Bonjour,

Ouf, voilà un chapitre qui prend aux tripes quand on l'écrit … Je ne sais pas si ça vous fera le même effet en le lisant, mais vraiment je suis contente d'avoir pu le finir. Il n'est peut-être pas exactement tel que je l'avais imaginé (j'ai même dû le retravailler un peu, moi qui suis toujours réticente à faire ça), mais entre l'idée de départ qu'on a et sa réalisation, il y a souvent un monde, alors … J'ai fait du mieux que j'ai pu, en tout cas.

Je me suis laissée porter, et voilà ce que ça donne. Je vous laisse en juger, en espérant de tout cœur que ça saura vous toucher.

Message pour Perline : ma chère Perline, je suis bien embêtée que tu ne m'aies pas laissé ton mail pour que je puisse te répondre directement (sache que si tu écris ton mail, il n'apparaîtra pas sur le site, je serais la seule à le voir –tu resteras donc en anonyme). D'ordinaire, je n'aime pas trop répondre aux reviews sur les chapitres de mes fics, mais ce que tu m'as dit m'a fait tellement plaisir que je ne pouvais pas tellement te laisser sans réponse … Alors, oui, merci du fond du cœur pour cette review qui m'a vraiment touchée. Je suis heureuse de savoir que tu accroches autant à cette fic, et ça me fait d'autant plus plaisir que c'est vraiment une histoire qui me tient à cœur. Et merci d'adhérer à ma vision des personnages et de leur relation (même si elle n'est ni simple, ni très facile à vivre pour eux). Par ailleurs, je ne sais pas encore combien de chapitres il reste jusqu'à la fin, je prévois rarement ce genre de choses à l'avance … Tout ce que je peux te dire c'est qu'on en est à plus de la moitié de la fic, quand même, et qu'on se dirige malgré tout lentement mais sûrement vers la fin de cette histoire. Quant à te dire comment tout ça finira, j'en serais bien incapable, d'abord parce que je déteste gâcher le suspens, et ensuite parce que je ne sais tout bonnement pas comment tout cela finira (je ne prévois également que rarement la fin d'une fic à l'avance ) … Bien ou mal, le mystère reste donc entier ! Mais merci à toi de me suivre ainsi (et merci pour ta review sur mon autre fic !).

Disclaimer : la plupart des personnages et lieux appartiennent à J.K. Rowling, le reste est à moi.

Rating : M

Place à la lecture !


Fallen angels

Chapitre 34 : It's all your fault !

J'ai chaud, l'impression que je vais étouffer …Je me sens oppressé, comme si quelque chose … comme si quelque chose me guettait. Allait se produire.

C'est un sentiment étrange, difficile à décrire, diffus et quasiment imperceptible.

Comme une peur irrationnelle, une peur enfantine, qui surgirait de mon passé pour me prendre aujourd'hui à la gorge et me …

Me quoi ? Qu'ai-je vraiment à craindre, là où je suis ?

Je suis en sécurité, pourtant … non ?

Un silence de plomb s'était abattu après les derniers mots prononcés par Draco. Plus personne n'osait bouger, et Pétunia mit un certain temps avant de se rendre compte qu'elle craignait tant de faire du bruit qu'elle avait retenu son souffle jusqu'à l'apnée. Ce n'est que quand elle inspira à nouveau une grande goulée d'air pour reprendre sa respiration que le temps sembla reprendre son cours.

Vernon s'écria alors, comme s'il reprenait subitement vie -malgré la sentence qui venait de tomber pour lui :

« Co ... Comment osez-vous ? Espèce de malade ! Vous avez complètement perdu la tête ! Venir jusqu'ici pour ... pour me menacer de ... de mort ! » Sa voix en tremblait d'indignation et de rage. Peu de colère, étonnamment.

Toutefois, le fait qu'il soit repassé, lui, au vouvoiement, indiquait combien il désirait mettre de la distance entre lui et Malefoy, à présent.

Ce dernier ne broncha pas, et se tournant vers Pétunia, choisit d'ignorer totalement celui qu'il avait pourtant désigné comme sa victime. D'une voix neutre et dénuée de toute animosité envers la tante de Potter, il dit :

« Vous feriez mieux de sortir, vous et votre fils. Tout ceci ne vous concerne pas. Je n'ai rien contre vous, alors partez. » Presque sur un ton d'excuse, il ajouta : « Si vous restiez, je ne peux pas garantir que mon sort ne dévie pas et ne vous touche ... Ce serait bête, car comme je vous l'ai dit, ça ne vous concerne pas. »

Retrouvant un peu de son maigre courage, la femme se redressa et nota d'une voix blanche, mais qu'elle tenta de garder ferme :

« Je ne vois pas bien comment ça pourrait ne pas nous concerner, mon fils et moi. C'est tout de même mon mari, son père, que vous tenez en joue ! Je ne veux pas sortir d'ici, je ne vais pas le laisser tomber ... » assura-t-elle.

« Maman ... » gémit Dudley depuis la cuisine, d'où il n'avait pas bougé. Lui ne semblait pas désireux de faire montre du même courage que sa mère, et aurait sans doute préféré décamper le plus rapidement possible pour mettre le maximum de kilomètres entre lui et le sorcier.

Vernon, lui, porta au contraire un regard admiratif sur sa femme, tandis qu'il prononçait doucement son nom : « Pétunia ... » Il découvrait ce soir-là une facette de son épouse qu'il n'avait encore jamais vue. Il était juste dommage qu'il eut fallu pareilles circonstances pour que cela se produise.

« Madame, ne m'obligez pas à me répéter. » fit le blond, contrarié de tous ces contretemps, qu'il jugeait ridicules et pathétiques. Il soupira, agacé, et ajouta : « Vous n'avez manifestement pas l'air de saisir la situation : je vais tuer votre mari. Que vous soyez là ou pas. »

« Mais enfin, qu'est-ce que vous lui reprochez ? » s'écria Pétunia, aussi virulente que désespérée.

« Ce que je lui reproche ? Ce que je lui reproche ! » s'exclama alors Draco, toute rage retrouvée, d'un ton flirtant presque avec la folie et qui fit trembler la moldue. Il pointa directement sa baguette sur le visage de Vernon qui recula d'un pas, et s'écria : « Je lui reproche d'avoir battu Harry à mort, cet été ! Je lui reproche de l'avoir tellement roué de coups qu'il l'a presque achevé ! Je lui reproche de s'être conduit comme le pire des monstres avec lui, et de continuer à vivre comme si de rien n'était ! » Il fit un pas en avant, faisant encore reculer l'homme, qui pâlissait à vue d'oeil : « Je lui reproche de se lever chaque matin, de sourire en se regardant dans le miroir, d'aller au travail en chantonnant, de rentrer le soir et de continuer jour après jour cette petite vie tranquille, COMME SI DE RIEN N'ETAIT ! Comme s'il n'avait pas failli tuer Harry plusieurs mois auparavant ... » Un voile passa devant ses yeux, mais il se reprit, et conclut en hurlant, dans un état de rage tel qu'il n'avait presque plus rien d'humain en cet instant : « Je lui reproche de vivre, tout simplement, alors que Harry n'était plus que l'ombre de lui-même pendant tout ce temps ... »

Dudley ne pouvait décrocher un regard choqué de son père, tandis que Draco assénait ses accusations, et quand Vernon posa ses yeux sur son fils il y découvrit une image de lui-même qu'il n'aurait sans doute jamais voulu connaître. Il lut dans le regard de son fils la seule chose qu'un père ne souhaite jamais y voir : de la déception.

En désespoir de cause, l'homme se tourna vers son épouse, qui, elle, refusa de le regarder, mais tenta tout de même de défendre sa cause auprès de Malefoy :

« Mais ... mais Harry est revenu ? Dans votre école, je veux dire. Et, heu ... globalement, il ... allait bien, non ? Alors peut-être que ... »

« Mais ce n'était pas le Harry que j'avais connu avant ! Ce n'était pas lui ! » Draco tenta de contenir les sentiments violents qui menaçaient de l'envahir en cet instant, mais il n'y parvint qu'à grand peine, et c'est avec une voix encore brisée qu'il ajouta : « Il ne me reconnaissait plus, putain ... Il ne me connaissait même plus ! »

« Mais il a repris une vie normale, non ? » insista Pétunia, sentant que le jeune homme commençait à être touché par la tournure que prenait la discussion.

Mais ces mots réveillèrent Draco, qui se redressa et lança un regard glacial et accusateur à la femme :

« Vous croyez vraiment qu'après avoir été battu à mort par la seule famille qui lui restait, il pouvait reprendre une vie normale ? Moi qui vous pensais meilleure que ce déchet de l'humanité qui vous sert d'époux, je suis déçu. Déçu de constater qu'aucun de vous ne peut rattraper les autres. » Il jeta un oeil alentour, comme s'il découvrait la maison pour la toute première fois, et c'est avec une voix lointaine qu'il murmura : « Harry, comment as-tu fait pour vivre ici ? Je ne te méritais pas, mais eux ... »

Il regarda tour à tour les trois Dursley, et ajouta, le regard plus sombre et haineux que jamais :

« Mais eux, ils ne méritaient même pas de venir au monde. »

oOoOoOoOoOo

J'ai chaud, la tête qui tourne.

Il faut que je sorte prendre l'air.

Je vais étouffer, je me sens mal ...

Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi est-ce que cette boule qui me serre les entrailles ne veut-elle pas partir ?

Qu'est-ce qui se passe ?

Reportant son attention sur Pétunia en particulier, comme si elle était malgré tout la seule assez censée pour le comprendre, Draco ajouta, sombre :

« Comment avez-vous pu laisser votre mari faire ça ? Comment avez-vous pu ? Vous n'avez jamais pensé que ce qu'il a fait à Harry, il pourrait le faire à votre fils ? »

« Mon dieu non ! Vernon ne frapperait jamais notre enfant ! » se récria-t-elle, sincèrement choquée, comme si cette idée était réellement inconcevable pour elle.

Mais sa réponse n'eut pour seul effet que de redoubler la colère du blond :

« Et le fait qu'il frappe Harry, ça ce n'était pas grave, en revanche, c'est ça ? »

La femme resta interdite un instant, et jeta des petits coups d'œil interrogatifs à son mari, ne sachant plus vraiment ce qu'il fallait dire, ce qu'il fallait faire. Vernon ne put que lui renvoyer un visage résigné, presque désolé. Malgré sa fierté et son inconscience, l'homme ne pensait pas réellement qu'il existait une solution à leur problème, en cet instant …

Surprenant tout le monde, ce fut finalement Dudley qui intervint, sortant enfin de la cuisine pour faire quelques pas en direction des trois autres dans le salon. D'une voix blanche, il s'adressa à Malefoy, sans oser toutefois le regarder droit dans les yeux :

« Mais vous savez, Harry … je veux dire, moi je savais pas ce que papa lui avait fait cet été, mais Harry … il a pas été si mal traité, jusqu'à présent, ici. Je veux dire, on le déteste pas vraiment, quoi. C'était plus par taquinerie, tout ça, je veux dire, sans réelle méchanceté. »

N'obtenant pas de réponse, il releva enfin les yeux vers Draco, et sursauta légèrement en croisant le regard froid et méprisant que fixait le blond sur lui. D'un ton glacial, le sorcier fit alors :

« Parce que tu trouves que frapper un garçon sans défense, mépriser un être humain comme s'il n'était qu'un chien galeux, rejeter un enfant qui n'a plus que vous comme seule et unique famille, ce sont des choses qu'on fait juste par taquinerie ? Tu trouves que vous comporter comme vous l'avez fait avec un gamin qui ne demandait rien qu'un peu d'amour, ce n'est pas méchant ! C'est ça que tu veux dire ! »

Il avait hurlé ces derniers mots, faisant sursauter Dudley, qui pâlit et secoua la tête négativement, n'osant plus rien dire.

« Mais on n'a pas demandé à nous occuper de Harry, après tout ! » s'exclama Pétunia, en larmes. « On nous l'a imposé, et on … nous, on a fait ce qu'on a pu avec lui. » Tentant d'ignorer le regard fulminant que lui jeta alors le blond, elle poursuivit, balbutiant en tremblant : « Personne ne pouvait nous forcer à l'aimer ! Ce n'est pas de notre faute ! »

« Je vous l'accorde, personne ne pouvait vous obliger à l'aimer. Moi-même, pendant longtemps, j'ai fait le choix de la haine envers lui. Mais merde … entre ne pas l'aimer et tenter de le tuer, il y a un monde, quand même ! »

« Alors si vous le haïssez aussi, vous devez nous comprendre ! » s'écria Vernon, semblant enfin émerger de sa torpeur. L'homme se jeta à moitié aux pieds de l'adolescent, attrapant sa robe de sorcier comme s'il s'apprêtait à en embrasser le tissu avec ferveur, et ajouta : « Vous savez ce que c'est, non, quand on a du mal à supporter quelqu'un : ça commence par quelques piques, quelques petites tapes sur la tête. Et puis, jusqu'à sa présence vous devient agaçante, la seule pensée qu'il existe vous pose problème. Et, et … et puis ça s'enchaîne, les années passent, l'agacement devient colère, qui devient haine … Et, et moi, bon, je suis pas un mauvais bougre, mais faut dire que le gamin n'y a jamais mis du sien. Si encore il se faisait oublier ! Mais non, toujours là, à vous lancer ces regards, à ne rien dire mais on sent qu'il en pense des choses, sur vous … Ca en devient même oppressant, on se demande quand est-ce qu'on va enfin être débarrassé de ce lien … »

Le visage de Draco n'exprimait rien, mais pas une seule fois il n'interrompit l'homme.

Son attitude ne trahit rien de ce qu'il pouvait ressentir à ces mots, mais étrangement son cœur battit plus vite. Il voulut se convaincre que ce n'était que de la colère pour ce moldu.

Que ça ressemblait à du mépris envers cet être répugnant.

Mais ces mots résonnaient malheureusement trop familièrement à ses oreilles, écho trop troublant dans son cœur …

Et Vernon qui poursuivait, s'emballant, presque fanatiquement, le regard exalté, comme s'il revivait avec un plaisir aussi malsain que coupable des bribes de passé :

« Et c'est là qu'on se surprend à ne plus seulement vouloir ne l'avoir jamais rencontré. On veut qu'il … qu'il disparaisse. Pas comme ça, pas comme si de rien n'était. Non. Il est devenu trop présent pour ne pas laisser de traces. On veut qu'il meure. » Les yeux de Draco se fermèrent à ces mots, et il avala sa salive, trouvant sa gorge désagréablement sèche. Le moldu poursuivait, cependant, un vague sourire fleurissant sur ses lèvres pourtant encore bleuies par la peur : « Et les piques deviennent plus lourdes, les tapes aussi … Mais lui ne recule pas pour autant, lui est toujours là, à tenir debout dieu sait comment, et surtout, à revenir. C'est comme ces chiens qu'on bat, mais qui vous reviennent toujours parce qu'ils ne savent pas faire autrement. Pas du conditionnement, non non. Je sais pas, peut-être juste un bête attachement. L'attachement d'une bête, oui. Y'a des humains comme ça, remarquez, comme lui, qui nous restent attachés malgré les coups. Malgré le rejet. Jamais compris pourquoi … »

« Parce que tout vaut mieux que notre indifférence … » murmura tout bas Draco, laissant s'échapper une larme que personne ne vit. Il inspira longuement, pour se reprendre, mais ne put toujours pas baisser le regard vers l'autre, qui reprit alors :

« Ah, peut-être, oui. Enfin, toujours est-il que moi à force je n'en pouvais plus. J'en voulais toujours plus, plus de mépris, plus de moquerie, plus de force contre lui, parce que ça en devenait de la folie, cette situation ! Je crois que le pire, c'est qu'il ne se passait justement rien. Pour lui, rien ne bougeait. Il tenait, toujours avec ces regards et quelques esclandres, mais on avait l'impression qu'il aurait pu maintenir la situation telle quelle des années durant … Moi, moi, moi je voulais que ça bouge, que ça sorte. Qu'enfin on avance, à notre façon, quoi. Ben, c'est ce qui s'est passé. » Il s'arrêta, parut réfléchir un instant. Puis il reprit, les sourcils toujours froncés par son effort de réflexion : « Bizarrement, je pense que le gamin aussi voulait que ça change. J'y ai parfois repensé, mais cette fois-là, quand je suis venu l'embêter une fois de plus pour un détail, sans importance quoi, ben cette fois-là, il est vite monté sur ses grands chevaux. Pourtant les jours d'avant, on l'avait pas du tout, mais pas du tout entendu -même que ça me rendait limite fou, parce que j'avais plus de raison de le punir ou quoi … »

Draco baissa enfin son regard vers le moldu, qui lui fixait pensivement le sol, tout en continuant :

« Toujours est-il que là, sans raison, il a explosé … Mais pas longtemps, en fait, parce que quand je me suis énervé en retour, il s'est laissé faire. Moi j'étais lancé, alors même si de nouveau il ne disait rien, j'ai commencé à … ben, à le rosser. Un peu fort, bon oui, peut-être. J'admets. Mais il m'avait tellement énervé, aussi ! Sale gamin ! Et là, il a plus rien dit, il s'est laissé faire. » Il leva les yeux vers l'adolescent, et dit, presque avec l'innocence d'un enfant découvrant la solution à un problème qu'il croyait insoluble : « Peut-être bien qu'en fait, c'est ce qu'il voulait : me faire sortir de mes gonds. Parce que, plus je frappais, moins il résistait. Je suis peut-être fou, mais bon dieu, j'ai bien cru le voir sourire à un moment. Comme s'il me remerci … »

Il s'interrompit, resta interloqué une minute, puis comme si l'idée que son neveu ait pu lui être reconnaissant de ce qu'il avait fait lui était trop insupportable, il secoua la tête, et conclut :

« Mais moi, ça m'a mis encore plus hors de moi ! Comme s'il se moquait le petit saligaud ! Alors, ben oui, j'avoue, moi j'ai continué, parce qu'au fond, faut le dire, ça faisait du bien quand même, après tout ce temps, d'avoir enfin le dessus sur ce gamin … »

Draco sentit son estomac se retourner en entendant ça, mais étonnamment, pas autant qu'il l'aurait pensé. Sans doute l'écho que faisaient résonner ces paroles en lui y était pour quelque chose … Il se pencha vers Vernon, et dit d'un ton neutre :

« Oui, Harry se moquait. Mais pas de vous. Il se moquait juste de ce qui pouvait lui arriver, alors. Vivre ou mourir, quelle différence, au fond ? »

Il entendit Pétunia pousser une exclamation choquée, mais il était trop tard à ses yeux pour qu'elle s'apitoie sur le sort de Harry. Il se doutait également que le fils Dursley ne devait pas porter son père particulièrement dans son cœur en cet instant, mais ça ne comptait pas pour lui non plus. Reculant d'un pas sec pour arracher sa cape des mains de l'homme agenouillé devant lui, il cracha :

« Alors j'imagine que pour vous non plus, ça ne fera pas de différence ce soir. »

« Quoi ? Quoi, quoi ? Mais si, moi ça fait toute la différence, moi je veux vivre … » balbutia Vernon d'une voix aigue, tout en rampant presque jusqu'aux pieds du sorcier.

« Vous êtes pitoyable ! Non mais regardez-vous … Aucune fierté, pas de couilles ! Et vous vous prétendez un homme ? » Draco éclata d'un rire froid, et ajouta : « En voulant mourir, Harry a fait preuve de mille fois plus de courage que vous ! »

« Vous trouvez ça courageux de vouloir crever ? Moi pas ! Non, le vrai courage, le vrai courage c'est de … Aïïïe ! » gémit-il soudain, tandis que Draco lui écrasait la main sans pitié.

Sans paraître troublé par le craquement que firent alors les doigts de l'autre sous sa semelle, le jeune homme dit :

« Le vrai courage pour vous en cet instant consisterait à demander à votre famille de sortir, puis d'accepter votre sort. »

« Vous ne pouvez pas faire ça … » murmura Pétunia dans un sanglot. Elle tendit la main vers son époux, et lança un regard implorant au sorcier : « Pitié … » lâcha-t-elle dans un souffle « Pitié, laissez-le partir. Vous l'avez dit vous-même, Harry voulait mourir, alors oui, même si ce qu'a fait Vernon était horrible, au fond, il n'est pas coupable. »

Levant un regard pitoyablement empli d'espoir, Vernon fit :

« Oui, oui, elle a raison ! Harry m'a mené à faire ce qu'il voulait ! C'est de sa faute à lui, pas de la mienne, au fond … Il doit même penser que je lui ai rendu service ! »

Appuyant encore plus fortement sur la main de l'homme, qui poussa un hurlement déchirant de douleur, Draco grinça entre ses dents :

« Parce que vous pensez réellement que s'il avait été heureux ici, que s'il avait su y trouver ce que tout un chacun a le droit d'attendre de ses proches, il en serait venu à vouloir mourir ? Putain, je lui ai mené la vie dure, je n'ai pas été tendre avec lui, et les épreuves qui l'attendent dehors, vous n'en avez pas la moindre idée ! Vous vivez votre petite vie tranquille et étriquée, sans chercher à voir plus loin que le bout de votre clôture de jardin … mais merde ! Vous croyez qu'elle est belle, sa vie ? Vous ne supporteriez pas deux minutes ce que vous lui avez fait subir pendant 17 ans … »

Il reprit sa respiration, et se rejeta aussitôt à corps perdu dans sa vindicte : « Oui, on est beaucoup à ne pas lui avoir facilité la vie, mais peut-être bien qu'au fond aussi c'est ce qui l'a rendu plus fort année après année … Je n'en sais rien. Je sais aujourd'hui que je ne réparerais pas mes propres erreurs. Le simulacre d'amour que j'ai pu vouloir lui imposer n'effacera jamais nos 7 années de haine partagée et librement consentie, mais … mais même si tout ça ne suffisait pas, j'aurais au moins essayé. Mais vous, est-ce que vous avez jamais essayé ? Est-ce que vous vous êtes jamais remis en question, même une seule fois, tous autant que vous êtes ? » Il serra les poings, sentant le bois de sa baguette rouler sous ses phalanges, et il ajouta d'une voix sourde : « Putain, si vous lui aviez donné ne serait-ce qu'un semblant d'affection -il n'en demandait pas plus … » Il planta ses yeux sur Vernon, et bien que ses mots purent s'adresser à toute la famille, il reporta toute sa hargne sur l'homme, qui tremblait à ses pieds, hurlant, toute rage décuplée : « Si vous aviez aimé Harry, il n'aurait jamais été désespéré au point de vouloir mourir ! Alors si, c'est de votre faute ! Alors oui, c'est entièrement de ta faute ! Relève-toi, relève-toi … » ordonna-t-il d'un ton qui se précipitait, comme si maintenant que ses émotions étaient exacerbées au point de lui faire mal, il avait retrouvé sa détermination première.

Elle n'était peut-être plus aussi froide et calme que quand il était arrivé, mais elle n'en était pas moins intense. Elle en était même sûrement encore plus implacable.

Sans même attendre que Vernon se remette debout de lui-même, il le tira violemment par la manche et le remit sur ses pieds. Puis, pointant sa baguette vers la tante du Survivant, il lui ordonna de sortir, tout en criant la même chose à Dudley. Et si le fils Dursley se précipita pour obtempérer, courant presque vers la sortie, Pétunia secoua la tête, bredouillant qu'elle ne voulait pas abandonner son époux.

« C'est la dernière fois que je te le demandais. » lâcha froidement Draco, avant de lui lancer d'un geste parfaitement maîtrisé un sort violent vers la jambe.

La moldue s'écroula au sol dans un glapissement de douleur. Se tournant vers Dudley, qui s'était arrêté net sur le seuil du salon, une expression de pure terreur sur le visage tandis qu'il regardait sa mère se tenir avec douleur sa jambe sanguinolente, Draco ordonna :

« Va la chercher, et sortez d'ici. Peu importe où vous allez, je ne veux plus vous voir. »

Le garçon hocha la tête, pâle comme la mort, et trébucha tant bien que mal jusqu'à sa mère. Les bras tremblants, il réussit à l'aider à se relever, et à l'emmener vers la sortie. Aucun n'osa prononcer un mot, et ils partirent sans un regard en arrière, Pétunia prise par sa douleur, Dudley envahi par la peur.

La porte se referma sur eux.

Se tournant alors vers Vernon, qui fixait la porte d'un air incrédule, comme s'il n'arrivait pas à réaliser ce qui venait de se passer, Draco le repoussa légèrement, et dit sans sourire :

« Tu vois maintenant ce que ça fait de se sentir seul ? Très seul. » L'homme reporta son regard effaré et absent sur lui, et le blond pointa avec fureur sa baguette vers lui, lui hurlant : « Alors imagine ce que Harry a pu ressentir pendant 17 ans ! »

C'est à cette seconde précise, en captant enfin cette lueur de détermination dans les prunelles grises, sentiment qu'il n'avait pas su saisir jusqu'à présent, que Vernon Dursley sut que c'était la fin.

Il n'y avait plus rien à faire.

On n'arrête pas quelqu'un de réellement déterminé.

Et ce soir-là, rien n'aurait pu arrêter Draco Malefoy.

Il était plus déterminé qu'il ne l'avait jamais été. Enfin, il allait accomplir la seule chose dont il était sûr dans sa vie. Son choix était fait. A vrai dire, en un sens, il l'avait toujours été.

« AVADA KEDAVRA ! »

Le silence retomba après ces mots. Aucun autre ne fut prononcé.

Aucune parole ne peut venir après ça.

Aucune.