Kate

Je me réveillais, la nuit n'avait pas été bonne. J'inclinais la tête pour prendre connaissance de l'heure « 5h ». Je savais que je ne me rendormirais pas. Alexis quant à elle dormait à poings fermés. Elle s'était dégagée de mon épaule et me tournait maintenant le dos, dormant recroquevillée. Je me glissais le plus doucement du lit pour ne pas la réveiller. J'avais besoin de faire du sport mais ne voulais pas quitter mon appartement afin de ne pas la laisser seule. Ne voulant pas faire de bruit dans la chambre je prenais mon téléphone et sortais tout de suite. J'enlevais mon t-shirt et ne conservais que mon short et mon soutien gorge. Une fois dans la cuisine je me servais un grand verre d'eau. Je me plaçais ensuite en dessous de la barre de tractions, je sautais pour m'y attacher et commençais à monter et descendre doucement. Les premiers mouvements me servaient à réveiller mon corps encore ensommeillé. Je ne m'étais pas échauffée ce matin alors je gardais une allure lente plus longtemps que prévu. Tout en faisant mon sport je repensais à la situation d'Alexis souhaitant que les évènements d'hier ne soient pas trop traumatisants. Au bout d'un quart d'heure je commençais à être réveillée, j'accélérais donc mes tractions, de la sueur s'écoulait sur moi mais j'aimais cette sensation de dépense physique. Je fermais maintenant mes yeux, m'abandonnant complètement à mon exercice. Tout naturellement je n'avais pas entendu la jeune adolescente se lever, ce n'est que quand elle s'adressa à moi que je me rendis compte de sa présence :

Kate ?

J'ouvrais les yeux et lâchais la barre pour me retrouver au sol. Je ne sais pas combien de temps mes tractions avaient duré, mais certainement suffisamment pour que ma respiration soit altérée. Je souris à Alexis.

Bien dormi ?

Oui merci.

L'adolescente me regardait étrangement, je réalisais soudainement que j'étais en soutien gorge devant la fille de mon petit ami.

Désolée Alexis pour ma tenue, attends je vais aller passer un t-shirt.

Non Kate c'est bon. Enfin je veux dire je te regardais et j'avoue que j'ai été impressionnée. C'est à moi de m'excuser de te fixer ainsi. Je peux te poser une question ?

Oui bien sûr.

Tu fais beaucoup de sport ?

J'essaie d'en faire tous les jours pour me maintenir en forme, mais bon je n'ai pas toujours l'énergie. Attends-moi là je vais aller m'éponger un peu.

Ok.

J'allais dans la salle de bains et me passais un gant sur le corps avant de me sécher. J'attrapais la chemise de Rick et l'enfilais sommairement. Je retournais dans le salon et retrouvais Alexis.

Kate tu pourrais me donner des conseils pour le sport.

Oui si tu veux.

Merci. Je peux te dire quelque chose même si c'est bizarre ?

Vas-y je pense qu'après trois ans avec ton paternel, tu auras beau faire des efforts tu n'atteindras pas le plus haut degré de bizarrerie castellienne.

Elle sourit à ma remarque.

C'est juste que je te trouve réellement belle, ton corps est parfait. Et j'aimerai beaucoup te ressembler. Tu sais je vois comment papa te regarde et j'ai envie que quelqu'un me regarde ainsi.

J'étais évidemment touchée par sa remarque, mais elle me signifiait aussi quelque chose d'autre. Alexis était une jeune fille très intelligente, cela ne faisait aucun doute mais elle était arrivée à un âge où son corps changeait. Elle était également dans une relation avec un garçon qui avait failli prendre une autre tournure hier. Le rapport à son corps était bouleversé. Je n'étais pas certaine de mes compétences pour lui parler. Mais je l'enjoignais à venir s'asseoir avec moi sur le canapé pour continuer notre discussion.

Alexis tu sais tu es très mignonne, tu es intelligente et tu as plein d'atouts.

Oui mais je veux être autre chose que mignonne et avec un cerveau. Tu sais j'ai vu depuis toutes ces années comment papa te regarde, et hier matin quand vous vous êtes embrassés dans la voiture j'ai vu quelque chose dans vos yeux à tous les deux et j'ai envie de connaître ça.

Alexis…la relation que j'ai avec ton père est comment dirai-je particulière. Je n'ai jamais connu ça avant. On partage beaucoup de choses, il a d'abord été dans ma vie comme la mouche du coche venant avec ses gamineries sur mes enquêtes. Ensuite, il s'est immiscé dans ma vie privée alors que je lui refusais l'accès. Il s'est imposé comme collègue de travail, partenaire et comme mon meilleur ami. Ensemble nous avons affronté des situations extrêmement fortes.

Je sais tout ça Kate. Mais dès le début vos regards étaient de véritables « eyesgasms ».

Toi tu as trop discuté avec Lanie hier soir ! lui répondis-je.

Kate ça te dérange qu'on parle de ça ?

Ca me fait bizarre de parler avec toi de ma relation avec ton père oui. Mais non ça ne me dérange pas.

Donc à propos de vos regards ?

Je pense que ton père et moi on se tourne autour depuis notre première enquête.

Et pourquoi ça a mis autant de temps alors ?

Le bal des occasions manquées…et puis je pense que j'avais beaucoup d'a-priori concernant ton paternel que je voyais comme un playboy. Je ne voulais pas être juste une conquête de plus du grand Rick Castle. Et certainement aussi parce que j'idéalisais ton père j'avais peur qu'en devenant plus intime avec lui il cesse d'être important à mes yeux.

C'est-à-dire ? Je ne comprends pas tout.

En fait, ton père a été dans ma vie bien avant que je ne vienne l'interroger il y a trois ans. Lorsque ma mère a été tuée c'est dans ses livres que j'ai trouvé le salut. Je m'évadais, il a su éveiller en moi le courage d'aller de l'avant. J'avais même pris une journée de congés pour aller à une séance de dédicace ! Donc si tu veux je ne voulais pas qu'il devienne juste un homme de passage dans ma vie, voilà pourquoi j'ai préféré freiner tout.

Et qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ?

Notre premier baiser.

Tu peux me raconter ?

En fait ça c'est passé lors d'une mission, c'était pour faire diversion.

Donc ce n'était pas vraiment voulu ?

Au départ non pas réellement, en fait il m'a surpris. Il ne t'a pas raconté ça ?

Non. Ca t'ennuie de m'en parler ?

Pas du tout je suis juste étonnée. Alors c'était sur l'affaire liée à l'assassinat de ma maman, lorsque Ryan et Esposito étaient captifs. Nous étions à proximité d'un entrepôt et il y avait un garde. Il fallait que nous soyons très vigilants dans l'approche pour ne pas risquer de les faire tuer avant que nous ayons pu intervenir. C'est là que ton père m'a proposé que nous nous fassions passer pour un couple revenant d'une soirée un peu trop arrosée. Alors on a joué le jeu, je marchais en titubant, il me retenait. Mais le garde n'a pas mordu à l'hameçon et il s'approchait dangereusement de nous. De mon côté j'étais prête à sortir mon arme et à faire feu mais ton père m'en a empêché à m'a embrassé.

Et tu l'as laissé faire ?

Sur le coup j'ai été surprise par son geste. Mais j'ai aussi vu que le garde avait ralenti le pas. Donc j'ai répondu à son baiser. Et là contre toute attente je me suis laissé aller. J'ai du me faire violence morale pour reprendre mes esprits et assommer le garde. C'est cette nuit là que j'ai compris que je ne pouvais plus aller en arrière avec ton père. Nous avions franchi cette ligne et même si j'ai essayé de faire comme si rien ne c'était passé, je n'ai pas pu tenir longtemps…voilà tu sais tout.

Je marquais une pause, Alexis semblait ailleurs je me décidais donc à continuer à lui parler.

Et toi alors tu en es où ? Est-ce que tu vas essayer de parler avec Ashley ?

Je pense qu'il faudrait qu'on parle de ce qu'il s'est passé hier, mais je ne sais pas si j'en ai le courage.

Je crois aussi que c'est nécessaire. Tu sais ce qu'on pourrait faire ?

Non, dis moi ?

On va se préparer et aller au loft, ton père m'a promis des crêpes. On déjeune et après je t'accompagne au lycée, tu as une petite conversation avec Ashley et si tu préfères je restes avec toi.

Tu ferais ça pour moi ?

Bien évidemment Alexis.

Alors je veux bien. Et papa ?

Il va falloir que tu lui en parles, mais seulement quand tu seras prête. Alors on fait comme ça ?

Oui.

Bon alors je vais aller me doucher et dès après si tu es prête on y va.

Parfait.

Ah et pendant que je me douche, appelle ton père et dis-lui de mettre la poêle à chauffer, je suis affamée.

Ok je m'occupe de ça. Et Kate ?

Merci.

Anytime Alexis.

Je lui souriais et retournais dans ma chambre. Je faisais un rapide tour d'horizon dans ma penderie et optais pour une tunique turquoise avec des broderies blanches, un jean bleu taille basse et des chaussures à talons. Sous la douche je sentais mon corps tiraillé par la longue séance de tractions au réveil. Je tuerai pour sentir les mains de mon amant me délivrer un massage. Mais le programme de la matinée semblait déjà trop chargé pour inclure une pause massage.

J'avais laissé coulé l'eau chaude plus que de raison sur mes épaules endolories. Comme depuis plusieurs mois à chaque fois que je me saisissais de mon gel douche j'avais une pensée pour Rick qui avait su identifier la fragrance de cerise. De ce fait je souriais toute seule dans la douche. Dans ma tête je me repassais la conversation que j'avais eu avec Alexis. J'avais toujours apprécié la fille de mon partenaire, et j'aimais beaucoup la relation que nous avions. Et le fait qu'elle valide notre relation était important pour moi. C'était une étape, un peu comme le serait la rencontre entre Rick et mon père. Nous n'avions pas encore abordé le sujet directement, mais le moment allait certainement venir. Cela faisait seulement une semaine que les choses avaient pris une tournure sérieuse entre nous, mais dans la mesure où nous étions en phase de séduction depuis trois ans, tout pouvait aller maintenant très vite. Nous nous connaissions bien tous les deux, dans nos travers et nos aspects plus glorieux. Je n'avais jamais masqué à mon père mon admiration pour mon partenaire, mais ne lui avais pas confessé mes sentiments. Il était conscient des sentiments que j'avais pour l'écrivain, mais ignorait ce que je ressentais pour l'homme.

J'étais à présent lavée et détendue, j'utilisais la paroi de la douche pour faire quelques étirements, m'alignant la colonne vertébrale. Je m'enroulais ensuite dans une serviette. Je séchais avec minutie tous les centimètres carrés de ma peau et m'enduisais d'une crème hydratante. Une fois totalement prête je passais mes vêtements propres. Mes cheveux étaient bataille. Je branchais le séchoir pour les sécher et mettais également sous tension le lisseur. Je passais quelques minutes à défaire l'ondulation naturelle de mes cheveux et les lissais. Une fois ce travail effectué sur mes cheveux j'entreprenais un maquillage en bonne et due forme. Je sélectionnais les couleurs en fonction de ma tunique. La couleur avait tendance à réveiller mon teint légèrement éprouvé par la nuit et tous les évènements récents. Je me demandais quand j'allais pouvoir faire une nuit « normale ». Je n'étais heureusement pas une grande dormeuse, trois ou quatre heures me suffisaient. Mais la tension émotionnelle récente était forte et j'avais besoin de souffler. Le prochain séjour dans les Hamptons serait certainement très bénéfique à ce niveau là. J'étais enfin prête.

Je repassais dans la chambre et prenais une veste de costume noire, cassant ma tenue plus décontractée. Je remarquais qu'Alexis avait fait le lit pendant que j'étais dans la salle de bains. Cette jeune fille avait décidément été bien élevée. Je retournais dans le salon, retrouvant l'adolescente sur le canapé.

Bon voilà je suis prête.

Waouh Kate papa va faire un arrêt cardiaque tu es sublime.

Merci dis-je en rougissant.

C'est la vérité, tu es vraiment très belle.

On y va ?

J'étais légèrement gênée bien que flattée par ces compliments.

Tu as appelé ton père ?

Oui et il était déjà réveillé, ce qui tient du miracle.

Il sait qu'il va se faire gronder sinon dis-je en souriant. Bon par contre ce matin on va prendre la voiture. Au fait as-tu prévenu Ashley ?

Oui je lui ai envoyé un message je n'avais pas le courage de l'appeler.

Je comprends. Et alors tu as eu une réponse ?

Oui, on commence les cours à 9h30 et je lui ai dit qu'on se retrouvait à 8h45 au café.

Ok très bien. Bon allez, allons voir ton paternel.

Nous quittâmes l'appartement dans les minutes suivantes. Quinze minutes plus tard je me garais en bas de l'appartement de mon écrivain. Je suivais Alexis qui rentrait la première dans l'appartement. Richard l'étreignit tout naturellement en premier.

Hey pumpkin. Tu vas mieux ? Kate m'a dit qu'hier soir ce n'était pas la grande forme.

Salut papa, oui ça va. J'ai passé une très bonne soirée. Bon je vais préparer mes affaires pour le lycée.

La jeune fille se retourna et me fit un clin d'œil, me laissant en tête à tête avec son père. Il s'avança vers moi et m'embrassa aussi tendrement que légèrement.

Bonjour lieutenant de mes rêves. Savez-vous à quel point vous m'avez manqué ?

Bonjour monsieur l'écrivain, votre baiser m'a semblé bien léger pourtant.

Ah si ce n'est que ça dit-il arborant ce sourire carnassier qui faisait des ravages sur moi.

Et il allia le geste à la parole. Je me retrouvais pressée contre le mur, sous le poids de son corps. Cette sensation m'avait terriblement manqué. Je laissais échapper un premier gémissement de plaisir. Il défit la fermeture éclair de ma veste, découvrant plus en détail ma tenue et plongea sa tête dans ma nuque m'embrassant le cou et remontant sensuellement jusqu'à ma bouche. J'étais d'ores et déjà complètement électrifiée. Et là son baiser me signifiait tout : l'amour, la passion, le manque, le désir, l'impatience. Le manque d'air nous fit interrompre notre échange passionné. Nos respirations étaient déjà haletantes. Il s'éloignait de moi et c'était comme si je le voyais enfin. Il avait une barbe de quelques jours qui lui allait très bien. Ce matin il portait un jean bleu, une ceinture, une chemise blanche et des chaussures noires très élégantes. Evidemment je n'avais qu'une envie, celle de lui ôter tous ces vêtements superflus, mais ce n'était pas le moment.

Alors monsieur l'écrivain on joue les baroudeurs en se laissant pousser la barbe ?

En disant cela je l'embrassais, faisant traîner lascivement ma lèvre inférieure sur sa peau.

Je peux aller me raser si tu n'aimes pas.

Non j'aime beaucoup. A vrai dire ça me fait beaucoup, mais alors beaucoup d'effet.

Humm, je savais que tu aimais mon côté mauvais garçon, me dit-il en souriant. Au fait, je ne te l'ai pas dit mais tu es réellement magnifique ce matin, même si je trouve que cette tunique est légèrement transparente.

Depuis quand cela te préoccupe ?

Depuis que ce qu'il y a sous cette tunique est propriété exclusive de Richard Castle.

En disant cela il avait passé sa main sous la mousseline et il se baladait sur mon ventre, m'envoyant des signaux très forts.

Propriété exclusive ? Ah bon, je n'ai pourtant signé aucun contrat…

Je le taquinais comme toujours.

Lieutenant Beckett, je suis le détenteur des clés de votre plaisir et vous le savez très bien.

Je vous trouve bien prétentieux monsieur Castle.

Il pressait de nouveau son corps contre le mien, me collant davantage au mur. Je pouvais déjà sentir tous ses attributs contre moi. Sa main remontait dangereusement sur moi et se posait désormais sur mon soutien gorge, me faisant réagir instantanément.

Papa ? Elles sont prêtes ces crêpes.

Nous entendîmes la voix lointaine d'Alexis, nous apprenant qu'elle était heureusement encore à l'étage.

Oui elles sont prêtes, tu descends bientôt.

Dans deux minutes.

Je l'entendis grogner à cette réponse.

Bon on reprendra cette petite conversation plus tard me dit-il.

J'y compte bien dis-je arquant mon sourcil de manière suggestive.

Allumeuse.

Oui mais tu aimes ça lui répondis-je le frôlant.

Touché détective.

Nous nous sourîmes à ce nouvel échange et Alexis descendait les marches à ce moment là. Elle s'approcha de moi et me chuchota à l'oreille « eyesgams ». Je souriais à cette remarque. Si le radar de Lanie hier soir n'avait pas été très performant, celui d'Alexis était très affûté. Je m'excusais cinq minutes et allais me rafraîchir à la salle de bains. Chaque petite session avec Rick laissait des traces, mais ces jeux entre nous étaient délicieux. Je les retrouvais à la cuisine, il y avait suffisamment de crêpes pour nourrir le commissariat, dus jus d'oranges attendait dans les verres et le café fumait dans les tasses. Une nouvelle fois je pensais que je pourrais tout à fait m'habituer à tout cela. Les crêpes étaient délicieuses et j'en engloutissais plus d'une dizaine sous le regard toujours médusé de mon compagnon. Une fois le petit déjeuner fini, nous rangeâmes tous les trois la cuisine. Il allait bientôt être l'heure d'accompagner Alexis au lycée.

Rick, ce matin je vais amener Alexis au lycée. De ton côté tu fais ce dont on a parlé hier ?

Oui, j'ai pris rendez-vous ce matin et ils m'ont dit de passer dans la matinée.

Très bien fis-je en souriant. Donc on se retrouve au commissariat un peu plus tard ?

Oui malheureusement…

J'avais compris le sens de sa phrase, j'avais moi aussi terriblement envie de passer du temps avec lui. Mais plus vite on résolvait le cas Sarah Pitt et au plus tôt nous serons tous les deux.

Je sais, mais on a une affaire à résoudre. Après on prendra quelques jours.

Tu penses que tu vas pouvoir te libérer combien de temps ?

Je ne sais pas exactement, il faut que je vois avec Mongtomery mais a priori je pense qu'une petite semaine est largement envisageable.

J'ai hâte.

Moi aussi.

Ohé les amoureux désolée d'interrompre mais Kate ça va être l'heure.

Oui on y va.

Je remettais ma veste correctement et m'avançais vers mon compagnon.

Bon dernier baiser avant ce soir monsieur Castle.

Oui c'est vrai.

Il s'empara alors de mes lèvres furieusement. Je me laissais une nouvelle fois emporter. Cet homme était capable de m'ôter toute pensée rationnelle en deux secondes. J'étais déjà loin et voyageais avec lui sur des sentiers torrides. Le raclement de gorge d'Alexis nous rappela discrètement à l'ordre.

A tout à l'heure lieutenant.

A très vite monsieur l'écrivain.

Alexis embrassa son père j'observais une nouvelle fois la scène sans me lasser. La tendresse entre ces deux là était rafraîchissante. Nous quittâmes néanmoins l'appartement. Une fois dans la voiture mon téléphone sonna, m'indiquant un nouveau message. Je demandais à Alexis de regarder pour moi.

C'est papa.

Vas-y ouvre.

Il dit que tu lui manques déjà.

Je souriais certainement bêtement.

Ne lui dis pas que j'ai cet air quand je reçois ce genre de message, il serait trop content de lui.

Promis. Mais vous arrivez à vous tenir tranquilles pendant la journée ?

Oui, c'est un sacré challenge, mais c'est plutôt marrant à vrai dire. Alors tu te sens comment ?

Honnêtement je ne me sens pas très à l'aise à l'idée de revoir Ashley après l'épisode d'hier, mais vu que tu es là, j'ai déjà un peu moins peur.

C'est normal que tu appréhendes Alexis. Mais il est mieux que la glace soit brisée maintenant.

Tu as certainement raison Kate.

Je mettais de la musique pendant le reste du trajet pour détendre l'atmosphère. Une vingtaine de minutes plus tard nous étions arrivées à destination. Ashley était déjà devant le café. Il tenait un bouquet de fleurs à la main. Alexis était toute tendue, je lui posais une main sur la sienne lui signifiant que j'étais avec elle et nous nous dirigeâmes vers son ami.

Alexis salut. Lieutenant Beckett fit Ashley.

Son ton était mal assuré. Au moins il semblait désolé, mais je gardais un air sévère pour lui manifester que j'étais au courant et que je désapprouvais son attitude.

Tiens Lex c'est pour toi dit-il en lui tendant le bouquet.

Elle ne soutint pas son regard.

Merci se contenta-t-elle de dire.

Lex, pour hier je suis vraiment désolé je me suis comporté comme un imbécile.

Effectivement dit-elle plutôt sèchement.

Je ne la reconnaissais presque pas, mais elle la bonne attitude. Elle me confirmait qu'elle était cette jeune femme mature.

Lex, je ne sais vraiment pas quoi faire. Je t'aime, mais si tu ne veux plus jamais me revoir je comprendrai.

Je t'aime aussi Ashley.

C'est vrai ? Oh Lex tu ne peux pas savoir comme je suis content.

En disant cela il s'était rapproché d'elle de mon côté, je m'étais décalée observant un peu plus à distance la scène qui se déroulait sous mes yeux.

Attends Ashley je n'étais pas fini.

Elle avait stoppé son avancée d'un geste assez autoritaire.

Effectivement je t'aime. Mais tu as ruiné la confiance que j'avais en toi, alors maintenant il va falloir que tu me montres que je peux à nouveau me fier à toi.

Tout ce que tu voudras Alexis, dit-il.

Le jeune homme était sincère était amoureux. Il avait certainement été dépassé par ses hormones la veille. Mais je continuais à admirer Alexis et sa maturité. A son âge elle avait déjà compris beaucoup dans l'amour, c'était une histoire de confiance en l'autre, d'abandon de soi, de partage. J'étais fière que mon petit ami soit pour quelque chose dans cette personnalité.

Alexis je vais vous laisser si tu n'y vois pas d'inconvénients.

Oui tu peux y aller Kate, je crois que c'est bon et vraiment merci une nouvelle fois.

Anytime Alexis, anytime lui répondis-je en souriant. Quant à toi Ashley j'espère que tu as compris la leçon.

Oui Madame me fit-il d'une voix timide.

Bien acquiesçais-je.

J'avais masqué un sourire en coin lorsqu'il m'avait appelé « madame ». Mais j'avais laissé faire, ne voulant pas non plus me montrer trop familière avec lui à ce moment là. J'abandonnais le jeune couple d'amoureux et reprenais ma voiture en direction du commissariat. Vingt cinq minutes plus tard j'étais au poste et m'installais à mon bureau. Les gars n'étaient pas encore là. J'en profitais pour planifier ma journée.

Richard

J'émergeais de mon sommeil. Ma nuit avait été quelque peu chaotique. J'avais été préoccupé par Alexis. Pour me calmer je n'avais trouvé qu'un seul moyen, penser à Kate. Mais voilà, ces pensées m'avaient entraîné vers une autre forme d'agitation. Elle me manquait, pourtant nous avions passé une journée merveilleuse ensemble j'étais loin d'être en reste. Mais tel était le résultat, les ravages de Kate Beckett sur moi. Après nous être séduits et cherchés pendant toutes ces années je ne concevais plus possible de passer une nuit sans elle.

Je jetais un œil sur le réveil, il était 6h30, je me laissais encore quelques minutes pour sortir de ma torpeur matinale. Sortant du lit j'allais directement dans la salle de bains. Mon reflet dans la glace me démontra que je manquais grandement de sommeil. Me débarrassant de mes habits que je jetais par terre je rentrais dans la douche et laissais l'eau me réveiller. Cela ne m'enlevait pas ma fatigue, mais au moins je me détendais musculairement. Je n'avais qu'une hâte, que cette affaire soit close et que nous puissions partir en vacances quelques jours. Une fois lavé je m'habillais. Comme souvent lorsque j'étais fatigué je sélectionnais des vêtements plus habillés, c'était mon plaisir ces matins là. En plus maintenant j'avais une bonne raison pour le faire, je voulais plaire à ma partenaire. La séduction ne s'arrêtait pas au début d'une relation, au contraire elle s'entretient tous les jours. Ceci était d'autant plus vrai avec Kate, elle était magnifique. Déjà lorsque nous nous étions rencontrés je l'avais trouvé incroyablement attirante mais sa beauté avait pris une autre dimension. Je jetais mon dévolu sur une chemise blanche dont le coton était assez épais avec de fines rayures en tissu, un jean bleu un peu plus « fashion » que d'habitude, des chaussures de ville et une ceinture noire. Tous ces vêtements enfilés je repassais dans la salle de bains et refaisais un check up devant le miroir. Plutôt content de l'image qu'il me renvoyait je souriais et sortais de la chambre.

Arrivé dans la cuisine je mettais un tablier, histoire de ne pas tâcher ma chemise et commençais à faire les crêpes. La première comme toujours était ratée alors je la mangeais une fois légèrement refroidie. J'enchaînais ensuite, disposant les crêpes dans une grande assiette. Alors que je déposais la dernière mon téléphone sonna, c'était ma fille.

Hey ma chérie ça va ?

Salut papa. Oui ça va.

Tu es toujours chez Kate ?

Oui, elle m'a demandé de t'appeler. Elle est sous la douche.

Intéressant…

Papa.

Elle avait raison de me reprendre, mais l'association de ces deux informations « Kate » et « sous la douche » avait suffi pour me déconnecter mon neurone solitaire.

Désolé.

Donc elle m'a dit de t'appeler pour te dire que nous n'allions pas tarder à arriver, donc est-ce que les crêpes sont prêtes ?

Oui je viens de les finir et j'ai hâte de vous voir toutes les deux.

A tout de suite papa.

A très vite ma chérie.

En les attendant je mettais la table pour le petit déjeuner, essayant que tout soit parfait. J'étais comme toujours agité à l'idée de savoir qu'elle allait bientôt arriver. Lorsque j'entendis une clé dans la serrure, mon cœur rata un battement. Elle s'ouvrit laissant apparaître ma fille, suivie de peu par ma partenaire. Je serrais ma fille dans mes bras, essayant de ne pas trop lui montrer à quel point je m'étais fait du soucis pour elle hier soir et cette nuit. Je souris en sentant l'odeur du gel douche de Kate sur elle.

Hey pumpkin. Tu vas mieux ? Kate m'a dit qu'hier soir ce n'était pas la grande forme.

Salut papa, oui ça va. J'ai passé une très bonne soirée. Bon je vais préparer mes affaires pour le lycée.

Elle fila dans sa chambre, je remarquais le regard qu'elle avait échangé avec Kate. Cette dernière était restée presque en retrait depuis son entrée dans le loft. J'avançais vers elle, ayant du mal à me détacher de son regard intense. Je l'embrassais chastement.

Bonjour lieutenant de mes rêves. Savez-vous à quel point vous m'avez manqué ?

Bonjour monsieur l'écrivain, votre baiser m'a semblé bien léger pourtant.

Ah si ce n'est que ça lui dis-je souriant au maximum.

Une nouvelle fois elle éveillait tout en moi et j'essayais de lui prouver à quel point elle m'avait manqué. Dans ce nouveau baiser, largement plus appuyé que celui échangé quelques minutes auparavant je me laissais aller. J'avais continué ma progression physique vers elle, elle était plaquée contre le mur, nous étions pressés l'un contre l'autre. Lorsqu'elle émit un son si spécifique je perdais littéralement pied. J'ouvrais sa veste, découvrant ses vêtements du jour. En dessous elle portait une veste de costume très élégante, un haut d'un bleu turquoise éblouissant. Je passais mes mains sur son corps devinant un jean taille basse, accentuant la cambrure de sa chute de reins. Il y avait des poches à l'arrière, elles étaient fermées par un bouton, je les défaisais et plongeais mes mains pour les presser contre ses fesses. Pendant ce temps je parcourais son cou, retardant le moment où nos bouches allaient de nouveau entrer en collision. Le baiser fut explosif, elle m'avait emporté sur une autre galaxie. Le manque d'air nous avait obligé à nous détacher. Je regardais sa poitrine se soulever à un rythme effréné et je savais d'avance que mon rythme cardiaque était affolé. Elle me dévisageait, cela me rendait encore plus fou.

Alors monsieur l'écrivain on joue les baroudeurs en se laissant pousser la barbe ?

Elle embrassait ma barbe, laissant volontairement traîner sa lèvre inférieure très sensuellement, éveillant encore un peu plus le feu en moi.

Je peux aller me raser si tu n'aimes pas.

Non j'aime beaucoup. A vrai dire ça me fait beaucoup, mais alors beaucoup d'effet.

Humm, je savais que tu aimais mon côté mauvais garçon, lui répondis-je. Au fait, je ne te l'ai pas dit mais tu es réellement magnifique ce matin, même si je trouve que cette tunique est légèrement transparente.

Il est vrai que le tissu ne cachait pas grand-chose de son anatomie. Son physique lui permettait largement d'arborer ce genre de tenue, mais j'ignorais si j'allais être capable de la voir parader toute la journée ainsi sans rien faire, sentir le regard des autres sur elle.

Depuis quand cela te préoccupe ?

Depuis que ce qu'il y a sous cette tunique est propriété exclusive de Richard Castle.

Je passais ma main sous la fine étoffe et caressais son ventre. Je la sentis frissonner. Néanmoins elle gardait le contrôle de la situation.

Propriété exclusive ? Ah bon, je n'ai pourtant signé aucun contrat…

Elle était de nouveau présente au rendez-vous de la provocation. Elle ne se lassait visiblement pas de me chercher.

Lieutenant Beckett, je suis le détenteur des clés de votre plaisir et vous le savez très bien.

Mon ton était résolument assuré.

Je vous trouve bien prétentieux monsieur Castle.

Dans le langage Kate Beckett c'était une invitation à la démonstration. Même si entre nous il y avait beaucoup d'échanges verbaux, je savais que la demoiselle était une cartésienne, il lui fallait des preuves. Je refaisais donc pression sur elle, la bloquant contre le mur et laissais ma main remonter sur elle pour atteindre sa féminité. Sa réaction physiologique montrait que je n'étais pas prétentieux dans mes dires. J'esquissais un sourire que je devinais de type prédateur qui a attrapé sa proie. Je me l'autorisais sachant l'effet de ce comportement sur elle.

Papa ? Elles sont prêtes ces crêpes.

Tout en maudissant Alexis je la bénissais car nous étions (déjà) presque au point de non retour.

Oui elles sont prêtes, tu descends bientôt.

Dans deux minutes.

J'étouffais un grognement néanmoins à l'idée de rompre cette session.

Bon on reprendra cette petite conversation plus tard.

J'y compte bien dit-elle faisant effectuer à son sourcil un délicieux mouvement.

Allumeuse.

Oui mais tu aimes ça répondit-elle m'effleurant.

Elle avait gagné, j'étais en fusion. Cette femme devrait être arrêtée tellement elle était séduisante.

Touché détective.

A nouveau nous eûmes un échange de regards et ma fille nous rejoint à ce moment là. Je l'entendis murmurer quelque chose à l'oreille de Kate qui sourit de toutes ses dents. J'ignorais le contenu de l'échange, amis appréciais cette démonstration de complicité entre elles. Kate nous abandonna quelques minutes pour aller dans la salle de bains. Lorsqu'elle nous rejoignit je comprenais qu'elle s'était rafraîchit le visage, les mèches de devant étant un peu mouillées. La demoiselle avait laissé quelques émotions dans la bataille, j'étais fier de provoquer tout ceci en elle « payback Kate » me dis-je intérieurement.

La suite se déroula beaucoup plus sagement et nous partageâmes le petit déjeuner. Même si je le savais l'appétit de ma compagne continuait à m'impressionner. Comme une vraie famille une fois le repas finit nous mîmes de l'ordre dans la cuisine.

Rick, ce matin je vais amener Alexis au lycée. De ton côté tu fais ce dont on a parlé hier ?

Le fait qu'elle accompagne ma fille au lycée n'était pas étrange en soit, mais mon neurone solitaire ne put s'empêcher de faire le lien avec la soirée d'hier soir. Je n'avais aucune idée de ce qu'avait traversé ma fille, mais j'étais persuadé qu'il y avait eu quelque chose et j'étais frustré. Je comprenais qu'elle ne me dise pas tout, mais si elle était mal je voulais savoir pourquoi. Cependant, je ne disais rien rongeant mon frein en silence et plaçant toute ma confiance en Kate.

Oui, j'ai pris rendez-vous ce matin et ils m'ont dit de passer dans la matinée.

Très bien me répondit-elle. Donc on se retrouve au commissariat un peu plus tard ?

Oui malheureusement…

Je sais, mais on a une affaire à résoudre. Après on prendra quelques jours.

Elle avait compris mes quelques mots et semblait partager ce sentiment.

Tu penses que tu vas pouvoir te libérer combien de temps ?

Je ne sais pas exactement, il faut que je vois avec Mongtomery mais a priori je pense qu'une petite semaine est largement envisageable.

J'ai hâte.

Moi aussi.

Ohé les amoureux désolée d'interrompre mais Kate ça va être l'heure.

Oui on y va.

Elle s'arrangeait légèrement, défroissant sa tenue et se rapprocha de moi.

Bon dernier baiser avant ce soir monsieur Castle.

Oui c'est vrai.

Une fois de plus j'occultais la présence de ma fille et l'embrassais passionnément. La résistance de Kate était inexistante à cet instant. Alexis nous rappela discrètement à l'ordre en se raclant la gorge.

A tout à l'heure lieutenant.

A très vite monsieur l'écrivain.

Ma fille m'embrassa avant de partir et je laissais ensuite ces deux merveilleuses femmes, certes avec regret, quitter l'appartement. Je me remettais tranquillement de mes émotions et décidais d'envoyer un message à Kate lui avouant que je me languissais (déjà) d'elle. De retour dans la cuisine, je me refaisais un café avant de partir. Je remontais à l'étage me brosser les dents même si j'avais envie de garder en moi l'odeur du café et le goût de Kate. Dans le dressing je prenais une veste de costume noire rappelant ma ceinture et les chaussures et sortais de l'appartement. Une fois dehors je hélais un taxi et me rendais au centre d'analyses médicales. Je m'annonçais à la secrétaire qui me dit de patienter. Je tournais en rond dans la salle d'attente. Je ne l'avais pas dit à Kate, mais cette petite piqure m'angoissait terriblement. J'étais persuadé d'être clean, mais il y avait tout de même un risque et nous avions fait l'amour sans protection. Je m'en voudrai tellement si jamais il y avait quelque chose. D'autant qu'elle s'était montrée plus que confiante en moi, je ne voulais réellement pas ne pas être au rendez-vous cette fois-ci.

Monsieur ?

La voix d'une jeune infirmière me tira de mes pensées. Elle m'encouragea à la suivre dans une petite pièce où se trouvait un fauteuil dans lequel je pris place. Elle s'assit en face de moi sur un tabouret. Tout en préparant des fioles et une seringue elle me dit :

Enlevez votre veste et remontez votre manche s'il vous plait.

Je m'exécutais lui laissant mon bras gauche. Elle me demanda ensuite de serrer le point pour pouvoir me piquer. Pendant qu'elle opérait je tournais la tête et soufflais un grand coup. Ce n'était pas la piqure mais la symbolique.

Ca va aller me dit-elle d'une voix réconfortante. C'est bon vous pouvez y aller.

Merci. J'espère que vous avez raison. Quand est-ce que j'aurai les résultats ?

Vous pouvez passer dans l'après midi.

Aussi vite.

Oui ce sont des analyses rapides.

Très bien. Bonne journée.

Merci, bonne journée à vous.

Je sortais à la fois soulagé et un peu tendu néanmoins. Le verdict allait vite tomber. Une fois dans la rue je me mettais en quête d'un taxi pour aller au commissariat. Mais avant je m'arrêtais dans une boulangerie pour prendre des viennoiseries pour l'équipe. Une fois arrivé devant le 12ème je faisais une dernière halte au café pour prendre ma commande habituelle.