta Mentha, surprise. Qui s'empareraient de moi ? C'est ridicule !

« Ce qui est ridicule, songea Mentha, c'est qu'elle parle de mes troubles alors qu'elle vient de me débiter une histoire d'anges et de démons en roulant des yeux !!! »

- Ne vous en faites pas, professeur Trelawney, dit une gargouille. Ce n'est pas grave. Le professeur Sithya vient de subir une déception amoureuse.

- Vraiment ? demanda vivement Trelawney à la gargouille, visiblement très intéressée.

Mentha fusilla la gargouille du regard.

- Je l'attrape par la queue, je la montre à ses messieurs…

Une fois de plus, les gargouilles furent réduites au silence.

- Je m'en doutais, ma chère Mentha, lui dit le professeur de Divination.

- Et de quoi vous doutiez-vous ? demanda Mentha en levant les sourcils.

- Que vous auriez une peine de cœur.

- Voyez-vous ça, dit Mentha avec un sourire narquois. Il me semblait pourtant vous avoir entendu dire que je serai amoureuse et serai aimée en retour. N'est-ce pas ce que vous m'avez dit lorsque vous m'avez lu les cartes ? Et maintenant, j'ai des peines de cœur… Vous vous contredisez…

Les joues du professeur Trelawney rosirent légèrement.

- L'un n'empêche pas l'autre ! fit-elle avant de tourner les talons et de partir sans un regard en arrière.

Lorsque Sibylle disparut, Mentha soupira.

- Ce n'est vraiment pas mon jour, on dirait… murmura-t-elle.

- Pensez-vous qu'elle vous ait fait une vraie prédiction ? demanda l'un des gargouille insolente.

- Je crois bien que oui… à moins, bien sûr, qu'elle ne se soit moquée de moi…

- Elle parlait de vous… continua la gargouille. Vous êtes sûrement l'ange dont elle parlait… sauf si vous êtes un démon déguisé…

La gargouille dévisagea la jeune femme d'un regard suspicieux tandis que cette dernière levait les yeux au ciel avec un soupir d'exaspération.

- J'opterai plutôt pour le démon déguisé, fit la deuxième gargouille.

- Ah… Et pourquoi ça ? interrogea Mentha.

- Parce qu'il faudrait vraiment être aveugle ou fou pour vous prendre pour un ange !

°o0o°

Dans la salle des professeurs, McGonagall, Runick et Vector (le professeur d'Arithmancie) étaient tranquillement occupés à leurs affaires quand ils entendirent un drôle de bruit venant de devant la salle des professeurs.

- Qu'est-ce que c'est ? fit McGonagall.

Les trois professeurs se jetèrent un regard, puis ils se levèrent et se dirigèrent vers la porte. Ils eurent une belle surprise en ouvrant la porte : les deux gargouilles, parées de pompons et de fleurs roses, chantaient, l'une d'une voix caverneuse, l'autre d'une voix suraiguë. Elles chantaient à l'unisson et c'était un véritable supplice pour les oreilles :

- … m'en allant promener, j'ai trouvé l'eau si belle que je m'y suis baigné…

- Qui a bien pu faire cela ? interrogea Vector. Un élève ?

- Sans aucun doute ! fit Runick. Vous voyez un professeur en train d'ensorceler une gargouille ? C'est puérile.

- Alors, ça doit être un élève très doué pour avoir réussi à ensorceler ces vieilles gargouilles !

- En tout cas, il n'y a personne dans les environs…

En effet, le couloir était désert…

-… il y a longtemps que je t'aime, jamais je ne t'oublierai…

°o0o°

Dans les cachots, Severus Rogue regardait au fond d'une bassine de pierre. L'image qu'il voyait semblait le subjuguer. C'était l'image d'une jeune fille d'environ 16-17 ans qui souriait. Elle était très belle.

- Aria… soupira-t-il.

Il mit alors sa baguette à sa tempe, l'éloigna un peu et mit un filament argenté dans la Pensine.

L'image de l'adolescente fut remplacée par celle d'une jeune femme au regard triste et à l'expression douloureuse. On aurait dit qu'elle venait de recevoir un coup mortel au moment où elle s'y attendait le moins.

- Je suis désolé, Mentha… Mais ça vaut mieux comme cela. Vous êtes un ange… moi un démon… L'ange et le démon de deviennent pas amis, c'est contre nature… l'Auror et le Mangemort… C'est comme le jour et la nuit… Oui, c'est mieux comme cela… pour vous… et pour moi…