Enfin voici LE chapitre que vous attendez tous ! Enfin j'espère. ^^ Entre plantages d'ordi, d'internet et j'en passe, j'ai cru ne jamais réussir à vous le poster ! Pourvu qu'il vous plaise ! Bonne lecture. :-)
Chapitre 36 – Aithusa, Arthur, Merlin… et Emrys
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Kilgharrah s'approcha au plus près des flammes. Le brasier suffisait à le réchauffer mais, plus le temps passait, plus c'était difficile. Son âge le rattrapait, il le sentait.
C'était une des raisons qui l'avait poussé à envoyer Aithusa à Camelot. Elle était jeune et récupérait vite. Elle saurait aider Merlin. Il était celui qui avait fait éclore son œuf. Elle était un dragon blanc et Arthur l'avait déjà vue alors que lui était censé être mort et enterré. Si Aithusa les aidait, le fils Pendragon serait pleinement convaincu du retour de la magie. C'était ce qu'il fallait pour qu'il soit prêt à affronter le regard des autres. Même avec ses résolutions, il lui manquait encore la force de convaincre son peuple de son choix. La jeune dragonne n'était pas liée à leurs mauvais souvenirs. Kilgharrah ne regrettait pas d'avoir attaqué Camelot, mais il savait que son acte n'était pas oublié et qu'il ne serait pas pardonné. Aithusa saurait leur faire voir les dragons autrement. Et puis, elle avait déjà rencontré le roi, point qui le dissuadait plus encore de se rendre au château. La dragonne et ce satané Gardien avait sauvé Morgane. Peste soit Ael, il avait suffisamment eu de prises de becs avec les Gardiens, et elle en particulier, pour se passer de la revoir.
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La cour était fermée à toute personne extérieure. Seuls les personnes pour le retour de la magie à Camelot pouvaient encore pénétrer le lieu. Les Ehbiens avaient déployé sur les fenêtres un brouillard qui empêchait quiconque de voir ce qui se passait sur les pavés de pierre. L'accès au chemin de ronde était impossible. Ils étaient comme coupés du monde mais, pour Merlin, ça ne suffisait pas. Il y avait encore ses amis présents et, surtout, il y avait encore le roi.
- Merlin, martela Sith pour lui faire comprendre, je sais que tu es Emrys. Si Aithusa arrive, elle aura besoin de toi. Tu dois te préparer à agir.
Le jeune homme cligna des yeux plusieurs fois comme pour se réveiller. Emrys ? Aithusa ? Agir ?
Tout cela lui paraissait trop irréel. Il n'arrivait pas à accepter la situation. C'était trop difficile quand Gauvain perdait la vie sous ses mains. Quand il sentait les regards vissés sur eux.
- Séyème ! appela Arthur qui cherchait d'autres solutions. Contactez votre frère ! Demandez-lui d'envoyer les druides, ils sont guérisseurs, ils pourront...
- Non.
La princesse avait dit ça d'une voix douce, mais ferme. Arthur sut qu'il ne verrait pas Outor franchir les portes de la ville, ni un autre druide aujourd'hui.
- Les druides ne peuvent rien pour eux. Le lien qui unit le Gardien et Gauvain dépasse leurs compétences. Seul Emrys possède des pouvoirs suffisants pour nous aider.
- Est-il puissant à ce point ? s'enquit Arthur qui désespérait d'avoir une question à sa réponse.
- Vous ne comprenez pas, il est une partie de la magie.
Le roi tiqua. Comment pouvait-on être une partie de la magie ? Mais il n'eut pas le temps de poser de questions. Guenièvre prit la parole et ce qu'elle demanda ne fit qu'accroître ses interrogations.
- Alors, c'est vraiment possible ? Des personnes peuvent être une partie de la magie ?
Arthur allait de surprise en surprise ces dernières semaines. Ainsi Gwen en savait autant sur la magie ? Bien plus que lui ? Son orgueil en prit un coup et il n'entendit qu'à peine la réponse positive de Séyème.
Le roi se décida à rejoindre Gaius dorénavant assis sur les marches. Il s'accroupit à sa hauteur et posa une main sur son épaule. Le médecin de la cour semblait avoir pris vingt ans dès l'instant où le Gardien s'était effondré. Les personnes liées à la magie avaient ressenti plus que tout autre la fracture dans l'équilibre du monde. Pour avoir vu l'horreur et la douleur dans les yeux de Séyème, Arthur pouvait imaginer ce que Gaius endurait. Toutefois il n'avait pas le temps de le ménager. L'état de Gauvain et Ael ne s'arrangeait pas. Ils devaient absolument trouver une solution. Ou plutôt, ils devaient à tout prix faire venir Emrys ici, ce qu'il lui expliqua.
- Sire, il connaît la situation.
- Comment ? Non, ce n'est pas important. Dites-moi plutôt quoi faire pour le faire venir.
Quelque chose passa sur son visage qu'il ne comprit pas, pas plus que Léon à ses côtés. Ils devinèrent que le moment était grave, qu'un dilemme tiraillait le vieil homme.
Puis il y eut un battement d'ailes au-dessus d'eux. C'était un son léger, presque feutré, mais ils le reconnurent d'emblée. Les visages se tournèrent vers le ciel et l'ombre qui planait dorénavant sur Camelot.
- Un dragon ! s'écria Elyan tandis qu'Arthur s'avançait vers le centre de la cour.
- Un dragon blanc ! s'ébahit un ehbien.
- Dame dragonne ! enchérit un autre.
- Aithusa, souffla Merlin si bas que personne ne l'entendit.
La jeune dragonne approchait doucement, cherchant une place où se poser dans la cour. Séyème donna ses ordres et ses hommes se retirèrent du passage. Arthur s'écarta à son tour. Il fit signe à ses chevaliers de rester en retrait et assista médusé à l'atterrissage de l'animal fabuleux.
On entendait au loin les cris des habitants qui avaient aperçu sa silhouette dans le ciel. La peur laissée par Kilgharrah était toujours là. Dans la cour, ils n'en avaient que faire.
Aithusa rabattit ses ailes sur son corps. Elle apparut miniature aux yeux du roi malgré sa belle taille. Elle était si différente du Grand Dragon. Deux êtres si semblables pouvaient aussi être si étranger l'un de l'autre...
La dragonne sentit l'intérêt d'Arthur. Elle leva la tête pour croiser son regard. Le fils Pendragon retint son souffle. Il se sentait minuscule face à elle et l'aura qu'elle dégageait. Il ne se sentait pas dépassé comme lors de leur rencontre précédente. Aujourd'hui tout était différent.
- Arthur, salua-t-elle en adressant ses pensées au roi et aux autres personnes présentes.
- Bonjour, répondit-il hésitant.
Aithusa approcha sa tête si près qu'il sentit son souffle chaud sur son visage. Ses muscles se tendirent mais, malgré ses craintes, Arthur était tenté de poser sa main sur la peau de cuir de la dragonne.
Quelque chose changea de nouveau dans l'air. Elle détourna brutalement la tête vers les blessés.
- Gardien !
Le serviteur du prince Assim se redressa pour rencontrer son regard.
- Dame dragonne, ils sont au plus mal. Aidez-les, je vous en prie !
Elle regarda Sith puis de nouveau Ael et Gauvain et cligna des yeux. Elle les aiderait, elle était là pour ça, ils le comprirent. Mais...
- Emrys.
Un mot, un seul. Il portait en lui pourtant tous les espoirs. Arthur quitta sa léthargie.
- Dites-lui de venir ! supplia-t-il à Aithusa. Dites-lui de les sauver !
Elle inclina la tête vers lui avec surprise.
- Emrys ?
- Oui, Emrys ! Dites-lui de venir !
- Emrys est là.
- Où ? Qu'il se montre ! Nous ne lui ferons aucun mal !
Aithusa considéra le roi avec perplexité puis le groupe autour des blessés.
- Emrys ? demanda-t-elle.
Arthur observa sans comprendre Sith et Merlin échanger un long regard. L'Ehbien posa une main amicale sur son épaule puis lui fit signe d'y aller. Le jeune homme ferma les yeux un moment, les rouvrit sur ses amis aux portes de la mort. Il inspira profondément puis se leva.
- Merlin ? chercha à comprendre Arthur.
- Sire...
- Merlin ? coupa Aithusa. Pas Emrys ?
- Emrys ? répéta le roi à qui échappait totalement la situation.
Le regard d'Aithusa fit des allers et venues entre Arthur et son serviteur. Le roi ne comprit pas.
À l'écart, Guenièvre porta une main à sa bouche pour retenir un cri de surprise alors que le regard d'Elyan passait d'Arthur à Merlin en cherchant une confirmation. Léon posa un regard interrogateur sur Gaius. Le médecin se contenta d'acquiescer sans un mot et le chevalier observa la scène d'un regard neuf. Les Ehbiens, Séyème en tête, se tenaient en retrait, en silence. Et tous attendaient que la lumière se fasse dans l'esprit du roi.
- Merlin ? questionna Arthur. Pourquoi… Enfin que…
Mais il ne finit pas. Il cherchait ses mots sans les trouver. Merlin hésitait, sans savoir que faire. Devait-il attendre qu'il comprenne ? Lui dire ? Lui montrer ? Tant de fois il s'était imaginé la scène sans qu'aucune lui convienne.
Il savait que si Arthur était pris par surprise, s'il l'apprenait de la bouche d'un autre, il lui en voudrait. C'était sans doute pour ça que son esprit refusait de comprendre jusqu'à présent. Il avait besoin que Merlin le lui dise. C'était essentiel.
Aithusa en avait assez de cette confrontation qui n'en finissait pas. Le Gardien et le chevalier avaient besoin de soins immédiats. Sith et ses compagnons ne pourraient pas les maintenir en vie éternellement. Agacée, elle grogna, s'attirant l'attention de tous. Brutalement, elle ouvrit la gueule et lança un long jet de flamme. Arthur pâlit en voyant sa cible.
- MERLIN !
Le jeune homme ne broncha pas. Il leva la main et, sans prononcer un mot, arrêta les flammes. L'orbe de feu qui se façonna n'empêcha pas le roi de voir son visage. Il ne put manquer l'éclair d'or qui illumina ses yeux.
- Merlin…murmura Arthur et le ton de sa voix le toucha bien plus qu'il ne l'aurait souhaité.
Une larme brilla sur sa joue. Merlin tourna légèrement sa main et prononça des mots qu'une fois de plus Arthur ne comprit pas.
Les flammes tanguèrent, certaines s'évaporèrent, puis un dragon ardent fila vers le roi. Statufié, Arthur vit l'animal de feu le contourner, revenir vers Merlin, avant de disparaître quand il baissa la main.
- Merlin… tenta encore le roi et Aithusa le coupa.
- Emrys, corrigea-t-elle.
Arthur fut incapable de réagir.
- Je suis désolé, s'excusa Merlin mais Arthur ne le comprit pas vraiment.
- Emrys, le Gardien !
- Je sais, Aithusa.
Enfin Arthur réalisa.
- Emrys…
Merlin eut un sourire triste puis détourna le regard pour s'adresser à Sith.
- Je sais quoi faire.
L'Ehbien hocha la tête. Ses compagnons s'écartèrent. Il attendit qu'Aithusa se soit rapprochée une main sur la poignée de l'épée qui transperçait toujours Ael et Gauvain.
La dragonne s'arrêta et inclina la tête. Sith retira l'épée en évitant autant que possible de faire davantage de dégâts. Le souffle d'Aithusa enveloppa les blessés. Sith fit appel à toute sa magie. Et pendant que leur état s'améliorait, la terre se mit à vibrer.
- Merlin ! s'écria Séyème Tajane muette jusque là. Maintenant !
Le magicien était déjà à la tâche. Sous les regards médusés, il développa un sort qui engloba Ael et Gauvain d'une douce lumière blanche. Jamais encore il n'avait utilisé la magie de la sorte. C'était plus difficile que de ramener un mort de l'au-delà, plus dur que d'affronter une horde de dragons. Il changeait quelque chose de la magie. Il retissait les liens qui unissait le Gardien au monde. Il y liait Gauvain.
Parce que Ael et le chevalier étaient trop liés, il était impossible de les séparer. La seule chose qu'il pouvait encore faire pour les sauver, c'était d'inclure Gauvain dans le rôle de Gardien. Deux personnes différentes pour maintenir l'équilibre était dangereux. La seule manière d'éviter une catastrophe était de les unir suffisamment fort pour que la magie ne voit en eux qu'une seule entité. Ils seraient toujours deux pour leurs proches, mais pas pour la magie. Ce que l'un verrait, l'autre le verrait aussi. Ce que ressentirait l'un serait ressenti par l'autre. Ils seraient toujours deux, mais ils ne seraient plus qu'un. Jusqu'à leur mort. Et même après.
Merlin sentit l'équilibre revenir en même temps qu'il invoquait les forces d'une magie séculaire. Aithusa et Sith guérirent les corps. Il guérit leurs esprits et lia leurs âmes. Désormais, la vie de l'un serait la vie de l'autre et la mort de l'un la mort de l'autre.
Le silence s'abattit sur la cour, les derniers effets de la magie se dissipèrent et Gauvain referma ses bras autour du corps de sa compagne comme s'ils n'avaient jamais frôlé la mort. Merlin croisa ses yeux emplis de gratitude. Il sourit.
- J'avais dit que je vous aiderais si besoin.
- Merci.
Il ne sut si c'était la voix d'Ael ou de Gauvain dans sa tête. À vrai dire, il s'en fichait un peu. Il était seulement heureux de les retrouver vivants.
Aithusa manifesta sa joie d'un grondement doux avant de venir poser sa tête sur l'épaule de Merlin. Il caressa sa peau chaude avec sérénité.
- Merci, Aithusa.
Elle ne dit rien mais il comprit que les remerciements étaient partagés. Après une dernière caresse, elle s'écarta de lui. Il ne chercha pas à la retenir, elle prit son envol.
Merlin avait l'impression d'être ailleurs. Il n'avait jamais utilisé la magie de la sorte et jamais aussi fort. Il se sentait différent, comme entier. Ce fut pour cette raison que son visage se décomposa aussi brutalement quand il découvrit le roi à deux mètres de lui. Quand avait-il approché ? Mais ce n'était pas ça l'important, c'était la façon dont il le regardait.
- Arthur… je suis désolé.
- Tu es Emrys.
- …
- Tu l'es, n'est-ce-pas ?
Soupir, puis :
- Oui.
Arthur fit un pas sourcils froncés.
- Tu es magicien et tu ne me l'as jamais dit.
- Arthur, je suis vraiment désolé.
- Merlin ! Je suis ton ami avant d'être ton roi ! Pourquoi ne me l'as-tu pas dit ?
Le magicien resta coi. Ses pensées se tournèrent vers Aithusa. Peut-être devait-il l'appeler pour qu'elle l'emmène loin d'ici et de la déception du roi ? Il était encore temps pour...
- Merlin !
- Oui ? répondit-il par automatisme.
- Je ne suis pas mon père, dit Arthur en comblant l'espace entre eux. Je suis moi.
- Je… commença-t-il.
- Je suis moi, Merlin, répéta Arthur en posant une main sur son épaule. Tu n'as pas à avoir peur, je ne tuerai pas. Tu es mon ami avant d'être mon serviteur ou ce magicien, cet Emrys.
- Arthur…
- Je ne te ferai jamais de mal, Merlin. Je ne reproduirai pas les erreurs de mon père avec toi comme il l'a fait avec Morgane ou les autres magiciens.
- Mais…
Le geste qu'eut Arthur lui ôta toute idée pour terminer sa phrase. À sa plus grande surprise, le roi l'entoura de ses bras dans une étreinte fraternelle. Il garda le silence quelques secondes et puis :
- Je ne t'en veux pas, Merlin.
Alors seulement le jeune homme s'autorisa à rendre son étreinte à Arthur. Et quand le roi s'écarta de lui quelques instants plus tard, il se sentit pour la première fois en toute sécurité depuis qu'il avait mis un pied dans le royaume de Camelot.
