Chapitre XXXV
On ne peut pas toujours tenir ses promesses
Liam disparut aussi vite qu'il était venu et Edward eut l'impression d'avoir rêvé. Il sonda rapidement les environs et sans surprise, découvrit que le traqueur le guettait un peu plus loin. Ce dernier le trouvait long à la détente et le jeune Cullen se secoua pour répondre à son attente. Il s'éloigna rapidement des lieux, abandonnant Gino à son bourreau. Dès qu'il fut suffisamment loin, il chercha de nouveau l'esprit de Liam. Celui-ci était satisfait, sûr d'avoir manipulé le fils de Carlisle à sa convenance. D'après lui, le garçon était parti chercher un endroit d'où passer un coup de fil à son père, pour le prévenir que le traqueur l'avait épargné et rentrait sur Forks, libérer Bella. Ça avait été un jeu d'enfant de lui faire croire qu'il épargnait Gino et de l'éloigner pour lui laisser le champs libre de finir de faire ce pourquoi il était venu. Grâce à son astuce, il n'avait pas eu besoin de le tuer, au risque de se mettre tout le clan Cullen à dos. Bien sûr, lorsqu'il s'apercevrait qu'il s'était fait berner, le jeune homme risquait d'en faire une affaire personnelle, mais bah ! L'Italien était un Volturi, Carlisle lui expliquerait la nuance et Edward se rendrait à ses arguments. Liam réfléchit qu'il n'aimerait décidément pas s'en faire des ennemis. Quelle surprise ça avait été de se retrouver nez à nez avec le jeune homme ! Il s'attendait à ce que Jane laisse l'autre de ses compagnons avec Gino et parte seule à sa poursuite… ou éventuellement le contraire, mais pas à ce qu'elle entraîne un Cullen derrière elle. C'était une attitude tout à fait inédite chez les Volturi qui jamais n'emmènent de témoins avec eux. Liam n'aimait pas les surprises. Il avait planifié de liquider celui ou celle qui resterait avec Gino, puis de les brûler tous les deux. Ensuite, il n'aurait plus eu qu'à attendre le retour du dernier d'entre eux et le liquider à son tour. Maintenant, il ne pouvait plus suivre son plan initial, parce qu'il restait deux Volturi au lieu d'un, ce qui rendait l'affrontement risqué. Hors, il ne prenait jamais de risque. Edward l'observait qui préparait un feu suffisamment important pour y faire brûler le corps de Gino. Etait-il de taille à empêcher ça ? S'il intervenait, nul doute que Liam n'hésiterait pas à se débarrasser de lui. Il n'irait peut-être pas jusqu'à l'incinérer, mais il le réduirait en pièces. Armé de son couteau, il entreprit d'épointer quelques branches d'arbre pour s'en servir de projectiles. Il était adroit et s'il parvenait à le surprendre, il avait toutes les chances de réussir à l'embrocher. Il décocha son premier jet tandis que Liam commençait de jeter au feu les jambes et les pieds de Gino. Il en avait plein les bras et lui tournait le dos. Sur ses gardes, le traqueur entendit la course sifflante du projectile et bougea au dernier moment. Le pieu lui traversa l'abdomen, au lieu de lui percer le cœur. Il se retourna d'un bond et fit face à Edward, les yeux agrandis de surprise.
- Toi ? Réussit-il à articuler avant d'esquiver adroitement un deuxième tir qui lui érafla cependant le cou.
Très concentré, Edward captait ses pensées, se tenant prêt à toute éventualité, y compris celle d'être obligé de fuir si le traqueur le chargeait. Mais ce dernier hésitait. Edward avait bien caché son jeu et Liam se maudissait de n'avoir pas fait davantage confiance à son intuition qui l'en avait pourtant prévenu. Il aurait dû le tuer sans se préoccuper de savoir de qui il était le fils. De quel talent particulier ce maudit Cullen était-il pourvu ? En tout cas, il était loin d'être aussi inoffensif que Bella le lui avait présenté. Pourtant, nul doute que ce n'était pas un combattant, ça il pouvait le lire dans ses yeux. Mais il lui restait un pieu et il ne lançait pas trop mal. De même qu'il savait garder son sang-froid. Aurait-il une chance d'éviter le contact de ses mains s'il l'attaquait ? Il balança quelques dixième de secondes. Edward arma son bras et se positionna comme pour tirer. Liam ne risquerait pas d'être plus gravement blessé, il fit demi-tour et s'enfuit à toutes jambes. Edward se précipita sur les membres de Gino qui commençaient à brûler et les retira du feu. C'était temps. Quelques secondes de plus et les dommages auraient été irréparables. Il sonda les environs mais ce coup-ci, Liam avait bel et bien disparu. Il remit les morceaux en place autour du corps de l'Italien. Une furieuse envie de poursuivre le tueur et d'en finir avec lui une fois pour toute, le saisit. Il avait promis à Bella qu'il ne ferait jamais ça et pourtant il abandonna Gino à son sort et se lança sur les traces de Liam. Elles n'étaient pas difficile à suivre, il ne se donnait pas la peine de les dissimuler et courrait droit devant lui afin de mettre le plus de distances possible entre eux deux. Avait-il deviné que Edward le suivrait ? Sans doute. Attentif au moindre détail, ce dernier se concentrait surtout à repérer les pensées du tueur. Dès qu'il les aurait perçues, il n'aurait plus qu'à ce laisser guider. Tenant toujours son pieu à la main Edward se laissait mener par sa détermination, refusant de s'attarder sur toute idée parasite qui pourrait le détourner de son but. Il allait coincer ce malade avant qu'ils ne s'en prenne à l'un des siens, ou à Bella. Il n'était pas le mieux qualifier pour faire ça, mais il était en position de le faire et c'était une opportunité qui ne se représenterait peut-être pas de sitôt. S'il laissait passer cette occasion, il aurait sans doute à le regretter amèrement et les prochaines victimes de Liam seraient à lui imputer indirectement. Pas question qu'il prenne ce risque. Promesse ou pas promesse, il allait tenter sa chance…
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Quelque part dans la forêt, Jane laissa échapper un hurlement de rage et de désespoir. Elle venait de s'apercevoir que les traces de Liam les ramenaient vers leur point de départ. Ils avaient tourné en rond ! Liam les avait berné et … elle avait laissé Edward seul avec Gino.
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Le vol de retour parut infiniment long aux Cullen et c'est avec un plaisir non dissimulé qu'ils retrouvèrent leur maison, Jasper, Alice et Bella, et… les Quileutes en train de prendre leur repas du soir. Malgré la tristesse qui ne les avaient pas quittés de tout le trajet, ils ne purent se retenir de rire devant le spectacle étonnant des jeunes indiens affamés. Alice leur raconta par le menu tout ce qui s'était passé en leur absence et comment ils avaient utilisé leur temps en s'entraînant durement. Elle-même n'était pas peu fière de son après-midi, qu'elle avait passé à mettre la main sur les appareils nécessaires à la localisation d'un portable, ce qui s'averra une entreprise compliquée mais nullement insurmontable. Elle avait fait jouer quelques relations qu'elle avait au FBI et présenta joyeusement à ses parents, son dernier joujou électronique. Avant qu'elle n'entre dans des détails techniques dont elle raffolait, Rosalie et Emett prétextèrent qu'ils avaient besoin d'une bonne douche et s'éclipsèrent discrètement. Esmée abandonna également son mari au verbiage de sa fille et partit défaire les valises.
- J'ai réussi à trouver le numéro du portable que Liam a utilisé pour joindre Bella, mais je suis incapable de le localiser pour l'instant, non plus qu'Edward ou les Volturi. Ils doivent être dans une zone où les ondes ne passent pas. Je pense qu'il faudra attendre qu'ils soient sortis des forêts pour connaître leur position avec exactitude.
Une barre d'inquiétude plissait le front de Carlisle.
- Je ne comprends pas pourquoi Jane a pris l'idée d'emmener Edward avec eux. D'ordinaire les Volturi ne procèdent pas comme ça. Ils règlent leurs affaires en dehors de tout témoins.
- Tant qu'elle tient Edward, elle sait que je ne chercherai pas à m'enfuir, affirma Bella. Si elle nous avait laissé tous les deux, on aurait songer à partir en entraînant Liam derrière nous. Elle n'a pas voulu courir ce risque. Si elle me perd, elle le perd aussi.
- Tu l'avais deviné ? S'étonna Jasper.
- Non, je viens seulement de le comprendre maintenant. Mais Edward le savait forcément.
Alice s'avança vers elle et la serra sur son cœur.
- N'aie pas peur Bella. Edward sait prendre soin de lui. Il ne fera rien qui le mette en danger… pas maintenant que tu es entrée dans sa vie.
Bella tâcha de conserver un air digne et confiant, qui ne convainquit personne.
- Je me demande si je ne devrais pas en avertir Aro ? Réfléchit Carlisle.
- Si tu fais ça, il risque de nous en envoyer d'autres et on a déjà assez de problèmes comme ça, affirma Jasper.
Sam approuva bruyamment. Il ne tolérerait pas que d'autres buveurs de sang s'approchent de la Réserve.
- Désolé Carlisle, mais la présence de ces trois là a fait suffisamment de bruit chez les Quileutes. J'en ai encore les oreilles qui sonnent. Ne nous demandez pas d'en supporter davantage.
Carlisle se rendit à cet argument. Du coin de l'œil, il observait sa futur belle-fille. L'effort qu'elle faisait sur elle-même pour avoir l'air d'aller bien était palpable. Elle remplissait les assiettes des Quileutes comme si elle avait fait ça toute sa vie (ce qui était un peu le cas), un sourire au coin des lèvres, mais son regard était si sombre qu'on aurait pu croire que ces yeux étaient devenus noirs.
- As-tu besoin de te nourrir Bella ? S'inquiéta-t-il.
Elle le regarda avec étonnement. Qu'est-ce qui pouvait bien lui faire penser ça ? Elle secoua la tête en signe de dénégation et son sourire s'agrandit encore. Carlisle esquissa un geste pour la prendre dans ses bras, mais y renonça au dernier moment… trop de témoignages de sympathie ne risquait-il pas de la faire craquer ? Bella fit mine de n'avoir rien remarqué et remplit les verres de ses hôtes avec des sodas dont ils raffolaient.
- Demain on a intérêt de se remuer parce qu'on va devenir obèses à nous alimenter aussi mal, plaisanta Jacob en vidant son verre et on faisant signe à Bella de le remplir à nouveau.
- Quoi ? S'indigna cette dernière.
Devant le regard de reproche de ses frères de meute, il s'empressa de se contredire.
- D'accord, je voulais pas dire ça. Tout le contraire. Ta cuisine est délicieuse et tu ne nous fais que des trucs qu'on aime, alors c'est possible qu'on s'empiffre un peu plus que d'habitude. Mais c'est pour te faire honneur…
Un sourire rusé vint éclairer son visage déjà rieur et tout le monde renchérit sur lui et la complimenta sur ses talents de cuisinière.
- Mouais…, grogna Bella, dubitative.
La diversion de Jacob était la bienvenue. Elle voulait reculer le plus tard possible le moment où elle n'aurait plus d'autre choix que songer à Edward.
- Je pense que je ne vais pas laisser passer cette affront, affirma-t-elle sur le ton de la plaisanterie.
- La fessée, la fessée… Se mirent à scander les autres avec entrain.
Jacob tenta de sortir de table, mais, pas assez rapide, il fut maintenu de force sur sa chaise par ses frères de meute.
- Il est tout à toi Bella, affirma Sam en tirant les cheveux du pauvre Jacob comme s'il avait dans la main un poulet qu'il aurait tenu par le cou.
- Merci Sam, répondit poliment Bella. Je pense que je vais le frapper…
- Non, non Bella. Je suis désolé, clama Jacob. J'adore ta bouf… ta cuisine, je le jure !
- … avec le rouleau à pâtisserie, poursuivit-elle en faisant mine de chercher l'instrument dans les tiroirs.
Plus rapide qu'elle, Alice l'avait déjà trouvé et le lui tendait.
- Sais-tu comment font les bouchers pour attendrir la viande, Jacob ?
- Heu… Je suis tendre Bella, très tendre, protesta-t-il. Je suis le plus tendre des Quileutes et si tu dois absolument ramollir quelqu'un, je te suggère Sam. C'est une vrai carne.
Sam tira un peu plus fort sur les cheveux de Jacob et prit un air furieux.
- Je suis ton chef de meute et tu viens de gravement me manquer de respect, affirma-t-il avec sévérité. Et… malgré que je sois très tendre au fond de mon cœur, je vais devoir te frapper… avec tendresse.
Il s'empara du rouleau qu'Alice lui tendait et fit mine d'assommer Jacob. Celui-ci se mit à pousser de grands cris et à se débattre comme un beau diable. Le reste de la famille Cullen apparut comme par enchantement… un peu tendue tout de même.
- Ne cassez rien ! Tenta de se faire entendre la pauvre Esmée tout en ramassant la vaisselle qui lui passait sous la main.
Rosalie, Alice et Bella lui donnèrent un coup de main tandis que les hommes Cullen, hilares, participaient à la mêlée générale qui venait de s'installer dans la pièce.
- Fichons le camp d'ici, proposa Rosalie.
Elles quittèrent toute la cuisine sans se faire prier et coururent se réfugier dans le salon.
- Eh bien ! Vous n'avez pas dû vous ennuyer avec eux ! Clama Rosalie. Ils sont impossibles ces loups. Un chance que la maison soit encore debout.
- En fait ils sont… adorables, dit Alice. Je n'aurai jamais imaginé qu'il soit si facile de s'entendre avec eux.
- C'est vrai, renchéri Bella. Ils sont tous épatants.
Un bruit de casserole qui dégringolent et de vaisselle qui casse vint interrompre l'attendrissement général.
- J'espère pour eux qu'ils aiment le bricolage parce qu'il est hors de question que je refasse ma cuisine toute seule, déclara toutefois Esmée, un peu pincée tout de même.
- Puisque tu songes à faire des travaux, par la même occasion, il faudra arranger la chambre de Bella… et rénover entièrement celle d'Edward, déclara Alice d'une petite voix flûtée.
- Ah bon ? S'étonna Esmée. Que s'est-il passé ?
- Maman, gronda Rosalie. Tu n'en as pas une petite idée ?
Bella est un vampire et un vampire ne rougit pas. Heureusement d'ailleurs sinon un cosmonaute observateur aurait sans doute pu l'apercevoir depuis l'espace. Elle se contenta donc de baisser la tête et de se cacher derrière ses cheveux. Puis, plus pour se donner l'air occupé que par acquis de conscience, elle alla vérifier sur l'ordinateur, qu'elle n'avait reçu aucun mail. Elle ne vit pas le regard préoccupé que les femmes Cullen échangèrent dans son dos.
- Il y a quelque chose ? S'inquiéta Alice.
- Non, aucun message. Je me demande…
Bella s'interrompit au milieu de sa phrase. A quoi bon divulguer son inquiétude à haute voix ? L'ambiance était détendue, tous les Cullen (à part son amour) étaient rentrés chez eux, les Volturi étaient partis et la présence chaleureuse et bruyante des Quileutes mettait toute la maison en joie. Elle ne voulait surtout pas casser l'ambiance, même si en cet instant, l'absence d'Edward était plus concrète et douloureuse qu'un coup de poignard dans son cœur. Alice vint la prendre par le cou.
- Il va bien Bella. Si quoi que ce soit lui arrivait, je …
Elle s'interrompit brutalement et se figea. Le flash dura de longues secondes, presque une minute entière, puis elle secoua la tête et se dirigea en courant vers la cuisine où elle appela son père. Carlisle sortit de la pièce et la suivi à l'étage. Bella dut s'asseoir, ses jambes ne la portaient plus. Jacob, hirsute et la chemise à moitié arrachée vint immédiatement se poser à côté d'elle et l'entoura d'un bras protecteur. Tous le reste attendit en bas de l'escalier que les autres redescendent. Ni Jasper, ni Esmée n'osèrent monter les rejoindre. Le temps leur parut à tous infiniment long avant que Carlisle et Alice ne viennent les rejoindre. Cette dernière se tenait en retrait de son père, les yeux fixés sur le bout de ses chaussures et elle ne réagit un peu que lorsque Jasper vint la retrouver. Là, elle se blottit dans ses bras et se cacha dans sa veste.
- Vous savez tous que les visions d'Alice sont… imprécises, parfois fausses, commença Carlisle. Toutefois, il semblerait qu'Edward ait tenté de tuer Liam. A priori il aurait réussi à le blesser avec un pieu et maintenant… il la pris en chasse. Et… il est seul, les Volturi ne sont pas avec lui.
