ROSE 36

« Hé ! C'est pas juste ! interpella Hermès dès que Héra abaissa le cône de silence. Je ne peux pas archiver ce que vous dîtes quand vous faites ça !

_ Comme c'était une conversation privé entre notre inquisiteur officiel et nous-même, cela ne sera pas dans les archives, répondit Héra au Messager en fronçant les sourcils.

Par la présente, nous nommons Joxer, Haut-Prêtre d'Arès Dieu de la Guerre, notre inquisiteur officiel à propos du retour du Rose d'Aphrodite, » déclara fermement Héra.

Joxer le Magnifique, Haut-Prêtre du Dieu de la Guerre, n'était pas heureux. Cela ne voulait pas dire qu'il n'allait plus jamais être heureux, mais pour le moment, il n'était pas heureux.

Héra, la Reine des Dieux, venait juste de lui ordonner de démêler ce bazar. Qu'est-ce qu'il allait faire, maintenant ? Il n'avait aucune idée de quoi dire ou faire. Il chercha frénétiquement de l'aide du regard auprès de ses frères. Gagne du temps, articula Jett ; il regarda Jace, mais celui-ci était en train d'embrasser Déméter, encore.

Cependant, Joxer savait que si Jace n'avait pas été en train d'embrasser Déméter, il articulerait la même chose. Gagner du temps était toujours une bonne option.

Mais comment gagner du temps ? Il y eut un son de mécontentement. Il vit un messager des dieux dans tous ses états qui était en train de grommeler à propos des cônes de silence en direction de son stylo qui notait tout ce qu'il disait. Bingo.

« Je demande à cette cour une suspension d'environ une longueur de chandelle, afin de pouvoir relire le compte-rendu officiel pour réfléchir à ma prochaine action, dit Joxer, à moitié mort de peur.

_ Accordé, répondit Héra qui était toujours en train de regarder son arrière-petit-fils.

_ Euh... une autre chose, commença Joxer en regardant l'enfant.

_ Quoi ? » demanda Héra.

Joxer monta sur le dais et tendit les bras, Bliss s'y jetant avec enthousiasme. Joxer lui murmura quelque chose au creux de l'oreille. L'enfant gloussa follement et vola jusqu'aux deux hommes assis tout près l'un de l'autre.

« Papa, Mien ! » cria-t-il et il leur fit à tous les deux un câlin en s'installant entre eux.

Le dieu ailé et le mortel nouvellement restauré n'hésitèrent pas avant de couvrir le petit de câlins et de bisous. Ils ne se plaignirent pas non plus que cela les faisaient se toucher l'un l'autre un peu plus.

Joxer sourit devant ces trois-là, puis tourna le regard vers la Déesse toujours bâillonnée, enchaînée, les yeux bandés, et gémissant sur sa chaise. Il devait réparer ça, il le devait.

Joxer alla à la table où Hermès transcrivait le déroulement de l'enquête. Hermès était pour le moment en train de faire griller de petite saucisse roses au-dessus d'un petit brasier qu'il avait conjuré. Avant même que Joxer ne lui demande, Hermès montra du doigt le rouleau de parchemin sur le bureau et retourna s'occuper de ses saucisses.

Joxer haussa les épaules. D'abord, il jeta un coup d'œil aux alentours, prit quelques menus objets qui traînaient ça et là, et les plaça à portée de main. Puis il se saisit des transcriptions, ouvrit le rouleau au commencement, prit une profonde inspiration, fit le vide dans son esprit, et commença à lire. C'était une guerre, c'était tout, juste une toute petite guerre, pas de problème. Un moment plus tard, le monde s'évanouit autour de lui comme il se plongeait dans la lecture des transcriptions.

x

Arès était impressionné. Impressionner le Dieu de la Guerre n'était pas chose aisée, mais au cours des deux dernières heures, il l'avait été. Il semblait que Joxer possédait des ressources insoupçonnées, à la fois en intelligence, en courage, et, cette pensée le fit sourire, en amour. Il savait que le mortel était l'un de ses meilleurs fidèles. Absolument maladroit, mais vraiment, le pouvoir qu'il tirait d'une de ses prières !

Parfois, après que son demi-frère et, et bien, le terrible quatuor, comme il aimait les appeler, venaient encore d'interférer avec l'un de ses plans, une seule prière de Joxer suffisait à lui éclairer sa journée.

Ce qu'il soupçonnait, son Oncle Hadès l'avait confirmé. Joxer était brillant, et il le dissimulait soigneusement. Le sourire d'Arès s'évanouit, il allait trouver pourquoi. Puis il se rendit compte qu'il allait devoir faire du mal à quelqu'un, très, très mal. Son sourire revint.

Arès se leva lorsque fut annoncée la suspension de séance, et commença à s'avancer vers son nouveau Haut-Prêtre, il voulait échanger un ou deux mots avec cet homme.

« S'il vous plaît, Seigneur Arès, n'y allez pas, » vint la calme, polie, mais ferme demande.

Pour la première fois depuis un bon moment, Jace s'éloignait de la Déesse qu'il aimait : il se précipita en face du dieu guerrier. Une Déméter confuse se tenait à côté de lui.

Un instant plus tard, Jett, avec une Éris toute aussi confuse, était aux côtés de son frère jumeau, en face du Dieu de la Guerre, et il faisait écho à sa requête :

« S'il vous plaît, n'y allez pas. »

Arès était stupéfait, personne n'avait jamais essayé de l'arrêter depuis, et bien, il avait oublié depuis combien de temps ça ne lui était pas arrivé. Il regarda les miroirs parfaits de Joxer qu'étaient Jace et Jett, portant une expression très sérieuse sur le visage, et il se demanda pourquoi ils paraissaient si inquiets. Non pas que faire griller ces deux mortels n'était pas un tout petit peu tentant, mais les conséquences seraient trop grandes. On ne se frottait aux femmes dans cette famille, pas si on voulait vivre longtemps et en bonne santé.

« Expliquez, » ordonna Arès optant pour la voie diplomatique plutôt que de les faire griller.

Jett et Jace s'échangèrent un regard, s'accordant muettement entre eux, et Jett, l'aîné, prit la parole :

« Vous réalisez que Joxer est, et bien, très intelligent, mais, enfin, une catastrophe totale en tant que guerrier ?

_ J'ai remarqué, oui, gronda Arès.

_ Et bien, ce qui lui a toujours fait défaut en terme de savoir-faire et de coordination, il le compense par sa force mentale, de la concentration et du talent. En vérité, il aurait dû être dédié à la Déesse Athéna pour ses seuls capacités tactiques.

_ Capacités en tactique ? demanda une Éris confuse.

_ Comment croyez-vous que notre père a été capable de remporter autant de batailles ? fit remarquer Jett avec un sourire narquois. Père ne savait pas se sortir d'un assaut en trois vagues, même QUAND c'était lui qui attaquait.

_ Ça a toujours été Joxer. Il entre dans une sorte de transe quand il résout un problème. Regardez-le. »

Sur ce, les cinq regardèrent Joxer. Il était assis en tailleur sur le sol. Il lisait la totalité du rouleau très rapidement. Autour de lui étaient placés de nombreux objets : des fruits, des bols, des bougies, et des bougeoirs. Il termina de lire le rouleau et le plaça à côté de lui. Joxer prit alors tous les objets et les plaça en cercle. Puis, le cercle fut brisé comme il commença à les déplacer ça et là. Il s'arrêtait de temps en temps et regardait où il avait placé quoi. Puis il secouait la tête et recommençait à les déplacer. S'arrêtait et secouait la tête et recommençait. Il bougeait si vite qu'Arès avait du mal à suivre.

« Brisez sa concentration et cela pourrait vous coûter une bataille. Un des lieutenants de Père l'a fait, une fois, et Joxer a raté quelque chose, et Père a perdu presque la moitié d'une légion. Puis a battu Joxer à moitié à mort pour cette erreur, expliqua Jace avec chagrin. Père n'a plus jamais autorisé personne à refaire cette erreur, des gardes surveillaient Joxer après ça, pour ne pas qu'on le dérange. Non pas que Père lui ait jamais accordé le moindre crédit pour ses campagnes.

_ Mais s'il est un si bon tacticien, pourquoi n'est-il pas toujours au service de votre père, ou pourquoi un seigneur de guerre ou un autre n'a pas essayé de l'enlever ? demanda une Déméter confuse à Jace.

_ Parce que personne ne savait que c'était Joxer qui dressait les plans de bataille pour Père. Dès que Père se rendit compte que Joxer était le cerveau de notre trio, fit Jett en se désignant de la main lui puis Jace et Joxer, il a fait en sorte de toujours garder Joxer en arrière plan. Ne l'a jamais autorisé à avoir un entraînement quelconque au combat, ni aucun contact en dehors de la famille. Donc après mon départ et celui de Jace, Jox était virtuellement un prisonnier. »

Arès gronda, et Jace leva les mains en signe d'apaisement.

« Nous ne savions pas, ou nous l'aurions sorti de là bien avant qu'il ne le fasse par lui-même.

_ Ceci explique pourquoi le travail de Janus est tout d'un coup devenu très, très bâclé. Savez-vous pourquoi il est parti ? demanda le dieu guerrier très irrité.

_ Nan, » répondit Jace.

Arès regarda Jett. Jett jeta un regard à Éris qui lui tenait la main. Il lui fit un sourire, leva leur deux mains jointes, et déposa un baiser sur la sienne. Puis il regarda le dieu guerrier.

« Pour la même raison que Jace et moi sommes partis. »

En entendant cela, Jace parut choqué, et dit :

« Non, il n'a pas pu être aussi stupide. N'est-ce pas ?

_ Si, il l'a été, répliqua Jett.

_ Dîtes-moi maintenant ou je vous faire frire sur place, » commenta Arès en crossant les bras sur sa poitrine.

Éris se mit devant Jett, et puis Déméter fit de même, criant « Non ! » puis s'évanouit dans les bras de Jace.

Arès fixa la Déesse évanouie avec des yeux ronds, puis l'immortel, qui la prit dans ses bras et la porta jusqu'à leur chaise ; heureusement, personne dans la pièce ne les avaient remarqués. Arès secoua la tête et puis se retourna vers Jett, la question toujours en suspens.

« Il a interdit à chacun d'entre nous de continuer à prier notre Déesse, ou, dans le cas de Joxer, vous. Vous avez vu ce qu'a fait Jace quand il fut banni du temple de Déméter ? Et bien, ce n'était qu'un petit aperçu de ce qui lui est arrivé quand père a refusé de le laisser prier quand nous étions chez nous. Donc il est parti, et père a essayé de m'imposer la même chose à moi, et puis, à Joxer, je présume. Nous parlons ici d'avoir un garde pour le surveiller en permanence avec ordres de le battre s'il commençait à prier, » commenta Jett en regardant son frère sur le sol qui continuait à marmonner à part lui et à déplacer les petits objets ça et là.

Arès et Éris se regardèrent et sourirent. Si Jett les avaient vus, il serait parti en hurlant dans la direction opposée. Ces sourires promettaient des choses vraiment très, très douloureuses : qu'un humain interfère avec la dévotion envers un dieu à ce point était une affaire très... létale. Même Herc n'avait jamais, au grand jamais, été si loin, même lui était n'était pas assez stupide pour faire ça.

Je me demande ce que Mère fera quand elle l'apprendra... pensa Arès d'un sourire carnassier.

Je me demande ce que Père fera, pensa Éris d'un sourire carnassier.

METTONS HADÈS AU COURANT ! pensèrent-ils ensemble, et leur sourire s'élargit.

« Non, ça ne va pas, » leur parvint un grommellement colérique, et deux dieux et un immortel tournèrent le regard vers le guerrier toujours assis sur le sol et déplaçant des objets à droite à gauche. Ses bras s'élancèrent et il bougea deux pièces, puis resta les yeux rivés sur la combinaison qu'il avait créée.

« Ne devrait plus trop tarder, maintenant, fit remarque Jett.

_ Pourquoi dis-tu ça ? demanda Éris.

_ Car il se met toujours en colère comme ça juste avant qu'il ne trouve la solution, » lui sourit Jett, puis il la prit dans ses bras et l'embrassa sur la joue.

Elle rougit.

Arès les ignora tous les deux, il garda les yeux braqués sur le guerrier qui avait arrêté de bouger et qui fixait du regard les objets en face de lui. Il s'avança très doucement vers lui et s'accroupit, un genou par terre, à ses côtés. Arès regarda les pièces étalées, cela ne voulait rien dire pour lui, il leva les yeux vers Joxer. Le visage de l'homme était un masque de pure concentration.

« C'est ça ! » cria Joxer et il s'empara d'un des objets au sol.

Il regarda Arès et sourit.

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Joxer fixait du regard les bouts de trucs qu'il avait étalés sur le sol. Il avait simulé tous les scénarios auxquels il pouvait penser dans sa tête, en boucle. Mais pourtant, rien ne collait avec tous les faits. Il devait cherchait plus fort. Il prit une profonde inspiration et se creusa la tête à la recherche d'options alternatives. Rien, il regarda à nouveau les pièces, puis il tourna la tête sur le côté.

« Non, ça ne va pas, » pensa-t-il furieusement, ne se rendant pas compte qu'il avait parlé à voix haute, et il déplaça deux pièces.

Ah, c'était mieux. Oui, ça y était. Oui, ça marchait ! Maintenant, il tenait l'élément manquant. Alors, qu'en faire ? Il continua à se concentrer.

Joxer sourit. Oui, c'était ça. C'était la raison pour laquelle tout ça avait pris si longtemps. Ils n'abordaient pas le problème sous le bon angle. Celui-là était bien mieux et ça pouvait marcher.

Il leva le regard et découvrit Arès qui l'attendait.

« Je l'ai. Ça va marcher, » dit-il en souriant à Arès.

Arès lui rendit son sourire.

« Joxer, es-tu prêt ? s'enquit Héra depuis le dais.

_ Oui, M'dame, » répondit-il et il prit la main qu'Arès lui tendait pour le tirer sur ses pieds.

Ils s'échangèrent un sourire.

Joxer était heureux.