Coucou tout le monde! après un passage à vide suite à la perte de ce chapitre, votre serviteur a repris du poil de la bête grâce à vos gentils mots et au bottage de fesses de mes coupines!^^ z'êtes des besties les loutes! j'espère que ce qui va suivre vous plaira!
Julie: mon tit colibri enchanté! tu es crazy ma douce lady! Totalement folle mais si tu savais à quel point ta review m'a donné la banane! j'aurai pu faire en faire de la compote ou mieux un bon gros banana slip... heuuuu split! hahahaha tu es réellement fantastook, quelle énergie tu déploies c'est dingo! merci pour tout, tes lectures, ton soutien... bref tout! gros bisous tout doux à la frangipane!
Virginie: merci pour ta lecture et ton petit mot de soutien! Bonne lecture!
Mane-Jei: ma chère amie, merci pour tes lectures qui sont tombées comme je te l'ai dit complètement à pic! ;) je suis heureuse que tu continues d'aimer cette histoire que je n'arrive pas à abandonner même si parfois ça me démange, je l'avoue! XD gros bisous ma caille!
Sandra: ohhhhhhh mon Satanas d'amuuur! tout d'abord pour ton bottage des fesses! Ensuite pour ta belle review!^^ absolutly fabulous! elle m'a collé le smile de ouf! et oui y avait pas tes doudous mais promis d'ici quelques chapitres, ils devraient revenir! Promis ma chichounette fleurie!
Bêta/relectrice/revieweuse: Toutouille! merci de prendre sur ton temps pour suivre, conseiller et rebooster sa petite auteure!^^ les debriefs, les délires... juste des folles! tu fracasses tout mon Capitaine! je suis au garde-à-vous!
Merci à toutes et éventuellement tous (d'ailleurs s'il y avait des messires qui lisaient, je serai très curieuse de le savoir! hahahaha). Je suis ravie que Kentigern vous plaise unanimement et que le sacrifice de Finn vous ait plu tout autant! par contre, je ne comprends pas cette idée commune qu'une Ilyrià enceinte soit terrifiante à ce point! =p vous plaignez toutes Thranduil mais hey! fallait pas mordre dans la jolie pomme! hahaha
enjoy... ou pas mes babychous!
Chapitre 35,
Klaùs,
quand les jours ne sont que froideur
et que l'on abandonne la partie
quand aucun de tes rêves ne se réalisent
et que les gens que nous saluons
sont les pires de tous
et que la vie devient moribonde
je veux taire la vérité
je veux te protéger
mais avec la bête en moi
il n'y a nulle part où se cacher...
Un sourire désabusé fleurit sur les lèvres craquelées du Dragon Pourpre. Sa voix éraillée résonna encore et encore sur les murs nus et lézardés de sa cellule. Il avait pris l'habitude de fredonner ou bien encore de parlementer à voix haute que ce soit avec lui-même ou bien son double. Ce dernier devenait d'ailleurs de plus en plus entreprenant lors de ses crises de délire, arrivant presque à museler le côté humain du Wallen.
Ses genoux le faisaient atrocement souffrir et, l'espace d'une seconde, il se demanda s'il serait encore capable de tenir de nouveau un jour sur ses deux pieds. Probablement pas. Il passerait certainement le reste de sa vie ainsi, à genoux, les bras entravés, crucifié par l'homme en qui il avait le plus confiance. Et pour cause. Il savait que a Ceanar avait raison d'agir avec prudence. Finnàm se devait de protéger les autres du Dragon tant qu'il jouerait à cache-cache avec les limites de la folie. Il connaissait bien mieux que quiconque quelle bête se dissimulait derrière les traits graciles et légèrement juvéniles de Klaùs.
Une énième tentative de mouvement lui permit une fois de plus de tester la solidité des lourdes chaînes de fer forgées par les meilleurs ouvriers nains des Montagnes Bleues. Son double dragonnesque rugit violemment et, pendant un moment, il prit l'ascendant sur l'humanité flétrie du jeune homme.
Les écailles pourpres ondulèrent sur son visage tatoué pendant que ses griffes proéminentes déchiraient sans aucune pitié la chair sensible de ses mains comme de ses pieds emprisonnés dans ses bottes de cuir retourné. Ses pupilles se fendirent, reptiliennes, tout comme sa langue. Elle dardait en sifflant entre ses lèvres douloureuses. L'air était saturé d'émotions qui le firent sortir de sa torpeur fébrile. Il recommença, avide de sensations. Qu'y avait-il de plus précieux pour un dragon gourmet de trésors mais dénué d'âme que les sentiments et diverses émotions?
Quelque chose approchait. Il pouvait le sentir jusque dans ses tripes. Le calme dangereux avant la tempête, ce moment suspendu dans le temps où plus aucun bruit ne transperçait le cœur de la forêt avant que ne s'abatte le déluge... La lourde porte grinça sur ses gonds et s'ouvrit. Klaùs fut aveuglé par le flot de lumière si malvenu dans son obscurité personnelle. Une silhouette nimbée de cette clarté immaculée s'encadra dans le chambranle. De longs cheveux blonds comme les blés mûrs sous le soleil d'été, nota-t-il au travers de son delirium teinté de carmin, encadrait un visage de poupée. Une elfine dont la beauté surpassait largement toutes celles qui l'avaient accueilli dans leur lit. Toutefois, il détesta d'emblée le petit air arrogant qui contractait ses traits si parfaits. Les yeux pairs de l'elfe brillaient d'une curiosité malsaine.
Sans un mot, elle fit quelques pas dans sa direction. Il ne bougea pas un muscle, pas un tic ne ne crispa le visage émacié de Klaùs. Inconsciemment, il se redressa en bombant son torse resté musculeux malgré les privations de ces dernières semaines. Il n'aurait su dire précisément pourquoi mais il ne voulait pas paraître diminué.
Ses geôliers se gaussaient déjà bien assez de lui comme cela. Ils raillaient tous les jours qu' Erù faisait ce guerrier qui avait lamentablement chu. Il avait eu beau tenter de leur parler durant les rares moments où sa lucidité s'accrochait désespérément à lui, jamais il n'avait réussi à les atteindre. Le Wallen avait alors essayé de les soudoyer puis de les convaincre qu'il devait voir leur roi ou prince, qu'il avait des révélations à leur faire, rien n'y avait fait. Pourtant, il comprenait l'urgence avec laquelle il lui fallait faire part de ce qu'il se rappelait, de ses bribes de conversation avec son frère.
Sa cousine était en danger. Sa mission était de la protéger mais il ne pouvait satisfaire à cette tâche. Non, rien n'y avait fait. Ils s'étaient contenté de l'ignorer avec mépris. Le Wallen les avaient entendu rire, dire à quel point ils regrettaient que son geste malheureux envers Ilyrià n'ait point porté ses fruits. Il aurait mieux valu que la putain étrangère meure pour soulager la détresse dont leur souverain souffrait certainement depuis l'annonce des dieux. Ils plaignaient ce roi qu'ils aimaient tant de devoir se soumettre à cette union contre-nature.
Un rire silencieux avait secoué le corps entier de Klaùs. Si seulement ils savaient... Si seulement ils se doutaient combien leur précieux seigneur était... oui amoureux il ne fallait pas avoir peur des mots, combien il était sous le charme de ce monstre marin qu'était la fille du Phénix! Toutefois, une sombre pensée avait gâché ce moment inespéré de liesse: la vie ne serait pas clémente envers sa jeune protégée. A co-ogha coulerait ses jours auprès de son elfe qui seraient loin d'être paisibles... Cependant, ce n'était pas le genre de leur famille. En y réfléchissant bien, il lui fallait des épreuves pour qu'elle puisse s'affirmer. L'ennui était le fléau des Wallens, ce qui les poussait à commettre des actions plus qu' hasardeuses. Lui aussi en avait fait les frais. Au moins, n'aurait-elle pas le temps de tomber dans la mélancolie.
Le regard pesant de l'elleth le fit revenir à la réalité. Narquoise, elle se mit à lui tourner autour avant de se planter devant lui... un cobra évaluant la taille de sa proie pour voir s'il serait capable de l'avaler entièrement. Son parfum envahissait l'espace. L'air était saturé des effluves poudrées et chargées du parfum capiteux, lui donnant le tournis. Il sentait ses failles psychiques revenir au galop au contact de l'elfe devant lui. Des tambours invisibles frappaient violemment ses tempes douloureuses tandis qu'un voile sanglant appesantissait un peu plus sa vision troublée. Il la laissa faire tout en la surveillant du coin de l'œil. Il ne la quittait pas de son regard d'onyx, surveillait chacun de ses mouvements gracieux.
-Alors, alors... se moqua-t-elle goguenarde, un grand sourire plaqué sur son visage de porcelaine. C'est donc ça le Dragon Pourpre?
Klaùs faillir jurer mais se retint. Rien n'aurait fait plus plaisir à cette femelle gonflée d'orgueil. Le faire sortir de ses gonds l'aurait sans aucun doute amusée. Mais il refusait d'être exhibé comme un animal de foire. Hors de question d'être un chien tenu en laisse pour les ellith en mal de sensations fortes. Cela dit, s'il devait se montrer honnête, il aurait parié qu'il ne s'agissait pas vraiment de cela avec cette démone. Il ne connaissait que trop bien ce genre de caractère.
Au-delà de cette apparence frivole, l'elfine paraissait bien trop dure, policée comme un diamant brut. Or, en dragon accompli qu'il était, il savait à quel point ces pierres à leur état primaire étaient dangereuses sous des dehors lisses et attrayants... Une poule de luxe en mal d'émotions fortes, voilà ce que voulait renvoyer comme image cette elleth.
Mais que voulait-elle vraiment? Que cherchait-elle?
Il connaissait très bien cet air railleur car il affichait le même. Il avait longtemps travaillé dessus. Ses yeux ironiques, cette moue, le tout sous le couvert d'un vice teinté d'innocence qui faisait craquer toutes les femmes... cette elleth le lui renvoyait avec tant d'aisance que c'en était déroutant. Elle était un mystère éclatant dans son obscurité, une énigme à résoudre dans la réalité qui était la sienne où les notions du bien comme du mal étaient intrinsèquement entremêlées. Par-delà les méandres de son esprit malmené, il la devinait comme peu devaient réussir à la percevoir.
Sa réflexion s'arrêta aussitôt qu'il sentit l' elfine se rapprocher subrepticement de lui et le toiser de toute sa hauteur. À l'inverse des femmes wallens comme sa cousine ou bien Anaïsa si ce n'était Cendera, elle était grande, à peine une vingtaine de centimètres de moins que lui. Son corps drapé dans une robe des tissus les plus riches couleur ivoire produisait une telle chaleur qu'aussi bizarre que cela soit pour lui qui ne percevait pas les températures comme tout à chacun il pouvait la sentir. Oui, il sentait l'incandescence de la peau de l' elleth lécher la sienne et l'envelopper comme un cocon protecteur... un cocon qui l'inciterait à relâcher son attention et pour finir par tout bonnement l'étouffer. Son petit menton pointu semblait le narguer.
-Vous ne paraissez pas aussi dangereux que ce que vous plaisez à faire croire aux gens de mon peuple, lâcha-t-elle en arquant un de ses sourcils parfaitement dessinés.
Elle agita une main manucurée sous son nez comme preuve de son mépris.
-Enlevez-moi donc ces chaînes, gronda Klaùs ses pupilles fendues fixées sur les traits ciselées de l'elfe, ou rapprochez-vous que nous testions ensemble vos théories fumeuses, ma mie.
Il banda les muscles de ses bras et fit trembler les anneaux enchâssés aux murs rocheux où étaient prises ses entraves. Elle faillir reculer mais s'en abstint. Déroutant... Soudain, elle passa ses doigts fuselés sur le fil de la mâchoire contractée du Wallen. Leur fraîcheur enflamma le Dragon, leur douceur raviva l'étincelle sauvage de l'homme agenouillé. Il se cabra, ce qui eut pour effet de faire glisser l'index aventurier sur la gorge râpeuse du jeune homme.
-Vous êtes bien prude messire... ironisa l'elleth avec légèreté. Je suis monstrueusement déçue. Vous n'êtes pas à la hauteur de votre réputation, ronronna-t-elle.
Tout en disant ces mots, elle trempa son doigt dans une des nombreuses blessures de Klaùs qui se rouvraient inexorablement au moindre de ses gestes. Provocatrice, elle le porta avec lenteur à sa propre bouche, petit bourgeon de rose, et le lécha sans le lâcher du regard. Elle recommença une nouvelle fois son acte avant, cette fois-ci, d'effleurer la lèvre inférieure du Wallen. L' elfine badigeonna doucement la peau rosée sous les yeux fascinés du Dragon. Il y avait si longtemps qu'il ne s'était pas perdu entre les cuisses soyeuses d'une femme...
Mû par une inspiration soudaine, il enroula son appendice lingual incroyablement reptilien tout autour de ses phalanges. La décharge de sensations qui le saisit le prit par surprise. Un long frisson lui remonta le long de l'échine avant de venir s'écraser sur sa nuque. Il était grisé, subjugué à un point tel, que l'espace d'un instant, il suffoqua comme s'il se noyait.
Cette mystérieuse elleth... elle emplissait son esprit, galvanisait la démence qui menaçait à chaque moment de le terrasser. Ses limbes ténébreuses l'encerclaient comme les tentacules des krakens légendaires qui peuplaient les récits de son peuple. Là, tout ce qu'il désirait à ce moment précis, c'était se repaître de cette perfide femelle, assouvir chacune de ses perversions sur son corps rompu à ses caresses plus infamantes les unes que les autres. Son imagination débordante galopait à toute allure... la prendre sur ce sol crasseux sans aucune déférence pour cette chair fragile... découvrir les monts et vallées de cette peau laiteuse... laper de l'hydromel entre ses seins menus comme cette rivière enchantée qui s'écoulait dans les tréfonds de Vert Bois... Le Wallen la lâcha à contrecœur et défit son étreinte mouillée.
-Sgliùrach... garce, lança Klaùs, ses yeux d'obsidienne braqués dans ceux, étincelants, de l'elfe. Voilà un comportement qui n'a décidément rien d'elfique...
-Voilà une attitude bien wallen, ricana-t-elle, mauvaise. Vous êtes des sauvageons, des brutes sans foi ni loi et vous-même en êtes le digne représentant, Dragon...
Son visage n'était plus qu'à quelques centimètres du sien maintenant qu'elle s'était penchée inconsciemment vers lui. Le grain de sa peau aussi veloutée qu'une pêche mûre illuminait la pièce entière, lui conférant une aura odieusement séduisante. La lueur moqueuse qui luisait au fond de ses prunelles le défiait sans vergogne.
Comme il venait de le lui dire, ce n'était qu'une garce en robe de soie. Sans se soucier de ce qu'elle aurait pu faire ou dire, il se redressa encore un peu plus sans tenir compte de la douleur qui irradiait chacun de ses membres et, comme l'aigle fondant sur sa proie, il colla ses lèvres crevassées sur celles, douces et moelleuses, de l'elfine face à lui. Sa fragrance d'orchidées sauvages l'enivrait. Incapable de retenir ses bas instincts, il mordilla passionnément sa lèvre avant de se rejeter si brutalement en arrière qu'il s'en déboîta l'épaule gauche.
Il ne cria pas, ne se crispa même pas en dépit du calvaire fulgurant qui déchira son corps perclus. L'elfine, faisant mine d'être sous le choc alors que l'amusement se peignait sur son visage aristocratique, lui donna un coup sur le haut de son crâne à l'aide d'un éventail fait d'os qu'il n'avait pas remarqué jusque-là.
-Vous êtes impossible! Un butor comme peu nous en rencontrons dans nos domaines maître Wallen! susurra-t-elle dans le creux de son oreille alors qu'il luttait pour ne pas s'affaisser.
-Vous n'avez encore rien vu...
-Et je ne souhaite en aucun cas en voir plus, asséna l'elleth en se détournant avec dédain.
Elle alla cogner à la porte de la cellule sans tenir compte de l'homme laissé derrière elle comme si, lassée de son attraction, elle n'en avait plus cure. Cependant, à son port de tête raide, son corps tendu qui luttait pour ne pas tendre vers le sien, il comprit qu'absolument tout de ce qui sortait de cette jolie bouche n'était que purs mensonges.
Alors qu'elle attendait, la main sur la poignée, que celle-ci daigne s'ouvrir, il ne put s'empêcher de toujours plus la provoquer. Elle était un rayon de lumière dans son quotidien mortifère. Or, il ne comptait pas bouder son plaisir jusqu'à la toute dernière seconde.
-Tout comme moi. Ne revenez plus. Les oies blanches que sont les elfines m'indiffèrent et je dirai même m'ennuient grandement Dame... non ne me dîtes pas votre nom... C'est tellement plus amusant ainsi.
-Bien.
-Bien, reprit l'homme toujours à terre. Mais n'oubliez pas une chose elfe.
-Et quoi donc?
-Je ne resterai pas toujours dans cette cellule.
-Il me tarde alors d'assister à votre résurrection, Dragon Pourpre, railla l'elfine avant de faire refermer la porte par les deux geôliers.
L'ouverture s'était déjà refermée sur sa visiteuse, abandonnant le Wallen une nouvelle fois à ses démons et à l'obscurité.
-C'est tout vu, murmura Klaùs songeur, les yeux braqués sur la porte qu'elle venait de franchir. Je te retrouverai, femme, et te fais la promesse que c'est toi qui me demanderas grâce.
O0o0o0o0o0o
L'elleth sans nom était partie depuis une bonne heure déjà mais le climat ambiant de la cellule était toujours chargé des afflictions qu'elle avait apporté avec elle et distillé au gré de ses propres envies. Le jeune homme était si profondément absorbé que ses attributs wallens s'étaient résorbés d'eux-même sans qu'il s'en aperçoive. Klaùs pouvait effleurer chaque sentiment, liqueur sirupeuse sur sa langue gloutonne.
Comment cela était-il seulement possible? La solitude et la souffrance avaient-elles décuplé son aptitude à l'extrême?
Il savoura pleinement ces émotions si négatives et abstraites soient-elles. Envie... colère... gourmandise... luxure... orgueil... Toutes ces sensations l'abreuvaient comme un boit-sans-soif. Elles lui permettaient de s'accrocher au mince fil de la réalité pourtant si ténu tout en l'en éloignant. Un raz-de-marée affectif lui oppressait les entrailles aussi sûrement qu'une paire de tenailles. Il vacillait vers les ténèbres aveuglantes qui le pourchassaient inlassablement.
Soudain, l'univers si étroit de ses délires se pressura et se mit à grésiller. Les quelques chandelles qui éclairaient sa geôle furent soufflées par un coup de vent salutaire. Il balaya son visage dévoré par une barbe beaucoup trop broussailleuse à son goût. Un coup de vent? Dans une pièce totalement hermétique qui ressemblait définitivement à une boîte sans aucune source sur l'extérieur?
Sa raison bien trop titubante pour jauger de la situation correctement, il retint avec difficulté un sursaut en entendant une voix étrangement flûtée provenir d' un des recoins sombres.
-Tu désires quelque chose qui t'appartient déjà, dragon... Ne reconnais-tu donc pas tes propres vices?
Une silhouette encapuchonnée de noir sortit du coin où elle se terrait. Un homme. Longiligne, épaules frêle, hanches étriquées. Le Guérisseur. Qui d'autre aurait bien pu entrer dans un tel lieu cloîtré sans passer par la porte, une fenêtre ou une quelconque ouverture?
Klaùs avait beau le connaître et bien... depuis toujours en fait, le mage n'avait pas pris une seule ride en plus de trente années.
Qui, par Morgoth, pouvait-il être? Ou quoi d'ailleurs... parce que Klaùs avait toujours douté que le chamane fusse réellement un homme. Il réfutait l'idée idiote à ses yeux qu'il appartienne à son peuple. Les Wallens étaient certes une caste à part sur Arda, plus sauvages et brutes mais, en dehors de leurs aptitudes animales et de ce qui en découlait, ils ne possédaient pas de pouvoirs. À l'inverse, le Guérisseur était une personne en dehors du commun des humains et même des immortels tels que les elfes ou bien encore le Roi Phénix.
Une réminiscence prit possession de la mémoire du jeune Dragon. Le souvenir d'une clairière... une bataille entre les guerriers de la Cité sur la Mer et des hordes d'orcs... le Guérisseur, son éternelle pèlerine noire sur ses épaules, déambulant entre les troupes adverses sans qu'une seule goutte de sang ne l'éclabousse. Il revoyait la tranquillité sereine de l'homme aux étranges yeux bridés malgré le fracas des haches et des boucliers, des épées s'entrechoquant avec violence.
-Que racontes-tu là? maugréa le Wallen en levant lentement ses yeux noirs vers le mage debout face à lui. Es-tu devenu fou?
-Cha caraid, sourit l'homme en noir. Te voilà encore plus provocateur qu'à l'accoutumée. Avec désinvolture, il laissa glisser son manteau à ses pieds sans se soucier de la saleté. Là tu parles de toi, non?! Dragon, carson?
-Pourquoi quoi?
-Pourquoi t'obstiner ainsi à te voiler la face? As-tu si peur de ce que tu pourrais découvrir sur toi? La vérité t'est-elle donc si insupportable?
Le Wallen mugit, ses prunelles brillantes de rage toujours accrochées à celles diluées du Guérisseur.
-Je n'ai peur d'absolument rien. Comment avoir peur lorsque rien ne vous atteint?
-Ah oui? Vraiment? s'amusa le sorcier comme s'ils dégoisaient tranquillement autour d'une tasse de thé. Même pas le sort peu enviable de a co-ogha? Nous savons tous les deux le destin qui l'attend si tu ne te décides pas à reprendre ta place de protecteur... A Ceanar ne peut agir seul.
Le grondement dans la gorge du jeune homme se transforma en rugissement. Malgré la douleur, Klaùs se força à poser un pied à plat sur le sol rocheux puis un autre avant de se relever, le visage en sueur sous l'effort qu'il produisait. Se mettre debout tenait de l'exploit depuis le temps qu'il avait été maintenu à genoux. Un rictus vaniteux incurva ses lèvres charnues. Une lueur mauvaise illumina son regard félin. Son épaule déboîtée se disloquait sous sa peau blanche mais il s'en moquait éperdument. Il y avait des choses tellement plus importantes que lui à ses yeux.
-Personne ne touchera à un seul de ses horribles cheveux, à la chair de ma chair... Ilyrià aura la vie qu'elle désire. Si c'est avec cet elfe... soit. Si elle le veut lui, elle l'aura. Je ne laisserai quiconque se mettre en travers de sa route.
-Te voilà bien prompt à sacrifier ta propre vie pour quelqu'un d'indifférent au monde. Ta chair... souffla le Guérisseur en posant une main froide sur la joue râpeuse du Wallen. Si tu savais à quel point tu as raison Wallen... La position de la future reine est plus que précaire... tout comme sa vie qui ne tient qu'à un fil, mon ami. La jeune Ilyrià attend un enfant, asséna le chamane. Un enfant qui risque de ne jamais voir le jour si, je te le répète, a Ceanar reste seul à la défendre avec le seul appui de mon élève. Si tu continues de te complaire dans le labyrinthe tortueux de tes pensées... Que pourrais-tu alors bien faire au vu de ta propre situation? Je suis curieux, expliques-moi.
-Je ne demande qu'à sortir, grimaça Klaùs tant son articulation le faisait souffrir. Mais que puis-je faire de mon cachot? Toi, dis-le moi, tu es si perspicace, Guérisseur?!
Soudain, l'homme en noir glissa avec une célérité hors du commun sur le côté gauche de Klaùs et apposa ses deux paumes de chaque côté de son épaule blessée. D'un mouvement sec et puissant que jamais sa frêle constitution ne l'aurait laissé penser, il remit en place les os de son bras. Surpris, le Dragon n'eut pas le temps de tiquer sous l'explosion de douleur que celle-ci s'était déjà estompée. Un soulagement immédiat se peignit sur son visage émacié. Ses pommettes rendues encore plus saillantes par ses conditions de vie rendaient ses traits plus anguleux et accentuaient l'air canaille de son visage. La pâleur de son teint presque translucide lui donnait une allure des plus fantomatiques renforcée par la noirceur de ses yeux qui semblaient s'être renfoncés dans le creux de leurs orbites.
Le Guérisseur s'assit sans aucune manière sur le sol, ses longues jambes repliées en tailleur. Il se mit à dessiner dans la poussière de la terre battue. Klaùs allait le remercier pour son intervention quand ce dernier l'interrompit d'un geste vague de la main, l'enjoignant à s'asseoir face à lui sans pour autant quitter des yeux ce qu'il faisait. Se baisser à nouveau ne plaisait pas plus que cela au jeune homme. L'opération risquait à coup sûr d'être extrêmement douloureuse. D'un autre côté, ne pas obéir au mage n'était jamais de bon augure surtout lorsqu'il venait vous trouver personnellement et qu'il venait de vous guérir de vos maux. Avec une grimace d'anticipation, il s'assit... sans difficulté ni souffrance.
Comment? Il aurait juré que ses chaînes de métal s'étaient distendues. Elles baillaient légèrement alors qu'encore une heure auparavant elles étaient étirées à l'extrême. Le Guérisseur. Évidemment, qui d'autre?
Il reporta son attention sur l'homme qui traçait négligemment avec son index des glyphes sur le sol sans se soucier de la crasse qui maculait la roche. Intrigué, il reconnut avec étonnement les signes. Il s'agissait de runes, des runes propres à sa cité. Elles étaient gravées un peu partout sur les pierres grises de la Grande Tour... le témoignage de leur histoire. Un autre souvenir lointain s'imposa à lui sans qu'il puisse faire quoi que ce soit pour empêcher la mélancolie et la nostalgie de ce moment le saisir aux tripes. Cendera...
-L'âme... murmura le Guérisseur sans le regarder. Tu en fais grand cas pour quelqu'un qui n'en a pas, Wallen...
Mais Klaùs ne l'écoutait plus. Il se sentait de nouveau dériver dangereusement. Pourtant, il savait qu'il devait impérativement s'accrocher à la réalité de ce moment. Il en allait de sa survie, de celle de la seule personne qu'il chérissait, du moins ce qui s'en rapprochait le plus pour lui. Une bouffée de désespérance existentielle le prit à la gorge, menaçant d'imploser.
Il se raccrocha à la dernière chose qui avait apaisé son esprit torturé. Cette bribe de souvenir d'un après-midi passé avec son Aiglonne quand il lui était encore permis de l'appeler ainsi... Lui, jeune comme inexorablement sarcastique et elle, aussi aérienne que douce, nus après l'amour. Il se revoyait allongé paresseusement sur le ventre... Cendera, assise à ses côtés, appliquée à reproduire sur le dos du Dragon les runes que lui enseignait alors son maître. Il sentait encore la caresse légère et sensuelle de la plume qu'elle avait utilisé sur sa peau brûlante...
La voix du sorcier le tira de sa rêverie intempestive. Il aurait pourtant préféré s'échapper à nouveau sous ce soleil chaud, dans le lit de la vallée ouest où les deux amants avaient trouvé refuge entre deux crises de colère du soldat. L'odeur de l'herbe grasse chatouilla ses narines encore un instant avant que cet interlude plus que bienvenu disparaisse définitivement dans la noirceur de son existence.
-L'âme, répéta d'une voix quais inaudible le Guérisseur, ses yeux d'obsidienne toujours fixés sur la tâche qu'il poursuivait sans aucun temps mort. Une fois encore, ne reconnais-tu donc pas tes propres turpitudes? Pourquoi te voiler ainsi la face? Voilà des jours que tu te refuses à aller mieux... des jours que tu aurais dû revenir vers la lumière salvatrice que t'a offert mon apprentie mais chaque jour tu la repousses...
-De quoi parles-tu? fit Klaùs, bouleversé.
-Je n'ai pas vu Cendera depuis des semaines... depuis...
Il se refusait encore d'admettre les faits à voix haute. C'était bien trop douloureux. Le Guérisseur le fit pour lui. Il planta son regard subitement incisif dans celui incertain du jeune homme.
-Ce que je dis, mon cher, c'est que voilà des jours que ton ancienne amante te retrouve pour t'administrer un remède qui aurait dû faire effet depuis longtemps... mais tu t'y refuses. Tu conspues la simple perspective de ta guérison. Pourquoi? Parce que tu continues de te flageller pour la blessure que tu as, oui toi, infligée à Ilyrià. Tu as fait tienne sa souffrance et pour cause... Oui tu as tué l'ourson, tu l'as fait Klaùs. Il est drôle de voir à quel point ces événements certes tragiques te perturbent toi qui n'as pas d'âme...
-Drôle? siffla le Wallen hors de lui.
-Drôle, amusant... choisis donc le superlatif qui te convient... -avant que le Dragon ne puisse réfuter quoi que ce soit, il continua: ces émotions dont tu te dis si avide, qu'elles sont celles que tu ressentais à mon arrivée? Alors que tu paraissais si absorbé? Quelles sont-elles? Réponds-moi, maintenant! Que voulais-tu?
-L'elfine, grogna tout-à-trac Klaùs. Cette insupportable elleth... c'est elle que je désirais, que je veux encore d'ailleurs... la posséder encore et encore, effacer ce petit sourire détestable de ses lèvres carmines, étancher ma rage dans la tendresse de sa chair ...
-Cette haine... ce désir... cet orgueil... que tu as ressenti? À qui sont-ils? A elle? souffla le sorcier.
-Je ne sais. Certainement. A qui d'autre?
-A qui d'autre je te le demande, Klaùs fils de Crawen? A qui appartient cette explosion de sentiments? articula le mage en l'observant droit dans les yeux.
L'atmosphère de la pièce s'était considérablement refroidie. Quelque chose flottait dans l'air, glissant autour de lui comme s'il attendait qu'il baisse la garde pour l'attaquer. Le Wallen secoua la tête. Il ne voyait pas où voulait en venir le chamane. Il entendait une voix indistincte psalmodier doucement dans le capharnaüm de ce silence pesant.
Le Guérisseur glissa soudainement vers lui avec une rapidité et une dextérité exceptionnelles. Il plaqua une main là où se trouvait son cœur tandis qu'il frappait de l'index qui lui avait servi à tracer les mystérieux symboles le petit espace entre ses deux sourcils. Le point de la Connaissance du Soi lui avait expliqué un jour Cendera. C'était comme si l'homme vêtu de cuir noir était littéralement collé à lui.
Klaùs avait beau se débattre comme un démon, se cabrer au maximum pour lui échapper, rien n'y faisait. Il tenta de lui mettre un coup de tête, aucun de ses mouvements ne semblait l'atteindre. Le Wallen était pourtant un combattant chevronné et le chamane d'une constitution fluette. Au contraire, l'homme s'inclina encore un peu plus sur lui. Klaùs se retrouva alors comme propulsé sur le dos les jambes repliées sous lui. Il était cambré comme jamais il ne l'aurait cru possible, les talons sous ses fesses, pris de convulsions. Des liens invisibles semblaient vouloir l'incruster dans le sol. Le Guérisseur posa son genou qui lui parut être de plomb au niveau de son plexus, ses deux mains toujours là où il les avait placées. Le guerrier avait du mal à respirer ainsi qu'à soutenir le regard nébuleux du chamane. Les traits doux de l'homme s'étaient incroyablement durcis et irradiaient une autorité qui le pétrifia.
-Tu dois cesser de te fustiger pour quelque chose sur laquelle tu n'as aucune prise, Klaùs. Tu dois croire en toi, en ta puissance. Tu es unique, Dragon Pourpre... Le Feu de ton père combiné à l'élément Eau de ta mère... Alors réponds-moi, tonna tout à coup la voix d'outre-tombe du Guérisseur en appuyant plus fort encore sur le torse du Wallen, à qui appartiennent ces émotions?
-À moi... grinça-t-il d'un ton étouffé.
-Cuin?
-A moi! hurla Klaùs. Cette haine est la mienne! Ces débordements sont miens! Cette âme qui est un ramassis de pourriture! Aurait-il mieux fallu que je n'en ai pas plutôt que cette chose qui me ronge de l'intérieur...
Le Wallen put tout à coup respirer à son aise. Éberlué, alors qu'il pesait le poids de dix hommes une seconde auparavant sur son sternum, le Guérisseur était désormais debout à plusieurs pas de lui, sa cape sur ses épaules, la capuche rabattue sur ses yeux troubles. Klaùs ne pouvait distinguer que sa bouche fine dans l'ombre du lourd tissu. Il roula sur lui-même et se remit à trembler. Les trop nombreuses blessures suppurantes qui parsemaient jusque-là son corps s'étaient refermées, ne laissant que des croûtes rosées. Il leva la tête avant de la laisser retomber avec force contre la pierre. La douleur lui sembla lointaine tellement il était perturbé par ce qu'il venait de vivre.
Enfin, il était revenu.
L'ensemble de ses souvenirs revenaient par rafales d'images, d'odeurs... Le vol plané d' Ilyrià, la sensation de ses crocs dans la chair tendre de Fingall et son sang chaud coulant sur son menton, les visites de son Ceanar l'exhortant sans relâche à revenir parmi sa famille, Cendera et sa potion, ses suppliques comme ses colères devant son obstination à camper dans les ténèbres de sa psyché... Muireall. Iffrin.
Un frisson parcourut sa peau. Serait-il seulement capable de leur faire front? Il ne refoula pas les quelques larmes solitaires qui dévalaient sur ses joues creuses pour se perdre dans sa barbe blonde. Le Guérisseur s'approcha de lui de son pas de loup et le toisa avec commisération.
-Tu dois te reprendre Klaùs. Rien n'est acquis... Le temps est variable ainsi que le Destin. Il n'est pas tracé, loin de là...
-Ta langue est d'argent, Guérisseur, et tes paroles bien énigmatiques, chuchota le Wallen toujours couché à même la terre.
-Bien sûr, sourit le mage. Je suis le Guérisseur et n'ai pas même de nom. Par définition, je suis une énigme... qu'il t'appartiendra de découvrir peut-être un jour. A clann*, voilà ce que tu es gille*... Néanmoins Klaùs, sache que seule la Trinité compte... N'occulte jamais mes paroles et sache t'en souvenir en temps voulu... Tout fonctionne de par le Trois fondamental dans les mondes qui sont les nôtres. Il exprime l'Ordre intellectuel, spirituel et cosmogonique ... la Terre, le Ciel et l'Homme... Passé, Présent et Futur... Naissance, Vie et Mort... -il recula gracieusement en rajoutant d'un ton badin- Ce que tu dois te rappeler impérativement dans tes moments de doute à venir comme dans les leurs, mon enfant, est ce triptyque-là: la Tête, le Bras armé et le Cœur.
Klaùs n'eut pas le temps de s'appesantir ou de lui poser la moindre question sur ce qui venait d'être dit. Il n'avait pas saisi grand-chose tout comme il ne comprenait pas comment le mage avait pu se tromper sur l'essence de sa mère qui n'était certes pas une aqua mais une aera.. Le Guérisseur sans Nom était parti comme il était apparu. Dans un coup de vent.
Avait-il seulement été là ou n'avait-il été que le fruit de son imagination délirante?... S'il ne s'était pas retrouvé à terre, le corps guéri, l'esprit lucide et surtout sans plus aucune entrave, il aurait pu en douter. Mais voilà, il était tout cela. Le Wallen se releva avec plus de facilité qu'il ne l'aurait pensé. Son corps tremblait encore du contrecoup de sa si miraculeuse guérison. Ses mains fiévreuses firent l'inventaire incertain de son corps endolori. Il pouvait sentir ses côtes et suivre leur ossature. A part cela, il allait bien, il allait même très bien. Ainsi donc il avait une âme... une âme qui réclamait vengeance pour lui et les siens.
Une âme débauchée... et vicieuse... et calculatrice... et pervertie...
Après tout... il était Klaùs.
O0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0
Ilyrià,
La jeune femme s'observait dans le miroir depuis un moment déjà entièrement nue. De face, profil droit, profil gauche... bien droite, cambrée, le dos courbé... le reflet que lui renvoyait la psyché ne lui appartenait plus vraiment. Du moins en avait-elle l'impression. Pourtant absolument rien ne laissait deviner qu'un intrus logeait confortablement au creux de son ventre encore plat.
Si quelqu'un d'autre que Thranduil lui avait annoncé la nouvelle, la Wallen lui aurait ri au nez sans aucun état d'âme mais voilà. Cet elfe avait des milliers d'années, ses sens étaient affûtés au-delà du possible et, s'il n'était pas sage-femme, il n'en restait pas moins qu'il connaissait plus que bien les rudiments de la guérison. Et puis... Ilyrià savait bien qu'elle serait un jour grosse des œuvres du roi sylvestre. Toutefois, entre un jour et maintenant tout de suite, il y avait une sacrée marge.
Elle n'avait pas eu le temps d'accepter cette idée de devenir mère et encore moins celui de préparer son royal amant à cette nouvelle. Elle regrettait d'ailleurs qu'il ait appris ce chamboulement de la façon dont cela s'était passé. Encore une chose qui ne s'était pas passé comme cela aurait dû... dans la sérénité.
Cha, bien sûr que non. Au contraire, cette révélation n'avait été que cris et reproches. La jeune femme frissonna en ayant une pensée pour son amie aiglonne. Elle se doutait qu'elle aurait droit à une semonce en règle de la part de l'ellon. Il n'appréciait pas du tout l'idée que Cendera ait été au courant depuis des semaines alors que lui non. Sa fierté avait été touchée. Toutefois, elle ne doutait pas que l'apprentie chamane serait en mesure de se défendre. Ses serres étaient plus qu'aiguisées... Heureusement, eux arrivaient toujours à se retrouver. Certes d'une façon qui nécessitait d'être nus... Ils éprouvaient l'un comme l'autre la nécessité de se repaître de leurs peaux respectives, de s'approprier leurs corps.
Nouveau regard vers le miroir et œil critique jusqu'à en loucher pour trouver ne serait-ce qu'une minuscule preuve de ce que lui avait certifié son roi. Oui, elle était quasiment toujours affamée mais bon, cet état chez elle, n'était pas réellement représentatif, gourmande comme elle était. Cela dit, Ilyrià se sentait capable d'engloutir une cargaison entière de sucreries en ce moment. Oui d'accord, les nausées qui la prenaient en traître tout au long de la journée pouvaient agréer la théorie comme quoi elle était bien enceinte mais bon, elles étaient si fugaces que cela n'était guère probant en soi. Du moins tentait-elle de s'en persuader. La jeune femme soupira avant de tirer la langue à son reflet dans la glace.
Tout n'aurait été finalement que des preuves indirectes si ce n'était sa poitrine. Déjà opulents à souhait, ses seins avaient encore pris du volume et étaient tendus à l'extrême comme ses mamelons douloureux que le frottement de n'importe quel vêtement irritait. Elle se demanda un instant si elle risquait de couler à pic lorsqu'elle irait se baigner... Bientôt elle ne ressemblerait plus à une sirène mais un bon gros lamantin... Qu'en serait-il alors du regard de Thranduil sur elle lorsqu'elle aurait doublée de volume? Évidemment, elle savait qu'il s'agissait là de réflexions futiles mais elle était une femme et, qui plus était, encore jeune...
Avec une grimace peu flatteuse, elle enfila ses dessous lilas (Valar, heureusement que ce n'était que la couleur et non leur odeur! Un haut-le-cœur la saisit rien que d'y penser...) puis se vêtit d'un sarouel noir. Elle finissait de lacer sa tunique en toile lorsqu' Astareth fit son entrée, un panier calé sur sa hanche fine. L'elleth dévisagea la Wallen de pied en cap avec une expression à la limite de l'horrifié. Sa désapprobation se manifesta par un puissant claquement de langue contre son palais. L'elfe posa sa charge sans un mot sur le lit défait et alla farfouiller dans l'armoire. Pas un seul commentaire ne franchit ses lèvres pincées. Une robe sur le bras, l'elfine se tourna alors vers une Wallen récalcitrante au possible en fronçant les sourcils.
-Vous ne pouvez sortir ainsi, Dame Ilyrià.
-Ah oui? Vous croyez ça? lança la jeune femme, ses yeux de chat plissés.
Elle esquissa un pas vers la sortie sous l'œil attentif de sa suivante qui, pour le moment, tenait plus de la geôlière.
-Ce ne serait pas la première fois pourtant que je m'habille de la sorte et le roi...
-... et le roi ne l'appréciait aucunement, compléta Astareth avec dédain. Bien au contraire. Et vous n'étiez pas promise à sa Majesté mais... à son fils. -sa bouche se crispa de réprobation.- Si vous ne le faîte pas parce que je vous le demande ou pour vous-même, faîtes-le donc pour votre Seigneur. Êtes-vous seulement consciente à quel point il lui est compliqué de vous faire admettre au sein de ces cercles? Ne donnez pas plus de munitions à ses détracteurs comme aux vôtres. Il vous faut respecter le protocole qui régit notre société. Vous n'avez pas le choix.
Sgliùrach. Cette garce d'elfe avait raison sur toute la ligne et Ilyrià le savait... et Astareth savait qu'elle savait. Bref beaucoup trop de monde savait trop de choses... Une légère migraine commençait à jouer contre ses tempes douloureuses. Elle ne voulait pas perdre ce qui constituait son essence. Comme tous les siens, elle était sauvage et éprise de liberté. Ils étaient aussi honnêtes, loyaux et tout à fait honorables. Néanmoins, si elle voulait Thranduil, elle se devait de mettre un mouchoir sur certaines de ses excentricités.
Elle ne s'était pas rendue compte pleinement de la précarité de la situation de son souverain. On lui parlait toujours d'elle et de la dangerosité de sa présence à ses côtés mais jamais il n'abordait cet aspect-là de leur future vie. Le temps qu'elle resterait en vie, il serait lui-même en équilibre, à jongler entre ceux des siens qui l'aimeraient inconditionnellement et ceux, une certaine partie de la caste noble, qui tenteraient de le dévorer.
Elle fit mine de réfléchir avant d'ôter lentement sa tenue si peu conforme tout en fixant sa camériste d' un regard hautain qui ne lui était pourtant pas habituel. Elle n'affectionnait pas se montrer orgueilleuse mais, au vu de leur relation difficile, donner de l'eau au moulin de l'elleth la chagrinait quelque peu. C'était plus fort qu'elle. Il lui était insupportable de devoir se ranger à l'avis d'une personne qui n'éprouvait que du mépris pour elle. La jeune femme ne put s'empêcher de rougir violemment en sentant le regard pesant de sa gouvernante sur sa poitrine gonflée.
Elle se tourna pour lui présenter son dos. La Wallen se mordit l'intérieur de sa joue pour se retenir de piailler tandis que l'elfine laçait son corselet d'une poigne de fer. Elle lui fit passer ensuite une robe en soie sanguine au décolleté carré qui bombait délicatement la naissance de sa gorge. Les manches vaporeuses garnies de dentelle lui ceignaient la jointure des coudes par des rubans de la même couleur vermillon.
-Pourquoi tant d'effusion de colifichets et froufrous? grommela-t-elle en jetant un œil navré aux plis brodés d'or de ses jupes.
-Il est temps de vous habituer à tenir votre futur rôle, fit Astareth en brossant les boucles sombres de la jeune femme. Vous ne pouvez déambuler en haillons alors que d'ici quelques mois vous épouserez notre souverain. Valar, ces cheveux sont impossibles!
D'une main experte, elle tordit la masse noire et les attacha rapidement à l'aide d'une multitude d'épingles. Ilyrià admira le travail de l'elleth. Les tresses entrelacées de perles ressemblaient littéralement à une œuvre d'art, lui conférant une allure hautement bien propre sur elle. La Wallen ne se reconnaissait pas dans le miroir. Ce n'était décidément pas elle... La Wallen haussa les épaules. S'il lui fallait passer par cela, elle le ferait. C'était là un moindre mal. La suivante posa une mante en fourrure sur les épaules de la jeune femme. Surprise, Ilyrià la regarda. Faisait-elle cela par une amitié même ténue envers elle?
-Ces couloirs sont de véritables courants d'air, expliqua l'elleth avec autorité. Or, vous n'avez pas notre résistance au froid.
Sans réellement savoir pourquoi, elle posa sa petite main sur le bras d'Astareth.
-Je te remercie, dit-elle d'une voix douce. Je sais que je peux être ingérable...
Un éclair passa dans le regard bleuté de l'elleth mais elle se reprit tout aussi rapidement. Elle se dégagea avec brusquerie.
-Je ne fais que mon devoir, celui que ma charge m'impose.
-Bien sûr, dit la Wallen en cachant sa déception.
-Il est l'heure pour vous de rejoindre sa Majesté dans la grande salle. Ne commencez pas cette soirée en étant en retard. Vous savez comment peut être le roi... il déteste le manque de ponctualité.
La jeune femme sortit de ses appartements. La grande salle n'était que quelques étages plus bas et elle s'obligea à faire abstraction des regards lourds de sens des quelques nobles qu'elle put croiser. Il lui tardait de voir son amant. Le voir, respirer les effluves boisées de son parfum, entendre sa voix de baryton... Valar, il lui manquait dès qu'il s'éloignait un tant soi peu d'elle. C'en était même frustrant de se sentir aussi dépendante d'une personne! Elle ralentit le rythme avec lequel elle dévalait les étages sentant son estomac ribouldinguer. La Wallen inspira et expira avec force. Bien. Elle se dirigea vers la grande salle où les gardes lui indiquèrent la bibliothèque.
Le roi était allé chercher plusieurs rouleaux de parchemins qui lui étaient nécessaires dans certaines affaires en cours. Le cœur et le pas légers, elle continua sa route. Une idée avait germé dans son esprit et ne voulait plus la quitter. Elle savait comment soulager ses maux. Elle espérait qu'en encourageant un peu Thranduil, il lui accorderait la faveur de l'accompagner dans leur grotte. C'était ça dont elle avait expressément besoin. S'immerger. Sentir son corps bercé par son élément. L'eau était chez elle comme une seconde nature... peut-être arriverait-elle à l'enjôler d'un de ses sourires qui, elle le savait, le faisaient sombrer. Elle arriva enfin à la porte de la bibliothèque. Soudain, la scène sous ses yeux la stoppa net. Elle sentit son sang se figer et bouillonner tout à la fois dans ses veines.
Au milieu de la grande salle circulaire, se tenait cette elleth qu'il lui avait présentée quelques jours plus tôt, Dame Niobé. Elle trônait dans un énorme fauteuil à oreilles, le pied posé sur le genou de Thranduil, agenouillé devant elle. Sa robe était remontée et la main du seigneur sylvain empaumait le mollet de l'elfine. La vision de la Wallen se teinta de légers points noirs comme si de minuscules mouches virevoltaient devant elle. Ilyrià fit quelques pas mal assurés dans leur direction avant de tousser pour leur signaler sa présence. Ils étaient dont si absorbés qu'ils ne la voyaient pas, eux des elfes à l'ouïe surdéveloppée?! Quelle plaisanterie! Thranduil se releva lestement puis aida l'elfe assise à faire de même.
-Je ne suis qu'une idiote, minauda Niobé en battant des cils. Je me suis bêtement foulée la cheville en voulant prendre un ouvrage. Sa Majesté a bien voulu me faire profiter de ses talents de guérison. -elle se tourna vers le roi et fit la révérence avec une grâce étonnante en dépit de sa soi-disant blessure.- Hannon le, aran nîn.
Le roi hocha la tête sans un mot. Royal comme toujours. L'elleth passa en boitillant près de la jeune femme rageuse qui retint une furieuse envie de lui arracher sa tignasse blonde. Le regard qu'elles échangèrent finit de convaincre Ilyrià. L'innocence dont l'elleth avait fait preuve quelques secondes plus tôt avec le roi n'était que duplicité sans aucun doute. La malignité qu'elle pouvait lire dans ses yeux verts maintenant était plus qu'explicite. Niobé sortit en refermant les portes de la bibliothèque derrière elle.
Les deux amants restèrent ainsi plusieurs minutes à se dévisager sans que l'un ou l'autre ne prenne la parole. C'eut été rendre les armes que de le faire. Or, elle était bien trop en colère pour cela et lui, bien trop sûr, apparemment, de sa légitimité. Cependant, la patience n'était pas son fort et elle brûlait de lui jeter au visage ses quatre vérités.
-Tu ne perds pas ton temps mon Seigneur, marmonna-t-elle entre ses dents.
Ses doigts déchiquetaient la dentelle de ses manches sous la houle des sentiments qui la traversaient de part en part. Le fait qu'il continua de se taire n'arrangeait visiblement pas la situation. Ses yeux pâles la fixaient sans que rien ne transpire de ce qu'il pouvait ressentir.
-As-tu donc le feu au...
-Tais-toi! gronda l'ellon en croisant les bras sur son torse comme pour s'empêcher un geste malencontreux. Comment oses-tu me parler ainsi, gwend? Tu n'as pas le droit...
-Je fais ce que je veux! Je dis ce que je veux! s'écria la Wallen, ses joues empourprées par la fureur qui déferlait en vagues puissantes dans son corps.
-Tu te trompes, asséna-t-il d'und voix cassante. Tu feras ce que je te dis de faire, non le contraire. Que crois-tu, Ilyrià? J'ai déjà une femme sur les bras qui crie au scandale inutilement, je n'en ai pas besoin d'une autre! Je ne suis pas un animal.
Au fond d'elle, Ilyrià savait que Thranduil était effectivement dans son bon droit mais n'arrivait à calmer la colère qui l'étreignait. La jalousie était mauvaise conseillère. Tout ce qui traversait son esprit était la vision des deux elfes et surtout les sous-entendus qu'elle comprenait parfaitement dans les paroles du roi.
-Tu n'es qu'un homme, s'entêta Ilyrià, butée.
Il fit les quelques pas qui les séparaient et lui attrapa durement le bras.
-Je ne suis pas un homme, je suis un elfe, le souverain, ton seigneur qui plus est! Je t'interdis de me parler sur ce ton! Je ne suis pas un de tes Wallens dégénérés!
Ilyrià se cabra pour tenter de se dégager mais la poigne de Thranduil était de fer tout comme lui et il l'attira brutalement à lui. Elle se fustigea intérieurement d'apprécier le contact de sa poitrine écrasée contre le sienne.
Pourquoi? Pourquoi le simple effleurement de leurs peaux suffisait à lui retourner les sangs ainsi? Mais cette fois, ce ne sera pas le cas. Elle était bien trop en colère.
-Arrête de te tortiller ainsi, souffla-t-il à son oreille. Cela ne sert à rien. On dirait une chatte sauvage mon amour...
Elle lui écrasa le pied, ce qui lui fit la lâcher de surprise plus que de douleur. Il jura grossièrement en la fusillant du regard.
Ilyrià se dirigea à reculons vers la sortie, sa main droite crispée sur son ventre. Elle essuya du revers de la manche les larmes vengeresses qui perlaient sans qu'elle puisse y faire quoi que ce soit.
-Si tu n'es pas un animal, moi non plus! Et si je suis une dégénérée de Wallen... Je te rappelle, a righ, que l'enfant que je porte en mon sein l'est également, lâcha-t-elle.
Sa voix se brisa.
-Les Valar en soient remerciés, il sera aussi à demi elfique et je ne doute pas que la nature de son père prédominera, remarqua Thranduil d'une voix sourde.
-Mufle...
-Je n'ai jamais caché...
-Effectivement, tu n'as jamais dissimulé à quel point tu es un rustre, murmura-t-elle, la rancœur au bord des lèvres. C'est moi qui l'avais oublié.
Elle se détourna de lui et s'enfuit sans qu'il fisse le moindre geste pour la retenir. Elle courut dans les couloirs sans se soucier des elfes qu'elle pouvait croiser, étonnés sans l'être réellement de ce comportement erratique. Certains en avaient pris leur parti au final. La Wallen n'avait qu'une seule idée en tête alors qu'elle quittait précipitamment le palais. Aller à la grotte, là où elle pourrait permettre à son éther de prendre un peu de repos et tant pis si Thranduil n'était pas d'accord.
La fille du Phénix ressentait la nécessité primale de s'aérer l'esprit. Elle voulait le fuir, ne plus le voir, ne plus sentir son souffle balayer sa peau, sentir ses mains rendues calleuses par ses entraînements aux armes... Cha, Ilyrià savait pertinemment qu'elle ne pourrait l'éviter indéfiniment. Elle avait besoin de lui autant que lui d'elle. Le nœud qui lui tordait l'estomac s'intensifia.
-Allez Wallen, reprends-toi, soupira-t-elle. Tu l'aimes mais tu ne peux pas tout lui pardonner. Tu ne peux pas le laisser insulter ce qui fait que tu es toi... Tu n'es pas son esclave mais son égale. Il doit te prendre toute entière... Je ne suis pas une chose! Je suis pas à lui! s'écria-t-elle en tapant de son petit pied sur le sol boueux.
-Aye* tu as raison, tu n'es pas à lui... tu es à moi. Ou, en tous cas, tu vas le devenir là dès maintenant.
Ilyrià s'immobilisa. Elle ne connaissait que trop bien cette voix menaçante comme le danger qu'elle insufflait. La jeune femme se retourna lentement pour faire face à l'homme dans son dos.
-Muireall.
Sa dernière pensée cohérente fut pour Thranduil et la petite pousse, comme elle se plaisait à l'appeler, qui nichait dans son giron.
O0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0
Legolas,
L'ellon poussa la porte de ses appartements et s'appuya contre elle, une fois celle-ci refermée sur lui. Il rentrait tout juste d'une mission de deux jours au cœur de la forêt pour l'en débarrasser des nids d'arachnides qui pullulaient. Il prenait part à quasiment toutes les expéditions dans le but certes d'abattre ces immondices mais aussi dans l'espoir tu de se retrouver face-à-face avec l'orque pâle qui les avaient torturés quelques mois auparavant lui et son ancienne fiancée. Il n'en parlait jamais mais les sévices que leur avait infligé Azog ne quittait jamais totalement son esprit. Le prince était un ellon fier et comptait bien tenir la promesse qu'il s'était fait ainsi qu'à Ilyrià. Il le trouverait et aurait sa tête qu'il déposerait avec un peu de chance aux pieds de la jeune femme en cadeau de mariage.
Il dégrafa lentement les dagues harnachées dans son dos puis le ceinturon auquel pendait sa fidèle épée. D'un geste rageur, il l'envoya au loin dans un cliquetis de métal avant de lâcher un juron bien peu elfique. Sa main le brûlait, ses doigts l'élançaient douloureusement. Il ne disait rien, ne se plaignait jamais mais utiliser son membre relevait du pur défi. Tout le monde le croyait absolument guéri et il y avait tellement à faire en ce moment qu'il rechignait à aller ne serait-ce qu'à la maison de soins pour faire évaluer les dégâts. Il savait avoir trop forcé les muscles lancinants et se doutait que la raideur qu'il ressentait toujours n'était pas normale.
Une nouvelle fois, il se força à replier puis déplier les os engourdis en occultant le léger tremblement qui l'assaillait. Après tout, cela ne l'empêchait de tenir son glaive... Quant au maniement de l'arc, il l'avait laissé quelque peu de côté ces derniers temps. Si son père avait vent de sa faiblesse, il exigerait de lui qu'il se tienne à ses côtés et le priverait des raids. Or, il en avait besoin pour se vider la tête, s'aérer de ce qui parasitait la tranquillité de la cité excavée. Il ne leur en voulait évidemment pas mais la présence des Wallens avait saccagé la sérénité apparente de la vie elfique.
Toutes les machinations qui gravitaient autour d'Ilyrià et de son père lui tordaient le ventre... sans parler du Ceanar à qui il voulait rendre la tâche plus aisée. Mais comment faire quand ledit Commandant n'était que ruse et sous-entendus? Le Wallen ne voulait plus perdre qui que ce soit en attendant l'hypothétique retour de son second et se refusait obstinément à inclure l'elfe dans ses recherches malgré le discours qu'il leur avait tenu quelques jours plus tôt. Tout ce qu'il leur demandait était de surveiller comme le lait sur le feu une certaine Sirène qui ne les laissait diablement pas faire.
Et puis... son père était sans équivoque la personne la mieux placée pour faire barrage à sa future femme à moins qu'il ne finisse par l'étriper lui-même, sourit Legolas en se laissant tomber dans un fauteuil face à la cheminée qui diffusait une agréable chaleur dans la pièce tendue de soie verte. Penser au couple le ramena inexorablement vers la révélation qu'avait faite Thranduil dans le secret de son salon.
Elle était enceinte... enceinte, se répéta-t-il comme un stupide mantra. La tête lui tourna un court instant. Non qu'il en éprouva une quelconque jalousie, loin de là, mais savoir que celle à qui il devait s'unir il y avait de cela encore quelques semaines attendait un enfant de son propre père était relativement déstabilisant tout de même.
Quel était donc ce monde dans lequel ils vivaient tous désormais? Entre intrigues et violence allant parfois jusqu'au meurtre, attirance déçue et amour enflammé? La vilenie, il pouvait gérer mais tout le reste... Il avait l'impression de n'avoir de prise sur rien... Était-ce donc cela l'urgence de la vie humaine, celle qu'il avait toujours envié aux humains et aux Wallens?
Une tragédie prenait la place de celle qui venait d'arriver, un événement en cachait toujours un autre. C'était absolument fou... Il allait avoir un frère ou une sœur, rien que cela était incroyable. Cet enfant aurait-il les oreilles pointues des elfes, se demanda un peu sottement l'elfe ou un attribut animal comme sa mère? Il devait avouer que sa curiosité prenait racine bien autre part que dans l'imaginaire de ce ou cette future demi-elfe... Son intérêt était plus prosaïque et personnel. Ainsi les elfes et les Wallens pouvaient... comment dire? s'accorder et donner naissance. Voilà qui était... intéressant.
Les pensées qui lui vinrent à l'esprit lui firent monter le rouge aux joues. Il se leva lestement et commença à dénouer une de ses tresses quand un coup discret à sa porte retentit, le sortant de sa torpeur.
Indécis, Legolas hésita un court instant avant de se décider. Il ne pouvait faire le mort avec tout ce qui se tramait encore et toujours entre les murs des cavernes. C'était juste impossible. L'ellon ouvrit la porte pour découvrir... personne. Un léger bruit lui fit tourner la tête vers la droite. Il s'élança sans réfléchir à la poursuite de la silhouette gracile qui s'échappait. Il l''arrêta d'une main sur son bras blanc en la retournant vers lui.
Son visage pâle semblait soucieux et contrarié. Sa bouche un peu longue certes pour l'étroitesse de ses traits tremblait légèrement. Elle leva ses grands yeux bruns vers lui et l'incertitude qu'il y lut le poignarda aussi sûrement que l'eut fait une lame. C'était donc cela l'amour... Ressentir les moindres sentiments de l'autre comme s'ils étaient vôtres, qu'ils vous transcendent ou au contraire vous blessent. Tout en la tenant toujours par le bras, il leva son petit menton pointu vers lui et plongea son regard d'azur dans celui de la jeune femme. La détresse, l'impuissance qu'il y lisait focalisaient toute son attention comme si son monde ne se résumait qu'à elle, pour elle.
-Qu'y a-t-il ma Dame? Vous semblez si anxieuse.
-Rien, marmonna la Wallen en détournant ses yeux des siens. Je... je ne sais ce qui m'a pris de venir jusque chez vous. Je n'aurai pas dû mais...
-Mais?
-Je me sentais si... en colère, avoua-t-elle. -du coin de l'œil, il vit ses longs doigts se serrer convulsivement comme s'ils cherchaient à atteindre une cible invisible.
-Pourquoi? demanda-t-il doucement.
Il se doutait qu'il devait se montrer diplomate s'il voulait en apprendre plus sur les tourments de l'Aiglonne. Elle n'était pas du genre à se confier facilement, estimant que personne n'avait à subir ses troubles. Il se devait de lui faire comprendre q'il n'était pas les autres mais son autre. La différence était plus insondable que n'importe quel gouffre. Malgré son expérience et son apprentissage auprès du Guérisseur, elle était encore bien jeune face à lui... même si elle se refusait à l'admettre, trop fière qu'elle était.
-Parce que je n'arrive à rien! explosa Cendera. Ses fichus bois coupent tout mon Élément et m'empêchent de discerner clairement ce qu'il en est, ce que je me dois de faire! Ma double-vue se joue de moi ces derniers temps! Je n'arrive même pas à faire revenir Klaùs de ses limbes! Pourtant j'ai le remède mais son âme m'est inaccessible!
L'ellon se raidit imperceptiblement à l'évocation du nom du dragon wallen. Il n'avait pu s'empêcher de se crisper très légèrement. Cependant, il était trop tard. Elle s'en était aperçue et le transperçait du regard.
-Ernil, vous êtes un idiot! grinça-t-elle en secouant la tête, geste qui libéra une fois ses cheveux bruns de l'entrave de son chignon. Cessez vos enfantillages! Nous n'avons pas le temps pour badiner ainsi. Je n'ai pas le temps pour cela. J'ai une foule de choses à faire, un Dragon récalcitrant à mater, un autre à retrouver où qu'il se terre... des jours que personne ne l'a vu... un Ceanar à épauler en dépit de lui-même et de sa légère tendance à comploter seul comme à s'automutiler, énuméra-t-elle d'une voix tirant sur l'hystérie, une sirène enceinte et ça, croyez-moi, ce n'est pas une sinécure... sans compter sur votre père qui m'a fait mander et je suis sûre que cela aussi ne sera pas de tout repos... Ces deux-là sont faits indubitablement pour être ensemble! Qui de mieux qu'un fou furieux pour épouser une Wallen complètement démente? Mon Maître qui a mystérieusement disparu, Kentigern...
Elle ne put finir sa phrase, l'elfe ne lui en laissa pas l'occasion. Tout en la maintenant toujours par son menton, il la repoussa doucement contre le mur et lui cloua le bec d'un baiser. Ses lèvres chaudes se pressèrent sur celles de l'Aiglonne, trop ébranlée pour s'en formaliser. Ses yeux à lui étaient fermés alors qu'elle le regardait avec surprise. Legolas se détacha à contrecœur de sa bouche, ne voulant pas la forcer plus que de mesure et colla son front au sien.
Les yeux vrillés aux siens, ils restèrent ainsi quelques secondes avant que la raison de Cendera ne reprenne le dessus. Il pouvait voir dans son regard noisette la détermination d'aller au bout de son devoir et, une fois de plus, de s'en oublier elle-même.
Quand comprendrait-elle donc qu'elle aussi avait droit à une part même infime de vie? En dehors de ses obligations, du devenir des siens...
La jeune femme saisit la main de l'elfe et l'obligea à lâcher la prise qu'il avait toujours sur son visage. Les traits de Legolas se contractèrent sous la douleur qui affluait dans les articulations de ses doigts meurtris. Il eut beau tenté de dissimuler sa souffrance, l'apprentie chamane ne fut pas dupe. Elle porta la main estropiée de l'elfe à ses yeux et l'examina avec autorité pour l'empêcher de se défiler sous couvert d'une quelconque excuse.
-Est-ce une plaisanterie? lui demanda-t-elle, les sourcils froncés. Ily m'avait raconté la manière dont vous vous êtes retrouvé blessé par sa faute mais je vous croyais totalement rétabli... Or, je constate qu'il n'en est rien! Êtes-vous stupide, maître elfe? Votre annulaire est beaucoup trop raide... Quant au majeur, il est tordu, vous voyez?
Il acquiesça sans un mot, beaucoup trop occupé à l'observer le manipuler avec soin. Elle l'entraîna en silence dans les appartements de l'ellon restés grands ouverts et le fit s'asseoir sur une chaise. En soupirant, elle détacha le sporran qui lui ceignait les hanches et en retira un pot avant de le poser sur la table.
-Un baume de ma composition, expliqua-t-elle à voix basse. Me faîtes-vous confiance ou voulez-vous que je fasse appeler un de vos guérisseurs? Vous n'avez pas le choix sinon vous risquez de perdre l'usage complet de...
Toujours silencieux, il lui tendit sa main. L'Aiglonne s'agenouilla devant lui et commença un léger massage après l'avoir enduit d'une pâte à la forte odeur de camphre et de verveine. Il ne pouvait détacher son regard d'elle. Il ne distinguait que sa nuque alors qu'elle avait ramassé ses cheveux à nouveau en un chignon des plus sommaires. La sensation des doigts aériens de la Wallen sur son derme le paralysait, lui envoyant des ondes de plaisir intense au-delà de la douleur diffuse de ses propres doigts. Il n'était que trop conscient de sa présence, de son corps sous le lainage de sa robe de la couleur d'un ciel d'été.
L'ellon ne pouvait s'empêcher de se demander si la prendre dans ses bras serait pareil que d'étreindre un nuage... doux et indomptable tout à la fois. Au grand dam de l'elfe, elle eut tôt fini de le soigner et se releva en essuyant ses mains blanches sur ses jupes. Elle leva les yeux vers lui mais son sourire mourut sur ses lèvres. Cendera se rendait compte que quelque chose dans l'atmosphère avait changé. La manière dont les iris de Legolas s'étaient brusquement assombris certainement... Elle fit comme si de rien n'était alors qu'il ne bougeait pas. Les muscles de l'ellon étaient aussi tendus qu'une corde d'arc mais il ne remuait toujours pas... un prédateur prêt à sauter sur sa proie, voilà ce qu'il était.
Il luttait de toutes ses forces pour ne pas se saisir d'elle sur le champ et lui laissait la possibilité de partir pour mener à bien une de ses trop nombreuses tâches. Elle le salua d'un hochement de tête et sortit en oubliant son escarcelle et son étole abandonnés sur la table. Encore une fois, elle lui avait échappé. Il se leva et d'un geste rageur, il envoya tout ce qui se trouvait sur la table au sol avant de s'y appuyer les deux paumes à plat sur le bois ciré.
Soudain, Legolas sentit deux bras encercler sa taille. Un parfum délicieux de vent chaud remonta à ses narines alors que deux mains fines et pâles se frayaient un chemin sur son pourpoint.
-En voilà un geste colérique ernil, murmura une voix posée et moqueuse dans son dos.
Il ferma les yeux un instant. Comment faisait-elle pour être si calme alors que lui n'était que bouillonnement et impatience? Il se retourna doucement, toujours emprisonné entre les bras fins. Il ne rêvait pas. Cendera était bien là, revenue vers lui et il aima ce qu'il lut dans son regard... le même désir que celui qu'il éprouvait, la même intensité.
-Tu n'as pas idée, répondit l'elfe.
Un sourire charmant et mutin éclaira le visage de la jeune femme. Ses bras quittèrent les hanches de l'ellon pour aller effleurer les tresses blondes et finir ce qu'il avait entrepris un peu plus tôt. Elle les dénoua toutes avant de passer ses longs doigts dans la masse soyeuse de ses cheveux. Un sourcil arqué par l'amusement, il la laissa faire courir son index sur l'arête de son nez puis de ses pommettes avant de terminer leur course sur la rondeur de ses lèvres.
Il n'y avait aucune urgence, juste l'envie de se découvrir l'un l'autre pleinement... non l'envie de posséder mais de fusionner... Ils voulaient tous les deux accéder entièrement à l'autre, lui donner accès à la moindre parcelle de leurs corps comme de leurs âmes. L'elfe ainsi que la Wallen étaient sûrs de leur choix. Ils ne faisaient pas la guerre, ne ressentaient pas l'amour comme les affres d'une passion dévorante mais, au contraire, comme l'éréthisme ardent qui les envahissait. Il voulait l'adorer et donner à ce corps merveilleusement accueillant l'adulation qu'il méritait tant à ses yeux. Rien ne pressait, ils avaient tout leur temps...
Il lui prit la main et l'entraîna au centre de sa chambre à coucher, là où les rayons du soleil dardaient leur dernière lumière crépusculaire. Il braqua son regard bouillant dans le sien et souffla d'une voix rendue rauque par le désir:
-Déshabilles-toi melleth nîn. Je veux te voir. Entièrement.
Avec une nonchalance feinte, la jeune femme délaça les rubans de son corset après avoir laissé tomber ses jupes. A son tour, le corselet chuta sur le sol la laissant seulement vêtue d'une fine chemise de baptiste qui laissait deviner la moindre de ses courbes fines. L'ellon pouvait voir sa poitrine menue se soulever d'anticipation, ses hanches fines et ses longues jambes fuselées. Valar qu'elle était belle!
Cendera laissa glisser son dernier vêtement à terre. Le bruit de l'étoffe bruissant contre sa peau nue électrisa le prince. Il dut prendre sur lui pour ne pas perdre pied et se jeter sur elle. Mais non. Elle enjamba les couches de tissus éparpillés au sol et resta là face à lui dans le plus simple appareil, uniquement vêtue de son orgueil éclatant.
Félin, il fit le tour de la jeune femme sans qu'elle ne fisse le moindre mouvement vers lui ou bien encore de pudeur. Il effleura ses omoplates avant de retirer les épingles qui retenaient sa chevelure. Les longues mèches brunes coulèrent sur sa peau crémeuse comme un magnifique rideau de soie sombre.
Le cœur de Legolas vola alors en éclats. Il sut. Il sut que tout ne serait pas évident tous les jours mais qu'il vivrait pour cette femme et uniquement pour et par elle. Quoiqu'il puisse arriver, il était à elle. Et la Wallen le savait aussi. Leur symbiose était absolument parfaite, la communion tant physique que spirituelle de leurs âmes entremêlées... L'elfe se repositionna face à elle, une lueur de désir intense luisant au fond de ses prunelles bleues. Un sourire amusé étira les lèvres de Cendera alors qu'elle le désignait du menton.
-À toi, ernil il me semble... Il n'est pas juste que je ne puisse, à mon tour, profiter du spectacle.
Legolas déboutonna lentement son surcot avant de passer à sa sous-tunique. Ses mains adroites couraient sur les différentes attaches de sa ceinture puis de ses chausses de cuir souple. Sans la quitter des yeux, il se défit un à un de ses vêtements encore poussiéreux de la chasse de plusieurs jours dont il revenait tout juste. Le regard de Cendera s'arrêta, avide, sur le torse glabre de l'ellon avant de dériver le long de ses hanches étroites et ses jambes puissantes. Elle aussi prit tout son temps en passant autour de lui tel un fauve détaillant chaque parcelle de son corps musculeux. Il frissonna en sentant la chair tendre de sa main effleurer ses reins.
Une fois de nouveau face à face, ils se dévisagèrent un moment de tout leur saoul. Elle toucha d'un geste sûr les quelques cicatrices qui parsemaient son corps et s'attarda sur celle qui traversait son mamelon gauche. Cendera se pencha légèrement et apposa ses lèvres fines en un chaste baiser avant de se redresser, les joues rosies par le désir qu'elle avait de lui.
Il posa alors sa main en coupe sous la courbe de son sein. La chaleur qui le brûla enflamma ses sens. Il enroula son bras autour de sa taille fine et l'attira brutalement à lui. Elle s'écrasa contre son torse et se mit à rire doucement en fondant sur les lèvres de son amant elfique. Leurs langues se cherchèrent avant d'entamer un ballet des plus sensuels alors qu'il agrippait une des fesses rondes de l'Aiglonne.
Legolas avança ainsi en la tenant dans ses bras contre le mur de sa chambre. Il retourna Cendera de façon à ce qu'elle se retrouve dos à lui. Il voulait explorer chaque grain de sa peau laiteuse et il se voyait bien commencer par la courbe sinueuse de son dos cambré. L'ellon suivit du bout de sa langue les contours de chaque tatouage qui s'étalait à sa vue. La lune runique, le soleil... puis il dériva avec une atroce lenteur le long des ailes gravées sur la chair de son amante. L'ellon se sentait l'âme d'un explorateur plus qu'aventurier et les petits gémissements qui s'échappaient de la jeune femme n'étaient pas fait pour calmer ses ardeurs.
Il se redressa subitement en traçant une ligne incandescente le long de sa colonne vertébrale. Legolas se pressa contre elle en saisissant à pleines mains les deux seins de la Wallen. Ils étaient juste parfaits pour lui, tenaient dans le creux de ses larges paumes. Il mordilla son épaule alors que Cendera se renversait contre lui en agrippant ses mèches blondes, les tirant avec une virulence dont elle ne se rendit pas compte sous l'emprise de son intense ravissement. L'ellon la retourna et lui cloua ses poignets au-dessus de sa tête.
Il comptait bien honorer chaque petit endroit et recoin de son corps élancé. Plongeant son visage dans son cou, il recommença à embrasser sa peau sans pitié pour la jeune femme qui se pâmait de volupté, à moitié effondrée entre ses bras. Il descendit lentement, sa langue soudée à la chair tendre de son amante tandis que ses mains caressaient ses courbes délicieuses. Il joua un instant avec son nombril avant de s'arrêter subitement.
Cendera allait protester quand il saisit son pied pour le poser avec autorité sur sa cuisse maintenant qu'il se trouvait agenouillé devant elle. Il promena ses doigts agiles sur sa cheville avant de remonter, impitoyables donneurs de plaisir, sur sa jambe. Avec une douce violence, ses doigts s'enfoncèrent dans l'intérieur de sa cuisse tendre et il l'écarta pour la passer par-dessus son épaule.
La jeune femme frissonna violemment en sentant le contact de la bouche chaude sur mon intimité palpitante. Elle griffa les épaules où elle pouvait voir les muscles de l'ellon rouler à chacun de ses mouvements. Un sourire étira les lèvres pulpeuses de l'ellon lorsqu'il la sentit basculer et s'affaisser sur lui. Legolas se releva gracieusement et plongea ses yeux dans ceux de sa Wallen dilatés par le plaisir. L'elfe allait la reprendre dans ses bras quand elle le poussa avec une telle virulence qu'il tomba sur le tapis moelleux.
Il n'eut pas le temps de faire le moindre geste que l'Aiglonne se mettait à califourchon sur lui. Rieuse et à son tour autoritaire, elle lui intima d'un regard de rester allongé. Il gronda de plaisir tandis qu' elle picorait son torse de baisers aériens en s'attardant particulièrement sur ses mamelons tendus. Exquise torture que ses petites dents mordillant sa chair blanche et douce. Un râle de plaisir s'exhala d'entre ses lèvres lorsque la Wallen s'empala sur lui. Il admira cette femme fière qui était désormais la sienne alors qu'elle le chevauchait comme s'il n'avait été qu'un étalon sauvage. Il était littéralement hypnotisé par ses petits seins ballottant au gré de leurs mouvements erratiques. Legolas se redressa pour la prendre entre ses bras et ils basculèrent tous les deux, chacun le visage enfoui dans le cou de l'autre. Leurs cris se mêlèrent pour n'en former plus qu'un seul en une symbiose parfaite. La peau rougie par le plaisir, les marques qu'ils s'étaient donnés l'un l'autre et leurs souffles hachés, ils roulèrent sur le tapis, leurs corps enchâssés.
La tête brune de Cendera reposait sur la poitrine de Legolas dont les cheveux blonds s'étalaient en corolle autour d'eux. Ils allaient sombrer dans un sommeil réparateur sans avoir échangé un traître mot lorsqu'un hurlement lupin les sortit de leur léthargie.
-Un loup comme il y en a des dizaines, murmura l'ellon en caressant paresseusement le dos de la jeune femme. Ne t'inquiète pas ma Dame.
-Tu dois avoir raison ernil nîn.
Malheureusement, la funeste plainte fut suivie d'un mugissement tout aussi terrible. Cette fois, la Wallen se redressa sur son séant, réellement inquiète. Ses yeux bruns semblaient comme perdus dans le vague à la recherche d'une vérité invisible. Legolas, inquiet, s'assit à son tour.
-Qu'était-ce donc, melda heri?
Cendera le fit taire d'une main sur son bras.
-Un Dragon...
Encore une fois, une hurlée stridente que n'avait encore jamais entendu l'elfe résonna dans toute la cité. Un cri strident d'une extrême puissance, oscillant entre le bris de milliers de miroirs et celui d'une myriade de chats sauvages. Instinctivement, il porta ses mains sur ses oreilles délicates en grimaçant. L'ellon avait l'impression qu'elles saignaient sous la violence de cette clameur inhumaine. Cendera se tourna vers lui, les traits de son beau visage totalement paniqués. Elle se releva rapidement et, après avoir cherché ses vêtements, commença à se vêtir d'une main tremblante.
-Habilles-toi, ernil. Ce que tu viens d'entendre est le cri extrêmement rare d'une sirène. -elle darda ses yeux de braise sur lui- Ce n'est pas bon signe. Loin de là.
La plénitude qu'ils avaient ressenti était bel et bien terminée. Legolas pouvait le lire dans chacun des gestes de sa compagne.
Un malheur était arrivé.
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bon bah voilà voilà... Comment a été votre lecture? Ça vous a plu? Klaùsichou le retour, une dispute qui termine sur une rencontre de fort mauvaise augure et un couple qui se dévoile l'un à l'autre, c'est le moins que l'on puisse dire...
Sandra... alors? ;)
gros bisous tout doux les didous!
