Chap. 59 : Find the way out.
En route vers la lumière.
Les deux jeunes gens courraient depuis un petit moment déjà en direction des serres de l'école. Toutes les issues qu'ils croisaient étaient éboulées ou solidement fermées. Chaque fois, Hermione félicitait intérieurement Robert de son admirable travail. Sa magie était à ce point puissante que les mange-morts préféraient faire un détour plutôt que de tenter de briser ses barricades.
Les bruits des combats étaient lointains, étouffés, néanmoins, Hermione considérait que l'absence de signe de menace ne signifiait nullement que la menace cessait d'exister. Dans ces conditions, elle se tenait prête à toutes éventualités. Rencontrer deux fois des inferi l'avait considérablement épuisé. Elle comprenait mal les raisons de cette fatigue. D'ailleurs, existait-il quelqu'un de capable de lui expliquer de quoi il retournait ? Sincèrement, elle en doutait. Poliment, Jérôme faisait semblant de ne pas remarquer lorsqu'elle buttait sur un caillou trainant sur le dallage ou lorsqu'elle mélangeait les mots.
- C'est amusant. coupa-t-il alors qu'Hermione faisait remarquer pour la neuvième fois qu'un accès était totalement obstrué.
- Quoi donc ? tenta-t-elle sachant pertinemment qu'il allait faire une remarque sur les événements qui les occupaient à l'instant.
- En cas de tension nerveuse, tu parles en gaëlique. Il marqua une pause et la dévisagea avec un sourire moqueur. Et quand tout est calme, c'est en français.
- Et alors ? s'enquit la jeune femme passablement surprise par l'inconsistance de la remarque. Elle ouvrit des yeux ronds et le regarda comme s'il s'agissait d'un fou, ou plus simplement, d'un dérangé.
- Rien de particulier. Acheva-t-il sur un ton dégagé. J'aurais cru que tu trouverais une petite place pour l'italien.
Hermione resta une seconde ébahie. Mais finalement, Jérôme trouvait une solution utile pour alléger les tensions. Ils reprirent leur route plus tranquillement. Pourtant, leur surveillance ne fut pas moins efficace. Ils perdaient seulement moins de temps chaque fois à vérifier l'état de la défense magique.
Le silence n'était rompu que de loin en loin par quelques interjections ou bribes de phrases qu'ils échangeaient parfois. Hermione ne se souciait pas de cette absence de conversation, elle se trouvait aux côtés de l'un de ses amis les plus sincères.
Mais les bonheurs étant souvent de courte durée, il fallait bien qu'ils tombassent à un moment sur des mange-morts ayant réussi à franchir les défenses magiques. Ils étaient trois, visiblement fatigués et poussiéreux. En les apercevant, Hermione et Jérôme se regardèrent et manquèrent d'éclater de rire. Les agresseurs faisaient bien pâle figure devant eux. Le plus âgé des mange-morts ne devant pas avoir plus que l'âge requis pour devenir attrapeur dans une équipe de quidditch de seconde catégorie.
Les malheureux jeunes gens comprirent instantanément qu'ils n'auraient probablement pas l'occasion de retourner auprès de leur seigneur. D'un geste bref de sa baguette, Hermione balaya les trois jeunes. Elle avait tenté un sort de lacération relativement léger, mais elle fut surprise de sentir au bout de ses doigts sa baguette qui frémissait d'une vie qui lui était propre. Á l'instant où le sort s'élançait, Hermione avait réfléchi l'espace d'un éclair à un sort de projection. Au lieu de les immobiliser, les plaquer contre la muraille paraissait suffisant. Sans même préciser cette pensée, la baguette l'avait anticipé. La jeune femme exprima sa surprise suffisamment fort pour que Jérôme puisse tenter un commentaire.
- Ta baguette est décidément puissante. Souffla-t-il loin d'être impressionné. Mais je pense surtout qu'elle te connait bien. Acheva-t-il simplement.
- C'est-à-dire ? questionna Hermione rassurée qu'on ne la considère pas comme un danger à cause de cette relation avec sa baguette.
- Rien de particulier, j'avais déjà remarqué à Bari qu'elle faisait toujours ce que d'instinct tu ferais. Elle anticipe tes habitudes. Tenta Jérôme avec une grimace, certain de n'avoir pas été suffisamment explicite.
- Elle les immobilise sans leur faire de mal au lieu de lancer un sort de lacération. Marmonna Hermione qui comprenait le sens de la réplique de son ami.
La jeune femme savait qu'elle se culpabiliserait de faire couler le sang, même celui d'un ennemi. Sa baguette avait donc arrêté le coup et proposé une autre alternative, plus conforme à ses habitudes et à sa sensibilité naturelle. Hermione regarda sa baguette posée dans la paume de sa main gauche en se disant qu'elle avait un garde-fou véritablement exceptionnel. Qu'en effet cet objet disposait d'une puissante magie mais qu'elle ne pourrait jamais servir un homme tel que Jedusor. Ainsi entrainée par la jeune femme, elle refuserait toujours d'ôter la vie de quelqu'un.
Hermione eut un petit sourire crispé. Elle comprenait mieux les affirmations du capitaine Olaf, de Dumbledore, de Jack et Albert même. Dans ces conditions, elle ne pourrait jamais vaincre Jedusor. Il ne lui sera jamais donné d'être aussi ignoble que Jedusor. Et cela grâce à une baguette qui lui avait déjà sauvé la vie et qui sauvait aussi son âme.
- Quand je pense à la puissance de cette baguette, j'en ai un peu peur. Souffla Hermione.
Jérôme la dévisagea, visiblement surpris. Il eut un coup d'œil pour les trois garçons qui reprenaient leurs esprits et jugea qu'il pouvait prendre encore deux secondes pour expliquer sa manière de voir à la jeune femme.
- Cette baguette, c'est toi qui lui donne ses pouvoirs. Confirma Jérôme. Elle ne fera rien que tu ne serais capable de faire.
- C'est une partie de moi. Murmura Hermione rassurée d'avoir bien compris. Jérôme signifia son accord par un mouvement des mains, paumes ouvertes recto puis verso.
Une voix monta derrière la jeune femme. L'un des jeunes mange-morts tentait d'expliquer à ses camarades qu'il était probablement plus futé de choisir la fuite la plus déterminée. Jérôme et Hermione eurent quelques peines à dissimuler leur amusement. Ces pauvres garçons pensaient être discrets. Mal leur en prit. D'un geste leste, Hermione pivota sur elle-même pour se dresser devant eux, bras gauche tendu. Et malgré son bras droit immobilisé, elle restait impressionnante pour quelqu'un qui peinait à se relever.
- Un instant. Coupa Jérôme alors qu'Hermione articulait un sort d'incarcération.
L'homme tendait une main gauche impérieuse. Mais sa tête était enfoncée dans le col de sa robe, il y cherchait manifestement quelque chose d'important. Les manges-morts eux-mêmes ne surent pas trop quoi faire, comment réagir devant cet ordre sans contestation. Devant les visages inquiets, Hermione haussa les épaules et les sourcils dans une attitude plutôt comique qui détendit l'atmosphère. Quoi qu'ils soient dans des camps opposés, Hermione et les mange-morts étaient des jeunes gens, et tous innocents des crimes de Jedusor. La jeune femme ne s'en prenait à eux que dans la mesure où ils représentaient un danger pour les autres et pour eux-mêmes.
Enfin, Jérôme parvint à trouver ce qu'il cherchait. Il fit signe de poursuivre l'action, comme s'il n'avait pas été l'auteur d'une perturbation. Sans chercher les raisons de cet état de fait, Hermione s'élança en direction des jeunes gens. Alors qu'elle allait les atteindre, un phénomène nouveau se fit entendre. Les manges-morts furent à l'instant stupéfaits de ce qui arrivait, la jeune femme ne se retourna pas. Elle avait sans difficulté reconnu l'introduction si particulière de la chanson et commençait à reprendre les paroles parlant de cet aventurier[1].
Hilare, la jeune femme porta les premiers coups. Les sorciers peu habitués à l'usage de la musique, et d'autant plus lorsqu'elle est d'origine moldue, ne parvenaient pas bien à réagir et furent vaincus plus que rapidement. Hermione pensa que sans même l'aide de cet artifice, ils eussent gagné sans grande difficulté. Néanmoins, elle trouvait l'usage de cette musique plutôt agréable.
Prestement saucissonnés, les jeunes manges-morts ne représentaient plus aucun danger en quelques instants. La musique continua, tonitruante, a vriller les tympans des personnes présentes. Un peu exaspérée, Hermione demanda malgré tout un peu moins de bruit. Sans faire disparaître son sourire, Jérôme baissa le son de sa musique. Le chanteur entamait le troisième refrain et le sorcier aurait bien aimé en profiter encore un peu.
- Navré, j'ai tendance à me laisser aller un peu lorsque je dois combattre. Sourit-il.
- Ou conduire, il me semble. Ricana Hermione qui se souvenait avec une certaine nostalgie de la course-poursuite sur l'autoroute française.
Ces souvenirs communs les amusaient finalement beaucoup mais angoissaient leurs prisonniers qui croyaient fermement avoir à faire avec des fous. Le plus âgé des manges-morts considéra que leur avenir immédiat était bien mal engagé face à des sorciers que les combats avaient privés de leur raison.
- J'éteins si cela te gêne. Proposa Jérôme un peu contrit et que cette perspective semblait rendre encore plus malheureux.
- Le commandant Bob n'est pas là, alors, fais-toi plaisir. Affirma Hermione sans hésitation. Mais aurais-tu encore les morceaux de la fois dernière ? demanda-t-elle dans la foulée.
L'idée de réentendre tous ces morceaux lui gonflait le cœur d'une espérance étrange. Comme si les écouter à nouveau pouvait ramener tous ces évènements si anciens. Malicieux, Jérôme exhibât un petit objet à peine gros comme une belle boîte d'allumette. En quelques mots, le sorcier explique, un grand sourire aux lèvres que l'objet est un lecteur de fichiers informatiques appelés MPEG-Layer III.
Très surprise et un peu étonnée de la digression, Hermione chercha à conclure rapidement la parenthèse. Leurs adversaires n'attendront pas sagement qu'ils en aient fini. Devant son visible agacement, Jérôme acheva la description un peu plus rapidement qu'il ne semblait l'avoir prévu.
- Avec ça, les moldus peuvent enregistrer des quantités faramineuses de musique sur un tout petit objet[2].
Saisissant sa boite, Jérôme ne dissimula plus un certain contentement. Il rangea l'objet dans l'une de ses poches sans que le son ne paraisse diminué.
- Moi, j'ai arrangé un peu le système pour notre monde.
Hermione déclara qu'elle ne voulait pas en savoir plus sur ce détournement de technologie moldue répréhensible et condamnée par la loi du ministère.
- Et à quel ministère tu penses ? s'amusa Jérôme qui repartait d'un pas alerte dans le couloir maintenant désert.
La jeune femme resta abasourdie une fraction de seconde. Elle avait cru entendre la très stricte Emma, son alter-ego, celle qu'elle était « avant ». C'était bien son genre à aller s'inquiéter de la légalité d'un objet magique. Hermione, la nouvelle, était moins procédurière en apparence, mais, dans le fond, elle restait très attachée aux lois. Et, à la réflexion, elle ignorait à quel ministère elle pensait lorsqu'elle l'avait menacé de le dénoncer.
De toute manière, ce n'était guère le temps de penser à ces futilités, et Jérôme qui la précédait le savait mieux qu'elle. En courant presque, la jeune femme se rapprocha de lui et de la musique entrainante qu'émettait constamment sa poche droite. Dans cette ambiance, elle ne pensait plus à la douleur lancinante bien qu'amoindrie, qui transperçait sa main droite.
Le couple étrange acheva consciencieusement sa mission en éliminant les divers adversaires qu'il pouvait rencontrer. Ils rirent même beaucoup des mines effarées ou effrayées qu'arboraient leurs adversaires lorsque retentissait la musique. Il fallait reconnaitre que Jérôme avait des goûts éclectiques s'orientant essentiellement vers la partie la plus bruyante du rock n'roll.
Les géants semblèrent ne pas véritablement apprécier les airs de Metallica. L'avantage pour Hermione était de se laisser envahir par ces ondes sonores, parfois un peu discordantes. Ainsi, elle ne pensait qu'à l'acte instantané et non au mal qu'elle causait parfois involontairement. Au bout d'un moment, elle soupçonna Jérôme d'avoir conçu cette manière de combattre dans cette optique précise.
La focalisation sur la musique rendait les gestes moins automatiques, plus fluides, mais aussi plus désincarnés. Entre sa baguette qui anticipait ces pensées et la méthode de combat rapproché employé par Jérôme, Hermione avait l'impression de ne pas être présente. Cela la protégeait de toute culpabilité.
En moins de temps qu'ils l'avaient prévu, ils achevèrent la vérification des issues. Par acquis de conscience, Hermione imposa à Jérôme de visiter les étages pour être bien certains que rien n'avait attendu, dissimulé dans les ombres. Même s'il n'y voyait pas d'utilité, Jérôme ne s'opposa pas à cette proposition. Finalement, deux précautions valent mieux qu'une seule avait-il affirmé.
Ils longeaient à présent le couloir des trophées. Hermione connaissait cet endroit où elle avait cherché lors de sa première année des indices sur Harry. Sans y prêter attention, elle s'arrêta devant la coupe qui faisait encore mention de James Potter « plus jeune attrapeur de sa génération ». Elle esquissa un fugace sourire pour masquer la douleur du souvenir. L'extrémité de ses doigts frôlait la coupe, elle n'osait pas s'en approcher plus. Une main rassurante se posa sur son épaule.
- Sirius, j'ai fait tellement de bêtises. Fit-elle, au bord des larmes.
- Désolé, ce n'est que Jérôme. Sourit l'intéressé. On va le retrouver ton père. Acheva-t-il de son visage radieux.
Hermione balaya du revers de sa main valide les larmes qui perlaient et reprit contenance. Il ne servait à rien de regretter. Tout ce qui importait, c'étaient Sirius et ses amis.
Un cliquetis étrange les arrêta lorsqu'ils s'élancèrent dans les escaliers pour redescendre. Jérôme eut à peine le temps de repousser la jeune femme qu'une acromentule gigantesque lui tombait dessus. Alors qu'elle voulait s'avancer pour l'aider, Hermione constatât avec horreur qu'une dizaine de ces monstres se laissaient glisser le long de leurs fils dans la cage d'escalier. Les acromentules avaient pris le temps, mais elles étaient parvenues à se hisser sur les toits. De là, elles purent s'infiltrer discrètement. Hermione resta tétanisée. Non pas qu'elle eut peur des monstres, elle n'était pas comme Ron, mais elle craignait que toute leur mise en sécurité soit remise en question du fait de cette intrusion.
Si les acromentules avaient atteint la toiture du bâtiment secondaire, elles pouvaient être sur toutes les tours de l'école. Cela n'était pas une bonne nouvelle. En un instant, Hermione chassa ces angoisses pour se concentrer sur Jérôme dont elle n'entendait pas la voix. Les pires craintes se firent jour dans son esprit. Déjà les monstres formaient un ensemble compact autour du français.
La jeune femme dressa d'une main tremblante sa baguette. Elle devait libérer Jérôme de ces monstres sans le blesser. Malgré son expérience, elle ne voyait pas trop comment s'en sortir. Et elle craignait qu'il ne soit déjà trop tard pour son ami. Cette insinuation lui brisait le cœur et elle préféra penser que les acromentules n'étaient pas assez fortes pour lui. Mais, diable qu'elles étaient nombreuses.
Ne pouvant attendre, la jeune femme tenta tous les sorts qui lui venaient à l'esprit. Mais les lacérations entaillaient à peine l'épaisse couche de chitine de ces insectes. Aucun sortilège d'immobilisation ne semblait efficace, même si l'une des acromentules semblait moins s'intéresser à Jérôme et plus à Hermione. Soudain, alors qu'Hermione n'avait toujours pas trouvé de sort efficace, les mouvements des monstres ralentirent et parurent plus désordonnés. De la musique s'éleva de l'amas monstrueux.
- We don't need now education[3] ! cria Jérôme avec un mauvais accent anglais.
Hermione sursautât. Elle n'aurait pas imaginé qu'il puisse s'en sortir seul. Elle avait tant l'habitude de venir en aide aux autres qu'elle considère souvent qu'ils sont avant tout des incapables. Á cet instant, elle comprit la remarque qu'il lui avait faite. Elle ne leur faisait pas confiance, non que ce soit conscient, mais c'était un fait.
La jeune femme pleura encore abondamment pendant que son ami s'occupait de faire disparaitre les acromentules. Il faisait preuve d'une grande rigueur dans la méthode d'éradication. Pendant qu'il combattait, il l'expliqua de loin à sa coéquipière. Hermione fut même spécialement vexée de n'y avoir pas pensée toute seule. Réduire l'acromentule au vingtième de sa taille la rend bien moins dangereuse et bien plus simple à vaincre.
Lorsque la dernière des bestioles se trouva sur le dos, agonisante, Hermione se précipita dans les bras de Jérôme pour s'assurer qu'il allait bien.
- Attention, ma femme risque de me faire une crise de jalousie. Se moqua le français.
- Très malin ! s'exaspéra Hermione. J'ai cru qu'elles t'avaient eu. Fit-elle d'une voix rauque.
- Il en faut plus pour avoir un de Bloqueville, on a fait les croisades tu sais. Sourit-il.
La jeune femme laissa passer l'allusion relativement commune dans les milieux où évoluaient les normands venus les aider. Ce qui lui importait était de s'excuser d'avoir douté de lui et des autres. Il accepta les excuses avec un sourire figé et une drôle de grimace sur le visage. Hermione s'aperçut enfin qu'il portait quelques belles balafres et entailles dues au combat.
Peu douée pour le combat contre les insectes, Hermione se savait plus à l'aise dans les sorts de soins. Même si elle n'avait pas recouvré toute la mobilité de sa main droite, elle l'avait visiblement correctement soignée.
Elle passa doucement sa baguette le long des blessures en scandant les sortilèges habituels. Les principales blessures se refermèrent largement et le sang cessa de couler. Pendant ce temps, Jérôme ne restait pas immobile, il avala une gorgée d'un produit conservé dans une gourde en cuivre.
- Antidote commun à la plupart des poisons. Fit-il en montrant le flacon. Il grimaça en avalant. Et c'est pas bon du tout. Acheva-t-il.
- La prochaine fois, tu feras plus attention. Coupa Hermione d'un ton qui se voulait amusant.
Après s'être assuré que les acromentules ne pourraient plus passer par le toit en le scellant magiquement, les deux sorciers décidèrent de reprendre leur tour de surveillance en accentuant toutes ces issues imprévues.
Bien leur en prit. Ils purent bloquer deux ou trois nouvelles invasions. Maintenant que la jeune femme maîtrisait aussi les sorts utiles contre les acromentules, ce fut bien moins problématique. Au détour d'un angle, Hermione fut surprise d'apercevoir une forme humaine abandonnée au milieu du couloir dans lequel ils s'engageaient.
Sans hésitations, ils s'avancèrent vers la potentielle victime. Mais ils n'étaient pas non plus dupes. Ce genre de situation pouvait être le plus piètre des pièges. Se séparant, l'un sur la gauche du couloir, l'autre sur la droite, Jérôme et Hermione s'assurèrent d'avoir parfaitement sécurisé la zone avant de se porter au secours de la personne inconsciente.
Comme la jeune femme n'avait qu'une main de libre, ce fut elle qui resta en veille, laissant Jérôme s'assurer de l'état de santé de la personne. Il s'accroupit à ses côtés et entreprit de faire un bilan.
- Femme, environ 40 ans, inconsciente mais vivante. Fit-il avant de la retourner. Tu connais la victime ? demanda-t-il à la jeune femme qui tournait le dos à Jérôme, persuadée d'avoir entendu du bruit plus loin dans le passage.
Prestement, Hermione tourna le visage en direction de son ami. Elle fut saisie en reconnaissant la « victime ».
- Narcissa Malefoy ! souffla-t-elle. Tu parles que je la connais. Répondit Hermione narquoise.
- Amie ou ennemie ? s'inquiéta instantanément Jérôme qui s'éloigna vivement.
- Ennemie potentielle. Répondit Hermione en se détournant. La situation lui apparaissait de plus en plus comme un piège.
- Je la réveille. Continua Jérôme.
Sans se pencher vers Narcissa, le normand l'arrosa copieusement d'un jet d'eau sortant de sa baguette. L'effet fut pratiquement immédiat et la victime sortit de l'inconscience avec un toussotement d'étranglement. Hermione sourit en pensant que la mère de Drago avait bien faillit mourir noyée si loin du lac.
Un entretient un peu rude fut imposé à la sœur de Bellatrix Lestrange. Pour ne pas être tentée, Hermione préféra ne pas s'en charger. Mais, son ami avait bien compris la charge émotionnelle qui séparait les deux femmes. Il fut courtois bien qu'un peu viril. Grâce à cela, ils apprirent que Narcissa avait dû s'échapper pour ne pas être exécutée par son maître.
- Il vous fait porter la charge de l'échec de Lucius. Interrompit Hermione sagace.
- En effet, pourtant, que pouvait-il faire contre Seagull ? demanda Narcissa d'une petite voix.
Jérôme retint un rire et Hermione lui en fut gré. Elle ressentit une profonde pitié à l'égard de cette femme que profondément elle détestait. Ce ressentiment lui venait de son adolescence, d'avant. Elle avait, avec Harry beaucoup souffert des comportements odieux de Lucius Malefoy et de son rejeton. Par un phénomène naturel de ricochet, elle avait inclus Narcissa dans son rejet des Malefoy. D'ailleurs, les rares fois où elle avait pu évoquer avec Sirius sa cousine adoptive, les mots étaient tout aussi durs.
Dans un coin de son cœur pourtant il restait un peu d'hésitation. Les quelques fois où Hermione avait pu croiser Narcissa seule à seule, elles s'étaient comportées de manières courtoises, cordiales, sans animosité. Au cours des soirées organisées par sa Tante Jane, Hermione avait eu l'occasion de fréquenter une femme mondaine plus impliquée par les convenances et ce que l'on pouvait penser d'elle qu'une acharnée du mauvais esprit comme l'était son mari.
Á la réflexion, Hermione n'avait jamais entendu Narcissa être désagréable ou même acerbe. Elle présentait un caractère égal, hautain et distant mais apparemment honnête et droit. Que les deux femmes n'aient pas les mêmes aspirations et les mêmes comportements n'était pas douteux, pour autant, cela permettait une certaine cohabitation.
Dans ces conditions, Hermione n'hésitât pas longtemps avant de proposer sa main valide pour aider la mère de Drago à se redresser. L'inattendu se produisit alors. Narcissa détailla visiblement la jeune femme. Il était vrai que l'allure générale d'Hermione n'était pas très flatteuse. Habillée en moldue, jeans serrés, pull un peu large et col rond, portant ses cheveux clairs en un catogan très long, Hermione ressemblait peu à une sorcière. Avoir son bras droit en écharpe ajoutait à la dissonance de l'ensemble. La femme d'un certain âge ouvrit de grands yeux comme si l'aide qu'on lui proposait était des plus déraisonnables. Apparemment affolée, Narcissa tourna son regard vers Jérôme qui ne bougeât pas un muscle. Ce qui allait se passer ne concernerait qu'Hermione et cette femme. Lui-même ignorant tout d'elle avait compris d'instinct que la situation n'était pas claire.
- Laisser une mugblood m'aider ! s'exclama Narcissa visiblement outrée. Jamais de la vie !
- Habituellement, on évite de mordre la main qui se tend pour vous aider. Cracha Jérôme en français.
Narcissa regarda l'homme avec un dédain certain. Tout comme Jedusor, les Malefoy se paraient d'une supériorité indue et négligeaient tout ce qui n'était pas sorcier et anglais à la fois. Dans son esprit, un français était moins que rien. Même si cet étranger appartenait à une ancienne famille sorcière.
- Qu'est-ce qui lui arrive ? s'étonna Jérôme devant les regards de Narcissa.
- Il lui déplaît d'accepter l'aide d'une personne issue de non-sorciers. Sourit Hermione un peu contrite. Jérôme haussa de longs sourcils très surpris de cette considération.
- Je préférerais même que Seagull elle-même me vienne en aide. Souffla Narcissa orgueilleuse et peu sympathique.
Jérôme et Hermione se dévisagèrent et tentèrent de demeurer sérieux devant une affirmation aussi éhontée. Manifestement, les mange-morts n'étaient pas encore au fait de la personnalité réelle d'Hermione. Un flou artistique persistait entre Dietrich et Hermione. La jeune femme s'amusait de cette confusion, mais Jérôme semblait plus perplexe.
- Tout bien considéré, je peux accepter votre aide étranger. Reprit Narcissa avec froideur.
- Cet étranger est probablement plus anglais que vous. Remarqua Hermione narquoise.
- Ma famille vit dans ce pays depuis plus de quatre siècles ! se pavana Narcissa comme s'il n'était meilleure preuve de ses qualités propres.
- La mienne a envahi ce pays en 1066. Sourit Jérôme. D'une certaine manière, vous êtes chez moi, madame. Acheva le normand visiblement réjouit de son effet.
Le visage de Narcissa se figea. D'une simple formulation toute aussi infondée que la sienne, Jérôme venait de défaire tout ce que les mythes et la persuasion de Jedusor avait patiemment construit dans son esprit.
- Il n'y a pas de réponse absolue à l'être humain et à ses racines. Reprit doucement Jérôme. Vous êtes ce que vous faites, là où vous êtes.
Hermione tiqua. Si les mots n'étaient pas les mêmes, le sens était sans équivoque celui qu'avait donné Robert de Mathan dans son bureau à la veille de la Noël 1984. Depuis son retour à son époque, Hermione courrait après sa vie perdue. Elle venait d'avoir la preuve que cela n'avait aucun sens.
- Il n'empêche que j'appartiens à l'élite des sorciers et que je n'ai pas à vous laisser m'incommoder. Affirma Narcissa qui s'empêtrait dans la négation de sa situation.
- Vous n'avez guère de choix. Cingla Hermione. Votre mari et votre fils sont en notre pouvoir. Si vous voulez les revoir, il faudra bien accepter que l'on vous aide.
La phrase étonnamment longue fut débitée sur un rythme froid et sobre. Hermione fut surprise de ne pas s'empêtrer dans sa sentence et fut satisfaite de l'effet produit. Le doute voilait enfin le visage de Narcissa.
- Vous n'allez pas me livrer à Seagull ? s'inquiéta la femme en tendant une main tremblante à Jérôme.
Hermione saisit doucement l'autre main et à deux ils hissèrent Narcissa sur ses deux pieds. Elle tremblait de tout son long. Comme si la confrontation avec l'héroïne irlandaise pouvait lui être plus néfaste que les réprimandes de Jedusor lui-même.
- C'est un peu tard. Sourit Jérôme.
- Que ? tenta Narcissa en jetant des regards affolés de toutes parts.
- Parce que vous êtes déjà entre mes mains. S'amusa Hermione en resserrant son étreinte sur le poignet de Narcissa. Je suis Seagull. Ajouta-t-elle devant l'incompréhension manifeste de la femme.
Narcissa Malefoy sembla se décomposer devant la nouvelle. Elle tenta de faire le lien entre Hermione, Seagull et Dietrich. Il fallut toute la diplomatie de Jérôme pour lui faire comprendre ce qu'il en était en vérité. Mais malgré tout, Hermione était persuadée que la mère de Drago doutait encore de la véracité de l'information. Peu importait de toute façon.
Une fois que cela fut établi et que Narcissa sembla être vaguement remise de ses émotions, Jérôme insistât pour que le groupe ne restât pas statique plus longtemps.
- Nous devons rattraper Robert et les autres. Scanda-t-il rapidement.
- Et aider Harry. Compléta Hermione d'une voix ferme. Elle arracha ainsi un sourire à Jérôme. Elle ne se laissait pas abattre.
Fermement soutenue, Narcissa se laissa emporter dans les couloirs du second étage. Les divers accès étaient tous obturés et il n'était plus question que de s'assurer de ne laisser aucune surprise désagréable déambuler dans ces couloirs déserts.
Á l'angle d'un passage, Jérôme proposa de redescendre par les escaliers et de rejoindre au plus vite la grande salle. Mais Hermione y opposait son envie de passer par l'un des passages qu'elle connaissait bien. Ils pourraient ainsi rejoindre Robert de Mathan bien plus rapidement. Ils peinaient à trouver un compromis lorsque Narcissa prit la parole.
- De toute façon, vous n'irez nulle part. fit-elle d'une voix blanche. Ils m'ont retrouvé. Acheva-t-elle dans un évanouissement.
Hermione et Jérôme laissèrent le corps inanimé rejoindre délicatement le sol de pierre nu. En se redressant, ils comprirent la raison de la réaction surprenante de Narcissa. Un petit groupe d'inferi se dressait devant eux. Á ses côtés, Jérôme eut une grimace qui signifiait clairement ce qu'il pensait de la situation.
- Avec elle qui est inconsciente, nous ne pourrons pas aller bien loin. Souffla-t-il en désignant Narcissa recroquevillée dans un coin du passage. Hermione la soupçonnait de feindre l'évanouissement.
- Qu'importe. Répondit Hermione en haussant les épaules. Je ne suis pas à cela près.
- Pardon ? s'enquit son coéquipier qui ne pouvait savoir les prouesses de la jeune femme.
En quelques phrases laconiques, Hermione raconta ses interventions contre les inferi rencontrés dans les caves. Elle n'omit pas non plus ceux qu'elle avait éradiqué à Lestrange's Mansion. Estomaqué, Jérôme dévisagea la jeune femme. Le silence n'était plus rompu que par le bruit ignoble du sol raclé par les membres sans vie des inferi et par la musique qui s'échappait encore de la poche de la robe du normand.
- La chanson est appropriée. Plaisanta Hermione lorsqu'Alice Cooper entamât le refrain de « Feed my Frankenstein ».
- D'ailleurs, il commet l'habituelle erreur de confondre le monstre sans nom avec son inventeur, le docteur Frankenstein. Répondit sans y penser Jérôme.
- Spécialiste de la littérature anglaise ? s'amusa Hermione.
- Qui n'a pas lu Mary Shelley ? s'étonna Jérôme.
- Dites, vous avez l'intention de rester devant sans rien faire, ou l'un de vous aura l'obligeance de me laisser passer ? fit une voix.
- Sean ! se réjouit Hermione en reconnaissant la voix de son ami qu'elle avait laissé sur les bords du lac.
L'irlandais tendait son bras en direction des inferi. Au bout de ses doigts étincelait sa baguette visiblement prête à l'action. Jérôme ne fit pas un geste mais se concentra sur le petit groupe de morts-vivants qui s'approchaient. Hermione rangeât prestement sa baguette de sa poche de jeans et se tourna à son tour vers eux.
- Je m'en occupe. Affirma la jeune femme en tendant sa main valide en direction des inferi.
Un halo lumineux commençait déjà à se diffuser autour d'elle. Hermione sentait sa magie se concentrer dans ses mains. Dans quelques instants, elle réduirait en cendres ces reliquats de vie. C'est avec étonnement qu'elle reçut les oppositions conjointes de ses deux amis.
- Es-tu folle ! ragea Sean vertement.
- Tu tiens tant à mourir ? insista Jérôme.
La jeune femme resta ébahie devant une réaction aussi autoritaire et définitive. Elle avait usé de cette magie par trois fois déjà, et, malgré quelques désagréments, elle avait toujours vaincu.
- Libérer la magie sans contrôle et sans limites, c'est brûler son énergie. Lança Sean.
- Après un peu de repos, je pourrais continuer d'avancer. Tenta Hermione revenant un peu de sa surprise.
- Le déploiement d'énergie sans contrôle est puissant. Coupa Jérôme doctement. Il peut tout détruire autour de toi.
- C'est ce que je cherche. Rétorqua Hermione. Et vous pouvez vous éloigner le temps que je m'occupe d'eux. Acheva-t-elle rudement.
- Sans direction, cette magie détruit autour et à l'intérieur de toi ! continua Jérôme imperturbable.
Les dégâts collatéraux de cette pratique eurent raison de la détermination de la jeune femme. Elle ne s'était pas attendue à employer une forme de magie à ce point destructrice. Elle ignorait que cela fusse possible. Elle paniqua un peu en pensant aux risques qu'elle avait pris chaque fois. Néanmoins, elle comprenait mieux pourquoi elle se sentait si mal après s'être ainsi laissé aller.
La jeune femme eut un frisson a posteriori. Elle se sentait mal, évidemment, d'avoir été stupide à ce point. Elle regrettait déjà d'avoir été, pourtant si peu de fois dans sa vie, impulsive. Elle guetta dans le regard de ses amis une absolution qu'elle savait ne pouvoir obtenir que d'elle-même. Le danger de l'instant lui échappait à présent. Heureusement, ce n'était pas le cas pour toutes les personnes présentes. Fermement, Sean écarta la jeune femme du passage et tendit sa baguette vers les inferi.
La vague d'un feudémon émergea ravageant tout sur son passage. Les morts-vivants disparurent dans les flammes magiques sans un rugissement, sans un cri. Ces détails rendaient plus aisés leur destruction mais donnait une allure irréelle à leur intervention. D'une certaine manière, Hermione se sentit soulagée de ne voir aucune réaction humaine provenir des inferi. Cela la confortait dans l'idée d'avoir fait le bon choix.
La scène ne dura que quelques instants qui parurent durer des heures à Hermione tant l'effort demandé était conséquent. Elle ressentait pleinement les suites de sa blessure au poignet droit. Utiliser sa baguette de la main gauche, malgré l'aide qu'apportait l'objet lui-même, était épuisant. Pourtant, elle n'avait jamais cédé, et ce n'était pas aujourd'hui qu'elle serait écartée de l'action.
- Allons rejoindre Robert. Cria-t-elle dès que le dernier des inferi fut devenu des cendres.
La jeune femme s'élança sans se préoccuper des réactions de Jérôme et de Sean. Le normand la suivit sans difficulté, abandonnant sans remords Narcissa Malefoy vaguement entravée. Pourtant, Sean resta interdit un instant.
- Par-là, vous allez devoir faire le tour complet de l'école. Lança-t-il enfin.
Hermione s'arrêta net. Elle se dirigeait droit sur les escaliers. Ce chemin était le plus court, et elle ne comprenait pas pourquoi ils perdraient du temps.
- Les acromentules ont envahit les escaliers. Continua Sean en leur indiquant l'autre extrémité du passage. Nous devons contourner l'ennemi par les souterrains.
- Les souterrains sont obturés. Articula Jérôme avant qu'Hermione ne le fasse.
- Prenons par la cour pavée ! s'étonna Hermione.
- Le pont entre la divination et la botanique s'est effondré. Lança Sean.
La situation paraissait impossible. Aucun des accès normaux n'était envisageable. Á vouloir assurer la sécurité des occupants du château, Jérôme et Hermione s'étaient enfermés dans une impasse. Quel que soit l'issue proposée, ils retomberaient sur l'ennemi. Cela n'angoissait pas outre mesure Hermione, mais si elle pouvait éviter des combats inutiles, elle se sentirait plus à l'aise. Son poignet pourtant soigné la faisant continuellement souffrir.
Ils restèrent un moment à tergiverser, à déterminer laquelle des solutions serait la moins délicate. Dans son coin, Narcissa Malefoy sanglotait. Á bout, Hermione finit par lui adresser rudement la parole.
- Que vous arrive-t-il ? s'enquit la jeune femme. Je pensais que les mange-morts n'avaient guère de sentiments.
- Vous n'avez pas d'enfant ! coupa sèchement Narcissa.
Hermione sourit doucement, elle comprenait les craintes de la mère et trouvait que, finalement, la situation évoluait dans une direction plutôt plaisante.
- Drago est entre nos mains, et il ne lui arrivera rien de grave. Rassurez-vous. Fit-elle finalement.
- Vous plaisantez ? lança Narcissa, sur son visage, on pouvait lire toute la joie d'une mère enfin rassurée.
- Et on a votre mari aussi. Compléta Sean.
Instinctivement, Hermione soupira. Sans qu'elle l'ait vraiment voulu, elle avait rempli la promesse qu'elle avait faite à Drago au cours d'une altercation un peu houleuse. Il vivrait, et ses parents aussi. L'ironie du sort, pensa-t-elle.
Malgré ces considérations rassurantes, Hermione et ses compagnons étaient encore coincés au milieu d'un couloir du quatrième étage. Soudain, Jérôme sortit un plan de l'école et s'exclama qu'il avait probablement une solution.
- Et si nous coupions par la tour de l'horloge ? proposa-t-il.
- Pour moi, c'est une bonne idée. Intervint Sean. Á ses pieds, il doit y avoir Rodrigue et ses amis du Sleepin' Chess.
Du moins, il les avait laissés là-bas près d'une heure plus tôt. Hermione fut rassurée de savoir certains de ses amis en bonne santé. Pourtant, le détour proposé recelait des difficultés importantes. Ils ignoraient comment redescendre de deux niveaux pour atteindre le couloir suspendu qui menait à la tour de l'horloge. Si les escaliers étaient inaccessibles, il fallait contourner l'ensemble sur au moins deux bâtiments et les passages secrets ne seraient pas d'une grande utilité.
Plongée dans ses pensées, Hermione aperçut du coin de l'œil une fenêtre ouverte. L'idée se fit jour dans son esprit, claire et limpide. Elle se traita sans regret d'imbécile tant la solution était simple.
- Y-a-t-il des animagus autres que moi ici ? interrogeât-elle.
- Si une souris peut t'aider. Balbutia Jérôme.
Hermione se tourna vers le normand. Elle ignorait qu'il avait cette capacité. Dans ses souvenirs qui dataient de leur escapade en Italie, il n'avait pas ce genre de pouvoir. La jeune femme le soupçonna d'avoir pratiqué pour se rapprocher d'elle. D'une certaine manière, elle en était flattée.
- C'est mieux que rien. Affirma Hermione. Sean ?
- Désolé, je suis trop vieux pour ces bêtises. Conclu l'irlandais. Et puis, il faut bien quelqu'un pour emporter vos valises. Fit-il en désignant Narcissa Malefoy qui tremblait dans son coin.
L'idée de fréquenter des animagus semblait déplaire tout particulièrement à la sorcière. Pourtant, pensa Hermione, ce genre de possibilité apportait souvent des avantages. La discrétion et la surprise qui en découlaient n'étaient pas sans intérêts.
Les jeunes gens laissèrent donc à Sean la charge de Narcissa. Hermione se précipita vers une fenêtre qu'elle fit voler en éclat d'un sort de lacération. Et, lorsqu'elle prit appui sur le rebord de la fenêtre, sa transformation eut lieu en un instant. Un faucon de belle taille avait remplacé la jeune femme. Á quelques pas en arrière, Jérôme eut un sifflement admiratif.
- J'ignorais qu'on pouvait changer de transformation. Murmura-t-il.
- Tout comme le patronus, il faut une forte émotion pour évoluer. Répondit Sean doctement.
- J'aurais bien aimé la voir en mouette. S'amusa Jérôme.
En réaction à cette boutade, Sean entreprit de coller une bourrade virile dans l'épaule du normand. Mais le poing de l'irlandais ne rencontra que le vide. Déjà Jérôme s'était changé en souris. En une espèce de petit mulot brun et gris qui gesticulait en tous sens.
Prestement, le faucon attrapa l'animal et s'élança par la fenêtre brisée. Sean regarda la scène avec un sourire puis se pencha pour hisser Narcissa sur ses deux pieds.
- Vous avez de la chance. Lança-t-il à la femme. Ces deux-là seraient bien capables de nous sauver tous.
- Personne ne peut vaincre le seigneur des ténèbres. Répondit Narcissa cinglante.
Sans un mot supplémentaire, Sean conduisit sa prisonnière dans les couloirs, il n'y avait rien à ajouter devant la mauvaise foi de cette femme. Pour l'heure en tout cas, Hermione avait trouvé une issue à leur enfermement. L'oiseau emportait le frêle rongeur loin dans la lumière du jour. Un grand soleil d'été rayonnait à l'extérieur et contrastait avec la pénombre des couloirs.
Á présent, il fallait vaincre. L'irlandais n'avait pas eu le cœur d'annoncer les mauvaises nouvelles à la jeune femme. Il savait qu'elle allait très bientôt être informée.
[1] Indochine, « l'Aventurier ».
[2] Apparition du format informatique MP3 en 1996, et des machines idoines vers 2000. Je suis donc un rien en avance.
[3] Pink Floyd « The wall », Another brick in the wall, (part 1, 2 ou 3, au choix)
