36
Harry regardait sa bien-aimée d'un air inquiet. Elle semblait dormir à présent. La douleur avait été atroce et la jeune fille s'était évanouie.
- Elle va s'en remettre ?
- Oui, ne vous inquiétez pas. C'est une simple fracture mais c'est extrêmement douloureux. Mais rassurez-vous, ses jours ne sont pas en danger.
- Il souffla de soulagement, embrassa Ginny sur le front avec tendresse et sortit de la tente.
Le combat était arrêté et tout le monde en profitait pour souffler. Les Aurors montaient toujours la garde et les Mangemorts n'avaient pas bougé d'un centimètre. Il aperçu le professeur MacGonnagal et se dirigea vers elle. Si les circonstances n'étaient pas aussi tragiques, il aurait pu en rire, car elle ne paraissait pas du tout être la même femme avec ses lunettes de travers, son chignon d'habitude si parfait complètement défait laissant de longs cheveux gris dévaler ses épaules. Tout d'un coup, malgré la ride d'inquiétude qui barrait son front, ses cernes et son air abattu, il lui donnait quinze ans de moins qu'en temps normal.
- Professeur ?
- Harry ! Je vous cherchais. Je me demandais où vous étiez.
- Excusez-moi. J'ai emmené Ginny à l'infirmerie.
- Comment va-t-elle ?
- Bien. Elle s'est fracturée la cheville.
- Heureusement que Pompom fait des miracles.
- Si seulement, fit Harry entre ses dents, pensant à Neville et d'autres camarades qui étaient tombés pendant la bataille.
- Professeur, une question me taraude, reprit Harry. Comment se fait-il que personne ne soit venu nous porter secours, ne serait-ce que des habitants de Pré-au-Lard ?
- D'après ce que m'ont dit les Aurors qui sont venus nous porter secours, Pré-au-Lard est vide. Il semblerait que tous les habitants aient été évacués par Vous-Savez-Qui et ses partisans.
- Mais nous n'avions aucun plan ! Comment aurait-il pu être au courant de nos manœuvres en si peu de temps ?
- Justement, nous soupçonnons qu'il y a un traitre parmi nous.
- Avec vous des doutes sur une personne en particulier ?
- Non, malheureusement. Mais je suppose que c'est la même personne qui a permis aux Mangemorts de pénétrer à l'intérieur du parc de Poudlard étant donné qu'il est impossible d'y transplaner.
Harry était pensif. Il ne pouvait imaginer que l'un des ses compagnons de guerre soit un traitre. Cependant, il savait au fond de lui qu'il était impossible qu'il en soit autrement. Ils avaient forcément eu besoin d'aide.
- Qu'attendons-nous à présent professeur ?
- Nous laissons un peu de temps à nos blessés pour récupérer, et nous attendons un signe de la part du seigneur des Ténèbres. Ils se sont repliés mais nous savons qu'ils ne comptent pas en rester là.
MacGonnagal le regarda d'un air triste. Elle savait ce qui attendait Harry. Il surprit son regard plein de compassion et il réprima un frisson. Ils savaient tous deux que la seule chose qu'ils attendaient, c'est que Voldemort se manifeste afin que le combat final commence et qu'enfin on sache qu'elle sera l'issue de cette guerre.
Cependant, le Lord ne daignait pas donner signe de vie et le brun trépignait sur place, soufflant dans ses mains pour les réchauffer. L'attente était le plus dur à supporter et ses nerfs étaient rudement mis à l'épreuve.
Il se promena au hasard et ses yeux s'embuèrent lorsqu'il aperçut l'endroit où tous les corps avaient été entreposés. Les corps de Dean et Neville étaient couchés l'un à côté de l'autre. Luna était toujours agenouillée près du cadavre de celui-ci et sanglotait à fendre l'âme.
Il s'approcha d'elle, s'installa à ses côtés et posa sa main sur son épaule. Elle le dévisagea :
- Je n'ai même pas eu le temps de lui dire que je l'aimais.
- Il le savait Luna. Tu sais que Neville était un grand timide mais sache qu'il éprouvait les mêmes sentiments pour toi.
Elle s'effondra :
- J'ai tellement mal Harry. C'est horrible. J'ai l'impression que mon cœur va exploser. Je ne désire qu'une chose, le rejoindre.
- Luna, je sais à quel point c'est difficile mais il ne voudrait pas que tu baisses les bras.
Elle hocha sa jolie tête blonde, en larmes.
- Ne t'inquiète pas pour moi Harry. Va voir si les autres vont bien.
- Tu en es sure ?
- Oui.
Il se leva. Il souffrait pour elle, pour lui, pour les autres. Neville faisait parti de ses amis. Ce petit brun au visage poupin était une personne tellement attachante. Il était difficile de ne pas l'aimer. Il avait tellement de souvenirs avec lui.
Il aperçut au loin Hermione et Drago, dans les bras l'un de l'autre. Il les observa quelques instants. Ils formaient un merveilleux couple et l'amour qu'ils avaient l'un pour l'autre transparaissait dans chacun de leurs gestes, de leurs regards. Ils étaient totalement complémentaires. Hermione était une personne calme et réfléchie qui savait tempérer le côté impulsif de Drago. Et inversement, Drago apportait à la vie d'Hermione ce grain de folie qui lui faisait tant de bien.
Harry s'approcha d'eux et la jeune fille lui sourit faiblement, les yeux rouges d'avoir pleuré.
- Comment va Ginny ? lui demanda-t-elle doucement.
- Elle dort. Elle s'est cassée la cheville. Et vous ?
- Ça va, fit Drago, laconiquement.
Il avait l'air épuisé.
- Que va-t-il se passer maintenant Harry ? fit Hermione.
- Je ne sais pas. Je suppose qu'il va me falloir affronter Voldemort.
Son ton blasé inquiéta la jeune fille qui s'abstint de faire le moindre commentaire. Elle savait que cette lutte qu'il menait depuis sa naissance l'avait changé psychologiquement.
- De toute façon, il est temps que cette guerre se termine et je sens que le moment est venu, continua le jeune homme.
- Oui. Il est grand temps.
- Tiens, au fait, vous n'avez pas vu Ron par hasard ?
- Non, je pensais qu'il était avec toi.
- Non, je ne l'ai pas revu depuis tout à l'heure. Il n'était pas non plus à l'infirmerie.
- J'espère qu'il ne lui est rien arrivé.
Harry se détourna, il lui semblait qu'il y avait du mouvement du côté des Aurors.
- Je vais voir ce qu'il se passe.
- On te suit, fit Drago.
Ils arrivèrent près des professeurs. Lupin, Tonks, Shacklebolt, Hestia Jones et MacGonnagal semblaient en grande discussion. Remus tenait à la main un parchemin froissé.
- Que se passe-t-il, questionna Harry en arrivant près d'eux.
Ils se regardèrent tous d'un air inquiet. Leur professeur de métamorphose hocha la tête en direction du loup-garou.
- Il a le droit de savoir Remus.
- De quoi parlez-vous à la fin ? s'énerva le jeune homme.
Hermione et Drago étaient restés en retrait mais écoutaient la conversation.
Lupin lui tendit le parchemin. Harry commença à le lire, et fronça les sourcils.
« Vous avez bien combattu. Vous vous êtes défendu dignement. A présent, vous avez pu remarquer que mes Mangemorts sont bien plus entrainés et efficaces que vous, même s'il y a eu des pertes dans les deux camps.
Si Harry Potter se livre de lui-même, je vous laisserai la vie sauve. C'est entre lui et moi. Vous avez une heure pour prendre une décision.
Voldemort »
Harry ne savait que dire. Il tendit en silence la lettre à ses deux amis qui se tenaient derrière lui. Hermione écarquilla les yeux et le saisit violemment par le bras.
- Harry ! Tu ne peux pas faire ça ! Il te manipule, tu sais très bien que nous sommes supérieurs en nombre maintenant et que nous pouvons gagner.
- Hermione, souffla-t-il. Tu sais très bien que de toute façon, c'est à moi de l'affronter et à personne d'autre. Autant limiter les pertes.
- Non… murmura-t-elle. Tu risques beaucoup trop. Je ne veux pas te laisser aller à ta perte.
- Aie confiance en moi.
- J'ai confiance en toi Harry, continua-t-elle, des larmes de désespoir roulant sur ses joues pâles. Mais j'ai peur pour toi aussi.
- Je le sais Mione. Mais si je dois mourir, je te promets que je ne partirai pas seul.
Il la prit dans ses bras et elle sanglota un long moment contre son épaule, tandis que les professeurs et les Aurors le regardaient d'un air gêné, ne sachant que dire. La décision lui appartenait.
Il la repoussa doucement et s'adressa d'une voix forte à l'assemblée.
- Ma décision est prise. J'accepte le marché de Voldemort. Il y a eu suffisamment de victimes. Je vais aller l'affronter, seul.
Il se tourna vers les Aurors :
- Restez sur vos gardes, vous savez aussi bien que moi qu'il n'a aucune parole.
Puis plus bas, à Drago :
- Prends soin d'elle… mon ami.
Ils se serrèrent la main. Le blond avait été touché par les dernières paroles du Survivant.
- Je te le promets.
Et Harry partit seul vers son destin, sans se retourner.
