Merci à Devil Horse et Lili&Maya pour leurs review !


Titre: Bullets and Blood's Family

Chapitre 11: The Revelator (part4) Contre-volonté.

Auteur: Edeinn

Rating: T (Attention aux plus jeunes : Langage vulgaire/Mots de sexe …)

Spoilers: Saison1 pour le moment/ Épisode 13 The Revelator ( Le Vent de la Colère en français)

Résumé général: Sept ans qu'elle avait fait le chemin inverse pour fuir à l'Est. Fuir toute cette merde, toute cette haine et cette douleur qui l'avaient bouffée, presque détruite. Jamais Charlie n'aurait pensé revenir. Et pourtant, elle revenait.

Disclaimer:Les éléments scénaristiques de la série, les personnages, et certains dialogues sont la propriété du génial Kurt Sutter. Je ne perçois pour cette fiction aucune contrepartie financière.

Bonne Lecture…


02 novembre 2008

Contre-volonté (1)

Les heures passèrent agréablement, tandis que les trois jeunes gens discutaient, tout en sifflant les bières que Kip avait apportées. La nuit était tombée depuis un long moment déjà, quand le bruit d'une Dyna se fit entendre dans le chemin. En reconnaissant son propriétaire, Charlie ne put s'empêcher de taquiner Kozic de nouveau.

― « Tu es sauvé Hermann : voilà ton preux chevalier qui vient à ton secours.

― Cette fois, tu arrêtes la Guinness : je suis sérieux, Bax ! s'exclama Kip, dérouté par les délires de Charlie, alors que celle-ci lui tirait la langue. Oh oui, c'est très mature comme attitude !

― Essaie un peu de me l'enlever des mains, qu'on rigole, Kippy ! le défia-t-elle. »

Piqué au vif par la provocation, le Prospect réagit aussi vite que le lui permit son taux d'alcoolémie. Titubant, il s'écrasa à demi sur la jeune femme qui tentait de garder sa précieuse bouteille de Guinness hors de portée des mains de Kip, en renversant un bon tiers sur Kozic, qui grommela. Happy se figea net, interdit devant ce spectacle ridicule, mais d'une certaine façon rassurant, en des temps sombres comme ce jour là. Après tout, chacun composait à sa manière avec le deuil, et si pour Baxie et le Prospect cela passait par des blagues infantiles, il n'allait pas leur reprocher. Au contraire, il s'en amusa.

― « Pourquoi les gosses ne sont pas encore couchés ? demanda Happy railleur, à Kozic.

― Kippy voulait absolument que tu le bordes et que tu lui lises une histoire, Papounet ! répliqua Charlie à sa place, en repoussant Mi-Couille d'un coup de genou vicieux, qui tira un grognement douloureux au jeune homme.

― Merde. Elle a fumé quoi ? s'exclama Happy, ahuri.

― Excellente question, répondit Kozic en grimaçant.

― Putain, y'a pas vous vieillissez, tous les deux ! Vous n'êtes vraiment pas drôles ! leur reprocha-t-elle. Bande de ringards.

― Elle l'a dit ? soupira Happy à l'attention de son ami blond.

― Elle l'a dit, confirma Kozic.

― Bien, grogna le grand tatoué en faisant craquer ses phalanges, tout en se dirigeant vers Baxie, l'air menaçant.

― Je vais le dire à Gemma ! prévint Charlie apeurée. Et à Chibs ! ajouta-t-elle précipitamment, en se recroquevillant.

― Petit. Mesquin. Et pathétique, débita Happy en grimaçant, renonçant tout de même à faire payer son effronterie à la jeune femme.

― Pathétique ! Tiens, encore un biker érudit qui prononce un mot de plus de trois syllabes ! s'exclama-t-elle moqueuse, s'attirant le regard noir d'Happy et de Kip. Tu n'es plus seul, Kippy !

― Tu n'as pas idée comme je rêve de te faire passer un sale quart d'heure, espèce de peste ! ragea le Prospect. Pourquoi faut-il que tu sois la fille du Près ? se lamenta-t-il.

― Et la belle-fille de Gemma, ajouta Kozic.

― Et la petite protégée de Chibs, renchérit Happy.

― Crois-moi, Mi-couilles, on en rêve tous, mais aucun d'entre nous n'y survivrait, annonça fatalement le biker blond.

― Des trois, Gemma est encore celle qui me fait le plus flipper, avoua le rouquin.

― Alors ça, ce sera répété, déformé, amplifié, le nargua Baxie. Compte sur moi, sweet heart.

― Même toi, tu ne peux pas être aussi cruelle, objecta Kozic, amusé.

― Pas faux, reconnut la jeune femme. Déjà que Clay a failli avoir sa peau quand il a crié haut et fort, devant tous les mécanos, que Gem le faisait bander. Faudrait pas en rajouter.

― Je ne l'ai pas crié, protesta Mi-Couille avec véhémence. Je le disais à Tig et …

― Nan, Prospect, t'as pas été assez con pour dire un truc comme ça ? s'écria Kozic, ahuri.

― Explique-moi pourquoi tu es encore vivant, appuya encore son collègue de Tacoma, effaré.

― On ne tire pas sur les roux, justifia Charlie, hilare. Espèce en voie d'extinction !

― Je te hais, cracha Kip à l'attention de la brunette.

― Tu m'aimes. N'essaie pas de le nier ! répliqua la chasseuse avec un large sourire, et un haussement de sourcil suggestif.

― Leçon numéro un, Prospect. Tu peux fantasmer sur Gemma, commença Kozic.

― Mais tu ne le dis pas. Tu peux mater Gemma, continua Happy.

― Mais tu ne te fais pas prendre. Tu peux la trouver sexy, poursuivit le blond.

― Mais tu le gardes pour toi. Toujours, insista le grand tatoué. Gemma peut te faire…

― Oh mon Dieu ! s'exclama Charlie avec un air dégoûté. On dirait un mauvais sketch de Wallace et Gromit. C'est répugnant. Je ne veux pas en entendre plus, ajouta-t-elle en plaquant les mains sur ses oreilles, écœurée. Beurk ! »

Craignant que les deux hommes ne se remettent à détailler tous les fantasmes qui leur passaient par la tête au sujet de sa belle-mère, la jeune femme se réfugia à l'intérieur de la maison, regagnant la chambre de sa mère, qu'elle souhaitait débarrasser de quelques objets personnels. À peine avait-elle commencé à rassembler les éléments sur la coiffeuse, que des bruits de pas se firent entendre dans son dos.

― « Oula ! Dehors. Dehors, toute suite, toi ! s'écria-t-elle en chassant l'intrus.

― Quel sens de l'hospitalité, grinça Happy.

― On appelle ça l'instinct de survie, rectifia-t-elle, alors que le biker ne bougeait pas, et la jeune femme abdiqua : il était trop fort pour qu'elle le mette dehors manu-militari. J'ai eu le droit à un sermon paternel de premier ordre, qui pourrait se résumer ainsi : je suis une mauvaise fille. Tu es la pauvre victime innocente de mes jeux malsains. Je ne te touche plus. Je ne te regarde plus. Je n'envisage plus de faire des galipettes avec toi. Ou même tout autre activité qui inclurait un contact physique de plus de dix secondes avec la moindre partie de ton corps, énuméra-t-elle en levant un doigt à chaque règle énoncée. Je ne suis même pas sûre d'avoir encore le droit de te serrer la main. En fait je ne suis pas sûre d'être même encore autorisée à penser que tu es équipé en série d'attributs masculins, supposa-t-elle en faisant une moue septique.

― As-tu même encore le droit de m'adresser la parole ? la provoqua Happy en s'approchant si près d'elle, qu'il la frôlait par à-coup.

― Oula ! s'écria-t-elle alors qu'il se dressait devant elle de toute sa hauteur, si près qu'elle sentait son souffle sur elle. Je crois qu'il y avait aussi une clause de distance réglementaire entre nous – question d'auto-gestion hormonale. Tu es trop près, annonça-t-elle en faisant un pas en arrière. »

Charlie sentit ses joues s'enflammer quand sa tentative d'éloignement se trouva bloquée par le cadre du lit derrière elle. Elle était coincée entre la couche et le biker, et cette situation n'avait pas échappé à Happy. Charlie soupira en sentant ses maigres résistances flancher. Elle avait une faiblesse : une libido envahissante et mal contrôlée. Et ces derniers temps, cette faiblesse avait pris les traits d'Happy. Sexy, trop sexy. Inquiétant et diablement excitant. Si le biker ne fichait pas le camp très vite, elle craquerait. Elle le savait. Le problème, c'était que lui aussi le savait.

― « Ouais, c'est ce que j'ai cru comprendre, de ce que m'a dit Chibs : ce n'est plus moi le vilain garçon, souffla-t-il un sourire mutin accroché aux lèvres. Je trouve ça un peu terrifiant d'ailleurs, d'être aussi blanc que l'agneau qui vient de naître.

― Ne pousse pas quand même. Et tu es toujours trop près, insista-t-elle en appuyant doucement sur son torse pour le repousser Distance réglementaire, tu te rappelles ?

― Je me rappelle aussi que ces règles s'appliquent à toi. Pas à moi, répliqua Happy en bloquant les mains de Charlie sur son torse.

― Hop, les mains ! s'écria Charlie en rompant brutalement le contact physique. On va dépasser les dix secondes. Enfin, concrètement, si tu fais ça, tu me fais enfreindre les règles, soupira-t-elle quand le biker têtu enroula l'une des mèches cuivrées de la jeune femme autour de son doigt.

― Je t'ai connue plus téméraire, souffla-t-il en l'attirant par la taille, la plaquant contre lui.

― Je me suis assagie, balbutia Baxie, le souffle court. »

Tout contre lui, il sentait la brunette vibrer de désir. Comme si elle pouvait lui résister ; lui dire non ! La petite scène de l'après-midi – qui lui avait valu le sermon, puis les excuses de Chibs, à leur retour de la maison sécurisée – avait confirmé ce dont il se doutait déjà : Charlie n'était pas fille à museler ses désirs, ni à refuser le plaisir. Happy adorait la voir résister vainement, tiraillée entre sa loyauté, et ses pulsions envahissantes.

Elle ne s'en rendait pas compte, mais elle était seule à l'origine de cette situation électrique entre eux. Sa façon de jouer, sa culpabilité, cette espèce d'innocence et de naïveté qui s'effaçait dès qu'ils étaient à l'horizontal. Tout en elle attirait le biker. Il aimait la voir se débattre, résister, alors même que tout son corps de femme l'implorait de continuer.

Sa main gauche pressant fermement les hanches de la brunette contre son propre bassin, il glissa la droite sur la nuque de Baxie, pour l'attirer à lui. Il sentait les battements précipités dans la poitrine aux formes rondes ; le souffle court de la jeune femme à la base de son cou ; le tremblement des mains de Bax, qui avaient presque inconsciemment agrippé son top-rocker.

― « À d'autres, susurra Happy dans la nuque de Baxie, avant d'embrasser doucement l'endroit si sensible sous l'oreille de la brunette, à la base de la mâchoire.

― Oh punaise ! J'ai un sérieux problème avec le self-contrôle, moi, soupira-t-elle lascivement, sans parvenir à réprimer un frisson de plaisir qui agita tout son corps. Sans déconner Happy, arrête. Je mets ma main à couper que si on… bafouilla-t-elle en repoussant mollement le biker, alors même que son corps avait décidé de coller plus encore son bassin à celui de l'homme. Bref. Chibs a le chic pour débarquer quand il ne faut pas. D'ailleurs… Il sait que tu es là ? s'exclama-t-elle soudainement. »

Cette pensée eut le mérite de lui faire reprendre instantanément ses esprits et, plus franchement, elle s'écarta d'Happy. Si seulement elle n'avait pas momentanément oublié le lit derrière elle, sa sortie aurait été digne et respectable. Malheureusement pour elle, elle dû se priver d'honorabilité et de dignité, une fois qu'elle se fut lamentablement écroulée sur le lit, en poussant un râle ridicule.

Happy n'eût pu rêver plus belle occasion d'affirmer son avantage. Coinçant entre les siennes les jambes qui pendaient dans le vide, il lui coupa toute possibilité de fuite, et abattit ses mains de chaque côté de la tête de Bax, prenant appui sur ses bras.

― « Non. Kozic m'avait envoyé un texto. Chibs ne sait pas où je suis, alors… fit-il, laissant sa phrase en suspend, d'un air entendu.

― Alors, puisque dorénavant tu es le gentil garçon, tu vas oublier tout de suite ce qui te passe par la tête, rétorqua Baxie avec une faible conviction.

― Vraiment ?

― Vraiment, persista-t-elle, sentant ses dernières résistances se faire la malle. Et je te rappelle que ce lit est le lit de ma mère. Ma mère morte, insista-t-elle, quand le biker posa un genou sur la couche, dans une évidente intention de se placer au-dessus d'elle. Le lit où Clay et ma mère m'ont conçue. En faisant ces choses qu'on a pas le droit de faire, continua-t-elle en rampant pitoyablement sur le dos, pour atteindre l'autre extrémité du matelas, cherchant à fuir avant de céder inévitablement à ses pulsions. Alors même si je voulais enfreindre les règles de ma nouvelle vie monacale – ce qui n'est pas le cas – ce ne serait certainement pas dans ce lit.

― Dans ce cas, répliqua Happy en attrapant brutalement la taille de la jeune femme pour la ramener jusqu'à lui. »

Avant que Charlie n'ait pu se débattre, il passa un bras sous ses genoux et l'autre sous ses bras, pour la soulever du lit avec une déconcertante facilité, à la manière clichée de jeunes mariés lors de leur nuit de noces. Baxie rouspéta bruyamment, mais Happy n'en démordit pas, et sortit de la chambre maternelle pour rejoindre celle de Charlie. Baxie tentait de faire abstraction de tout son corps qui s'électrisait de manière parfaitement inconvenante, pour continuer de râler après le grand tatoué.

― « Happy, pose-moi ! ordonna-t-elle. Merde, c'est mon lit d'enfant ! s'insurgea-t-elle quand il la laissa lourdement tomber sur le matelas, avant de se positionner rapidement au-dessus d'elle pour qu'elle ne s'esquive pas. Les licornes, les poupées, les nounours et les jupes plissées ! Personne ne culbute personne dans cette chambre, scanda-t-elle. Ni dans celle de ma mère. Alors rappelle-le à Koz. C'est valable pour vous deux : pas de filles ici. Eh ! Happy, non. Je suis sérieuse, s'exclama-t-elle alors qu'il s'attaquait aux premiers boutons de son chemisier, le repoussant à nouveau pour se lever d'un bond et quitter la chambre tout aussi précipitamment. »

Elle soupira de frustration quand elle mit le pied dans le couloir. Il fallait qu'elle se reprenne. Et vite. Tout son corps n'était plus que l'esclave de la luxure, et elle devait se maîtriser. Il n'était même plus question de Chibs, de Gemma ou autre, il était question du jeu. Happy venait de prendre l'avantage. De décider. De la mettre au pied du mur. Il était en train de faire d'elle tout ce qu'il voulait. Et qu'elle voulait aussi d'ailleurs. Sauf qu'elle ne devait pas le vouloir.

Si seulement elle n'avait pas autant envie de lui ; s'il n'était aussi attirant et si elle n'était pas aussi frustrée…

― « Non, tu n'es pas sérieuse, susurra Happy à son oreille en la rejoignant, saisissant la brunette par les hanches, laissant ses lèvres jouer sur la nuque brûlante de désir.

― Chibs a dit que … balbutia-t-elle, alors qu'enfin les dernières barrières de sa résistance capitulaient face à l'ennemi redoutable qu'était son désir brûlant.

― Ce que Chibs ne sait pas ne peut pas lui faire de mal, lui assura l'homme alors que Baxie, vaincue, laissait aller sa tête en arrière sur l'épaule du biker, offrant sa gorge aux attentions enflammées de son amant.

― Kozic et Kip sont en bas et … tenta-t-elle une dernière fois, cherchant la moindre excuse qui l'empêcherait de céder à la tentation. »

Cette tentative déplut fortement à Happy. De plus en plus impatient, il la retourna et la força à reculer, jusqu'à la plaquer violemment contre le mur, un regard intense plongé dans les yeux de Bax. Appuyant son front contre celui de la brunette, il continua de la fixer, tandis que ses mains descendaient vers les hanches féminines avec assurance.

― Tu ne veux pas arrêter de te chercher des excuses ? s'énerva Happy d'une voix rauque qui fit frissonner Charlie de plus belle. Tu en as envie, moi aussi, murmura-t-il en embrassant avec douceur la ligne de la mâchoire de Charlie. Alors quel est le problème hein ? insista-t-il ponctuant sa question d'un second baiser. Et ne me sors pas cette connerie avec Chibs. Tu n'es pas du genre à te conformer aux ordres, souffla-t-il dans une troisième bise. Tu te fiches des règlements. Enfreindre les règles, ça t'excite, acheva-t-il en l'embrassant à pleine bouche.

Elle n'était plus que sensations, alors qu'elle se laissait dévorer par le feu de la passion. Le corps ferme tout contre le sien attisait son désir. Les caresses expertes du biker étaient divinement sensuelles. Était-il possible qu'il n'ait que deux mains ? Baxie en doutait, comme il lui semblait sentir les effleurements voluptueux partout à la fois. Chatouillant son ventre, caressant ses hanches, crochetant sa nuque, pressant ses fesses : Happy connaissait son corps à présent, et savait comment la rendre folle.

― « Demain, soupira Bax tout contre les lèvres du biker.

― Quoi demain ?

― Demain je m'achète une volonté, répliqua-t-elle avec un sourire mutin, avant de s'emparer de ses lèvres avec urgence. »

Elle aurait pu songer à d'autres manières de se déculpabiliser de ce qu'elle était en train de faire ; imaginer ce qui arriverait si Kip ou Kozic montaient à l'étage ; ou pire, si Chibs débarquait. Elle aurait pu, si elle avait encore été capable de penser. Mais c'était sa délicieuse malédiction : Charlie avait une libido insatiable et incontrôlable qui lui faisait perdre toute lucidité. Elle aimait les étreintes enflammées et empressées. Elle goûtait encore et encore le plaisir de la chair. Elle vivait au milieu de la débauche depuis l'enfance, et elle en avait fait un principe de vie. Elle se complaisait dans la luxure, sans état d'âme – ou presque.

Elle ne rendait ses lèvres à Happy que quand elle commençait à manquer d'air, retournant à l'assaut de la bouche et du cou de l'homme, aussitôt qu'elle respirait de nouveau. Elle ignorait quand ses pieds avaient cessé de toucher le sol, mais ses jambes étaient à présent étroitement enroulées autour de la taille du biker. Maintenant qu'elle était entièrement prise dans la tempête de désir qu'avait initié son amant, elle ne lui laissait plus aucun répit. Ses mains s'activèrent à défaire le top-rocker et le t-shirt d'Happy, et cette entreprise mit leur équilibre précaire à rude épreuve. Dans un grognement de satisfaction, elle vint enfin à bout de sa tâche, dévoilant pour son seul plaisir, le torse musclé aux mille couleurs. Ses mains ne se lassèrent pas d'en épouser les contours à l'envi, comme si elle tentait de les apprendre par cœur.

Le mur fut la seule chose qui l'empêcha de basculer quand Happy entreprit de remettre les scores à égalité, en ôtant le chemisier de la jeune femme. Elle brûlait de l'intérieur. Sa peau était en feu, et les baisers du biker laissaient des traînées incendiaires sur sa poitrine négligemment offerte, corsetée dans son carcan de dentelle bleue.

Leur désir se fit plus urgent, plus dévorant, impérieux. Elle se laissa glisser sur le sol, espérant que ses jambes flageolantes la soutiendraient, malgré leur tremblement d'excitation. Avec impatience, elle s'attaqua au bouton du jean de Happy. Le biker poussa un grognement de frustration quand il vit sa maitresse se figer au son du téléphone dans sa poche.

― « Ne réponds pas, la supplia Happy, en la plaquant à nouveau contre le mur, dévorant son cou de baisers pressants, alors qu'elle extirpait le mobile de sa poche.

― Il faut que je réponde, Happy, soupira-t-elle, à bout de souffle. Sabi ? demanda-t-elle dans le combiné, alors que le grand tatoué lui adressait un regard chargé de reproche, avant de reprendre ses caresses sur la peau nue et frissonnante de la jeune femme. Quoi ? Arrête, Hap ! lui ordonna-t-elle sèchement, soudain figée, l'air grave. Est-ce que t'es sûr de ça ? Merde ! râla-t-elle après l'annonce du hacker, tout en essayant de refréner l'insistance d'Happy, dont le désir impatient était nettement perceptible contre sa hanche. Quand ? Nan tu as bien fait. Merci Sabi. Bouge, Hap, il faut que j'y aille, exigea-t-elle en se défaisant de l'emprise du biker.

― T'es pas sérieuse, là ? gronda Happy, frustré.

― Vraiment désolée, Hap, c'est urgent, s'excusa-t-elle, l'esprit déjà ailleurs.

― Et tu vas me laisser en plan comme ça ? s'indigna-t-il en la retenant par le bras. Où est-ce que tu vas comme ça ?

― Si on te le demande, tu n'auras qu'à dire que tu ne sais pas, répliqua-t-elle sèchement, avant d'attraper son sac et sa veste sur la descente d'escaliers.

― Bax, attends ! »

Mais la jeune femme ne l'écoutait déjà plus et dévalait les marches quatre à quatre. Aux dépens d'Happy, ce coup de fil avait jeté un froid polaire sur sa libido. La première phrase de Sabi avait suffi pour annihiler totalement son désir. Pouf ! L'envie s'était envolée ; l'excitation, évaporée. C'était comme si elles n'avaient même jamais existé ! Elle devait partir sur le champ ; ne pas perdre une seconde. Elle n'eut même pas une pensée coupable pour l'homme qu'elle laissait en plan à l'étage, avec son désir ardent et bien visible, et sa main pour ultime compagne. Dans la vie de Charlie, il y avait une seule chose qui surpassait le sexe, et manque de chance pour Happy, cette chose venait de lui tomber dessus.

― « Hé, où tu te sauves comme ça ? la héla Kip toujours assis sur le perron en compagnie de Kozic.

― Il faut que j'y aille, grommela-t-elle en pressant le pas pour rejoindre sa voiture.

― Ok, je te raccompagne, décréta Kip, qui avait reçu l'ordre de Clay, de veiller à ce que sa fille rentre en un seul morceau.

― Non, Kip, objecta sèchement la jeune femme.

― Mais Clay a dit que…

― J'emmerde Clay et ses ordres à la con ! s'emporta Baxie en adressant un regard noir au rouquin. Tu ne me suis pas, point.

― Baxie, tant qu'on n'a pas mis la main sur ceux qui ont tué Donna, ce n'est pas prudent de … tenta-t-il à nouveau, soudain inquiété par la fébrilité et l'empressement grave de la brunette.

― Eh bien, je ne m'arrêterai pas aux stops et je grillerai les feux, voilà, tempêta-t-elle avec rage en balançant son sac sur le siège arrière de sa voiture. Maintenant, tu me lâches, ordonna-t-elle en grimpant sur le siège. »

Kip s'apprêtait à intervenir quand son amie claqua violemment sa portière et fit gronder le moteur, mais Kozic le retint par le bras. Mi-Couille suivit le regard du biker peroxydé et tomba sur Happy, dont le visage était plus sérieux qu'à l'accoutumée, alors qu'il fixait l'Impala qui s'éloignait d'un regard grave. Le rouquin s'inquiéta alors plus sérieusement : qu'est-ce qui prenait à Baxie, et dans quel genre de galère allait-elle encore se fourrer, pour que cela rende l'Unholy Ones nerveux ?

Kozic essaya de faire fi des indices qui laissaient présager l'activité à laquelle son frère et la fille de Clay s'étaient adonnés à l'étage, même si certains – vu sa position en contrebas – étaient difficiles à ignorer. Il n'avait pas eu besoin de plus d'une seconde, en voyant Happy les rejoindre, pour comprendre que la situation était anormale. Ils se connaissaient depuis plusieurs années maintenant, et Kozic avait suffisamment foi en le jugement de son comparse pour estimer que la situation était inquiétante. Aussi, mieux valait laisser Happy régler ça : il était le plus à même de contenir et protéger la fille de Clay. Fut-ce contre elle-même.

― « Laisse, Prospect. Happy ? demanda Kozic, interrogeant son ami d'un regard.

― Je m'en charge, décréta Happy en rejoignant sa Dyna, prêt à filer Charlie. »

Kip commençait à bien connaître Charlie. Et à la manière dont elle était partie, visiblement préoccupée, sans leur adresser l'un de ses habituels sourires, il avait compris que quelque chose clochait. Et cette façon de lui parler, ça ne ressemblait pas à la jeune femme pleine de vie et joyeuse qu'il connaissait. Kip espérait juste que, quel que fut le problème, elle n'était pas en danger. Ou que, le cas échéant, Happy prendrait soin d'elle.

― « Ne t'inquiète pas, Mi-couilles, Happy veillera à ce qu'il ne lui arrive rien, assura le biker peroxydé au rouquin qui était peu à peu gagné par la nervosité.

― C'est bien ça qui m'inquiète. La dernière fois que je me suis retrouvé dans cette situation, on a frôlé l'incident diplomatique, se souvint Kip en ricanant doucement. Nan rien, laisse tomber, éluda-t-il devant le regard interrogateur de Kozic, alors que le phare arrière de la Dyna disparaissait à leur vue. »

OoOoOoOoO

Charlie avait à peine fait trois kilomètres hors de Charming, quand elle se gara sur le bas côté en jurant de contrariété. Au moment où elle avait quitté le chemin qui menait à Nead na Crow, pour rejoindre la route, un phare de moto était apparu dans son rétroviseur et ne l'avait pas lâché depuis, lui collant au train. Quand bien même n'aurait-elle pas reconnu avec certitude le biker derrière elle, qu'elle n'aurait quand même pas douté de son identité. Elle avait bien vu que sa soudaine fébrilité avait éveillé la curiosité d'Happy.

Si Happy n'avait pas été à ce point frustré et contrarié que Baxie ait mis un terme aussi brutal à leurs ébats, sans doute l'aurait-il laissée filée. Mais non seulement, elle avait mis son ego à mal, mais la lueur qu'il avait vue dans ses yeux l'avait inquiété, parce trop familière. Aussi, le biker avait décidé de la suivre et de lui imposer sa présence, voire de la ramener lui-même, si nécessaire.

― « C'est quoi ton problème ? cracha Baxie furieuse, en descendant de sa voiture, alors qu'Happy coupait le moteur de sa Dyna, garée juste derrière l'Impala. Tu ne sais pas reconnaître quand la partie est terminée ? Franchement Happy…

― Je ne joue pas, Bax, la coupa-t-il sans agressivité, tout en retirant son casque pour l'accrocher à la poignée. Où est-ce que tu files comme ça ? Je ne vois que deux raisons à ce départ soudain, affirma-t-il en rejoignant la jeune femme, appuyée sur son coffre, les bras croisés dans une attitude revêche. Soit tu as quelqu'un aux trousses et tu fuis. Mais tu n'es pas une proie, se contredit-il lui-même en se postant devant Bax, accrochant son regard. Le chasseur, c'est toi. Alors deuxième solution : après qui tu cours ?

― Lâche-moi, grogna-t-elle en se levant brusquement pour le contourner.

― Non, refusa-t-il sèchement en la retenant par le bras, la ramenant à lui. Et tu peux me faire ton regard noir et tout le reste, je m'en carre, dit-il alors que Bax lui adressait son air le plus colérique. Alors soit je continue de te suivre bêtement, et ça m'est égal de devoir le faire toute la nuit, s'il le faut. Soit tu te montres plus intelligente que ça, et on fait équipe sur ce coup, proposa-t-il en se radoucissant.

― Je ne fais équipe avec personne.

― Conneries, éluda le biker en attrapant la jeune femme par les épaules, pour la forcer à lui faire face et à l'écouter. Si tu dois te jeter dans un merdier, je ne te laisserais pas y aller seule. Je le vois bien : il se passe un truc pas net. Ce coup de fil, c'est pour ça que tu quittes la ville aussi vite ?

― Hap, s'il te plait, soupira la brunette en fermant les yeux.

― Aie confiance en moi, Baxie, insista Happy en relevant d'un doigt le menton de Charlie, plongeant un regard sincère dans les prunelles noisette. »

Salaud ! songea Charlie. Il venait d'utiliser l'argument ultime et déloyal : la confiance. Bien sûr qu'elle avait confiance en lui. Parce qu'autour d'elle, tous ces hommes qui étaient sa famille avaient toujours eu confiance en l'Unholy Ones, et qu'elle avait appris à lui accorder sa foi, elle aussi. Parce que c'était Happy et que mieux que personne aujourd'hui, il pourrait la comprendre.

Mais avait-elle besoin d'être soutenue, ou même comprise ? Après tout, elle était résolue à mener sa propre sale guerre. Parce que c'était son abject combat, à elle seule. Parce que c'était son orgueil et sa fierté qui étaient en jeu. Et parce que ce ne serait pas beau. Ce serait une sale besogne ; une fange dans laquelle elle allait plonger tête la première. Son opprobre, dans lequel elle n'avait le droit d'entraîner personne. Nul n'avait besoin d'être mêlé à ce bourbier.

Mais c'était Happy. Pas Jax et sa vertueuse clairvoyance. Mais Happy et sa vicieuse impulsivité. Ce n'était pas Chibs et sa chaleureuse excessivité. C'était Happy et sa froide rationalité. Rien à voir avec la naïve sensibilité de Juice ; Happy faisait preuve d'un détachement cruel. S'il en était un qui pouvait l'accompagner jusqu'au bout, sans la moindre hésitation, c'était bien lui. Aussi, Charlie abdiqua.

― « Tu pourrais le regretter, Happy.

― Je gare ma Dyna un peu plus loin, en retrait de la route, à l'abri des regards. Récupère-moi, ordonna-t-il en guise d'accord. »

Baxie obtempéra et quand Happy eut déposé son top-rocker dans le coffre, et qu'il l'eût rejoint dans la voiture, elle reprit la route. Le biker ne posa pas la moindre question, et la brunette lui en fut reconnaissante.

― « Ce truc ça pourrait nous prendre la nuit, l'avertit la chasseuse une dernière fois, laissant une ultime chance à son compagnon de route de se rétracter.

― Alors ça tombe bien : passer la nuit avec toi était dans mes intentions, répliqua-t-il en souriant. C'est parti pour une virée.

― C'est parti, répéta Baxie, en faisant gronder le moteur, laissant filer l'Impala sur la quatre-vingt-dix-neuf. »

OoOoOoOoO

― « Bon sang, mais où vous étiez passés ? fulmina Chibs devant le funérarium alors que Charlie venait d'arriver, suivie de près par Happy. »

Charlie grommela en voyant l'air furieux de son daddy et ceux, clairement réprobateurs, de Gemma et Clay. Tous les bikers étaient attroupés devant le funérarium, attendant de former le convoi qui escorterait Donna pour son dernier voyage.

Tig jeta un œil intrigué à la jeune femme en voyant sa mine défaite : elle avait l'air épuisé, malgré le maquillage sous lequel elle avait essayé de cacher son teint pâle et ses cernes violacées.

― « C'est une longue histoire, soupira la jeune femme en l'embrassant sur la joue, avant de saluer distraitement les autres. »

Baxie remarqua l'absence de son frère, et cela aurait pu l'étonner, si Kip et Happy ne lui avaient pas fait un récit des fâcheux événements de la veille.

D'abord, il y avait eu Piney qui avait carrément pété les plombs, lui avait raconté Kip, ayant été aux premières loges de la folie qui avait saisi vétéran. D'après les informations que Clay avaient obtenues, la mort de Donna était l'œuvre des Niners. Et Clay avait voulu se montrer prudent au sujet des représailles : quand Piney réclamait une vengeance sanglante et immédiate pour sa belle-fille, le Près avait préféré les remettre à plus tard, après les funérailles. Mais le vieux First Nine ne l'avait pas entendu de cette oreille et s'était mis en route pour Oakland. Jax avait eu l'intelligence de le faire suivre par Kip, qui avait donné l'alerte quand Piney l'avait entraîné à sa suite dans l'un des bars du leader des Niners, flingue à la main, en réclamant de voir Leroy, bien décidé à lui mettre une balle dans la tête. In extremis, Jax était parvenu à désamorcer la situation et Leroy les avait tous les trois laissés repartir vivants.

Si cet épisode n'était inquiétant qu'en ce qui concernait la santé mentale du vieux biker, celui qui s'était déroulé dans la maison sécurisée, le soir venu, était nettement plus sensible. Happy avait expliqué à Charlie que Jax était arrivé dans la maison comme fou furieux. La raison en était le témoin : une jeune fille de dix-sept ans. Tig, Chibs et lui avaient été vraiment secoués quand ils l'avaient découvert. SAMCRO ne tuait pas les femmes, ni les enfants. Baxie avait failli gifler Happy quand celui-ci lui avait expliqué, qu'à lui, ça ne posait pas de problème et qu'il l'aurait fait volontiers, si c'était pour sortir Bobby et Opie de la merde.

C'était Juice, qui en creusant un peu, avait découvert que le témoin était une fille, et en avait informé Jax. Celui-ci avait foncé en quatrième vitesse jusqu'à la maison sécurisée. Ce qui s'était passé ensuite avait fait naître en Charlie une sourde angoisse. Jax et Tig avait commencé à s'affronter, lui avait raconté Happy, et ce n'était pas beau à voir. Mais avant qu'ils n'en viennent aux mains, Jax avait repris les commandes et avait ordonné à Happy et Chibs de rentrer à Charming, le laissant seul avec le témoin et Tig.

Cette situation faisait peur à Charlie : les tensions empiraient ces derniers temps entre Jax et le duo Clay et Tig. Et vu les quelques contusions apparentes de ce dernier, les explications avec le VP avaient été musclées. La discorde semblait avoir atteint son paroxysme au sein du Club, et Baxie commençait vraiment à craindre pour son frère. Son idéaliste de grand frère qui rêvait de changement et d'avenir meilleur ; d'un SAMCRO sans arme et sans violence. Contre son père qui se voulait garant de cette tradition, cette identité du Club qu'il avait lui-même forgée. Et l'absence de Jax ce matin n'augurait rien de bon pour la suite.

― « Je commençais à m'inquiéter, sweet heart, reprit l'Ecossais, réprimandant doucement la brunette. Avec ce qui est arrivé à Donna…

― C'est pour ça que j'avais Mister Killer pour me protéger, daddy : je ne craignais rien, soupira-t-elle en retour. Et Kozic et Kip ont dû vous…

― Sortir une excuse tordue parce qu'on n'avait pas la moindre explication, termina Kip à sa place, en grimaçant, mécontent et contrarié.

― Serait-ce des reproches dans ta voix, Kippy ? répliqua la jeune femme, amusée.

― Tu n'aurais pas dû partir comme ça, bougonna de nouveau Chibs.

― Écoute daddy, je suis crevée, j'ai dormi à peine deux heures, alors ce n'est franchement pas le moment, grommela-t-elle.

― Et c'était le moment de partir en vadrouille ? intervint sèchement Clay, lui jetant un regard noir.

― Je n'en sais rien, Clay. Je devais faire un truc, et je l'ai fait. Basta, rétorqua-t-elle avec agacement. Maintenant, on va tous se rappeler pourquoi on est ici et pour qui. Faites-nous vos plus belles mines d'enterrement, c'est de circonstance. On est là pour rendre un dernier hommage à Donna. Pour Opie. Pour les enfants. Ce n'est pas le moment de se prendre la tête, acheva-t-elle en désignant d'un mouvement de tête le corbillard qui quittait l'allée et attendait son escorte. »


1 « Contre-volonté » Concept psychanalytique lié au désir et aux « conflits de désirs » proposé par Freud, puis repris par Castel. Et je ne ferai pas ici l'affront d'en développer plus : vu ma compréhension limitée du concept, Sigmund va se retourner dans sa tombe !


Et cette fois, c'est la fin. Prochaine publication, Épilogue : Absolutions