L'Amour plus fort que ….


Young the Giant - Mind Over Matter

Pendant 4 ans, je me suis consacré aux réformes éducatives. Notre objectif était de relancer la mixité sociale qui n'existait plus. D'individualiser les suivis des élèves par des apprentissages à distance mais dans le même temps de réhabiliter, pour l'ensemble des étudiants, les cours collectifs pour développer le vivre ensemble et brisée la ségrégation qui existait entre les zones de vie des possédants et des exécutants. Nous avons réussi à reformer une communauté éducative et les liens entre les élèves quel que soit leur origine et les professeurs.

Malheureusement la situation économique empirait et surtout, à nouveau, les peuples vaincus redevenaient agressifs. La peur revint et avec elle son cortège d'appels à des lois liberticides et à la rédemption par la foi.

Par le jeu d'alliance et de trahison de certains libéraux, des néo conservateurs religieux que je qualifiais de fascistes en référence à ceux du XXe siècle prirent le pouvoir.

Mon sort fut vite scellé. On me signifiât gentiment qu'à mon âge je pouvais cultiver mon jardin. Un arrêté mis fin à mes fonctions et à ma carrière d'enseignant du jour au lendemain.

Mais j'étais têtu et j'écrivis en quelques semaines un livre où je dénonçais ce pouvoir arbitraire. Sa volonté d'imposer aux individus sa vision du monde et de la société. Je pointais la corruption qui revenait et la prévarication des moyens de l'Etat. Mais surtout je m'attaquais à la religion qui n'était plus en lien avec les enseignements de ses fondateurs. Une religion doit réunir et non diviser.

Cela me valut des menaces de morts et beaucoup d'insultes sur les réseaux sociaux.

Mais je n'étais pas seul à penser cela et même si c'était encore une minorité, une part de la population partageait cette analyse.


Ems était inquiète son visage le reflétait sur l'écran. « Katie, Jules venaient vivre ici à NY, avec moi. La situation en Europe va devenir intenable. Jules, j'ai des informations, leur objectif est d'éradiquer toute forme de contestation. On se retrouve dans la même situation qu'il y a 20 ans mais là ce sont des illuminés, ils croient pouvoir mettre au pas tous les peuples de l'Est et du Sud et créer une société à leur image. »

« Emily, je comprends que tu t'inquiètes mais ils n'oseront pas s'en prendre à nous. Nous devons poursuivre notre combat. »

« Ils se méfient des intellectuels libres comme toi. Ils souhaitent votre disparition et celle de vos idées.»

« Raison de plus pour rester. Enfin, Ems, tu as parcouru le monde pour témoigner des horreurs qui s'y passaient, risquée ta vie et moi tu voudrais que je déserte. Je ne peux pas partir. »

« Katie, j'ai un mauvais pressentiment, ça m'obsède. »

C'est vrai mettre Katie à l'abri était important. «Katie, tu pourrais aller chez Ems, quelques temps ... » Je n'eus pas le loisir de terminer.

« Tu m'a bien regardé. Putain, comment tu peux me dire ça ? Je suis avec toi pour la vie alors pas question de te lâcher. Tu crois qu'ils me font peur, ils s'écrouleront comme un château de carte. »

Emily se rendit. « Ok, mais faites attention à vous. Et s'il y a le moindre risque, le moindre doute, promettez-moi de venir. »

« On te le promet, Ems. »

« Je vous aime. »


Deux ans que ces connards étaient au pouvoir. La guerre avait repris ce qui donna l'opportunité au gouvernement de réduire les libertés et le droit d'expression.

Jenna, journaliste, avait subi cette politique. Son émission TV, jugée provocante, avait été supprimée et son site web déconnecté. A 28 ans, elle vivait avec un directeur d'une agence de communication publique qui était lui aussi sur un siège éjectable. Ils étaient entre deux appartements et vivaient chez nous.

Notre maison était le refuge de beaucoup d'intellectuels qui venaient me voir et essayaient de résister de leur mieux en publiant des textes via des sites situés aux USA.


Young Summer - "Why Try"

Un soleil matinal frappait les vitres de la fenêtre de notre chambre. Je regardais Katie, les draps étaient sur ses jambes. Nue, elle était très belle. Son âge n'apparaissait pas, au contraire les rides la rendaient plus désirable. Car ces rides, ce n'était pas le temps qui en était la cause mais mes caresses d'amour répétées qui avaient frotté sa peau et l'avaient froissée.

Elle ouvrit ses paupières, son sourire m'emporta vers sa bouche. « Bonjour mon amour. »

« Tu me regardes depuis longtemps ? »

« Je profite de toi. »

« Et ce que tu vois te plait ? »

« Beaucoup. »

« J'ai grossi, ça m'énerve. »

« Je ne trouve pas, tu es parfaite. Si tu vas par-là, j'ai des cheveux blancs.»

« Le poivre et sel te va très bien, très classe." Elle me frotta la tête. "Tu fais quoi aujourd'hui ?»

« J'ai un texte que je veux retravailler mais rien de pressé. Et puis j'ai, à 10h, une jeune étudiante en journalisme qui veut m'interviewer en visio. Je lui ai dit que ce n'était pas forcément une bonne idée en ce moment mais elle veut parler histoire et pédagogie, alors j'ai accepté. Et toi ? »

« Jenna va m'aider pour le petit meuble en bois que je veux restaurer. Si tu veux, cet après-midi, accompagne moi à la galerie, je vois un jeune artiste qui doit me présenter des toiles vidéo.»

« Pourquoi pas. On a du temps devant nous alors. »

« On a tout notre temps. » Elle passa sa cuisse sur les miennes. Mes baisers s'envolèrent vers ses seins.


Plus de connexion, impossible de communiquer donc de vivre. Certain devait faire une crise de nerf. Cela me donnait une excellente excuse pour échapper à cet entretien qui m'ennuyait. La jeune fille ne m'avait pas semblé très sure d'elle, hésitante dans ses propos. Les réponses aux deux, trois questions que je lui avais posé sur son sujet étaient floues et pour le dire, très incomplètes. Mais peut-être était-elle émue de parler à Monsieur Isaac ? Mes étudiants me disaient qu'avant de me connaître, ils étaient terrorisés par ma réputation de rigueur et de discipline. S'ils m'avaient connu à 17 ans.

J'entendais Katie et Jenna rirent à l'étage. La rénovation du meuble était un bon prétexte pour la mère et la fille de s'amuser ensemble.

Il faisait beau, je décidais de me promener dans le quartier. Il était un des rares de Paris à avoir gardé ses maisons de maître. Il avait été classé « patrimoine de l'Europe » et les promoteurs de tour infernale de plus de 200 mètres n'avaient pas pu se l'accaparer, en tout cas pas pour l'instant. Les dates de construction des maisons s'étalaient sur la fin du XIXe et la première moitié du XXe. La mienne qui datait de 1877 était une des plus anciennes.

Je marchais le nez au vent, les rares véhicules électriques autorisés à circuler passaient lentement dans un petit grésillement pour qu'on puisse les remarquer. Dans ce quartier protégé, les habitants se saluaient aimablement. Beaucoup de personnes âgées, qui profitaient des rayons de soleil, s'étaient assises sur des bans interactifs qui leurs massaient le dos. De jeunes papas ou mamans faisais courir leurs bambins sur la piste piétonne. Je me prenais à rêver de petits enfants, je savais que Robert et sa compagne y pensaient. Katie était persuadée qu'ils attendaient de venir nous voir pour nous annoncer cette bonne nouvelle. « Ju, je suis sûre qu'elle est enceinte sinon pourquoi précipiter leur voyage en Europe. »

Je revenais tranquillement vers notre chez-nous. Je pensais à Emily, peut-être pourrions-nous allez la voir à NY après la venue de Robert ou même avant. On pourrait partir dès cette semaine, rien ne nous retenait. J'allongeais le pas, Katie me manquait, j'avais envie de lui dire que je voulais partir à NY. Robert pourrait venir nous voir là-bas, nous pourrions même rester plus longtemps ou nous y installer. J'accélérais. Ems a raison, rester en Europe ne sert à rien. Je peux très bien écrire et publier de là-bas, beaucoup de mes amis avaient choisi cette solution.


Ellie Goulding - Dead In the Water

Ces lumières bleues devant la maison, c'est la Police du quartier. Pourquoi ? Que se passe-t-il ?

Une boule pèse sur mon cœur. Je cours. Ces gens devant l'entrée, laissez-moi passer.

Ce noir qui m'enveloppe, ce froid qui me vide, mon énergie qui s'évanouit, un cri qui ne peut pas sortir de ma gueule ouverte sur le néant. A genoux devant deux corps.

Je n'ai pu écrire ce texte qu'après sept mois de perdition, sept mois glacial, sept mois de naufrage. Sans comprendre, sans sentir, sans voir ou entendre que la voix d'Emily qui me guidait dans ce brouillard gris qu'était devenue ma vie.

Je me souviens de bribes de choses découpées et sans liens.

De Katie allongée sur le sol devant l'escalier, Jenna à ses côtés qui semble vouloir attraper sa mère avec son bras.

La policière qui écarte son collègue qui veut me relever de force. Elle s'accroupit à mes côtés. « Monsieur Isaac vous ne pouvait pas rester comme ça. Laissez-nous faire notre travail, on les retrouvera.»

Andréa, le torse brulé, qui me cri qu'il n'a rien pu faire.

L'ambulance qui les emporte.

Debout à la morgue, je refuse de quitter mes amours. Je suis sec, aucune larme.

Je prends mon appareil. Je dis Ems, au même moment, un appel s'interpose.

Je la vois et le monde tangue moins. Elle sait lire dans mes yeux sans besoin de mots.

«Jules, ….. Jules, je sais, j'ai mal dormi, des cauchemars affreux, mon cour a explosée pendant mon sommeil. Je suis là, attends-moi, reste avec moi, je prends le premier jet. Je serai là dans 3 heures. »

Ses bras, sa peau, sa chaleur, réchauffe moi Emily. Nos larmes silencieuses. Nos mains qui se trouvent, se lient et ne se quittent plus.

Une dame et un jeune homme me parlent. La police, je les connais, je les ai déjà vu mais où ?

« Monsieur Isaac, votre épouse et votre fille ont été agressées par trois individus. Nous pensons que c'est vous qu'ils cherchaient. Selon nos constatations, votre épouse s'est défendue. Un des individus a utilisé un taser électrique pour la maîtriser ce qui a provoqué un arrêt cardiaque. Vraisemblablement, votre fille s'est précipitée dans les escaliers, où à son tour elle a été touchée par une décharge qui la fait chuter malheureusement sur sa nuque qui s'est brisée. Son ami a été également atteint mais moins gravement. Nous mettons tout en œuvre pour retrouver les individus. Nous sommes désolés Monsieur Isaac et vous présentons toutes nos condoléances.» Sic !

Une cérémonie simple avec le prêtre du village. A nouveau, la crémation, cette fois-ci de deux corps ensemble. Je n'ai pas voulu qu'on les sépare. La porte d'acier qui se referme pour l'éternité et à travers ce petit hublot, les flammes qui consument des années de bonheur.

Emily m'accompagne sous l'olivier. Je regarde mes enfants en contre-bas. James si fort dans sa vie, tremble. Robert tient son amour contre lui pour se soutenir et pose sa main sur un ventre déjà arrondis. J'ai demandé à nos amis de ne pas venir, juste d'avoir une pensée pour elles.

Nous ouvrons l'urne ensemble et répandons nos vies. Le thym et le romarin ont fleuris, les lavandes embaument l'air. Je m'assoie contre mon vieil arbre et je ferme les yeux. Je vois Katie attraper Jenna toute petite et la soulever pour attraper les olives. Je vois Jenna dans le cerisier mettre des pendentifs rouges à Katie et Katie lui mettre du rouge à lèvres juteux et sucrées. Elles rient. Je suis heureux.


Mikky Ekko - Feels Like the End

Le banc m'accueille toute la journée. L'ombre du chêne semble effacer toutes les couleurs du jardin.

Emily s'approche. Nous restons toujours ensemble, nos mains unis, sans parler.

Mais pas cette fois-ci. « Ju, je vais m'installer avec toi, ici, définitivement. »

Je tourne la tête. « Non, Emily. Tu as ta vie à New York, ton travail, l'agence. Je peux rester seul ici. James et Robert vont s'occuper de la vente de la maison de Paris. Je n'y retournerais jamais. Je vais m'organiser. »

« Je ne le fais pas que pour toi. Je veux vivre ici avec toi. Toi, seul ici et moi seule à NY, je ne le supporterai pas. Cette fois-ci, j'ai besoin de toi près de moi. Jules, j'ai peur pour toi et j'ai peur pour moi. A deux, on réussira. On l'a déjà fait. Jules, gardes moi avec toi. »

« Tu le souhaite vraiment ? » Elle fit un petit oui avec le bout de ses lèvres. Elle avait toujours ces expressions qui me réconfortaient. Je suis tombé dans ses bras.

« On ne se quittera plus jamais, Emily. Je te le jure »

« Plus jamais Jules, plus jamais. »

« Voilà ce que je te propose. Tu viens avec moi à New York, je règle mes affaires et ensuite on revient à la Campagne et on ne bouge plus. »

« Mais ton travail, tu ne vas pas tout arrêter. »

« L'avantage de la photo, c'est qu'on peut en faire partout. »


Natalie Taylor - Come To This

New York, je marche seul, il est 6 heures du matin. J'ai laissé Emily qui a pu enfin s'endormir. Moi, je ne peux pas. La 5e avenue s'agite. Les employés de nuit rentrent chez eux, éreintés, remplacés par ceux de jour, déjà fatigués. Les taxis emportent des cadres sup qui ont le costume impeccable pour quelques minutes encore. Une business woman sort d'un palace, la limousine l'avale pour une journée de stress.

J'ai traversé Central Park, vu enfin, Strawberry Fields. Les icones dédiées à ce chanteur assassiné et dont j'ai oublié le nom, ont disparu depuis bien longtemps avec son souvenir qui s'est effacé.

Je passe devant un vieil immeuble. Une plaque de bronze rappelle qu'ici s'élevait une caserne de pompiers et de lister les noms de ceux qui sont mort lors d'un attentat, aujourd'hui à peine étudié par les lycéens.

Que reste-t-il de nos vies le jour où, ceux qui nous aiment, disparaissent à leur tour ?

A quoi auront servi nos efforts, nos luttes, nos souffrances ? Nous les croyions si importants sur le moment mais le temps les rendra futiles, insignifiants, et finalement inutiles.

Un amour, si fort soit-il, se réduit à des cendres versées au pied d'un olivier qui attendra que d'autres cendres viennent le recouvrir.

Katie, tout cela a-t-il un sens ? Que dois-je faire ? Que puis-je faire ?

Un enfant court dans une impasse, d'autres le poursuivent, le coincent et commencent à le battre.

Je cris, avec de grands gestes, je leur dit d'arrêter. Je m'avance vers eux. « Pourquoi ? N'y a-t-il pas assez de violences dans le monde que vous voulez vous aussi être des tortionnaires ? Foutez le camp, vous verrez la vie vous donnera l'occasion d'autres batailles qui elles seront mortelles. »

Ils s'enfuient, je relève l'enfant battu. Il pleure de rage de n'avoir pu se défendre, ne n'avoir pas été un héros du temps des surhommes.

« Pourquoi te frappaient-ils ? »

« Parce que je suis juif et qu'ils sont chrétiens. Mais la prochaine fois avec mes amis, c'est nous qui attraperont un chrétien ou un musulman ou un bouddhiste. »

« Mais mon enfant, les religions sont faîtes pour la paix, non pour la guerre. »

« Mon père dit que dans ce monde, il ne nous reste plus que la religion. Nous devons la défendre pour nous préserver car le reste est pourri et je le crois »

Je regarde partir cette boule de haine. Voilà où a mené la peur du chaos que notre siècle a porté. Des hommes qui ne se reconnaissent plus que dans une seule chose, la religion parce que comme elle est un rêve, elle ne peut les décevoir.

Pendant que notre technologie progresse, l'âme de l'homme se perd parce qu'il n'a pas su mettre à profit cette chance qu'il avait de partager ses richesses produites. L'égoïsme des nantis a détruit l'humanité.

Ce devrait être mon combat, moi, le juif chrétien catholique marié à une anglicane. La religion divise les hommes aujourd'hui, demain elle peut les réunir. Ce qu'un jour quatre officiants de trois religions ont pu réaliser pour un mariage, pourquoi ne serait-il pas possible de le faire pour notre humanité ?

Mais je suis si las de me battre, Katie. Cet enfant est peut-être un signe, mon amour, mais je n'ai plus le courage de relever le défi. C'est de ma faute, à cause de mon aveuglement, si Jenna et toi êtes mortes.

Je retournais chez Emily en pensant à un air entendu il y a des années : « I'm an englishman in New York », no, « I'm a frenchman in New York » et les paroles me semblent bien dérisoires.

Emily mis en vente son appartement, régla ses affaires avec l'agence et nous retournâmes dans notre refuge.

Nous essayâmes de reprendre pied peu à peu. Emily m'aidait les jours sombres et je la soutenais les nuits d'angoisse.

Please, come back ! Please … come back ….


Javier Dunn - Just Like Dreaming

« C'est grâce à toi ! »

« Katie, mon amour, c'est toi ? Oui, c'est toi. Je te vois. Comme tu es belle. Tu vas bien ? »

« Oui, je vais bien mon chéri. Regarde, Jenna est avec moi. Nous somme heureuses, tu n'as pas à t'inquiéter. Et j'ai une surprise pour toi, il y a quelqu'un qui veut t'embrasser. »

« Bonjour Jules, ça me fait plaisir de te parler. J'ai accueilli Katie et Jenna, nous sommes réunies. »

« Naomi, tu n'as pas changé et Katie est tellement jeune comme au jour où je l'ai rencontrée. »

« C'est normal Jules nous prenons l'apparence que nous avions la première fois que notre amour s'est révélé. Nous avons 17 ans toutes les deux.»

« Je veux venir avec vous, je ne veux pas rester ici, je souffre. Katie, tu me manques, c'est insupportable. »

« Non, tu dois rester. Penses à Emily, veux-tu la laisser seule ? Mais surtout et par-dessus tout, tu ne peux pas quitter James et Robert, un parent ne dois jamais laisser ses enfants quel que soit leurs âges. »

« Comme l'a fait ma mère. Katie, elle m'a abandonné pour suivre mon père. Je ne comptais pas. Elle a choisi la mort au lieu de la vie que je représentais. Comme a-t-elle pu faire cela ? Je n'avais que 13 ans.»

« Rappelle-toi Jules, ce que tu as dit à Emily et bien non on n'a pas le droit de mourir d'amour parce que nous ne sommes jamais seul. C'est la vie qui doit gagner. »

« Tu as des choses à accomplir, de grandes choses, Jules. Une responsabilité à assumer, tu la connais, tu relèveras le défi et tu te battras comme tu l'as toujours fait. »

« Katie, ce sont mes combats qui vous ont tués. Mon entêtement stupide. J'aurais dû vous mettre à l'abri. »

« Ces combats nous les avons menés ensemble. Jenna avait les mêmes. Je sais que je serai fière de toi. Nous le serons toutes les trois. Tu auras des petits enfants, ils auront besoin de toi aussi. Et quand tu sentiras le moment de quitter le monde, ta tâche accomplie, tu nous rejoindras.»

« Mais comment le saurais-je ? »

« Ton cœur te le dictera. Ce jour-là, tu pourras expliquer à Robert et James, pourquoi tu pars et ils en comprendront les raisons car ils les liront dans ton âme. »

« Katie, Jenna et moi, nous vous attendrons Emily et toi. Nous serons près de vous. »

« Tu nous as tellement manqué toutes ces années, Naomi. »

« Papa, je t'aime. Je voudrais que tu saches, nous n'avons pas souffert.»

« Je t'aime aussi Jenna. Naomi, je dirai à Emily que tu vas bien, je l'embrasserai pour toi. Katie, tu seras ma femme pour l'éternité. Merci d'être venu me voir.»

Elles tendirent leurs mains vers moi et je sentis le bout de leurs doigts qui caressait ma peau. Katie s'allongea à mes côtés et me mordit gentiment l'épaule tout en caressant mes cheveux.

Je me suis réveillé avec leurs sourires qui flottaient devant mes yeux.

J'étais troublé. Je respirais l'odeur de Katie, son parfum un peu poivré. Son côté du lit était chaud.

J'entendais encore le son de la voix de Naomi. Je sentais leurs mains sur moi.

Je me suis levé. Ce n'était qu'un rêve. Devant la glace, je vis des petites marques de dents sur mon épaule droite.

Alors, je fus serein, comme je ne l'avais plus été depuis 7 mois.

J'avais retrouvé ma volonté. Je touchais ces petites crevasses en espérant qu'elles restent incrustées dans ma peau pour toujours.

Je savais ce que je devais faire. Le combat pouvait commencer.


Dawn Landes - All Dressed in White

J'ai frappé à la porte de la chambre d'Emily. Une voix claire me dit d'entrer.

Assise dans son lit, son visage était d'une luminosité intense.

Nous nous regardâmes. « Toi aussi, Emily ? Elles étaient là avec toi comme elles l'étaient avec moi. »

Elle sourit, j'étais nu. Je ne m'étais aperçu de rien.

Elle me fit signe d'approcher. Je m'assis près d'elle. De son index, elle touchât la morsure. Elle découvrit sa poitrine et je vis les mêmes traces à la naissance de son sein gauche.

Je ne pus m'en empêcher. « Visiblement Naomi est toujours aussi coquine. Ça promet au Paradis. »

Elle rit. « Je crois, mais Dieu devait le savoir sinon pourquoi la laisser entrer. »

« Parce qu'il est amour donc il aime les amoureux et les amoureuses sans distinction. Dieu n'est pas borné, Ems. »

« Viens t'allonger ici. » Elle désigna le côté libre du lit. « Prends-moi dans tes bras. »

« Ju, je ne sais pas ce que nous avons vécu mais je n'ai jamais été aussi bien depuis très longtemps. »

« Ems, moi non plus mais je sais que nous devons continuer »

« Oui, Ju. Continuer, ensemble. »