CHAPITRE XXXVII
Soudain Charlie sentit une main agripper la sienne et il se rendit compte que, tandis qu'il se remémorait ainsi les événements des cinq derniers jours, Don avait repris connaissance.
- Donnie ! Salut ! Comment te sens-tu grand frère ? balbutia-t-il, au bord des larmes.
- Charlie ! Charlie ! Est-ce que je rêve ?
- Non ! Non, Donnie ! C'est moi… c'est Charlie… je suis bien là, près de toi.
- Si je rêve alors c'est un rêve merveilleux !
- Ce n'est pas un rêve Donnie, je suis vraiment là ! Je vais bien : tout le monde va bien. Tiens, regarde.
Il le souleva dans ses bras pour lui permettre de regarder autour de lui. Les yeux de Don se fixèrent alors sur le groupe qui entourait son brancard et ils s'écarquillèrent, comme s'ils ne parvenaient pas à croire à ce qu'ils voyaient : David, Colby, Liz et Nikki étaient là tous les quatre, absolument indemnes, vêtus de leur tenue d'intervention et ils lui souriaient, l'air préoccupé.
- Je suis mort, c'est ça ?
- Non ! Non ! hurla presque Charlie. Tu n'es pas mort Donnie. Tu es vivant et tu vivras ! Rien n'était vrai tu comprends ? Rien du tout ! Cet homme n'a fait que te manipuler depuis le début. Il t'a enlevé, drogué et fait croire toutes ces histoires pour t'obliger à te tuer sous nos yeux.
Don n'avait pas l'air d'écouter vraiment ce que son frère lui disait. Il se contentait de le regarder, l'air ravi, comme s'il n'arrivait pas vraiment à comprendre que tout cela n'avait été qu'un atroce cauchemar. Et puis soudain il demanda, la voix empreinte d'angoisse :
- Et papa ? Où est papa ?
- Il est à la maison, il va bien, je te l'assure.
- A la maison ?
Il semblait ne pas comprendre ce qu'on lui disait.
- Oui. Tu veux lui parler ? Je peux l'appeler : j'ai mon téléphone.
En même temps qu'il lui faisait cette proposition, Charlie sortait son portable et appuyait sur la touche mémoire pour composer le numéro d'Alan. Celui-ci décrocha avant que la première sonnerie ne se fut éteinte : il devait tenir l'appareil serré dans sa main dans l'attente de nouvelles.
- Allo ? Charlie, c'est toi ? Dis-moi que vous l'avez retrouvé ! Dis-moi que vous êtes arrivés à temps !
- Oui papa, ne t'inquiète pas.
- Il va bien ?
- Et bien, il est plutôt groggy, mais je crois que ça devrait aller. Il s'inquiète pour toi. Je te le passe.
Il positionna alors l'appareil près du visage de son frère de manière à ce que celui-ci puisse parler à sn père et l'entendre.
- Allo ? Donnie chéri, c'est papa : tu m'entends ?
- Papa ? Papa c'est toi ?
Les larmes se mirent à rouler sur les joues d'Alan en entendant cette voix presque enfantine à l'autre bout de la ligne : il avait beau y reconnaître les intonations de Don, il avait du mal à se persuader que c'était lui qui parlait sur ce ton hésitant et incrédule.
- Oui, c'est moi Donnie. Comment vas-tu mon ange ?
- Papa ? Tu vas bien ? Tu es vivant ?
- Bien sûr que je suis vivant ! Et je vais très bien. Tout le monde va très bien chéri.
Il semblait que Don n'entendait pas les mots qu'on lui disait. Il se contentait de répéter, comme s'il ne parvenait pas à s'en convaincre :
- Tu es vivant ? Tu es vraiment vivant ?
Soudain, le médecin s'interposa, alarmé :
- Raccrochez, vite ! commanda-t-il à Charlie interloqué.
- Quoi ?
Il s'aperçut, à ce moment-là que son frère se mettait à trembler de tous ses membres et il ramena le téléphone à lui.
- Papa, il faut que je raccroche ! Ecoute, on va emmener Don à l'hôpital central. Rejoins-nous là-bas.
- Mais Charlie, qu'est-ce qui … »
Alan ne termina par sa phrase : son fils avait déjà coupé la communication. Il remit le téléphone dans sa poche, en proie à une inquiétude dévastatrice : que se passait-il ? Pourquoi cette interruption brutale ? Il tenta de rappeler mais tomba alors sur la boîte vocale de Charlie et son angoisse n'en fut que plus grande encore.
Comme il restait désemparé, son téléphone pendant inutilement au bout de son bras, le Dr Bradford, resté avec eux, intervint :
- Venez Alan. Il est inutile de vous torturer en vaines conjectures. Le mieux que nous ayons à faire, c'est d'aller les attendre à l'hôpital.
- Il a raison, appuya Amita. C'est le meilleur moyen d'avoir des nouvelles.
- Oui, oui, bien sûr. Allons-y. »
Il enfila sa veste et les suivit, en proie à un sentiment grandissant d'impuissance.
*****
C'était cette même impuissance qui crucifiait Charlie tandis qu'il voyait son frère convulser violemment sur son brancard, incapable de lui être d'une quelconque utilité. Le médecin et l'infirmier s'empressaient autour de lui, lui insérant un abaisse-langue dans la bouche pour l'empêcher de se mordre, le roulant sur le côté pour qu'il ne s'étouffe pas avec ses vomissures et le maintenant de leur mieux pour éviter qu'il se blesse. Pendant que David et Colby venait prêter main-forte à l'infirmier, le médecin préparait hâtivement une seringue qu'il injecta directement en intra-musculaire dans le haut du bras de Don. Celui-ci sembla retrouver son calme : les convulsions s'espacèrent peu à peu puis cessèrent totalement. Le médecin échangea un regard inquiet avec les deux agents : ils avaient eu chaud !
- Allez, on l'emmène ! ordonna-t-il aussitôt que le calme fut revenu. Vous montez avec nous ? demanda-t-il à l'intention de Charlie, resté tétanisé à l'endroit où il l'avait poussé pour porter secours à son malade.
- Bien sûr oui ! Qu'est-ce qui lui est arrivé docteur ? Pourquoi ces convulsions ?
- Je ne sais pas très bien. Le stress, l'incompréhension de la situation, les drogues… Tout un tas de facteurs qui se sont sans doute interconnectés pour provoquer cette crise. Nous en saurons plus à l'hôpital.
Charlie regarda son frère inconscient, gisant sur le brancard, les yeux clos, le corps totalement inerte, comme ne faisant déjà plus tout à fait partie de ce monde et une peur atroce s'empara de lui.
- Mais ça va aller, n'est-ce pas docteur ? Il va aller bien maintenant ?
Le médecin le regarda avec beaucoup de compassion, mais il se refusait à lui mentir : en fait il n'en savait rien. Tout dépendait des produits qu'on lui avait injectés et de leur toxicité. Rien ne lui permettait, en l'état, d'assurer que Don se remettrait totalement de ce qu'il venait de subir, pas plus que l'inverse d'ailleurs. Il temporisa :
- Je l'espère. Mais il doit être transporté aux urgence le plus vite possible. Là-bas on pourra établir un vrai diagnostic. Alors ne perdons pas de temps. »
Sur cette injonction, Charlie s'empressa de grimper dans l'habitacle où on venait de faire glisser le brancard et il s'installa à côté de son frère, saisissant sa main dans les siennes.
- Je suis là, Donnie, juste à côté de toi. Ca va aller grand frère, ça va aller maintenant, murmura-t-il, autant pour tenter d'en convaincre son frère inconscient que pour s'en convaincre lui-même.
