Bonjour tout le monde ! Un chapitre tout frais ou presque, en espérant que vous l'apprécierez. J'en profite aussi pour donner quelques nouvelles concernant Mafia Blue : je devrais réussir à écrire et poster la fin du premier opus avant mes partiels, afin que vous ayez l'histoire complète. Il ne me reste que deux ou trois chapitres avant de conclure cette première partie. Ce qui m'amène à la deuxième nouvelle, qui n'en est pas une pour ceux qui sont allés sur mon profil : il y aura un second opus à Mafia Blue. La scénarisation est en cours, mais je ne sais pas encore si je le mettrai à la suite de celui-ci ou bien séparemment. Si vous avez un avis, donnez-le moi, il m'intéresse ! ;)

Sur ce, bonne lecture ! Merci à Camhyoga pour sa correction et à ma zumelle pour être toujours là quand il le faut. Kiss à vous deux, je vous adore.


Mafia Blue – Chapitre 37

Il se sentait comme dans un berceau de coton. Il ne parvenait pas à faire le moindre mouvement, ses membres refusant de lui obéir pour rester plus profondément ancrés dans la substance ouatée. Pourtant il aurait aimé serrer cette main dans la sienne. Il aurait aimé répondre au baiser qu'on lui avait donné. Il aurait aimé… Tellement plus.

Il ne savait pas combien de temps il était resté ainsi, sans bouger, à attendre un nouveau baiser, à vouloir cette main dans la sienne. Une nouvelle était venue, plus douce, plus féminine. Avant même d'ouvrir les yeux, il avait compris qu'Eaque était parti.

« Kagaho, tu vas bien ? »

Le jeune homme tourna difficilement la tête vers sa mère adoptive. Anna avait les yeux embués de larmes, un sourire rassuré aux lèvres. Un visage qui n'attendait qu'une réponse positive. Il acquiesça faiblement, avant de reporter son peu d'attention sur le policier.

« Vous avez fait vite, dit-il avec un air résigné.

-Il y a eu peu de blessés graves par balles dans la journée d'hier, commenta doucement le brésilien. Est-ce que je peux te poser quelques questions ?

-Inspecteur, il vient juste de se réveiller ! protesta vivement Anna.

-Ça va aller, répondit Kagaho. Autant que ça soit fait le plus vite possible, qu'on en finisse. »

Aldébaran hocha doucement la tête. C'était dérangeant de voir le jeune homme avec ce regard douloureux. Pour le peu qu'il en avait vu, l'égyptien était un combattant, un soldat qui ne laisserait rien l'abattre. Et pourtant… Quelque chose semblait l'avoir atteint. Même Egidio, qui n'avait rien d'un enfant de chœur, s'était laissé dépasser. Chacun devait avoir ses propres limites…

« Kagaho, tu ne devrais pas, reprocha Anna, sortant le brésilien de ses pensées. C'est trop tôt, je suis sûre que…

-Anna, s'il te plaît laisse-nous. Ça va aller, crois-moi » l'interrompit l'égyptien.

La grecque eut un soupir avant d'acquiescer, puis de se lever.

« Je serai dans le couloir, n'hésite pas à m'appeler.

-Merci. »

Une fois la porte refermée, Kagaho tourna son regard vers l'inspecteur. Les deux hommes s'observèrent un bref instant, avant que le jeune homme ne rompe le silence qui s'était installé :

« Je vous écoute. Qu'est-ce que vous voulez savoir ?

-Beaucoup de choses, mais la plupart n'ont pas une grande importance, répondit le brésilien en s'affalant un peu sur la chaise. A vrai dire, c'est surtout de la curiosité. A propos de toi. »

Kagaho parut vaguement surpris mais ne dit rien, attendant la suite. Aldébaran se redressa et déclara :

« Il y a une chose en particulier que je ne comprends pas. Pourquoi nous as-tu amenés au bon endroit, si c'était pour aider les Juges à s'enfuir après ? »

Voyant que l'égyptien gardait le silence, il reprit :

« C'est vrai, tu aurais très bien pu nous mener en bateau et te libérer comme tu l'as fait. Alors pourquoi ? »

Kagaho ferma les yeux et poussa un soupir, avant de murmurer :

« Parce que sinon tout ça aurait continué. Je… »

Le jeune homme s'interrompit et rouvrit les yeux, tournant son regard vers la fenêtre voilée. Un mince rayon de soleil tentait de s'infiltrer au travers des rideaux, tandis qu'un léger coup de vent les faisait voler.

« Je voulais trop de choses en même temps, je crois. Je voulais retrouver mon frère, pouvoir à nouveau veiller sur lui lorsqu'il ferait ses devoirs ou qu'il voudrait qu'on aille à la pêche avec notre père adoptif. Mais j'ai voulu autre chose, aussi. Je voulais rester auprès de quelqu'un. De l'un des Juges.

-Eaque ? demanda doucement Aldébaran.

-Vous savez ? s'étonna Kagaho. Ah, Anna a dû vous le dire, c'est ça ? Oui, il s'appelle Eaque. Il s'appelait Eaque, se reprit-il, le regard baissé.

-Donc tu as décidé de faire en sorte de démanteler Hadès mais de sauver ce Juge, c'est bien ça ?

-Mais vous savez, inspecteur, lorsqu'on veut en sauver un, il faut aussi sauver les autres. Ils sont aussi dissemblables que des oiseaux, et pourtant ils font partie de la même espèce. Ils sont tellement liés qu'on ne peut pas les séparer. Alors j'ai essayé de les sauver tous, pour Eaque. »

Kagaho se tut, la fatigue commençant à reprendre ses droits sur lui. Il regarda à nouveau le policier et demanda :

« Vous les avez rattrapés ?

-Est-ce que ça a de l'importance pour toi ? » interrogea Aldébaran en guise de réponse.

Le jeune homme eut un rire douloureux et fit doucement :

« Je suppose que ça ne devrait pas, mais oui, ça a de l'importance.

-Ils ont disparu. Nous ne savons pas où ils ont pu aller.

-Merci. Et maintenant ? »

Le brésilien fit une moue et déclara :

« Maintenant, je vais essayer de me trouver à manger avant de mourir de faim. »

Kagaho écarquilla les yeux, surpris. Aldébaran éclata de rire et se leva, s'approchant de la fenêtre entrouverte.

« Quand on t'a interpellé, on t'a proposé un marché, n'est-ce pas ? Tes informations contre ta liberté. J'estime que tu as rempli ton contrat.

-Vraiment ? demanda l'égyptien.

-Tu n'as jamais accepté de nous livrer les Juges mais de nous conduire à leur repaire. C'est chose faite. »

Kagaho resta silencieux, ne sachant visiblement pas quoi dire.

« Pourquoi ? finit-il par demander.

-Parce que je pense que tu mérites d'avoir une chance, répondit le policier. Bien, sur ce, je vais aller me dégotter un endroit pour grignoter un bout. Ma femme va encore me disputer de manger des sandwichs pleins de mayonnaise, mais tant pis. »

Aldébaran quitta la fenêtre et se dirigea vers la sortie, avant de se retourner vers l'égyptien et d'ajouter :

« Remets-toi bien. Et j'espère ne pas te revoir dans de telles circonstances. »

Il quitta la chambre avec un bref signe de la main et salua Anna, qui s'engouffra dans la pièce rejoindre son fils. Aldébaran eut un sourire satisfait : voilà une bonne chose de faite.

#

Il connaissait ce rêve par cœur. Il s'agissait d'un village où son unité avait perpétré une tuerie plus affreuse que les précédentes, à la suite de laquelle il avait décidé de quitter définitivement l'Irak et ses horreurs.

Il faisait une chaleur accablante, et il se revoyait marcher avec ses compagnons, arme au poing, et regardant les alentours avec un air traqué. Le village était inanimé. Quelques poules inconscientes du danger continuaient de picorer quelques graines, relevant parfois la tête pour regarder passer la troupe armée. Mis à part les gallinacées, il n'y avait pas âme qui vive.

Ils continuaient d'avancer en silence, leurs rangers faisant voler des volutes de poussière qui venaient se coller sur leur peau moite. Ils marchaient ainsi jusque vers le puits du village, unique point de repère fiable entre ces maisons plus ou moins identiques.

Il savait que lorsqu'ils auraient dépassé le puits, une petite fille sortirait d'une ruelle pour s'avancer vers eux, une poupée de tissu dans les bras. Elle les regarderait avec curiosité et un brin de peur, avant de s'enfuir en courant. Il savait aussi qu'un soldat pointerait son fusil sur elle, par pur réflexe, et appuierait sur la gâchette. Avec un ralenti abominable, il reverrait l'enfant tomber au sol, puis entendrait un cri provenant d'une habitation. Un homme en sortirait, rejoint par d'autres, qui s'avanceraient vers eux en criant des mots qu'ils ne comprendraient pas. S'ensuivrait l'assassinat pur et simple des villageois non armés.

Et en repartant du village, il regarderait une dernière fois la poupée de chiffon imbibée de sang.

Il connaissait ce rêve par cœur, pour l'avoir fait presque chaque soir depuis qu'il était rentré de la guerre. Pourtant, là, il aurait aimé s'en soustraire avec l'énergie du désespoir. Se réveiller, quitte à s'abrutir devant la télé ensuite pour mieux oublier la poupée.

La fillette apparut au détour de la ruelle, son jouet serré contre son cœur. Il se sentit serrer les poings et étouffer un énième cri de rage, lorsque soudain une alarme le fit bondir.

Egidio mit quelques instants à revenir à la réalité, cherchant des yeux son pistolet. Ce n'est qu'en remarquant le voyant coloré de son téléphone qu'il comprit qu'il recevait un appel. Encore un peu tremblant, il s'empara du combiné et grogna :

« Ouais ?

-Euh… Egidio ? » fit une voix un peu surprise.

L'italien passa une main fatiguée devant ses yeux et rassembla ses pensées désordonnées. Il connaissait cette voix, mais pas moyen d'y associer un visage. A moins que…

« Mu ? demanda-t-il.

-Oui, je ne te dérange pas ? interrogea l'atlante avec un ton plus gai.

-Pas du tout, répondit le policier, tout à fait réveillé. Au contraire, même. »

Il y eut un léger silence étonné à l'autre bout du combiné, avant que l'italien ne reprenne :

« Laisse tomber. Tu appelais pour une raison particulière ?

-Oui. Tu m'as demandé de te prévenir dès qu'on quitterait la Grèce, dit doucement le jeune homme. Je… Nous avons eu des billets d'avion pour demain. »

Egidio sentit sa poitrine se serrer imperceptiblement et marmonna :

« Déjà ? Il est pressé de se barrer d'ici ton cousin.

-Comprends-le, il faut que nous remettions les objets sacrés en sécurité, expliqua Mu.

-Eh bien merci de m'avoir prévenu, soupira le policier. Bon retour au bercail, dans ce cas.

-En fait, j'avais pensé à quelque chose, l'interrompit l'atlante. Est-ce que ça te dit qu'on fasse une sortie ensemble cet après-midi ? A moins que tu n'aies trop de travail ?

-Tu vas rire, Aldé nous a tous mis dehors, ricana l'italien. J'ai ma journée de libre.

-Je te rejoins chez toi vers quinze heures ? proposa Mu. Shaka fait sa méditation quotidienne à cette heure-ci, je ne le dérangerai pas comme ça.

-Parfait, à tout à l'heure » répondit Egidio.

Ils raccrochèrent en même temps, Mu avec un léger sourire aux lèvres et le policier avec l'étrange impression d'avoir accepté rien de moins qu'un rencard.

L'esprit apaisé, il se recoucha et ferma les yeux de contentement. Il se rendormit sans même s'en rendre compte, d'un sommeil calme cette fois-ci.

Alors que Mu reposait le combiné, une voix calme s'éleva derrière lui :

« Tu es sûr de ce que tu fais ? »

Le jeune atlante esquissa un sourire et se tourna vers Shaka, qui avait la tête penchée sur le côté avec interrogation.

« Pas du tout, répondit-il avec un léger rire. Mais je risque de le regretter, tu ne crois pas ?

-Si tu le dis. Fais juste attention à toi.

-Je ne crains absolument rien, Shaka, j'en suis sûr, répliqua Mu.

-Vraiment ? rétorqua le psychologue. Rapatrié en urgence d'Irak, séquelles psychopathologiques, dénégation de son passé, tendances morbides, pulsions de meurtre et j'en passe. Personnellement, j'ai du mal à admettre que tu ne crains rien avec cet homme.

-Au moins tu le considères toujours comme un être humain, déclara l'atlante en se rapprochant de son ami. Ça prouve bien qu'il a droit à une chance, non ?

-Tu finis toujours par avoir le dernier mot, quoi que je dise, soupira Shaka en secouant la tête.

-Et je suis très fier d'être le seul à pouvoir te faire tourner en bourrique, le nargua Mu.

-Très drôle, grommela l'hindou.

-Pour en revenir à Egidio, tu sais que je suis capable de me défendre seul, reprit l'atlante.

-Ne te repose pas trop sur tes facultés mentales, un jour elles pourraient te faire défaut.

-Shion me le répète assez, ne t'inquiète pas pour ça, rit Mu.

-Tu devrais parler à ton cousin d'ailleurs, fit Shaka en sautant sur l'ouverture créée par son ami. Il a l'air ébranlé.

-J'ai essayé, soupira l'atlante en secouant la tête. Mais tu sais comment il est, plus têtu que lui tu meurs.

-Tu l'es encore plus, ricana Shaka. Je n'ai aucun doute là-dessus !

-Au fait, tu connais bien Athènes ? demanda Mu à brûle-pourpoint.

-J'arrive à m'y repérer sans avoir besoin de demander mon chemin. Pourquoi ça ?

-Je cherche un photographe, tu saurais me trouver ça ? »

Shaka haussa un sourcil circonspect avant d'acquiescer. Mu avait toujours de bonnes intuitions, cette fois encore il devrait faire confiance à l'instinct de son ami. Et espérer ne pas avoir à le récupérer le cœur en miettes.