Créatrice de la saga Twilight : la fabuleuse Stephenie Meyer
Auteure de Wisp : la formidable Cris
Traductrice de la version française intitulée Brindille : Milk40
N'oubliez pas, si vous avez lu l'outtake Le Noël de Brindille, ce qui suit se déroule avant…
Merci énormément pour tous vos commentaires, et bonne lecture.
Chapitre 37
Esmée mit en branle l'opération 'Distraire Brindille' pendant qu'Edward prenait une lampe de poche et s'enfonçait dans les ténèbres à la recherche de son chat. Ils ne pouvaient pas perdre Bête. Brindille serait dévastée. Et comment était-il censé le lui expliquer – expliquer que sa chatte avait disparu et qu'elle pourrait ne jamais revenir ? Comment quelqu'un pouvait-il même entreprendre d'expliquer la notion d'incertitude à une fille qui semblait voir le monde surtout dans des teintes de noir et de blanc ? Les gens étaient soit 'bons' soit 'mauvais' ; pour elle il n'y avait pas de juste milieu. Alors comment était-il supposé lui expliquer un concept tel que 'peut-être' ? Secouant la tête, il alluma la lampe de poche et son faisceau balaya le gravier devant le cottage.
Pas de chat.
Il maudit Alice dans sa tête pour avoir choisi un chat noir – n'importe quelle autre couleur aurait été beaucoup plus facile à repérer. Il se maudit lui-même pour avoir eu l'idée de se procurer un stupide chat en premier lieu. Brindille ne pourrait pas affronter ça. Elle était encore si malade, et émotionnellement elle était d'une extrême fragilité. Elle aimait sa famille humaine, mais elle avait un lien avec le chat que personne d'autre ne pouvait supplanter. Elle sentait une… une parenté avec la petite créature, c'était évident. Bête était son bébé. Elle aimait la gâter.
Il fit le tour de la maisonnette une fois, deux fois, puis une troisième fois, plus désespéré à chaque pas de ne pas trouver cette petite boule de poil insupportable. Il y avait des coyotes dans les bois, et des loups. Un petit chat n'avait aucune chance de s'en tirer indemne.
Il sonda les arbres avec sa lampe de poche. Aucun signe de Bête. Il chercha des cavités dans l'extérieur du bâtiment, dans lesquelles elle aurait pu se faufiler. Rien. Il alla même chercher une échelle dans la remise à outils (pas de chat dans le hangar, que des araignées) et grimpa sur le toit, mais comment Bête aurait pu se rendre là, il n'en avait aucune idée.
« Satané chat, » grogna-t-il en redescendant. Et bien sûr elle ne portait pas de collier, pas de plaque d'identification, parce que Brindille ne le permettait pas. Si quelqu'un la trouvait, il ne saurait jamais à qui elle appartenait.
Finalement, après plus d'une heure de recherche, Edward dut admettre que la chatte n'était tout simplement pas là. Il ne pouvait pas la trouver, et elle ne venait pas non plus quand il l'appelait. Il se dépouilla même de ce qu'il lui restait de dignité et fit des bruits de baisers. Pas de chat.
Quand il retourna à l'intérieur et ferma la porte derrière lui, Esmée attendait. « J'ai aussi cherché ici encore une fois, » dit-elle en secouant légèrement la tête. « Je ne peux pas la trouver. »
Edward jeta la lampe de poche sur une chaise et se frotta le visage avec ses mains. « D'accord. Bon, réfléchissons logiquement. Elle n'est pas ici, et il ne faut pas que Brindille l'apprenne – pas encore. Pas tant que nous ne sommes pas sûrs qu'elle ne reviendra pas. » Actuellement il était heureux qu'elle prenne ces médicaments qui la rendaient lente et somnolente – sa routine était complètement foutue, et elle ne semblait pas s'attendre à trouver de normalité dans quoi que ce soit. D'habitude elle mettait Bête au lit dans le salon tous les soirs – non pas que la chatte restât dans son petit lit en peluche quand elle y était mise – avec une profusion de câlins et de baisers. Cela ne serait certainement pas le cas ce soir. Edward se demanda combien de temps ils avaient avant qu'elle ne remarque l'absence de son animal de compagnie. Un jour ? Deux ? Davantage ? Si elle avait été alerte et en pleine possession de ses moyens, ils auraient eu à peine une heure. Où que soit Brindille, Bête y était aussi.
« Que vas-tu faire ? » Esmée était blême.
Edward expira lentement. « Ce soir, autant de distractions que nécessaire. Demain, je suppose que je chercherai encore à la lumière du jour, et nous devrions faire des affiches pour en mettre un peu partout. » Il ne pensait toutefois pas que Bête se rapprocherait de la ville. C'était trop loin pour un petit chaton, en particulier un chaton qui n'était pas habitué à l'extérieur. « Comment va Brindille ? »
« Elle va bien. Je lui ai donné à dîner et elle a mangé un peu. Quand le film a pris fin elle voulait le regarder à nouveau, et je n'y voyais pas de mal. »
C'était la troisième fois d'affilée, mais Edward n'avait pas le cœur de s'y opposer. Pas quand une distraction était la chose la plus importante. « Ok, d'accord. Jasper et Scott ont convenu que dans des circonstances normales une routine était bénéfique pour elle. Peut-être qu'avec un peu de chance l'absence de routine va suffisamment la déstabiliser pour qu'elle ne remarque pas que Bête a disparu. » Il tira fort sur ses cheveux. « Esmée, qu'arrivera-t-il si nous ne pouvons pas retrouver ce stupide chat ? Elle aura le cœur brisé. »
« Essayons de ne pas nous inquiéter avec ça jusqu'à ce que ça se produise. Elle est somnolente et désorientée, et en ce moment elle est totalement captivée par le lecteur de DVD. Je pense que nous avons un peu de temps. »
Edward expira bruyamment. « D'habitude je lui donne un bain le soir, alors laissons tomber ça aujourd'hui. Pas de routine du soir. » Il s'assit lentement sur le bras d'un fauteuil. « Elle va devenir folle, Esmée. »
« Mais elle ne l'est pas encore. Une chose à la fois. »
ooo
Brindille s'endormit pendant qu'elle regardait Peter Pan pour la troisième fois, et Edward enleva lentement le coussin de lecture de sous sa tête, le remplaçant par son oreiller. Il caressa sa joue chaude et prit la tasse vide à côté d'elle. Esmée disait de ne pas s'inquiéter tout de suite, mais comment pourrait-il faire autrement ? Émotionnellement elle était aussi délicate que… il ne savait pas quoi. Quelque chose de fragile. Une coquille d'œuf, peut-être. Une sculpture de verre. Un écosystème désertique. Il y avait très très peu de gens, selon lui, en qui elle avait confiance et qu'elle aimait – lui-même, Rosalie, Esmée… et c'était peut-être tout. Elle aimait bien Alice et Emmett, mais elle était encore hésitante auprès d'eux, et ni Jasper ni Carlisle n'avait sa confiance. Pas après la visite dans le bureau de Jasper et l'incident de la Bible avec Carlisle. Elle n'avait rencontré Garrett et Scott que deux fois.
Puis il y avait Bête.
Cette chatte était la sienne comme rien d'autre dans le monde ne l'avait jamais été. Plus que ses fournitures d'art, même plus que les vêtements qu'elle avait sur le dos. C'était une partie d'elle. Avec Bête, Brindille n'était pas celle qui avait besoin de soins ; c'était elle qui les prodiguait. Edward ne savait pas ce qu'en dirait un psychologue, mais pour lui ça semblait assez important. Que cette chose, la seule créature dans le monde qui avait besoin d'elle, disparaisse ? Alors qu'il regardait son visage endormi, il songea qu'il ne voulait vraiment, vraiment pas savoir ce qui se passerait. Aurait-elle l'impression d'avoir échoué ? De ne pas avoir été à la hauteur de ses obligations envers l'animal ? Quel effet ce sentiment de culpabilité aurait-il sur elle ?
« Dors, » dit-il gentiment, traçant du bout des doigts la racine de ses cheveux douce comme de la plume. « Je promets que je ferai tout mon possible pour la retrouver pour toi. »
Même alors qu'il prononçait ces mots, Edward savait que sa promesse pourrait ne pas suffire.
Il passa le reste de la soirée à faire et à imprimer des avis annonçant la disparition du chat, puis à les plastifier de manière à ce qu'ils ne se désintègrent pas sous la pluie omniprésente de la Péninsule Olympique. Il posta une annonce sur Craiglist et sur le site Web du refuge pour animaux de la région, puis il envoya un courriel à tout le monde qu'il connaissait en ville, joignant une photo du chaton de Brindille. Il n'était pas sûr que cela donnerait de bons résultats, mais il se devait d'essayer. Il devait le faire pour Brindille.
Le lendemain matin se leva, sombre et humide, et Edward enveloppa la forme endormie de Brindille dans une couverture supplémentaire après l'avoir réveillée juste assez longtemps pour lui donner ses médicaments. Il déposa un baiser sur ses cheveux ébouriffés, puis il sortit dans la pluie pour chercher son chat et placarder les affiches.
Quand il revint, boueux, trempé et les mains vides, Esmée était dans la cuisine, ainsi qu'il s'y attendait. Ses yeux formaient une question à laquelle il dut répondre en secouant la tête. Pas de chat.
« Est-elle réveillée ? »
Esmée secoua la tête en retour. « La première chose que j'ai faite a été de monter vérifier si elle dormait, et je n'ai pas entendu un seul bruit depuis. » Elle était en train de trancher un cantaloup, et il y avait du pain de blé entier pour les toasts. « Veux-tu la réveiller ? »
« Je ne sais pas. » Edward vint pour essayer de tirer sur ses cheveux, mais ils étaient en désordre et détrempés. « Elle ne devrait pas dormir toute la journée, mais si elle dort, elle ne pensera pas à son chat. »
« Nous pourrions essayer de la distraire avec un autre film. »
Le téléphone d'Edward sonna avant qu'il puisse répondre, et il le pêcha dans sa poche. Emmett. « Hey. »
« Hey, Mec. Comment va notre Brindillette ? Vous avez trouvé le chat ? »
« Elle dort, et non. Putain de merde. Qu'est-ce que je vais faire ? »
Esmée ne lui dit pas de surveiller son langage.
« Tu pourrais toujours lui trouver un autre chat. »
Edward aboya un petit rire sarcastique, et il vit Esmée secouer lentement la tête. « Ça ne va pas marcher, Em. Elle aime celui-ci. »
« Tu pourrais t'en procurer un autre de la même couleur, comme quand ma mère substituait mes poissons rouges lorsqu'ils mourraient. Je ne m'en suis jamais aperçu. »
« Un chat n'est pas un poisson rouge, et Brindille est plus intelligente que toi. Elle s'en apercevrait. »
« Eh bien, as-tu affiché des avis de disparition ? »
« Ouais, et j'ai aussi vérifié auprès du refuge pour animaux et du vétérinaire de la ville. Personne n'a vu quoi que ce soit. »
« Mm. »
C'était la voix qu'Emmett prenait quand il réfléchissait, et Edward fut instantanément en état d'alerte. « Qu'est-ce que ça veut dire, ça ? »
« Contente-toi de prendre soin de Brindillette. Laisse-moi voir ce que je peux faire. »
Edward ne discuta pas avec lui. Quoi qu'Emmett soit en train de planifier, ridicule ou tout le contraire, il n'allait pas le refuser. N'importe quoi pour récupérer le chat de Brindille.
« On dirait que tu n'as pas bien dormi, » commenta Esmée après qu'il eut raccroché. Elle traça le dessous de son œil avec son doigt.
« En effet. » Il s'appuya contre le comptoir et secoua la tête quand Esmée lui offrit une tasse de thé. Il en avait marre du thé, et voulait du café. Plus que cela, il voulait que ce stupide chat revienne de sorte qu'il n'ait pas à tenter d'expliquer à Brindille qu'il avait disparu. « Je l'ai regardée. J'ai essayé de lire. Esmée, elle ne sera pas en mesure d'affronter cette perte. »
« Ce ne sera pas plaisant, certes, mais elle va surmonter cela. Une perte n'est jamais facile. Elle t'a, cependant – elle nous a tous. »
« Mais c'est différent. Ce chat est différent. »
« Je sais, Bébé, je sais. » Elle lui adressa un faible sourire, puis le poussa vers la porte. « Va prendre une douche et te réchauffer. Tu as été dehors dans le froid trop longtemps. »
C'est ce qu'il fit. Quand il monta à l'étage pour chercher des vêtements secs, Brindille était encore profondément endormie sur son matelas gonflable à côté de son lit. Il y avait une délicate teinte de rose sur ses joues – une nette amélioration par rapport à la veille. Mais il n'y avait aucun médicament pour guérir ce qu'elle ressentirait lorsqu'elle réaliserait que son chat avait disparu.
Et Edward ne savait toujours pas comment lui expliquer la situation, ou l'aider à surmonter celle-ci. Il se creusa la cervelle en se déshabillant et en entrant dans la douche, mais rien ne lui vint. Si Brindille avait eu un psy, il l'aurait appelé pour contrôler la crise. Mais il avait négligé de lui en trouver un ou une, préférant attendre. Maintenant, il commençait à regretter ce choix.
Alors qu'il rinçait le shampooing de ses cheveux, Edward entendit la porte de la salle de bain s'ouvrir. À travers la vitre opaque de la porte de la douche, il vit une petite tache sombre et floue ramper sur le sol vers les toilettes. Une partie de lui était contente que Brindille se soit réveillée toute seule, mais il sentit malgré tout son estomac tomber en chute libre, une réaction physique à la pensée de la garder occupée et distraite aussi longtemps que possible. Combien de temps cela durerait-il ? Jusqu'à ce soir ? Demain matin ?
La chasse d'eau fut activée, et Edward observa la petite tache qu'était Brindille en train de ramper traverser la salle de bain. Elle s'arrêta et sembla rester en place – heureusement pas juste devant la porte de la douche cette fois-ci – et Edward prit une profonde inspiration en fermant l'eau, ouvrant la porte juste assez pour attraper sa serviette avant de se sécher rapidement dans la cabine.
Quand il sortit, sa serviette enroulée autour de sa taille, Brindille était assise sur le tapis de bain, appuyée contre le côté de la baignoire. Sa joue reposait sur le rebord froid et dur, ce qui ne pouvait pas être confortable. « Bonjour, Trésor, » dit-il, la regardant cligner des yeux, encore fatiguée. « Voulais-tu un bain ? »
« Bain, » approuva-t-elle. Elle frotta ses mains sur son visage, mais Edward savait que ça ne l'aiderait pas à se réveiller. Pas tant qu'ils ne l'auraient pas sevrée de ses médicaments.
Il fit couler l'eau chaude pour elle, puis il ramassa ses vêtements propres. « Je vais aller me changer, d'accord ? Je reviens tout de suite. »
Elle était déjà en train de tirer sur son chandail, se débattant pour le retirer. Edward la laissa faire, se hâtant dans sa chambre pour s'habiller pendant qu'elle se déshabillait. Il ne voulait pas vraiment qu'elle s'asseye dans la baignoire par elle-même quand elle était à ce point groggy. Une mauvaise chute, une perte d'équilibre, et elle pourrait se blesser gravement.
Elle allait bien, toutefois, quand il revint à elle, tranquillement assise dans la baignoire, pointant ses orteils sous le jet d'eau chaude coulant du robinet.
« Hey, ma jolie, » dit doucement Edward en s'installant sur le tapis de bain. « Comment te sens-tu ? »
Elle ne répondit pas, et il ne s'y attendait pas non plus, mais elle lui offrit un sourire endormi. Ses sourires faisaient quelque chose de dangereux à ses entrailles. Il n'avait pas non plus oublié que son premier rire avait été provoqué par les pitreries de Bête.
« Je ferai tout mon possible pour la trouver pour toi, » promit-il, même si Brindille ne réagissait pas à ses mots. Quelque chose, il devait y avoir quelque chose qu'ils pouvaient faire. Elle ne pouvait pas perdre son animal de compagnie.
Elle resta dans l'eau pendant près d'une heure, assoupie dans la chaleur après qu'Edward l'ait aidée à se laver, et si elle accepta de sortir de la baignoire, il soupçonnait que c'était seulement parce que l'eau était devenue désagréablement froide. Ses doigts étaient fripés, et elle rit un peu à leur apparence tandis qu'Edward la séchait. Il lui mit un pyjama propre en laine polaire, puis il la ramena à l'étage sur son matelas, où il n'y avait pas de jouets de chat, pas de petit lit de chat pour lui rappeler le chaton porté disparu. Elle s'installa aisément – à la différence d'un petit enfant, être calme et tranquille lui venait naturellement – et Edward vit ses yeux s'illuminer quand elle trouva le rectangle noir de son nouveau lecteur de DVD.
« Peter ? »
Son ton mélancolique était trop adorable ; il ne pouvait pas lui refuser un film. « Essayons une autre histoire, d'accord ? » Il en choisit un au hasard et le glissa dans le lecteur.
« Edward ? » L'appela Esmée. « Peux-tu venir ici une minute ? »
« Profite de ton film. Je reviens, ok ? » Il appuya sur le bouton de lecture, embrassa le sommet de sa tête humide, et se dirigea en bas.
Esmée était à la porte d'entrée. « Regarde, » dit-elle, les yeux brillants avec ce qui ressemblait à des larmes retenues.
Plusieurs voitures s'étaient garées dans la clairière de gravier devant le cottage. Il reconnut la Jeep d'Emmett, mais les autres véhicules ne lui étaient pas familiers.
« J'ai entendu dire que tu pourrais avoir besoin d'une équipe de recherche. » Emmett sourit sous la capuche de son imperméable. Un petit groupe d'hommes et de femmes de Forks et du comté environnant se tenait à côté de la maison, en vêtements de pluie et portant des petits sacs à dos. Edward cligna lentement des yeux, ayant un peu de difficulté à saisir ce qui se passait.
« Ils sont venus pour aider, » murmura Esmée. « Edward, ils sont venus pour aider à trouver Bête. »
Emmett avait convoqué autant de bénévoles de la région qu'il le pouvait pour venir en aide et porter secours, et ils étaient plus que disposés à prêter main-forte, même si les animaux domestiques ne relevaient pas de leur compétence.
« S'il y a un chat noir quelque part par ici, » déclara une femme, « nous allons le trouver. » Elle sourit avec bonhomie.
Emmett avait une carte quadrillée de la région environnant le cottage, et le petit groupe se sépara pour commencer à chercher le quadrillage, carré par carré.
« Oh, » souffla Esmée, et une larme coula sur sa joue. « Edward, c'est tellement gentil. »
C'était bien plus que gentil. C'était… Edward n'avait pas de mots. Emmett avait demandé, et la communauté avait répondu. D'une part, il s'agissait seulement d'un chat perdu. Des chats disparaissaient tous les jours. Mais d'autre part, c'était la clé de la psyché d'une jeune femme fragile. Quand il y pensait de cette façon-là, Bête n'avait quasiment pas de prix.
« Allez, » dit Emmett en flanquant un chapeau sur la tête d'Edward. « Toi et moi, on va de nouveau chercher à l'extérieur, aux abords de la maison. »
« J'aurai quelque chose de chaud pour vous à votre retour, » promit Esmée.
Qu'ils retrouvent ou non le chat, Edward ne savait pas s'il s'était jamais senti plus reconnaissant.
Esmée retourna dans la cuisine et ouvrit les armoires pour voir ce qu'elle serait en mesure de préparer pour un si grand groupe. Rosalie et elle gardaient la cuisine du cottage bien approvisionnée puisqu'Edward ne pouvait pas emmener Brindille faire les courses avec lui, mais pas avec suffisamment de chaque chose pour nourrir une large tablée. Elle regarda le plafond, mais la fille à l'étage était silencieuse. Edward l'avait installée avec un film – elle irait sûrement bien pendant les quelques minutes qu'il lui faudrait pour courir à la grande maison et revenir ? Esmée savait qu'elle avait les ingrédients essentiels pour préparer plusieurs casseroles de pâtes crémeuses au poulet ou deux marmites de soupe. L'un ou l'autre de ces plats serait parfait pour nourrir les bénévoles qui auraient froid et seraient trempés à leur retour.
C'est ainsi qu'après s'être assurée que tout était éteint dans la cuisine, Esmée sortit du cottage et emprunta le chemin boisé qui conduisait à sa maison. Brindille irait bien, et Edward et Emmett étaient à proximité.
ooo
Edward et Emmett étaient sur le toit, scrutant la cheminée avec des lampes de poche, quand les cris débutèrent.
Se déplacer assez lentement pour traverser le toit et descendre l'échelle en toute sécurité fut l'une des choses les plus difficiles qu'Edward ait jamais accomplies. Une fois sur la terre ferme, il ouvrit la porte et se précipita dans les escaliers, ignorant la boue qu'il laissait partout sur la moquette. Brindille poussait des cris aigus et puissants, et lorsqu'il entra dans sa chambre, il la vit assise sur son matelas gonflable, les genoux repliés sur sa poitrine, s'étreignant très fort. Ses yeux étaient grands et éperdus, et Edward se laissa tomber sur le sol à côté d'elle avec précaution.
« Brindille, Chérie, qu'est-ce qui ne va pas ? Qu'est-il arrivé ? » Il tendit le bras et prit son épaule, la sentant trembler sous sa main. Elle était chaude, mais son visage était d'un blanc immaculé.
« Mère ! » Le désespoir dans sa voix lui fit mal au ventre. Il essaya de l'attirer à lui pour l'apaiser de la seule façon dont il savait vraiment s'y prendre, mais elle le poussa.
Elle le poussa. Edward laissa tomber ses bras, dévisageant la fille affligée qui se lamentait sur son matelas. Elle n'avait jamais fait ça avant. Pas comme ça. Jamais. Il avait l'impression d'avoir reçu un coup de poing. Sa Brindille, la jeune femme qui pleurait quand il n'était pas là et refusait de dormir seule, semblait maintenant ne plus vouloir rien à voir avec lui.
« Mère ! » Elle sanglotait, et Edward ne savait pas pourquoi. Les sons qu'elle faisait quand elle avait une crise grave étaient déchirants. À chambouler l'estomac. Ils heurtaient ses oreilles, si aigus et sonores, mais ils heurtaient davantage là où son cœur battait sous ses côtes.
« Est-ce qu'Esmée est dans la cuisine ? » Il se tourna vivement vers la masse pantelante d'Emmett dans la porte.
Emmett secoua la tête.
Où diable était allée Esmée ? Il voulut attraper ses cheveux mais finit d'une manière ou d'une autre par se battre avec son chapeau à la place. « Elle est ici, Trésor. Petite Brindille, elle reviendra, je te le promets. Calme-toi, s'il te plaît. Je ne sais pas comment t'aider si tu ne me laisses pas te toucher. »
« Mec, regarde. »
Emmett s'approcha et lui montra le lecteur de DVD. Edward jura en voyant la fin de la célèbre scène où Bambi perdait sa mère.
« Putain d'enfer. » Il n'avait même pas pensé à ça quand il avait mis le film, il avait juste attrapé un boîtier au hasard. Le nom de Disney n'était-il pas censé être synonyme de 'sans danger' ? Il éteignit le lecteur, puis il saisit la taille de Brindille et l'attira sur ses genoux. « Viens ici, Brindille. Je suis tellement, tellement désolé. Bordel, j'aurais dû y penser avant de mettre ce film dans le lecteur. » Alice aurait dû y penser avant de l'acheter, songea-t-il, mais le dire ne servirait à rien.
Elle le poussa de nouveau, ses bras maigres luttant contre lui. « Mère, » implora-t-elle. « Mère ! »
« Appelle Esmée, » siffla Edward à travers ses dents, maintenant la fille sur ses genoux. « Merde, Emmett, fais-la venir ici ! »
« Oui, d'accord. » Emmett sortit son téléphone et Edward retourna toute son attention sur la jeune femme dans ses bras.
« Allez, Chérie. Esmée sera bientôt ici, mais il faut que tu arrêtes de pleurer. » Il l'attira à lui, et elle frotta son visage contre l'épaule humide de sa veste.
« Non, » plaida-t-elle. « Non, Edward ! Mère ! »
Et il n'eut pas le choix, bien que ça le brisait, de la laisser aller.
Elle s'affala sur son ventre sur le matelas d'air. Edward regarda, incapable de faire quoi que ce soit, haïssant son impuissance face à sa détresse. Ses cris étaient maintenant étouffés par les couvertures, mais c'était une piètre consolation.
« Petite Brindille, s'il te plaît. Ce n'est pas réel. Tu sais que ce n'est pas réel – tu dois le savoir. » Ne le savait-elle pas ? Ne pouvait-elle pas dire par la nature quelque peu caricaturale des dessins que rien sur cet écran n'était réel ? Il tendit la main, incapable de s'en empêcher, et plaça soigneusement sa paume sur son dos. Elle ne se déroba pas. La regardant attentivement, en quête d'un quelconque signe de rejet, Edward frotta lentement un cercle sur le tissu moelleux de son chandail. Elle n'arrêta pas de pleurer, mais elle ne le repoussa pas non plus. Il lui frotta gentiment le dos, espérant que c'était au moins un peu apaisant. Son visage demeura enfoui dans les couvertures, son petit corps pris de secousses par la force de ses pleurs.
Il laissa tomber sa main, tentant plutôt d'atteindre son pied enveloppé dans une chaussette, sur le point d'essayer le massage qui semblait la calmer après ses cauchemars, mais le bruit de pas rapides dans l'escalier le stoppa dans son geste.
« Regarde ce que j'ai trouvé ! » Cria Emmett.
Esmée passa devant lui, et Edward abandonna sa place à côté du matelas, se déplaçant vers l'extrémité du lit.
« Ma Chérie, qu'est-ce qui ne va pas ? » Esmée posa une main délicate sur le derrière de sa tête. « Brindille, Bébé, regarde-moi. »
Elle sursauta au son de la voix féminine, le visage rouge et humide, et le sanglot qui essayait de sortir de sa bouche devint un hoquet à moitié ravalé. « Mère ! »
« Je suis là, Trésor. » Esmée offrit ses bras et Brindille tomba littéralement sur ses genoux, agrippant fermement sa taille, enfouissant son visage dans son estomac. C'était une position mal aisée qui ne semblait pas du tout confortable, mais Esmée lui caressa les cheveux lentement avec une main et tint son épaule avec l'autre. « Avais-tu peur ? Il n'y a rien à craindre ici. Edward te gardera en sécurité. Nous allons tous te garder en sécurité. » Elle lança un regard interrogateur à son fils.
« C'est ma faute, » marmonna-t-il, à peine audible à travers les sanglots hoquetés de Brindille. « J'ai mis le film de Bambi pour elle sans réfléchir, et elle a flippé. »
« Oh. Oh, Chérie. » Elle étreignit Brindille plus fort. « Pauvre Petite. »
« Je ne comprends pas. » Emmett s'assit au bout du lit d'Edward. « N'y a-t-il pas beaucoup d'enfants qui se familiarisent avec la mort en regardant Bambi ? »
« Elle n'est pas une enfant, et elle n'a pas eu une vie normale. La pensée de perdre les gens qu'elle aime est probablement terrifiante. » Edward ne pouvait pas imaginer à quel point cela devait être terrifiant. Elle savait ce que c'était que de vivre sans amour. Plus que n'importe lequel d'entre eux, elle avait le droit de craindre ce genre de vie. « Pourquoi penses-tu que nous sommes tellement paniqués au sujet du chat ? Putain. »
« Mince, calme-toi, Ed. Tu sais que tu es juste énervé parce qu'elle voulait Esmée au lieu de toi. »
« Ne commence pas, Emmett, » rétorqua rapidement Esmée, mais pas assez rapidement. Les mots étaient sortis et ils ne pouvaient pas être repris. « Edward, rien ne justifie que tu sois en colère. Elle savait que la mère dans son film était perdue, et elle voulait le réconfort d'une mère. Peu importe ce que tu es pour elle – et je crois que tu signifies presque tout pour elle en ce moment – tu ne peux pas jouer ce rôle. »
Edward était conscient de cela. Il l'était. Brindille avait été effrayée par la perte d'une mère dans le film, ce qui avait provoqué un désir désespéré d'avoir la preuve qu'Esmée n'avait pas disparu elle aussi. Cela ne le dérangeait pas qu'elle pleure pour avoir Esmée. Ce qu'il détestait, c'est qu'elle ait refusé qu'il la réconforte provisoirement. Pourquoi l'avait-elle repoussé ? Il pouvait sûrement offrir du réconfort même s'il ne pouvait pas contrer la source de sa peur ? Pourquoi avait-elle refusé ?
« Elle est malade et surmenée en ce moment, » dit Esmée en regardant Edward tout en caressant les cheveux de Brindille. « Elle t'aime, Edward. »
Ouais, il le savait. Elle l'aimait autant qu'elle était capable d'amour. Mais il se sentait terrible de l'entendre pleurer et de savoir qu'elle ne voulait pas de son aide.
« Viens ici, mon cœur, » chantonna Esmée. « Tu ne dois pas être à l'aise comme ça. Viens t'asseoir avec moi, Brindille. » Elle manœuvra autour de la fille recroquevillée, réussissant d'une manière ou d'une autre à les ramener toutes les deux sur le matelas. Elle s'allongea sur son flanc et laissa Brindille s'accrocher à elle. « Je pense qu'il y a eu assez de films pour aujourd'hui. Nous pourrions essayer de lire à la place une fois que tu te seras calmée un peu. »
Ouais, songea Edward, la lecture lui ferait du bien. Elle aimait les livres, mais ils ne causaient pas de crises. Pas jusqu'à maintenant, en tout cas.
« Mère. » Les sanglots hoquetés de Brindille s'étaient lentement dissipés, devenant de plus en plus hoquet et de moins en moins sanglots, et beaucoup, beaucoup plus silencieux. « Mère, » implora-t-elle, ses petites jointures blanches alors qu'elle serrait le chandail d'Esmée.
« Je suis là. Nous sommes tous là. Tu vas bien. » Esmée se redressa sur un coude et étreignit Brindille avec son autre bras. « Tu vois ? Edward est là lui aussi. »
« Mère, » insista Brindille. « Disparu. »
C'était un nouveau mot. Edward cligna des yeux. Elle ne l'avait jamais dit avant, à sa connaissance.
« Disparu ? Qu'est-ce qui a disparu, Brindille ? Je suis ici. »
« Disparu, » répéta Brindille, et elle relâcha le chandail d'Esmée assez longtemps pour indiquer le lecteur de DVD.
« Oh, Trésor. Oui. Les mères sont des personnes très importantes, peut-être les plus importantes au monde. Mais ce qu'il faut savoir à leur sujet, c'est qu'elles s'en vont. Personne n'arrive à garder une mère pour toujours. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. »
« Mère. »
« Oui. Quand elles s'en vont, ce qu'il nous reste ce sont nos souvenirs, et ce qu'elles nous ont appris. » D'une main douce, Esmée écarta les cheveux de Brindille de son visage collant et humide. « Perdre sa mère est très difficile, pour les adultes autant que pour les enfants. Mais le monde ne s'arrête pas, même si nous pouvons avoir l'impression que c'est le cas pendant un certain temps. Nous continuons à être nous. Nous sommes la mémoire qu'elle laisse pour le monde. »
Edward ne manqua pas de saisir ce qu'Esmée disait vraiment. Ce n'était pas à propos d'un cerf dans un dessin animé. Elle avertissait Brindille – et lui aussi – qu'à un certain moment elle les quitterait. À l'heure actuelle Brindille pouvait pleurer et Esmée était là pour la consoler, mais un jour, elle ne serait plus là. Un jour, Brindille devrait apprendre à se consoler toute seule.
« Mère. Rose. »
« Qu'en est-il de Rose, Bébé ? Elle ne peut pas venir te voir en ce moment. Pas tant que tu ne te sentiras pas mieux. »
« Rose, » répéta Brindille, et elle leva les mains au-dessus d'elle, formant une arche, ramenant ses doigts ensemble. « Rose. Mère. Brindille. Lire. »
Esmée plissa le front. « Nous ne pouvons pas lire avec Rose aujourd'hui. Je suis désolée, Trésor. »
Brindille bougea de nouveau, puis elle s'assit et tira la couverture au-dessus de sa tête, la tenant avec ses mains et se montrant furtivement sous celle-ci. « Rose. Mère. Brindille. Lire. »
Esmée cligna des yeux. Un lent sourire se répandit sur son visage. « Les garçons, » dit-elle, « j'ai besoin de votre aide. »
Les draps que Rosalie avait lancés par-dessus la table de la cuisine pour faire un fort n'avaient pas été déplacés – personne ne s'était donné la peine de le faire, trop occupé qui à être malade, qui à prendre soin de ceux qui l'étaient. Edward tint Brindille, qui insista pour garder la main d'Esmée, et Emmett traîna le matelas gonflable, les couvertures jetées par-dessus son épaule. Ils arrangèrent l'espace sous la table comme Rose l'avait fait et, une fois qu'elle fut à l'intérieur, une grande partie de la tension dans son corps délicat sembla s'évanouir. Elle posa sa tête sur les genoux d'Esmée, permit à sa figure maternelle de ramener des plis de couverture sur elle, et laissa échapper le soupir le plus profond qu'Edward avait jamais entendu de sa part. « Mère. » Il y avait des traces de larmes séchées sur ses joues, mais ça ne semblait pas la déranger. « Rose ? »
« Non, Chérie. Rose ne peut pas venir te voir aujourd'hui, » répéta Esmée. « Je suis désolée. »
Edward se redressa de sa position agenouillée à l'extérieur de la table recouverte de draps. « Tiens bon. J'ai une idée. »
Il alla chercher son ordinateur et l'alluma, puis il téléphona à Rosalie pendant que celui-ci démarrait. « Es-tu devant ton ordinateur ? »
« Au travail, ouais. Pourquoi ? »
« Brindille a eu une crise. Elle te réclame. »
« Putain, » dit Rose. « Qu'est-ce que l'ordinateur a à voir avec ça ? »
« Eh bien, tu ne peux pas venir la voir en personne, alors… »
« Ok, je pige. » Edward pouvait entendre le sourire dans sa voix.
Quand il apporta l'ordinateur à Esmée, le visage de Rosalie était sur l'écran.
« Rose ! » Couina Brindille, se redressant vivement. « Rose ! »
« Salut ma jolie. Tu m'as manqué. »
Emmett entraîna Edward loin du fort-couverture, dans lequel Edward savait sans avoir à le demander qu'il n'avait pas le droit d'entrer. Il aurait pu tout aussi bien y avoir un grand signe 'Interdit aux garçons' épinglé sur les draps. « Je pense que les filles ont la situation en main, » dit-il, mais il adressa un sourire à Edward. « Désolé, Vieux. Je sais que ce n'était pas ce à quoi tu t'attendais. »
« Ouais. » Edward fourra ses mains dans ses poches. Il portait encore son imperméable mouillé et boueux. Pourvu que Brindille n'ait pas été trop incommodée quand il avait essayé de la tenir. « Je pensais pourtant savoir que je ne devrais rien attendre ou présumer avec elle, mais je suppose que j'avais tort. Je croyais que je serais toujours le lieu où elle irait chercher du réconfort. Sa sécurité. »
Emmett se gratta la nuque. « On dirait qu'il est peut-être possible qu'elle ait besoin de plus d'une personne pour la réconforter. »
« Mère. » La douce voix de Brindille se fit entendre sous la table. « Rose. Brindille. » Il y eut une pause. « Bête ? »
Edward sentit son estomac couler à pic. Il y avait des gens qui cherchaient dans les bois, mais il était trop tard. Leur temps était écoulé.
Brindille sortit la tête des draps. « Bête, » appela-t-elle. « Bête ? » Elle attendit dans l'expectative, mais aucun chat ne vint.
« Trésor, reviens et repose-toi, » dit Esmée. « Viens ici, Brindille. »
Brindille resta là où elle était. Ses immenses yeux bruns trouvèrent ceux d'Edward et il s'agenouilla de nouveau à côté de la table, presque paralysé par l'anxiété. « Bête ? » Demanda-t-elle, tendant ses mains.
Il secoua lentement la tête. C'était une circonstance terrible pour utiliser un nouveau mot. « Disparue. »
Oui, ce chapitre m'a fait verser quelques larmes, mais si vous avez lu l'outtake de Noël, vous devez bien vous douter que tout va finir par s'arranger.
Je tiens à exprimer toute ma gratitude à mlca66 pour avoir pris le temps de relire ce chapitre en dépit de la crise qui a secoué la France cette semaine.
À bientôt.
Milk
