Chapitre 35
Naruto devenait fou.
Ça faisait une semaine qu'il était coincé à l'hôpital à garder un œil sur une enfant qui n'avait montré aucun signe d'agressivité envers quiconque. Il n'avait jamais été doué pour rester au même endroit à ne rien faire pendant aussi longtemps.
Regardant à travers la pièce, il vit que Kiba s'était affalé au sol et dormait. Sa tête était posée contre le mur et il avait un bras enroulé autour d'Akamaru qui était allongé sur ses genoux.
Naruto secoua la tête avant de regarder Yuriko qui était assise et regardait par la fenêtre.
Ses bras étaient passés autours de ses genoux les ramenant vers sa poitrine. Elle tenait serré un papier dans son poing. Elle ne l'avait pas lâché depuis que Sai avait fait sa première garde et l'avait dessinée avec Takado.
Appuyant sa tête sur le mur contre lequel il était assis, Naruto ferma les yeux.
Ça faisait une semaine. Une semaine depuis que Sasuke et lui avaient…
Et depuis que Jiraiya avait dit ces choses.
Naruto releva la tête et regarda les dalles vert pâle du sol.
Il n'avait pas eu une bonne nuit de sommeil depuis. Quand il tentait de dormir, ses rêves se transformaient en images vivaces de Sasuke en train de mourir et il se réveillait trempé de sueur.
C'était troublant, la manière dont une question pouvait faire tant de dommages. Il n'aurait pas cru que c'était possible.
Stupide Jiraiya.
Il passa une main sur les marques de sa joue. Ses yeux bleus étaient vides alors qu'il regardait dans le vague.
Au moins, il n'avait pas vu Sasuke.
Ça avait été une bonne chose. Ne pas le voir ne lui avait pas fait se sentir coincé, comme s'il pouvait respirer un peu sans avoir à penser à eux.
Le problème était qu'il n'avait rien fait d'autre que d'y penser.
Bien sûr, son placard lui semblait totalement différent et à chaque fois qu'il voyait l'entaille dans le bois il avait beaucoup de mal à se calmer.
Ce putain de Sasuke réussissait toujours à l'atteindre même quand il n'était pas là, pensa Naruto.
Il passa une main sur sa bouche avant de la laisser retomber.
Ça avait toujours été comme ça et, malgré sa résolution de se tenir à l'écart, Naruto voyait que ça ne changerait pas de sitôt. Et il pouvait admettre qu'il ne le voulait pas.
Tout ça faisait partie de la réponse à la question de ce pervers.
« Et si Sasuke mourrait demain ? » murmura-t-il et il sentit sa poitrine se serrer douloureusement alors qu'il prononçait ces mots.
Elle était là, la réponse.
C'est ce qui arriverait si Sasuke mourrait.
La douleur serait là, le rongeant comme elle l'avait rongé avant que Sasuke ne rentre à Konoha sain et sauf.
Il perdrait une partie de lui : parce qu'elle se briserait et que cette cassure était une menace plus grande que celle que posait Sasuke et la possibilité qu'il s'éloigne encore de Naruto.
Non. Il ne faisait pas confiance à Sasuke, mais ces autres sentiments, ceux qu'il avait juré de ne jamais reformuler…
Ils ne s'étaient pas estompés.
Même pas un petit peu.
Il poussa un grondement frustré et baissa la tête. Ses mèches blondes tombèrent pour couvrir ses yeux troublés. Le son attira le regard félin de la fillette sur lui.
« J'ai besoin de ramens » grommela-t-il. Et en plus de ça, il avait besoin de sortir d'ici.
Le silence était ce qui causait toutes ces pensées profondes. Ça commençait vraiment à l'agacer qu'il se surprenne en train de repenser à Sasuke toutes les cinq minutes.
« Des ramens ? »
Naruto releva la tête de surprise, n'ayant pas réalisé que quelqu'un lui prêtait de l'attention.
« Hein ? »
Des mèches argentées se répandirent sur un bras pâle alors que Yuriko penchait la tête pour l'observer.
« Pourquoi as-tu besoin de ramens ? »
Il cligna des yeux. Il n'y avait pas vraiment pensé. Les ramens étaient juste… les ramens. Ça lui remontait toujours le moral. « Parce que c'est bon… ? »
Yuriko le regarda encore un moment avant d'acquiescer. « Ok. » Puis elle ouvrit le papier qu'elle tenait et le regarda avec une trace d'émerveillement sur son visage inexpressif.
Une idée se faufila dans la tête de Naruto et il jeta un coup d'œil à Kiba. Quand il vit que ce dernier était toujours endormi, il eut son sourire malicieux familier.
Il se leva et se dirigea vers Yuriko.
« Hey... » Il détourna les yeux, soudain mal à l'aise. Il se passa la main sur la nuque. « Tu veux venir avec moi ? »
La fillette écarquilla ses yeux verts mais ne dit rien.
Il n'était pas supposé quitter l'hôpital mais partir en prenant Yuriko avec lui serait encore pire. Tsunade aurait probablement sa tête mais ce ne serait que pour un petit moment et Yuriko n'était pas sortie depuis qu'elle avait été emmenée au village. Pas qu'elle soit là pour faire du tourisme. Mais quand même. Qui aimerait être enfermé vingt-quatre heures sur vingt-quatre ?
Yuriko regarda vers Kiba et Akamaru qui se reposaient toujours. Puis vers la porte fermée qui cachait les ANBU postés là. Puis son regard revint vers Naruto.
C'était étrange, réalisa-t-elle. Quand elle observait ce regard bleu brillant, ça la faisait se sentir… presque acceptée.
Ce même regard lui avait fait oublier plusieurs fois cette semaine pourquoi elle était ici en premier lieu.
Il l'avait fait se sentir la bienvenue.
Son expression ne changeant pas, elle lui adressa un très léger signe de tête et ressentit un certain émerveillement quand un sourire lumineux apparut sur le visage du blond.
« Nous serons de retour avant qu'ils ne s'en rendent compte. »
Yuriko acquiesça à nouveau, surprise par l'étrange sentiment qui l'animait alors qu'elle se levait pour quitter son lit. Elle eut un léger hoquet quand ses pieds touchèrent le sol froid mais l'instant d'après, elle était soulevée et attirée dans des bras solides.
Elle adressa un regard surpris à Naruto alors même qu'elle s'accrochait en passant un bras autour de son cou.
Le blond lui adressa un sourire rassurant. Il prit un oreiller sur le lit et se dirigea vers la fenêtre.
« Masque tes chakras » lui ordonna-t-il alors qu'il mettait un pied sur le chambranle. Puis il jeta l'oreiller à Kiba, l'atteignant en plein visage.
Ce dernier sursauta. Il ouvrit brusquement les yeux. Il était un peu hébété alors qu'il scannait la pièce d'un endroit à l'autre pour savoir d'où venait l'attaque. Il aperçut alors le duo sur la fenêtre et s'immobilisa.
L'expression de panique qui explosa sur son visage était excellente.
« Couvre-nous, nous allons manger des ramens » le prévint Naruto. Il avait un large sourire en voyant la pâleur du visage de son ami. Puis, en resserrant les bras autour de la petite fille, Naruto se propulsa vers l'extérieur. Il rit en entendant le cri de protestation dans la chambre.
Quand le petit bras se resserra autour de son cou, son sourire s'adoucit.
Dans un mélange de jaune éclatant et d'argent doux, ils se précipitèrent vers le meilleur stand de ramens de Konoha.
Sasuke vit Naruto sortir en trombe de la fenêtre de l'hôpital, un ruban épais argenté ondulant dans l'air alors qu'il se dirigeait vers le sol avec la fille.
Il ricana. Cet idiot allait en entendre parler.
Croisant les bras, il s'appuya contre le mur de sa maison. Ses yeux ne quittaient pas les mouvements rapides de la personne qui n'avait pas quitté ses pensées de la semaine.
Son sourire s'estompa et Sasuke détourna son regard, observant à la place le village qui s'était animé dès que le soleil avait atteint une bonne place dans le ciel.
Il porta une main à son cou, frottant l'endroit où avait été le suçon violet que Naruto lui avait laissé. Si ça n'avait pas été stupide, Sasuke aurait juré pouvoir encore le sentir.
Il s'était donné une semaine. Une semaine pour que Naruto puisse réfléchir à ce qu'ils avaient fait. Peut-être que c'était loin d'être assez mais c'était probablement tout ce que Sasuke pouvait supporter.
Il repoussa les mèches de ses yeux et contempla le sol, pensif. Puis il poussa un soupir tremblant, ce qui était rare chez lui, et se tourna vers l'endroit où Naruto et la fillette avaient disparu.
Il espérait que ça avait été suffisant.
Il disparut en un éclair.
Ino ouvrit les yeux, s'extirpant de son sommeil lourd. Elle découvrit un plafond qu'elle ne reconnut pas.
Elle cligna des yeux plusieurs fois pour éclaircir sa vue. Elle réalisa qu'elle était sans une chambre d'hôpital.
Elle fronça les sourcils.
Elle était à l'hôpital ?
Consciente de la lourdeur de ses membres, elle posa ses mains sur le matelas et poussa pour réussir à s'asseoir. Elle ignora les couvertures qui glissèrent autour de sa taille.
Ses bras tremblaient sous l'effort et elle sentit de la transpiration perler sur son front. Son cœur battit plus fort alors que la panique s'infiltrait en elle.
Mais putain ? Qu'est-ce qui se passait ?
Ses mèches blondes tombèrent par-dessus son épaule quand elle réussit enfin à se redresser.
Mon dieu qu'il fait froid se dit-elle en jetant un regard aux couvertures qui lui avaient tenu chaud.
Le bruit d'une chaise qui craque la fit regarder le reste de la pièce pour la première fois.
Elle oublia son anxiété quand elle vit Neji.
Alors qu'il avait habituellement une apparence impeccable, il était avachi sur le fauteuil de l'hôpital. Sa tête reposait contre le dossier, ses traits étaient détendus dans son sommeil. Ses cheveux étaient désordonnés, comme s'il s'était souvent passé la main dedans.
Ne faire que le regarder la calmait.
Il était magnifique.
Neji s'éveilla quand il sentit un poids sur lui. Il ouvrit les yeux, immédiatement alerte, et aperçut la couverture de l'hôpital qui était enroulée autours de lui et de la personne qui essayait de trouver une position plus confortable sur ses genoux.
Ses yeux se posèrent sur le lit vide et il s'immobilisa.
Des lèvres chaudes effleurèrent son cou quelques secondes avant qu'une tête ne se pose sur son épaule.
Sa réaction fut automatique. Il plongea la main dans les cheveux doux de sa compagne et appuya légèrement, l'approchant encore plus de lui. Il ne put s'empêcher de fermer les yeux de soulagement quand il sentit un léger gloussement contre sa peau.
« Je ne savais pas que tu tenais tant à moi, Hyuuga. »
La main dans ses cheveux se resserra une seconde avant de tirer durement. Le hoquet de surprise d'Ino fut absorbé par la bouche dure et chaude qui attaqua la sienne. Ino écarquilla les yeux de surprise. Ses mains cherchèrent une prise sur les épaules de Neji alors que sa langue se glissait dans sa bouche sans préavis.
Des mains fermes trouvèrent sa taille et elle se retrouva à califourchon sur le corps svelte, des bras l'enserrèrent fermement, l'empêchant presque de respirer.
Ino parvint à se reculer un peu. « N… Neji… A… Attends » Un gémissement lui échappa alors qu'il ignorait ses faibles protestations et rivait sa bouche à son cou.
Il y eut un reniflement moqueur depuis la porte et Ino se raidit. Elle posa ses mains à plat sur les épaules musclées de son compagnon et le repoussa. Mais, bien que la bouche sur son cou stoppa, les bras autour d'elle se resserrèrent.
Neji regarda par-dessus l'épaule d'Ino pour voir la Hokage les bras croisés et qui les regardait avec un sourire narquois.
« Donc tu es réveillée. »
Avant qu'Ino puisse répondre, Neji se leva, la portant avec lui… couverture et tout. Il la réinstalla dans ses bras et se dirigea vers la porte, son visage n'exprimant aucune expression.
« Oui, répondit-il froidement, donc nous partons. »
Le sourire de Tsunade s'effaça et elle se pinça l'arrête du nez. Pourquoi ces sales gosses insistaient toujours pour lui rendre la vie difficile ? « Ce n'est pas toi qui commandes ici, Hyuuga. »
Neji ne s'arrêta même pas. Ino était bouche bée. Il désobéissait à la Hokage ?
« Nous partons » répéta-t-il.
Tsunade déplia les bras et s'avança. Elle ouvrit la bouche pour réprimander l'arrogant Hyundai. quand un medic paniqué dérapa dans la chambre.
« Hokage-sama ! Uzumaki-san et la fille ont disparu ! »
Un soupir s'échappa de Tsunade alors qu'elle s'arrêtait brusquement.
Elle adressa un regard noir à Neji et se tourna pour quitter la pièce. « Ce serait dans ton intérêt de faire ce qu'on te dit, Hyuuga. » dit-elle avant de sortir précipitamment. Elle maudissait déjà Naruto dans sa tête.
Merci à Alcine pour sa correction
