« Does the pain weigh out the pride ?
And you look for a place to hide
Did someone break your heart inside ?
You're in ruins »

Point de vue externe

Flashback

3 avril 2008

_WAZAAAAAAAAAAAAAAAAA !

_KAWOUNGAAAAAAAAAAAA !

_AAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !

Linke explosa de rire en voyant les mines décomposées de Jan et Frank et l'air satisfait de Juri. Le DJ et le chanteur s'amusaient à grand coups de moulinets. Utilisant leurs pinceaux comme sabre laser, ils faisaient un remake de Star Wars, en y ajoutant de nombreuses touches personnelles. Juri, excédé, avait décidé d'intervenir avant que Jan ne prononçât la plus célèbre phrase de la saga. Le batteur n'aurait pas supporté d'entendre que le cadet pût être le père de Frank, c'en aurait été trop pour ses pauvres nerfs, déjà mis à rude épreuve à cause de tout leur raffut.

Habillés de combinaisons de peinture, ils avaient plus l'air de revenir d'un voyage sur la lune que de Jedi ou de Sith. Voyant alors l'occasion parfaite de leur lancer une petite vanne, Linke n'hésita pas plus longtemps et, fidèle à son vrai caractère, en profita pour parler des petits bonhommes verts. Rabbit l'avait contaminé avec sa folie. Petit à petit il se dotait de nouveau de ses manies abracadabrantes et ses mimiques réinvestissaient son visage comme si elles ne l'avaient jamais quitté. Les garçons faisaient preuve d'une bonne humeur agréable à voir et qui s'annonçait contagieuse.

_Tu veux jouer à ça, hein ? lui demanda Jan en s'approchant dangereusement, un rouleau de peinture dégoulinant de jaune orangé à la main.

Linke déglutit difficilement. Il n'avait pas géré sur ce coup-là, il était le seul à ne pas être affublé d'un costume ridicule qui aurait bien pu lui sauver la vie, ainsi qu'à ses chers vêtements. Il se doutait bien que repeindre le salon était une mauvaise idée. Il avait beau avoir protesté, les garçons n'en avaient eu cure et, prétextant le bien-être du groupe, ils avaient décidé coûte que coûte qu'il fallait donner un nouvel aspect aux murs de cette pièce – « c'est vitaaaaaaaaaaal ! Tu comprends paaaaaaaaas ! Si on la r'peint pas, je mouuuuuuuuuure ! » s'était exclamé Jan en s'agrippant théâtralement au col de Linke, les yeux exorbités, l'écume aux lèvres. Le bassiste, apeuré, n'avait pu qu'acquiescer.

_Jan, voyons, sois raisonnable, ne gâche pas notre mariage pour si peu…

_Mariage ? Depuis quand t'es Angelina Jolie ?

_Et toi Brad Pitt ! répliqua Linke en explosant de rire.

_Tiens donc, tu convoites la même star que Timo, attention, il s'rait cap de t'faire bouffer d'l'ail, se moqua David.

_C'est toi qu'a une haleine de chacal ! se renfrogna Jan. Hey d'ailleurs ! Il s'fait pas chier, lui ! On s'tape la peinture et monsieur se la coule douce ! Ca va pas s'passer comme ça ! Il est où, l'aut' Clodo ?

Les garçons échangèrent un regard étonné. Jan avait mis le doigt sur un bon point. Personne ne savait où était le MC puisque personne ne l'avait vu depuis ce matin.

_P't-être les E.T, suggéra Linke en haussant les épaules.

Jan sourit sadiquement et profita du moment de flottement pour se venger et peindre le bras du bassiste.

_Oups, j'ai glissé, chef, fit-il angéliquement.

Mais devant le regard de serial killer de son ami, ce fut à son tour de déglutir difficilement et il cavala vers la sortie, un bassiste en rage sur les talons.

[ … ]

Retenant un grognement de mécontentement, elle se leva et se dirigea vers la porte d'entrée, se demandant qui pouvait bien la déranger à six heures du soir, alors qu'elle n'avait prévenu personne de son retour. Personne du moins qui fût susceptible de se pointer chez elle un jeudi soir, jour de semaine, alors que le lendemain les gens étaient censés travailler.

Les sourcils froncés, elle se hissa sur la pointe des pieds et regarda à travers le judas. Elle retint un hoquet de surprise et écarquilla les yeux en voyant Timo. Sans réfléchir, elle ouvrit la porte à la volée et lui sauta au cou. Il rit et la serra contre lui, content. Un mois qu'il n'avait aucune nouvelle. Un mois qu'il s'inquiétait pour elle. Un mois qu'il se demandait si elle s'en sortait. Un mois qu'il cachait la vérité.

_Et bien dis donc, je m'attendais à un tout autre accueil. Mais je dois bien avouer que je préfère celui-là.

_La ferme.

_Ah, là, c'est déjà mieux, j'te reconnais plus, rigola-t-il.

Elle le lâcha et lui tira la langue puérilement avant de tourner les talons, brusque changement. Mais depuis quelques temps, la jeune femme devait bien avouer qu'elle avait des sautes d'humeur – parfois même violentes. Devenue extrêmement lunatique, elle faisait de son mieux pour se calmer en prévision de ce jour. Même si c'était dur elle connaissait parfaitement la – ou les – cause de son état.

_T'as l'intention de crécher sur le pas de la porte, cousin ? lui demanda-t-elle en voyant qu'il ne bougeait pas d'un pouce.

Ses petites piques lui avaient manqué. Elle allait pouvoir grandement pimenter sa vie – bien qu'il eût largement pu se passer de tous les problèmes greffés au facteur Lizzie. Il n'avait pas trop osé lui demander comment s'était passé son « séjour ». Il avait peur qu'elle se braquât trop brusquement et lui fermât la voie à toutes discussions, réduisant ses tentatives d'approches à néant. Et elle en était plus que capable. Il se demandait déjà quelles seraient les conséquences de cette visite et comment ça se terminerait. Timo savait juste que, si Lizzie était sortie, c'était que les médecins l'avaient autorisé – ou en tout cas l'espérait-il… Il connaissait le tempérament de sa cousine et savait qu'elle n'aimait pas les hôpitaux, tout comme lui. Et il savait d'autant plus pourquoi.

_Non, t'inquiète, répondit-il. J'me demandais si c'était une illusion températurale ou s'il faisait vraiment froid chez toi ?

_Il caille.

_Oh, problème résolu, je n'suis pas fou. T'as pas d'chauffage ou quoi ?

_Pour quoi faire ?

_Bah… Se chauffer, nan ? C'est pas parce qu'on est déjà en avril qu'il caille pas dehors ! Et tu connais le dicton : « en avril, ne te découvre pas d'un fil », répéta-t-il de façon enfantine en mimant sa mère. Pis les glaçons, c'est pas cool. Et le bleu te va pas, cousine.

_Tsss… Tu t'y habitueras.

Suspicieux, Timo fronça les sourcils mais ne dit rien de plus concernant ce sujet. Ca ne le regardait peut-être pas, et il savait que si Lizzie avait quelque chose à dire, elle le lui dirait. Sans le vouloir, il avait pris la place habituellement réservée à Lukas. Ou à Frank.

En arrivant dans la cuisine, il constata l'état rustique des lieux. Deux chaises bancales, une table minuscule, un plafond moisi, un papier peint dégoulinant de graisse, une espèce de cuisinière datant de l'an préhistorique et qui ne devait plus marcher depuis quelques temps déjà, tout sentait la précarité. Mais Timo ne fit aucune remarque non plus. Il savait à quel point la vie pouvait être dure et injuste envers certaines personnes. Sauf que savoir que sa propre cousine était dans le lot lui serra un peu plus le cœur. Il aimerait faire quelque chose pour l'aider, bien qu'il sût d'avance qu'elle n'acceptera jamais rien de la part des autres.

Lizzie était têtue. Jamais fière de son travail, elle se cherchait constamment un but, une raison pour continuer à avancer. Refusant catégoriquement le secours des autres, elle préférait vivre dans la misère plutôt que tendre la main. Sa fierté débordait de toute part et empiétait même sur sa vitalité. Timo aussi était fier, mais à ce point, il n'aurait jamais cru ça possible. Il soupira et sourit à sa cousine. Malgré le nombre incalculables de ses défauts et le fait qu'il eut envie de lui mettre des gifles pour la remettre en place, c'était sa cousine, elle faisait partie de sa famille et il l'adorait. Les propos qu'il lui avait tenu il y a deux ans à Noël étaient toujours d'actualité : « A mes yeux, c'qui m'importe c'est toi et seulement toi. Avec ma mère et ma sœur, t'es la plus importante, tu sais. » Mais ça, Lizzie ne le savait pas, et le comprenait encore moins.

_Ca fait plaisir de te voir.

_Ouais.

_J'vois que les compliments t'écorchent toujours autant la voix, répliqua-t-il, blasé.

_Ouais, sourit-elle légèrement, taquine. Les autres savent que…

_T'étais dans un centre ? Non.

_Nan. Que t'es là.

_Oh… Non plus.

_C'est cool de leur avoir rien dit.

_De rien. J'suis parti sur un coup de tête. J'voulais te voir. Cette idée me trottait dans la tête depuis qu'tu m'as appelé. J'savais que si j'leur disais que je venais ici, ils auraient tous voulu me suivre, et t'aurais été mal à l'aise de nous revoir tous d'un coup, aussi spontanément.

_Clair. Surtout qu'j'ai pas eu l'temps d'faire mon ménage, c'est balo.

Timo sourit devant son trait d'humour mal placé.

_Tu leur as dit quoi pour justifier mon absence ? reprit Lizzie quelques secondes plus tard.

_Que tu t'étais convertie au nomadisme et qu'un cirque t'avait recueilli comme femme à barbe.

_Heeeeeeeey !

_Jan y a cru pour la barbe.

_Enculés, bouda-t-elle faussement.

_Frank a essayé maintes fois de me faire boire du vérita-sérum mais il a pas réussi, et j'ai esquivé tous ses regards meurtriers, j'suis trop fort, se vanta-t-il avec humour.

_Il… Il m'en veut ?...

_Il m'en veut. Parce que je ne leur ai rien dit. Pour toi.

Lizzie baissa la tête sans un mot. Timo venait involontairement de lui porter un coup. Il s'était mis ses amis à dos pour elle, qui ne le méritait pas. Tout au long de son sevrage forcé, elle avait eu le temps de réfléchir, entre deux combats acharnés pour se départir de sa mortelle dépendance. Elle avait ouvert les yeux sur certains points, compris certaines choses, et s'en était avoué d'autres. Chacune de ces vérités lui avaient fait l'effet d'une gifle, mais peut-être était-ce ce qu'il lui fallait.

Seule une chose n'avait pas changé en elle, au contraire : sa culpabilité. Cette dernière s'était même amplifiée au fur et à mesure et se trouvait liée par d'innombrables remords. Alors le fait de savoir que Timo faisait encore quelque chose pour elle l'ébranlait au plus haut point. Elle ne comprenait pas son attitude. Elle ne comprenait pas pourquoi il agissait de la sorte. Elle ne comprenait pas que tout ce qu'ils avaient vécu, toutes les tempêtes qu'ils avaient traversées les avaient endurcis et soudés. Elle ne pouvait s'imaginer que quelqu'un tînt à elle alors que ses propres parents l'avaient reniée. Elle ne pouvait concevoir le fait qu'avec tout ce qu'elle avait fait, quelqu'un put encore l'aimer. Elle était persuadée qu'elle n'était pas quelqu'un de bien, et que ce constat était irrémédiable.

En voyant son malaise, Timo voulut lui relever le menton mais elle esquiva son geste. Elle ne voulait pas avoir sa pitié en plus, elle ne le supporterait pas, le prendrait mal, et risquerait de faire un geste ou dire un mot qu'elle regretterait. Elle avait assez fait d'erreurs.

_T'aurais pas du, Timo. T'avais pas à te mouiller pour moi.

_T'es ma cousine, Lizzie. Et la famille, c'est sacré, l'aurais-tu oublié ?

_J'suis plus ta cousine, Timo… J'suis plus rien. J'suis plus qu'une merde.

_Li-…

_Si, c'est vrai, l'interrompit-elle, anticipant son geste. Ch'uis qu'une merde alcoolique qu'a gâché sa vie à courir après un rêve inatteignable, qu'a abandonné famille et amis, qu'a déçu tout ses proches. Ch'uis qu'une merde qu'a jamais rien réussi, qui croyait avoir le monde à ses pieds mais qui s'est fait baiser la gueule. Ch'uis qu'une merde qui arrivera à rien, qui vit dans un appart miteux. Une merde tellement minable qu'elle peut à peine payer l'loyer et qui pour le faire doit couper le chauffage si elle veut bouffer – ce que je ne fais pas. Une merde qui existe même plus, ni pour l'état, ni pour personne. J'ai tout gâché, Timo. Absolument tout. Ch'uis devenue quelqu'un que… J'arrive même pas à décrire ce que je suis. J'me déteste, lâcha-t-elle avec un froid détachement qui procura des frissons dans le dos du jeune homme.

Timo ouvrit la bouche pour la contredire, lui prouver que ce n'était pas vrai, mais aucun son ne sortit, il ne sut trouver les mots. Son désespoir l'ébranla et il vit qu'elle croyait dur comme fer à ses propos. Elle ne semblait pas touchée par l'atrocité de ses paroles, bien que ses yeux lui prouvassent qu'elle était sûre de dire la vérité. C'était une contradiction qui le mettait mal à l'aise et l'empêchait de détourner son regard. Il la dévisagea, espérant la voir changer d'avis. Il regrettait souvent qu'elle ne se montrât jamais sous son vrai jour, mais il était encore plus horrible de constater qu'elle travestissait la réalité et changeait son masque en un tel mensonge. Il devait agir, lui prouver la fausseté et même la débilité de cette pernicieuse conviction. Elle était tout sauf un monstre. Un monstre n'aurait déjà jamais avoué en être un.

_Reviens à Hambourg, lâcha-t-il finalement comme toute réponse.

Puisque les paroles ne serviraient à rien et qu'elle ne les croirait pas, il se devait d'utiliser les grands moyens. Il était hors de question qu'il la laissât tomber.

_Quoi ?

_Prends un nouveau départ, Lizzie. Si tu veux changer, tu ne dois pas rester ici. A Hambourg, tu es quelqu'un, pas pour une ou deux personnes, pour tout le monde. Tu y as un nom, une vie, un passé. Laisse-moi t'aider. Je peux te trouver un appart. Tu reprendras tout depuis le début. Là-bas, tu as tes habitudes, des habitudes saines.

_J'peux pas.

_Si tu peux. Pourquoi tu pourrais pas ? Qu'est ce qui t'en empêche ?

_Tout. Tout m'en empêche ! Putain Timo mais réfléchis ! J'peux pas revenir comme une fleur. Y a les mecs que j'ai lâché, mon frère que j'ai abandonné, mes amis que j'ai déçu, Antonio qui doit croire que… Je peux pas, Timo. J'aurais jamais le courage de tous les affronter.

« Mes parents m'ont cherchée quand j'ai quitté Munich. Quand ils ont su que j'étais à Berlin et que je trainais avec … des gens pas cool, ça a été le pompom sur la Garonne. Ils m'ont coupé les vivres et m'ont carrément renié. J'crois qu'ils ont bien fait, tu sais. Quand ils appelaient, j'répondais pas. Quand mon père passait par là, j'faisais toujours en sorte d'être de l'autre côté de la ville. J'ai trahi, j'ai menti, j'ai volé, j'ai même failli tuer. Ch'uis pas quelqu'un de bien. Tu crois que je peux revenir comme ça, aussi impunément ? Croiser mes anciens potes qui me cracheraient limite à la gueule ? Revoir ma mère qui changerait de trottoir, ma propre mère qui m'éviterait comme la peste ? Non. C'est pas possible.

_Lizzie, on sera là, nous. Tu t'en fous des autres, tu…

_Non, Timo. Justement, je m'en fous pas. A un moment, tu peux plus t'en foutre. C'est le regard des autres qui te pousse à aller dans telle ou telle direction. Personne peut se vanter d'en avoir rien à foutre. Un jour ou l'autre il te rattrape et t'hurle à la gueule ce putain de reflet que tu renvoies. J'reviendrais pas, pour vous. J'veux pas que vous m'ayez sur le dos. Vous devez vous concentrer sur votre procès et votre carrière. C'est le plus important. T'as déjà fait trop de sacrifices.

_Parce que toi, t'en as pas fait peut-être ? Linke, Frank, Lukas, le groupe, moi, tes parents, Lola…?

_Je… C'est pas pareil…

_Ah bon ? Et en quoi c'est différent ?

_Timo, s'il te plait. Réfléchis. Comment veux-tu que je prenne un nouveau départ à Hambourg ? Normalement c'est dans un endroit inconnu.

_Comme Berlin ? T'as vu où ça t'a mené ?

_Je peux pas retourner à Hambourg. Les gens connaissent l'ancienne Lizzie. Ils n'imaginent pas à quel point elle est morte et enterrée. Et ils détesteront celle que je suis. Ils détestent déjà l'autre.

_Arrête de dire des conneries ! Personne te déteste ! Ils sont juste déçus et blessés. Peut-être même dégoutés. Mais ils seraient vraiment cons de te détester. Personne ne sait comment tu penses, personne n'a à te juger. Et justement, raison de plus pour revenir et être toi-même, faire ressusciter la Lizzie que tout le monde connaît en retrouvant tes racines. Si tu ne veux pas qu'ils sachent ce que tu es devenue, ne leur dis pas alors.

_Ils m'en voudraient de mentir.

_Qui t'a demandé de mentir ? Reviens, Lizzie. On peut t'aider. On veut t'aider.

_J'ai pas…

_Ose me dire que tu n'as pas besoin d'aide ! Regarde-moi dans les yeux et ose me dire que tu peux t'en sortir toute seule.

_Je…

_Lizzie, soupira-t-il, blasé. Je sais ce que tu penses. J'te demande d'y renoncer. Tu ne peux pas fuir infiniment. Reste avec nous. On a besoin de toi…

Elle ancra ses yeux dans ceux de Timo et s'évertua à y déceler une quelconque marque de tromperie, d'ironie, de mensonge. Mais rien de tout ceci n'y était présent. Peut-être avait-il raison après tout. Peut-être pas. Elle aimerait tellement que les choses se passassent comme il le prévoyait…

La vie n'était pas un long fleuve tranquille, elle ramait depuis trop de temps. Elle n'avait qu'une envie, s'amarrer à un endroit sûr et éviter toutes dérives de plus. Elle aimerait tellement de choses que ses rêves en devenaient irréalisables. Mais pourquoi ne pouvait-elle pas avoir une deuxième chance ? Pourquoi ne pouvait-elle pas essayer ? Qu'est ce qui l'empêchait de sauter à l'eau ? Ce ne pouvait pas être pire que ce qu'elle avait déjà enduré. Elle ne voulait pas passer sa vie à toucher le fond. Alors elle ferait en sorte de se stabiliser à la surface, et qui sait, peut-être même de sortir de l'eau.

Doucement, un voile d'abandon se posa sur ses yeux et elle baissa la tête. Ses dents claquèrent, le froid l'engourdissait. Elle ne pouvait plus vivre ainsi. Et elle devait bien se l'avouer, sans lui, sans eux, elle n'y arriverait pas, elle n'était rien. Ca lui faisait un mal de chien de se l'avouer, mais la douleur portée à son égo était encore mille fois plus assourdissante quand elle se rendit compte qu'elle avait vraiment besoin de cette main que son cousin lui tendait. Elle ne pouvait pas s'en sortir seule, pas sans cicatrices irrémédiables, pas sans conséquences désastreuses. Pas sans laisser une autre partie d'elle dans la bataille. Elle avait déjà trop perdu pour disparaître totalement. Et peut-être même que grâce à cette aide, elle réussirait à se retrouver entièrement.

Elle releva alors la tête et le regarda dans les yeux, plongeant dans son océan de chocolat rassurant. Elle connaissait Timo depuis toujours, elle l'avait toujours côtoyé, que ce soit pour de bonnes ou mauvaises choses. Elle savait que malgré leurs réticences et leur rancœur passées, elle pouvait lui faire confiance. Et en ce moment même, lui confier sa vie.

_C'est d'accord.