Disclaimer : L'essentiel des personnages de cette fic ne m'appartiennent pas, ils sont la propriété de RTD et la BBC (et My boss Chrismaz qui m'a fait l'honneur de me prêter Alec).

Beta : ma précieuse Arianrhod et Aviva pour son brillant concours !

NB1 : univers alternatif, fin XIXème siècle, en plein Empire Britannique.

NB 2: sur ce coup-là, il faut que j'assume mon côté Harlequin... :p

NB 3: passage NC-17


Partie Cinq

Chapitre 9 : Un peu de passion...


La maison de Durham Street redevint plus joyeuse à mesure que le Lord reprenait des forces. Il avait décrété que Ianto Jones ne devait plus jamais passer le seuil de sa maison sans son consentement. Le Gallois n'avait rien dit sur le moment afin de ne pas heurter les sentiments de Jack, mais il n'en avait cure. Il allait et venait à sa guise, reprenant doucement ses habitudes dans la demeure, comme s'il ne l'avait jamais quittée.

Jack aimait cette vie pleine de douceur où Ianto le laissait récupérer sans le presser. Pourtant, il leur devenait difficile de résister à cette envie qui les tenaillait depuis plus d'un mois. Le Lord se définissait comme un homme d'action et il se languissait du plaisir de la chair, mais il cédait à la demande de Ianto. Pour lui, il aurait été capable de tout. Il lui avait sauvé la vie en retournant auprès de lui. Jack avait alors l'intention d'obéir à ses volontés, toutes ses volontés y compris les plus frustrantes. Mais ce qui l'agaçait le plus, c'était de voir le jeune homme épuisé, usé par sa propre retenue, cette volonté inébranlable de ne pas céder.

Bien qu'il l'ait ramené à la raison par la magie d'un baiser, il se sentait quelque peu négligé depuis quelques semaines. Bien sûr, Ianto l'aimait, il l'embrassait de manière tout à fait convaincante mais Jack était d'une nature aimante, qui avait besoin de toucher, de sentir sous lui s'écraser le corps ferme de son amant. Ianto était si sage, il conservait cette attitude qui pesait au Lord. Ils ne restaient jamais suffisamment seuls l'un et l'autre. Il arguait que c'était pour ne pas le fatiguer outre mesure. Mais le manque le frustrait et l'épuisait tout autant. A mesure que ses forces revenaient, il sentait en lui s'éveiller un désir plus ardent, plus vigoureux que naguère.

Il n'aurait jamais cru possible de désirer quelqu'un à ce point, tout comme il n'aurait jamais cru mourir d'amour. Owen se moquait gentiment de lui et de son excès de sentimentalisme. Il l'avait trouvé dur au départ avant de comprendre que s'il devenait un sujet de plaisanterie pour le médecin, c'était qu'il allait mieux. Il en prit soudain conscience. Et s'il allait mieux, il allait pouvoir s'occuper du cas de ce Jones trop sage.

Son léger sourire se transforma en rire de loup alors qu'il imaginait ce qu'il pourrait lui faire subir pour le punir de l'avoir abandonné. Owen lui avait tout raconté, et il n'en avait pas cru ses oreilles en apprenant que c'était Alec et le Docteur qui l'avaient renvoyé à lui. Fallait-il qu'ils l'aient finalement aimé pour agir de la sorte ! Ils avaient comploté pour son bonheur, mais depuis ce baiser magnifique et guérisseur, Ianto se faisait avare et rares étaient les occasions pour eux deux de se retrouver seuls. Il n'allait plus pouvoir se retenir plus longtemps. Il n'allait pas pouvoir supporter encore cette frustration des sens quand le cœur battait si fort près de l'être aimé. Mais il pouvait le remercier, car les longues promenades, alliées à des exercices dans le secret de cette petite chambre où ses affaires étaient plus nombreuses que celle de son habituel occupant, lui avaient permis de récupérer ses forces de manière efficace.

Désormais, il attendait que Ianto vienne le voir et il lui montrerait qu'un Harkness amoureux pouvait se montrer audacieux. Pourtant, ses absences pour visiter sa famille, Adam ou pour s'occuper de Steven et de ses amis se faisaient de plus en plus longues, à mesure que leurs désirs devenaient trop pénibles à supporter. Il avait l'atroce sensation que le jeune homme ne désirait pas plus de contacts que nécessaire.

Que fallait-il donc faire pour qu'il vienne lui rende visite plus souvent ? Se laisser dépérir ? Maintenant que le jeune homme était revenu à ses côtés, cela ne l'attirait plus autant. Cependant, il repensait de temps à autre à cette période où Ianto l'avait abandonné, rejeté. Cela lui laissait un sentiment amer. Il n'aimait guère s'y appesantir en réalité. Tout lui avait paru si sombre, si peu digne d'intérêt. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé, pourquoi les mots du poète prenaient-ils tous leurs sens maintenant ? Parce qu'il en avait expérimenté l'amertume ? Il avait été si malheureux, étranger à lui-même.

Mais depuis quelques jours, il se sentait revivre, comme s'il était né à nouveau, baignant dans un amour serein, certes, mais diaboliquement platonique. Et cela lui était désormais insupportable. Si Ianto ne venait pas à lui, il irait à Ianto. Il fallait qu'il brise cette longue période d'abstinence, car il se mettait maintenant à parler seul et rabâcher les mêmes idées.

Sa maladie l'avait affecté à tel point que sa sensualité habituellement débordante semblait s'être éteinte mais elle ressurgissait à présent, aussi vive que son sang dans ses veines.

Il se complaisait à penser au jeune homme absent en observant ses effets personnels abandonnés à sa vue. Les livres qu'il aimait, les vêtements qu'il affectionnait, les menus objets qui l'avaient accompagné dans son voyage, tout ce qu'il voyait le ravissait tout en lui donnant des indices sur l'occupant des lieux. Il s'était incrusté dans son univers et ne quittait guère sa chambre que pour prendre ses repas ou se promener dans le parc. Jack était allongé sur le lit, Owen insistait pour qu'il se repose l'après-midi mais il n'arrivait plus à faire la sieste maintenant. Il attendait Ianto, le jeune homme lui avait promis qu'il passerait le voir pour disputer leur habituelle partie d'échec.

Depuis ce premier matin si explosif, le Gallois n'avait plus partagé sa couche qu'avec parcimonie. Il souhaitait qu'il se repose et Jack devait s'avouer qu'il était tout à fait reposé.

Le jeune homme s'en était tenu à ce qu'il avait dit, il ne voulait pas l'épuiser. Jack soupçonnait derrière cette attitude un amour profond mais également une peur latente. Il étira son corps mince qui reprenait les muscles perdus pendant sa maladie et repensa à l'arrivée de Ianto et tout ce qui l'avait conduit jusqu'ici. Le jeune homme était éminemment complexe, son passé avait laissé de profondes traces. Il avait vécu l'innommable et avait pourtant su conserver cette douceur, cette volonté de survivre malgré les difficultés qui s'étaient amoncelées sur son chemin.

Un léger grattement sur la porte lui apprit que son hôte venait lui rendre visite. Il se releva sur ses oreillers, remit de l'ordre dans ses cheveux et avec un sourire radieux l'invita à entrer.

Ianto pénétra dans la pièce, portant une lourde pile de livres qu'il déposa sur la console de l'entrée. Il entra avec lui un air vif et frais, une odeur de liberté qui lui plut souverainement. Le jeune homme lui sourit et sembla se figer alors que Jack agrandissait son propre sourire. La lumière ocre de l'automne finissant entrait à flot dans la chambre et nimbait le Lord d'un halo lumineux. Il avait ce sourire qui lui faisait immanquablement fondre les genoux. Il s'approcha comme dans un rêve, à peine conscient de ses mouvements, hypnotisé par ce visage radieux et les étincelles qui dansaient dans ses yeux. Jack continua de sourire, il le regardait avancer, éviter ce fichu sofa où il passait toutes ses visites, les doigts crispés sur un livre ou les pièces de l'échiquier. Il s'approcha encore et s'assit à ses côtés comme obéissant à son injonction muette. Il agissait enfin comme il le désirait depuis si longtemps.

- Ianto, je me languissais sans toi. Tu me manquais. Où étais-tu ?

Il l'écouta lui raconter sans prêter réellement attention à ce qu'il lui disait, les visites qu'il avait effectuées, les progrès de Steven. Il s'absorbait dans la contemplation de son visage si mobile, si émouvant, sa pomme d'Adam qui bougeait rapidement sous le joug de ses émotions qu'il maîtrisait difficilement. Il avait l'air épuisé, il lui était difficile de lui résister, remarqua Jack avec un fin sourire. Il savait qu'il arriverait à ses fins, mais le temps lui pesait.

Dans cette maison où ils étaient si rarement seuls, il lui était difficile d'amener le jeune homme à baisser sa garde. Il fallait qu'ils s'éloignent pour profiter de cette intimité qui ne demandait qu'à éclore entre eux. Ses pensées s'égarèrent vers le voyage qui s'organisait, Abergavenny pour le mariage, Blackwood pour les travaux du manoir, Cardiff pour s'installer. Il comptait surprendre son Gallois et avait eu une idée qui se développait dans son esprit. Il reposa les yeux sur lui et s'aperçut qu'il l'observait en silence.

- Envie de quelque chose, Ianto ? demanda-t-il avec un sourire sensuel.

- Bien sûr, mais comment te sens-tu ?

- Je vais bien, mais tu évites la question, de toute évidence, grogna Jack.

- J'aime garder une part de mystère.

- Tu en as trop pour moi, malheureusement, dit-il en lui prenant la main, mais explique-moi comment fais-tu pour être aussi attirant ?

- Je ne suis pas attirant, dit Ianto en se penchant sur ses lèvres, les capturant dans un baiser que Jack trouva frustrant au possible.

Il glissa la main le long de son dos jouant avec le nœud net de son veston. Il quémanda un autre baiser. Les yeux dans les yeux, ils se parlaient silencieusement, comme si plus rien d'autre ne comptait, seulement eux-mêmes.

- Ianto, je voudrais…

- Je sais, moi aussi, répondit le Gallois dans un souffle brûlant, sais-tu que nous sommes seuls ? De plus, j'ai tourné la clef dans la porte.

- Pourquoi ?

- Impossible qu'on nous dérange et que tu t'échappes cette fois.

- Celui qui s'est échappé, ce n'est pas moi, répondit Jack en fronçant les sourcils.

- Si je n'y avais pas été poussé, je ne serais jamais parti !

- Ah bon ? Pourtant, tu es parti…

Ils n'en avaient jamais vraiment reparlé depuis le retour à la raison de Jack, car penser à ce malentendu les faisait souffrir. Mais le Lord savait qu'ils ne pouvaient plus se payer le luxe de rester sur des non-dits. Ianto se releva mais Jack lui tint le poignet enserré.

- Tu as demandé à ce que je parte, fit Ianto d'un air consterné, je n'ai fait que t'obéir.

Il ne voulait pas parler de cette période et l'insistance du Lord le mettait mal à l'aise.

- Il y a une autre raison, je le sais, reprit Jack en l'attirant à nouveau vers lui.

- Je suis parti, dit-il dans un souffle, parce que j'ai cru que c'était le mieux pour toi. J'ai peur de ne pas te suffire.

- Tu me suffirais n'importe où, jeta Jack en se relevant et se collant à lui de toutes ses forces, n'importe où, n'importe quand, tu es le seul qui m'importe.

- Non, non, dit Ianto en secouant la tête, d'autres sont importants pour vous, Steven, Toshiko, Owen…

- Je ne te parle pas de cela, je te parle de ce que j'éprouve, idiot. Croire que je ne veux pas de toi à mes côtés est une vraie stupidité.

- Je sais, je suis stupide, dit le Gallois en le repoussant dans son lit avec une force surprenante, idiot, crétin, imbécile de t'aimer, mais je ne puis m'en empêcher et je crains de ne plus pouvoir me retenir plus longtemps.

- Enfin !

Ianto s'abattit sur Jack, ravi de sa décision. Leurs lèvres se cherchèrent, se trouvèrent, se goûtèrent alors que leurs mains s'empoignaient sur le lit et se serraient si fort. Ianto sentait son corps réagir souverainement à ce baiser voluptueux, littéralement suffoquant. Leurs bouches, leurs langues qui se découvraient se séparèrent à regret pour les laisser respirer. Leurs regards se vrillèrent, plongèrent l'un dans l'autre, étonnés et aimants. Jack était subjugué par la fièvre amoureuse qui embrasait le corps de son futur amant. Il le caressa doucement à travers les couches de vêtements qui lui semblaient si superflues. L'odeur qui montait de ce jeune corps le comblait et il sentait qu'il ne pourrait plus le laisser lui échapper.

Ses mains glissèrent sur le tissu si lisse, la soie de son veston qu'il froissait entre ses doigts, avide de sentir la peau échauffée de Ianto. Il percevait son entrejambe durcir contre lui. Jack s'arrêta, il repensait à ce qu'il avait vécu avec Hart. Peut-être avait-il encore besoin de temps ? Le regard blessé du jeune homme lui fit comprendre que l'heure n'était plus aux atermoiements. Ianto voulait plus que des baisers et des caresses. Un désir fou et luxurieux hantait ses yeux. Il lui fit entendre d'un baiser vorace qu'il voulait plus, tout ce que Jack pouvait lui offrir. Il ne pouvait plus se retenir. Le Gallois se débattit pour le toucher, il fourragea sous le pyjama du Lord, comme pris de frénésie. Jack rit soudainement de son impatience après cette longue attente.

- Doucement mon chat sauvage, dit-il en s'allongeant à ses côtés. Doucement, nous avons du temps devant nous, tout le temps qu'il nous faut. Il est inutile d'être aussi pressé.

- Je t'aime Jack et je veux te sentir contre moi, en moi depuis… tant de temps.

L'aveu cru submergea le Lord qui l'embrassa à nouveau.

- Tu aurais pu faire un geste auparavant, mon cher Ianto, tu aurais pu te déclarer avant tout cela.

- Tu veux discuter maintenant de ma sottise ou bien profiter de moi ? dit le jeune homme en se redressant sur un bras, prêt à se relever.

- Oh, j'adore quand tu deviens autoritaire ! dit Jack en le renversant sous lui, l'enroulant dans les draps défaits.

Il le scruta, dans ses yeux si clairs, si bleus qu'il avait l'impression de voir un ciel d'été. Il lisait un amour et un désir évident, dévorant.

Il l'embrassa doucement, prenant son temps pour lui faire ressentir les sensations qui naissaient de leur contact. Ianto darda sa langue à la rencontre de la sienne. Un combat sans vainqueur s'engagea entre eux, leurs langues prises d'une vie propre s'exprimaient dans leur propre langage. Ianto gémit sous les sensations qui l'inondaient de plaisir. La langue de Jack, le corps de Jack qu'il découvrait si vivant sous ses mains, qui s'agrippait au sien. L'attente avait été si longue que l'intensité de leurs baisers faisait crépiter l'air de la chambre.

Oubliées les attentes, les non-dits, les inquiétudes, seuls vibraient leurs cœurs à l'unisson, un moment unique de découvertes torrides et intimes. Jack gémit à son tour, avant de se relever. A genoux auprès de Ianto, il le contemplait. Les yeux étincelants de désir frustré, les lèvres rougies de ses voluptueux baisers, les cheveux en désordre qui bouclaient à nouveau, le jeune homme reposait contre les oreillers moelleux. Une invitation au plaisir que le Lord n'était pas homme à refuser. Il plongea à nouveau sur ses lèvres au moment où Ianto commençait à déboutonner sa chemise avec des gestes tremblants.

Jack posa les mains sur les siennes et s'assit posément sur ses hanches. Leurs virilités se frôlèrent à travers le tissu, électrisant le jeune homme qui se mordit les lèvres pour ne pas laisser échapper un cri.

- Trop sensible, Ianto, murmura Jack dans son cou, mordillant son lobe gauche.

Ses yeux se révulsèrent sous le spasme qui l'entraîna vers les rivages du plaisir. Il se reprit après quelques secondes, contrit d'avoir cédé si rapidement sous les caresses du Lord.

- Nous avons tout notre temps, Ianto, murmura Jack en lui reprenant la bouche et le déshabillant avec douceur.

Il laissa glisser sa langue sur le corps qu'il dévoilait ainsi. Le goût de Ianto, sa peau émouvante, si claire ses mamelons si durs contre sa bouche, il avait rêvé de ce moment pendant des nuits entières.

Jack eut un éblouissement, là, à ce moment exact alors qu'il se tenait sous son regard amoureux, il eut l'impression étrange que c'était juste. Un moment, très intense, où chacun se rend compte si intimement qu'il est exactement à l'endroit qu'il devait occuper dans le monde. Un moment d'éternité figé dans l'instant où plénitude et bonheur remplissaient l'esprit et le corps au même instant.

Il s'agissait d'un moment de pure beauté. Ianto le surprit dans sa rêverie en l'embrassant à nouveau. Jack Harkness retomba dans le tourbillon de sa vie, dont l'œil était occupé par cet homme, Ianto Jones. Il était heureux et ce sentiment déborda de son cœur.

- Je t'aime, s'écria-t-il soudain, surprenant le Gallois qui ne s'attendait pas à cela.

Mais il souriait déjà, subjugué et ravi par cette déclaration explosive.

- Je t'aime aussi, murmura-t-il en réponse, écartant les pans de ce fichu pyjama qu'il rêvait de lui retirer depuis tant de temps.

Il découvrait un torse marmoréen, comme il l'avait imaginé, mais vivant et chaud, marqué par les coups de fouet comme des injures du temps. Ses mains ne lui suffisaient plus, il mit sa langue en mouvement. Il suivit doucement les creux et les bosses de ce corps qu'il apprenait à aimer. Jack ferma les yeux en sentant la découverte délicate, attentive.

- Si tu continue ainsi, Ianto, je ne réponds plus de rien.

- C'est mon but, dit le jeune homme en descendant plus bas, traçant des arabesques sur cette peau mordorée qui le captivait. Il suivit, de la langue, une ligne plus sombre dessinée sur l'épiderme, descendant sous le pantalon de pyjama. Le tissu malmené ne laissait aucun doute sur la nature de son émoi. Il gémit quand l'homme qui l'entreprenait ainsi le reversa sur leur nid de couvertures. Son pantalon disparut en un clin d'œil et une bouche chaude, gourmande et désireuse engloutit son membre tendu.

Oh il était habile, doué même, si doux et si malicieux alors qu'il jouait de la langue et des mains pour lui faire atteindre un plaisir qu'il n'avait plus approché depuis des mois. Une vague d'extase le fit frissonner alors, que dans un cri, il se déversait dans la bouche tant aimée. Sa tête bascula en arrière, étourdi par cette puissance qu'il possédait sur lui. Ianto rampa et vint l'embrasser. Alangui, Jack se laissa faire, un baiser qui se prolongea alors qu'il découvrait sa propre saveur, sauvage. Il lui sembla qu'il avait un chat qui se lovait contre lui, doux et ronronnant mais inassouvi, il le sentait et encore vêtu.

Ils se caressèrent des yeux, muets d'envie. Des larmes bordaient les cils du jeune homme qui fixaient son amant d'un air étrange. Jack s'inquiéta immédiatement et l'étreignit, leurs torses s'épousèrent, la sueur légère les rafraîchissait.

- Je suis désolé de te rappeler de mauvais souvenirs, Ianto, je regrette. Nous pouvons nous arrêter si tu veux.

- Pourquoi ? Je ne regrette rien pour ma part ! dit le Gallois en lui picorant la peau de légers baisers. Seulement...

- Seulement ? demanda Jack rassuré en levant un sourcil.

Il avait le visage illuminé par ce qu'il ressentait, amour, bonheur, plénitude. Un calme éphémère car quand il vit les yeux affamés du jeune homme, il sentit son désir remonter en flèche, renaissant plus puissant encore. Il le débarrassa complètement de ses vêtements. Il voulait le sentir nu contre lui, contempler sa nudité sans barrière. Il était brûlant de fièvre lutine, ses yeux rougis par le plaisir. La confiance qu'il lui accordait avait changé l'image qu'il avait de lui-même. Il devenait impudique alors qu'ils échangeaient des caresses qui leur mettaient le feu au sang. Ianto gémit lorsque les mains de Jack lui pétrirent les fesses. Il perdit tout sens commun lorsqu'un doigt mutin s'immisça en lui. Jack le regarda s'agiter, ce spectacle lui plaisait décidément beaucoup. Le plaisir naît aussi de la vue et il était comblé par cette vision de Ianto, haletant, l'appelant d'une voix rauque.

Celui-ci ne se reconnaissait plus, il éprouvait un besoin infini, une envie irrépressible. Ce qu'il faisait de lui était un bonheur et un supplice.

Avec douceur, Jack installa son jeune amant confortablement malgré ses appels. Un oreiller sous les hanches, un autre sous le cou, Ianto tendait son bassin vers lui, incapable de réfréner ses gémissements. Jack était séduit par les sons qu'il tirait de lui. Il profita de son abandon pour reprendre son ouvrage, attentif à la montée du plaisir.

La confiance qu'il accordait au Lord le ravissait à lui-même. Ianto avait la sensation d'être une chrysalide prête à éclore sous les lèvres ardentes et les mains caressantes qui s'étaient emparées de lui. Il n'avait jamais atteint un tel plaisir, un tel abandon. Il sentait son sang rugir dans ses veines, battre si puissamment contre la bouche de Jack qui se posait sur son aine, sa langue qui se glissait délicatement dans son intimité, le faisant frémir délicieusement. Un doigt trouva son chemin sur un point sensible qui le porta aux cimes du plaisir.

Un flot de mots sans suite lui s'échappa, mélange d'amour et d'exhortations. Jack sourit, il était prêt à l'accueillir. Il se plaça à l'entrée de son intimité offerte et palpitante et pénétra doucement. Ianto se crispa, son corps se cabra sous la poussée pourtant mesurée. Le Lord s'arrêta et le laissa prendre la mesure de son vît. Il sembla à Ianto qu'il s'écartelait, que sa chrysalide s'ouvrait sous le plaisir qui le chavirait. Jack saisit son membre abandonné et reprit ses caresses doucement, si lentement que le cœur du Gallois ne pouvait le supporter. Il bougea les hanches instinctivement. Le désir renaquît et explosa en vagues profondes, violentes et douces. Jack s'activa dans cette vallée ombreuse qui le crevait de plaisir. Les poussées devinrent de plus en plus vives, de plus en plus profondes, ils gémirent à l'unisson. Un plaisir sourd, une extase parfaite embrasa leurs corps. Ils ne faisaient qu'un, une complète fusion qui les renversa. Ianto se libéra entre leurs ventres dans un cri qui trouva écho chez Jack qui s'abandonna aux tréfonds de son amant, exultant sous lui. Le jeune homme avait la sensation de voler au-dessus de leurs corps, toujours alangui sous le reflux de cet intense climax. Un papillon aimant et nourrissant sa flamme, voilà ce qu'il était dorénavant. Il sourit en sentant les lèvres de Jack l'embrasser et le ramener à lui. Ils se détachèrent l'un de l'autre pour mieux se lover l'un contre l'autre. Le désir enfin assouvi les laissait exsangues.

Les bruits de la maison qu'ils avaient oubliée leur parvinrent à nouveau. Ianto picora ses lèvres au moment où la cloche de St Pier sonnait sept heures.

- Te sens-tu bien ? demanda Jack d'un ton inquiet en voyant les yeux du jeune homme s'assombrir.

- A cette heure de la journée, nous n'aurons pas été discrets.

- Ah, fit Jack, d'un ton rassuré, c'est tout ce qui te perturbe ? Rien en rapport avec ce qui vient de se passer ?

- Si, dit Ianto malicieux, se rapprochant pour poser la tête sur son torse.

- Et ?

- Enfin, je me tiens entre tes bras, dit-il en caressant son torse glabre, savourant les douces caresses dans son dos, ses cheveux, son cou encore sensible.

- Et ?

- Je veux encore, toujours me tenir ainsi entre tes bras et t'aimer.

Jack rit et le serra plus fort, la fatigue lui tirait les paupières vers un sommeil réparateur. Ianto attrapa les couvertures et les rabattit sur eux avec un sourire amusé.

- Le dîner n'est que dans une heure, autant dormir un peu. Je serais incapable de soutenir une conversation avec Owen et Toshiko maintenant.

- Pourquoi ? demanda Jack soufflant sur ses cheveux.

- J'ai mal à la gorge, fit Ianto en riant, repose-toi Cariad.

L'oreille de Jack capta le mot d'amour et l'inscrivit au fond de son cœur tandis que le sommeil le capturait dans les bras aimés.

Ianto veilla sur lui, chuchotant des mots d'amour et de confiance. Ses yeux se fermèrent involontairement et Morphée l'entraîna à la suite de Jack. Il le suivrait toujours, il se le promit.

Dans les couloirs silencieux, Owen esquissa un sourire avant de descendre aux cuisines où Rhys officiait en l'absence de son épouse.

- Nous mangerons un peu plus tard ce soir, Ianto et Jack auront un peu de retard.

- Ils sont sortis ? demanda-t-il interloqué, suspendant un geste au-dessus de ses casseroles fumantes.

Miss Martha s'approcha, curieuse.

- Ils sont loin d'ici en un sens, dit Owen d'un ton égrillard.

- Oh, fit simplement Rhys, en écartant une marmite du feu, ce n'est pas dommage.

- Oui, bien, pas un mot, bien sûr.

- Bien sûr ! dit le majordome avec un sourire éclatant. C'est le signe pourtant que nous allons bientôt rentrer chez nous.

- Tout à fait, Jack est suffisamment remis pour faire le voyage maintenant. De plus, je vais me marier dans trois semaines. Il est temps de m'en retourner chez moi pour les derniers préparatifs.

- Gwen a déjà bien avancé dans l'organisation. Elle me disait qu'elle avait déjà choisi le menu. Apparemment, ni vous, ni Miss Toshiko n'avez de mots à dire sur ce que vos invités mangeront.

- Tant qu'elle n'invite personne en sus, cela ne me dérange pas.

- C'est tout ma Gwen de tout contrôler, mais cela vous le savez aussi bien que moi. Miss Martha est invitée également ?

- Evidemment, elle fait partie de nos amis, désormais, dit Owen en souriant à la jeune fille qui aidait Ewen à préparer une pâtisserie assez complexe. Elle s'entend à merveille avec Steven. Et dans la mesure où Ianto sera un peu occupé à présent, heureusement.

Rhys éclata de rire et ébouriffa les cheveux d'Ewen qui passait près de lui, une casserole de chocolat à la main. Le geste surprit tellement le garçon à la figure barbouillée, qu'il se figea, interloqué.

- On rentre à la maison, mon garçon ! dit-il souriant jusqu'aux oreilles, j'en suis si heureux.

- Il reste encore du travail à Blackwood Manor. Mais je vous accueille chez moi avec plaisir. Jack aura d'autres projets, j'imagine.

- Je vous le confirme, Maître Harper. Il m'a fait envoyer une lettre à Gwen pour faire préparer le cottage, près de Cardiff, à Round Stone.

- Ah mais pourquoi cela ne m'étonne pas de lui cette histoire ! Je suis heureux que le Lord se reprenne ainsi.

- Gwen va sûrement voir cela du même œil que vous, docteur Harper, elle s'inquiétait beaucoup pour lui.

- Comme nous tous, crois-moi ! dit Owen en riant, bien, je pense qu'il est grand temps de préparer nos malles pour le voyage. Miss Martha, vous effectuez un travail pour lequel vous n'êtes pas rémunérée. Cela ne se fait pas dans la maison Harkness. Les invités ne sont pas des domestiques, je vous le rappelle.

- Je n'aime pas rester sans rien faire, dit la jeune fille, et vous manquez de bras pour cette maison.

- Je le sais, Jack Harkness n'avait pas beaucoup de gens quand il est arrivé au mois de mai. Mais depuis, ma fiancée et moi-même avons ajouté du travail à ce bon Rhys.

- Sans compter que ma blessure m'a bien handicapé, dit le majordome.

- Evidemment !

- Vous avez l'air de très bonne humeur, Maître Harper, dit Martha.

- Exactement ! Si vous saviez comme je suis pressé d'être à mon mariage, s'écria-t-il en riant. Je suis impatient !

- N'ayez crainte, dit Rhys en se joignant à lui, cela viendra bien assez tôt. Vous verrez le jour où vous irez vers à l'autel, vous ne serez pas aussi fringuant.

- Oh, Rhys pour elle, je serai toujours volontaire. Ce mariage n'a été que trop longtemps repoussé !

- Pour sûr ! Cela doit bien faire un an et demi que vous êtes fiancés.

- Un an, huit mois et treize jours pour être précis, dit Owen avec un petit rire.

- C'est vrai que le temps doit vous sembler long. Mais on dit que les mariages d'octobre sont les plus heureux.

- Ah mais pourquoi ? fit Martha étonnée.

- Eh bien parce que c'est pluvieux, surtout au Pays de Galles, c'est comme ça qu'on dit, n'est-ce pas ?

- On dit mariage pluvieux, mariage heureux, le reprit Owen en ricanant.

Il était effectivement heureux et entendait le faire partager à tous, à croire qu'il était sensible aux ondes amoureuses qui émanaient de la chambre d'Harkness.

Il s'aperçut bien vite qu'il n'était pas le seul à ressentir un sentiment semblable, un soulagement et une gaieté qui n'étaient pas feints. Toshiko ne cessait de rire, Owen avait les yeux qui brillaient, mais le héros de la fête était bel et bien Harkness, qui semblait tout à fait remis de sa longue maladie. Il offrait à tous son sourire enjoué et séduisant mais il ne cessait de couver du regard le jeune homme au sourire illuminé assis à ses côtés. Ianto appréciait la soirée autant qu'eux, tout en étouffant de temps à autre un bâillement discret. Steven, resté tard pour une fois, semblait étonné par la joie qui émanait de tous.

Oui, la maison Harkness rayonnait de bonheur, une fois chassés les lourds nuages du passé, s'offrait à eux un avenir chatoyant.

Le mariage d'Owen et Toshiko qui s'annonçait, l'amour qui les unissait, Steven qui deviendrait adulte, une vie pleine de promesses s'offrait maintenant. Chacun s'accorderait à dire qu'ils l'avaient amplement mérité. L'amour, à ce moment, palpitait au cœur de tous et s'inscrivait en eux pour le reste de leur vie.


A suivre...