— Je suis amoureux d'un garçon.

Ca y est. La phrase était lancée. Il n'y avait plus moyen de faire marche arrière. Anxieusement, Stiles attendit que son père réagisse. Son cœur tambourinait fort contre ses côtes et il entendait son sang battre contre ses oreilles. Ses mains étaient moites et il les essuya discrètement sur son jean, en tentant de respirer normalement.

— Quand … Quand tu dis « amoureux », tu veux dire que tu « sors avec » ou que tu as juste « des sentiments » pour un garçon ?

— Je … J'ai des sentiments et je sors avec …

Un court silence s'ensuivit.

— C'est donc ça … finit par soupirer le shérif en se laissant tomber sur une chaise.

— Ca quoi ? réussit à coasser l'adolescent, la gorge nouée par l'angoisse.

— Ce que tu me caches depuis cet été. Toutes ces lettres, ces textos, ces mensonges … Tu as rencontré quelqu'un pendant le mois de juillet, non ?

Le garçon hocha lentement la tête.

— A vrai dire, je pensais que tu me cachais quelque chose de grave. J'avais commencé à te soupçonner de te droguer. Je suis soulagé que ce ne soit que ça.

— Tu … Tu veux dire que … Tu t'en fiches ?

Le shérif haussa un sourcil.

— Que veux-tu que je fasse ? Que je me fâche ? Que je te traite de je ne sais quoi ? Que je te renie ? Tu es mon fils unique, Stiles. Je n'ai que toi. Si tu es heureux avec un garçon, alors je suis aussi heureux pour toi. Et je préfère vraiment que tu m'annonces que tu es gay plutôt que tu me dises que tu es drogué !

L'adolescent se sentit tellement soulagé qu'il eut envie de pleurer, le stress et l'angoisse s'évaporant au fur et à mesure de la discussion.

— Merci, papa … bredouilla le garçon.

— Tu n'as pas à me remercier, déclara d'un ton grave son père. Tous les parents du monde devraient aimer leurs enfants, peu importe la personne dont ils tombent amoureux. Je te l'ai déjà dit, tant que tu es heureux, ça me va. Et puis, si jamais ton copain te rend malheureux, je pourrais aller lui casser la figure. Si tu étais sorti avec une fille, la déontologie m'aurait interdit d'aller lui refaire le portrait.

— Papa ! protesta Stiles.

— Quoi ? Souris un peu … Ce n'est pas toi, le spécialiste de l'humour et du sarcasme ?

L'adolescent leva les yeux au ciel.

— C'est pas un sujet marrant …

— Et depuis quand les parents ne peuvent plus embêter leurs enfants au sujet de leurs histoires d'amours ?

Le garçon marmonna quelque chose dans sa barbe et le shérif lui lança :

— Alors, il s'appelle comment ? Ce n'est pas Scott, au moins ?

— Non, papa … Scott sort avec Allison, je te l'ai déjà dit un million de fois ! râla Stiles.

— Bon, alors c'est qui ? Ton copain Isaac ? Lui, il est gay, non ?

L'adolescent leva les yeux au ciel. Il était bien parti pour tout avouer à son père mais le prénom de Derek resta coincé dans sa gorge. L'angoisse revient aussitôt. Si son père avait bien pris le fait qu'il aime un garçon, il n'apprécierait peut-être pas d'apprendre que ce garçon était Derek Hale.

— Tu le connais pas ! Mais je te le présenterai, un de ces quatre. Quand ça fera un peu plus longtemps qu'on sera ensemble.

Le shérif hocha lentement la tête avant de reprendre :

— Tant qu'on y est, qu'est-ce que tu veux pour Noël ?

Stiles cligna des yeux, déboussolé.

— Pardon ?

— J'ai l'impression que tu ne veux plus qu'on parle de ton copain. Donc je change de sujet. Alors, qu'est-ce que tu veux ?

L'adolescent fixa son père quelques instants avant de se lever pour se jeter contre lui.

— Woh ! Je ne t'ai encore rien promis, ne me saute pas encore dessus !

— T'es le meilleur père du monde, murmura Stiles. Je t'aime, p'pa.

Le shérif serra son fils contre lui, ému. Il se demanda brièvement comment sa femme aurait réagi face à l'annonce de leur enfant. Puis, il réalisa qu'elle aurait eu la même réaction que lui. Parce que quand on aime véritablement quelqu'un, on l'accepte comme il est et on ne tente pas de le changer.

La seule différence avec son épouse, c'est qu'elle, elle aurait réussi à tout savoir sur ce fameux « copain » en moins de cinq minutes.

# #

Lorsque Derek se faufila dans la chambre de Stiles ce soir-là, l'adolescent l'attendait sur son lit, un grand sourire sur les lèvres.

— C'est le fait que je sois là qui te rend aussi heureux ? demanda l'alpha après avoir embrassé son amoureux.

— Devine qui a annoncé à son père qu'il avait un petit copain ?

Le loup garou resta un instant interdit.

— Tu veux dire que … Tu lui as parlé de moi ?

— Et bien, pour être franc … Ton nom n'a pas été cité dans la conversation, avoua le garçon. Mais je lui ai dit que je sortais avec un garçon.

— Ah … Et ton père a réagi comment ? s'enquit Derek.

Stiles haussa les épaules.

— Il a dit que tant que j'étais heureux, il était heureux aussi.

— Tu vois que ce n'était pas si compliqué ! le nargua l'alpha.

— Oui, bah attends, je ne lui ai pas encore annoncé que je sortais avec un petit délinquant ! le tempéra l'adolescent.

— Arrête de dire que je suis un délinquant, grogna Derek.

Stiles tira la langue et attrapa la main de l'alpha.

— Dis … Tu es fier de moi ?

Le loup garou eut une mimique attendrie et attira l'adolescent contre lui.

— Oui. Merci d'avoir dit à ton père que tu sortais avec un garçon. Même si tu n'as pas encore dit que c'était moi …

— Oui, bah, je fais ce que je peux, bougonna son amoureux.

Ils restèrent enlacés l'un contre l'autre un long moment, sans dire un mot, savourant la présence de l'autre. Puis, Stiles murmura à l'oreille de Derek :

— Vu que j'ai tout raconté à mon père, j'ai le droit à une récompense ?

L'alpha comprit aussitôt ce que réclamait l'adolescent et donna une tape sur le crâne du garçon, lui arrachant un cri de protestation.

— De un, tu n'as pas tout raconté, vu que tu n'as pas dit que c'était moi, ton copain. Et de deux, j'ai dit pas avant tes dix-huit ans. Tu le sais bien.

— Oui, mais … plaida Stiles. Pour m'encourager à te présenter à mon père ?

— Non, on ne fera pas l'amour, déclara le loup garou en détachant chaque syllabe très nettement.

— Pas forcément, tenta de le convaincre l'adolescent en faisant glisser ses doigts le long de son torse. Mais on pourrait … S'arrêter au préliminaire ? Tu vois, juste avoir un avant-goût de …

— NON !

Le ton utilisait par Derek était sans appel et Stiles se renfrogna.

— C'est pas juste. Je suis le seul qui doit faire des efforts. Tu pourrais au moins dire oui pour un petit plaisir !

— Ah bon ? Parce que tu crois que tu seras capable de t'arrêter quand j'aurais commencé ce que je prévois de te faire le soir de tes dix-huit ans ?

L'adolescent battit des cils.

— Et … Tu crois que tu peux au moins me dire ce que tu comptes me faire dans huit mois et dix-neuf jours ?

Un sourire se dessina sur les lèvres de Derek et il se pencha à l'oreille de Stiles pour lui expliquer ce qu'ils feraient lors de la soirée d'anniversaire de l'adolescent. Le garçon rougit en imaginant les scènes décrites par son amoureux et fini par souffler :

— Woh … Je voudrais déjà y être …

# #

Allison gara sa voiture et prit une profonde inspiration avant de descendre de son véhicule et de se diriger vers le perron du manoir Hale d'un pas décidé. Elle gravit rapidement les marches avant de frapper trois fois contre la porte.

La jeune fille patienta quelques instants, le temps que Peter vienne lui ouvrir.

— Allison ? s'étonna le loup garou. Tu … Tu cherches Scott ?

— Non. Je viens pour te parler.

Peter plissa les yeux et laissa passer quelques instants avant de se reculer pour que l'adolescente puisse pénétrer dans le manoir.

— Je suppose que la discussion que l'on va avoir ne va pas me plaire, soupira le loup garou en fermant la porte.

Allison fit la moue.

— Je viens pour te parler de Mark Davis, admit-elle d'une voix douce en sortant le dossier rouge que Stiles lui avait confié. J'ai commencé à enquêter. J'ai découvert qu'il était avec toi et mon père au lycée. Qu'il est mort une nuit de pleine lune. Officiellement, à cause d'un chien. Mais je pense qu'il est décédé d'une autre façon.

— Et pourquoi c'est à moi que tu viens en parler ? demanda Peter. Pourquoi tu ne règles pas cette histoire avec ton père ?

L'adolescente haussa les épaules en feuilletant distraitement le dossier.

— Il ne veut rien me dire. Il refuse de me parler. Je ne peux compter que sur toi pour m'apprendre ce qu'il s'est passé ce soir là.

L'oncle de Derek croisa les bras devant lui.

— Pourquoi tu tiens tant à le savoir ? Qu'est-ce que ça va bien pouvoir t'apporter de connaître la vérité sur cette affaire ?

— Je … Je ne sais pas. Mais à chaque fois que ma famille a eu un secret, ça c'est mal fini. Et par mal fini, je veux dire qu'il y a eu des morts. Je n'en peux plus, Peter. Je n'en peux plus de tous ces décès. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai besoin de savoir ce qu'il s'est passé parce que … Parce que j'ai l'impression que si je ne suis pas rapidement au courant, ce mystère va finir par encore mal tourner et je ne veux plus … Je ne peux plus … Je …

L'air perdu qui s'était peint sur le visage d'Allison acheva d'abattre les dernières résistances de Peter. Le loup garou fit signe à l'adolescente de le suivre dans le salon et de s'installer sur le canapé, pendant que lui-même s'asseyait dans le fauteuil.

Il se frotta les mains l'une contre l'autre avant d'inspirer profondément et de se lancer.

Souvenirs.

# #

Peter était assis près de la fenêtre et tapotait son cahier avec son stylo. La joue appuyée contre sa main, il s'ennuyait ferme. La rentrée avait eu lieu une semaine plus tôt, mais le collège ne lui plaisait pas. Son professeur de mathématiques était en train de leur rappeler ce qu'ils avaient vus à l'école primaire. Tout comme les autres enseignants le faisaient dans leurs matières.

Et le garçon n'appréciait pas du tout de passer sa journée à écouter quelqu'un lui rabâcher quelque chose qu'il avait déjà acquis. Son père lui avait pourtant dit qu'au collège, il apprendrait de nouvelles choses et qu'il s'y sentirait mieux qu'à l'école primaire.

— Menteur, grogna Peter entre ses dents.

Deux coups furent frappés contre la porte et le principal entra dans la classe. Le professeur de mathématiques interrompit son cours pour jeter un regard interloqué à l'homme qui venait d'arriver.

— Désolé de vous déranger, Mr Drake, s'excusa le principal. Mais je tenais à présenter à vos élèves leur nouveau camarade.

L'homme fit passer devant lui un garçon de petite taille, aux yeux bleu clair et aux cheveux bruns, qui était resté soigneusement caché dans son ombre.

— Les enfants, je vous présente Chris Argent. Il est nouveau dans cette ville et j'espère que vous l'intégrerez rapidement à cette classe.

Le principal tapota sur l'épaule du garçon et chercha du regard une place libre pour y envoyer l'élève. Il avisa la place vide à gauche du jeune Hale et appuya dans le dos de Chris pour le pousser dans cette direction.

Le garçon alla s'asseoir tandis que le principal s'excusait une nouvelle fois d'avoir dérangé le cours et quittait la salle de classe. Peter jeta un coup d'œil à son voisin, le détaillant pendant qu'il sortait ses affaires, avant détourner les yeux pour observer les nuages, n'écoutant que d'une oreille distraite ce que l'enseignant leur expliquait.

A la fin du cours, le garçon rangea rapidement sa trousse et son livre mais avant de quitter la salle, il avisa le regard perdu de son voisin, qui fixait son emploi du temps. Peter s'approcha de lui, son cartable sur le dos.

— Tu as cours de quoi ? s'enquit-il. Je peux t'aider à trouver ta salle.

— Je … Cours d'anglais, répondit Chris.

— Moi aussi. Allez, suis-moi !

Les deux garçons se dirigèrent vers la sortie. Alors qu'ils franchissaient la porte de la pièce, le loup garou se tourna vers son voisin.

— Au fait, je m'appelle Peter.

# #

Peter était appuyé contre un casier pendant que Chris fouillait dans le sien.

— Dépêche-toi ou on va être en retard en cours, râla le loup garou.

— Comme si tu avais peur de louper une information que tu ne connaîtrais pas, se moqua le garçon. Tu as passé l'année de 6ème à étudier le programme de l'année de 5ème. Tu connais déjà tout ce qu'on va apprendre cette année.

Son ami tenta de dissimuler le sourire de fierté qui pointait sur ses lèvres quand la voix de la secrétaire résonna dans les hauts parleurs.

— Peter Hale est attendu à l'accueil.

Le loup garou jeta un regard paniqué à Chris.

— Mais, pourquoi on m'appelle ? J'ai rien fait de mal !

— Je pense qu'il faut que tu ailles voir pour savoir … déclara l'autre garçon en refermant son casier.

— Viens avec moi ! supplia Peter en attrapant son ami par les épaules.

— Quoi ? Mais je vais rater le cours ! protesta Chris.

Sans lui laisser le temps de se sauver, le loup garou entraîna le garçon jusqu'à l'accueil. Ils y retrouvèrent le père de Peter, qui discutait avec la secrétaire, une petite fille aux cheveux roux dans les bras. Quand elle avisa le garçon, elle tendit les bras vers lui :

— Tonton ! s'exclama joyeusement l'enfant.

Peter se précipita vers son père et la petite fille se débattit jusqu'à ce que l'adulte accepte de la laisser rejoindre les bras de son oncle.

— Qu'est-ce qu'il y a ? s'inquiéta le garçon. Pourquoi tu es venu au collège avec Laura ? Il est arrivé quelque chose ?

— Oui, annonça son père. Thalia vient d'accoucher. Tu es de nouveau tonton. Et c'est un petit garçon.

Un grand sourire éclaira le visage de Peter, qui se tourna tout de suite vers Chris.

— Je suis encore tonton ! s'exclama-t-il. Je suis encore tonton !

— J'avais entendu …

Le loup garou se tourna ensuite vers son père.

— J'espère qu'ils vont l'appeler Derek, comme je leur avais dit !

# #

Peter attendait Chris sur le parking, les mains dans les poches. Ils allaient entamer leur année de 4ème dans quelques heures, et si le garçon ne se dépêchait pas, il arriverait en retard pour l'appel.

Une voiture noire finit par débouler et s'arrêter près de l'entrée de l'établissement scolaire. Deux personnes en sortirent et le loup garou reconnut Chris. Le garçon se dirigea aussitôt vers Peter.

— Hé, Pete ! le salua-t-il. Ça va ?

— Ca va, même si j'ai cru que tu n'allais jamais arriver !

— Je n'allais pas manquer la rentrée, quand même ! déclara Chris. C'est mon père qui a mis du temps à m'emmener … Il a travaillé cette nuit, du coup, ce matin, je suis à la bourre.

— Je suis bien content de te voir en tout cas, avoua Peter. Être en cours sans mon meilleur ami, c'est carrément trop nul !

Les garçons échangèrent un sourire complice avant de se dépêcher de rejoindre les autres élèves pour ne pas rater l'appel.

# #

— Le club d'échec ? s'étonna Chris.

— Oui, le club d'échec, répéta Peter.

Les deux adolescents étaient en train de déjeuner à la cantine et le premier garçon était surpris par la proposition que venait de lui faire le loup garou.

— Pourquoi tu veux rejoindre le club d'échec ? Tu n'en as pas encore assez, entre l'équipe de natation et celle de basket ? Je sais que tu es surdoué et que tu n'as pas besoin de beaucoup travailler pour avoir de bonnes notes, mais on est en seconde maintenant. Le lycée, c'est plus difficile que le collège. Et tu vas dormir quand, avec tout ça ?

— T'inquiètes, je gère.

— Et pourquoi le club d'échec ?

— Parce que je veux affronter d'autres adversaires que toi, annonça Peter.

— Merci ! Dis que je suis nul, pendant que tu y es, s'offusqua Chris.

— Mais pas du tout ! C'est juste que … On se connaît tellement que ça ne sert à rien de s'affronter. On devine à l'avance quel coup l'autre va faire. Ça serait enrichissant de se confronter à d'autres joueurs, pour voir d'autres tactiques de jeux.

— Mouais, je sais pas …

Le loup garou joignit les mains devant lui et fit une moue attendrissante.

— Allez ! S'il te plaît !

— Tu sais bien que j'ai déjà lutté pour que mon père accepte que je sois dans l'équipe de natation … Si je lui annonce que je rentre en plus dans le club d'échec, il va me faire une crise !

— Attends, si tu veux, je vais te donner une liste d'arguments imparables à lui sortir et il sera obligé d'accepter !

Chris leva un sourcil. La partie était loin d'être gagnée. Quand son père avait décidé quelque chose, il était difficile de le faire aller dans le sens opposé.

Mais Peter était son meilleur ami depuis quatre ans. Et Chris ne pouvait rien lui refuser.

# #

Chris regarda autour de lui. Il faisait nuit et de la buée sortait de sa bouche à chaque expiration. Il tentait de faire le moins de bruit possible en se déplaçant mais les brindilles qui jonchaient le sol de la forêt craquaient sous ses pas. Son père et lui s'étaient séparés. Se diviser pour mieux trouver les loups garous.

L'adolescent resserra ses doigts sur son arbalète. Il n'aimait pas vraiment sortir dehors, en pleine nuit, pour traquer des lycanthropes. Mais son père avait accepté qu'il intègre le club d'échec à la condition que le nombre d'heures d'entraînement à la chasse ne baisse pas.

Chris s'arrêta et fixa un point sur sa gauche. Il aurait juré avoir entendu une branche se briser et il plissa les yeux pour tenter de discerner quelque chose dans la pénombre de la forêt. Une forme se dessina bientôt et l'adolescent tendit le bras, l'arbalète pointée sur la personne qui s'approchait.

— C'est moi …

La voix qui s'éleva glaça le sang du jeune Argent. Il avait reconnu celui qui s'approchait. Lorsque la lumière de la lune éclaira son visage, le garçon savait déjà qui lui faisait face. Son meilleur ami.

— Peter ? Qu'est-ce que tu fais là ?

— Tu le sais déjà, non ?

Il s'était exprimé d'un ton lent et doux. Ce qui ne fit rien remonter le moral de Chris.

— Tu es un loup garou, se lamenta l'adolescent.

— Et toi, tu es un chasseur, répliqua son ami.

Le jeune Argent baissa son arbalète, les sourcils froncés. Il fixa le garçon avant de cracher un juron.

— Je ne m'y attendais pas, je … Je n'avais rien vu venir …On ne peut pas rester ami, alors ?

— Et pourquoi pas ? s'insurgea Peter.

— Parce que tu es un loup garou et moi un chasseur de loup garou !

Le cadet de la famille Hale secoua la tête.

— Et alors ? Tu penses que je suis une bête féroce, qui s'amuse à errer la nuit à la recherche d'innocents, pour s'abreuver de sang ? Parce que si c'est le cas, désolé de te faire changer ta vision des choses.

— Peter … Je …

— Je n'ai jamais tué personne. Même pas un animal. Enfin, sauf si tu considères les moustiques comme des animaux. Mais bon, je pense que même les humains normaux tuent des moustiques, donc ça ne fait pas de moi un meurtrier. Et, oh, j'ai tué une guêpe une fois. Et ma mère nous fait du poulet tous les dimanche midi. Ça compte ça ?

Chris leva les yeux au ciel.

— Arrête de te moquer de moi. Tu sais très bien que lorsque la lune est pleine, vous devenez frénétique et …

— Pour ta gouverne, sache que je me contrôle parfaitement. C'est pour ça que tu n'as pas été capable de deviner que j'étais un loup garou. Mais si tu veux une preuve, on se donne rendez-vous dans deux jours.

Peter tourna les talons et s'enfonça dans la forêt, sans se retourner. Une écharpe de brume le fit disparaître de la vue du jeune Argent. L'adolescent soupira et le cœur battant à cause de la révélation de cette nuit, il recommença à avancer.

Dans la direction opposée à celle qu'avait prise son meilleur ami.

# #

— Tu vois ? Je t'avais dit que je me contrôlais.

Peter leva son visage vers la lune, pleine et ronde, brillante dans le ciel nocturne. Il n'aimait pas tellement sentir le contact de l'astre sur sa peau, car il agitait le loup caché au fond de lui, mais l'adolescent appréciait l'aspect théâtral de la scène.

Il finit par baisser les yeux pour les poser sur son meilleur ami.

— Ok, je te crois, soupira Chris. C'est bon, viens t'asseoir.

Le jeune Argent était assis sur un tronc d'arbre mort. Le loup garou accepta de rejoindre son ami et avec un air triomphant, il se laissa tomber à côté de lui.

— Range ton sourire. C'est agaçant, grogna le chasseur.

Peter se mordit les lèvres, mais ne se départit pas totalement de sa fierté. Chris fit claquer sa langue contre ses dents avant de frotter ses mains l'une contre l'autre.

— Et donc, quand tu es transformé, tu ressembles à quoi ? demanda-t-il à voix basse.

Le jeune Hale leva un sourcil, surpris.

— Tu veux vraiment que je te montre ?

Sans croiser son regard, le chasseur hocha la tête. Le loup garou soupira et laissa l'animal le métamorphoser. Chris fit une grimace en voyant les crocs qui pointaient hors de sa bouche, le poil qui avait poussé sur son visage, ses traits qui s'étaient modifiés pour lui donner une apparence lupine.

— T'es … Bizarre…

Peter éclata de rire et sous le coup de son hilarité, redevint humain.

— Derek est plus sympa que toi. Il trouve que je suis trop cool, lui. Il veut me ressembler plus tard.

— Il a à peine trois ans, répliqua le chasseur. T'es son modèle. Il changera d'avis quand il sera plus grand.

Chris souffla sur ses mains pour les réchauffer avant de reprendre :

— Et … Ton neveu ? Il … Il est comme toi ?

Le loup garou haussa les épaules.

— Ouais. Et Laura aussi. Tu les verrais quand ils se transforment, ils sont trop choux !

Le chasseur haussa les épaules.

— Je ne suis pas certain de les trouver « trop choux » …

— Chris ! Ce sont des enfants ! se récria Peter.

— Peut-être. Mais s'ils ne se contrôlent pas …

— Ils sont jeunes ! Ils sont en train d'apprendre ! Laura arrive presque à se contrôler. La pleine lune a encore des effets sur elle, mais elle arrivera bientôt à se maîtriser.

Les deux amis s'affrontèrent du regard.

— Tu me jures que ta famille est inoffensive ? finit par demander Chris.

— Oui. On n'a jamais fait de mal à personne. On sait se contrôler.

— Alors … Pourquoi mon père vous chasse ?

Peter écarta les bras pour montrer son ignorance.

— Peut-être parce que tous les loups garous ne sont pas comme nous. Certains n'arrivent pas à contrôler leurs instincts. D'autres ne veulent pas les contrôler.

Chris ne rajouta rien et son meilleur ami se frotta le menton.

— Dis … En parlant de ton père … Pourquoi vous n'êtes pas en train de vous balader dans les bois en cherchant à attraper des loups garous ?

— Il n'est pas chez nous, expliqua le chasseur. Il avait un rendez-vous avec un armurier à Los Angeles. Ça ne lui plaisait pas trop, de rater la pleine lune, mais il n'a pas trop le choix. Chasseur, ça ne paye plus de nos jours. Alors, il est bien obligé d'aller vendre des armes.

Les deux adolescents échangèrent un regard.

— On devrait peut-être rentrer, annonça Peter. Il est tard et on a cours demain.

Ils se levèrent mais avant de s'éloigner, Chris attrapa le bras de l'autre garçon.

— Dis, pour Mark …

— Quoi ?

— On lui dit ? On le met dans la confidence ?

Le loup garou secoua la tête.

— Non. C'est un secret trop important. Trop lourd. Il n'a pas besoin d'être mêlé à toutes ces histoires. Et on le connaît à peine, de toute façon.

Le chasseur se passa la main sous le nez avant de hocher la tête, pour montrer qu'il était d'accord. Il tourna les talons mais Peter le rappela :

— Chris ? Je suis content que tu sois mon meilleur ami.

L'adolescent s'arrêta avant de lancer un coup d'œil par-dessus son épaule.

— Moi aussi, je suis content que tu sois mon meilleur ami.