Chapitre 35 –Les héros se cachent pour mourir I
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Fleur se mordait les ongles. Bill avait les mains crispées sur son journal. Luna regardait le jardin d'un air rêveur, comme à son habitude. Peut-être était-elle celle qui avait raison. Ils n'avaient aucun moyen de savoir comment le Trio allait, alors autant ne pas s'inquiéter. « Pas de nouvelles, bonnes nouvelles » avait été leur devise pendant les neuf derniers mois, alors… Dean passait de SorcierInfo à Potterveille toutes les 5 minutes, sans succès. Echanger des messages avec Ginny et Neville grâce au Gallion de Luna ne leur avait pas apporté grand-chose.
- Bon, le déjeuner est prêt, dit finalement Fleur. Pomme dauphines et steak tartare…
Même entendre le menu (son préféré) ne permit pas à Bill de se détendre. Son frère et ses amis étaient un peu devenus ses protégés depuis leur passage à la Chaumière.
Comme la nuit où Bill avait amené Ollivander chez tante Muriel, Fleur toucha à peine son assiette.
- Vous croyez qu'on pourrait voir le bébé de Mr Lupin ? dit Luna.
- Il n'a même pas 48heures, fit remarquer Fleur. Il va surtout dormir et…
- Et changer ses cheveux de couleur ! dit Dean, enthousiaste. Je veux dire, c'est cool, non ?
- Très… je voulais aller voir Tonks ce soir, dit Bill en mordant dans son steak. Mais je veux d'abord être sûr que Ron, Harry et Hermione n'ont pas été repérés, quel qu'ait été leur plan…
- J'ai déjà essayé « Vif », et il ne s'est rien passé, il ne doit pas y avoir d'émission aujourd'hui… commença à dire Dean.
- Edition spéciale de Potterveille ! rugit au même moment la voix de Lee Jordan dans le poste.
Les quatre sorciers se levèrent d'un bond et abandonnèrent leur repas pour s'approcher du poste radio.
- Potter a été vu avec « la fille d'Hélène» et « le frère de Rongeur et Rapière » ! Ils se sont enfuis de Gringotts à dos de dragon ! Le Ministère ne va pas pouvoir cacher l'information, cette fois, la moitié du bâtiment est abîmée, la banque va rester fermée pour plusieurs jours, et plusieurs employés gobelins et sorciers ont été tués dans la colère du Chef Mangemort ! Pour le Ministère et la presse, c'est bien sûr un attentat de l'Ennemi numéro 1 et la preuve qu'il est contre nous ! Mais je passe la parole à BGG, notre Bon Gros Géant, qui pense savoir pourquoi Potter se trouvait là !
- J'ai été le premier à emmener Harry à Gringotts et je lui ai dit que c'était le deuxième lieu de plus sûr au monde après Poudlard ! Je suis sûr qu'il avait un objet précieux à aller y chercher ou à y cacher !
- Intéressante théorie ! Nous attendons les informations officielles pour vous en dire plus… en tous cas, ne tentez pas de faire des emplettes aujourd'hui, le Chemin de Traverse est fermé au public… Par contre, les Farces et Attrapes par correspondance marchent toujours du tonnerre ! A bientôt les amis !
Et la communication coupa.
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Neville éclata de rire, extatique, quand Seamus vint lui raconter, tout content, ce qu'Harry avait fait. Pour l'heure, Parvati aidait Terry Boot à soigner son œil au beurre noir et son nez cassé (rien qu'un Episkey ne puisse régler), mais tout le reste de l'A.D. souriait : les choses bougeaient au dehors. Et avec un peu de chance, l'onde de choc atteindrait Poudlard.
La Salle-sur-Demande avait fait apparaître encore plus de hamacs ce soir-là, comme si elle savait que les élèves couraient un risque s'ils tentaient de sortir de la salle avant l'aube. Rogue et les Carrow devaient s'attendre à ce que l'A.D. se réunisse après une telle annonce. Ils avaient raison, pour une fois.
Mais autant on pouvait attraper un élève qui était dans les couloirs après le couvre-feu, autant le directeur n'allait pas vérifier tous les lits chaque soir. La règle tacite dans les Salles Communes avait toujours été de ne jamais dire qu'un camarade s'absentait la nuit (que ce soit pour faire une promenade romantique au clair de lune, ou une réunion interdite par le règlement), tant qu'il revenait à l'aube. C'était la nouvelle technique des membres de l'A.D., depuis que Neville avait sa « chambre particulière » (aux airs de dortoir tricolore). Seuls Seamus, Hannah et lui savaient pour le passage de la Tête de Sanglier.
- Je vais prendre une douche, annonça Lavande.
- Je suis sûr qu'Harry va venir à Poudlard dans les prochains jours, disait Ernie, très enthousiaste. Après tout, s'il a choisi de sortir en public comme ça, c'est qu'il préparait un gros coup…
- Comme libérer Poudlard ! dit Neville, en se laissant gagner par l'enthousiasme.
- Vous êtes fous, les gars, répliqua Seamus. Avec le Cridurut et le reste… ?
- Ne sous-estimez pas Harry Potter… dit loyalement Neville.
- Demande à Alberforth de nous tenir au courant s'il se passe quelque chose au village, proposa Padma (Neville était toujours celui qui allait chercher le dîner chez le tavernier grincheux). Comme ça, vous arrêterez de vous disputer et ceux d'entre nous qui voulons réviser nos ASPICs pourront le faire…
Les garçons rirent. La jumelle de Parvati avait toujours l'espoir que la guerre s'arrête avant juin et que tout redevienne en ordre. Elles étaient de toute façon de sang pur, mais si on refusait l'examen aux membres de l'A.D., la plupart avaient décidé de les passer à l'étranger.
Neville leva les yeux au ciel, mais n'alla pas tout de suite à la trappe qui ouvrait sur le tunnel.
- J'irai à dix-heures… monsieur devient grognon si je l'interromps pendant son propre souper. Je vais surveiller le village depuis la Volière… quelqu'un veut parier sur l'endroit où je vais atterrir ? plaisanta-t-il en montrant l'Escalier-à-destination-changeante (une version miniature des escaliers de Poudlard qui n'en faisaient qu'à leur tête).
- Le Bureau de McGonagall, comme la première fois, dit Michael Corner.
- Ou le vestiaire des filles du stade de Quidditch, s'esclaffa Parvati.
Neville atterrit (coup de chance !) au premier étage de la tour ouest. Le dîner dans la Grande Salle était fini depuis plus d'une demi-heure, il n'y avait donc aucune chance qu'un élève soit là. Neville s'assit sur le parapet et fixa le point lumineux que formait Pré-au-Lard. Il fit Apparaître une couverture et s'installa confortablement. Les hululements l'entouraient et le vent était froid, mais il s'en fichait.
Et puis, il perdit de vue Pré-au-Lard. Le Lac ne reflétait plus aucune lumière. Il plissa les yeux. Non, les lumières s'étaient bel et bien éteintes… et il pouvait entendre l'écho lointain du Cridurut. Coïncidence ? Il en doutait.
Il dégringola les marches, et par chance, le passage n'était pas encore fermé.
- Il se passe quelque chose à Pré-au-Lard, dit-il, essoufflé en entrant dans la Salle-sur-Demande.
- Tu vois, qu'est-ce que je disais ! dit Seamus, ravi.
Comme si leurs paroles avaient activées la pierre, la trappe qui menait à la Tête de Sanglier se changea en portrait. Neville savait qu'Ariana était peinte dans le salon d'Alberforth Dumbledore, mais le passage ne s'était jamais ouvert dans ce sens-là. Qu'est-ce que le tavernier pouvait bien leur vouloir ?
Neville bomba le torse, déterminé.
- J'y vais, dit-il.
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Luna se leva d'un bond, persuadée que sa fesse gauche avait été atteinte d'un Sort Cuisant.
- Qu'est-ce qui t'arrive ? demanda Dean.
En voyant son air, il baissa la voix. Bill leur lança un regard interrogateur de derrière son journal (La Gazette Finances, qui couvrait les derniers évènements de Gringotts) mais Luna lui répondit par son sourire rêveur habituel. Dean, cependant, ne fut pas dupe.
- Tu viens m'aider à ramasser des coquillages ?
- A cette heure-là ? dit Fleur. Je sais que je ne suis pas votre mère, mais prenez un pull ou …
- Et on ne dépasse pas le muret. On connait la chanson, ajouta Dean sans réel agacement.
Il était très reconnaissant aux Weasley.
Luna ne lui montra la pièce que lorsqu'ils furent hors de vue du cottage.
- Je n'ai pas de baguette, fit remarquer Dean en déchiffrant le message.
- Tu veux venir quand même ? J'ai besoin de quelqu'un pour le Transplanage.
- Oh que oui…
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Ginny s'était assoupie, mais la chaleur dans sa poche la fit se réveiller en sursaut. Il lui arrivait souvent d'imaginer recevoir un message sur le Gallion de l'A.D., mais elle était sûre de ne pas avoir rêvé, cette fois-ci. Elle regarda la tranche de la pièce dorée, qu'elle ne quittait jamais, même pour dormir.
Harry est de retour à Poudlard, disaient les lettres d'or. Intéressés : rdv au lieu où l'A.D. s'est formée pour la première fois…
Ginny sentit son cœur s'accélérer. Harry était à l'école. Et en vie, apparemment.
Elle attrapa un pull chaud (l'Ecosse n'avait pas les radiateurs anti-rhumatismes de Tante Muriel) et se précipita le plus silencieusement qu'elle put vers la chambre du fond, celle d'où s'expédiaient les commandes de Weasley&Weasley Farces et Attrapes. Elle trouva les jumeaux en pleine expérience et n'évita la Chauve-souris Sécateur que de peu.
- Salut, Ginny !
- Que nous vaut cette bonne surprise ?
Elle se contenta de leur montrer le Gallion. Fred et George avaient passé les dernières heures l'oreille littéralement collée au poste radio. Ils savaient donc ce qu'elle voulait dire.
Fred sourit, George aussi. Ils attrapèrent divers objets qu'ils mirent dans leurs poches. Des prototypes, essentiellement. Ca promettait.
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Ginny se sentait prête à en découdre. Pas seulement parce qu'elle avait remis les pieds à Poudlard ou parce qu'elle avait revu Harry en chair en os (bon d'accord, un peu pour ça…) mais parce que Cho Chang commençait sérieusement à l'agacer avec ses battements de cils et ses tentatives méprisables pour reconquérir Harry.
Il fallait qu'elle frappe quelqu'un. De préférence, pas quelqu'un de son camp.
- C'est Luna qui va emmener Harry, n'est-ce pas Luna ? dit-elle avec un regard meurtrier pour Cho.
- Oh oui !
- Faites attention, Rogue et les Carrow doivent savoir qu'il y a eu du grabuge à Pré-au-Lard, maintenant… fit remarquer Neville.
Il lança un regard appuyé à Harry. Utilise la Cape, disaient ses yeux. Et survis…
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Lavande poussa un petit cri. Le mouvement venait de la tour de Serdaigle.
- On y va, dit Ron, férocement. Au pire, on est quinze contre trois Mangemorts…
Une fois dans le couloir, ils entendirent les cris de McGonagall et de Flitwick, ainsi que du verre brisé.
- Regardez ! dit Lee en montrant le ciel.
- J'ai toujours pensé qu'il ressemblait à une chauve-souris, pas vous ? fit remarquer Ginny sur le ton de la conversation.
- Ginny, tu restes ici, répéta son frère. Dans la Salle !
- Hé ! Sans moi vous ne sauriez même pas ce qui se passe…
- Lee nous aurait avertis, répliqua Fred.
- Ginny, Ron, Fred et George Weasley, qu'est-ce que vous faites en dehors de votre lit à cette heure-ci ?
Les cheveux s'étaient hérissés sur la nuque des quatre Weasley, en entendant cette voix. Pour trois d'entre eux, cela leur rappelait une discussion au petit matin, quelques années plus tôt, alors qu'ils étaient fraîchement arrivés au Terrier à bord d'une voiture volante. Ouuuups.
- Bonsoir maman…
Harry et Luna arrivèrent peu après. Ginny reprit confiance. Harry, lui, la soutiendrait… il savait ce qu'elle valait sur un champ de bataille, il essaierait de faire changer ses parents d'avis…
Mais Harry ne la défendit pas. A la place, il donna des ordres à sa nouvelle escouade, composée de sa première équipe de Quidditch à Gryffondor et des membres de l'Ordre qui s'étaient joints aux élèves de Poudlard.
Ginny fit mine de leur dire « au revoir » (peuh, dès qu'ils auraient le dos tourné, elle les suivrait, pour qui la prenaient-ils ?) quand tout à coup, le plus improbable des sorciers fit son apparition.
Percy. Percy Percy.
Sincèrement, elle était contente de le voir.
Clairement, lui, aurait préféré se retrouver face à Voldemort plutôt qu'à huit Weasley à la fois.
- Et heu… Comment va le petit Teddy ? tenta Fleur pour détendre l'atmosphère.
Ginny faillit éclater de rire, mais se retint. Non, n'attire pas l'attention sur toi, ou tu vas te retrouver cloitrée chez Tante Muriel jusqu'à l'aube…
- Oui, heu, très bien ! D'ailleurs, j'ai une photo…tenta Remus.
Mais les jumeaux et Percy ne se quittèrent pas un instant des yeux. On aurait dit une de ces vieilles scènes de duel, tirée des westerns que son père lui avait montrés. Ginny se demanda qui allait tirer en premier (purée de panais ou sortilège, elle n'était pas très difficile).
Apparemment, personne. Sa famille se ramollissait.
Elle tenta une sortie, mais sa mère la vit. Elle aurait dû le savoir, l'œil mollyweaslesque était fourbe et infaillible…
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Rogue avait été puni, bien sûr, pour n'avoir pas plus résisté à McGonagall, mais il sentait que la colère de Voldemort n'était pas exclusivement dirigée contre lui. Poudlard tomberait, que son directeur soit là-bas ou pas.
Car Voldemort avait déjà un pied dans Poudlard. Un objet caché dans l'école qui y avait du pouvoir. Activer la puissance de l'Horcruxe depuis l'extérieur n'était pas compliqué, pas plus compliqué que d'actionner un de ses bras par l'intermédiaire de son cerveau.
Alors, le diadème parla et inspira la peur. Comme le Basilisk l'avait fait une année durant, lorsque la voix du journal et la sienne avaient chuchoté à travers les murs et fait régner la terreur dans les couloirs…
Il y eut des cris dans la lointaine Grande Salle. Voldemort sourit.
- Livrez-moi Harry Potter… siffla la voix. Vous avez jusqu'à minuit.
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Tonks se réveilla vers une heure du matin. Elle trouva la place de Remus vide à côté d'elle, mais elle ne s'inquiéta pas plus que ça… Après tout, passer sa journée à s'inquiéter pour Harry ne l'avait pas fait apparaître, et Remus avait dû prendre son tour de veille pour Ted (entre dix heures et une heure, c'était son tour à elle de dormir). Mais elle ne le trouva pas dans la chambre du bébé.
Ted avait les sourcils et les cheveux bleu turquoise depuis la veille, et il ne semblait plus vouloir en changer (enfin ! Son fils reconnaissait sa suprématie en termes de style !). Mis à part ça, il ressemblait beaucoup à Remus (les yeux déjà bruns, la forme de visage…).
Elle le prit dans ses bras, sans le réveiller, et descendit les marches vers la cuisine.
A la place de son mari, elle trouva sa mère, les yeux fixés sur le poste de radio.
- Dora ? Tu devrais être en train de dormir…
Le fait que sa mère ne l'appelle pas par son prénom complet lui mit la puce à l'oreille. Tonks sentit son cœur se serrer.
- Où est Remus, maman ?
- A Poudlard.
- Pardon ?
- Je n'ai aucune nouvelle. Je crois que le grand final va se passer là-bas…
Tonks ne réfléchit pas longtemps. Sa Médicomage de mère ne voudrait pas qu'elle quitte la maison (« pense à la rééducation de ton périnée !») mais elle ne pouvait pas rester en arrière.
La maison de ses parents était l'endroit le plus sûr au monde pour son fils. Poudlard n'était pas l'endroit le plus sûr au monde pour son mari.
Elle ne pouvait pas risquer de le perdre en étant aussi loin de lui. Si tout devait se jouer ce soir, ils finiraient la nuit ensemble.
- Il n'a toujours pas compris que le mariage c'est ensemble à la vie à la mort… grommela-t-elle. Je ne veux pas être celle qui attend !
Ted remua dans ses bras, l'air d'acquiescer. Ou de vouloir manger, aurait dit un esprit plus pragmatique.
- Dora… ton fils a besoin d'avoir au moins un de ses parents avec lui… ce n'est pas simple, je sais ! Moi aussi j'aurais aimé combattre pendant la première guerre… mais ce qui m'a arrêté c'était le risque de faire de toi une orpheline !
- Je suis orpheline, maman, dit Nymphadora calmement. De père. Et je refuse que mon fils soit pareil. Je vais ramener Remus.
- Nymphadora, attends !
Mais Nymphadora s'était déjà habillée d'habits fluides, d'un coup de baguette. Le genre de vêtements qu'elle mettait du temps où elle était Auror.
Tonks mit Ted dans les bras de sa mère, avant qu'elle n'ait pu protester. Ted s'était réveillé et souriait à la dame aux cheveux bleus qui lui donnait si souvent du lait.
Tonks embrassa le petit front.
- Je rentre vite, petit chou. C'est une promesse de maman.
Andromeda s'était mise en travers de son passage.
- Maman… Prends soin de lui.
Andromeda savait pertinemment qu'aucun argument ne retiendrait sa fille.
- Je ne vais pas savoir comment m'occuper de lui ! tenta-t-elle, en désespoir de cause, tandis que Tonks sortait dans le jardin, en direction du garage.
- Ne sois pas ridicule, tu es la meilleure maman du monde !
Ce fut les derniers mots qu'elle prononça devant sa mère, avant d'enfourcher la moto de Sirius et de s'élever dans le ciel noir.
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Tonks survola le pont suspendu qui n'était à présent qu'un tas de miettes au fond des douves de Poudlard. Elle aperçut quelques cochons ailés étincelants – visiblement, c'était l'œuvre des Explosifs Weasley&Weasley. Impossible de se poser avec ce qu'il restait de protections.
- Tonks ! cria une voix depuis une fenêtre du château.
C'était Kingsley. Tonks pouvait entendre les maléfices lancés par l'autre camp craquer contre les murs.
Elle réfléchit vite. Elle savait que la plupart des combattants – habitants de Pré-au-lard attachés à l'école, élèves, professeurs, anonymes – allaient venir à pied ou utiliser la Cheminette d'Hagrid, mais le timing était étrange. Il devait y avoir un passage vers l'intérieur, car peu de personnes à part les Mangemorts avaient choisi de passer par la pelouse.
Elle atterrit dans un dérapage parfaitement contrôlé à deux rues des Trois Balais. C'est à ce moment-là qu'elle aperçut Augusta Londubat, qu'elle savait être en fuite depuis deux semaines, grâce à Potterveille. Elle fonçait vers la Tête de Sanglier…
Ouh, visiblement Alberforth avait un moyen de la faire entrer au château.
En réalité, le bar était vide. Tonks n'avait pas franchi la porte que la vieille dame pointait sa baguette à quelques centimètres de sa gorge.
- Auror-Nymphadora-Tonks-pour-vous-servir, on-s'est-vues-à-Halloween, votre-fils-vit-chez-ma-mère-et-il-adore-les-caramels-en-forme-de-hibou ! dit-elle rapidement.
- Après vous, dit aimablement la vieille dame.
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- Ginny ! Où sont les autres ? Où sont Remus ?
- Aucune idée… On n'a pas voulu que j'y aille. Je peux venir avec toi ?
- Peut-être, dit Tonks, qui ne voyait vraiment pas ce que son avis allait changer à la détermination de Ginny (autant garder un œil sur elle).
Harry, Ron et Hermione arrivèrent à ce moment-là. Augusta les salua et s'engouffra par la porte ouverte, bien décidée à en découdre.
- Tu as vu Remus ? demanda Nymphadora au parrain de son fils.
- Non, mais il doit être dehors…
Tonks n'attendit pas plus pour sortir. Elle entendit Ginny la suivre quelques secondes plus tard.
- Je dois retrouver Remus… répéta-t-elle.
- Tu dois survivre, oui, dit Ginny en évitant un sortilège qui avait ricoché sur le mur. Stupéfix ! cria-t-elle soudain.
- Bien joué !
- Merci.
Elle recroisèrent le Trio plus tard, alors qu'elles essayaient de rejoindre la cour intérieure. Tonks confia Ginny à la bonne garde d'Alberforth – elle devait trouver Remus. Un quart d'heures plus tard, elle était de retour au niveau de la tour la plus proche de l'endroit où l'ancien pont de bois avait été bâti. A part la voie des airs, il n'y avait plus aucun moyen d'accéder à cette tour. L'escalier intérieur avait été détruit.
Les protections de Poudlard, dont l'Anti-Transplanage avaient visiblement été maîtrisés par le camp adverse, mais elle ne tenta pas de transplaner – il y avait encore le contre-coup de l'accouchement et ce n'était vraiment pas le moment de se Désartibuler.
- Kings ! appela-t-elle.
- Levicorpus ! répondit la voix de son ami.
Elle se sentit décoller du sol. Le transport jusqu'à la tour fut une des choses les plus effrayantes de sa vie. Comme voler sans balai. A l'arrivée, les bras de Kingsley l'accueillirent.
- Qu'est-ce que tu fais là ! Remus a dit que tu veillais sur Ted !
- Et quelqu'un doit veiller sur lui ! Ma mère s'occupe de Teddy…
Une explosion mit fin à leur étreinte.
- Greyback est dans les parages… Dean l'a vu… et ta tante.
- O joie… et elle est où, celle-là… ? grommela-t-elle.
- Du côté du terrain de Quidditch… dit-il en lançant un sort vers les remparts en-dessous d'eux pour les rendre impénétrables.
- J'y vais ! Ravie de t'avoir revu, Kings'!
Il ne répondit pas, trop occupé à faire s'écrouler un pan de mur sur les bonnes personnes. Tonks tenta de rejoindre l'aile est du château et para sans difficulté les premiers maléfices qu'on lui opposa.
Mais quand il s'agit de courir, elle sentit la fatigue accumulée depuis l'accouchement et le manque de réflexes. Le portrait d'un Médicomage du XVIIe siècle lui lança un regard inquiet, mais elle fronça les sourcils d'un air déterminé, bien décidée à refaire prendre du service à l'Auror Nymphadora Tonks.
Prévenez les Mangemorts : ce soir, elle allait casser du mage noir.
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Un énorme crac fit trembler les murs. Comme quelque chose d'énorme qui s'effondre. Ça venait de la tour nord. Seamus et Neville se mirent à courir vers l'antre de Trelawney.
- A droite ! cria Neville quand ils arrivèrent à l'étage de la salle de Divination.
Seamus n'évita le trait vert que de peu. Il vit, de loin, Horace Slughorn s'arrêter contre un pilier pour boire un liquide doré. Felix felicis ou bon whisky ? L'un ne le sauverait pas, mais l'autre lui donnerait peut-être un peu de courage…
La magnifique rosace de la tour nord avait été brisée. La toile du Cavalier du Catogan avait été trouée d'une brûlure large de trente centimètres.
Mais Sibylle Trelawney avait bien plus de ressources qu'il n'y paraissait. Les Mangemorts que Seamus, Dean et Neville cueillirent, stupéfixèrent et ligotèrent souffraient tous de graves brûlures au thé et un autre avait l'air d'avoir reçu une lourde boule de cristal sur la tête (ce qui était, du reste, sans doute le cas).
Les trois garçons arrivèrent au couloir où la trappe de Trelawney était ouverte. Seuls leurs réflexes leur évitèrent d'être également assommés par une théière en cuivre de la taille d'une citrouille.
- Ils ont amené des géants ! cria Lavande, qui était à côté de leur professeur de Métamorphose.
Et aussi sûr qu'elle avait dit ça, les murs porteurs de l'aile nord se mirent à trembler, comme sous l'effet de coups de massue.
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Dolohov, Dolohov, trouver Dolohov, répétait le cerveau de Tonks, tandis qu'elle dévalait les marches, à l'abri de son Bouclier. La poussière avait envahi le hall d'entrée – un pan de l'escalier s'était écroulé. Elle débarrassa deux élèves de Poufsouffle de leurs adversaires en un coup de baguette magique et atteignit les portes d'entrée.
Etait-ce un troll ? Son cerveau affolé envoya l'information, mais elle s'écarta trop tard. La massue abîma sérieusement son bras gauche.
- Ferula, murmura-t-elle.
Ca devrait suffire pour le moment.
Elle visa une des rares gargouilles du hall à n'avoir pas été animée par le sort de McGonagall et l'écrasa sur la tête du troll, avant qu'il ne puisse s'approcher d'une fille que Tonks avait déjà vue en compagnie des jumeaux. Le troll ne fut pas assommé, mais il reporta son attention sur elle.
- Engorgio ! cria-t-elle en pointant le sablier des Serpentards, le plus rempli, avant de l'abattre sur la tête de la créature massive.
Elle écarta les élèves de son passage d'un grand coup de baguette, et le troll s'abattit sur le sol de marbre dans un bruit de tonnerre. Tonks se remit immédiatement à courir vers le terrain de Quidditch, à présent en feu.
Sur son passage, elle fit apparaître des flaques gelées, des peaux de banane, et divers pièges qui ne seraient actifs qu'au passage de Mangemorts. Porter la Marque leur semblait un avantage – c'était en fait un critère simple pour faire s'actionner un mécanisme magique.
Yaxley l'arrêta dès qu'elle rejoint leur petit groupe. Tonks sentit l'atèle se détacher de son bras gauche. Elle lança un sort anti-inflammation sur son bras et écrasa son poing sur le visage étonné du grand Mangemort.
Elle savait à présent que c'était lui qui avait instauré la confiscation des baguettes des Nés-Moldus. Attends un peu de voir ce que ma baguette peut faire… pensa-t-elle.
Yaxley mit trop de temps à se lever.
Elle fit apparaître un spray anti-agression. Et visa ses yeux.
Le masque ne faisait visiblement pas tout. Il n'était destiné qu'à protéger l'identité de son porteur, pas son visage.
Tonks le laissa crier sur la pelouse et s'éloigna, pour descendre rapidement vers le cœur des combats. Il y avait plusieurs corps étendus sur la pelouse, la plupart masqués. Tonks aperçut Arthur Weasley combattre une femme Mangemort qu'elle ne connaissait pas. Combien de ces Mangemorts étaient en fait des sorciers et sorcières soumis à l'Imperium ? se demanda-t-elle candidement… Mais Imperium ou pas, ils essayeraient de les tuer. Le tri ne pouvait pas se faire maintenant. Elle devait laisser cette question de côté jusqu'à la fin.
Et puis, Tonks aperçut Dolohov.
Et Remus.
Il était étendu, les bras en croix, à côté des gradins de Gryffondors. Immobile.
Elle ne sentit pas seulement son cœur se briser. Mais son rêve de famille. Son rêve d'avenir. Ses rires. Ses souvenirs. Elle ne pourrait jamais plus rire comme avant, sans lui. Elle ne pourrait jamais être la Nymphadora Tonks d'avant, sans lui.
Elle s'agenouilla à côté de lui, ignorant les cris, les sorts qui se croisaient au-dessus de sa tête, la chaleur des flammes et la course des fuyards.
Remus avait son air de jeune papa. Ses traits n'étaient pas crispés, ses rides peu apparents. Elle caressa ses cheveux châtains comme si ç'avait été ceux de son fils. De leur fils.
Elle pointa sa baguette au-dessus de sa tête et fit voler une des banderoles rouge et or jusqu'à eux. Elle la posa sur lui comme un linceul.
Elle n'avait même pas envie de le venger. Elle avait envie de s'assoir à côté de lui et de le veiller en silence pendant des heures.
Mais la vie ne lui laissa pas le choix.
Un rire aigu et retentissant se fit entendre dans son dos. Un rire crispant qui gela l'atmosphère autour d'elle.
- Mais que voiiiiiiis-je ! chantonna l'insupportable voix de petite fille qu'avait prise Bellatrix. La fille-à-loups a perdu son toutou ! Le vétérinaire est passé ? Aconit, napel ou Tue-loup ?
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Je sais que ça coupe en plein milieu, mais il le faut ou c'était 30 pages Word à la suite… A dans moins de temps qu'il n'en faut pour dire Accio review!
