Salut tout le monde !

Alors, la réponse a été unanime : bien fait pour Boldur ! Certain(e)s pensaient même que ce n'était pas assez !

Merci à Laclea, Aliena Wyvern, Zariapotter, Sarah March, ScottishBloodyMary, Le poussin fou, Joyli, lectriceassidue, Sally-of-middle-earth, Noooo Aime, in the moon97 et Sabrinabella pour leur review.

Réponse à lectriceassidue : Et une de plus contente de la sortie de Boldur ! Mais tu n'es pas la seule, loin de là ! Et concernant cette annonce tant attendue... Et bien, elle ne devrait plus tarder :)

Enjoy !


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Chapitre 28 : Des aveux…

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Le lendemain, quand Drina se réveilla, elle constata qu'elle était dans la chambre de Thorin. Leur chambre. Comment était-elle arrivée là, elle n'en avait strictement aucune idée. Blottit contre le torse chaud de son amant, elle songeait à la façon catastrophique dont s'était terminée la journée de la veille. Et cette abominable soirée, une semaine plus tôt. Tout était de sa faute. Tout, absolument tout. Si elle n'avait pas donné de faux espoir à Boldur, si elle avait été plus franche avec lui, si elle avait été plus ferme dans ses décisions, si Thran n'était pas le fils de Thorin, si elle n'était pas revenue à Erebor, si… avec des si, on referait le monde. Un monde chamboulé, qu'elle ne reconnaissait plus. Son monde pourtant, où elle tentait tant bien que mal de vivre, en surnageant au dessus des problèmes.

Sortant de ses pensées pour le moins déprimantes, elle se glissa hors du lit en prenant garde à ne pas réveiller Thorin, enfila à tâtons une robe de chambre et sortit à pas de loup de la pièce. Au vu du peu de lumière qui passait à travers les fenêtres, il était encore tôt. Trop tôt, une heure indécente pour se lever. Mais avec tous ces événements, cela faisait un moment qu'elle n'avait pas eu un cycle de sommeil complet. Alors régulier, il ne fallait pas y penser ! Elle avisa du coin de l'œil un papier sur la table du salon. Son nom, tracé d'une écriture bien trop familière, était tracé sur l'enveloppe. Elle avança une main tremblante, pas vraiment certaine de vouloir l'ouvrir. Avant même de la lire, elle savait ce que c'était. De qui c'était. Elle hésita longuement avant de se décider. Quels cataclysmes cela pourrait-il encore déclencher ? Elle finit cependant par décacheter le pli, décollant soigneusement la cire.

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Drina, ma chère, très chère Drina,

Je voulais m'excuser pour ma déplorable conduite d'hier soir, comme celle de la semaine passée. Je n'ose demander ton pardon, que par ailleurs je ne mérite pas. Je préfère m'éloigner, et quitter Erebor. Tu m'as demandé, ou plutôt ordonné de quitter ta vie, et je ne peux que m'incliner devant ta volonté. A l'heure où tu liras ce message, je serais déjà loin. Au-delà de la volonté de t'agréer, je fais ce choix de mon plein gré. Simplement, je ne pouvais plus supporter de te voir afficher ton bonheur avec lui. Mon cœur saigne trop pour être heureux pour toi. Drina, mes paroles ont dépassé ma pensée, et de loin, tant dans le fond que dans la forme. Néanmoins, ma position n'a pas changé. Je ne te mérite certes pas, mais lui non plus. Non Drina, pas lui. Il n'est pas celui qu'il te faut, et il finira par te rendre malheureuse, j'en suis persuadé. Je prie les Valars que ton avenir soit aussi brillant que tu le souhaites. Bien que je n'y croie guère, c'est tout ce que je peux te souhaiter.

Ton ami et dévoué, Boldur

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Une page, un chapitre qui se tournait. Et c'était douloureux. Drina sentit une main essuyer les larmes sur ses joues. Elle n'avait pas remarqué qu'elle pleurait. Elle se retourna et vit Thorin qui la regardait avec douceur et tendresse. D'après son air chiffonné et les épaisses cernes sous ces yeux, il ne devait pas avoir beaucoup plus dormis qu'elle. Dans un geste machinal, elle lui tendit la feuille. Il n'était plus temps de cachoteries entre eux, et il avait tout autant droit qu'elle de connaitre ce que contenait cette lettre. Thorin la parcourut rapidement des yeux, et Drina pouvait voir une veine battre violemment au niveau de sa tempe. Pourtant, quand il releva la tête, son regard était infiniment tendre. Tendre et anxieux. Mais elle ne le laissa pas ouvrir la bouche, que déjà elle le coupait.

-« Et malgré tout ce qu'il a fait, il essaye de nous faire croire qu'il se sacrifie et que c'est lui qui souffre en martyr ? » dit-elle d'une voix altérée. « Qu'est ce qu'il ne faut pas entendre ! »

Piètre tentative d'humour, vraiment, à laquelle Thorin ne fut pas dupe.

-« Alors ? » demanda-t-il d'une voix rauque. « Que vas-tu faire ? »

Ah. Retour brutal au cœur du sujet, qu'elle aurait pourtant préférer éviter. Drina prit son temps pour répondre. Au fond d'elle, elle savait qu'elle prenait un engagement bien plus sérieux qu'il n'y paraissait. C'était plus qu'une simple remise en question. Mais son choix était clair et limpide. Alors elle sourit, lui sourit, déchira la feuille et la mit au feu.

-« Aller de l'avant, » déclara-t-elle fermement.

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Je voudrais lui dire je t'aime
Mais comment lui avouer
Mon secret, mes problèmes ? Impossible !
Il serait trop blessé

Quel lourd secret cache-t-elle
Derrière tant de rancœur ?

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Quelques jours plus tard…

Les jours qui suivirent furent longs. Longs et douloureux. Les souvenirs ne s'effacent pas aussi facilement qu'on les crée. Sans compter que Drina voulait se souvenir des quarante-cinq ans d'amitié, de complicité et de bonheur qu'ils avaient partagés ensembles. Elle ne pouvait pas simplement faire une croix dessus. Elle ne voulait effacer de sa mémoire celui qu'elle avait considéré comme son meilleur ami pendant tant d'années… Même si malheureusement, la réciproque n'était pas aussi exacte qu'elle le croyait.

En revanche, cette dernière soirée qu'ils avaient passés tous les deux, ces derniers mots échangés, ces paroles volontairement blessantes, ces insultes et ces coups bas… Elle ne voulait pas s'en souvenir... Non, tout mais pas ça. Ce n'était pas la Boldur qu'elle connaissait. Ce n'était pas le nain qu'elle avait côtoyé et apprécié. C'était un homme ivre d'alcool et de rage qui l'avait mit face à ses supposées erreurs et à ses choix, d'une manière injuste et cruelle. Alors si elle pouvait comprendre la rancœur qui l'habitait, sa peine et sa colère, sa frustration à l'idée d'un amour si fort mais jamais retourné… Oui, elle le comprenait. Mais elle n'excusait pas pour autant ses paroles.

Thran de son côté voyait bien que quelque chose perturbait et travaillait sa mère. Il la connaissait trop pour ne pas remarquer quand elle n'était pas bien. C'était sa mère ! Il s'était renfermée sur elle-même, communiquait moins avec les autres, même avec lui. Même si les choses s'étaient sensiblement améliorées depuis qu'elle s'était réconciliée avec Thorin, quoiqu'il ne sache toujours pas pourquoi ils s'étaient disputés, même s'il avait sa petite idée. Il avait, comme tous les autres, entendu les échos de la dispute entre sa mère et Boldur. Comme les autres, il s'était inquiété. Et comme les autres, il avait eu droit à l'excuse de l'amour non réciproque, sensée expliqué le départ soudain et brutal de Boldur, sans un au revoir. Mais si les autres se contentaient de cette réponse, ou faisait mine de s'en satisfaire, lui savait bien qu'il y avait anguille sous roche. Que Boldur aime sa mère, soit. Mais pourquoi cette dispute entre eux ? Et cet éloignement inattendu entre sa mère et Thorin, puis leur tous aussi soudain rapprochement ? Le départ de Boldur ? Qu'est ce qui les liait tous les trois ? Mais malgré tout ses efforts, Drina s'obstinait à ne rien lui confier, et à affirmer que tout allait bien quand il la questionnait un peu trop. Mais il voyait ses yeux tristes, et il enrageait de ne rien pouvoir y faire…

Thorin aussi de son côté, voyait bien qu'il s'était passé dans cette pièce beaucoup plus que Drina ne voulait bien le raconter. Et il savait en la regardant qu'elle était hantée par cette discussion. Elle lui avait résumé la discussion, sans pour autant entrer dans les détails. Pourtant, il avait comprit que c'était bien plus que de simples éléments secondaires. Mais comme Thran, il se heurtait à chaque fois au même mur de fausse gaieté. Et cette sensation d'impuissance face à sa douleur le détruisait un peu plus chaque jour.

Un jour, presque une semaine après le départ de Boldur, Thorin décida que c'en était trop. Il avait annulé exprès l'une de ses réunions, bien décidé à discuter un peu avec Drina, et la pousser à se confier. De gré ou de force. Cette situation ne pouvait plus durer, pour elle comme pour lui. Drina s'étonna quand, après le repas, il ne rejoignit pas Balin pour cette fameuse réunion. Mais quand il la prit par le bras et la conduisit dans la chambre, elle comprit que cette fois-ci, elle ne pourrait plus y échapper. Il la fit assoir sur le lit, et s'installa à côté d'elle. Et attendit. Puisque la questionner n'avait pas marché, peut-être fallait-il simplement la laisser parler ? L'écouter, et présenter une oreille attentive et compatissante? Alors il se tut.

Drina savait pertinemment ce que Thorin attendait d'elle. Elle savait aussi que lui livrer les détails de cette abominable soirée la soulagerait. C'était la marche logique des choses après tout. Mais elle avait peur de sa réaction, qu'il lui en veuille, qu'il ne lui pardonne pas son geste, bien qu'à présent il ne lui tienne plus rigueur de ce baiser. Mais pire encore, elle avait peur qu'il approuve ce qu'avait dit Boldur. C'était une peur insensée, irrationnelle et totalement stupide, mais Boldur avait semé le doute dans son esprit et dans son cœur. Mais Thorin ne pouvait pas se justifier si elle ne lui expliquait pas le problème. Et on en revenait toujours au même point. Parler ou se taire ? Dans un brusque sursaut de courage et de volonté elle se lança, sachant au plus profond d'elle-même que si elle attendait davantage, elle ne le ferait jamais.

-« Aucun de nous deux ne voulait commencer. J'avais peur, et je suppose que lui aussi. J'ai finit par me lancer, et lui ai demandé pourquoi il n'acceptait pas notre relation à tous les deux… »

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-« … et c'est là que tu es entré dans la pièce… Quand… quand j'ai entendu ta voix… je me suis tournée vers toi et… et j'avais tellement peur de ce que tu me dirais… Ton visage… tu étais livide… et je… Oh Thorin, je suis tellement désolée ! »

Durant tout le temps qu'avait duré sa confession, elle s'était difficilement dominée, et avait tenté de raconter toute la discussion dans son intégralité, rapportant tous les faits de la manière la plus objective possible, essayant de faire abstraction à ses sentiments. Mais là… là, elle n'en pouvait tout simplement plus. C'était trop dur… Y repenser, revivre la scène dans sa tête et remuer le couteau dans la plaie… Ça faisait tellement mal ! Mais paradoxalement, elle se sentait infiniment soulagée… Soulagée d'avoir pu se confier, de ne plus porter ce poids seule, et heureuse que Thorin sache maintenant toute la vérité. Maintenant, ne manquait plus que sa réaction…

Celle-ci ne se fit pas attendre. Thorin, comprenant bien la position inconfortable de Drina suite à ces confidences, l'attira dans ses bras, où elle se mit à pleurer, tant de soulagement que de honte. Il la serra fortement dans ses bras, comme voulant l'enfermer en lui. Ses poings étaient serrés, ses mouvements brusques, son visage fermé, et à l'heure actuelle, il devait se contenir de toutes ses forces pour ne pas partir sur le champ à la recherche de Boldur et lui faire payer. Il se fichait de ce qu'il pouvait penser de lui. Il était roi, il avait l'habitude des contestations et des remarques. Mais jamais il ne lui pardonnerait les abominations qu'il avait dites à Drina. Il lui avait fait douter d'elle, ainsi que des sentiments que lui-même lui portait. Maintenant, il comprenait pourquoi Drina s'était sentit mal pendant toute cette semaine ! Il la serra un peu plus dans ses bras, se détendant peu à peu.

Drina accueillit l'étreinte avec un plaisir sans nom. Il ne lui en voulait pas ! Cette phrase tourbillonnait dans son esprit, comme une libération ! Elle avait tellement craint qu'il la rejette que cette simple démonstration d'affection l'émut aux larmes. Larmes qu'elle ne se priva pas de laisser couler… Mais une petite voix dans sa tête murmurait une phrase, la seule phrase de cette longue discussion qu'elle avait volontairement omise. C'est peut-être ton fils Drina, mais n'oublie pas que c'est aussi le sien !

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Néanmoins, parler lui avait fait du bien. Le poids qui depuis plusieurs jours semblait peser sur ses épaules semblait s'être miraculeusement alléger. Elle souriait, et riait à nouveau, paraissait plus sereine… Apaisée… Ces souvenirs n'avaient pas disparus. Ils ne disparaitraient jamais totalement d'ailleurs. Mais à chaque seconde ils semblaient un peu plus lointains.

Thorin lui, ne vivait pas aussi bien cette discussion. Jamais il n'avait autant haï quelqu'un que Boldur. Jamais. Ce n'était pas tant l'amour qu'il portait à Drina, ou sa jalousie maladive. Lui aussi l'avait jalousé à l'époque où il le pensait en couple avec Drina. Ce n'était pas non plus ses mensonges, et ses tentatives de les discréditer aux yeux de Drina. Non, il le détestait pour l'avoir blessé elle. Il voulait lui faire mal, le frapper, rendre coup pour coup, un coup pour chacune des trop nombreuses larmes qu'il avait fait couler de ses yeux. Mais une petite voix raisonnable lui soufflait que Boldur souffrait déjà assez à l'heure actuelle, en sachant que jamais elle ne serait sienne. Alors Thorin serrait les poings, se calmait difficilement et souriait à Drina pour ne pas l'inquiéter. Et il passait un peu plus de temps à la salle d'arme pour évacuer sa colère et sa frustration.

Thran aussi avait vu le changement dans l'altitude de sa mère. Et il l'attribuait, en juste cause, à Thorin. Et chaque jour il se félicitait un peu plus de sa présence auprès de sa mère. Parfois, il se demandait comment il avait fait pour vivre quarante-cinq ans sans le connaitre. Il avait grandit avec ce vide en lui, ce manque. Il savait que quelque chose lui manquait, mais n'ayant jamais expérimenté cette… chose, cette présence, il était incapable d'en regretter l'absence. Mais à présent, il ne se voyait pas vivre loin d'ici, loin de cette nouvelle famille et loin de lui

Et entre eux trois, à chaque silence, entre les sourires et les éclats et rires, semblaient résonner les mots que les lèvres ne pouvaient pas prononcer. C'est peut-être ton fils Drina, mais n'oublie pas que c'est aussi le sien !

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L'amour brille sous les étoiles
D'une étrange lumière
La terre entière, en parfaite harmonie
Vit sa plus belle histoire

L'amour brille sous les étoiles
Illuminant leurs cœurs
Sa lumière éclaire à l'infini
Un sublime espoir

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Quelques jours plus tard…

La soirée était bien avancée. Après le repas, Drina et Thorin s'étaient installés sur un banc, sur les remparts sud, pour prendre un peu l'air et profiter de cette belle soirée. Dès qu'ils les avaient vus, les gardes s'étaient éloignés, leur laissant leur intimité. Ils étaient pour ainsi dire seuls. Ils discutaient paisiblement, mais le plus souvent, ils se taisaient et contemplaient simplement les étoiles.

Pourtant, Drina n'avait pas le cœur à admirer la beauté du ciel nocturne. Elle qui était pourtant toujours apaisée à la vue des astres célestes se trouvait trop bouleversée pour en profiter pleinement. Les mots virevoltaient dans sa tête, comment autant de papillons vifs et insaisissables. Elle avait maintes fois préparé son discours, ne trouvant jamais la force et le courage de tout lui avouer. Pourtant, il le faudrait bien, à un moment ou à un autre. Et s'il l'apprenait par lui-même, et comprenait qu'elle lui avait mentit pendant tout ce temps… il ne lui pardonnerait jamais. Déjà à l'heure actuelle, elle doutait que le pardon lui soit accordé. Mais il le fallait. Toute cette comédie n'avait que trop durée. C'est peut-être ton fils Drina, mais n'oublie pas que c'est aussi le sien !

-« Thorin ? » appela-t-elle d'une voix faible.

Il se tourna aussitôt vers elle, les sourcils froncés. Lui aussi avait entendu l'intonation hésitante dans sa voix.

-« Qu'y a-t-il ? » demanda-t-il, soucieux.

-« Il faut… il faut que je te dise quelque chose… » annonça-t-elle d'une voix qu'elle tentait, sans grand succès, de faire apparaitre ferme.

Cette simple phrase suffit inquiéter Thorin. Aussitôt les pires scénarios, tous plus catastrophiques les uns que les autres, lui passèrent par la tête.

-« Je t'écoute, » dit-il, pas beaucoup plus assuré que Drina.

-« Je te demande simplement de ne pas m'interrompre, et de me laisser finir… C'est… c'est suffisamment dur à avouer comme ça… »

Pour toute réponse, il lui prit les mains et les serra fermement, les enfermant dans les siennes.

-« Avant tout sache que… je comprendrais si tu m'en voulais… Si c'est plus simple pour toi, je m'en irais. Définitivement. Je sortirais de ta vie, comme si je n'avais jamais existée. Déteste moi, haï moi, fais ce qui te semble le plus juste. Si tu préfères faire comme si cette conversation n'avait jamais eu lieu… et bien, je n'aborderais plus jamais le sujet… J'aurais au moins la conscience tranquille de te savoir au courant. »

Ces mots, censés apaiser Thorin, ou tout au moins le déculpabiliser, ne firent qu'augmenter son désarroi et son angoisse. Valars, mais quelle nouvelle catastrophe allait encore lui tomber dessus ?

-« Après la batailles des Cinq Armées, » commença-t-elle d'une voix tremblante, « j'ai comme tu le sais fuit Erebor. J'ai erré pendant près de trois mois, avant d'être retrouvée par des elfes de Fondcombes, qui m'ont conduit auprès du Seigneur Elrond. Et à la cité elfique. J'y suis restée un mois, puis j'ai gagné la communauté de la forêt. »

Thorin fronça les sourcils, et ouvrit la bouche pour parler. Mais Drina lui fit les gros yeux, car elle voyait bien qu'il s'impatientait de l'entendre raconter ces choses qu'il connaissait déjà.

-« Ce que tu ne sais pas, » continua-t-elle, plus doucement encore, « c'est l'événement qui m'a conduit à quitter la protection de la cité elfique. »

Elle baissa la tête, mais ne manqua pas de remarquer le visage anxieux de Thorin. N'oublie pas que c'est aussi le sien ! Le sien ! Le sien !

-« J'ai découvert… ou plutôt, Elrond à découvert que… que j'étais… enceinte… »

Ça y est, la bombe était lâchée. Sous le choc, Thorin lâcha les mains de Drina, se leva du banc et commença machinalement à faire les cent pas. C'était donc de ça qu'elle voulait lui parler… De Thran, de sa naissance… et de son père, probablement… Il avait toujours évité d'y penser, se voilant volontairement la face. Si dans son esprit, il assimilait parfaitement le fait que Drina soit mère, il avait du mal à concevoir l'idée d'un père. Pas quand lui-même avait tant rêvé de prendre cette place, une place qu'un autre avait occupé. Car Thran n'était pas arrivé par miracle ! Mais à présent, il ne pouvait plus fermer les yeux, et faire semblant d'ignorer les choses. Drina lui avait dit que s'il le souhaitait, ils feraient comme si cette conversation n'avait jamais existé. Mais il ne le pourrait pas, c'était impossible. Il devait voir la vérité en face : Drina, ou plutôt Bila à l'époque, avait aimé. Elle avait aimé un autre que lui. Et avait porté son enfant. Pendant quelques brèves secondes, une bouffée de rage et de jalousie s'empara de lui, qu'il réprima aussitôt. Il n'avait pas le droit de se montrer jaloux, c'est lui qui l'avait abandonnée en premier lieu.

-« A ce moment là, j'étais enceinte de quatre mois… »

Il sursauta à l'entende de ce doux murmure et se retourna brusquement. Quatre mois, cela voulait dire…

-« Erebor… » chuchota-t-il d'une voix rauque, n'osant pas croire ce qu'il était en train de dire. Et pourtant…

-« Oui, Erebor, » confirma Drina. Il ne savait pas à quel point il tombait juste. « Juste avant le grande bataille pour être exacte. »

Elle savait que ce n'était pas l'information que Thorin attendait, et de loin, mais elle ne savait pas comment amener les choses. Il y eut un long silence, que Thorin finit par rompre.

-« Qui ? » finit-il par demander, la voix étranglée.

Thorin refusait de le montrer, mais intérieurement il souffrait. Abominablement. Il admettait avec beaucoup de difficultés que Drina puisse être retombée amoureuse. C'était… c'était la logique des choses dirons-nous. Mais… si peu de temps après qu'ils aient rompu ? Enfin, qu'il l'ait chassé pour être exact…

-« Thran tient beaucoup de lui, » commença-t-elle, sans lui répondre directement. « Les mêmes cheveux noirs constamment ébouriffés, la même barbe sombre. Ils sont tous les deux très grands, quoique Thran un peu. Mais c'est ma faute je suppose, ascendance hobbit oblige. Le même visage un peu anguleux. Mais il n'y a pas que le physique. Thran peut paraitre assez renfermé avec les gens qu'il ne connait pas. Mais il donnera tout de lui aux personnes qui ont la chance d'être considérées comme ses amis. Comme son père d'ailleurs. Beaucoup d'affection et de tendresse, dissimulées sous une carapace dure et impassible. Oh oui, ils se ressemblent tant ! Tellement que c'en est parfois douloureux ! Mais après tout, ne dit-on pas tel père, tel fils ? »

Elle se tourna vers lui, et pour la première fois depuis le début de sa confession, le regarda droit dans les yeux.

-« Thorin, c'est ton fils. »


NOTES DE CHAPITRE :

Oui, j'ose couper ici (Mouhahaha !) Maintenant, je vous conseille de prendre une grande respiration... et de la retenir quelques semaines ! (Parce qu'on va en avoir pour plusieurs chapitres à régler tout ce qui s'annonce...)

La chanson est "L'amour brille sous les étoiles" du dessin animé Le roi Lion (mais la version anglaise d'Elton John "Can you feel the love tonight" est encore plus belle !).

Review ?