Musique du chapitre (identifiant de vidéo Youtube) : Far over the Misty Moutains cold P8ymgFyzbDo
Indochine - Alice & June Dnzs-ri0WK8
Chapitre 36
Sans thé
09 juillet
Cette nuit, on a dormi dans des lits fait par les animaux de Beorn dans l'étable. Ni lui, ni Gandalf ne sont encore rentré depuis hier.
Le petit-déjeuner vient de se finir et je m'étire devant la maison. J'adore profiter de l'air et du soleil du matin, ça fait du bien.
C'est le moment que Sérénade choisit pour hennir.
" J'arrive ! " je lui crie avant d'expliquer aux nains à portée de main " Sérénade m'appelle, à plus dans l'bus ! " et de filer jambe à mon cou voir la jument, elle s'est un peu éloignée du troupeau et des vaches.
En arrivant près d'elle, elle ronfle et je lui caresse le nez.
" Alors, quoi de prévu pour la journée poutoute ? " je lui demande en frottant mon front contre son encolure.
" Elle voudrait te présenter en bonne et due forme aux autres. Il parait que tu voulais savoir le nom de tout le monde " je me tourne en sursautant vers la voix de Beorn. J'avais pas fait attention qu'il était là, en fait. Il doit être rentré depuis peu.
" Han, ça serait rudement chouette si vous pouviez me présenter ! " je pépie. Il rigole et me met à cheval sur Sérénade.
On se rapproche du troupeau. J'aperçois ma copine vache. " Coucou Grâce ! " je la salue, toute contente de pouvoir montrer que je connais son nom. Celle-ci me meugle dessus également contente.
" Nous avons donc " commence le changeforme " Noria, Élixir et Sonate " Ça ce sont les trois autres vaches " Epson, Isis, Incas, Nuage, Danseur, Satin, Câline, Bulle, Belle, Rebelle," là j'ai dû étouffer un rire " Légende, Idylle et Osiris.
- Enchantée tout le monde ! J'vais tâcher de retenir vos noms à tous ! " je salue toute contente. Beorn a l'air aussi ravi que moi et je lui lance un énorme sourire.
Avant de discuter quelques instants avec le troupeau. J'adorerais avoir les sous-titres en Arda, tout le monde semble parler un dialecte que je comprends pas. Les chevaux ont l'air très à l'aise avec l'énorme homme ours. Cela me fait sourire.
" Sérénade se demandait si tu voulais aller te baigner entre filles. " je penche la tête sur le côté " je pense que pendant votre voyage tu as dû avoir peu de temps pour toi seule. "
Han. L'idée de me baigner, de me laver et d'être un peu nue me tente beaucoup, surtout si je suis sûre de pas pouvoir être dérangée et de pas avoir de commentaire comme quoi c'est pas respectable et patati et patata.
" Ça serait géniale ! Mais … les orcs ?
- Tu resteras sur mon domaine et s'il y a un souci, mes enfants courent très vite. Tu ne risques rien.
- Merci Papa Ours ! " je remercie pendant que Sérénade s'éloigne déjà au galop, une partie du troupeau suit ravie de m'emmener je ne sais où. Beorn est en train de rire à pleins poumons derrière.
Une fois descendue de Sérénade sur les rives d'une rivière, je regarde quels chevaux sont avec moi.
" Donc, si je me plante pas, nous avons ici Sérénade, Satin, Isis, Caline, Bulle, Belle, Rebelle, Légende et Idylle, c'est ça ? " je tente de reconnaître. Comment j'ai pu retenir les noms et marquages associés, aucune idée, mais Sérénade est ravie d'hocher positivement la tête.
Je regarde derrière elle, d'ici on voit à peine la maison, on est caché par des ruches et des arbres. Je suis certaine qu'on nous voit pas sans nous chercher expressément.
Les juments sont déjà en train de s'enfoncer dans l'eau d'une rivière qui leur arrive au genou. Je me déshabille en vitesse et balance mes vêtements au sol. L'air est frisquet, je frisonne.
" J'arrive ! " je crie pratiquement en fonçant dans l'eau, envoyant valser de l'eau de partout. Une des juments (Isis, je crois) tape alors fortement de l'antérieur dans l'eau et je me retrouve trempée et hurlante de rire. C'est frais, mais pas glacé. Du plat de la main je lui envoie de l'eau sur elle, elle rue, une autre jument m'envoie de l'eau. Ça part très rapidement dans une bataille d'eau hors de proportion.
Le pire ? J'ai même pas peur de jouer avec neuf juments en liberté.
Je crois qu'en arrivant dans la Terre du Milieu j'ai perdu tout sens des responsabilités.
On récapitule : je suis au tiers de la quête du Hobbit, j'ai survécu un film entier (plus que deux), j'ai appris à me battre (enfin, j'ai les bases quoi), j'ai perdu mon carnet qui m'aidait à garder en tête des images de mon monde d'origine. Je dois parler à personne de ce que je sais, mais j'ai déjà frôlé le sujet avec Gandalf et Nori. Rajoutons à ça que si je sais grosso-modo pourquoi j'ai débarqué ici, je sais pas fondamentalement pourquoi. Le cheminement logique serait de se dire que je suis venue changer l'histoire. Quelle partie ? Thorïn et le mal du dragon ? La mort de la lignée de Durïn. Au vu de son importance, ça doit être ça. Sauf que j'ai atterie chez Bilbo et ce, bien avant la quête. Donc peut-être que c'est Bilbo que je dois sauver. Sauver de quoi ? De l'anneau ?
Sans doute. Comment ? Je ne suis pas attiré par le bijou pour le moment, mais je ne suis qu'humaine, donc je serais attirée par lui si je le vois, est-ce que je pourrais garder mon discernement et être vraiment utile ? Après tout, j'ai le corps d'un hobbit, peut-être que moi aussi il ne m'influencera que peu. En parler à Bilbo, donc ? Ça serait plus logique d'en parler à Gandalf. Sauf qu'on en a besoin plusieurs fois pendant la quête. Donc peut-être garder ça secret du magicien pour le moment, histoire d'être sûr qu'on le garde pour le moment. De toute façon, j'aurais toujours le temps d'attraper Bilbo au calme un jour et lui en parler. Oui, c'est une bonne idée. J'attends qu'on soit rien que tous les deux et je lui en parle. Après la quête.
Un hennissement venant de la maison de Beorn me fait relever la tête et interrompt mes pensées. Rebelle à mes côtés arrête de brouter et hennit en retour.
" Qu'est-ce qui se passe ? "
Je suis encore nue près de l'eau, allongé en éventail et sèche depuis longtemps, mais le soleil m'a gardé bien au chaud. Personne n'est venu me déranger et j'en ai bien profité pour être un peu seule avec mes pensées et ranger tout ça. J'ai fait une lessive rapide tantôt et on a bien joué avec les juments. Mais ça doit être l'heure de rentrer puisque Légende me tend ma culotte. Je ris à la vue de ça.
" Merci Légende. " et je me rhabille rapidement. En levant les yeux vers le ciel je vois qu'en effet il est suffisamment sombre pour qu'on puisse commencer à distinguer les étoiles.
Mince, j'ai loupé le repas de midi.
Mon corps de hobbit n'est toujours pas au point si je peux louper un de nos trois repas journaliers.
" J'espère que vous vous êtes aussi bien amusée que moi. Merci. " je remercie les juments. Sérénade me regarde avec intérêt pendant que j'essaye de grimper sur son dos sans succès. C'est pas simple, elle est bien plus grande que les poneys et Mûre à qui je me suis habituée. C'est finalement un coup de tête de Bulle qui m'a fait atterrir sur le dos de la jument. Je lui glisse un remerciement pendant que le troupeau reparte en trottant vers la maison de Beorn.
De retour devant la maison, les étalons sont là, hennissant à notre vue. Les moutons, vaches et autres animaux ont disparu. Sans doute déjà dans leur logement pour la nuit.
" On est de retour ! " je salue en retour.
" Alors, c'était agréable ? " me demande Bilbo en arrivant à côté de moi pour m'aider à descendre. Je l'ai pas vu arriver à nos côtés.
" J'me sens fraîche comme un gardon !
- Le repas est près et Beorn nous a préparé de l'hydromel. On s'inquiétait ...
- Trop gentil ! Faut pas. " je le rassure en le serrant rapidement contre moi.
J'avoue que j'ai pas du tout penser à les prévenir, je pensais que Beorn les préviendrait et s'il y avait le moindre souci un membre de la compagnie viendrait me chercher.
J'ai à peine le temps de franchir le seuil de la maison que je me fais soulever sans prévenir dans les bras du géant homme-ours, qui me pose sur son épaule comme si je pesais rien. Il me prend pour une poupée, je crois.
" Charlotte ! Alors, comment c'était ton après-midi ? Les nains ont eut peur de t'avoir perdue. Ils ne m'ont pas cru quand j'ai dit que tu étais en sûreté avec mes enfants. "
Toute la compagnie est en effet à table, devant nous.
" Heu. J'étais avec les juments de Beorn. On s'est baigné. Et j'me suis lavée ! " j'explique pendant que Beorn m'assoit sur une chaise (ça valait le coup de me porter). Faut vraiment que je perde cette habitude d'en faire qu'à ma tête … Enfin, je me dis ça à chaque fois et à chaque fois j'oublie. Bilbo est déjà assis à ma droite et Beorn s'installe à ma gauche. Les nains ont l'air rassuré pendant que j'extrapole sur ma journée et hoche la tête. J'entends Fíli demander " quand est-ce qu'on l'attache ? " et voit Dori, Balïn et Thorïn hocher la tête. Bilbo secoue négativement la tête en bougeant son nez comme un lapin. Je me contente de rire avec Gandalf et Nori à l'idée de ma personne attaché comme un bagage transporté par la compagnie.
" Je savais pas que les nains étaient dans le bondage. " je me moque. Heureusement pour moi, Beorn fait diversion en proposant que le dîner commence.
Sur la table, c'est un véritable banquet. Les nains sont rapides à ignorer notre hôte et se racontent des histoires d'or et de trésors. Ça intéresse fortement Bilbo visiblement puisqu'ils les coupent régulièrement pour poser des questions, mais moi j'écoute d'une oreille distraite.
Toute mon attention est portée sur un champignon fourré de fromage frais et d'herbes.
" C'est divinement bon. " je m'extasie dans un murmure après avoir avalé une nouvelle bouchée. Beorn en profite pour nous en redonner à Bilbo et moi. Visiblement, il nous fait le service et laisse les nains se débrouiller.
Ce qui est rigolo, c'est que bien que j'aie toujours adoré la bonne bouffe, c'est que depuis que je suis en Arda que j'ai découvert que la nourriture pouvait être aussi satisfaisante, d'un niveau d'alignement cosmique, je mange un truc agréable au palais et j'ai l'impression que l'univers tourne autour de moi et d'avoir trouvé ma destinée. Et ces champignons sont vraiment vraiment super méga bon.
" Ils sont toujours aussi excitée à parler de choses immobiles ? " demande Beorn en se penchant un peu vers moi. Je lève mon nez de mon assiette vers lui.
" Tout dépend de l'histoire des objets ou de leur valeur sentimentale. " je réponds en haussant les épaules. Généralement quand ils parlent trésor, je les compare à des pirates et j'écoute pas franchement. Je comprends l'intérêt qu'on peut avoir pour des objets d'héritages lointains et précieux, mais je suis pas très matérialiste en dehors de deux ou trois objets (on je devrais dire un, vu que j'ai plus que mon couteau).
" Et toi ? Quelles sont tes histoires préférées ? " me demande-t-il après un bâillement. Les nains l'intéressent pas et il a fini de manger. En fait, seul Bilbo et moi somme encore en train de nous remplir l'estomac.
" Le roi lion " je réponds sans réfléchir.
" Ça parle de quoi ? "
Si on m'avait dit qu'un jour je raconterais mon film préféré à un change-forme … Ceci dit, ça m'a fait du bien de partager des histoires de chez moi. Même si ma mémoire est pas spécialement la meilleure, ça m'occupe bien et je suis ravie de partager. Beorn avait l'air ravi d'avoir une histoire avec des animaux. J'ai jamais été la meilleure conteuse, mais Beorn est un bon public. Bilbo et Ori ont fini par s'intéresser à mon histoire, également. Les discussions du côté des nains ont été plus calme, je soupçonne qu'ils écoutaient aussi.
J'ai eut le droit à des applaudissements à la fin de mon histoire, même si j'ai précisé je ne sais combien de fois que je l'avais juste mémorisé vaguement et que j'étais même pas une bonne conteuse.
Ceci dit, même l'homme-ours finit par se lever.
" Merci pour l'histoire Charlotte. Je m'en vais vous laisser. Je compte bien profiter de la nuit pour inspecter les alentours.
- Fais attention à toi. "
Ce qui fait rire Beorn.
" Ne t'inquiète pas, je suis un grand ours et j'ai mes amis les animaux à mes côtés. " il m'ébouriffe rapidement le crâne et sans attendre que je réponde, il file par la porte qui claque après l'avoir passé. Rapide.
En même temps, il avait prévenu qu'il aimait pas spécialement les nains.
Je finis tranquillement mon verre d'hydromel. Les moutons sont déjà en train de débarrasser les assiettes vides des nains. Et Gandalf a encore disparu. Et c'est moi qu'on veut attacher ?
" J'ai cru qu'il partirait jamais. " se plaint Kíli. C'est pas très poli, notre hôte est super gentil et nous aide beaucoup. Sans lui on aurait le ventre vide et on repartirait sans aucun équipement. Je fais la moue, mais je garde mon avis pour moi. Tout le monde peut pas s'entendre avec tout le monde.
Je caresse rapidement la tête d'un mouton venu récupérer mon assiette pour me distraire du calme plat qui vient de tomber sur la compagnie. Sans doute un contre-coup d'avoir super bien mangé.
Soudain, Thorïn se lève très digne, sa pinte en l'air.
" J'aimerais porter un toast à notre compagnie. " commence-t-il " Je n'aurais pu demander mieux que vous tous : de la loyauté, de l'honneur, un cœur vaillant. Je n'en demandais pas moins. "
Il nous a même regardé droit dans les yeux Bilbo et moi pendant sa tirade. Je souris : depuis Carrock, Bilbo est enfin un membre à part entière de la compagnie !
" A la compagnie ! " je lance en levant ma pinte en l'air.
" Pour Érebor ! " lance Dwalïn en cœur avec Balïn !
Bientôt, on est tous en train de boire notre hydromel cul-sec. Je laisse retomber ma pinte contre la table avec fracas. Tout le monde me regarde pendant que je lâche un énorme rot. Ils ont des airs choqués.
" Oh, c'est bon, le mien était riquiqui par rapport à ceux que vous avez lâché chez Bilbo. " je râle en souriant. Ori lâche alors un monstre.
" Mon chat, tu caches un dragon dans ton estomac toi ! " je me moque. Tout le monde rit et finalement un concours de rot arrive. Bilbo me regarde, outré.
" Ils sont une mauvaise influence pour toi. " tente-t-il de me sermonner en secouant la tête, mais il sourit, alors j'y crois pas un instant.
La soirée continue. On boit, les nains chantent ou racontent des histoires. J'ai eut le droit de découvrir de nouveaux poèmes de batailles. Certains ce sont regroupés en familles, mais on reste tous autour de la table. Bilbo a trouvé je ne sais pas où des pommes qu'il mange en écoutant. J'ai beau savoir que c'est un hobbit et tout ça, son estomac sans fonds reste un mystère à mes yeux.
" Il quitta le monde et prit son vol
Au-dessus de l'océan de la nuit.
La lune mit à la voile sur la bonne brise
Et les étoiles furent emportées devant la lumière jaillissante. "
Finisse en cœur les nains, d'un énième couplet d'une énième chanson sur Érebor et Smaug. Vous devinerez jamais combien ils ont de chansons sur le sujet, car les nains sont de véritables emo quand il s'agit d'exprimer leur chagrin et leur nostalgie. En même temps, je crois que c'est un des évènements les plus marquants du troisième âge et la perte d'un des sept royaumes nains, après celle de la Moria, c'est pas rien, surtout qu'Érebor était la plus grande citée naine et qu'elle avait été découverte par la première incarnation de Durin. Moi j'ai arrêté de faire totalement attention aux paroles et préfère depuis longtemps me faire transporter dans des mondes de rêveries semi-conscients quand j'écoute mon petit concert grégorien rien qu'à moi.
Bofur me regarde d'un coup, un grand sourire aux lèvres. Il s'avance vers moi. Qu'est-ce qu'il veut ?
" Tu veux bien nous chanter une chanson de chez toi ?
- Heu, si vous chanter votre chanson parlant d'Érebor et de par-delà le mont brumeux j'sais pas quoi. " je marchande
" Vous entendez ça ? Madame Charlotte réclame " Par monts brumeux ! " "
J'ai déjà dit que c'est ma chanson préféré ? Bon, bah là aussi j'en ai le dos qui frissonne de joie. C'est magnifique. Et leur voix grave me fait vibrer. Bilbo est tout aussi captivé par leur performance.
" J'm'en lasserais jamais. " je finis par dire une fois qu'ils ont fini et que j'applaudis à tout rompre. Ils ont l'air un poil moins tristounet que la dernière fois qu'ils l'ont chanté à cul-de-sac, est-ce que c'est parce que je l'apprécie ? Ou alors, c'est parce qu'ils sont en chemin pour récupérer leur royaume ?
" À toi. " m'encourage Bofur.
" Vous voulez quoi ? "
S'en suit dans le désordre et pêle-mêle des demandes de chansons de bars et d'amour. Finalement, les voix de Bilbo et Nori s'élèvent pour dire que non, les chansons de bars me sont interdites vu mon vocabulaire. Leur réaction me fait rire. Ori hoche juste vigoureusement de la tête, j'entends pas ce qu'il dit. Dori a l'air horrifié ceci dit. Kíli et Fíli sont très intéressés par ce que raconte Ori, quoi que ce soit. Une chanson d'amour ? J'vais pas chanter " un jour mon prince viendra " j'connais littéralement que ce vers. Oh, tiens, le groupe préféré de ma mère, est-ce que je connais une chanson par cœur ?
Je pense, oui.
" J'en ai une qui vous plaira p'tet ! " je finis par dire. ça coupe court à toute discussion. Cette fois-ci je suis ravie que Bofur ne me fasse pas me lever sur la table. J'vais déjà être suffisamment le centre d'attention comme ça. Je ferme les yeux. Pas besoin de fredonner l'air ce coup-ci, le rythme est plus simple à suivre.
" Et un, deux, trois, Alice est née au pays des cauchemars
Je voudrais juste la rassurer
Et un, deux, trois, Alice est tombée dans un trou noir
Je pourrais peut être la sauver
Mais qu'est ce qu'on a fait de mal?
Je n'me rappelle de rien
Il y a beaucoup trop de monde autour de moi
Alice ne te retourne pas
Et un, deux, trois, Alice est née dans un endroit
Un endroit qu'il ne fallait pas
Et un, deux, trois, Alice au pays des étoiles
Il était une fois quelqu'un comme moi
Mais si tu me vois, je crois que tu grandiras
Et un, deux, trois, Jésus Christ est tellement mort pour rien
J'espère que tout ira bien
Mais c'est qu'ici il n'y a plus de place
Pour qu'elle puisse grandir d'avantage
Elle n'avait juste qu'un ennui
C'est de comprendre les jours de pluie
Mais je suis là "
Je rouvre mes yeux et souris. J'suis pas la meilleure chanteuse, surtout que je chante seule et a capella, contrairement aux nains qui chantent toujours à plusieurs et ont un truc avec leur pied et main pour produire de la musique avec n'importe quoi, mais j'suis contente de leur partager mon monde (fausses notes incluses dans ma prestation).
" Ça a déjà un peu plus de sens " commente Balïn. " Mais ça parle de quoi en fait ? " Demande Bilbo " C'est bizarrement tourné vos chansons " commente Thorïn.
" Grosso-modo, ça parle de la difficulté à grandir dans mon monde. " en tout cas, c'est ce pour quoi j'ai toujours pris la chanson. J'sais pas si c'est ça le sens initiale que voulais le groupe. Vu que ça parle d'Alice, ça parle p'tet de changement de monde. Ou de la difficulté à s'adapter.
En voyant ça comme ça, ça colle bien à ma situation en fait. Peut-être pour ça qu'inconsciemment j'y ai pensé.
" Grandir ? " demande Bilbo, toujours curieux. Je regarde Kíli, le plus jeune, puis Fíli et Ori. Puis je regarde leur famille, Thorïn, Nori, Dori et je pense à Dís, leur maman et aux parents d'Ori dont j'ai vaguement entendu parler. Les nains ont un esprit de famille très fort. Il y a qu'à voir les frères Bombur et Bofur avec leur cousin Bifur. Et toute la troupe qui a des liens de familles plus ou moins lointain et sont tous hyper soudé.
" C'est très chaotique d'où je viens. Chacun pour sois et que le meilleur gagne. C'est la loi du plus fort dès qu'on sait marcher. " j'hausse les épaules, comme si ça m'avait jamais atteints. Mais si, avant d'arriver en Terre du milieu, je vivais seule et ignorais la plupart de mes semblables. Pas ermite, mais pas loin. Je pensais que ça ne me faisait rien. Après tout, on ne peut pas manquer ce qu'on ne connaît pas, mais maintenant que j'ai Bilbo et les nains, je sais que jamais je ne pourrais revivre seule. Je n'arrive pas à déchiffrer les regards des nains et me ressers de l'hydromel pour m'occuper les mains.
" À quel âge tu as quitté ta famille déjà ? " demande Bilbo.
" 18 ans.
- Pour quoi si tôt ?
- J'avais l'âge pour. C'est l'âge où socialement on doit partir de chez nos parents.
- Et … ton père ?
- Jamais eut de père. "
À ça, je bois sciemment mon hydromel. J'aime pas parler de mon père. Kíli me regarde maintenant avec un air compatissant.
" Moi non plus j'ai pas connu mon père. " tente-il de me consoler. Je souffle. Le coup du compatissant. Je sais qu'il est mort peu avant sa naissance. Sa mère a été dévastée. C'est gentil de la part de Kíli de vouloir montrer que je suis pas seule dans mon cas, mais ...
" Mon père est pas mort. " je jette entre la poire et le fromage, j'ai envie de partir. La bonne humeur de tantôt a totalement disparu et tout le monde me regarde.
" S'il n'est pas mort … Et que tu n'as pas eut de père, que lui est-il arrivé ? Enlevé ? " demande Dori, cherchant à comprendre.
" Il a engrossé ma mère et est parti. " je réponds sobrement en regardant Bilbo qui a une grimace, sûrement une réaction à mon terme pas très polie pour signifier une grossesse, mais je préfère le regarder lui que les nains " J'l'ai jamais connu. " j'ajoute, avant de tourner le regard vers mon verre subitement très intéressant. La plupart des nains me jettent des regards peinés ou horrifiés je remarque du coin de l'œil. J'ai encore lâché une bombe. Eh. Va vraiment falloir que j'apprenne à réfléchir avant de dire des trucs.
" Comment ? Ton père a laissé ta mère seule avec un enfant en bas-âge ?
- Il est parti dès qu'elle a su qu'elle était enceinte. " je réponds à Dori qui est proprement scandalisé. " Ils n'ont jamais été mariés, il n'avait pas d'obligation au vu des mœurs de mon monde. " des protestations s'élèvent, je lève une main " J'l'ai dis, mon monde c'est pas un monde de bisounours. "
Jusque-là, les nains savaient que mon monde était particulièrement différent du leurs, mais je crois que là le choc des cultures vient de rentrer en collisions tel un train à pleine vitesse. Je regarde comme une personne externe à la scène Balïn et Dori s'offusquer que jamais un nain digne de ce nom ne songerait à faire ça (encore moins le ferait) et la plupart des autres nains disent des trucs dans un brouhaha où je distingue rien. Bilbo est le premier à réagir directement à ma personne en me serrant dans ses bras. Visiblement, en cours de route j'ai commencé à pleurer en silence. Pour quoi ? Je sais pas. Sans doute en réaction au fait que je viens de me rendre compte que ma nouvelle famille d'adoption que j'ai trouvé en la compagnie tient vraiment à moi, c'est pas qu'une image parce que je fais partie de la compagnie et que je me suis trouvé une famille d'adoption en arrivant ici. Si avant je pensais n'avoir que Bilbo, maintenant j'ai aussi les nains. Ils m'apprécient vraiment, même Thorïn et ceux comme Glóïn ou Óïn dont je ne suis pas spécialement proche. Le fait est que je me retrouve assise, Bilbo debout contre moi, ma tête dans ses bras. À pleurer de tristesse de joie de les avoir. Quelques instants plus tard, une autre personne arrive et nous prend tous les deux dans les bras.
" Même si je me doute que ton monde doit te manquer, je suis content que tu sois là. " c'est Bombur, je reconnais la voix. Je suis en train de pleurer à chaude larmes et je sens d'autres bras tenter de se mettre autour de nous. Je relève la tête. Ori, Dori, Bifur, Bofur, Glóïn et Kíli sont aussi là. J'me sens comme un teletubies en mode " gros câlin ".
" Si Bilbo est maintenant ton frère, laisse nous être ta famille. " propose Bofur avec un clin d'œil quand je me calme un peu.
" J'en serais ravie. " je réponds en souriant et m'essuyant les yeux.
" À la compagnie de Thorïn ! Une grande famille de joyeux lurons ! " s'exclame Bofur, resservant à tout le monde de l'hydromel avec l'aide de Nori pendant qu'on se rassoit tous.
Je m'attendais pratiquement à ce que Thorïn râle et refuse un truc du genre " c'est pas un nain mais un hobbit " mais même lui boit cul-sec avec nous. Après avoir reposé ma pinte (encore une fois trop brusquement), j'éclate de rire, j'ai les joues trempées, mais le cœur léger. Que demander de plus que des amis et une famille comme eux ? J'ai peut-être perdu mon monde, mais j'ai gagné quatorze grands-frères.
" Ohana ! " lance Nori. Les nains le regardent sans comprendre et moi je souris à l'idée qu'il s'en souvienne. " C'est une expression qu'une hobbit m'a apprit. " ajoute-t-il, comme si ça expliquait tout. Je souffle en rigolant sous cape, j'suis bonne pour expliquer à sa place, vu qu'il a pas l'air parti pour.
Je suis à moitié allongée sur la table, un rat jouant avec mes doigts et me léchant les doigts. J'ai abusé de la boisson et ai la tête qui tourne un peu. J'observe du coin de l'œil les nains. Ils sont tous éparpillés autour de la pièce, en train de fumer et discuter. Bofur chantonne pour lui, son frère et son cousin une chanson. Bilbo fume avec Fíli et Kíli, il leur raconte une histoire de son affreuse cousine Lobellia de ce que je comprends. Pour ma part, je repasse en boucle dans mon cerveau des chansons de mon monde dont j'arrive à me souvenir. Mon cerveau est un disque rayé. Je retrouve les paroles d'une chanson, ça me fait penser à une autre, alors je me la chante et ainsi de suite. C'est un truc qui va me manquer : les musiques que j'appréciais ne seront plus jamais les mêmes.
Le rat repousse ma main d'une patte et se redresse de toute sa hauteur. Ses vibrisses s'agitent. Qu'est-ce qu'il entend ? Il tend les pattes vers un grain de raisin qui vient d'entrer dans mon champ de vision. C'est Ori qui tente une approche. Le rat ouvre la bouche et d'un rapide mouvement, attrape le grain de raisin, Ori lâche un petit cri murmuré pendant que le rat vient se cacher sur mes genoux pour manger son bien. Ils sont trop mignons tous les deux.
" J'arrive pas à savoir comment tu peux autant aimer les rats.
- J'en avais quand j'étais plus jeune. "
Il s'assoit à côté de moi, une pinte de lait à la main et m'en passe également une.
" Finis avec l'hydromel ?
- Je commence à avoir la tête qui tourne. "
Je souris. Il est tellement mignon. On dirait pas qu'il est plus vieux que Fíli et Kíli.
" J'en ai eut une dizaine, avant d'arrêter d'en adopter. Ça me brisait le cœur à chaque fois que l'un d'entre eux mourraient de vieillesse. Ils ont une vie trop courte. " je continue en caressant celui sur mes genoux et me redressant pour boire mon lait. Ori me sourit. " C'est vrai que ça doit être dur à vivre. Les humains sont très proches de leurs animaux de compagnie, mais nous les nains on en a pas. Enfin, certains sont proche de leur monture, mais pas de cette façon. " explique-t-il. " Bombur a dit que ton monde te manquait. C'est vrai ?
- Seulement deux ou trois trucs. Rien qui ne me donne envie de repartir, même si je pouvais. J'suis bien mieux ici. Et pis, j'ai une famille à surveiller maintenant. Faudrait pas qu'elle finisse dans le bidon d'un dragon. " je lui souris et lui tape doucement l'épaule. Ça le fait rire. Il a l'air rassuré.
" Qu'est-ce qui te manque ?
- Mes chats. Et j'arrive pas à me souvenir de certaines chansons que je suis persuadée d'adorer. Certains mots m'échappent. C'est très frustrant. " je fronce les sourcils : avec le temps ça va pas aller en s'arrangeant
" Mais tu en apprendras d'autres. Je suis sûre que Bofur sera ravie de t'en apprendre. " il se penche pour me murmurer à l'oreille " je suis sûre qu'il sera super content de t'en apprendre des pas du tout recommandable. Ou alors on peut demander à Nori. Il en connaît un rayon lui aussi."
Et il se redresse, un énorme sourire au visage pendant que je rigole seule.
" J'en suis sûre ! "
Je sens le rat sauté de mes genoux.
" Dis, tu veux bien me parler de ton monde ?
- Tu veux savoir quoi ? "
On a donc passé une partie de la soirée à discuter de mes chats, de mon métier d'illustratrice, du fonctionnement d'un ordinateur (puis d'une calculette), puis de l'histoire de la calligraphie de mon monde, de ma petite sœur un peu, mais beaucoup de trucs du quotidien que j'appréciais.
Cela me fait du bien de parler de mon monde, cela fait quelque temps que j'en ai pas parlé à Bilbo et j'en avais besoin. Il faut dire que notre quête prends pas mal de notre attention.
" Vous devriez aller vous coucher tous les deux. " annonce Dori en nous faisant sursauter.
On est penché l'un sur l'autre, à se murmurer nos histoires depuis très longtemps. J'ose pas savoir combien de temps à passer, mais il y a plus grand monde encore debout : Balïn, Dwalïn, Bifur, Thorïn et Nori en dehors de nous.
" On dirait que vous aller vous endormir debout. " nous murmure-t-il avant d'un bras nous lever et nous diriger vers le coin de l'étable où des draps et oreiller ont été installé pour former des lits. Il est fort le Dori, il arrive à nous emmener vers les lits alors que je suis sûre que je marche pas vraiment. Je flotte plus que tout, en fait. Je pense que Ori est dans le même état.
J'aperçois la touffe de cheveux de Bilbo, déjà enseveli sous une couette et dormant profondément. Dori lâche enfin ma taille.
" Allez, dormez bien tous les deux. " j'entends le nain nous dire pendant que je me love dans ma couette, le nez contre les cheveux de Bilbo.
